11/08/2005 | communication | PDF | imprimer

Corps francs, expéditions des

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L'expression désigne deux expéditions de francs-tireurs, menées en 1844 et 1845; d'inspiration anticléricale, elles visaient à renverser le gouvernement du canton de Lucerne. Leur principal mobile fut la décision de ce gouvernement de faire appel aux jésuites pour enseigner dans les écoles supérieures, mesure vivement combattue par les radicaux et les libéraux. Même si les deux tentatives bénéficièrent de l'appui des cantons libéraux, elles furent clairement un soulèvement spontané. En réaction à ces attaques, les cantons conservateurs catholiques s'allièrent dans le Sonderbund. Les expéditions de 1844 et 1845 furent une étape importante dans des affrontements qui, portant le sceau du confessionnalisme, concernèrent toute la Suisse. Elles furent quasiment des guerres civiles et trouvèrent leur apogée lors de la guerre du Sonderbund qui entraînera la fondation de l'Etat fédéral. Lors de ces événements, le canton de Lucerne agit en se conformant au droit, soutenu sur ce point par la Diète, qui ne prendra pas position.

La première expédition, le 8 décembre 1844, était mal préparée sur le plan militaire: la centaine d'hommes réunis en ville de Lucerne pour lancer le coup d'Etat fut mise en fuite par les soldats gouvernementaux. Un millier de francs-tireurs de la campagne lucernoise et des cantons d'Argovie, Soleure et Bâle-Campagne battirent les troupes cantonales près d'Emmenbrücke, mais se retirèrent par manque d'information sur la situation de leur propre camp. Le gouvernement lucernois, initialement démuni face à la situation, put ainsi concentrer et renforcer ses troupes de milice. Il réagit ensuite par de nombreuses arrestations, des répressions politiques et des mesures économiques qui touchèrent également des innocents. De nombreux Lucernois s'enfuirent dans les cantons voisins, où l'agitation radicale contre les jésuites redoubla (assemblées populaires, campagnes de presse, pétitions et création d'associations). Une diète extraordinaire s'avéra incapable de calmer les esprits.

La seconde expédition fut dirigée par Ulrich Ochsenbein, capitaine à l'état-major général fédéral. Selon son plan de bataille, 3500 francs-tireurs partis de Zofingue et de Huttwil franchirent la frontière lucernoise dans la nuit du 30 au 31 mars 1845. Près d'Emmenbrücke, un petit détachement fut défait par les troupes cantonales. Mais la plus grande partie de cette armée parvint devant les portes de Lucerne dans la soirée du 31. Ochsenbein renonça pourtant à attaquer la ville en raison de l'obscurité qui tombait, de l'état d'épuisement de ses troupes, qui avaient subi de fortes pertes, et de doutes moraux. S'il avait attaqué, Lucerne serait probablement rapidement tombée aux mains des corps francs. Le général Ludwig von Sonnenberg, commandant des troupes lucernoises, et le gouvernement se croyaient déjà perdus. Mais le désordre et l'inquiétude parmi les francs-tireurs prirent une telle ampleur qu'un coup de feu accidentel provoqua une fuite désordonnée dans la nuit. Plusieurs sections tombèrent dans une embuscade près de Malters et furent anéanties. Le lendemain, les troupes gouvernementales n'eurent plus affaire qu'à des groupes isolés et capturèrent environ 2000 hommes. Les combats firent plus de 120 victimes, dont 100 au moins dans les corps francs. Plus de 700 Lucernois furent condamnés à des peines de prison, les prisonniers des cantons voisins furent libérés contre une forte rançon. L'antagonisme entre les deux camps s'envenima lorsque, par une propagande mensongère, les francs-tireurs, déçus d'avoir perdu, affirmèrent que les prisonniers avaient été maltraités.


Bibliographie
– O. Marchi, Der erste Freischarenzug, 1971
– K. Bühlmann, Der zweite Freischarenzug, 1985

Auteur(e): Kurt Münger / LD