16/07/2015 | communication | PDF | imprimer

Bâle (-Ville)

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Comm. BS et dès 1833 demi-canton de la Confédération, issu, comme Bâle-Campagne, de la division du canton de Bâle, officiellement nommé Kanton Basel-Stadttheil selon l'arrêté de la Diète du 26 août 1833, puis Kanton Basel-Stadt selon sa Constitution de 1847 (qui ne désigne pas de chef-lieu); it. Basilea-Città, rom. Basilea-Citad. La langue officielle est l'allemand. Intégrée depuis 1876 au canton de Bâle-Ville, la commune de Bâle n'a plus d'existence juridique.

Bâle se trouve sur le coude du Rhin, entre le Jura au sud et la Forêt-Noire au nord-est; le fleuve, voie de communication et parfois aussi frontière, et ses affluents (la Birse, la Wiese, le Birsig) ont marqué la topographie urbaine.

Superficie (1994)37,1 km² 
Forêt/surface boisée4,7 km²12,7%
Surface agricole4,5 km²12,1%
Surface bâtie26,2 km²70,6%
Surface improductive1,6 km²4,3%

Population et économie
Année 1850190019501990
Habitants 29 698112 227196 498199 411
En % de la population suisse1,2%3,4%4,2%2,9%
LangueAllemand 106 769180 786156 638
 Français 2 6208 4445 426
 Italien 2 3335 21812 842
 Romanche  101 487 288
 Autres  4041 56324 217
ConfessionProtestants24 08373 063124 43465 245
 Catholiques (y compris catholiques-chrétiens jusqu'en 1900)5 50837 10161 54850 705
 Catholiques-chrétiens  2 673 697
 Israélites 1071 8972 6201 666
 Autres et sans confession     0 1665 22381 098
 dont sans confession   68 807
NationalitéSuisses22 87969 446180 145152 601
 Etrangers6 81942 78116 35346 810
Année 1905193919651995
Personnes activesSecteur primaire1 520 789 419 342a
 Secteur secondaire31 94337 00662 74846 153
 Secteur tertiaire20 06436 51274 375113 615
Année 1965197519851995
Part au revenu national6,3%4,8%4,2%3,9%

a Selon le recensement des exploitations agricoles de 1996

Sources:OFS, OFA et Stat. hist.

1 - De la préhistoire au début du Moyen Age

1.1 - Epoque préhistorique

Les vestiges les plus anciens datent du Moustérien (grattoir à la Rehhagstrasse) et du Magdalénien (Hechtliacker). Pour le Néolithique, outre des objets isolés au Petit-Huningue, à Riehen et à Bettingen, on a trouvé une tombe de la civilisation campaniforme à Riehen. Le cours du Rhin se fixe entre le IVe et le IIe millénaire av. J.-C. et la rive droite du coude (Petit-B.) est occupée dès les âges du Bronze et du Fer, de même que Sankt Alban, le site de l'usine à gaz (Gasfabrik), la colline de la cathédrale et Sankt Martin, futurs noyaux d'habitat. Cependant, on ne trouve au Bronze moyen et tardif (1500-800 av. J.-C.) que des vestiges isolés (dont un dépôt à Elisabethenschanze) et aucune trace de maison; puis quelques rares offrandes funéraires des débuts de La Tène (IVe s. av. J.-C.) au Petit-B.

Auteur(e): Rolf d'Aujourd'hui / PM

1.2 - La Tène finale

César appelle Rauraques les habitants de la région située au sud du Haut-Rhin. B. a cinq sites de La Tène finale, dont deux habitats importants: l'un au bord du Rhin, près de l'usine à gaz (IIe s.-première moitié du Ier s. av. J.-C.), non fortifié, a révélé des ateliers, des objets de provenance romaine (amphores à vin notamment), des fosses contenant un riche mobilier et de nombreux ossements humains, ce qui fait penser à des inhumations rituelles, ainsi qu'une nécropole. Son identification avec l'Arialbin(n)um de la table de Peutinger est aujourd'hui remise en doute, de même que la date de 58 av. J.-C. avancée pour son abandon (année de la tentative d'émigration des Helvètes et des Rauraques, ainsi que de la bataille de Bibracte). L'autre habitat, sur la colline de la cathédrale, plus récent, était ceint d'un murus gallicus (milieu du Ier s. av. J.-C. au plus tard).

Auteur(e): Rolf d'Aujourd'hui / PM

1.3 - L'époque romaine

Les intérêts stratégiques de César conduisirent après 50 av. J.-C. à la conclusion d'une alliance entre Rome et les peuples celtes de la région, puis à la fondation par Munatius Plancus de la Colonia Raurica, vers 44/43 av. J.-C., sans doute sur l'oppidum de la colline de la cathédrale, où l'on a retrouvé des objets romains et des témoins militaires préaugustéens. Mais la romanisation ne débuta qu'avec la création d'Augusta Raurica, sous Auguste, vers 15-10 av. J.-C. Durant la période de prospérité de la colonie (Ier-IIIe s. apr. J.-C.), il n'y eut guère à B. qu'un vicus au sud-est de la colline, devenue relais militaire et point d'appui lors des campagnes de Drusus et de Tibère en Germanie. L'archéologie a mis au jour un fossé (Bäumleingasse), un fossé en pointe (Augustinergasse), des bâtiments et équipements militaires (cathédrale et Rittergasse). A Riehen (rive droite du Rhin) se trouvaient un habitat au Landauer et un temple à Pfaffenloh.

A la fin du IIIe s., dans le cadre du renforcement du limes Rhin-Danube, un castrum fut établi sur la colline de la cathédrale, englobant sans doute tout le Plateau, soit 6 ha (vestiges de murailles à la Rittergasse et à l'école zur Mücke, de maisons en divers endroits). Les voies partant d'Augusta Raurica suivaient les bords externes de la vallée du Rhin; elles évitaient donc le castrum qu'on atteignait par une route secondaire se dirigeant vers l'Alsace. Elle longeait la colline par le vallon du Birsig et, passé un relais sis au Fischmarkt, suivait un tronçon rectiligne, peut-être pré-romain, de l'embouchure du Birsig à l'usine à gaz. Des nécropoles bordaient les voies d'accès: Aeschenvorstadt (cimetière du castrum), Sankt-Alban-Vorstadt, Sankt-Johanns-Vorstadt, Totentanz.

La première mention de B. se trouve chez Ammien Marcellin, à la date de 374: "Valentiniano ... munimentum aedificanti prope Basiliam, quod appellant accolae Robur..." (sous le règne de Valentinien, on construisit une forteresse que les habitants appelèrent Robur). Ce fort du IVe s. défendait sans doute un pont sur le Rhin, dont témoigneraient (sur la rive droite) des fondations au Reverenzgässlein et des vestiges au Burgweg. Dans la Notitia Galliarum de 390-413, B. (civitas Basiliensium) a autant d'importance que Kaiseraugst (castrum Rauracense).

Auteur(e): Rolf d'Aujourd'hui / PM

1.4 - L'époque alémane et franque

La zone du castrum semble encore habitée au Ve s. par une population gallo-romaine (fouilles du site et du cimetière adjacent). Les nécropoles du Petit-Huningue (Ve-VIIIe s.), du Gotterbarmweg (Ve-VIe s.) et de Saint-Théodore attestent une occupation alémane de la rive droite du Rhin. L'Anonyme de Ravenne (vers 700 ou peu après 800) place B. (Bazela) et Augst en territoire alaman. Sur la rive gauche, la nécropole du Bernerring (seconde moitié du VIe s.) indique une présence franque. Aux VIe-VIIe s., la colline de la cathédrale n'est plus habitée en permanence (vestiges sporadiques). Justinien, cité en 343 et 346, est évêque des Rauraques. Ragnachaire est évêque d'Augst/Kaiseraugst et de B. (Basileae) dans la première moitié du VIIe s. Le transfert du siège à B. explique peut-être sa double titulature. L'une des plus anciennes églises de la ville, au nord-ouest de la colline, est dédiée à saint Martin, ce qui laisse supposer une présence franque, mais l'archéologie n'a pu encore la confirmer. Des maisons-fosses, des "caves de tisserands" apparaissent sur la colline au VIIe s. Parmi trois pièces d'or mérovingiennes frappées sans doute à B., un triens du maître de la monnaie Gunso porte la plus ancienne inscription au nom de la ville: Basilia fit. Vers 728, le diocèse de B. semble fondu dans celui de Strasbourg.

Comme dans d'autres villes, la population a abandonné le noyau urbain antique pour se regrouper aux alentours du castrum, au gré des mutations économiques (recul du commerce et de l'artisanat) et politiques (repli sur soi d'une communauté moins nombreuse).

Auteur(e): Rolf d'Aujourd'hui / PM

1.5 - Les débuts de la ville médiévale

Basula et son gau (Basalchowa) sont mentionnés dans le traité de Mersen (870). Signe d'un nouveau départ, les évêques Baldobertus, Waldo et Haito réorganisèrent le diocèse de B. dans la seconde moitié du VIIIe s. Haito construisit sur des "ruines" (inscription de Reichenau) une cathédrale, sans doute celle dite de la tour ronde, et offrit un ciboire. On a découvert des vestiges de maisons-fosses du VIIIe s. dans la moitié sud-ouest de la place de la cathédrale, des tombes du VIIIe-IXe s. devant l'ancienne chapelle Saint-Ulrich, devant l'ancienne chapelle Saint-Jean (baptistère de la cathédrale) et à la Pfalz. Une église est mentionnée à Sankt Alban dès le IXe s. Au Petit-B., on a mis au jour trois tombes dallées sans mobilier et des tessons d'époque carolingienne près de Saint-Théodore, alors peut-être église en bois. Le partage de Verdun (843) plaça B. sur la frontière orientale de la Lotharingie. Des monnaies furent frappées sous l'empereur Lothaire Ier (840-855). La rareté extrême des sources archéologiques et historiques ne permet pas d'avoir une vue concrète de l'économie et de la société de cette époque.

