17/06/2014 | communication | PDF | imprimer

Baar (ZG)

Comm. ZG dans la plaine de la Lorze, comprenant, outre le village-rue de B. (1045 Barra) sur la route reliant les lacs de Zoug et de Zurich, les anciens hameaux d'Allenwinden, Blickensdorf et Inwil, qui ont connu un développement rapide dès les années 1960, et celui de Deinikon. Ces cinq localités forment autant de corporations d'usagers (Korporationen). 1831 hab. en 1743, 2346 en 1850, 3323 en 1860, 4484 en 1900, 6992 en 1950, 9114 en 1960, 14 074 en 1970, 19 407 en 2000.

Le premier site habité fut la colline de Baarburg, où des vestiges du Bronze moyen au haut Moyen Age ont été mis au jour. Le trafic empruntait, à l'âge du Fer déjà, la voie qui la longeait. Dans la plaine du Baarer Boden, les plus anciennes traces laissées par l'homme remontent au Néolithique. A cette époque et durant celle de Hallstatt, il y eut des habitations, puis, semble-t-il, une villa romaine, aux alentours de l'église paroissiale. Une autre existait probablement dans les environs de Blickensdorf. De nombreuses tombes du VIIe s., autour de l'église et au nord du centre du village, ainsi que certains toponymes témoignent d'une colonisation alémanique intensive au haut Moyen Age. Le plus ancien sanctuaire identifié par les archéologues date du début du VIIIe s., époque que la dédicace à saint Martin tend à confirmer. En 858, B. échut probablement au Fraumünster de Zurich avec le domaine voisin de Chama (Cham). En 1045, le couvent de Schänis détenait à B. des droits de seigneurie foncière, confirmés en 1178, qu'il perdit on ne sait à quel moment. Le couvent de Muri possédait vers 1150 des terres à Blickensdorf. L'abbaye d'Engelberg acquit des Habsbourg le bailliage de Notikon en 1258. Mais les cisterciens de Kappel étaient le plus important seigneur ecclésiastique de B. Ils acquirent des Habsbourg en 1228 un domaine et en 1243 le patronage, contesté jusqu'en 1268; de l'abbaye d'Einsiedeln, en 1239, un domaine et un moulin, appelé plus tard Obermühle (exploité jusqu'en 1998); puis jusqu'au XVe s., des droits seigneuriaux à Blickensdorf et Deinikon, ainsi que des propriétés dans la vaste paroisse de B., qui comprenait aussi Menzingen (jusqu'en 1479), des territoires zurichois (jusqu'en 1491) et Steinhausen (jusqu'en 1611). On ne sait pas quelles étaient exactement les possessions à B. des Lenzbourg et des Kibourg. C'est probablement dès 1173 que les Habsbourg s'y assurèrent des droits de justice, intégrés à leur bailliage de Zoug, cédés pour la plupart, au XIIIe s., à Kappel ou à des vassaux laïques tels que les chevaliers de Baar. En 1282, les Hünenberg tenaient en fiefs ou arrière-fiefs, habsbourgeois notamment, des dîmes, des biens et des droits de justice sur le territoire de la commune actuelle. Ils achetèrent en 1308 la tour de B., qui s'élevait peut-être dans la Burgweid, à la sortie de la gorge de la Lorze. En 1309, on les trouve en possession de la Wildenburg dans cette gorge. Certaines fermes relevaient du bailliage libre (Freiamt) habsbourgeois d'Affoltern; ces paysans libres furent peut-être à l'origine des corporations d'usagers de B.

