• <b>Sarganserland</b><br>"Ici on perçoit le péage". Huile sur bois, 1779 (Musée national suisse). A la suite d'intempéries en 1762 et 1764, les huit cantons souverains permirent à la commune de Flums de prélever un péage sur les voyageurs dans le hameau de Halbmil. Sur l'enseigne, on aperçoit les anciennes armoiries de Flums avec le globe impérial, flanquées de celles des huit cantons.

Sarganserland

Seigneurie médiévale, bailliage commun (1483-1798) et district du canton de Saint-Gall (1803-2002) sous le nom de Sargans, le S. est, dès 2003, une région et circonscription électorale comprenant les huit communes de Sargans, Vilters-Wangs, Bad Ragaz, Pfäfers, Mels, Flums, Walenstadt et Quarten. Les comtes de Sargans sont attestés au XIIIe s., le Pays de Sargans (Land Sargans) en 1423, un sceau en 1438. L'appellation S. (1435 Sarganser land) s'imposa dans la langue quotidienne dès la seconde moitié du XVe s. Env. 7500 hab. en 1640, env. 12 000 en 1780, 11 383 en 1809, 14 992 en 1850, 18 828 en 1900, 25 060 en 1950, 35 339 en 2000.

1 - De la préhistoire au comté de Sargans

Une occupation continue a pu être établie à partir du IVe millénaire av. J.-C. dans les niches climatiques favorables de Gräpplang, Mels-Castels, Vilters-Severgall et Wartau-Ochsenberg. Un tronçon de la route du lac de Walenstadt traversait déjà la région à l'âge du Bronze; la voie romaine Coire-Augusta Raurica suivait le même tracé. Le S. fit partie des provinces romaines de Rhétie, puis de Raetia prima. Colonisé au haut Moyen Age par les Alamans, il fut attribué à la Basse-Rhétie, administrée de 982 au milieu du XIIe s. par les comtes de Bregenz. Parmi les seigneurs locaux, on trouvait notamment l'abbaye de Pfäfers, les Wildenberg (seigneurie de Freudenberg), les Meier von Windegg (seigneurie de Nidberg), l'évêque de Coire (Flums) et le couvent de Schänis (vallée de Weisstannen). Au XIVe s., des Walser libres s'établirent dans les vallées de Calfeisen et de Weisstannen, ainsi qu'à Palfries. A la même époque, les comtes de Werdenberg-Sargans acquirent progressivement la suzeraineté complète sur Sargans en plus de l'avouerie sur Pfäfers. Les Habsbourg s'étaient avancés dans la région du lac de Walenstadt dès la fin du XIIIe s.: en 1283, ils avaient acheté Walenstadt qui fut réuni en 1288 avec Weesen pour former la seigneurie de Windegg; ils se firent remettre en gage Nidberg en 1363 (qu'ils achetèrent en 1371), le comté de Sargans en 1396 et la seigneurie de Freudenberg en 1403. Cependant, toute la région dut être hypothéquée en 1406 au comte Frédéric VII de Toggenbourg. Celui-ci mourut sans enfant en 1436. Les Habsbourg récupérèrent alors Walenstadt, Freudenberg et Nidberg, mais cédèrent le comté de Sargans aux Werdenberg-Sargans, tandis que les gens du S. revendiquaient leur autonomie politique et s'organisaient brièvement en une commune (1436-1440).

Auteur(e): Wolfgang Göldi / FP

2 - Le bailliage commun de Sargans

En 1460, les Confédérés s'emparèrent des territoires habsbourgeois de Nidberg, Freudenberg et Walenstadt. Ils les réunirent en un bailliage, auquel ils joignirent en 1483 le comté de Sargans, acquis pour 15 000 florins du Rhin. Ce bailliage fut administré jusqu'en 1798 par les VII anciens cantons (ainsi que par Berne depuis 1712). Il comportait aussi la souveraineté sur les sujets de l'abbaye de Pfäfers, sur les seigneuries de Gräpplang, Tscherlach et Wartau (depuis 1488) et sur la marche du lac de Walenstadt (Murg, Quarten, Terzen). Le bailli, nommé pour deux ans à tour de rôle par les cantons, résidait au château de Sargans. Il était assisté par un landamman, un secrétaire baillival et un huissier, tous trois autochtones, et formait avec eux un organe dirigeant appelé Oberamt. Celui-ci faisait office de tribunal criminel, en s'adjoignant quelques assesseurs indigènes. Les affaires générales étaient traitées par un Conseil de trente membres sous la présidence du bailli. Le bailliage comptait plusieurs ressorts de basse justice. A partir du milieu du XIVe s., les autorités locales inférieures étaient élues par les paroissiens et par les membres des communautés d'usagers (futures communes bourgeoises). En 1798, une République indépendante vit brièvement le jour.

<b>Sarganserland</b><br>"Ici on perçoit le péage". Huile sur bois, 1779 (Musée national suisse).<BR/>A la suite d'intempéries en 1762 et 1764, les huit cantons souverains permirent à la commune de Flums de prélever un péage sur les voyageurs dans le hameau de Halbmil. Sur l'enseigne, on aperçoit les anciennes armoiries de Flums avec le globe impérial, flanquées de celles des huit cantons.<BR/>
"Ici on perçoit le péage". Huile sur bois, 1779 (Musée national suisse).
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Auteur(e): Wolfgang Göldi / FP

3 - Le Sarganserland dans le canton de Saint-Gall

L'idée d'un canton autonome se brisa dès les débuts de la République helvétique: le S. fut attribué au canton de la Linth sous le nom de district de Mels (jusqu'en 1803), puis au canton de Saint-Gall. En 1814, un mouvement démocratique anticentralisateur, conduit par une partie des élites régionales, chercha vainement un rattachement à Glaris. Les tensions avec Saint-Gall reprirent en 1847, lorsque le S. refusa de procéder à une levée de troupes pour la guerre du Sonderbund.

