• <b>Ménage</b><br>La famille du bailli de Greifensee à table, huile sur toile d'auteur inconnu, datée 1643 (Musée national suisse). Hans Conrad Bodmer, veuf d'Anna Nürenberger, sa seconde épouse Anna Barbara Collin (veuve Gossweiler) et leurs douze enfants disant les grâces, sont exemplaires d'une famille recomposée: sept enfants sont des Bodmer (armoiries aux feuilles de tilleul), cinq des Gossweiler (armoiries aux têtes de canard). L'enfant dans le berceau est vraisemblablement né du second lit.
  • <b>Ménage</b><br>Source: recensements fédéraux  © 2004 DHS et Marc Siegenthaler, Berne. Au XX<SUP>e</SUP> siècle, le nombre des ménages a crû plus fortement que la population, ce qui s'explique par la multiplication des petits ménages.
  • <b>Ménage</b><br>Source: recensements fédéraux  © 2004 DHS et Marc Siegenthaler, Berne.
  • <b>Ménage</b><br>Source: recensements fédéraux  © 2004 DHS et Marc Siegenthaler, Berne.

Ménage

Le ménage, dans son acception démographique, tardive, est composé soit d'un ensemble de personnes, apparentées ou non (Famille, Domestiques), soit d'une seule personne. Les statisticiens distinguent ce ménage privé, qui nous intéresse ici, des ménages collectifs (couvents, hôpitaux, prisons, asiles, etc.); cette distinction n'est pas totalement pertinente pour les époques anciennes. Pour la Suisse, une définition précise a été choisie en 1960. L'évolution des mœurs a entraîné des ajustements, les couples consensuels (Concubinage) étant par exemple comptés depuis 1980 comme un ménage familial. Le terme vient en français d'un ancien verbe, "manoir" (demeurer), l'allemand Haushalt, apparu au XVIIe s. est lié quant à lui à haushalten ("tenir maison"). L'expression Gemeinsam haushalten renvoyait au souci du couple d'élever les enfants, de faire vivre la famille et d'accroître ses biens (Mariage, Droit familial). En démographie, ménage est traduit en italien par nucleo familiare, langue qui utilise casa, famiglia, voire economia domestica pour les autres sens du mot.

Les données anciennes, dont on dispose à partir du XVe s., sont des relevés établis à des fins fiscales, ecclésiastiques, juridiques ou administratives qui se réfèrent en général au feu (all. Feuerstätte, ital. fuoco). Feu, selon le but du dénombrement, peut désigner la maisonnée, les personnes qui vivent autour d'un même foyer, la famille ou encore le ménage dans son acception moderne (Logement). On ne saurait donc être trop circonspect lorsqu'on essaie de déterminer, dans une perspective comparative, le nombre moyen de personnes par feu.

La détermination de la dimension et de la composition des ménages pose en effet des problèmes de méthode, particulièrement aigus pour le Moyen Age. Elle ne peut être déduite ni des reconnaissances, qui énumèrent les tenanciers d'un seul seigneur, ni des rôles fiscaux, qui permettent seulement de connaître le nombre total de feux. Dans les capitations (impôts levés par tête), on peut repérer hommes et femmes adultes, mais les enfants manquent (voir l'exemple du denier commun qui touche Bâle, 1497). Avant le XVIIIe s., rares sont les documents qui énumèrent toutes les personnes présentes, qu'elles soient ou non apparentées (domestiques, pensionnaires), qui précisent si les personnes temporairement absentes sont ou non comprises, et qui ne négligent pas les jeunes enfants, comme c'est fréquemment le cas dans les Status animarum. Les dénombrements d'individus sont exceptionnels. Pour le Moyen Age, mentionnons un rôle fiscal de la ville de Zurich et de sa campagne en 1467 et un document concernant une partie de la campagne bâloise, le bailliage de Waldenburg, en 1460. Pour l'époque moderne, des listes concernant la campagne zurichoise, avec indication de l'âge, ont été dressées entre 1634 et 1720. Le recensement bernois de 1764, s'il est sommaire pour l'entier du canton (nombre de feux et d'individus, répartis en trois classes d'âge et par sexe), est très précis pour la ville de Berne, où chaque ménage est détaillé. Pour l'ensemble de la Suisse, il faut attendre le deuxième recensement fédéral de 1860 pour disposer d'un relevé statistique des ménages.

