25/08/2008 | communication | PDF | imprimer

Malplaquet, bataille de

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Journée décisive de la guerre de Succession d'Espagne (1702-1714), la bataille de Malplaquet (à 15 km au sud de Mons et 50 à l'ouest de Charleroi dans les Pays-Bas espagnols) opposa, le 11 septembre 1709, les troupes anglo-hollandaises et impériales aux françaises. Le 9 septembre, l'armée française (quelque 65 000 hommes), commandée par le maréchal de Villars, s'était installée dans un terrain vallonné et couvert, qui empêchait d'avoir une vue sur l'ensemble du champ de bataille. Les coalisés (Anglo-hollandais, Impériaux), sous les ordres du duc de Marlborough et du prince Eugène, comptaient 90 000 hommes. A cause du rapport des forces et de l'enjeu (le salut du royaume), Villars, secondé par le maréchal de Boufflers, opta pour la défensive et fit élever une triple ligne de retranchements avec des passages pour les ripostes de cavalerie; ses ailes, renforcées par des abattis, s'appuyaient sur des forêts.

Bataille européenne, Malplaquet joue aussi un rôle important dans l'histoire suisse. En effet, des troupes suisses se trouvaient dans les deux camps: du côté français, deux bataillons des Gardes suisses (les compagnies Chandieu, Zurlauben, Pfyffer, Machet, Stuppa, Salis), les régiments Brendlé (Brändle), Villars-Chandieu, Greder et May; dans les forces hollandaises, les régiments Chambrier, Schmid von Grüneck, Hirzel, May, Stürler et Mestral. Les deux régiments May appartenaient à des Bernois: Gabriel von May était au service de Hollande, Hans Rudolf von May à celui de France. Une partie des Gardes suisses et le gros des régiments suisses se trouvaient au centre du dispositif français et huit bataillons suisses étaient en réserve à l'aile droite; il y avait également des Suisses à l'aile gauche.

Le premier assaut des coalisés, mené le matin du 11 septembre par trente bataillons des forces hollandaises, dont huit bataillons suisses, visait l'aile droite française. Les huit bataillons suisses au service de France contre-attaquèrent et rétablirent la situation. Les hommes des régiments May et Brendlé, du côté français, se battirent contre leurs compatriotes des régiments May et Stürler, au service de Hollande. Vers midi, Marlborough attaqua par surprise le centre du dispositif de Villars. Dans cette seconde phase de la bataille, les bataillons suisses n'intervinrent quasiment pas. Il est possible qu'on ne les ait pas engagés après les affrontements fratricides du matin, les capitulations militaires interdisant en effet de faire combattre des Suisses contre leurs compatriotes. Boufflers, qui avait remplacé Villars blessé, ne parvint pas à rompre le front ennemi et ordonna la retraite, couverte par des Suisses, qui s'effectua en bon ordre.

La bataille de Malplaquet avait sauvé la France d'une invasion, mais la journée avait été meurtrière. Au cours de ce choc frontal de huit heures, longtemps indécis, les pertes françaises s'élevèrent - il s'agit d'un ordre de grandeur - à 11 000 hommes (dont 4500 morts), celles des coalisés à 21 000 (dont 6500 morts), les blessés étant une fois sur trois des morts en sursis. Les pertes globales des Suisses avoisinèrent les 8000 hommes. Les régiments May et Brendlé, au service de France, perdirent à eux seuls 1800 hommes, les régiments May et Stürler, au service des Provinces-Unies, 2000 (600 et 1400). Les pertes des régiments Schmidt et Mestral furent respectivement de 500 et 600 hommes.

L'émotion fut vive dans le Corps helvétique et la Diète vit s'affronter partisans et adversaires du service étranger. Dans le pays comme à l'étranger, on considéra comme une honte l'affrontement sur un champ de bataille de régiments suisses servant dans des camps ennemis. La Diète prit des mesures pour éviter semblable situation et il n'y eut plus de Suisses se battant les uns contre les autres, tout au moins jusqu'à la bataille de Baylen en 1808.


Bibliographie
– P. de Vallière, Honneur et Fidélité, 21940, 400-405
– A. Corvisier, La bataille de Malplaquet, 1709, 1997

Auteur(e): Hervé de Weck