12/04/2012 | communication | PDF | imprimer

Protectorats

Territoires soumis au contrôle d'un ou de plusieurs protecteurs. Dans la Confédération, le terme s'applique seulement quand le protecteur (exerçant en principe ses prérogatives dans la durée) était extérieur, ce qui exclut le cas des abbayes sises dans un canton ou dans les bailliages communs et soumises usuellement au droit d'avouerie du ou des cantons concernés (Einsiedeln dans le canton de Schwytz, Interlaken dans celui de Berne, Pfäfers dans le bailliage de Sargans, Muri dans les Freie Ämter par exemple). Le protecteur garantissait à un seigneur qui ne pouvait se défendre lui-même, soit en raison de la faiblesse de ses moyens, soit à cause de son statut ecclésiastique, une protection politique et juridique. En contrepartie, il exigeait fidélité et obéissance, mise à disposition de troupes et parfois versement d'une taxe.

Dans l'édifice complexe de l'ancienne Confédération, on trouve divers protectorats dès le bas Moyen Age. Ils avaient davantage d'autonomie que les bailliages communs, mais moins que les pays alliésqui, pourtant, avaient souvent un lien juridique analogue avec les cantons (combourgeoisie par exemple). Il s'agissait de seigneuries ecclésiastiques, mais aussi laïques, de villes, de villages et de communautés rurales. Le protectorat de Schwytz sur Zoug (1365-1404) ou des Confédérés sur le duché de Milan (1512-1515) restèrent éphémères; la protection confédérale sur les villes forestières d'Autriche antérieure, le Fricktal, Constance, le sud de l'Alsace ou la Franche-Comté ne comportait qu'une assistance militaire, généralement de durée limitée, sans participation au pouvoir.

Chaque protectorat était un cas particulier quant au nombre des protecteurs, à leur identité et à leurs droits. La principauté abbatiale de Saint-Gall avait une situation compliquée, étant à la fois pays allié de la Confédération (à ce titre, elle disposait d'un siège à la Diète fédérale depuis 1667) et protectorat des cantons de Zurich, Lucerne, Schwytz et Glaris (traité de 1451); ceux-ci désignaient aussi, depuis 1479, le capitaine général (Landeshauptmann) siégeant à Wil et rémunéré par l'abbé. Le Toggenbourg (confessionnellement mixte après la Réforme) était à la fois sujet du prince-abbé (dès 1468) et protectorat de Schwytz et de Glaris (1436-1718), puis de Zurich et Berne.

Les protectorats des Confédérés
protectorats (statut)époquecantons protecteurssituation juridique
Gersau (république)1359-1798LU UR SZ UWalliance
Engelberg (abbaye)1386-1798LU SZ OW NWsuccession juridique
La Neuveville (ville)1388-1798BEcombourgeoisie
Erguël (pays)1395-1797Biennedroit de bannière
Bellelay (abbaye)1414-1797SO BE (jusqu'en 1528)combourgeoisie
Muri (couvent)1415-1798ZH LU SZ UW ZG GL UR (dès 1549) BE (dès 1712)succession juridique
Wettingen (couvent)1415-1798ZH LU SZ UW ZG GL UR (dès 1549) BE (dès 1712)succession juridique
Toggenbourg (pays)1436-1718SZ GLcombourgeoisie
 1718-1798ZH BEalliance de protectorat
Le Landeron (ville)1449-1783SOcombourgeoisie
Saint-Gall (principauté abbatiale)1451-1798ZH LU SZ GL1451 alliance, 1479 traité de protectorat
Rapperswil (ville)1464-1712UR SZ UW GLalliance de protectorat
 1712-1798ZH BE GL (protestant)alliance de protectorat
Stein am Rhein (ville)1484-1798ZHalliance de protectorat
Moutier-Grandval (prévôté, puis seigneurie)1486-1798BEcombourgeoisie
Haldenstein (seigneurie)1541-1798ZH LU UR SZ UW ZG GLtraité de protectorat

Sources:Andreas Würgler

Le cas de Rapperswil offre un bon exemple de l'évolution des rapports entre le protecteur et ses protégés. Dans un premier traité (1464), les bourgeois de la ville sont appelés "sages et bons amis"; mais quand ils embrassèrent la Réforme en 1532, leurs protecteurs, Uri, Schwytz, Unterwald et Glaris, les punirent en limitant leur autonomie (intervention dans l'élection du Conseil, ingérence dans des conflits internes, imposition d'une instance d'appel) et exigèrent désormais le titre de "seigneurs" (au XVIIIe s., celui de "gracieux seigneurs"). Les nouveaux protecteurs (dès 1712), Zurich, Berne et la partie protestante de Glaris, ne tardèrent pas à revenir sur les concessions d'abord consenties. Finalement, le statut de Rapperswil ressemblait à celui d'un bailliage commun plus qu'à celui d'un pays allié. Il en alla de même pour Stein am Rhein, petite ville d'Empire sur la rive droite du Rhin, qui s'était placée en 1484 sous la protection de Zurich et qui fut occupée par des troupes zurichoises en 1784, après une longue période de tensions. La révolution helvétique de 1798 mit fin aux protectorats.


Sources imprimées
EA, 1-8
Bibliographie
– A. Niethammer, Das Vormauernsystem an der eidgenössischen Nordgrenze, 1944
HRG, 4, 1413, 1525-1529; 5, 931-946
HbSG, 2, 752
LexMA, 7, 1594-1595
GKZ, 2, 404-405
SGGesch., 3, 39-43, 176-184

Auteur(e): Andreas Würgler / PM