Auteur(e): La rédaction

1 - Moyen Age

Au Moyen Age, la taille et la composition des ménages variaient, en ville comme à la campagne, selon la profession, la situation sociale et les phases du cycle familial. Les historiens ont abandonné depuis longtemps le mythe de la grande famille médiévale, forgé au XIXe s. En ville prédominait la néolocalité: une fois mariés, les enfants quittaient le domicile parental pour fonder un nouveau ménage. En revanche, au bas Moyen Age, dans le Valais central, la patrilocalité (soit l'installation des jeunes mariés dans le ménage parental de l'époux) était fréquente.

A la campagne également, les grands ménages (trois générations sous un même toit) étaient rares, au moins depuis la crise du bas Moyen Age. En effet, les domaines, morcelés par le partage réel pratiqué dans de nombreuses régions (Droit successoral), étaient trop petits pour nourrir une famille élargie. Le ménage se limitait le plus souvent au couple parental et à ses enfants, avec éventuellement une servante ou un domestique. Les guerres et les crises économiques entraînèrent dès le XIVe s. de fréquentes mutations dans la propriété foncière. Il se forma une couche de paysans pauvres ou sans terre, bien réelle quoique difficilement saisissable dans les sources, pour qui l'émigration temporaire ou définitive (Migrations intérieures) représentait une issue; bouches en surnombre, des jeunes des deux sexes allaient grossir les rangs des salariés et journaliers.

1.1 - Ménages ruraux

En moyenne, les ménages étaient sans doute un peu plus grands à la campagne qu'en ville et les personnes seules y étaient plus rares. Selon des indices recueillis en territoires fribourgeois (vers 1447-1448) et zurichois (en 1467), les femmes semblent moins nombreuses que les hommes (82%). A Gelterkinden, principal village du bailliage bâlois de Farnsburg, sur 50 unités fiscales, 11 avaient pour chef une femme en 1485 (niveau relativement faible). Dans les rôles fiscaux du bailliage de Birseck (évêché de Bâle, 1462-1469), la part des femmes parmi les chefs de ménage contribuables se situait entre 7% et 25%; il s'agissait de veuves (Veuvage), mais aussi d'épouses représentant leur mari absent. Les ménages comptant plus de quatre personnes de plus de 15 ans étaient rares; une bonne moitié des ménages, dans les villages bâlois, n'en comptaient que deux. La présence de collatéraux (sœurs, frères, parenté) est rarement perceptible. Celle de valets ou de servantes est prouvée dans un quart des ménages (territoire bâlois) ou dans 17% (territoire fribourgeois). Le recensement réalisé en 1460 dans le bailliage bâlois de Waldenburg a la particularité exceptionnelle d'indiquer que la population (604 personnes) se compose pour moitié d'enfants (55% de garçons, 45% de filles), notion qui inclut sans doute les fils et filles majeurs, mais encore célibataires. Ici aussi, les ménages de deux générations prédominent; dans 13,6% des cas, les enfants habitent avec un seul de leurs parents.

Auteur(e): Dorothee Rippmann / PM

1.2 - Ménages citadins

La ville s'opposait à la campagne du point de vue du rapport numérique entre les sexes: 120% de femmes à Fribourg vers 1447-1448, 127% à Zurich en 1467 (fait qui ne s'explique qu'en partie par la présence de servantes émigrées de la campagne); de même, la proportion des ménages dont le chef était une femme était plus élevée en ville (32%; env. 25% à Saint-Gall au XVe s.); dans les foyers de ce type, généralement de petite taille (1,4 adulte en moyenne), vivaient surtout des femmes (dix fois plus que d'hommes) peu fortunées et sans doute souvent immigrées. La fréquence des déménagements était la même que dans les ménages conduits par un homme. La taille moyenne des ménages était de 3,8 personnes à Fribourg (contre 4,5 dans la campagne sujette) et de 2,2 adultes (contre 3,3) à Zurich. Une minorité seulement disposait de servantes ou de valets (en 1467, Zurich comptait 945 maisons et 266 domestiques). Parfois, une femme mariée était cheffe de ménage tout en travaillant comme ouvrière ou servante dans une autre maison. Dans la ville médiévale, l'unité du logement et du lieu de travail (modèle de maisonnée décrit par Otto Brunner) ne va déjà plus de soi pour plusieurs métiers (jardiniers, vignerons, maçons, tailleurs et autres artisans à façon). Les études de topographie sociale ont mis en évidence les fréquents déménagements, qui caractérisaient les ménages médiévaux, surtout parmi les sous-locataires des classes pauvres et moyennes. Il y avait un lien de cause à effet entre pauvreté et migration. En temps de guerre, les villes accueillaient provisoirement des réfugiés (par exemple Bâle pendant l'invasion des Armagnacs en 1444). Divers facteurs migratoires (arrivées et départs) pouvaient entraîner un renouvellement rapide de la population urbaine. A Saint-Gall, au début du XVe s., on ne retrouve au bout de dix ans que 40 à 50% des personnes inscrites dans les rôles fiscaux, et 25% au bout de vingt ans.

