• <b>Col du Saint-Bernardin</b><br>Vue de l'hospice, dessin de  Johann Jakob Meyer  gravé à l'aquatinte par Rudolf Bodmer; vue extraite du guide de voyage <I>Die Bergstrassen durch den Canton Graubündten nach dem Langen- und Comersee</I> publié à Zurich en 1826 (Bibliothèque nationale suisse). L'hospice fut édifié entre 1818 et 1823, parallèlement aux travaux de transformation de l'ancien sentier muletier en route carrossable.

Saint-Bernardin [San Bernardino], col du

Passage des Alpes grisonnes, à une altitude de 2065 m, reliant la vallée du Rhin postérieur et la Mesolcina. Un habitat du Néolithique moyen ou récent (Ve millénaire av. J.-C.) est connu à Mesocco, au pied sud du col. Côté nord, au franchissement du fleuve près de Hinterrhein, ont été recueillis des objets de l'âge du Bronze. Xe s. Mons Avium, 1277 Vogel, nom probablement dérivé du gaulois Ouxello (hauteur), indice d'une fréquentation antérieure à l'époque romaine. La Table de Peutinger, du IIIe s. apr. J.-C., montre une route franchissant les Alpes et aboutissant au lac Majeur, mais il pourrait aussi s'agir du Lukmanier.

Le premier chemin muletier passait tout à l'est de la dépression que forme le col. L'église privée des Sax-Misox, Saint-Pierre de Hinterrhein, fut donnée en 1219 au chapitre de San Vittore. Au milieu du XIIIe s., des colons Walser empruntèrent le col pour aller s'établir dans la vallée du Rheinwald. La chapelle construite entre 1450 et 1467 dans le village de San Bernardino et dédiée à saint Bernardin de Sienne donna son nouveau nom au col. Le contrat d'inféodation conclu en 1467 obligeait les détenteurs de deux chesaux proches de la chapelle à héberger les voyageurs, à entretenir le chemin jusqu'au sommet du col et à sonner la cloche. L'aménagement de la Viamala vers 1473 donna une impulsion importante au trafic par le col du S. Des sociétés corporatives locales de paysans muletiers, appelées Porten, assuraient le transport des marchandises. A Splügen, les gens de la vallée du Rheinwald les reprenaient de ceux du Schams pour les porter jusqu'au village de San Bernardino. De là, les muletiers de la Mesolcina assuraient le reste du transport jusqu'à Bellinzone. Seules les marchandises urgentes pouvaient bénéficier du convoyage direct (Strackfuhr). L'admission de Mesocco et de Soazza dans la Ligue grise en 1480 s'explique notamment par l'importance du S. Au Moyen Age, le chemin muletier passait à l'ouest du sentier primitif.

Le chemin passant par le pont de pierre construit entre 1692 et 1696 près de Hinterrhein traversait ensuite le couloir d'avalanches de l'alpage surplombant le village. La petite route pavée carrossable construite dans la seconde moitié du XVIIIe s. par le col du S. fut abandonnée peu après au profit du trafic muletier. En hiver, les traîneaux permettaient de transporter plus de charge par animal. Le trafic de transit représentait une part importante de l'économie régionale: en 1760, à Hinterrhein et à Nufenen, vivaient vingt-trois familles qui se partageaient le sommage sur le chemin, conjuguant transport de marchandises et activité agricole. La route parallèle par le col du Splügen paraît toutefois avoir été généralement plus fréquentée. La première route praticable sur tout le trajet pour les chars et les diligences fut aménagée en même temps que la route du Splügen, de 1818 à 1823. Les frais de construction, pour les 120 km du tronçon Coire-Bellinzone furent à charge notamment du royaume de Piémont-Sardaigne, des transporteurs de Coire et du canton des Grisons. Le conseiller d'Etat tessinois Giulio Pocobelli assuma la fonction d'entrepreneur général. Il fit déplacer en amont le pont sur le Rhin près de Hinterrhein et éviter, pour les lacets de la route, les versants exposés aux avalanches. Le premier hospice sur le col fut construit en 1824-1825. L'effondrement en 1864 du pont Victor-Emmanuel, au-dessus du village de San Bernardino, amena à dessiner un nouveau tracé. L'ouverture de la route carrossable entraîna une forte augmentation des transports de marchandises, auxquels vint s'ajouter le trafic touristique. Ce passage profitait aux voituriers, aux aubergistes, aux artisans et aux agriculteurs. En 1861, la résistance des paysans muletiers ne suffit pas à éviter la suppression définitive du sommage. Le trafic par le col atteignit son point culminant au milieu des années 1850. Puis la construction des lignes ferroviaires à travers le Brenner (1867) et le Mont-Cenis (1872) réduisirent la part du S. au trafic transalpin. Le chemin de fer du Gothard causa l'abandon presque total du passage par les cols des Grisons. Les projets de chemin de fer du S. ne furent jamais menés à bien; seule fut réalisée une voie étroite entre Bellinzone et Mesocco, mise en service en 1907 et désaffectée en 1972. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, le col du S. est fermé en hiver. La seule voie ouverte toute l'année est, depuis 1967, le tunnel de l'A13, d'une longueur de 6,6 km, entre San Bernardino et Hinterrhein. Depuis lors, la Mesolcina est reliée toute l'année au reste du canton. La part du S. au trafic international a de nouveau diminué après la construction du tunnel routier du Gothard.

<b>Col du Saint-Bernardin</b><br>Vue de l'hospice, dessin de  Johann Jakob Meyer  gravé à l'aquatinte par Rudolf Bodmer; vue extraite du guide de voyage <I>Die Bergstrassen durch den Canton Graubündten nach dem Langen- und Comersee</I> publié à Zurich en 1826 (Bibliothèque nationale suisse).<BR/>L'hospice fut édifié entre 1818 et 1823, parallèlement aux travaux de transformation de l'ancien sentier muletier en route carrossable.<BR/>
Vue de l'hospice, dessin de Johann Jakob Meyer gravé à l'aquatinte par Rudolf Bodmer; vue extraite du guide de voyage Die Bergstrassen durch den Canton Graubündten nach dem Langen- und Comersee publié à Zurich en 1826 (Bibliothèque nationale suisse).
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Bibliographie
– J. Simonett, Verkehrserneuerung und Verkehrsverlagerung in Graubünden, 1986
– P. Mantovani, La strada commerciale del San Bernardino, 1988
– A. Planta, Verkehrswege im alten Rätien, 4, 1990, 11-33
Documentation IVS GR, 19

Auteur(e): Jürg Simonett / LA