29/05/2007 | communication | PDF | imprimer

Fricktal

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Le F. correspond aux actuels districts argoviens de Laufenburg et Rheinfelden. Cette région occupe une partie du Jura tabulaire, le long du Rhin, de l'embouchure de l'Ergolz à l'ouest presque jusqu'à celle de l'Aar à l'est. Elle est percée de nombreux vallons orientés au nord, qui se jettent soit dans la Sissle, soit dans le Rhin.

1 - Population et économie

Aux époques préhistoriques, le F. fut toujours libre de glace. Les sauriens découverts à Frick sont célèbres. On a trouvé à ce jour des campements protégés de chasseurs paléolithiques à Zeiningen et Rheinfelden, des stations néolithiques de plein air à Mumpf, Zeiningen, Möhlin et Olsberg, ainsi qu'un important habitat du Bronze final au Wittnauer Horn. L'époque celtique n'a laissé que des vestiges isolés. Sous le Bas-Empire romain, le Rhin servit de frontière, ce qui explique l'abondance des installations militaires. Les fondations d'un castrum à Kaiseraugst et de tours de garde le long du Rhin sont encore visibles. On sait qu'il y avait des entrepôts fortifiés à Mumpf et Sisseln. Les fouilles ont révélé des villae, notamment à Wallbach, Rheinfelden, Möhlin et Frick. Les relais (mansiones) de Münchwilen et Frick attestent le rôle majeur de la voie Vindonissa-Augusta Raurica. Quelques tombes sont la seule trace de la colonisation alémane, qui pourrait cependant avoir été particulièrement précoce dans cette région frontalière.

Les villages actuels, nés durant le haut Moyen Age (certains succédant à des habitats gallo-romains), se situent dans les vallées, alors que les emblavures se trouvaient sur les hauteurs et les pentes douces du Jura. Les fortes déclivités étaient laissées à la forêt. Dans la vallée du Rhin, le Möhlinfeld était une vaste terre à blé, de même que le Sisslerfeld, amendé au XVIe s. La vigne, culture principale dans la vallée de la Sissle, avait ailleurs une présence notable. Le phylloxéra et les importations à bas prix la firent fortement reculer à la fin du XIXe s. Les cultures fruitières (cerisiers surtout) la remplacèrent. A côté de l'agriculture, de l'artisanat et du commerce, l'extraction du minerai de fer joua un certain rôle de l'époque romaine jusqu'au XXe s. dans le haut F. Laufenburg et les communes de la vallée de Sulz furent jusqu'au XIXe s. au centre d'une industrie sidérurgique régionale. Seuls les ponts de Rheinfelden, Stein et Laufenburg permettaient de franchir le Rhin en dehors des bacs et des gués. Le fleuve se prêtait à la pêche et à la batellerie, ainsi qu'au flottage du bois, pratiqué corporativement jusqu'au XIXe s. La route fréquentée du Bözberg reliait la vallée de l'Aar à celle du Rhin. Autrefois, la population était moins dense dans la plaine rhénane que dans les vallées jurassiennes, mais l'industrialisation et la construction des lignes ferroviaires du Bözberg (1875) et du Rhin (1892) inversèrent cette tendance. Outre la brasserie Feldschlösschen, fondée en 1876 et encore active, des entreprises du tabac et du textile s'installèrent dans la région de Rheinfelden, où l'on découvrit aussi de gros filons de sel gemme. L'industrie à domicile (passementerie) pénétra dans les vallées et dans les communes rurales, où beaucoup de petits paysans tentaient de survivre grâce à elle. Le F. connaissait néanmoins au milieu du XIXe s. une situation économique et sociale très difficile. Entre 1850 et 1900, de nombreuses communes perdirent en plusieurs vagues d'émigration jusqu'à 40% de leur population. L'agriculture dominait encore au début du XXe s. et c'est seulement après la Deuxième Guerre mondiale que les sources de revenus se diversifièrent grâce aux emplois créés dans les secteurs secondaire et tertiaire de l'agglomération bâloise et dans l'industrie chimique en expansion géographique (sites du Sisslerfeld et du Kaisterfeld). Dès 1970 l'autoroute A3 attira des entreprises, tout en favorisant le trafic pendulaire. La population augmenta dès lors dans la plupart des communes, très rapidement même dans celles du bas F.