Auteur(e): Rolf d'Aujourd'hui / PM

2 - Histoire politique et constitutionnelle du Moyen Age à 1833

2.1 - La souveraineté épiscopale

B. passa au royaume de Francie orientale après la disparition de la Lotharingie (870), puis au second royaume de Bourgogne dans la première moitié du Xe s. La ville fut sans doute incluse dans le don que l'empereur Henri Ier fit au roi Rodolphe II de Bourgogne, en 926 ou 935, en échange de la Sainte Lance. L'évêque Rodolphe II mourut, selon l'inscription de son sarcophage à la cathédrale, lors d'une razzia des Hongrois en 917. La donation par le roi Rodolphe III de l'abbaye de Moutier-Grandval à l'évêque Adalbero II, en 999, est à l'origine de la principauté épiscopale. A la mort de Rodolphe III (1032), B. fut incorporée à l'Empire; elle appartenait depuis 1006, peut-être en gage de succession, à l'empereur Henri II. Au XIe s., les évêques de B. furent en faveur tant auprès de lui (il fonda la cathédrale romane et la dédicaça en 1019) qu'auprès de ses successeurs les empereurs saliens.

Seigneur de la ville, l'évêque exerçait son pouvoir avec l'aide de ministériaux, dont les fonctions souvent héréditaires (bailli, avoyer, vidomne, maître des monnaies, maître des douanes) ne se précisent qu'au XIIe-XIIIe s. Certaines de ces fonctions donneront naissance à des noms de famille (par exemple Vogt, le bailli). Ses compétences s'étendaient à la justice exercée au nom de l'empereur, aux impôts, aux monnaies, à la surveillance des marchés, des poids et mesures et des métiers de bouche.

Quand la mort de Berthold V (1218) eut mis fin à la domination des Zähringen sur la rive droite du Rhin, l'évêque Henri de Thoune (1216-1238) jeta un pont sur le fleuve qui, sans lui permettre l'extension souhaitée en Forêt-Noire, le fit seigneur temporel du Petit-B., ville (elle possédait son hôtel de ville dit Richthaus) qui au spirituel relevait du diocèse de Constance (paroisse de Saint-Théodore).

Un Conseil formé de chevaliers et de bourgeois est mentionné dès 1185/1190. Il avait un sceau et, avec l'avoyer, le bourgmestre (attesté dès 1253) et le secrétaire, représentait la commune urbaine, dont les actes administratifs sont documentés dès le début du XIIIe s. La bourgeoisie ne comprenait au XIIIe s. que les gros propriétaires et les riches marchands. Supprimé en 1218 par l'empereur Frédéric II, le Conseil fut rétabli avant 1225. L'évêque en désignait librement les membres, chevaliers ou bourgeois. Le bailli, représentant de l'évêque comme seigneur de la ville, et l'avoyer, chef de la justice, virent leurs compétences diminuer dès le milieu du XIIIe s., tandis que le bourgmestre prenait de plus en plus la tête de la commune.

Dans ses démêlés avec la commune, qui culminèrent en 1247 avec la destruction de son palais (sans doute l'ancien palais royal), l'évêque put s'imposer en usant de l'interdit, avec le soutien des ordres mendiants. Les franchises (perdues) de 1260 environ confirmaient sa souveraineté.

Dès le règne de Rodolphe Ier, les Habsbourg cherchèrent à prendre pied à B., sans doute pour en faire leur résidence. Ils y avaient leurs partisans, au rang desquels figurent certains évêques du XIIIe s. Rodolphe guerroya contre l'évêque en 1270-1273, avant d'être élu empereur. Les Habsbourg échouèrent au XIVe s., devant la résistance d'une partie des Bâlois et des évêques d'origine bourguignonne. Deux clans s'étaient formés parmi les chevaliers, celui des Perroquets, favorable à l'évêque, et celui de l'Etoile, partisan des Habsbourg. Leur rivalité se poursuivit au XIVe s.; pour la désamorcer, il fut décidé que chaque camp alternerait dans la charge de bourgmestre.

Auteur(e): Werner Meyer / PM

2.2 - Emancipation communale au bas Moyen Age

Dès le milieu du XIIIe s., la commune conquit, parfois par la force, une autonomie croissante face à l'évêque, ce qui se traduisit notamment par la conclusion d'alliances, avec Strasbourg en 1310 par exemple, et par l'achat de terres intra et extra-muros.

Les guerres menées par les évêques mirent leurs finances dans un état si désastreux que la ville put leur racheter peu à peu leurs droits de souveraineté. Selon les franchises de 1337, le Conseil comprenait quatre chevaliers, huit représentants de la bourgeoisie autorisée à acquérir des fiefs (acht Burger, d'où le nom d'Achtburger donné au patriciat non noble) et quinze membres des corporations; s'y ajoutèrent dès 1382 les prévôts des quinze corporations, lesquels formaient par ailleurs un collège sous la présidence du premier prévôt (Maître de corporation). Les autorités de la ville étaient le bourgmestre, désigné par l'évêque jusque vers 1500 parmi les chevaliers, le premier prévôt des corporations, chevalier ou éventuellement Achtburger, et le Conseil, renouvelé chaque année par des électeurs (les huit Kieser, du verbe kiesen, élire, trier) qu'il désignait en majorité lui-même. Leurs compétences s'étendaient à l'ensemble de la vie publique, l'évêque n'avait plus au XVe s. que le droit symbolique d'investir solennellement les magistrats. Ayant acheté ou reçu en gage entre 1360 et 1390 tous les droits seigneuriaux importants (impôts, douanes, monnaies, taxe des juifs, bailliage, avouerie), la ville était souveraine en fait, mais comme les dernières compétences épiscopales ne furent abolies qu'au XVIe s., elle ne jouissait pas d'un statut de ville libre d'Empire. Elle parvint à écarter les prétentions des Habsbourg en même temps qu'elle s'affranchissait largement de l'évêque.

Choix de quelques métiers organisés en corporations (vers 1500)
 NomTraductionMétiers
Corporations de «messieurs»aZunft zum SchlüsselCorporation de la Clé (marchands)Marchands de drap, tondeurs de drap
 Zunft zu Hausgenossen (Bärenzunft)Corporation de l'Ours (à l'origine familiers de l'évêque)Fondeurs de cloches, orfèvres, monnayeurs, changeurs
 Zunft zu WeinleutenCorporation de la CuveMarchands de vin, cabaretiers
Corporations d'artisansZunft zu RebleutenVignerons 
 Zunft zu MetzgernBouchers 
 Zunft zu Fischern et Zunft zu Schiffleuten Pêcheurs et bateliers 
 Zunft zu Gerbern et Zunft zu SchuhmachernTanneurs et cordonniers 
 Zunft zu SafranCorporation du Safran (épiciers)Pharmaciens, relieurs, peintres d'images pieuses, chapeliers, épiciers, ferblantiers, mégissiers
 Zunft zu BrotbeckenFourniersBoulangers, mesureurs de grain
 Zunft zu SchmiedenForgeronsMaréchaux-ferrants, chaudronniers, couteliers, meuniers, serruriers, horlogers, armuriers
 Zunft zu Schneidern et Zunft zu KürschnernTailleurs et fourreursCouturières, brodeurs sur soie
 Zunft zu GartnernJardiniersJardiniers, regrattiers, charretiers, cuisiniers, vanniers, cordiers, aubergistes
 Zunft zu SpinnwetternDu nom de leur maisonPlâtriers, maçons, charrons, charpentiers, tourneurs, couvreurs, tonneliers, tailleurs de pierre, tuiliers
 Zunft zum Himmel et Zunft zum Goldenen SternCiel et EtoileBaigneurs, vitriers, peintres, selliers
 Zunft zu WebernTisserandsBlanchisseurs, teinturiers, fileurs, tisserands en laine

a Allemand: Herrenzünfte

Sources:R. Teuteberg, Basler Gesch., 1988

Les mutations sociales, les conflits d'intérêts, ce qu'on nomme la crise du bas Moyen Age nourrirent dès la fin du XIVe s. une agitation qui se traduisit par des conflits au sein de la classe dirigeante et par des révoltes d'artisans, par exemple lors du carnaval de 1376 (Böse Fasnacht). Jusque vers 1500, les démêlés entre groupes, d'ailleurs instables, et les accusations de corruption souvent lancées contre les classes supérieures eurent pour effet de renforcer l'influence des corporations dans le Conseil, par exemple avec l'Ammeister, sorte de contrôleur des comptes imité de Strasbourg, même si cette charge n'exista que de 1384 à 1417.

Etape importante, l'achat des droits de l'évêque sur le Petit-B. permit d'unir les deux villes en 1392. Dès la fin du XIVe s., les actes officiels (émis par la chancellerie) montrent que B. développe son administration et son armée. Il existe des comptes détaillés de recettes et de dépenses dès 1360. Le Conseil institue des commissions et engage des fonctionnaires pour s'occuper des monnaies, des travaux publics, de la surveillance des métiers, du contrôle des prix, de l'approvisionnement en eau, de la fixation des frontières. Il édicte des ordonnances de police contre le bruit, le trouble à l'ordre public, le port d'armes, etc., et les fait appliquer par des agents (Ratsknechte, Stadtknechte) peu aimés. L'essor économique et la puissance politique de B. s'affichent dans ses bâtiments publics (nouvel hôtel de ville vers 1340, arsenal, grenette, ateliers, hôpital) et surtout dans la construction d'une nouvelle muraille (Äusserer Mauerring) à la fin du XIVe s.

Pour se protéger des catastrophes (incendie, débâcle sur le Rhin, inondations, menaces militaires), le Conseil mit en place au XVe s. un système d'alarme d'une efficacité discutable. Chaque corporation était responsable d'un tronçon de la muraille. L'arsenal abritait dès la fin du XIVe s. une assez bonne artillerie. Pour aller en campagne, B. avait les contingents des corporations, des cavaliers mercenaires et une troupe formée des "habitants" candidats à la bourgeoisie.

Grâce à son autonomie politique, la ville put mener une politique territoriale et conclure des alliances, ce qui l'entraîna dans de multiples conflits armés. A l'égard des Confédérés, elle eut au XVe s. une attitude changeante. Elle se heurtait sans cesse aux Soleurois dans le Sisgau, mais les expériences faites durant la guerre de Souabe la conduisirent finalement à entrer dans la Confédération en 1501.

Auteur(e): Werner Meyer / PM

2.3 - La vie politique sous l'Ancien Régime

La Constitution du Conseil en vigueur jusqu'en 1691 s'élabora dans les trois premières décennies du XVIe s. En 1506, après plusieurs années de disputes au sujet des franchises, les droits (de pure forme) de l'évêque dans la nomination du Conseil furent confirmés; en même temps, des membres des quinze corporations étaient admis dans le collège des électeurs (Kieser). En 1515, le Conseil ôta aux patriciens de la Chambre haute (Hohe Stube) tout accès privilégié aux charges publiques. En 1516, Jakob Meyer zum Hasen fut le premier bourgmestre issu des corporations; tous ses prédécesseurs avaient été chevaliers ou Achtburger.

