04/02/2010 | communication | PDF | imprimer

Fribourg (commune)

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Comm. FR., distr. de la Sarine, chef-lieu de canton et de district. All. Freiburg, ital., Friburgo, rom. Friburg. 1162 Friborc, plus tard Fribor, Friborch, Friburch, Friburg, ce qui signifie "ville franche". Fondée en 1157 par Berthold IV de Zähringen sur l'actuel plateau du Bourg, surplombant une boucle de la Sarine, F. devint ville d'Empire au lendemain des guerres de Bourgogne (1478) et entra dans la Confédération en 1481 comme "ville et république de F." La séparation définitive entre commune et canton date de 1803. La ville est bilingue français-allemand de fait.

Bastion de l'ancienne foi dès 1524, siège épiscopal depuis 1615, F. est le site depuis 1889 d'une université catholique (Université de Fribourg). Gare de la ligne Lausanne-Berne dès 1862, reliée à l'autoroute en 1971, F. est depuis 2002 le centre d'une agglomération de plus de 70 000 habitants, actifs surtout dans le secteur tertiaire.

Population de Fribourg
AnnéeHabitants
Fin du XIIIe s.2 000-3 000
vers 1450env. 6 000
17985 117
18116 200

Année18501870a18881900191019301950197019902000
Habitants9 06510 58112 19515 79420 29321 55729 00539 69536 35535 547
Langue          
Français  7 5569 70112 35813 52418 28622 43721 24022 603
Allemand  4 5235 5956 6887 1769 63011 1148 2887 520
Italien  943587644646233 4071 7991 359
Autres  221404833934662 7375 0284 065
Religion, Confession          
Catholiquesb8 5549 73110 51213 27017 74619 10025 82635 86329 75024 614
Protestants5111 1361 6072 3952 3722 2872 8343 2563 1483 082
Autres 37761291751703455763 4577 851
dont communauté juive  74109121771371156362
dont communautés islamiques       1011 1321 676
dont sans appartenancec       1791 6412 843
Nationalité          
Suisses8 5749 79411 32114 20816 79819 58827 06932 20827 63225 834
Etrangers4911 110874 1 5863 4951 9691 9367 4878 7239 713

a Habitants: population résidante; religion et nationalité: population "présente"

b Y compris catholiques-chrétiens de 1888 à 1930; depuis 1950 catholiques romains

c N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

Sources:Auteur; recensements fédéraux

1 - Epoques antérieures au Moyen Age

Après le retrait des glaciers, la Sarine creusa dans la molasse du Plateau un canyon sinueux, dont le fond est d'accès difficile. F. occupe l'un des rares sites accessibles à la fois des deux rives, donc propices à l'établissement d'un passage. Le gué de l'Auge, plus tard remplacé par le pont de Berne, fut utilisé dès le Mésolithique; des silex de cette époque ont été trouvés à Bourguillon et dans la vallée du Gottéron. Si l'on a découvert des vestiges isolés du Néolithique (lames de hache en pierre) et du Bronze (épingle), on n'a encore repéré sur le territoire de la ville médiévale aucune trace d'habitat antérieur à la fondation de 1157, ni préhistorique, ni romain, ni médiéval. Selon le chroniqueur François Rudella, l'église Notre-Dame (hors les murs) est plus ancienne que la ville, mais rien n'étaie cette hypothèse. Outre des monnaies et tessons isolés, on a mis au jour sur le plateau de Pérolles, en 1861 et 1902, des fondations de bâtiments romains et, au même lieu, des tombes du haut Moyen Age dont certaines ont livré des boucles de ceinture du VIIe s. Dans l'Antiquité déjà, un réseau de voies secondaires parcourait les environs de la future ville, mais le grand axe est-ouest du Plateau passait plus au nord, par la Broye. Il ne fut doublé qu'aux XIIe et XIIIe s. d'un second itinéraire, plus au sud, touchant les villes neuves des Zähringen, F., Berne et Berthoud.

