24/05/2012 | communication | PDF | imprimer

Romont (FR)

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Comm. FR, chef-lieu du distr. de la Glâne, située à la frontière avec Vaud, au carrefour des routes en direction de Fribourg, Lausanne et Bulle. R. fusionna avec Arruffens en 1868 et Les Glânes en 1981. 1177 in Rotundo Monte, 1244 Romont, ancien nom all. Remund. 230 feux en 1278, 330 en 1364, env. 400 en 1417, 1386 hab. en 1850, 2110 en 1900, 2807 en 1950, 3964 en 2000. Trouvailles de l'âge du Bronze et sépulture (cinq tumulus) de Hallstatt à Bossens, diverses occupations protohistoriques, établissement romain (villa?) au Bochanat.

La fondation de R. par le roi Rodolphe II de Bourgogne en 921 relève de la légende. Un acte de l'abbaye d'Hauterive de 1177 mentionne R. comme une colline boisée. En 1239, Pierre II de Savoie acquit d'Anselme (ou Nantelme) de Billens ses droits sur cette colline, alors territoire de l'évêque de Lausanne. Il y installa un châtelain (cité en 1240), y construisit un château, fonda en 1240 à côté du bourg de château (castrum) un bourg neuf (burgum) et consolida son implantation à R. en 1244, à la paix d'Evian entre l'évêque et la maison de Savoie. Le château (Grand Donjon), établi sur le plan du carré savoyard, fut certainement achevé avant 1260. En partie effondré en 1579, il fut reconstruit entre cette date et 1591 par Fribourg. Un autre château (avec tour ronde), dit autrefois Petit Donjon (nom actuel tour à Boyer), fut vraisemblablement également construit par Pierre II de Savoie entre 1250 et 1260. L'enceinte était percée de trois tours-portes (Billens, Mézières et Fribourg), démolies entre 1842 et 1854. Entre 1843 et 1865, cinq incendies ravagèrent l'ensemble gothique de R. et la forcèrent à moderniser son architecture.

L'une des villes les plus importantes du Pays de Vaud après Lausanne, avec une population de plus de 1000 habitants à la fin du XIIIe s. et de près de 1500 à la veille des guerres de Bourgogne, chef-lieu de châtellenie, R. fut d'abord un relais important entre Fribourg et les possessions savoyardes de l'arc lémanique, puis une tête de pont pour une expansion vers le nord. Les Etats de Vaud s'y réunirent quelquefois. R. reçut des franchises - celles de Moudon - certainement entre 1285 et 1293, au plus tard en 1328. La communauté urbaine se constitua très tôt, puisque, en 1248 déjà, les sources mentionnent des bourgeois. Représentée par un Conseil des bourgeois présidé par un syndic, elle s'occupait de l'entretien des infrastructures urbaines (hôpital, école, léproserie, fours, moulins, puits). Comme le châtelain, le syndic était en charge pour une durée d'un an, renouvelable.

Lors des guerres de Bourgogne, la ville fut incendiée et pillée deux fois par les Bernois et les Fribourgeois. R. resta fidèle au souverain savoyard jusqu'à la conquête du Pays de Vaud par Berne en 1536, moment où la ville se rendit à Fribourg afin de conserver sa foi catholique. Elle fut le centre du bailliage de R. jusqu'en 1798, du district du même nom jusqu'en 1803. Lors de l'insurrection fédéraliste de 1802, elle resta fidèle à la République helvétique. Préfecture de 1803 à 1848, R. fut dès lors chef-lieu du district de la Glâne. La ville connut un seul épisode de dissidence avec Fribourg, en participant au soulèvement de Nicolas Carrard en 1850-1851 (insurrections Carrard). La commune est gérée par un Conseil communal (exécutif) de neuf membres et par un Conseil général de cinquante membres (2006-2011: 18 PDC, 13 PS, 9 libéraux-radicaux, 5 UDC et 5 Horizons nouveaux).

Au spirituel, les habitants relevèrent de la paroisse de Billens jusqu'en 1244, lorsque l'évêque de Lausanne céda les droits de patronage à Pierre II de Savoie et lui permit d'ériger une paroisse (décanat de Vevey jusqu'en 1536, puis de R.). Le clergé local reçut du duc de Savoie le patronage sur l'église de Cudrefin en 1516 et eut celui d'Attalens de 1539 à 1869. L'église paroissiale de R. (Notre-Dame, consacrée en 1296) fut bâtie en 1271. Presque entièrement détruite lors de l'incendie de 1434, elle fut reconstruite et agrandie sur le même emplacement (reconsacrée en 1456). Ses imposantes dimensions lui valurent le nom de collégiale (1515), bien qu'elle n'ait pas abrité de chapitre. R. est connu pour sa procession des Pleureuses du Vendredi saint, qui succéda à celle des Traîne Croix qui avait elle-même remplacé en 1755 le Mystère de la Passion, joué pour la première fois en 1456.