La ville fit un dernier pas vers son émancipation en 1521: le Conseil s'affranchit unilatéralement de l'autorité épiscopale et s'adjugea toutes compétences dans la nomination du Conseil, du bourgmestre et du premier prévôt des corporations (dans ces deux charges, le magistrat en fonction et l'ancien alternaient au pouvoir). En outre, la Chambre haute perdit son droit (à vrai dire théorique depuis longtemps) à occuper huit sièges au Conseil. La même année, quelques éminents représentants des trois Herrenzünfte (Clé, Hausgenossen et Cuve) furent exclus du Conseil à la suite d'une émeute contre les récipiendaires de pensions françaises. Ainsi les corporations d'artisans eurent plus de part aux charges publiques.

Une opposition aux usages religieux traditionnels se manifesta après 1520: rupture du Carême et processions perturbées. Au Conseil les partisans de l'ancienne foi se groupèrent autour du bourgmestre patricien Heinrich Meltinger, ceux de la foi nouvelle autour du premier prévôt Jakob Meyer zum Hirzen. Entre eux, le second bourgmestre Adelberg Meyer zum Pfeil et ses amis cherchaient un compromis. La Réforme, imposée en 1529 par les membres des corporations, entraîna un nouveau bouleversement au Conseil: douze représentants des patriciens et des Herrenzünfte, attachés au catholicisme, durent quitter la ville. En outre les bourgeois obtinrent un peu plus d'influence dans l'élection des comités de corporation, organes comprenant les deux conseillers, les deux prévôts et les "Six" (Sechser, six anciens et six nouveaux, soit douze personnes) de chaque corporation. Mais cette concession fut bientôt retirée et l'on procéda de 1533 à 1691 comme en 1521: les places vacantes furent repourvues par cooptation, par le comité de la corporation (et non par ses membres).

Le Petit Conseil, c'est-à-dire le gouvernement, était formé de deux moitiés, l'Ancien et le Nouveau Conseils, qui alternaient chaque année, les nouveaux conseillers devenant les anciens et vice-versa. Chaque année, les éventuelles places vacantes étaient repourvues: les nouveaux membres du Petit Conseil étaient alors choisis parmi le Grand Conseil par l'Ancien Conseil. Chacune des quinze corporations avait un conseiller et un prévôt dans chaque moitié; les deux moitiés siégeaient ensemble et formaient une seule autorité, qui élisait les quatre magistrats placés à sa tête (bourgmestres et premiers prévôts). Les nouveaux prévôts étaient choisis par les comités de corporation, les places vacantes attribuées par cooptation exclusivement parmi les membres des comités. Le Grand Conseil se composait de tous les "Six", des chefs des trois sociétés du Petit-B. (douze personnes, soit quatre par société avant 1691, trente-six soit douze par société après cette date) et des avoyers des deux tribunaux municipaux. Il était convoqué de temps à autre, quand le Petit Conseil sentait le besoin d'un large appui.

Un grand nombre de commissions et de collèges remplissaient les tâches gouvernementales et administratives régulières, en ville comme dans les territoires sujets. Le conseil des Treize ou Conseil secret, à l'origine conseil de guerre, devint un organe permanent et le véritable gouvernement. La première autorité financière était le collège des Trois et, dès 1616, la Chambre des comptes (Haushaltung). La justice civile relevait des deux tribunaux des avoyers ou tribunaux municipaux (B. et Petit-B.), où siégeaient des membres des Petit et Grand Conseils. La haute justice incombait au Nouveau Conseil et aux juges des tribunaux municipaux. Les "Sept" menaient l'instruction dans les affaires criminelles, qui aboutissaient devant le Petit Conseil. Selon le cas, on faisait appel devant des comités du Petit Conseil, des réviseurs ou des juges d'appel. Après la Réforme, les institutions ecclésiastiques passèrent sous la responsabilité du Conseil (administration matérielle, conseil d'Eglise, collège des députés, tribunal matrimonial).

Toutes les charges importantes étaient aux mains d'un groupe restreint de petits conseillers; seules des fonctions secondaires (certains postes de bailli, de juge, d'administrateur) étaient laissées aux membres du Grand Conseil. Les simples bourgeois n'avaient guère de chances d'accéder aux comités des corporations et au Grand Conseil, puisque les membres en étaient nommés à vie et par cooptation; théoriquement tous éligibles, la plupart n'avaient pas les moyens de payer les frais licites et illicites (corruption) d'une élection. La tendance à l'oligarchisation est perceptible très tôt, les Herrenzünfte prennent le pas dès 1533 sur celles d'artisans, où en outre le fossé entre les simples membres et le comité se creuse de plus en plus. Comme il était possible d'appartenir à deux corporations, des membres des Herrenzünfte accaparaient au Conseil des sièges d'artisans, ce qui leur donna la prépondérance au XVIIe s.

La mainmise des familles Burckhardt et Socin sur le Petit Conseil provoqua en 1691 un mouvement révolutionnaire qui aboutit à une nouvelle Constitution, en vigueur jusqu'en 1798. Le Grand Conseil (282 membres, Petit Conseil compris) devint l'autorité suprême de l'Etat, le détenteur de la souveraineté. Convoqué régulièrement, une fois par mois dès 1718, il pouvait légiférer activement. Il avait le dernier mot en politique étrangère, en fait de levées de troupes et en matière fiscale. Il élisait les quatre magistrats suprêmes et les conseillers des corporations. Il nommait le collège des Trois, le chancelier, le secrétaire du Conseil, les délégués à la Diète et autres envoyés, les directeurs de l'administration des biens sécularisés et les baillis (sauf les deux avoyers de Liestal). Restaient à la nomination du Petit Conseil le conseil des Treize, les deux tribunaux municipaux et de nombreuses charges secondaires. En 1718, le tirage au sort fut introduit dans la procédure électorale pour empêcher la domination des familles patriciennes. Juridiquement, les compétences des deux Conseils n'étaient pas clairement délimitées. En fait le Petit Conseil, avec ses commissions et collèges, garda la haute main sur le gouvernement et l'administration. Un assez grand nombre de bourgeois exerçaient une charge, grande ou petite, ce qui contribuait à stabiliser le régime.

Auteur(e): Hans Berner / PM

2.4 - De la République helvétique à la division du canton

La République helvétique ayant introduit le droit de cité suisse, on distingua la commune d'habitants (ou municipalité) de la bourgeoisie. Les bourgeois représentaient 51% de la population en 1779, 37% en 1815.

Cette dualité, compliquée encore par la confusion qui régnait à B. entre canton et commune, ne survécut pas sous la Médiation. On créa une "commune urbaine" avec un Grand Conseil de ville de 64 membres et un Petit Conseil de ville de 24 membres, auxquels seuls étaient éligibles des bourgeois justifiant d'une certaine fortune. En 1828, le Grand Conseil de ville passa à 96 sièges et le droit de vote fut réservé aux bourgeois.

Dans le partage des biens entre le canton et la commune, source de litiges après 1803, celle-ci reçut, outre des immeubles et des forêts, l'hôpital des bourgeois et l'orphelinat, ainsi que diverses taxes et droits de douane pour faire face aux tâches dont elle dut ou voulut se charger: police, travaux, infrastructure, assistance aux bourgeois.

Auteur(e): Ruedi Brassel / PM

3 - Société, économie et culture au Moyen Age

3.1 - Démographie et développement urbain

Entre 1300 et 1500, B. vit sa population passer de 6000 à 10 000 âmes. 14 100 personnes furent reçues dans la bourgeoisie au cours du seul XVe s. L'immigration régulière, en provenance d'Alsace, du Brisgau, des villes d'Allemagne du Sud et plus encore, dès 1400, des pays sujets du Sisgau, explique cette croissance multiforme, que des crises généralement dues à la peste (1349, 1395, 1418-1419, 1439) freinèrent passagèrement. Le séisme de 1356 ne fit guère de victimes humaines. Le concile de Bâle (1431-1448) anima quelque temps la ville et son commerce; le conflit entre les Confédérés, l'Autriche et la France (1443-1449) y amena des mercenaires et des réfugiés fuyant le Sundgau.

La haute société s'établit près de la cour de l'évêque, sur la colline de la cathédrale (auf Burg), les artisans et commerçants en contrebas, sur les terrains secs et pentus, propices à l'habitat, de la rive gauche du Birsig. Ce quartier d'artisans, attesté dès le Xe s. et relié à la ville haute par un pont situé peut-être en dessous du Schlüsselberg, s'est développé sans doute autour d'un marché (Fischmarkt actuel), proche du port sis à l'embouchure du Birsig. On trouvait là des chapelles dédiées à sainte Ursule et saint Brendan, patrons des mariniers (signe de relations avec Cologne?); leur emplacement exact est inconnu.

Pour la partie aval de la ville basse, on a observé des vestiges de maisons en bois du Xe-XIe s. au Petersberg dans les années 1930 et récemment le long des Stadthausgasse et Schneidergasse jusqu'au Rümelinsplatz; ainsi connaissons-nous les structures urbaines de ce quartier depuis le XIe s.: aux XIe-XIIIe s., des baraques en bois régulièrement alignées longeaient la rue et des maisons d'habitation en pierre occupaient le fond des parcelles; entre deux se trouvaient des cours et des ateliers. Au XIVe s., le partage des parcelles (entre héritiers ou pour accueillir de nouveaux habitants) amena le remplacement des baraques sur rue par des immeubles en pierre. L'urbanisme médiéval (plan, articulation des façades) marque encore l'aspect de la vieille ville de B. L'église Saint-Pierre domine la rive gauche du Birsig depuis l'an mille environ; elle avait un cimetière, où l'on se rendait par la "ruelle des morts" (Totengässlein). La chapelle Saint-André fut construite au-dessous dans la seconde moitié du XIe et pourvue d'un cimetière au XIIIe s.