Auteur(e): François Guex / PM

2 - Moyen Age et Ancien Régime

2.1 - Histoire politique

En perdant en 1156 le rectorat de Bourgogne, le duc Berthold IV de Zähringen se vit privé d'une part notable de son influence en Suisse occidentale. La fondation de la ville de F., en 1157, représenta dès lors une tentative pour affermir la puissance ducale dans la région Aar-Sarine. L'emplacement choisi était facile à fortifier et favorablement situé au point de vue des communications. L'arrière-pays offrait de bonnes perspectives de développement; on pouvait compter sur l'expérience administrative de la noblesse locale et sur les compétences artisanales et commerciales des cisterciens de l'abbaye d'Hauterive, toute proche.

Avant d'entrer dans la Confédération en 1481, F. releva de divers souverains: à l'extinction des Zähringen (1218), elle passa par héritage aux Kibourg, puis par achat aux Habsbourg en 1277 et aux Savoie en 1452. Elle devint un Etat-ville souverain après les guerres de Bourgogne et ville libre d'Empire en 1478. F. fut le premier canton confédéré bilingue, mais sa chancellerie choisit l'allemand comme langue officielle.

La situation marginale de F. dans les Etats des Habsbourg, la concurrence entre ces derniers et la Savoie, la proximité des Confédérés et leurs luttes d'indépendance favorisèrent la formation d'un Etat-ville. L'acquisition de l'arrière-pays, de peu d'étendue, les Anciennes Terres, commença au XIIIe s., mais une véritable politique territoriale ne fut lancée qu'après les guerres de Bourgogne; elle se traduisit par des gains importants au XVIe s. Auparavant, la ville avait conclu de précoces alliances avec ses voisines: Avenches en 1239, Berne en 1243 et Morat en 1245. Son plus ancien sceau date de 1225; elle frappa monnaie dès 1435 (en or dès 1509).

La charte de franchises (Handfeste, connue dans sa version de 1249) octroyée par Berthold IV est la base de l'organisation politique de la ville aux XIVe et XVe s. Elle fixait un cadre juridique et urbanistique tout en offrant aux bourgeois des droits qui, dans la société du XIIe s., étaient des privilèges: pouvant disposer librement de leur fortune, les bourgeois se mirent à acheter des terres, à pratiquer le commerce et à développer un artisanat protoindustriel. La bourgeoisie possédait, sans doute dès la fondation, le droit d'élire le bailli, appelé avoyer, le curé et le receveur des douanes. En 1308/1309, le seigneur y renonçant, elle obtint le patronat de l'église paroissiale Saint-Nicolas qu'elle avait momentanément perdu. Ce fut le premier pas sur la voie de l'émancipation.

Un premier recueil de lois fut réalisé entre 1363 et 1467. Œuvre de Guillaume Techtermann, la Municipale fit la synthèse du droit en vigueur; elle s'appliquait à la ville et aux Anciennes Terres et comprenait aussi les dispositions de droit privé. En droit pénal, la Caroline fit autorité dès 1541. Le gouvernement consistait en un Conseil des Vingt-Quatre ou Petit Conseil (mentionné en 1249), présidé par l'avoyer (dès 1647, ils furent deux, officiant en alternance), un Conseil des Soixante (mentionné en 1347) et un Conseil des Deux-Cents (mentionné en 1337). A la tête de chacun des quatre quartiers se trouvait un banneret, responsable à l'origine des affaires militaires. Le bourgmestre s'occupait de la police. Remplaçant un édifice sis près du chœur de Saint-Nicolas, le nouvel hôtel de ville construit au début du XVIe s. sur le site du château fort des Zähringen est le symbole le plus frappant de l'éviction des premiers seigneurs de la ville.

La noblesse locale conserva le droit de siéger aux conseils, mais depuis 1404 la charge de banneret lui était défendue. Ses plus puissants représentants furent les Maggenberg, Duins (Düdingen)/Velga, Faucigny (tous éteints à la fin du Moyen Age), Montagny, Englisberg et Praroman. L'artisanat, le commerce ou le service étranger apportèrent richesse et pouvoir à des familles comme les Rich, Mossu, Gambach (toutes trois éteintes au XVe s.), Lombard, Techtermann, Gottrau, Lanthen-Heid, d'Affry, Diesbach (venue de Berne), Reyff, Weck, Von der Weid et Fégely qui, au XVe s., donnèrent naissance au patriciat et qui acquirent des titres de noblesse aux XVe et XVIe s. Les Maggenberg donnèrent cinq avoyers entre le XIIIe et le XVe s., les Duins/Velga dix avoyers et six bourgmestres aux XIVe-XVe, les Praroman sept avoyers et cinq bourgmestres aux XVe-XVIe. Ce phénomène de mainmise familiale sur les plus hautes charges diminua sous l'Ancien Régime.