Dans la seconde moitié du XIVe s., les communiers de B., qui jusqu'alors n'avaient formé d'entité que paroissiale, se manifestèrent pour la première fois en tant que communauté politique, ralliant la Confédération en même temps qu'Ägeri, Menzingen et la ville de Zoug. Par la suite, ils s'émancipèrent, développèrent leurs propres structures communales et corporatives et firent peu à peu de B. une commune autonome du bailliage extérieur (Äusseres Amt), associée à la politique cantonale de Zoug. En 1387, les paroissiens cherchèrent vainement à frapper d'un impôt les biens du couvent de Kappel, avec lequel ils eurent d'autres conflits jusqu'au XVIe s. et dont la ville et le bailliage de Zoug obtinrent en 1513 les basses juridictions de Blickensdorf et Deinikon. Les paroissiens rachetèrent en 1526 à l'abbaye, alors en voie de dissolution, le patronage de B. avec les droits et revenus afférents. Les droits des Habsbourg étaient caducs depuis 1415. Commune limitrophe de Zurich, B. eut à subir plusieurs incursions militaires, notamment lors de la seconde guerre de Zurich en 1443, puis de la seconde guerre de Kappel en 1531, qui s'acheva par la seconde paix nationale conclue à Deinikon, pendant la première guerre de Villmergen en 1656 et surtout la seconde en 1712. Opiniâtrement attaché à l'autonomie considérable dont il jouissait à l'intérieur du canton (la querelle dite Riedhandel en 1687 est révélatrice à cet égard), B. tint à promulguer en 1669 un Code communal réglant notamment les droits de bourgeoisie, d'établissement, de rachat, l'attribution et l'exercice des charges. L'autorité suprême était l'Assemblée communale, qui fit construire un nouvel hôtel de ville en 1674. Les conseillers communaux représentaient en même temps leur commune dans le Conseil de la ville et bailliage de Zoug. L'usage des communaux qui, jusqu'au XIXe s., furent en partie exploités conjointement avec les corporations d'usagers de communes voisines, relève aujourd'hui encore des cinq corporations de B.-village, Blickensdorf, Deinikon, Inwil et Grüt (Allenwinden). Celles-ci désignent à cet effet des conseillers spéciaux et ont promulgué chacune leur règlement, par exemple B.-village en 1416 et 1476, Blickensdorf en 1514, Deinikon en 1628, Inwil vers 1510 et en 1525. Pour celle de Grüt, il suffit d'être membre et de résider sur son territoire, alors que les autres exigent en outre que l'on possède un droit de participation. La limitation du nombre de ces droits dès l'aube des Temps modernes, jointe à la tendance des corporations d'usagers et de la commune à se fermer, eut pour conséquence le clivage juridique -- et sans doute social aussi -- de la population: une couche privilégiée jouissant de droits de bourgeoisie et de corporation, qui prit une importance politique et militaire (service étranger) croissante (exemple: les Andermatt); un groupe n'ayant que la bourgeoisie; enfin les simples habitants, sans droits. Cette stratification eut pour effet lointain une interminable controverse sur l'attribution des biens, en particulier de l'hôtel de ville et des fonds: elle opposa en 1874, lors de la séparation de la commune, de la bourgeoisie et de la paroisse, la première, libérale, à la seconde, conservatrice.