Dans la partie amont de la ville basse, le couvent des chanoines de Saint-Augustin (Saint-Léonard) sur son éperon rocheux et celui des cordeliers (Barfüsser) sont construits au début du XIIe s., puis le domaine bâti s'étend sur les deux rives du Birsig: réseau de rues, plan parcellaire et maisons de pierre sont attestés dès le XIIIe s. aux Gerbergasse, Falknerstrasse et Weisse Gasse, des terrassements et quelques bâtiments dans les pentes au-dessus de la rive gauche au XIIe-XIIIe s.

La ville basse fut fortifiée dans le dernier quart du XIe s. par la muraille dite de Bourcard de Fenis (l'acte dressé vers 1083 à l'occasion de la fondation du couvent de Saint-Alban par cet évêque mentionne en effet des fortifications), repérée en divers endroits le long des fossés Leonhardsgraben et Petersgraben; son tracé inclut les églises Saint-Pierre, Saint-Léonard et, entre eux, une zone colonisée dès le XIe s. par des vassaux de l'évêque (Heuberg, Nadelberg), puis il devait rejoindre la colline de la cathédrale. A l'est du Birsig, l'enceinte du faubourg de la prévôté (Steinenberg, Sankt-Alban-Graben) fut construite au XIIe s. Vers le milieu du XIIIe s., une nouvelle enceinte plus solide fut élevée quelques mètres devant la muraille de Bourcard, en intégrant certaines tours et en aménageant un chemin de ronde entre les deux murs; prolongée à travers la zone marécageuse du Barfüsserplatz, elle rejoignait l'enceinte du faubourg oriental. La densité des bâtiments s'accrut aux XIIe-XIIIe s., sans modifier la géographie sociale de la ville. De nombreuses églises, paroissiales et conventuelles, faisaient escorte à la cathédrale, reconstruite à la fin du XIIe s. en style roman tardif. Les nobles résidaient dans des tours, dont la construction fut soumise à l'autorisation de l'évêque par l'empereur Frédéric Ier en 1180, ou dans des hôtels particuliers dès les XIIIe-XIVe s.

Un quartier d'artisans se développa au XIIe s. près du prieuré clunisien de Saint-Alban, où des canaux alimentaient étangs et moulins. Sur la rive droite du Rhin, les villages d'Oberbasel (1113 obern Basel) et Niederbasel firent place entre 1225 et 1250 à la ville du Petit-B.; le pont sur le Rhin date de la même époque. La vieille église paroissiale de Saint-Théodore fut incluse dans les fortifications du Petit-B., mentionnées dès 1255. Des fondations massives retrouvées au Reverenzgässlein appartiennent soit à un fort du Bas-Empire, soit à un château des Zähringen, maîtres de la rive droite du Rhin jusqu'en 1218. Le Petit-B. s'agrandit au XIIIe s. de la zone du couvent du grand Klingental.

Au XIIIe s., l'aspect de la ville se modifie sous l'effet d'un urbanisme mieux conçu. Parmi les nouveaux couvents (dominicains ou prêcheurs, ermites de Saint-Augustin, ordre teutonique, chevaliers de Saint-Jean), certains entraînent la reconstruction du rempart (franciscains ou cordeliers, Klingental) ou de grands travaux de remblayage et de nivellement (cordeliers). Au débouché du pont sur le Rhin, il fallut assainir la zone de l'embouchure du Birsig par des remblais de 2 à 3 m. Le marché fut transféré du Fischmarkt vers le nouvel axe pont du Rhin-Freie Strasse, de même que l'hôtel de ville (sur le petit côté nord de la place du marché, puis sur son site actuel au XIVe s.). La plupart des maisons de corporations s'installèrent sur cette nouvelle rue. Des faubourgs apparurent le long des voies d'accès, fortifiés en partie dès le XIIIe s. (Sankt Alban, Spalen) et d'autant plus rapidement qu'ils entouraient un couvent. Le feu pouvait causer de gros dégâts, par exemple en 1377 et 1417, au Petit-B. en 1327 et 1354, ou après le séisme du 18 octobre 1356, qui ne renversa que les bâtiments en pierre les plus élevés (chœur de la cathédrale, clochers des églises, créneaux des remparts), mais provoqua un incendie dévastateur. Après une reconstruction rapide, la ville édifia son rempart extérieur (1362-1398), qui incluait tous les faubourgs, tels qu'ils étaient, et des zones qui ne seront entièrement bâties qu'au XIXe s.

Auteur(e): Rolf d'Aujourd'hui, Werner Meyer / PM

3.2 - Economie

L'archéologie (habitat et céramique dans la ville basse, travail du cuir, des métaux, de l'os, des textiles) et la numismatique (monnaies frappées sous Louis l'Enfant, roi de Germanie de 900 à 911, et sous Conrad, roi de Bourgogne de 937 à 993) prouvent l'existence du commerce et de l'artisanat bâlois dès le Xe s., mais les documents écrits sont rares avant le XIIIe s.: mention de marchands bâlois dans la région du Bodan en 1075, à Gênes en 1216, à Marseille en 1248, et de leurs bateaux sur le Rhin dans le règlement douanier de Coblence en 1209.

Etablis surtout dans la ville basse et dans les faubourgs, les artisans et commerçants formèrent au XIIIe s., sous le contrôle de l'évêque, des corporations, confréries professionnelles qui, jusqu'au XIVe s., n'avaient aucun rôle politique ni militaire. Cette organisation, ainsi que le grand commerce, firent de B. un centre économique, surpassant au Moyen Age déjà les villes voisines, comme Rheinfelden, Mulhouse, Laufon ou Liestal.

La ville s'approvisionnait dans son ressort, mais surtout dans le Sundgau, le proche Brisgau et le Jura. Parmi les marchés hebdomadaires pour les besoins courants, le plus ancien se tenait devant la cathédrale (jusqu'au concile), celui aux grains devant l'hôtel de ville, celui au bétail devant l'église des cordeliers, celui aux poissons près du port. Pour le grand commerce, deux foires annuelles apparurent au XVe s., légitimées par l'empereur Frédéric III en 1471; mais celle de printemps n'existait plus en 1500 et celle d'automne resta modeste. En revanche, les marchands bâlois se rendaient dans les grandes foires européennes (Genève, Francfort, Lyon). On créa pour les besoins du commerce international, après 1472, le change public de B. Le concile (1431-1448) eut une grande importance dans l'histoire économique et sociale de B. Il provoqua l'essor de la papeterie, introduite par Heinrich Halbisen avant 1440, prospère vers 1500 avec les Gallizian; le grand développement de l'imprimerie à la fin du XVe s. (premières épreuves conservées: vers 1468) lui est lié, autant qu'à la présence d'humanistes et d'une université, fondée en 1460 (Université de Bâle). Le haut niveau du commerce bâlois au XVe s. ressort de la création de sociétés précapitalistes qui contrôlaient, sans tenir compte des limites corporatives, toute la chaîne économique (matières premières, produits finis, vente et exportation): Halbisen-Gesellschaft, Irmi, Grieb, Offenburg, Zscheckenbürlin, Meltinger. Mais les corporations s'opposèrent à ces sociétés de monopole et firent triompher le petit commerce vers la fin du XVe s.

Auteur(e): Werner Meyer / PM

3.3 - Société

Au XIIIe s., la haute société laïque, qui formait une sorte de corporation dite Chambre haute (Hohen Stube), se composait des chevaliers résidant sur la colline de la cathédrale ou entre Saint-Léonard et Saint-Pierre et des Achtburger, bourgeois autorisés à acquérir des fiefs. Parmi ceux-ci, on trouvait des marchands, mais aussi des banquiers venus d'Italie du Nord après 1300 (Lombards).

Vu le nombre des églises et couvents, les ecclésiastiques devaient représenter 10% de la population. Mais chanoines, curés, chapelains, moines, nonnes, béguines et autres ne constituaient pas un groupe homogène.

Les immigrants de la campagne essayaient de devenir compagnons artisans, ce qui leur ouvrait les portes de la bourgeoisie; les femmes se plaçaient surtout comme servantes.

Des juifs habitant la ville basse, surtout la Gerbergasse, formèrent une communauté de 1200 environ à 1349, puis de 1370 à 1400, avec cimetière et synagogue. Ils subirent en 1349, l'année de la peste, de sanglantes persécutions, sans doute provoquées par les "Lombards" qui voyaient en eux des concurrents dans les affaires de crédit. La deuxième communauté disparut vers 1400: ses membres quittèrent la ville, craignant d'être forcés d'en payer les dettes.

Mentionné dès le XVe s., mais probablement plus ancien, le quartier des marginaux au Kohlenberg (bourreau, équarrisseurs, prostituées, gens du voyage, égoutiers et portefaix) avait un tribunal particulier.

Auteur(e): Werner Meyer / PM

3.4 - Culture, arts, écoles, vie religieuse

Dans le domaine culturel, B. entretenait d'étroits contacts avec d'autres centres rhénans comme Colmar, Sélestat, Strasbourg ou Fribourg-en-Brisgau. Sans grande influence sur la campagne environnante, elle attira néanmoins régulièrement, jusque vers 1500, la noblesse des châteaux voisins à des tournois et fêtes chevaleresques, organisés en particulier aux XIIIe-XIVe s. par la cour épiscopale, qui favorisait aussi la poésie (Konrad de Wurtzbourg) ou l'art funéraire.

Soumis à des influences bourguignonnes au haut Moyen Age, les arts plastiques se rattachent ensuite à l'école alsacienne et rhénane. Johannes Parler de Gmünd travailla au relèvement de la cathédrale après le séisme de 1356, maître Jakob Sarbach à l'avant-corps du Spalentor et à la fontaine du Fischmarkt (vers 1470-1480). Le peintre Konrad Witz eut un grand rayonnement vers 1440. Les artistes appartenaient à la corporation du Ciel, à celle des Orfèvres ou à la confrérie de Saint-Luc.

Avant la Réforme, l'assistance (hôpitaux, asiles) incombait généralement à l'Eglise, de même que l'instruction: écoles conventuelles des cordeliers et des dominicains (l'ordre de Jakob Sprenger, coauteur présumé du Marteau des sorcières), écoles rattachées à Saint-Léonard, Saint-Pierre, Saint-Martin, Saint-Théodore et surtout école du chapitre cathédral (auf Burg). De nombreux maîtres privés dispensaient l'enseignement élémentaire. Plusieurs couvents, tel celui des chartreux, avaient de bonnes bibliothèques.