Au spirituel, la région releva du diocèse de Coire jusqu'en 1823, puis du double diocèse de Coire-Saint-Gall (1823-1836) et, après une phase de transition, du diocèse de Saint-Gall (dès 1847). Les baillis catholiques luttèrent contre la Réforme et, mis à part Wartau, toutes les paroisses qui l'avaient adoptée revinrent à l'ancienne foi en 1531. Jusqu'à sa suppression en 1838, l'abbaye de Pfäfers fut le centre culturel et religieux de la région, tandis que le couvent de capucins de Mels (fondé en 1654) fournissait de nombreux desservants paroissiaux.

Jusqu'au XIXe s., l'élevage et le commerce du bétail prédominèrent dans le S. qui dispose de vastes alpages encore exploités au XXIe s. La culture de la vigne perdit de son importance à partir du milieu du XIXe s., tout en subsistant dans les zones bien exposées. Les transports (élevage de chevaux) et la navigation sur le lac de Walenstadt fournirent des revenus jusqu'à l'arrivée du chemin de fer (Rorschach-Sargans-Coire en 1858, Zurich-Sargans-Coire en 1859). De nombreux établissements artisanaux utilisaient l'énergie des torrents et ruisseaux au débouché des vallées. La correction de la Seez et de la Saar (1855-1876), puis l'amélioration foncière de la plaine de la Saar (1954-1964) permirent d'augmenter la surface agricole. Jusque dans la seconde moitié du XIXe s., le district enregistra une émigration largement supérieure à la moyenne nationale.

L'exploitation des mines et carrières représenta une importante activité dès le bas Moyen Age: extraction de minerai de fer au Gonzen jusqu'en 1966 (avec des interruptions), de meules près de Mels jusqu'en 1915 (marché international), de pierre à chaux et d'ardoise dans les vallées de la Seez et de la Tamina (marché suprarégional). Des fonderies, des forges, des verreries, des ateliers de tailleurs de pierre et une fabrique d'ardoises pour écoliers fournirent nombre d'emplois jusqu'à la fin du XIXe s., tandis que le bûcheronnage, la production de charbon de bois et le flottage offraient des activités accessoires. La galerie d'exploration de Hagerbach (comm. Flums) est mondialement connue depuis 1970 pour les tests, les recherches et les travaux de développement qui s'y déroulent en matière d'exploitation souterraine et de sécurité des tunnels. L'industrie textile s'établit dans le deuxième tiers du XIXe s., principalement à l'initiative d'entreprises zurichoises et glaronaises, à Murg, Walenstadt, Flums et Mels, mais disparut de la région en 2009 avec la fermeture de la dernière filature à Flums. Les bains thermaux déplacés en 1840 de Pfäfers à Ragaz (Bad Ragaz depuis 1937) favorisèrent l'essor du tourisme à partir de 1870. Au point de vue militaire, le S. occupe une position d'importance stratégique, comme le montrent notamment les fortifications réalisées pendant la Deuxième Guerre mondiale. En outre, les communes de Mels et de Walenstadt ont pu garder leurs places d'armes lors des réformes militaires de la fin du XXe et du début du XXIe s.

En 1954 fut fondé un syndicat voué à la défense des intérêts économiques, sociaux et culturels de la région. Un grand nombre de petites et moyennes entreprises se créèrent dès le milieu du XXe s. (construction de machines, imprimerie, électronique, matières plastiques), travaillant surtout pour l'exportation. Certains établissements se signalèrent par leurs capacités d'innovation (technique médicale, construction de funiculaires, production de laine de pierre). Le réseau routier et les infrastructures régionales se développèrent avec la construction de l'A3 et de l'A13. La société des Forces motrices du Sarganserland réalisa entre 1971 et 1978 les installations hydroélectriques des vallées de Calfeisen et Weisstannen. L'ouverture d'un gymnase cantonal à Sargans, la rénovation de l'hôpital cantonal de Walenstadt et la présence des cliniques de Pfäfers et de Valens ont donné à la région de nouveaux atouts. A la fin du XXe s., les secteurs de l'hôtellerie, du bâtiment et de la santé étaient les principaux employeurs du S. qui, abritant une partie du parc géologique de Sardona, était devenu en outre une importante zone touristique.

Auteur(e): Wolfgang Göldi / FP

Références bibliographiques

Bibliographie
Heimatblätter aus dem Sarganserland, 1931-1940
MAH SG, 1, 1951
Sarganserland: Beiträge zu seiner Geschichte und Kultur, 1953-1969
– L. Pfiffner, Der Verfassungskampf und die Trennungsbewegung des Sarganserlandes im Jahre 1814, 1956
Terra Plana, 1970-
– A. Senti, Sagen aus dem Sarganserland, 3 vol., 1974-2004
– C. Stucky, Das Sarganserland 1919-1939, 1982
Sarganserland 1483-1983, 1983
– A. Stucky, Menschen aus dem Sarganserland des 19. Jahrhunderts, 1985
– D. Imper, Gesteine, Rohstoffgewinnung und Steinverarbeitung im Sarganserland, 1996
– P. Gubser, Es begann im Drachenloch, 1998
– M. Bugg, Die Landvogtei Sargans im 18. Jahrhundert, 2000
– W. Gieringer, Erinnerungen an die Festungsbrigade 13, 2003
– F. Rigendinger, Das Sarganserland im Spätmittelalter, 2007

Auteur(e): Wolfgang Göldi / FP