• <b>Gaster</b><br>Projet du monument Hans Conrad Escher de la Linth, gravure sur cuivre de  C. Schulthess et Johann Martin Esslinger,   vers 1828 (Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv). Aux pieds d'Escher, le canal de la Linth, construit sous sa direction dès 1807. En arrière-plan, l'ancien cours de la rivière serpente dans la plaine du pays de Gaster.

Gaster

Seigneurie médiévale, partie du canton de la Linth (1798-1803), partie du distr. d'Uznach dans le canton de Saint-Gall (1803-1831), puis un des distr. de ce canton, de 1831 jusqu'à leur suppression le 31 décembre 2002. Dès 2003, partie de la région de See-Gaster. D'aspect très varié, le G. s'étend de la plaine de la Linth (400 m) et du lac de Walenstadt à la chaîne de montagnes du Regelstein-Speer-Mattstock-Leistchamm (2101 m) qui sépare, à l'est, le Toggenburg de la région de la Linth. A l'ouest, l'ancien cours de la rivière marque la limite avec les cantons de Glaris et de Schwytz; au sud, le lac marque celle de l'ancien district de Sargans et au nord, le G. jouxte l'ancien district du Lac. Le Gasterholz (comm. Schänis) a été colonisé dès l'âge du Bronze; le nom de G. est issu du lat. castrum (Biberlikopf, Stralegg). 1230 Gastirn, 1283 Chastren. 7247 hab. en 1850, 7301 en 1900, 9448 en 1950, 13 217 en 2000.

Un couvent est mentionné à Benken en 741-744; il dépendait de Reichenau, ce qui atteste à la fois le rôle de cette abbaye dans la christianisation de la région de la Linth et les progrès qu'y avaient faits les dominations alémane et franque. Au début du IXe s., il est remplacé par le couvent de femmes de Schänis, fondé par Hunfrid, comte de Rhétie, ce qui explique que le G., sauf Kaltbrunn, ait été incorporé au diocèse de Coire. Le chapitre de chanoinesses, qui obtint l'immédiateté en 1045 et dont les avoués étaient les nobles de Schänis et leurs parents les comtes de Lenzbourg, édifia une seigneurie foncière incluant tout le G., à l'exception du domaine de Kaltbrunn, donné vers 940 à l'abbaye d'Einsiedeln par la duchesse Reginlinde. Après l'extinction des Lenzbourg (1173), l'avouerie passa aux Kibourg, puis aux Habsbourg (1264-1438).

L'administration baillivale habsbourgeoise modela le pays, appelé d'abord Niederamt, puis bailliage de Windegg au XIVe s. et de G. au XVe s. Il existait une landsgemeinde, qui décida en 1316 un cessez-le-feu avec Schwytz et adhéra en 1333 à la paix territoriale autrichienne; elle avait un droit de sceau. En 1436, le duc Frédéric IV d'Autriche confirma les libertés et coutumes. S'affirmant comme entité politique au XVe s., le G. souhaitait entrer dans la Confédération comme canton, mais la guerre de Zurich (1436-1450) l'en empêcha. Il fut de 1438 à 1798 bailliage commun des cantons de Schwytz et Glaris, mais conserva son Conseil, son tribunal, son administration et sa landsgemeinde, conformément au coutumier (Landbuch) qui lui assurait des droits étendus. Les nombreuses communes étaient compétentes pour les affaires locales. Les listes des charges administratives ainsi que les vitraux armoriés des XVIe-XVIIe s. témoignent d'une élite où étaient représentées presque toutes les familles du G.

Les relations avec Schwytz et Glaris, bonnes jusqu'en 1520, se détériorèrent parce que les autorités refusèrent de suivre l'usage voulant que le bailli jure de respecter le coutumier. En 1529, les gens du G. embrassèrent la Réforme, dont ils attendaient une pleine liberté. Ils proclamèrent leur indépendance et confirmèrent leur révolte en détruisant les images sacrées. L'ancienne foi et la sujétion politique furent rétablies en 1531, mais l'autonomie locale suspendue. Ce n'est qu'en 1564 qu'une lettre de grâce et une nouvelle version du droit territorial restituèrent les privilèges.

En 1798, le G. voulait fonder le canton du lac de Walenstadt avec Uznach, March et Rapperswil, mais il fut incorporé au canton de la Linth. En 1803, il fut attribué au canton de Saint-Gall, où il fit d'abord partie du district d'Uznach, avant de former en 1831 un district comprenant six communes: Amden, Weesen, Schänis, Benken, Kaltbrunn et Rieden. Aux élections, il accorda sa confiance à des personnalités conservatrices, sauf en une occasion fameuse: en 1847, à l'instigation du colonel Dominik Gmür, il vota pour les radicaux, contribuant à donner à ce parti la majorité au Grand Conseil saint-gallois, dont le vote décisif fit pencher la balance à la Diète en faveur de la dissolution du Sonderbund.

Par ses crues et ses abondantes alluvions, la Linth combla le lac entre Benken et Tuggen et transforma la plaine en marais. On commença les travaux de correction en 1807. Jusque dans la seconde moitié du XIXe s., le G. vivait de l'agriculture (élevage, production de fromage et de beurre). Le trafic de transit n'offrait que quelques emplois de rouliers et de bateliers. Appauvri, le pays subit une forte émigration vers l'Amérique. La ligne de Rapperswil à Glaris et à Coire (1859) apporta une ouverture, mais les établissements industriels et commerciaux restèrent de taille très modeste. L'essor économique ne commença vraiment qu'après la Deuxième Guerre mondiale, grâce à une mobilité accrue; diverses entreprises s'installèrent (construction, industrie, services). Le G. fait désormais partie de la zone économique zurichoise (le réseau des transports urbains atteint Ziegelbrücke), même s'il a conservé son caractère rural.

<b>Gaster</b><br>Projet du monument Hans Conrad Escher de la Linth, gravure sur cuivre de  C. Schulthess et Johann Martin Esslinger,   vers 1828 (Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv).<BR/>Aux pieds d'Escher, le canal de la Linth, construit sous sa direction dès 1807. En arrière-plan, l'ancien cours de la rivière serpente dans la plaine du pays de Gaster.<BR/>
Projet du monument Hans Conrad Escher de la Linth, gravure sur cuivre de C. Schulthess et Johann Martin Esslinger, vers 1828 (Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv).
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Bibliographie
– E. Gmür, Rechtsgeschichte der Landschaft Gaster, 1905
– A. Hüppi, Das st. gallische Linthgebiet, 1937
– W. Ammann, Die Reformation in Gaster, 1941
– F. Elsener, Der Hof Benken, 1953
– F. Wernli, Der Hof Benken und die Entstehung der Gemeinden, 1961
HA, 106/108, 1996

Auteur(e): Alois Stadler / PM