Acteurs laïques d'une vie religieuse empreinte de piété populaire, les corporations et confréries faisaient dire des messes pour leurs défunts et honoraient leurs saints patrons. Les principales fêtes étaient la Nativité de Notre-Dame, patronne de la ville et de la cathédrale (8 septembre) et la Saint-Henri (13 juillet).

Auteur(e): Werner Meyer / PM

4 - Société, économie et culture, de la Réforme à la division du canton

4.1 - Démographie et développement urbain

B. comptait près de 10 000 habitants vers 1500, 4500 (sans doute le minimum absolu depuis le XIIIe s.) après la peste de 1502, 9000 (avec des pointes à 10 000) au milieu du XVIe s., 10 000 au début du XVIIe, 15 000 à la fin du XVIIIe. La hausse à long terme est donc modeste. Durant la plus grande partie de la période, la population varie entre 6000 et 12 000 âmes. Jusqu'en 1668, une grave épidémie frappait tous les quatorze ans en moyenne; la crise était en général suivie d'une croissance plus forte. La ville compensa une bonne partie de ses pertes en admettant de nouveaux bourgeois: 9400 personnes au XVIe s., 5700 au XVIIe, originaires en majorité de la région, mais aussi, entre 1550 et 1650, réfugiés venus du nord de l'Italie, de France et de Lorraine, pour cause de religion ou chassés par la guerre. La peste de 1668 fut la dernière grande crise démographique. Aussi le Conseil décida-t-il de limiter les admissions à la bourgeoisie, voire de les suspendre momentanément. La ville comptait 14 678 habitants en 1798, 16 674 en 1815. Elle resta jusqu'au XIXe s. dans son enceinte du XIVe, presque sans modifier son tissu urbain.

Auteur(e): Hans Berner, Niklaus Röthlin / PM

4.2 - Economie

Les quinze corporations exerçaient un contrôle sévère sur les métiers. Les artisans travaillaient pour la ville, pour les marchés des pays sujets (Liestal, Waldenburg et Sissach), voire pour les foires de Zurzach et Strasbourg. Les marchands en revanche ne se laissaient guère entraver par des règlements. Obligatoirement membres d'une corporation, ils pouvaient adhérer à plusieurs d'entre elles, ce qui facilita plus tard le développement d'une industrie d'exportation en dehors des limites corporatives. La papeterie resta prospère jusqu'à la fin du XVIIIe s. grâce aux maisons Düring, Dürr et Heusler. L'imprimerie déclina après 1550, puis Johann Jakob Thurneysen le Jeune la relança dans la seconde moitié du XVIIIe s.

Le commerce profita dans la seconde moitié du XVIe s. de l'essor du transit entre les Flandres et l'Italie, tandis que des réfugiés protestants, tels les Battier, Passavant, Socin et Werthemann, introduisirent le commerce et l'industrie de la soie, mais les corporations imposèrent assez vite des limites à la fabrication (filature, teinture, passementerie, tissage du satin). Pendant la guerre de Trente Ans, d'autres réfugiés arrivèrent avec de nouvelles relations commerciales. En outre, la guerre gênant fréquemment les échanges entre la France et l'Empire au XVIIe s., ceux-ci passaient par des endroits neutres comme B., par exemple pour les articles de mode français, à quoi s'ajoutaient les draps et denrées coloniales importés de Hollande.

Emanuel Hoffmann importa de Hollande, en 1667, le premier métier sur lequel on pouvait fabriquer simultanément plusieurs rubans de soie. Les corporations s'opposaient depuis des décennies aux marchands qui faisaient produire à la campagne, par des ouvriers à domicile, des rubans, parfois des bas et des draps, pour l'exportation. Mais le Petit Conseil décida dans les années 1670 que les marchands pourraient maintenir cette industrie à condition de s'acquitter d'une taxe, seul le marché régional étant réservé aux corporations. Et le métier à navettes multiples triompha.

A part quelques crises conjoncturelles, l'essor économique se poursuivit jusqu'au XIXe s. Le textile (passementerie, bonneterie, draperie et, dans la seconde moitié du XVIIIe s., indiennerie) était la branche dominante en ville et, grâce au Verlagssystem, dans une partie du canton. Le grand commerce mettait l'accent sur les draps, le coton, le fer, les denrées coloniales. Les banquiers et commissionnaires (Battier, Bary, Ehinger, Ochs) donnaient à la ville un rôle de plus en plus international.

Si les passementiers souffrirent du Blocus continental sous Napoléon, d'autres entrepreneurs surent profiter de la situation: Christoph Merian-Hoffmann commença ainsi à édifier l'immense fortune qui fait encore aujourd'hui la richesse de la fondation Christoph Merian.

Auteur(e): Hans Berner, Niklaus Röthlin / PM

4.3 - Société

Le régime corporatif se mit en place, en même temps que la Réforme, entre 1521 et 1529. Ancienne classe dirigeante, les chevaliers et les Achtburger vivant de leurs rentes perdirent leur influence politique; ils quittèrent la ville ou se fondirent dans la simple bourgeoisie. Les artisans des corporations régnèrent durant une vingtaine d'années; mais ensuite, s'ils gardèrent jusqu'au XIXe s. les privilèges économiques qui les mettaient à l'abri de la concurrence, ils abandonnèrent l'essentiel du pouvoir et du prestige social aux plus riches d'entre eux, tels les Faesch et les Merian, et aux marchands. L'ascension des familles Hagenbach, Iselin, Burckhardt, Heusler et Hoffmann commence au début du XVIIe s. Les réfugiés protestants qui réussirent dans le commerce ou dans la soierie s'intégrèrent rapidement, dès le XVIIe s., à la classe supérieure.

L'administration des biens d'Eglise sécularisés et surtout des bailliages offrait quelques postes lucratifs. Dès la fin du XVIe s., un petit nombre de fonctionnaires professionnels et d'officiers rentrés du service étranger vivaient de tels postes et pouvaient accéder aux plus hautes charges grâce à l'influence et aux intrigues de leurs familles. Il ne se forma pas de véritable aristocratie, mais un petit groupe de personnes apparentées monopolisait le pouvoir, sous la conduite des Burckhardt et des Socin. Des scandales électoraux et des manques dans l'administration provoquèrent la résistance d'une partie de la bourgeoisie, de plus en plus exclue des affaires publiques. La révolte contre le Petit Conseil éclata en 1691. Avec l'aide d'une médiation confédérale, on améliora la situation en introduisant un contrôle financier sévère et le tirage au sort de la plupart des fonctions.

Au XVIIIe s., la classe des marchands, banquiers et fabricants de rubans exerça la prépondérance politique et sociale. Un groupe de riches hommes d'affaires dirigea la ville avec succès jusqu'à la Révolution de 1798. Aux familles déjà nommées vinrent s'ajouter les Battier, Bary, Forcart, Passavant et Sarasin, actives aussi dans le domaine culturel (et ceci jusqu'au XIXe s.).

A la fin de l'Ancien Régime, l'oligarchie bâloise se divisait en deux camps: les Patriotes, convaincus de la nécessité d'une grande réforme constitutionnelle, vu la pression politique exercée par la France, et les cercles qui s'opposaient à tout changement, appelés "aristocrates" par leurs adversaires.

Auteur(e): Hans Berner, Niklaus Röthlin / PM

4.4 - Vie culturelle, vie religieuse, écoles

L'université, fondée en 1460 à l'initiative du Conseil et dotée d'un privilège du pape Pie II, resta une institution modeste dans ses premières décennies. Ce sont plutôt les imprimeurs (Johannes Amerbach, Johannes Froben, Adam Petri) qui attirèrent à B. dès la fin du XVe s. des représentants de l'Humanisme (Erasme, Beatus Rhenanus, Sébastien Brant, Ludwig Bär, Glaréan, Simon Grynaeus, Sebastian Münster, Boniface Amerbach).

La Réforme divisa les humanistes et mit en danger l'université jusqu'à sa réorganisation en haute école protestante (1532). Dans la seconde moitié du XVIe s., une Eglise bâloise peu dogmatique permit une nouvelle floraison de l'humanisme avec des hommes comme Sébastien Castellion, Celio Secondo Curione, Johannes Buxtorf, Caspar Bauhin, Theodor Zwinger, Felix Platter; plusieurs d'entre eux étaient des réfugiés français ou italiens. Même si l'humanisme restait l'affaire d'une élite intellectuelle, il eut des répercussions dans l'organisation scolaire (Thomas Platter le Vieux) et inspira des essais de réforme ecclésiastique (Christophe d'Utenheim).

La piété traditionnelle marquait les pratiques religieuses quotidiennes au début du XVIe s.: nombreux cas de fondations privées ou collectives et d'embellissement d'églises juste avant la Réforme. Les artistes (Hans Holbein le Jeune) travaillaient pour les commandes privées ou publiques des patriciens.

Répandues par l'imprimerie et la prédication, les idées réformatrices rencontrèrent de plus en plus d'écho après 1520 (Conrad Pellican, Wolfgang Capiton, Johannes Œcolampade); la majorité des paroisses les avaient adoptées à la fin de 1525. Le Conseil se montrait indécis. Après avoir fait plusieurs concessions aux protestants toujours plus nombreux, il céda en 1529 à la pression d'une assemblée de bourgeois en armes: il exclut de son sein les principaux conseillers adeptes de l'ancienne foi et se rallia à la Réforme. L'ordonnance préparée par Œcolampade et adoptée par le Conseil pour la ville et la campagne (1529), de même que la confession de B. introduite sous Oswald Myconius, successeur d'Œcolampade (1534), suivaient pour l'essentiel le courant zwinglien. Œcolampade aurait voulu une Eglise de constitution presbytérienne, indépendante de l'Etat et dotée d'un pouvoir d'anathème, mais il ne parvint pas à l'imposer. Le Conseil subordonna clairement l'Eglise et ses pasteurs aux autorités laïques. Il nommait les receveurs et le collège des députés, chargés d'administrer les biens de l'Eglise et des écoles; il dominait les tribunaux consistoriaux, le conseil d'Eglise et le synode. Dans la lutte entre tenants de Zwingli et de Luther, B. maintint un climat de tolérance. Après 1553, elle pencha pour le luthéranisme, incarné dans l'antistès Simon Sulzer, afin de garder les meilleures relations possibles avec l'Empire. Mais à la fin du XVIe s., sous Johann Jakob Grynaeus, successeur de Sulzer, elle revint au courant zwinglien. L'orthodoxie protestante, qui domina jusqu'au XVIIIe s., amoindrit le rayonnement intellectuel de la ville et de son université, même si B. s'en tint à des positions relativement modérées.