Malgré le fait que R. ait accueilli des moniales entre 1591 et 1664 (clarisses d'Evian en 1591, religieuses de l'ordre de l'Annonciade en 1636, ursulines en 1636 et de 1685 à 1700), des trappistes en 1797 et de 1803 à 1806, le couvent cistercien de la Fille-Dieu, fondé en 1268, reste l'unique monastère existant. Au bas Moyen Age, béguines, franciscains, dominicains, ermites de Saint-Augustin, prémontrés, bénédictins (jusqu'en 1398) et cisterciens d'Hauterive avaient à R. une maison qui servait avant tout de relais pour les frères en voyage. L'installation des minimes en 1620 fut la première implantation d'une communauté monastique intra muros. Expulsés de R. en 1725, ils furent remplacés par les capucins (1727-1979).

Située au carrefour de routes fréquentées, la ville bénéficia du passage des pèlerins, voyageurs et marchands pour développer ses structures d'accueil. L'hôpital des bourgeois, attesté en 1275, refuge pour les pèlerins au Moyen Age, centre de soins et prison sous l'Ancien Régime, brûla en 1843. Reconstruit, il fut converti en immeuble d'habitation après la création de l'hôpital du district à Billens (1864). A la fin du XIVe s., les comptes du syndic attestent de l'activité d'un maître d'école. Un rector scholarum est mentionné en 1404, une école ecclésiastique existe dès 1468, une école des filles depuis le début du XVIIe s. L'école latine ouvrit ses portes vers le milieu du XVIIIe s. et ferma en 1859, moment de la création de l'école secondaire Saint-Charles (avec pensionnat de 1884 à 1973). L'école secondaire fut installée en 1974 dans de nouveaux bâtiments à Arruffens.

Outre l'agriculture et l'élevage, importants jusqu'au début du XXe s., R. eut aussi une activité industrielle: draperie et fabrication de faux au XVe s., fonderie de cloches Guillet à la fin du XVIe s. Au marché hebdomadaire accordé en 1244 par l'évêque s'ajoutèrent deux foires annuelles jusqu'en 1434, moment où le duc de Savoie en concéda deux autres pour relancer l'essor urbain après l'incendie qui avait presque entièrement détruit la ville. Au XIXe s. et jusqu'à la Première Guerre mondiale, les foires au bétail connurent un immense succès; R. était notamment le plus grand centre de commerce de chevaux en Suisse romande.

Inaugurant sa gare sur la ligne Berne-Lausanne en 1862, R. fut reliée à Bulle six ans plus tard. Les cinq incendies du XIXe s. (1843-1865) coïncidèrent avec le premier démarrage économique de la ville, auquel contribuèrent aussi l'installation du télégraphe et la modernisation des routes. Parallèlement se développèrent plusieurs distilleries alors que paraissaient les premiers journaux locaux dont la  Feuille fribourgeoise d'annonces  (depuis 1890). Il fallut cependant attendre la création d'Electroverre Romont en 1935 pour parler d'industrie. Après 1960, plusieurs zones industrielles furent aménagées vers Arruffens pour attirer quelques grandes entreprises (Tetrapak 1976) et l'armée, mais ce sont principalement les PME qui constituent le moteur économique. L'installation dans le château du Musée suisse du vitrail et des arts du verre en 1981 (Vitromusée en 2006), favorisée par la présence du groupe de Saint-Luc dans l'entre-deux-guerres, contribua à dynamiser le tourisme.


Bibliographie
– P. Jäggi, Untersuchungen zum Klerus und religiösen Leben in Estavayer, Murten und Romont im Spätmittelalter, 1994
– A. Lauper, Romont, cité à découvrir, 1994
– A. Lauper, «"Clausa est janua": l'ancien couvent des capucins de Romont», in Patrimoine fribourgeois, 1995, no 4, 36-45
– N. Schätti, Collégiale de Romont, 2 vol., 1997
– D. de Raemy, Châteaux, donjons et grandes tours dans les Etats de Savoie (1230-1330), 2004, 98-101, 173-177
– F. Defferrard, «Romont, fondation d'une ville tournée contre Fribourg?», in Stadtgründung und Stadtplanung, dir. H.-J. Schmidt, 2010, 313-336

Auteur(e): Florian Defferrard