Les familles enrichies par le commerce et l'artisanat, qui avaient conduit les événements politiques du dernier tiers du XVe s., dirigèrent encore la république durant plusieurs siècles. En 1627, elles se réservèrent le droit de vote et d'éligibilité, se proclamèrent seules admises au gouvernement et, comme les patriciens bernois ou soleurois, se constituèrent en oligarchie. Ce coup d'Etat accentua les tendances restrictives déjà présentes aux XIVe-XVe s., par exemple dans l'institution de la Chambre secrète. Le gouvernement patricien profita de la reconstruction du chœur de Saint-Nicolas en style gothicisant (1627-1631) pour s'immortaliser en faisant graver les armoiries de ses membres sur les clefs de voûte. La Constitution de 1627 resta en vigueur jusqu'en 1798. Après le soulèvement Chenaux (1780-1784), le patriciat fut néanmoins élargi de septante-sept à cent familles.

Auteur(e): Hermann Schöpfer / PM

2.2 - Population, économie et société

C'est à l'artisanat que F. dut une prospérité et une croissance démographique qui se traduisirent par les agrandissements de la ville aux XIIIe et XIVe s. (autorisation d'occuper et de fortifier la rive droite de la Sarine en 1253). De nouveaux quartiers apparurent le long de la rivière (Auge, Neuveville, Planches, voués aux activités qui utilisaient beaucoup d'eau), mais très tôt aussi autour du quartier du Bourg (rues de Morat, de Lausanne et de Romont). Dans la vallée du Gottéron (hors les murs) et sur la Sarine, on trouvait vers 1350 une trentaine d'installations hydrauliques (moulins, foulons, pilons, scies, martinets). Vers 1400, une ultime extension au nord et à l'ouest donna un espace qui suffit jusqu'à l'industrialisation et à l'arrivée du chemin de fer au milieu du XIXe s. La ville comptait 2000 à 3000 habitants à la fin du XIIIe s., env. 6000 en 1450 (les pertes dues à la peste noire de 1348-1349 ayant été compensées par des immigrants venus des campagnes et des petites villes environnantes), 5117 en 1798 et 6200 en 1811. L'évolution démographique entre le XVIe et le XVIIIe s. n'a pas été étudiée.

Les principales activités artisanales du F. médiéval étaient la tannerie et la draperie (la métallurgie eut aussi quelque importance), exercées selon des méthodes protoindustrielles et dès le milieu du XIVe s. pour l'exportation. Elles atteignirent leur apogée en 1435, année où F. produisit 14 000 pièces de drap; elles traversèrent ensuite plusieurs crises et s'effondrèrent dans la seconde moitié du XVIe s., ne travaillant plus dès lors que pour le marché local. Ce changement tient à diverses raisons: d'une part les corporations, qui certes n'avaient pas d'influence politique, mais qui jouaient un grand rôle dans la vie économique, sociale et religieuse, refusèrent de passer à des fabrications nouvelles et de suivre la mode; d'autre part les matières premières, laine et peaux, commencèrent à manquer au milieu du XVe s., parce que l'élevage des moutons cédait la place à celui des bovins. En outre, les marchands, fortune faite, passèrent dans la classe dirigeante. Le patriciat qui se forma au XVe s. transforma la structure sociale et économique de la ville; ses membres abandonnèrent le commerce et l'artisanat, achetèrent des terres, à l'instar de l'ancienne aristocratie (par ailleurs exclue des principales charges publiques), et se procurèrent des titres de noblesse. Aux XVIIe-XVIIIe s., ils tiraient sans doute deux tiers de leurs revenus de leurs propriétés foncières. Cette évolution se poursuivit parallèlement à l'élargissement des territoires sujets aux XVe et XVIe s., ce qui exigea une administration plus nombreuse, et à la conclusion d'alliances à long terme avec des souverains étrangers, notamment avec le roi de France, auxquels le gouvernement s'engageait à fournir des troupes, en échange de pensions versées à la république et à quelques familles. Les patriciens servaient comme officiers, les bourgeois et les sujets comme soldats.