Organe central, le conseil d'Eglise était présidé par l'antistès. Les quatre députés y représentaient le Petit Conseil. Des courants piétistes (Hieronymus Annoni, les Frères moraves, la Christentumsgesellschaft) sapèrent l'orthodoxie officielle, mais ne provoquèrent aucun changement dans l'organisation ecclésiastique.

Depuis la Réforme, le Conseil surveillait aussi les écoles, par l'intermédiaire des députés. Les écoles paroissiales dispensaient l'enseignement élémentaire, puis venaient les écoles latines, réduites en 1589 à une seule (école de la cathédrale ou gymnase). Il y avait une école de filles à B. et une au Petit-B.

La période de l'humanisme et de la Réforme fut propice aux littérateurs et aux historiens (Sébastien Brant, Pamphilus Gengenbach, Christian Wurstisen, Valentin Boltz). Au XVIIIe s., il faut citer les travaux linguistiques et littéraires de Johann Jakob Spreng. Les Lumières n'animèrent pas beaucoup la vie intellectuelle bâloise, mis à part le cas du publiciste et philanthrope Isaak Iselin (1728-1782), cofondateur en 1777 de la Société de bienfaisance et d'utilité publique et créateur de la Société de lecture (lancée en 1760, vraiment active dès 1787), où un petit cercle discutait des idées nouvelles. A l'université, le corps professoral était d'esprit plutôt conservateur. B. acquit une renommée internationale dans le domaine des mathématiques grâce à plusieurs membres de la famille Bernoulli, mais ne sut offrir au génial Leonhard Euler, qui émigra en Russie, un cadre scientifique à sa mesure.

Dans les arts plastiques, les dessinateurs paysagistes, comme Matthaeus Merian (1593-1650) ou Emanuel Büchel, sont plus réputés que les peintres (Hans Bock le Vieux), mais la palme revient aux architectes. La prospérité économique se traduit au XVIIIe s. par la construction de nombreux hôtels particuliers et résidences de campagne.

Les réformes lancées sous la République helvétique se poursuivirent surtout en matière scolaire. Les lois de 1817 et 1818 placèrent les écoles et l'université sous la houlette de l'Etat. Au gymnase, la place des langues anciennes fut réduite et les programmes adaptés pour mieux préparer aux études supérieures, tandis que l'école réale, création nouvelle, devait donner une formation plus pratique.

Dans l'Eglise, les tensions entre piétistes et libéraux s'avivèrent. Le choix des professeurs de théologie, notamment celui de Wilhelm Martin Leberecht De Wette pour la chaire d'Ancien Testament en 1822, devint une affaire politique.

Auteur(e): Hans Berner, Niklaus Röthlin / PM

5 - Constitution et activités de l'Etat depuis 1833

5.1 - Fondation du canton de Bâle-Ville

Par l'arrêté de séparation du 26 août 1833, la Diète obligeait le nouveau demi-canton de B.-Ville à se donner une Constitution (adoptée par la bourgeoisie le 3 octobre). Le territoire ne comprenait, outre la ville, que trois communes sur la rive droite du Rhin: Riehen, Bettingen et Petit-Huningue. Le partage de la fortune proportionnellement à la population mit B.-Ville (36%) dans une situation financière difficile. Les dirigeants, affaiblis au sein de la Confédération, se sentaient outragés par l'arrêté de séparation et rejetés.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

5.2 - Dispositions constitutionnelles de 1833 à 1875

Le canton resta jusqu'en 1875 dans la tradition de l'Ancien Régime. Le Grand Conseil n'était pas élu au suffrage universel, mais par les corporations (36 députés) et par des assemblées de quartier (83 députés); les citoyens d'autres cantons n'avaient pas le droit de vote, ni les indigents, domestiques, faillis et condamnés. A l'exception des deux bourgmestres alternant annuellement, les membres du Petit Conseil, élus en son sein par le Grand Conseil, exerçaient leur charge à titre bénévole, à l'instar des 180 personnes qui formaient l'administration jusque dans les années 1840 (la chancellerie, dix collèges et six commissions). Conseils et administration étaient renouvelés par tiers tous les deux ans. Le Grand Conseil désignait la plupart des juges. Il votait les lois (mais ne pouvait les proposer), les impôts et les emprunts. Avant 1848, il ratifiait les traités, élisait les délégués à la Diète et leur donnait leurs instructions.

Jusqu'en 1875, la commune eut des autorités distinctes du canton: Grand Conseil de ville de 80 membres (législatif), élu par les corporations, élisant à son tour les 11 membres du Petit Conseil de ville (exécutif). La révision constitutionnelle du 8 avril 1847 supprima les juges élus à vie; protégeant les corporations, elle écarta la liberté d'industrie. La Constitution du 28 février 1858 transféra des compétences de la commune au canton et n'exclut plus formellement la liberté d'industrie.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

5.3 - La Constitution de 1875

Après l'adoption de la Constitution fédérale de 1874, les radicaux obtinrent la suppression du système de 1833 et l'adoption d'une nouvelle Constitution (9 mai 1875), dont les principes sont encore en vigueur. Préparée par une commission du Grand Conseil, elle instituait comme exécutif un Conseil d'Etat de sept membres à plein temps, assistés d'une administration professionnelle répartie en sept départements; un Grand Conseil de 130 députés, élus au suffrage universel et au système majoritaire, dans onze cercles électoraux; un contrôle démocratique renforcé: contrainte budgétaire, initiative législative, référendum facultatif; des tribunaux civil et criminel distincts, chacun avec plusieurs chambres et une cour d'appel, qui fonctionnait en outre comme tribunal administratif; elle introduisait enfin, après tous les autres cantons, la liberté du commerce et de l'industrie.

Les principales compétences de la commune de B. passèrent au canton, les autres (hôpital, orphelinat, assistance par exemple) à une nouvelle commune bourgeoise, dotée d'un parlement de quarante membres (Conseil de la commune bourgeoise), d'un exécutif de sept membres (Conseil de la bourgeoisie) et d'une administration. Pour des raisons financières, la bourgeoisie dut se retirer peu à peu du domaine de la santé publique et les cliniques universitaires devinrent hôpital cantonal en 1973; mais elle reprit en 1984 les tâches d'assistance du canton. Elle supervise les corporations et associations analogues; elle gère, entre autres, la fondation Christoph Merian. Elle occupait presque 4000 personnes avant de céder l'hôpital, et encore 1100 en 1990.

La Constitution du 2 décembre 1889, révisée par le Grand Conseil, introduisait l'élection du Conseil d'Etat et du conseiller aux Etats par le peuple. Elle donnait au canton, pour la première fois, des tâches de politique sociale. Une association animée par Eduard Hagenbach-Bischoff demanda dès 1870 le passage au système proportionnel, enfin accepté le 26 janvier 1905 à une très faible majorité. Parmi les modifications intervenues au XXe s., il faut citer la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1910, l'adoption de l'article sur la réunification en 1938 et l'introduction du suffrage féminin (déjà accepté par la commune bourgeoise en 1957) sur les plans cantonal et communal en 1966. Depuis 2000, une nouvelle constitution est en préparation.

La loi du 26 juin 1876 démocratisa l'organisation des communes rurales, Riehen, Bettingen et Petit-Huningue: assemblée communale (un conseil est possible depuis 1924), élection du président, séparation entre la commune d'habitants, la bourgeoisie et la paroisse. Le Petit-Huningue remit son administration à l'Etat en 1893 et perdit son statut de commune en 1908. L'autonomie communale ne s'affirme que depuis quelques décennies (plan d'autonomie de Riehen, 1977). L'étroitesse du territoire cantonal rend de plus en plus importante la collaboration politique dans le cadre de la Regio Basiliensis.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

5.4 - Les partis

Le courant radical apparut à B.-Ville dans les années 1840, en réaction au fédéralisme extrême et à l'antilibéralisme de la classe dirigeante, qui fut ainsi amenée à formuler ses positions conservatrices. Entre les deux, un groupe du "juste-milieu" se forma lors du conflit constitutionnel de 1846-1847 et se maintint jusqu'à la fin du siècle. Les radicaux, qui s'appuyaient sur la classe moyenne non originaire de B. et, plus que dans d'autres cantons, sur les employés, gagnèrent les élections de 1875 grâce à la nouvelle Constitution et se formèrent officiellement en parti radical-démocratique (PRD) en 1894. Les conservateurs, représentant la vieille bourgeoisie protestante, constituèrent en 1905 le parti libéral, puis libéral-démocratique, unique de son espèce en Suisse alémanique. Une section de la Société du Grutli fut fondée en 1844, suivie dès les années 1880 d'autres associations ouvrières. Dans ce milieu se créa en 1890 le parti socialiste (PS), parti de classe jusqu'après la Deuxième Guerre mondiale; il organisa en 1912 le congrès pour la paix de la IIe Internationale, qui eut un retentissement européen. Longtemps exclus de la vie politique, les catholiques se réunirent dans diverses organisations, qui créèrent en 1905 le parti catholique populaire (PDC depuis 1973).

L'introduction de la proportionnelle en 1905 ouvrit des perspectives aux petits partis. Ainsi, des radicaux dissidents fondèrent en 1911 le parti bourgeois progressiste, devenu dans les années 1930 parti populaire national, très marqué à droite, puis parti des bourgeois et artisans, qui ne put éviter le déclin et rejoignit en 1957 le parti libéral. Le parti communiste se détacha du PS en 1921; jusqu'à son interdiction en 1940, il était à peu près aussi fort que les grands partis bourgeois. Le parti du travail (PdT) eut un poids comparable jusqu'en 1956; il réunit socialistes de gauche et communistes dès 1944. Il faut mentionner aussi le parti populaire évangélique fondé en 1920, devenu en 1948 union des électeurs évangéliques, l'Alliance des Indépendants (AdI, 1937-1996), l'Action nationale/Démocrates suisses (dès 1961), les organisations progressistes de B. (1970-1993), issues des mouvements de 1968 et de l'été 1969 (blocus des trams), le parti social-démocrate, dissidence de la droite du PS (dès 1982). Dans les années 1990, les portes du Grand Conseil s'ouvrirent devant le parti des Verts (deux groupes créés en 1987, unis en 1991), la liste des femmes (FraB, fondée en 1991) et les "alternatifs" du groupe BastA (fondé en 1995). La section locale de l'UDC, fondée en 1991, a percé aux élections nationales de 1999.