Auteur(e): Dorothee Rippmann / PM

2 - Temps modernes

Malgré leurs imperfections, les dénombrements modernes permettent en général de connaître le nombre de feux et des individus, donc la taille des ménages, plus rarement la structure de ces derniers.

2.1 - Taille des ménages

Les évaluations de la taille des ménages varient le plus souvent entre 4,5 et 5,5 personnes par ménage. Dans le canton du Tessin, à la fin du XVIe s., des status animarum donnent entre 4,2 et 5,2 personnes. Au cours du XVIIe s., dans le canton de Zurich, d'après les visites pastorales effectuées dans une quinzaine de paroisses, le ménage compte 5,5 personnes en moyenne; en Thurgovie, il est de 5,1 (28 paroisses entre 1634 et 1710), de 4,6 dans la seigneurie de Bürglen (TG). Le recensement bernois de 1764 donne 4,5 dans l'ancien canton, 4,3 dans le Pays de Vaud et 4,6 en Argovie. Ces quelques chiffres suffisent à montrer que le ménage de taille réduite domine en Suisse comme dans une grande partie de l'Europe, depuis le Moyen Age, ce qui n'exclut pas de sensibles différences en fonction des structures économiques, institutionnelles ou sociales.

<b>Ménage</b><br>La famille du bailli de Greifensee à table, huile sur toile d'auteur inconnu, datée 1643 (Musée national suisse).<BR/>Hans Conrad Bodmer, veuf d'Anna Nürenberger, sa seconde épouse Anna Barbara Collin (veuve Gossweiler) et leurs douze enfants disant les grâces, sont exemplaires d'une famille recomposée: sept enfants sont des Bodmer (armoiries aux feuilles de tilleul), cinq des Gossweiler (armoiries aux têtes de canard). L'enfant dans le berceau est vraisemblablement né du second lit.<BR/>
La famille du bailli de Greifensee à table, huile sur toile d'auteur inconnu, datée 1643 (Musée national suisse).
Hans Conrad Bodmer, veuf d'Anna Nürenberger, sa seconde épouse Anna Barbara Collin (veuve Gossweiler) et leurs douze enfants disant les grâces, sont exemplaires d'une famille recomposée: sept enfants sont des Bodmer (armoiries aux feuilles de tilleul), cinq des Gossweiler (armoiries aux têtes de canard). L'enfant dans le berceau est vraisemblablement né du second lit.

En raison de la main-d'œuvre extérieure ou familiale qu'il requiert, le ménage des régions de grande et moyenne propriétés est toujours de dimension supérieure: 5,2 à Langnau im Emmental dans les années 1760, 3,6 seulement dans le Diemtigtal, commune et vallée du canton de Berne. Au nord du Tessin, au début du XIXe s., la taille moyenne est plutôt petite (4,1-4,3); plus au sud, dans le Sottoceneri, elle atteint déjà 5,6 membres et, dans la région la plus méridionale du canton où la moyenne et la grande exploitation agricole étaient fortement implantées, elle monte à 6,3. Les ménages sont aussi plus grands dans le secteur agricole que dans le secteur protoindustriel: en 1762, la commune zurichoise de Hausen am Albis comptait 5,5 personnes chez les paysans, 4,4 chez les ouvriers du textile. Comme au Moyen Age, les ménages urbains sont de taille plus réduite que ceux des campagnes : 3,9 personnes dans la ville de Genève en 1798, 4,6 dans la banlieue, 5,6 dans les communes de la campagne. La richesse est également un facteur de différenciation. A Rümlang dans le canton de Zurich, en 1709, les paysans aisés vivent à 7,7 personnes par feu, les Tauner, pratiquement sans terre, à 4 personnes. A Genève en 1720, il y a deux fois plus de ménages nombreux (8 personnes et plus) dans la haute ville patricienne que dans la basse ville artisanale (15,7% et 7,6%), avec des moyennes respectives de 4,9 et 3,7. A Zurich au milieu du XVIIIe s., on trouve en moyenne 5,1 personnes dans les foyers bourgeois contre 3,1 dans les non bourgeois.