Auteur(e): Hermann Schöpfer / PM

2.3 - Aspects ecclésiastiques et culturels

Eglises et couvents étaient l'expression la plus visible de la richesse de la ville. Sa situation à la frontière de deux cultures s'avéra féconde pour l'architecture, la sculpture et la peinture, florissantes aux XIVe-XVe s. et dans la première moitié du XVIe. L'église Saint-Nicolas, fondée par les Zähringen, consacrée en 1182, fut rachetée par la bourgeoisie en 1308/1309 et passa au canton en 1798. L'édifice actuel, basilique gothique précédée d'un clocher-porche, fut construit aux frais des bourgeois entre 1283 et 1490. Le Conseil en fit une collégiale en 1512; il y attira des clercs instruits et des musiciens, comme Hans Kotter et Johannes Wannenmacher.

Fondé par Jakob von Riggisberg en 1256, le couvent des cordeliers fut un centre intellectuel (avec Friedrich von Amberg et Jean Joly), doté d'une bibliothèque dès la fin du XIVe s. Il était étroitement lié à la commune: le Conseil y déposait ses archives (jusqu'en 1433) et y logeait ses hôtes, l'assemblée des bourgeois se tenait dans son église. Le couvent des augustins, fondé au milieu du XIIIe s. dans le quartier de l'Auge, bénéficia du soutien des Velga, la plus puissante famille de F. au bas Moyen Age. Le couvent féminin de La Maigrauge (hors les murs), mentionné en 1255, se rattacha en 1262 à l'ordre cistercien.

Des béguines vivant seules ou en petits groupes sont attestées dès 1299; elles se rassemblèrent dans des béguinages plus grands dans la seconde moitié du XIVe s. et disparurent au plus tard au début du XVIe s. Les vaudois firent des adeptes, issus des meilleures familles (Mossu, Praroman, Studer); ils furent condamnés lors de procès (1399, 1430) préfigurant directement les chasses aux sorcières.

La principale institution sociale était l'hôpital des bourgeois, fondé au milieu du XIIIe s. Voué à l'assistance publique, il se trouvait à l'origine en bordure du quartier du Bourg, près de l'ancienne église Notre-Dame qui le desservait. La confrérie du Saint-Esprit soutenait par ses aumônes (pain, viande, drap, chaussures) les pauvres qui ne vivaient pas à l'hôpital. Ces deux organismes disposaient de fortunes considérables, dont les administrateurs étaient élus le 24 juin, comme tous les fonctionnaires municipaux.

Les chevaliers de Saint-Jean accueillaient les pèlerins et les voyageurs dans leur maison de l'Auge (1224), transférée en 1259 à la Planche supérieure (commanderie, hôpital, église et cimetière). Leur église devint paroissiale en 1511, après que le quartier eut été séparé de la paroisse de Tavel. La maladrerie se trouvait hors les murs, à Bourguillon; elle fut créée au milieu du XIIIe s., avec ses deux chapelles dont l'une est conservée; dédiée à la Vierge, elle est depuis le XVe s. un but de pèlerinage régional.

Bien que sensible à certaines idées humanistes et réformatrices, F. resta fidèle à l'ancienne foi. En refusant la Réforme, le Conseil isola la ville et le canton, entièrement enclavé (sauf vers ses accès au lac de Neuchâtel) dans les territoires bernois passés au protestantisme. Cette politique fit de F. un bastion de la Contre-Réforme. La Réforme catholique qui débuta dans les années 1580 entraîna une remarquable floraison culturelle: outre les jésuites, qui établirent dès 1582, avec l'aide des autorités et sous la direction de Pierre Canisius, le collège Saint-Michel, on vit s'installer les capucins en 1608, les capucines à Montorge en 1621, les ursulines en 1634 et les visitandines en 1635; le nombre des maisons religieuses fit plus que doubler, les plus anciennes étant réformées et leurs bâtiments rénovés. L'hôpital des bourgeois fut transféré dans les années 1680 et 1690 de la place Notre-Dame à la rue qui porte actuellement son nom. Les nouveaux édifices, de taille imposante, occupèrent surtout des terrains de banlieue (rues de Morat, de Lausanne, de l'Hôpital); le couvent de Montorge fut bâti intra muros, mais dans un site encore vierge de constructions.

