30/09/2004 | communication | PDF | imprimer | 

Bienne, lac de

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Lac (40 km2) situé au pied du Jura, dans la région du Seeland, appartenant aux cantons de Berne et de Neuchâtel (Le Landeron). En certaines périodes de réchauffement interglaciaire, un unique lac s'étendit d'Orbe à Soleure. Du Néolithique à la fin de l'époque romaine, les rives du lac de B. et de la Thielle comptèrent, sauf interruptions dues aux hautes eaux, parmi les régions les plus peuplées de la Suisse (Douanne,  Lüscherz, Lattrigen). L'élévation du niveau des eaux pendant la période de Hallstatt (800-450 av. J.-C.) contraignit les riverains à se déplacer. D'importantes colonies celtes furent fondées au Jolimont et au Jensberg à l'époque de La Tène (de 450 env. au Ier s. av. J.-C.). La région du lac fut très tôt une zone de transit; les premiers chemins reliant le Plateau aux cols du Jura franchissaient le Grand-Marais et la Thielle au sud du lac. L'époque gallo-romaine, du Ier s. av. J.-C. au Ve s. apr. J.-C., vit construire de nouvelles routes et agglomérations (voies en direction du Jura sur la rive sud et au nord près d'Aegerten-Brügg).

Le lac porta les noms de Nugerol (1221-env. 1300 lacus de Nuerol), de Cerlier (1212 lacus Erliacensis), de B. (1287 Bielsee) et généralement de Nidau jusqu'au début du XIXe s.; all. Bielersee. Le lac et tous les droits afférents appartenaient dès le premier quart du XIIIe s. aux comtes de Neuchâtel(-Nidau), sauf les rives de La Neuveville et de B., qui relevaient de l'évêque de Bâle, et les seigneuries locales de Gléresse et de Douanne. Le prieuré de l'île Saint-Pierre jouissait de divers privilèges. Après la conquête de Nidau en 1388, Berne revendiqua le bailliage et la pleine juridiction du lac, du fait du landgraviat de Petite-Bourgogne. L'évêque de Bâle émit cependant lui aussi des prétentions et ce n'est qu'en 1456-1487 qu'on parvint à un accord: Berne obtint en totalité, à l'exception des basses justices de B. et de La Neuveville, la juridiction et la souveraineté du lac, administrées désormais par le bailli de Nidau.

La viticulture et la pêche sont attestées depuis le XIIIe s. En principe, tous les habitants des villages riverains avaient le droit de pêche. Le plaid des pêcheurs édicta dès 1397 des directives concernant les méthodes de pêche, les périodes de fermeture et le commerce du poisson, pour protéger les ressources du lac. Au XVIe s., Berne reprit cette législation et réglementa l'approvisionnement des marchés. Les pêcheurs se regroupaient en corporations (à B. en 1470, à La Neuveville en 1597, à Cerlier en 1622), qui faisaient respecter les règles. A Lüscherz, Nidau, Douanne, Gléresse et Cerlier, entre autres, se trouvaient des pêcheurs de métier, soumis à l'autorité de baillis du lac. Devant leur accroissement, on imposa, au XVIIIe s., une concession professionnelle et, en 1777, une réduction du nombre de filets. La surveillance de la pêche sur la totalité du lac incomba à Berne dès 1803, puis également à la Confédération en 1848 (première loi fédérale en 1875).

Détentrice du droit de conduit, Berne contrôlait le transport des marchandises sur les trois lacs du pied du Jura. En 1637, la ville accorda une concession au canal d' Entreroches reliant Yverdon au lac Léman, mais l'essor escompté de la navigation commerciale ne se produisit pas. Nidau n'en resta pas moins le principal port de transbordement et la douane la plus rentable de Berne, plus importante d'ailleurs que celle du prince-évêque à B. Les principales marchandises transportées étaient le vin, le sel, les grains, les draps et le cuir. Dès 1826 les bateaux à vapeur du lac de Neuchâtel naviguèrent sur le lac de B. et dès 1855 des chalands en provenance de Soleure. Mais, après 1860, la voie ferrée B.-Neuchâtel attira tout le trafic; on venait de rejeter l'idée d'un "chemin de fer flottant Nidau-Yverdon". La compagnie de navigation sur le lac de B., fondée en 1887, toujours en activité, transféra son siège de Cerlier à B. en 1917. Affecté par les deux guerres mondiales, le tourisme reprit à partir de 1955 ("tour des trois lacs", promenades sur l'Aar dès 1966). Ce n'est qu'en 1993 qu'on abandonna l'idée, évoquée depuis le XIXe s., d'un canal du Rhône au Rhin par l'Aar. Si la rive sud du lac fut raccordée au réseau routier dès l'époque romaine, celle du nord ne connut que la voie lacustre jusqu'à la construction de la route de B. au Landeron en 1835-1838, suivie de la ligne de chemin de fer (1858-1861), de la route nationale (1969-1978), du tunnel de Gléresse (1984-1991). La première correction des eaux du Jura (canaux inférieur et supérieur de la Thielle en 1868-1875 et 1874-1883, canal de Hagneck dérivant les eaux de l'Aar dans le lac de B. en 1873-1878), permit en abaissant les eaux, de gagner 2 m de rivage sur le lac, de faire des découvertes archéologiques et de se rendre à pied sec sur l'île Saint-Pierre.


Bibliographie
– P. Aeschbacher, Geschichte der Fischerei im Bielersee, 1923
– F. Allimann-Laubscher, Geschichte der Dampfschiffahrt auf dem Bielersee, 1965
– M. Bourquin, Bezaubernder Bielersee, 1989
– J. Winiger, «Die prähistorische Besiedlungsstruktur der Bielerseelandschaft», in Die ersten Bauern, cat. expo. Zurich, 1, 1990, 297-306

Auteur(e): Anne-Marie Dubler / WW