Auteur(e): Alfred Perrenoud

2.2 - Structure des ménages

La taille réduite des ménages fait la part belle au ménage nucléaire constitué d'un couple avec ou sans enfant, d'un veuf ou d'une veuve avec enfant(s); sauf exception, c'est le cas d'au moins 60% des ménages. Elle n'exclut pas cependant des formes de cohabitation complexes. Les familles élargies, soit celles comprenant des membres apparentés par un lien ascendant, descendant ou collatéral (selon que la personne appartient à une génération plus ancienne, plus jeune ou à la même génération), représentent entre 10% et 20% des ménages. Les ménages multiples, formés d'au moins deux familles de générations différentes, appelés familles-souches, sont peu fréquents, la possession d'un logement étant en général indispensable dans le monde rural pour fonder une famille. Dans la campagne zurichoise, où les maisons se composent souvent de deux logements, ce type de regroupement ne représente qu'entre 4% et 9% des ménages. Ce qui ne veut pas dire que la cohabitation de parents et d'enfants mariés soit une pratique rare, surtout dans un système successoral inégalitaire. Elle correspond simplement à une courte phase du cycle familial, au moment où les parents âgés sont encore là pour voir leurs enfants se marier et pour pouvoir transmettre la ferme à l'un d'entre eux. A Herrliberg, au bord du lac de Zurich, la proportion de familles-souches passe ainsi de 5% lorsque le chef de ménage a moins de 53 ans à 29% lorsqu'il en a plus de 62, et les ménages élargis passent de 12% à 39%. En 1822, dans la commune genevoise de Jussy, il y a aux mêmes âges respectifs 1% et 14% de ménages multiples, 14% et 30% de familles élargies.

Par son appartenance géographique et culturelle, le Tessin est une région dans laquelle les ménages complexes, multiples en particulier, constituaient la base de l'organisation familiale. C'est le cas, dans la première moitié du XIXe s., d'environ 2-3 ménages sur 10, proportion que l'on retrouverait sans doute dans les Alpes valaisannes à la fin du XIXe s. Dans la commune de Bagnes en 1880, plus d'un tiers des ménages étaient de structure complexe (22% de familles élargies, 13% de ménages multiples). Même à l'échelle du canton, il existe une grande diversité des types d'organisation familiale qui s'explique par les coutumes d'héritage, les structures de la production, le contexte économique et social ainsi que les pratiques familiales.

Structure des ménages (en pourcents)
Type de ménageVallorbe 1764Genève-ville 1720Campagne genevoise 1798Herrliberg (ZH) 1739Stammheim (ZH) 1764Arzo (TI) 1829Cevio et Aquila (TI) vers 1830
Solitaires5,4%9,0%8,9%3,8%4,7%5,5%12,7%
Sans structure familiale2,5%8,2%4,3%-1,8%5,5%4,2%
Ménages simples66,9%70,7%67,8%66,6%82,1%60,9%56,8%
Familles élargies13,3%9,0%11,9%16,4%9,1%13,6%17,5%
Ménages multiples (familles-souches)9,4%1,2%6,2%13,2%2,3%14,5%6,5%
Ménages à structure indéterminée2,5%1,9%0,9%---2,3%
Taille moyenne4,434,345,6--5,14,95

Sources:les ouvrages de L. Hubler, A. Perrenoud, D. Zumkeller, U. Pfister et L. Lorenzetti.