Les sciences et les lettres restèrent jusqu'au XVIe s. l'apanage des couvents, même si la charte de 1249 mentionne un maître d'école et que l'on a conservé des règlements scolaires du XVe s. Il manque par contre des textes littéraires antérieurs à 1400 et aux premiers chroniqueurs. La principale chronique fribourgeoise fut rédigée par François Rudella dans les années 1560. A l'appel des jésuites, Abraham Gemperlin vint ouvrir à F. en 1585 une imprimerie officielle, qui édita surtout des ouvrages religieux. Il existait déjà depuis le XVe s. des moulins à papier sur des cours d'eau proches de la ville. Les jésuites organisèrent aussi des spectacles édifiants et proposèrent la construction de la chapelle de Lorette à la porte de Bourguillon, qui se dresse sur une falaise et témoigne d'un sens très italien de la mise en scène et de la monumentalité.

L'évêque de Lausanne, dont le diocèse était pratiquement réduit, depuis la Réforme, aux pays sujets de F., vint s'installer dans la ville en 1613, au déplaisir tant du Conseil que du clergé local. Lors de la conquête du Pays de Vaud (1536), le Conseil s'était emparé de Bulle, possession épiscopale, tandis que le chapitre de Saint-Nicolas, exempt de la juridiction diocésaine, avait repris l'administration des paroisses restées catholiques. On ne put régler d'abord que la question de Bulle: le Conseil paya un dédommagement, sous la forme d'une rente en faveur de l'évêque.

La présence de l'évêque et de couvents prospères fut une aubaine pour les artistes et les artisans; la réputation des architectes, sculpteurs, peintres, orfèvres, fondeurs de cloches, poêliers, faïenciers et cartiers travaillant à F. dépassa les frontières régionales. Beaucoup de maîtres venaient d'Allemagne du Sud. Les Reyff, architectes et sculpteurs issus du patriciat local, constituent une exception; on leur doit les couvents des ursulines et des visitandines, d'un style baroque plein d'imagination, ainsi que la chapelle de Lorette.

A l'époque moderne, le français concurrença de plus en plus l'allemand comme langue officielle, les affaires des sujets francophones ou germanophones étant traitées dans leur langue, ainsi qu'il ressort des manuaux du Conseil. En outre, le service étranger fit du français la première langue de culture de F.

Auteur(e): Hermann Schöpfer / PM

2.4 - Architecture et urbanisme

Comme il était d'usage dans les fondations zähringiennes, le quartier du Bourg fut divisé en chesaux selon un plan orthogonal, prolongé lors des agrandissements (rues de l'Hôpital et des Alpes, peut-être rue de Romont). Ailleurs, la topographie empêcha une telle régularité. Les places triangulaires de l'Auge, de la Planche supérieure et du Court chemin datent de l'époque kibourgeoise. Le système des murs pare-feu remonte aux XIIIe et XIVe s. Quelque deux cents façades gothiques sont conservées, surtout à l'Auge et à la Neuveville. Les fontaines et les canaux d'évacuation attestés dès la fin du XIVe s. ne cédèrent la place à un réseau d'eau moderne que dans les années 1870. L'élargissement de la ville au XIIIe s. supposait la construction de ponts; celui de Berne est resté jusqu'à nos jours un pont couvert, en bois, tandis que ceux du Milieu et de Saint-Jean ont été remplacés par des constructions en tuf en 1720 et 1746. Les fortifications (XIIIe-XVe s.) conservées constituent le plus vaste ensemble d'architecture militaire médiévale en Suisse; du mur d'enceinte habilement implanté dans le site fluvial, il subsiste quatorze tours, un grand boulevard (appelé belluard) du XVe s. et env. 2 km de murailles. Au XVIIe s., des tensions sociales et confessionnelles, ainsi que le développement de l'artillerie entraînèrent des travaux d'aménagement, mais les bastions projetés ne furent pas réalisés.