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5.5 - Les résultats électoraux

La durée des législatures est de trois ans depuis 1875, de quatre ans depuis 1956. Dans les dix premières (système majoritaire), les radicaux eurent toujours la majorité absolue au Grand Conseil, sauf en 1878-1881, les libéraux variant entre 35 et 64 sièges (en 1878-1881), les socialistes et les catholiques faisant leur entrée en 1886. La domination de ces quatre grands partis vacille après la Première Guerre mondiale, pendant la Deuxième et depuis la fin des années 1960. On comptait quatorze partis au parlement en 1992 et l'adoption de la clause des 5% n'a pas provoqué la réduction attendue.

Répartition des suffrages lors des élections au Grand Conseil, 1905-2000 (pourcentage)
 190519111920192919411950196019721980198819962000
PRD37,828,614,014,012,714,317,710,915,213,912,412,6
PLS23,018,415,013,510,510,313,414,413,711,010,711,3
PS28,232,844,825,739,828,129,225,526,518,327,026,0
PDC10,113,08,99,79,311,314,413,113,110,69,59,9
PC/PdT   19,7-14,66,56,44,42,0-1,4
PEP/VEWa  2,33,32,43,44,95,87,06,25,85,6
AdI    15,96,97,89,05,25,7--
POBb       3,69,17,8--
DS       8,03,87,86,14,6
PSDc         8,28,26,0
Verts/BastA/FraBd        -5,415,19,6
PAB 6,510,011,54,35,1------
UDC          3,5e10,0
Autres0,90,75,02,65,16,06,13,32,03,11,73,0

a Union des électeurs évangéliques

b Organisations progressistes de B.

c Parti social-démocrate

d «Alternatifs»

e Parti de la liberté compris

Sources:Statistisches Jahrbuch des Kantons Basel-Stadt

Le PS, premier parti depuis 1908, a enregistré ses plus faibles résultats en 1923 (scission du PC), 1944, 1947 (création du PdT) et 1984 (scission des sociaux-démocrates). Les trois partis bourgeois obtiennent, depuis le déclin radical et libéral du début du siècle, chacun 10 à 15% des voix. Les autres partis connaissent des succès éphémères: le PC s'est hissé à la deuxième place en 1926-1932, l'AdI en 1941-1944, le PdT en 1944-1950. La gauche a eu la majorité en 1920-1923 (PS, PC, grutléens) et en 1938-1940 (PS, PC), la moitié des sièges en 1944-1947.

Les conseillers d'Etat sont tous radicaux ou libéraux (les premiers majoritaires sauf en 1878-1881) jusqu'au tournant du siècle, puis aussi socialistes (dès 1902, avec une courte interruption avant 1984, les intéressés ayant quitté le parti), sociaux-démocrates (dès 1982), membres du parti des bourgeois et artisans (1919-1935), du PdT (1944-1950), du parti catholique populaire-PDC (1919-1935, 1944-1996, dès 2000), voire sans parti (1910-1919, 1976-1984). La gauche eut la majorité au gouvernement de 1935 à 1950 (B. "la rouge").

B.-Ville disposait d'un seul mandat au Conseil national en 1848. En raison de l'évolution de sa population face à celle des autres cantons, ce chiffre augmenta peu à peu (jusqu'à huit en 1943-1967), avant de redescendre (six sièges depuis 1983).

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5.6 - L'administration

L'ordonnance du 15 février 1877 supprima les collèges et commissions et créa sept départements: Santé, Instruction publique, Travaux, Finances, Police (avec les affaires militaires dès 1978), Justice, Intérieur (jusqu'en 1978, puis Economie et affaires sociales). Cette organisation, confirmée par la loi du 9 avril 1908, est régie aujourd'hui par la loi du 22 avril 1976. Occupant chacun un quart du personnel de l'Etat jusque dans les années 1970, les départements les plus lourds étaient et restent l'Instruction (écoles, université, affaires culturelles) et la Santé (qui reprit en 1973 l'hôpital universitaire, mais abandonna plus tard aux Travaux l'eau, le gaz, l'électricité et le service des cimetières).

La stabilité des structures cache de fortes évolutions. Même si le chiffre volontiers cité de 622 serviteurs de l'Etat en 1875 néglige en fait des catégories importantes, la croissance du personnel est impressionnante, surtout dans la période de haute conjoncture des années 1960 à 1973: 3399 postes pleins en 1910, 5310 en 1930, 7401 en 1950, 12 539 en 1970, 15 936 (soit un emploi sur huit) en 1990. La distinction entre ouvriers (jusqu'en 1968), employés de l'Etat et fonctionnaires céda le pas en 1970 à une gestion plus homogène, grâce à la mise en place de l'office central du personnel et d'une nouvelle grille salariale fondée sur l'évaluation des fonctions. Le statut de fonctionnaire fut aboli en 1999. La caisse d'assurance des fonctionnaires (1888) fut la première en son genre en Suisse.

Si les dépenses de l'Etat passèrent seulement de 0,6 à 1,6 million de francs de 1833 à 1870, leur croissance nominale s'accéléra ensuite: 4,7 millions en 1880, 12,9 en 1900, 66,1 en 1940, 122,4 en 1950, 256,6 en 1960, 642,3 en 1970, 2235,1 en 1980, 2703,4 en 1990, 3600 en 1999. En francs constants, elles ont stagné de 1973 à la fin des années 1980. La dette de l'Etat, qui était de 2,1 millions de francs en 1833, passa à 158,5 millions en 1920, à cause de l'essor de la ville au tournant du siècle. Ensuite, elle se creusa pendant la grande crise, dans les années 1960 et 1970 (de 554,7 à 2419,6 millions) et dans les années 1990-1999 (de 2890,8 à 5793,4 millions). Plus du quart des dépenses vont aujourd'hui à la santé publique, un cinquième à l'instruction, un septième aux affaires sociales, un dixième à la sécurité. La culture, les transports, l'environnement et l'administration générale (finances, fisc, aménagement, économie) absorbent le reste.

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5.7 - Santé publique et affaires sociales

Au XIXe s. le Département de la santé publique s'occupait surtout de questions d'hygiène: contrôle des denrées alimentaires, des abattoirs, de la salubrité des logements, de l'approvisionnement en eau. La gestion hospitalière et la législation sanitaire prirent peu à peu plus d'importance: établissement psychiatrique cantonal, hôpital Felix-Platter pour l'isolement des malades atteints de typhus (1890), policlinique (1890), maternité (1896). Le principal hôpital ne passa de la bourgeoisie au canton qu'en 1973.

Dans le domaine social, la charité privée joua longtemps le premier rôle; pourtant l'Etat mena aussi une politique et montra parfois la voie sur le plan fédéral. Après les grèves des passementiers, la loi sur les fabriques de 1869 imposa la journée de douze heures et interdit le travail des enfants. Une pétition de la Fédération ouvrière aboutit à l'ouverture en 1890 d'un office public de placement. La même année, la policlinique offrait des soins gratuits aux personnes à faibles revenus. Discutée depuis le milieu des années 1890, la loi sur l'assurance chômage (caisse cantonale et soutien public aux caisses syndicales) fut adoptée en 1909. L'assurance maladie est obligatoire dans certains cas depuis 1914 déjà; il existe une caisse cantonale. Enfin l'assurance vieillesse fut rendue obligatoire pour les salariés en 1932 (cette caisse cantonale n'accepte plus de nouveaux membres depuis 1967). De 1901 à 1919, une association privée entretint à B. un bureau international du travail, renommé auprès des spécialistes de la législation sociale. Dans la seconde moitié du XXe s., la politique sociale relève de plus en plus de la Confédération (AVS, AI, APG, loi sur le travail de 1964, assurance chômage, etc.); le canton n'est qu'une instance d'exécution, mais il s'efforce de combler les lacunes du système, par exemple en allouant des bourses et des aides diverses, en finançant l'assistance sociale et en gérant des foyers.

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5.8 - Instruction publique

L'école fut rendue obligatoire pour les enfants de 6 à 12 ans en 1838. Il existait alors pour les garçons une école primaire de trois ans, suivie soit de l'école réale soit du gymnase; pour les filles, il n'y avait rien après l'école primaire de quatre ans, sauf pour les familles aisées (école secondaire de jeunes filles). Les écoles privées, surtout catholiques, jouèrent un grand rôle jusqu'à ce que la loi de 1880 crée un système plus simple et gratuit: les élèves des deux sexes suivaient désormais obligatoirement l'école primaire et l'école moyenne inférieure, de quatre ans chacune, puis facultativement l'école moyenne supérieure, divisée en section générale et section gymnasiale. Les filles furent admises à l'examen de maturité dès 1906. Une école des arts et métiers fut créée en 1886. La loi de 1929 remplaça les deux sections de l'école moyenne par trois divisions, gymnase, école réale, école secondaire. La mixité s'est généralisée peu à peu dès 1958. La réforme de 1988, entrée en vigueur six ans plus tard, maintint les quatre ans d'école primaire, créa ensuite un cycle d'orientation de trois ans débouchant en huitième année soit sur le gymnase soit sur un cycle de perfectionnement.

Reprise par le canton en 1818 et solidement réorganisée, l'université n'aurait pu cependant survivre à la division du canton sans l'aide privée (Société académique, 1835). Elle tâta de nouveaux domaines avec l'université populaire en 1919 et l'université du troisième âge en 1976. Le demi-canton de B.-Campagne, qui profite largement de ses services, participe à son financement depuis 1976. Cette collaboration a conduit en 1995 à un accord qui accroît nettement l'autonomie de l'université face à l'administration cantonale.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

5.9 - Services techniques

Les anciens puits et fontaines ne satisfaisaient plus dans la seconde moitié du XIXe s., ni en quantité ni en qualité. En 1866 une société privée aménagea un aqueduc alimenté par les sources de Grellingen et Angenstein. En 1875, l'Etat en reprit l'exploitation, qui laissait à désirer. Pour couvrir des besoins croissants, il fallut recourir à des pompages dans les nappes des Langen Erlen en 1882 et à la Muttenzer Hard en 1952, enrichies dès les années 1960 d'eau du Rhin purifiée.