Aux XVIIIe et XIXe s., B. était réputé pour son verger qui fournissait des produits d'exportation tels que fruits secs et eaux-de-vie, alors que les vignes, cultivées jusqu'à la fin du XIXe s., satisfaisaient surtout les besoins domestiques. L'élevage bovin occupait aussi une place importante. En 1629, le couvent de Wettingen, dont l'abbé Peter Schmid était né à B., acheta la ferme de Walterswil, proche d'une source thermale connue dès le XVIe s. Il la fit aménager en un établissement de bains réputé dans toute la région, exploité jusqu'au milieu du XVIIIe s. Walterswil était par ailleurs un lieu de pèlerinage marial. Au XVIIIe s., des marchands-entrepreneurs zurichois introduisirent à B. comme dans tout le canton de Zoug le filage du coton à domicile, puis le filage et le tissage de la soie. Ces activités textiles perdirent de leur importance à la fin du XIXe s. La Lorze et un petit bras qui en dérive, le Mühlebach, contribuèrent au développement économique de B. en fournissant la force motrice aux moulins à blé, aux scieries, aux forges et, temporairement, à deux papeteries dont l'une doit remonter au XVIe s. Dans le sillage de l'industrialisation naquirent des centrales électriques (à partir de 1889) et surtout la filature de la Lorze, la troisième créée dans le canton, fondée avec des capitaux zurichois et inaugurée en 1855 aux portes de B., sur la nouvelle route de Sihlbrugg. Cette filature, la plus importante du canton et même de Suisse pendant un certain temps, avec 495 employés en 1879, en majorité des femmes, apporta de grands changements à B. Entre 1850 et 1860, la population s'accrut de 42%, surtout grâce à des immigrants venus d'autres cantons, catégorie qui atteignit 1145 personnes, soit une augmentation de 330%. Cet afflux fit grossir le nombre des protestants (12 en 1850, 209 en 1860) au point qu'avec l'aide de la filature et sans grande opposition du côté catholique, une paroisse réformée du canton de Zoug fut fondée en 1863. Elle inaugura quatre ans plus tard son premier temple à proximité de la fabrique qui, en construisant des habitations pour ses ouvriers et pour ses cadres, fit naître un nouveau quartier. Jusqu'en 1919, d'autres entreprises, certaines en rapport direct avec la filature, vinrent s'installer à B., y amenant les industries du bois (manufacture de bobines textiles en 1869, d'objets divers en 1913 et de meubles en 1938), de l'alimentation (brasserie en 1862, minoterie en 1905), des métaux (1900), des appareils hydrauliques (1919), de l'électricité (centrale de B. en 1896, exploitée par la filature de 1897 à 1992). En 1905, la moitié des personnes employées dans la commune travaillaient dans l'industrie, un bon tiers dans l'agriculture et l'économie forestière, un huitième dans les services. En 1910, une personne active sur six gagnait sa vie à l'extérieur, généralement dans les entreprises industrielles de la proche ville de Zoug. Préalablement et parallèlement à cette évolution, le réseau routier fut amélioré. Une nouvelle artère vers Zoug (1840), puis vers Sihlbrugg (1849-1851), prolongée ensuite jusqu'à Zurich par la vallée de la Sihl, vint remplacer avantageusement l'ancienne voie commerciale Zoug-Horgen-Zurich. Vers la fin des années 1850, une chance s'offrit de raccorder B. à la ligne Zurich-Lucerne projetée par la compagnie Est-Ouest en construisant une gare à proximité de la filature, avec son aide et celle de la commune. Mais la faillite de la société ferroviaire en 1861 fit échouer ce projet. Ce n'est qu'en 1897 que B. fut relié à la nouvelle ligne du Sihltal du Nord-Est suisse et en 1913 au réseau cantonal de tramways. A la fin des années 1920, la filature entra dans une longue période de déclin, entraînant de nombreuses suppressions d'emplois.

Après la Deuxième Guerre mondiale, une situation géographique privilégiée, des avantages fiscaux et un raccordement au réseau autoroutier dès 1979 attirèrent à B. quelques entreprises industrielles internationales (chimie, cosmétiques, jouets), mais surtout des sociétés prestataires de services, dont le nombre doubla de 1955 à 1975, atteignant presque le chiffre de 300. Le secteur tertiaire qui, en 1990, offrait 58% des emplois (16% en 1955) ravit en conséquence sa position dominante au secondaire (65% en 1955, 39% en 1990). Signe de cette évolution, la filature (1993), la fabrique de meubles Victoria (1998) et l'usine de jeux Lego (2001) fermèrent après avoir peu à peu réduit leurs effectifs. L'agriculture est en fort recul; elle fournissait à peine 3% des emplois en 1990 contre 19% en 1955. En même temps que l'économie, la population locale connaissait un accroissement spectaculaire dû pour l'essentiel à une immigration en provenance d'autres cantons ou de l'étranger (8% d'étrangers en 1950, 20% en 1970). Le doublement du nombre des habitants entre 1950 et 1970 et le boom immobilier qu'il entraîna placèrent la commune devant de gros problèmes d'infrastructure. En dépassant les 10 000 âmes, B. devint en 1963 une ville de l'agglomération zougoise. Un premier plan de zones et une réglementation des constructions entrèrent en vigueur en 1955, tandis que l'année 1977 voyait l'aménagement en hôpital régional de l'ancien asile de 1894. A partir de 1970, la croissance fléchit nettement. Dans l'agglomération, la mobilité professionnelle augmenta. En dépit des nombreuses possibilités de travail offertes par B., 57% des personnes actives travaillaient à l'extérieur en 1990, alors que 58% des emplois étaient occupés par des navetteurs. Avec la Räbefasnacht, le carnaval inauguré en 1947, B. a réussi à fonder une tradition originale.


Bibliographie
– A. Müller, Geschichte der Korporation Baar-Dorf, 1945
Heimatbuch Baar, 1-, 1952-
– W. Ammann, 100 Jahre Spinnerei an der Lorze Baar, 1854-1954, 1954
Kirche St. Martin Baar, 1974

Auteur(e): Renato Morosoli / WW