Abstraction faite des couvents nouveaux ou rénovés, la ville conserva sous l'Ancien Régime et au-delà sa structure médiévale, vaste, mais très morcelée. Néanmoins, les patriciens firent refaire leurs maisons, qui se concentraient aux environs de l'hôtel de ville (Grand-Rue, rues de Morat et de Lausanne). Jean Ratzé donna l'exemple extrêmement précoce d'un nouveau type de maison avec son hôtel particulier de la rue de Morat, édifice isolé inspiré d'un modèle lyonnais (1581, auj. Musée d'art et d'histoire). L'aristocratique Grand-Rue a un aimable aspect dix-huitième; derrière de jolies façades au rythme souvent raffiné, les appartements sont en général décorés selon un goût français réinterprété dans l'esprit de l'Allemagne du Sud; une partie des immeubles du côté Sarine furent rénovés en style Régence, sobre et élégant, après l'unique grand incendie qui ait frappé la ville (1737). L'avoyer François-Philippe de Lanthen-Heid fit construire vers 1700, au-delà de la porte de Morat, le château de la Poya; cette villa de style palladien, qui n'a guère son pareil à cette époque, même en France, est le plus prestigieux des quelque 200 châteaux que les patriciens fribourgeois édifièrent aux environs de la ville pour y passer l'été et y donner des réceptions.

Sous l'Ancien Régime, la ville veilla à entretenir ses rues et fontaines, son système d'évacuation des eaux usées, ainsi que les murs, tours et portes de son enceinte. Vers 1550, elle commença à remplacer les simples fontaines en bois des XIVe-XVe s. par des bassins octogonaux ornés de statues en style Renaissance. Parmi les constructions nouvelles visant en fin de compte une meilleure planification et une organisation plus rigoureuse des tâches de l'Etat, citons le grand grenier de la Planche (1708-1709), la maison de ville (1730-1731), la chancellerie (1734-1737), l'école de droit (1762-1767, auj. Albertinum) et le corps de garde à côté de l'hôtel de ville (1782). L'intérieur de ce dernier fut rénové en 1775-1776 par les meilleurs artistes de la ville. Les frais furent couverts essentiellement par les revenus des territoires sujets, dont la plus grande part (jusqu'à 95%) allait dans les caisses de l'Etat, une fois déduits les honoraires des baillis; cela suffit à expliquer le contraste entre la splendeur de la ville et la pauvreté de la campagne.

Auteur(e): Hermann Schöpfer / PM

3 - XIXe et XXe siècles

3.1 - Vie politique

La disparition du régime patricien est liée à la Révolution française. La Ville et République de F. capitule le 2 mars 1798 devant les troupes de la Grande Nation. Contrainte d'abandonner sa souveraineté sur les campagnes et désormais séparée de l'Etat, la cité dispose dès le printemps 1799 d'une autorité communale, élue par tous les citoyens actifs en application des lois des 13 et 15 février 1799 instituant, à côté de la commune des bourgeois, la commune politique des habitants.

L'élection de la municipalité se déroula en mai 1799 et le premier élu fut Jean (de) Montenach, ancien président du gouvernement provisoire. L'administration était divisée en sept bureaux: comptabilité (finances), logements (militaire), orphelins, secours pour les pauvres, recensement, police générale et procure (service juridique). Dès ses débuts, la municipalité rencontra d'incessantes difficultés financières. Elle eut également à faire face à de nombreux problèmes de compétences l'opposant à la Chambre administrative (autorité du canton) et à la Chambre de régie (commune bourgeoise). L'acte de dotation du 8 octobre 1803 entérina la séparation des biens entre la ville et le canton.

Sous la Médiation, le canton étant canton directeur, la ville de F. fut l'une des six capitales tournantes de la Suisse, en 1803 et 1809. De 1803 à 1847, le Conseil municipal, conservateur, fut exclusivement composé de bourgeois de F. A partir du régime radical instauré en 1847, tout citoyen suisse résidant à Fribourg put prendre part aux assemblées électorales. Un Conseil général (parlement communal) contrôle l'exécutif (Conseil communal) depuis 1865.

