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Münchenstein

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Comm. BL, distr. d'Arlesheim. Localité résidentielle et industrielle de l'agglomération bâloise, dans la vallée inférieure de la Birse. 1196 Kekingen, 1270 Geckingen, 1279 Munchenstein. 100 hab. en 1497, 276 en 1699, 298 en 1774, 408 en 1815, 955 en 1850, 1988 en 1900, 6033 en 1950, 11 702 en 2000. Des vestiges préhistoriques indiquent une colonisation sur les hauteurs, de part et d'autre de la Birse. A la frontière avec Reinach se trouvait probablement une villa romaine. Des tombes du haut Moyen Age avec mobilier ont été mises au jour au Ruchfeld. Le village fut d'abord un alleu des Münch, famille de chevaliers bâlois qui détint les haute et basse justices probablement dès la première moitié du XIIIe s. C'est sans doute le chevalier Hugo III qui fonda la branche des Münch de M. et fit ériger entre 1260 et 1275, sur une hauteur, le château fort qui donna son nom à la seigneurie. Plus tard, le village reçut un mur d'enceinte qui limita son expansion jusqu'au XVIIe s. Vers 1270, le château passa aux comtes de Ferrette, mais les Münch de M. le reprirent en fief. Ils le gardèrent quand, en 1324, la suzeraineté revint par héritage aux Habsbourg-Autriche, après l'extinction des Ferrette. En 1470, les Münch remirent la seigneurie en gage à la ville de Bâle, qui l'acheta en 1515 et la transforma en bailliage. Le château fut le siège du bailli jusqu'en 1798, puis il fut démoli par étapes. Outre M., le bailliage comprenait les villages de Benken, Biel, Binningen, Bottmingen, Muttenz et Pratteln.

L'église paroissiale Saint-Barthélemy fut érigée dans la seconde moitié du XIVe s. ou au début du XVe, à la place d'une construction du XIe ou XIIe s. (clocher de 1612-1613, nef agrandie en 1857). Le patronage de M., qui faisait partie des sept "villages libres" (vagantes extra civitatem Basiliensem), appartint dès 1196 au chapitre cathédral de Bâle et après 1334 à la famille Münch, qui y renonça en 1402. Donnée en fief à Konrad Münch de 1455 à 1491, l'église revint ensuite au chapitre, puis à la ville de Bâle en 1529. La même année, M. passa à la Réforme. Le hameau et la chapelle de Saint-Jacques, sis sur le ressort de la ville, relevèrent de la paroisse de M. de 1529 à 1833 (sauf en 1542-1559 et en 1582-1601). La paroisse catholique fut fondée en 1907 et son église Saint-François-Xavier fut construite en 1932. La consécration de l'église orthodoxe grecque eut lieu en 2003.

Le pressoir de la dîme, bâti en 1470, transformé en 1560, témoigne de l'importance qu'eut autrefois la viticulture (il abrite actuellement la salle du Conseil de la bourgeoisie et un musée). On pratiquait notamment la pêche et la vannerie et l'on exploitait un gisement de gypse. Un canal dévié de la Birse fut creusé au Moyen Age pour l'artisanat du quartier de Saint-Alban à Bâle; il favorisa néanmoins aussi l'établissement d'entreprises à M., notamment un martinet à fer avec une tréfilerie et un martinet à cuivre en 1660. Aux XIXe et XXe s., une petite zone industrielle (Neuewelt) se développa le long de ce canal (filature de coton F. Sarasin & Heusler en 1822; confiserie industrielle André Klein en 1904).

