29/05/2012 | communication | PDF | imprimer | 

Succession d'Espagne, guerre de

Le conflit qui éclata pour la succession du dernier Habsbourg d'Espagne s'étendit de la péninsule Ibérique à l'Europe continentale et à l'outre-mer et conduisit à une première "guerre mondiale" transatlantique (1701-1714). Il fut déclenché par le second testament de Charles II d'Espagne (décès1700), qui désignait Philippe d'Anjou (futur Philippe V), petit-fils de Louis XIV, comme unique héritier. Léopold Ier (qui soutenait les prétentions de son deuxième fils Charles) et l'Empire, ainsi que les puissances maritimes (Angleterre, Provinces-Unies), signèrent, le 7 septembre 1701, le traité (Alliance) de La Haye pour s'opposer à une nouvelle monarchie universelle, celle des Bourbons. La Prusse, le Portugal et la Savoie les rejoignirent par la suite. Le 22 juillet 1701, alors que les cantons catholiques étaient plutôt favorables aux Bourbons, que les villes protestantes soutenaient les alliés et que des troupes de mercenaires suisses s'engageaient dans les deux camps (env. 20 000 hommes pour l'Alliance et 23 000 pour la France), la Confédération avait déclaré sa neutralité, reconnue par la France et l'empereur, comme dans les guerres européennes précédentes, et avait déployé des troupes aux frontières conformément au défensional de 1668. La neutralisation consensuelle de territoires limitrophes ne fut cependant possible à long terme que pour les villes forestières autrichiennes du Haut-Rhin, par l'engagement de deux régiments confédérés. En 1705, les cantons catholiques renouvelèrent avec Philippe V, prétendant Bourbon au trône, le capitulat de Milan avec l'Espagne. Mais l'année suivante, après avoir chassé les Français d'Italie suite à la bataille de Turin, l'empereur imposa un embargo commercial aux cantons catholiques. En 1707, dans le conflit pour la succession de la principauté de Neuchâtel, le roi de Prusse l'emporta contre plusieurs prétendants français, grâce à l'aide de Berne et du diplomate vaudois François-Louis de Pesmes de Saint-Saphorin, ce qui permit de disposer d'un glacis à la frontière du Jura. La plus grave atteinte à la neutralité suisse fut portée en 1709, lorsque le corps de cavalerie impérial du général Mercy contourna la ville de Bâle sur la rive gauche du Rhin et pénétra en Alsace. La même année, la guerre prit un tournant décisif en faveur des alliés avec la bataille de Malplaquet. En 1712, alors que les négociations en vue des traités d' Utrecht étaient en cours, même si la guerre n'était pas encore terminée, Zurich et Berne déclenchèrent la seconde guerre de Villmergen contre le prince-abbé de Saint-Gall et les cantons de Suisse centrale. L'année suivante, les changements à l'intérieur de la Confédération, dictés par les protestants lors de la paix d'Aarau du 11 août 1712, furent menacés par la volonté de restauration de la situation d'avant-guerre par les deux principales puissances catholiques, l'empereur et la France. Lors de la paix de Baden du 7 septembre 1714, celles-ci entérinèrent le partage de l'héritage des Habsbourg d'Espagne, mais ne se risquèrent pas à intervenir de manière concertée contre les cantons protestants.


Bibliographie
– R. Feller, Die Schweiz und das Ausland im spanischen Erbfolgekrieg, 1912
– Bonjour, Neutralität, 1
– J. Holenstein, Eidgenössische Politik am Ende des Spanischen Erbfolgekrieges, 1975
HbSG, 2, 684-687

Auteur(e): Rolf Stücheli / MBA