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Boudry

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Comm. NE, chef-lieu du distr. du même nom. Elle comprend B., bourg à une rue situé sur un promontoire dominant l'Areuse, et plusieurs petites localités: Areuse, Trois-Rods, Perreux et, dans les gorges de l'Areuse, Champ-du-Moulin. 1278 Baudri. En 1870, B. fusionna avec la petite commune d'Areuse. La bourgade constituée au pied du château contrôlait la route Yverdon-Neuchâtel à son passage sur l'Areuse. 638 hab. en 1750, 1378 en 1850, 2190 en 1900 (avec Areuse), 2625 en 1950, 5311 en 2000.

Nombreuses découvertes archéologiques: palafittes néolithiques au bord du lac, abri sous roche de la Baume du Four (occupée du Néolithique à La Tène), tumulus hallstattiens au vallon de Vers, deux villages celtes aux Buchilles, vestiges divers de l'époque romaine, nécropole burgonde de Bel-Air près d'Areuse. Le territoire de B. comprenait avant le XIVe s. les hameaux de Pontareuse, près du pont sur l'Areuse de la voie romaine (Vy d'Etraz), et de Vermondins, sur le plateau proche de l'actuel B. Les droits d'avouerie sur ces deux localités appartenaient à Pierre de Vaumarcus. Il les vendit en 1282 à Girard d'Estavayer. En 1313, le fils de ce dernier, Rollin, les rétrocéda au comte de Neuchâtel qui, deux années plus tôt, s'était adjugé l'avouerie d'Areuse aux dépens de Pierre d'Estavayer. Rodolphe IV de Neuchâtel réussissait ainsi à regrouper sous son autorité les terres proches de son château de B. qui semble être une création de sa famille. L'existence du bâtiment peut déjà être déduite d'un acte de 1278. Il fut souvent donné en gage à des filles ou à des femmes de la maison de Neuchâtel. Le 12 septembre 1343, le comte Louis accordait à la ville de B. les franchises de Neuchâtel, avec quelques restrictions. Cette communauté acquit en 1369 la perception du droit d'ohmgeld sur les actuelles localités de B. et de Cortaillod. En 1373, Marguerite de Vufflens, veuve du comte Louis, garda la châtellenie en usufruit. Des rapports orageux avec les bourgeois du lieu permirent à la comtesse Isabelle de Neuchâtel de la reprendre à sa belle-mère en 1379. De 1394 à 1413, elle passa provisoirement à Girard de Neuchâtel, seigneur de Vaumarcus. Depuis lors la châtellenie a toujours appartenu aux comtes de Neuchâtel. Outre B., la châtellenie possédait la garde sur le prieuré voisin de Bevaix. Elle s'étendait sur B. et sur une partie de Bôle. Elle possédait une cour de justice qui comptait quatorze juges, le châtelain ou le lieutenant la présidant. Les trois juridictions civiles de Rochefort, de Bevaix et de Cortaillod (dès 1564) en dépendirent jusqu'en 1832 où elles furent supprimées et se fondirent dans celle de B. Celle-ci s'arrondit alors encore du petit territoire d'Areuse. B. devint chef-lieu de district en 1848.

Au Moyen Age, l'église se trouvait à Pontareuse, légèrement au nord de B. Cette paroisse comprenait alors une partie de Cortaillod, B., Bôle, Rochefort, Brot et s'étendait au nord jusqu'à la frontière franc-comtoise. Le droit de présentation appartenait au chapitre de Lausanne. Le curé de Pontareuse, Claude Gauthier, membre d'une famille bourgeoise de B., réussit à maintenir la ville dans le giron catholique jusqu'en 1534 au moins, alors que le reste de la paroisse devenait protestant. Pontareuse servit donc pendant quelques années aux deux cultes. Des restes de l'église de Pontareuse étaient encore visibles vers 1815. Au début du XVIIe s., les habitants de Bôle et de Rochefort eurent droit à un diacre qui desservait spécialement leurs églises. En 1645-1647, un temple fut érigé au centre du vieux bourg de B. avec pour paroissiens les seuls Boudrysans. Areuse s'y rattacha en 1832. La bourgeoisie de B. accrut notablement ses droits au XVIe s. En 1510, elle put construire un hôtel de ville. En 1513, elle reprit en accensement le moulin banal. En 1523, elle reçut l'autorisation d'accenser ses biens communs et, en 1526, de construire hors les murs. En 1540, elle put, entre autres privilèges, être dirigée par deux maîtres bourgeois. En 1548, elle reçut en accensement une tour pour y installer une horloge. Elle acquit par divers achats des droits importants à Champ-du-Moulin. L'entretien des murs, des portes, du pont et de l'hôtel de ville était à la charge d'une bourse commune gérée par B. et par Cortaillod. Cette bourse n'était alimentée que par la taxe dite "émine de la porte" payée par les seuls habitants de Cortaillod, source de conflits nombreux entre les deux communautés jusqu'à sa suppression en 1813. Au cours du XVIIIe s., la bourgeoisie ne reçut plus de nouveaux bourgeois, sinon à vie, ou des habitants perpétuels appelés bourgeois non communiers. Ce siècle marqua aussi le début de l'industrialisation de la localité avec la création de trois manufactures d'indiennes, soit celles de Vauvilliers (avant 1742-1874), des Iles (1727-1844) et de Grandchamp (1761-1841). Leurs locaux furent réemployés pour diverses industries. Une fabrique de chapeaux de paille se fixa par exemple à Vauvilliers. Une usine de montres fut remplacée par une fabrique d'accumulateurs en 1944. Un constructeur de machines-outils vint en 1958 enrichir le tissu industriel de la région. La maison d'édition de La Baconnière connut son heure de gloire pendant la Deuxième Guerre mondiale. L'hôpital cantonal pour les incurables, plus tard hôpital psychiatrique, fut implanté en 1894 dans les environs, à Perreux. Cependant, les secteurs agricole et surtout viticole restent prospères, marqués par la présence de plusieurs vignerons-encaveurs, d'un caveau de dégustation (1980) et d'un Musée du vin (1986).


Bibliographie
MAH NE, 2, 1963, 355-379
– P. Allanfranchini, Le château de Boudry, 1993

Auteur(e): Germain Hausmann