Sous la République helvétique, le bailliage de M. fut attribué au district de Bâle. De 1803 à 1832, le village appartint au district du Bas (Unterer Bezirk), puis il fut intégré au district d'Arlesheim dans le nouveau canton de Bâle-Campagne. L'ouverture de la ligne ferroviaire Bâle-Delémont en 1875 favorisa l'établissement de nombreuses usines autour de la gare de M. (fabrique de ciment Portland Brentano & Co. en 1870, reprise en 1897 par celle de Laufon et démolie en 1938; fabrique de matériel électrique R. Alioth & Cie, déplacée de Bâle à M. en 1894, rebaptisée Elektrizitätsgesellschaft Alioth AG en 1895, fusionnée avec la BBC en 1913 et mise hors service en 1990; Elektra Birseck en 1897, distribution d'électricité, fournie au début par Alioth; fabrique de savons et de produits chimiques des frères van Baerle en 1899) et un premier lotissement autour du petit château de Gstad (mentionné pour la première fois en 1541 et transformé en maison de campagne en 1663). En 1902, la ligne de tramway du Birseck (Bâle-Arlesheim) fut mise en service à travers le nouveau quartier industriel entre la ligne de chemin de fer et la Birse, au sud de la gare (terrain rendu sûr par la correction de la Birse en 1875). Le long de cette première ligne de tram et de celle inaugurée en 1907 entre Bâle et Aesch, le village continua de s'étendre en direction de Bâle, notamment avec le quartier Ruchfeld. Le centre de M. se déplaça de l'ancien noyau au pied du château vers la rive gauche de la Birse, où surgirent l'école au lieudit Neuewelt en 1879, le lotissement Auf der Loog, puis les quartiers de Gartenstadt (1913) et de Wasserhaus (1922) à Neu-M. Ces années d'essor furent assombries par le grave accident ferroviaire du 14 juin 1891 qui coûta la vie à septante-trois personnes, lorsque le pont sur la Birse, construit par Gustave Eiffel, se rompit. La famille Zaeslin de Bâle, qui perdit deux fils dans cette catastrophe, mit à disposition en 1892 le manoir de Hofmatt afin d'y aménager une maison de repos pour hommes (auj. établissement médico-social).

Après la Première Guerre mondiale, le développement industriel reprit avec l'installation de nouvelles entreprises (usine de pressage et laminage d'aluminium en 1918, mise hors service en 2006; ferblanterie Ernst Müller AG et port-franc de la ville de Bâle en 1922). En 1921, la famille Haas fit transférer de Bâle à M. sa fonderie de caractères dont les débuts remontent à la fin du XVIe s. (Walter Fruttiger AG en 1989). L'Union industrielle de M. fut fondée en 1958 par des représentants des entreprises locales. Le village vit s'établir les centres logistiques des magasins de confection Spengler en 1972 et de Migros Bâle en 1977, le siège du groupe Beiersdorf (cosmétiques) en 1983. Depuis 1990, le bilan des migrations journalières est légèrement positif (4876 entrants contre 4059 sortants en 2000). Entre 1950 et 1960, M. connut une explosion démographique qui engendra la construction d'immeubles à la place des anciennes vignes et en direction de Bâle. En 1964, le deuxième gymnase cantonal de Bâle-Campagne fut inauguré à M. Une société d'utilité publique fondée en 1968 réalisa en 1980 un jardin botanique sur les terrains de la fondation Christoph Merian dans la plaine de Brüglingen (Christoph Merian avait possédé dans cette zone un vaste domaine, partiellement inculte, où il avait mené des travaux d'amélioration). Ce site accueille aussi des installations sportives: stade d'athlétisme du canton de Bâle-Campagne (1932-1937), piscine de plein air (1955), halle Saint-Jacques (1975). Le site de la deuxième exposition horticole et paysagère suisse (Grün 80) est devenu un parc de loisirs. M. abrite divers musées (de l'électricité, des moulins, des grenouilles, des calèches et traîneaux), ainsi que le Schaulager de la fondation Emanuel Hoffmann, à la fois dépôt et musée, conçu par Jacques Herzog et Pierre de Meuron (2001-2003). La commune bourgeoise créée en 1918 est le plus grand propriétaire foncier de M. (forêts). Elle consacre ses revenus à subventionner des activités éducatives et culturelles; en 2002, elle a reconstitué un vignoble.


Bibliographie
MAH BL, 1, 1969, 276-320
– E. Murbach, Münchenstein, 1975
– B. Huggel et al., éd., Münchensteiner Mosaik, [1982-1983]
Münchenstein Heimatkunde, 2 vol., 1995

Auteur(e): Brigitta Strub / DRO