Auteur(e): Alfred Perrenoud

2.3 - Organisation familiale et systèmes successoraux

Les modes successoraux et les règles de transmission conditionnent pour une large part la structure des ménages, soit en favorisant la corésidence, soit en conduisant à l'éclatement de la famille. La présence sous le même toit d'un père et d'un fils marié procède d'un système de transmission préciputaire (un héritier favorisé) qui vise à assurer la préservation du patrimoine. A l'opposé, dans les sociétés où le système de transmission est basé sur l'égalité complète et absolue entre les héritiers, indépendamment de leur sexe, on quitte les parents quand on se marie. Cependant, à la logique des règles juridiques s'opposent les structures économiques locales, la conjoncture, les contraintes démographiques. Le cas des communautés alpines illustre bien ce décalage entre norme et pratique. A Bagnes, en dépit d'un système héréditaire strictement égalitaire, une partie assez importante des ménages du XIXe s. avait une structure complexe, alors qu'à Törbel dans le Haut Valais, au même système, les ménages nucléaires dominent (75% de ménages nucléaires, 15% de ménages complexes). Le Tessin, qui connaît un système lignager privilégiant la descendance masculine, offre une palette variée d'organisations familiales. Quant au système préciputaire, il conduit à la famille-souche uniquement si les règles de mariage autorisent le fils à convoler du vivant de ses parents (situation peu fréquente en cas d'ultimogéniture) et pour autant que les formes de l'habitat permettent la cohabitation.

Auteur(e): Alfred Perrenoud

2.4 - Le ménage protoindustriel

Les ménages vivant de leur seule activité protoindustrielle sont en général de structure simple et de petite taille. Ce n'est pas le cas cependant des exploitations qui combinent agriculture et protoindustrie. A Hausen am Albis, déjà cité, ce type de ménage compte 6,5 personnes, 43% de familles complexes et 3,8 enfants présents au foyer, alors que, chez les travailleurs textiles, on ne trouve que 17,8% de familles complexes et 2,5 enfants; et dans les ménages exclusivement paysans, 3,2 enfants et 18,8% de familles complexes. Ces caractéristiques se retrouvent à la même époque à Oetwil am See, autre village zurichois où la production est plus variée et l'accès à la terre relativement aisé. L'activité protoindustrielle bien rémunérée permet aux filles de se marier plus tôt. Les enfants (présents) moins nombreux (2,4 chez les paysans, 1,4 chez les ouvriers du textile) sont remplacés par des domestiques et des locataires, pour la plupart travailleurs du textile, engagés selon le système de la tâche (Rast) pour répondre au besoin de main-d'œuvre de la protoindustrie.

Auteur(e): Alfred Perrenoud

3 - XIXe et XXe siècles

Les relevés statistiques des ménages en Suisse remontent à 1860, le recensement de la République helvétique (1798) n'étant pas exploitable. De 1860 à 2000, le nombre des ménages en Suisse est passé de 0,5 à 3,1 millions. Dans le même temps, leur taille a diminué de 4,8 personnes à 2,2 en moyenne. Cette évolution s'est produite presque uniquement au XXe s.: en 1910, la taille moyenne du ménage était encore de 4,5 et, en 1950, de 3,6 personnes. Elle résulte de la quasi-disparition des familles nombreuses et des ménages complexes et de la rapide augmentation des ménages d'une personne.

<b>Ménage</b><br>Source: recensements fédéraux  © 2004 DHS et Marc Siegenthaler, Berne.<BR/>Au XX<SUP>e</SUP> siècle, le nombre des ménages a crû plus fortement que la population, ce qui s'explique par la multiplication des petits ménages.<BR/><BR/>
Ménages et population résidente (1860-2000)

3.1 - Ménages d'une seule personne

L'accroissement du nombre de personnes seules est en effet l'un des faits marquants de l'histoire récente des ménages en Suisse. En 2000, près de 36% des ménages privés ne comptent qu'une personne, ce qui signifie que près d'un habitant sur six (15,3%) vit seul. En 1920, ils n'étaient que 2%. Les 65 ans et plus représentent environ un tiers de ces ménages dont près de 80% de femmes, les 20 à 29 ans un cinquième avec une petite majorité d'hommes (54%). Ce sont donc surtout les femmes qui vivent seules, quoique la prédominance féminine tende à faiblir: en 1960, on comptait 40 hommes pour 100 femmes, en 2000, 77. Les célibataires forment le 40% des femmes seules; 36% sont veuves (mais, à 65 ans et plus, elles sont 70,6%), 17,5% sont divorcées (en 1960, elles étaient 10%); le solde est formé de femmes mariées séparées ou ne vivant pas en couple. Chez les hommes, 8,9% sont veufs, 58,2% célibataires, 18,7% divorcés (13,3% en 1960). La proportion des ménages d'une seule personne croît de façon presque linéaire avec la taille des agglomérations. Dans les grandes villes, 25,9% des habitants vivent seuls, dans les communes de moins de 2000 habitants ("zone rurale" du recensement de 2000), une personne sur neuf seulement.