Auteur(e): Dominik Sauerländer / PM

2 - Histoire politique

A l'époque franque, le F. faisait partie de l'Augstgau qui, largement identique à la Colonia Raurica romaine, fut divisé au IXe s. en Frickgau (à l'est du Möhlinbach) et Sisgau (à l'ouest). Au spirituel, il fut attribué au diocèse de Bâle, dont il releva sans interruption jusqu'à nos jours. Vers 1100, les comtes d'Alt-Homberg semblent posséder les droits comtaux dans tout l'ancien Augstgau, territoire où les Zähringen fondèrent au XIe s. la seigneurie et, au XIIe, la ville de Rheinfelden. Le couvent de femmes de Säckingen, fondé vers 600 par les Mérovingiens, possédait beaucoup de terres et des droits fonciers dans le F. La maison de Habsbourg reçut en 1173 l'avouerie de Säckingen avec Laufenburg et plus tard les droits comtaux sur le Frickgau. Elle prit en gage en 1330 la seigneurie de Rheinfelden, qui était passée aux Kibourg en 1218, ce qui fit perdre à la ville de Rheinfelden l'immédiateté impériale obtenue en 1225. Au milieu du XIVe s., l'ensemble des droits de suzeraineté et d'avouerie appartenait aux Habsbourg. De la branche de Laufenburg, éteinte en 1408, ils passèrent à la branche aînée, qui rattacha le F. à l'Autriche antérieure, dont le bailli résidait à Ensisheim (Alsace) jusqu'en 1648, puis à Fribourg-en-Brisgau. Le F. se divisait en deux seigneuries: Rheinfelden, avec les "pays" (Landschaften) de Möhlinbach, du Rheintal et du F., et Laufenburg. Les quatre Villes forestières (Rheinfelden, Säckingen, Laufenburg et Waldshut) jouissaient d'un statut autonome. Chaque "pays" avait son bailli, hiérarchiquement soumis à celui qui représentait le souverain à la fois dans les deux seigneuries de Rheinfelden (où il résidait généralement) et Laufenburg. A l'échelon communal, on trouvait des sous-baillis. Les droits souverains comprenaient la haute justice, une partie des basses justices, le contrôle des régales, le droit de lever des troupes et de percevoir des impôts. Les communes réglaient les affaires de leur compétence sous la présidence d'un fonctionnaire seigneurial. Il existait en outre, jusqu'en 1797, des basses juridictions appartenant au couvent de Säckingen et à des familles nobles. Plusieurs cantons firent de vaines démarches, entre 1639 et 1748, pour que le F. leur soit vendu ou donné en gage. Au traité de Campoformio (1797), l'Autriche remit le F. à la France, mais la clause resta lettre morte jusqu'au traité de Lunéville (1801). La France se réservait le droit de céder ce territoire à la République helvétique. En 1802, Sebastian Fahrländer en reprit l'administration et créa le canton du F., qui comprenait trois districts: Rheinfelden (chef-lieu), Frick et Laufenburg. Après la chute de Fahrländer, à la fin de 1802, le F. revint à la Suisse et fut rattaché en 1803 au canton d'Argovie.

Pays autrichien, le F. eut à subir de pénibles événements militaires. Des troupes confédérées y pénétrèrent lors de la seconde guerre de Zurich (1443) et lors de la guerre de Souabe (1499). La guerre de Trente Ans apporta la mort et la désolation jusqu'au fond des vallées. Rheinfelden fut le théâtre de durs combats entre 1634 et 1638. On assista ensuite à un mouvement d'émigration à l'intérieur des Etats autrichiens, du F. vers l'Alsace fortement dépeuplée et plus tard, autour de 1700, vers le Banat hongrois. Parallèlement, des Savoyards et des Italiens du Nord s'établirent rapidement à Laufenburg et Rheinfelden comme artisans et commerçants.

Les sujets avaient des droits étendus (sous forme de compétences de basse justice), ce qui favorisa la formation des communes, mouvement soutenu par le souverain. Cependant, l'imbrication de diverses instances provoquait sans cesse des litiges qui duraient souvent des décennies. Le plus grave conflit avec le seigneur fut la guerre du Rappenmass (1612-1614), due à une élévation de l'impôt de guerre. Un tribunal arbitral de la Diète donna finalement raison au souverain. Au XVIIIe s., l'impératrice Marie-Thérèse et son fils Joseph II améliorèrent l'administration dans le sens de l'absolutisme éclairé, créant des institutions modernes, comme l'assurance incendie, que le canton d'Argovie reprendra telle quelle. Le joséphisme toucha aussi la vie de l'Eglise, qui dut se rapprocher de l'Etat. La réduction des jours de fête et des processions eut des conséquences pratiques. Les effets de ces réformes ecclésiastiques contribuent à expliquer l'écho plutôt favorable que l'Eglise catholique-chrétienne rencontra dans le F., surtout dans le district de Rheinfelden, dans les années 1870.

Auteur(e): Dominik Sauerländer / PM

Références bibliographiques

Bibliographie
– E. Jegge, Die Geschichte des Fricktals bis 1803, 1943
– H. Ammann, A. Senti, Die Bezirke Brugg, Rheinfelden, Laufenburg und Zurzach, 1948
– F. Waldmeier, «Der Josephinismus im Fricktal», in Vom Jura zum Schwarzwald, 24/25, 1949/1950, 1-119
– F. Metz, éd., Vorderösterreich: Eine geschichtliche Landeskunde, 4, 2000
– P. Bircher, Der Kanton Fricktal, 2002