Le gouvernement cantonal, le Conseil d'Etat, destitua l'exécutif communal en 1847, 1858 et 1874. Les catholiques conservateurs durent céder la majorité à l'opposition radicale et libérale (dont l'organe était Le Bien public) au Conseil communal de 1871 à 1879 et de 1886 à 1903. Le parti libéral-radical fut créé en 1895. Un cercle socialiste, établi à Fribourg en 1904, fit son entrée au Conseil général et au Conseil communal en 1907. Depuis 1894, le Conseil communal est élu à la proportionnelle; le syndic est désigné désormais par ses collègues et non plus nommé par le Conseil d'Etat. En 2001, il a été réduit de neuf à cinq conseillers, dont l'emploi est à plein temps; les élus sont deux PDC, un radical et deux socialistes. Quant au législatif, il connaît pour la première fois une courte majorité de gauche.

Dix communes du Grand F. se sont constituées en agglomération en 2002, dont le statut est en préparation.

Auteur(e): Alain-Jacques Czouz-Tornare

3.2 - Economie et société

Avant 1870, l'économie de F. reste essentiellement artisanale. En 1845, une personne active sur quatre est domestique. En 1876, près de 20% des habitants de F. sont indigents et 829 bourgeois sur 3510 (soit 23,6%) sont inscrits à l'assistance. La Caisse d'épargne de la Ville de Fribourg (1829) et une Caisse du commerce et de l'industrie (1840) ne permettent pas de parler de véritable organisation du crédit à F. vers 1850.

Les finances de la ville sont en 1869 dans une si mauvaise situation que la commune décide de vendre ses forêts. L'ingénieur neuchâtelois Guillaume Ritter propose alors la création d'une régie, la Société des eaux et forêts, et construit sur la Sarine le barrage de la Maigrauge. L'usine hydraulique fournit l'énergie à une scierie et à une fabrique de wagons sur le plateau de Pérolles. En quelques années, la Société crée une dizaine d'entreprises et 800 emplois, mais elle fait faillite en 1875. L'industrialisation sera liée au secteur alimentaire. Paul-Alcide Blancpain acquiert en 1877, dans le quartier de la Neuveville, une brasserie qui prendra le nom de Brasserie du Cardinal en 1890; son extension se poursuivra près de la gare, dès 1904-1905. Avec la Brasserie Beauregard, ouverte en 1883, elle formera en 1970 la Sibra Holding SA, absorbée successivement par Feldschlösschen (1991) et Carlsberg (2001). Un autre exemple est celui des chocolats Villars (1901).

La ville se transforme au XIXe s. Chef-d'œuvre de la technique des "ponts en fil de fer", le Grand Pont est ouvert en 1834 (démantelé en 1924); il sera suivi par le pont suspendu du Gottéron (1840). Dans les années 1830 à 1850, on abat les portes ouest et quelques portions de remparts. La construction du viaduc de Grandfey précède l'arrivée du chemin de fer à F. en 1862 (ligne Lausanne-Berne) et la ville moderne se développe autour de la première gare construite en 1872-1873; la ville basse est reliée en 1880 au nouveau quartier par la Route-Neuve et en 1899 par le funiculaire Neuveville-Saint-Pierre. Le quartier des Places se modernise en 1863 avec la transformation de l'ancien bâtiment de l'école de droit (1767) en hôtel (actuel Albertinum, résidence des dominicains) et en 1900 avec l'hôtel des Postes. Les années 1890 voient une rapide extension de F. et le déplacement du centre de gravité vers la gare et le plateau de Pérolles. F. se développe avant tout vers l'ouest, Villars-sur-Glâne lui cédant d'importants terrains (1903-1906). De 1890 à 1910, surgissent les quartiers d'Alt, de Beauregard, de Gambach et de Pérolles, puis, après la Première Guerre mondiale, ceux de la Vignettaz et des Daillettes; près de quatre cents immeubles y sont édifiés. La période 1890-1910 représente une ère de développement incontestable. Le premier siège de la Banque de l'Etat date de 1905, le site principal de la Bibliothèque cantonale et universitaire de 1910. De nouveaux axes sont construits, comme l'audacieuse route des Alpes à flanc de pente (1903-1908) ou le boulevard de Pérolles vers 1900.