<b>Ménage</b><br>Source: recensements fédéraux  © 2004 DHS et Marc Siegenthaler, Berne.<BR/><BR/>
Ménages privés selon la taille (1900-2000)

Auteur(e): Alfred Perrenoud

3.2 - Ménages familiaux

En 1930, les ménages familiaux représentaient 85% des ménages privés; en 2000 ils ne sont plus que 62%, en dépit du fait que, depuis 1980, les couples non mariés, précédemment considérés comme des ménages non familiaux, sont inclus dans les ménages familiaux. Au nombre de 189 000 environ en 2000 (58 000 en 1980), ils représentent 9,8% des ménages familiaux.

Les ménages familiaux sans enfant ont presque doublé depuis 1960, progression qui est due aux couples non mariés, dont le nombre a plus que triplé entre 1980 et 2000. A cette date, un ménage privé sur quatre (27,2%) est formé par un couple sans enfant, et parmi ceux-ci, près d'un couple sur cinq n'est pas marié. L'âge et le niveau de formation sont des critères déterminants de ce choix de vie. Au-dessous de 30 ans, plus de la moitié des couples sans enfant cohabitent en union libre, alors que le pourcentage de retraités dans cette situation n'est que de 2,2%. Les classes moyennes sont les plus attirées par ce nouveau mode de vie.

En 1930, 63% des ménages privés comptaient des enfants, en 1960, 53,5%. En 2000, ils ne sont plus que 34%. Sous cet angle, on sous-estime cependant grandement l'importance des familles avec enfant(s) dans la vie quotidienne, puisque, en 2000, 57% de la population des ménages privés vit dans un ménage familial avec enfant(s). Le nombre moyen d'enfants par famille est passé de 2,4 en 1930, à 2,1 en 1960 et 1,9 en 2000. En 1930, une famille sur dix comptait plus de quatre enfants, en 1960, une sur vingt et, en 2000, elles ne sont plus que 0,5%. En 2000, les ménages comptant deux enfants de moins de 18 ans (42,8%) l'emportent légèrement sur ceux n'en comptant qu'un (40,1% contre 35,1% en 1930). Mais, dans les communes de 100 000 habitants et plus, ceux-ci passent au premier rang (49,9% avec un enfant, 38,1% avec deux).

<b>Ménage</b><br>Source: recensements fédéraux  © 2004 DHS et Marc Siegenthaler, Berne.<BR/>
Types de ménages (1930-2000)

Le nombre de ménages monoparentaux a augmenté de 64% de 1960 à 2000; ils représentent à cette date 15,2% des familles avec des enfants de moins de 18 ans. Parmi eux, les mères seules, le plus souvent divorcées, dominent largement.

Le vieillissement de la population a pour conséquence que la proportion des personnes âgées de 65 ans et plus qui vivent seules s'est fortement accrue en quarante ans. C'est le cas de plus d'une sur trois en 2000 (31,5%, 41,6% des femmes, 16,7% des hommes). Parmi les personnes âgées vivant dans des ménages privés, 55,2% vivent encore en couple (75,2% des hommes, 41,6% des femmes). A 80 ans et plus, 40,6% (23,6% des hommes, 48,8% des femmes) vivent seuls, 31,5% en couple (58,9% des hommes et 18,1% des femmes). La plus grande proportion de femmes seules est due à leur espérance de vie plus élevée et à leur moindre chance de remariage. La progression des divorces pourrait avoir pour conséquence une augmentation des personnes âgées vivant seules. Les ménages collectifs, en l'occurrence les établissements médicosociaux (EMS), hébergent en 2000 7,2 % des personnes âgées de 65 ans et plus (2,5% des classes d'âge de 65 à 79 ans, mais 20% des classes de 80 ans et plus); en 1960, cette proportion était de 7,4%.

Autrefois unité fiscale, le ménage est devenu un instrument statistique permettant aux autorités politiques et à l'économie de planifier les besoins de la population.

Auteur(e): Alfred Perrenoud

Références bibliographiques

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