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No 15

Pestalozzi, Johann Heinrich

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naissance 12.1.1746 à Zurich,décès 17.2.1827 à Brugg, prot., de Zurich, citoyen d'honneur de la République française (1792). Fils de Johann Baptist, chirurgien, et de Susanna Hotz, issue d'une famille de notables villageois. ∞ 1769 Anna Schulthess ( -> 2). Scolarité à Zurich. Interrompant ses études de théologie et de droit au Carolinum de Zurich, P. rejoignit le nouveau mouvement des patriotes, réformistes influencés par Johann Jakob Bodmer. Puis il se tourna vers l'agriculture. Soutenu par ses beaux-parents (qui s'étaient d'abord opposés à son mariage), il acquit le domaine du Neuhof à Birr; son entreprise n'étant pas rentable, il créa une institution où les enfants pauvres pouvaient apprendre à filer et à tisser. L'échec de ce projet, d'abord accueilli favorablement par le public, plongea son auteur dans une crise existentielle. Encouragé par Isaak Iselin, P. se mit à écrire. Il publia bientôt des œuvres importantes, comme la poétique Abendstunde eines Einsiedlers ("Soirée d'un solitaire", 1780) et l'essai Sur la législation et l'infanticide (1783, trad. franç. 2003), où il préconisait une réforme pénale. Son roman Léonard et Gertrude (4 vol., 1781-1787; trad. franç. 1783, 1827, 1947-1948), évoquant la corruption des mœurs villageoises et leur possible régénération par des autorités éclairées, connut un succès européen. Dans Mes recherches sur la marche de la nature dans l'évolution du genre humain (1797, trad. franç. 1994), œuvre majeure, il exposa les fondements de sa philosophie politique. Dans Oui ou non? (écrit en 1793, publié en 1897, trad. franç. 2007), il fit part à la fois de sa sympathie pour la Révolution française et de son aversion pour la Terreur. La jeune République française lui avait décerné le titre de citoyen d'honneur en août 1792. Dans l'affaire de Stäfa, en 1795, il milita en faveur d'un arrangement, comme Johann Kaspar Lavater, pour éviter toute effusion de sang.

Les bouleversements politiques de 1798 impliquèrent aussi un tournant dans la vie de P., qui se mit au service de la République helvétique comme rédacteur de l'éphémère Helvetisches Volksblatt, puis en 1798-1799 comme directeur d'un orphelinat à Stans, où il découvrit ses talents de pédagogue. Lorsque l'institution fut fermée à cause de la guerre, P. partit travailler à Berthoud, d'abord comme simple enseignant, puis comme directeur d'un institut installé au château. Dans Comment Gertrude instruit ses enfants (1801, trad. franç. 1882, 1985), il exposa les principes de sa méthode éducative: "[...] le discernement, l'amour et la force d'exercer un métier font de l'homme un être accompli; l'éducation n'a d'autre but que cet accomplissement", une formulation qu'il ramènera bientôt à la triade "tête, cœur et main".

Membre de la Consulta, il participa brièvement et sans succès aux négociations à Paris en 1802-1803. Sous la Médiation, l'institut dut quitter le château de Berthoud; après une brève escale à Münchenbuchsee, il fut transféré en 1805 au château d'Yverdon, qui devint un centre pédagogique de réputation internationale. Comme l'accès demeurait réservé aux fils de bonne famille, en raison des tarifs pratiqués, P. ouvrit à Clendy près d'Yverdon un établissement pour les pauvres, qui cependant périclita rapidement. Il accorda moins d'importance à l'éducation des filles. Pour faire connaître ses nouvelles méthodes pédagogiques et les défendre contre ses adversaires, il fonda la Société suisse pour l'éducation et donna des conférences (discours de Lenzbourg, 1809). La chute de Napoléon, le changement de régime en Europe et en Suisse suscitèrent en P. l'espoir d'une ère nouvelle pour la pédagogie, espoir perceptible dans son essai An die Unschuld, den Ernst und den Edelmuth meines Zeitalters und meines Vaterlandes ("A l'innocence, au sérieux et à la noblesse de cœur de mon époque et de ma patrie", 1815). Il dut bientôt déchanter. Son institut entra en crise, à cause de difficultés financières et surtout d'une division parmi les maîtres, et la mort de sa femme ne fit qu'accélérer ce processus. P. prit le parti de Joseph Schmid, qui avait de l'ascendant sur lui, ce qui le conduisit à rompre avec Johannes Niederer, qui était pourtant son principal collaborateur. L'institut déclina et fut fermé en 1825 à l'instigation du gouvernement vaudois, malgré le prestige grandissant de son fondateur, qui est reçu par le tsar Alexandre Ier à Bâle en 1814, est nommé docteur honoris causa de l'université de Breslau et voit ses œuvres complètes publiées chez Cotta dès 1817. P. retourna alors au Neuhof à Birr pour se consacrer entièrement à l'écriture. Président d'honneur de la Société helvétique, il prononça un discours à Langenthal en 1826 pour attirer l'attention sur les effets négatifs de l'industrialisation. Dans son Chant du cygne (1826, trad. franç. 1947), il dressa le bilan de sa vie et de son œuvre. Les idées et les méthodes pédagogiques de P. ont essaimé dans toute l'Europe et jusqu'en Amérique du Nord du vivant de leur auteur, qui reste certainement, aujourd'hui encore, l'un des Suisses les plus célèbres.


Oeuvres
Sämtliche Werke, 29 vol., 1927-1996
– P. Baumgartner, éd., Werke in 8 Bänden, 1945
Sämtliche Briefe, 13 vol., 1946-1971
– A. Brühlmeier, éd., Auswahl aus seinen Schriften, 3 vol., 1977-1979
– R. Graf, éd., Politische Schriften, 1991
Bibliographie
– F. Delekat, Johann Heinrich Pestalozzi: Mensch, Philosoph, Politiker, Erzieher, 1926 (31968)
– A. Rufer, Pestalozzi, die französische Revolution und die Helvetik, 1928
– H. Schönebaum, Johann Heinrich Pestalozzi: Wesen und Werk, 1954
– K. Silber, Pestalozzi: Der Mensch und sein Werk, 1957
– J.-G. et L. Klink, Bibliographie Johann Heinrich Pestalozzi, 1968
– M. Liedtke, Johann Heinrich Pestalozzi, 1968 (162002)
– A. Rufer, La Suisse et la Révolution française, 1974, 205-256
– M. Soëtard, Johann Heinrich Pestalozzi, 1987
– P. Stadler, Pestalozzi: geschichtliche Biografie, 2 vol., 1988-1993

Auteur(e): Peter Stadler / UG