Les 12 km du réseau de distribution d'eau courante sont achevés en 1878, celui des égouts datant du début du XXe s. Le télégraphe est introduit en 1852, le premier central téléphonique inauguré en 1889, l'éclairage électrique date de 1896, le nouveau cimetière de 1904. De 1897 à 1965, la ville est desservie par un réseau de tramway (6 km), peu à peu remplacé par des trolleybus mis en circulation dès 1949. Le XXe s. parachève ces transformations. Une nouvelle gare est inaugurée en 1929, l'université s'agrandit (Miséricorde en 1941). Plusieurs ponts sont rebâtis: Pérolles (1922, élargi à la fin du XXe s.), Zähringen (1924, qui remplace le Grand Pont), Grandfey (1927), Gottéron (1960). Le centre-ville, près de la gare, est réaménagé au début du 3e millénaire. Parmi les grands travaux prévus, le "Pont de la Poya" devrait éloigner la circulation de transit du centre-ville et de la cathédrale.

Il faut attendre les années 1960 pour que F. connaisse un nouvel essor économique, que favorise l'arrivée de l'autoroute (A12) en 1971. La population active, à l'orée du XXIe s., travaille en majorité dans le secteur tertiaire.

Auteur(e): Alain-Jacques Czouz-Tornare

3.3 - Formation, vie religieuse et culturelle

Sous l'Helvétique, le chanoine Charles-Aloyse Fontaine fut l'âme du conseil d'éducation établi afin de favoriser l'alphabétisation. Durant la Médiation, le Conseil municipal chargea le père Grégoire Girard de diriger les écoles primaires françaises, les écoles allemandes étant confiées aux augustins. L'école cantonale des filles ouvrit ses portes en 1849; quant à l'école secondaire professionnelle des garçons, établie en 1885, elle préfigure celle des arts et métiers (1898) qui deviendra le technicum en 1903.

La collégiale Saint-Nicolas, élevée au rang de cathédrale en 1924, est célèbre par les orgues d'Aloys Mooser et les vitraux Art nouveau du Polonais Józef Mehoffer. De nouveaux lieux de culte ont vu le jour: temple en 1875, églises Saint-Pierre (1931), du Christ-Roi (1953), Sainte-Thérèse (1966) et Saint-Paul (1977).

La presse d'opinion apparaît en 1830. Les années 1848-1849 voient la fondation du journal Le Confédéré de Fribourg (organe libéral-radical) et de la Gazette de Fribourg (conservatrice). Le premier quotidien fribourgeois, La Liberté, est créé en 1871. Les Freiburger Nachrichten, qui ont succédé en 1904 à la Freiburger Zeitung (1863), paraissent quotidiennement depuis 1915.

En 1897, le Musée d'histoire naturelle (1873) est transféré à Pérolles, tandis que le Musée d'art et d'histoire s'ouvre en 1922 dans l'ancien hôtel Ratzé. L'Espace Tinguely et Niki de Saint-Phalle est inauguré en 1998. F. accueille un Festival de musique sacrée, les Rencontres internationales de folklore, la Jazz-Parade, un Festival international de films, Cinéplus (depuis 1978) et une manifestation à caractère médiéval depuis 2001. La culture contemporaine n'est pas en reste avec le Centre d'art contemporain Fri-Art (1990) et la musique rock et punk à Fri-Son.

Son appartenance à deux cultures et son université ont permis à F. de jouer un rôle important de ville-pont, trait d'union helvétique au rayonnement international.

Auteur(e): Alain-Jacques Czouz-Tornare

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– AV Fribourg
Sources imprimées
– H. Foerster, J.-D. Dessonnaz, éd., Die Freiburger Handfeste von 1249, 2003
– S. Zehnder-Jörg éd., Die grosse Freiburger Chronik des Franz Rudella, 2 vol., 2007
Bibliographie