Une première loi sur les canalisations échoua en 1876, de telle sorte que des fosses à ciel ouvert et des égouts mal entretenus, à écoulement libre, restèrent encore longtemps en service. Vers 1895, la moitié des immeubles étaient raccordés aux égouts, qui se généralisaient dans les nouveaux quartiers. La loi de 1896 rendit le raccordement obligatoire et permit d'améliorer le réseau, qui se déversait directement dans le Rhin jusqu'à la tardive mise en service des stations d'épuration de Birse II (1977), Huningue (1981) et B. (1982). Un service d'évacuation des ordures fut inauguré en 1854 dans les quartiers intra-muros, par crainte du choléra, réglementé en 1891 et étendu à toute la ville avant la Deuxième Guerre mondiale. Une usine d'incinération fonctionne depuis 1943.

Le gaz remplaça l'huile pour l'éclairage de nombreuses rues en automne 1852; il était fourni par une usine concessionnée à la fin de 1851, après de longs marchandages, reprise par la ville en 1868 à l'expiration du contrat, exploitée jusqu'à l'arrivée du gaz naturel en 1971-1972.

La centrale thermique de la Voltastrasse (1899) permit de passer à l'éclairage public électrique dès 1900. Les grandes centrales sont en dehors du territoire cantonal: la première fut construite en 1912 à Augst, une autre en 1955 à Birsfelden en collaboration avec B.-Campagne; en outre le canton a des participations dans des sociétés hydroélectriques des Alpes. L'énergie atomique suscita dès la fin des années 1960 une opposition qui contribua à l'abandon du projet de centrale nucléaire de Kaiseraugst.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

6 - Société, économie et culture aux XIXe et XXe siècles

6.1 - Démographie et développement urbain

6.1.1 - Démographie

Entre 1833 et 1914, B. fit éclater ses murailles, se transforma en cité industrielle de taille moyenne et finit par devenir une ville-canton. Les communes rurales, soit Bettingen, Riehen et jusqu'en 1908 Petit-Huningue, abritaient 8,8% de la population en 1835, 2,7% seulement en 1910, puis atteignirent 10,7% en 1990 après une lente progression.

La forte croissance des années 1850, 1870 et 1890 est due pour deux tiers à l'immigration, dans laquelle les Suisses sont majoritaires jusqu'en 1899. Un nouvel essor marque le début des années 1930, puis la période 1945-1965 (taux de croissance annuelle maximum en 1957: 1,9%). La tendance générale s'inverse en 1969-1970: le solde des naissances devient négatif et la ville perd des habitants, jusqu'à 1,5% par an dans les années 1970. Cependant on constate un solde migratoire légèrement positif dès 1989 et un faible accroissement à partir de 1990.

La part des étrangers régressa entre 1914 et 1945, jusqu'à un minimum de 7,8%; elle doubla ensuite (41 362 personnes, soit 17,6%, en 1970), grâce surtout aux travailleurs italiens, dont beaucoup retournèrent cependant dans leur pays à la suite de la crise de 1974-1975. Recommençant à croître depuis 1982, elle a rejoint au début des années 1990 le taux des années 1830 et 1920.

Depuis la Première Guerre mondiale et plus encore dès 1960, on constate un vieillissement marqué de la population, qui provient, tout comme le recul général des années 1970 et 1980, de la dénatalité (pilule contraceptive dès 1965) et du départ de familles avec enfants vers les communes de banlieue. La taille moyenne des ménages est passée de 5 personnes en 1870 à 4 en 1920, 2,9 en 1950 et moins de 2 en 1990. La société urbaine compte de plus en plus de célibataires, veuves et veufs, de familles monoparentales, de concubins et de couples sans enfants.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

6.1.2 - Développement urbain

Jusqu'au début des années 1860, l'enceinte médiévale matérialisait la limite entre la ville et son ressort. Après la division du canton et surtout avec la vague d'industrialisation des années 1850, la ville commença à s'étendre à l'extérieur de ses murailles, dont la démolition fut décidée le 27 juin 1859 par une loi prévoyant aussi de combler les fossés et de créer de nouveaux quartiers. La loi du 29 août 1859 doubla la surface dévolue à la ville, établit le tracé des rues dans les nouveaux quartiers et dessina les grands axes et les voies d'accès aux gares.

Le nombre des immeubles d'habitation du canton (2526 en 1837) s'accrut de quelque 400 unités jusqu'à la démolition des murailles, mais il doubla presque de 1860 à 1880 et de nouveau de 1880 à 1900. Dans les années 1860, les nouvelles constructions se concentrent près des gares et des allées qui y conduisent. Les problèmes sociaux et sanitaires de la vieille ville de plus en plus surpeuplée (épidémies de choléra en 1855, de typhus en 1865) poussent les bourgeois aisés à s'installer dans leurs anciennes vignes du quartier Gellert. Les années 1870 voient naître à l'ouest (Steinenring) des quartiers destinés à la classe moyenne. Jusque vers 1890, la plupart des immigrants pauvres s'entassent dans la vieille ville, puis leur situation s'améliore lentement, les logements ouvriers dans la ville nouvelle se faisant plus nombreux (quartiers de Gundeldingen et de Saint-Matthieu).

Dans les premières décennies du XXe s., le domaine bâti atteignit en plusieurs points la frontière cantonale; il inclut presque tout le territoire de la ville à la faveur de la haute conjoncture des années 1950 et 1960, rejoignant les communes de banlieue, au sein d'une agglomération transfrontalière. Le nombre des immeubles d'habitation stagne depuis la fin des années 1950. Pour les bâtiments publics, industriels et commerciaux, le nombre annuel de permis de construire, qui était de 161 en 1900 et de 226 en 1925 (chiffre maximum), tomba à une moyenne de 23 en 1973-1989 et même de 12 en 1990-1995.

Parmi les parcs et jardins, il faut citer d'abord le zoo, ouvert en 1874 dans le vallon du Birsig, entre la gare et Saint-Paul, et agrandi en 1884, 1929 et 1939. Il ne montrait au début que des animaux indigènes (le premier éléphant arriva en 1886); il organisa de 1879 à 1935 des expositions "ethnographiques" avec des représentants de peuples exotiques ("Nègres", "Hommes-poissons", "Hottentots").

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

6.2 - Economie et transports

6.2.1 - L'économie au XIXe siècle

Des règlements corporatifs régissaient la production et la vente dans la plupart des métiers artisanaux jusqu'en 1871. Seule l'industrie y échappait. En fait, les artisans eux-mêmes contournaient les règles au moins depuis les années 1840, mais ils firent inscrire dans la Constitution, en 1847, un article interdisant d'introduire la liberté d'industrie. Dans les deux premiers tiers du XIXe s., l'économie était divisée en deux secteurs: d'une part l'industrie de la soie, en fabrique ou à domicile, orientée vers l'exportation; elle absorbait de gros capitaux et était liée aux activités financières. D'autre part l'artisanat réglementé, orienté vers le marché intérieur, mobilisant peu de capital et beaucoup de travail. Cette dichotomie anachronique figeait les structures économiques et retardait l'industrialisation. Elle se reflétait dans l'équilibre politique qui se maintenait entre deux groupes sociaux opposés: artisans sans grand horizon et fabricants-négociants de la grande bourgeoisie "patricienne" ouverte au monde.

L'industrie de la soie s'en tint longtemps au Verlagssystem. Les principales étapes vers la production en fabrique furent l'ouverture en 1824 de la première filature mécanique de schappe d'Europe continentale (J.S. Alioth & Cie), le raccordement en 1832 des métiers à tisser à une roue hydraulique (J.J. Richter-Linder) et en 1837 la première machine à vapeur dans une filature de schappe (Braun & Ryhiner). Dès 1840, les passementiers à domicile sont moins nombreux, en ville, que ceux qui travaillent en fabrique, estimés à 1500 environ en 1843; mais on compte au même moment une dizaine de milliers de passementiers à domicile à B.-Campagne. L'industrie des rubans et tissus de soie fournit un cinquième du revenu total de la ville en 1847 (estimation maximale). Devenue dans la seconde moitié du XIXe s. la plus grande ville industrielle de Suisse, B. comptait en 1870 environ 6600 ouvrières et ouvriers de fabrique, dont 78% dans la soie, 8% dans la métallurgie et l'industrie des machines, 6% dans les métiers du bois et de la construction, 2% dans la chimie.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

6.2.2 - L'économie au XXe siècle

La répartition par secteurs varie selon que l'on considère la population active domiciliée dans le canton ou les emplois. Cette différence est due au poids des migrations quotidiennes vers le canton-ville. Si 10 000 navetteurs environ travaillaient à B. avant la Deuxième Guerre mondiale, leur nombre s'accrut ensuite rapidement (64 192 en 1990, dont un tiers provenant de France et d'Allemagne), tandis que les économies de la Regio Basiliensis s'interpénétraient toujours plus.

Population résidante active
Total personnes activesFemmesSecteur primaireSecteur secondaireSecteur tertiaire
187027 62312 4274,5%52,4%43,1%
190050 13312 625a2,4%53,0%44,5%
192072 45524 285a1,4%47,9%50,7%
195097 30533 7131,0%45,5%53,5%
1970121 19047 2650,5%42,5%57,1%
1990103 97042 9170,5%28,7%70,9%

a Le chiffre ne comprend pas les femmes domestiques, dont on ignore le nombre exact, mais qui représentaient la majorité des 4748 domestiques dénombrés en 1900 (et 5735 en 1920).

Sources:Recensements fédéraux

Les statistiques, quoique longtemps lacunaires, montrent que les emplois ont moins fortement diminué dans le secteur secondaire que le nombre de Bâlois occupés dans ce secteur où les navetteurs sont nombreux. Dans le demi-canton, en 1991, le secteur primaire offrait 437 emplois à plein temps, le secondaire 49 554 et le tertiaire 82 697 (dont près de 30% dans des entreprises occupant 500 personnes et plus, 23% dans celles de 100 à 499 salariés), à quoi s'ajoutaient 41 062 emplois à temps partiel. La part du secteur secondaire restait plus forte à B. que dans toutes les autres grandes villes suisses. Les principaux domaines économiques (qui assurent ensemble deux emplois à plein temps sur trois en 1991) ont évolué comme suit:

Emplois dans quelques branches
190519291939195519651975198519911998
Chimie2 3725 5587 40614 69320 80227 48223 53524 29214 448
Textile8 2095 6002 5032 1601 408 628   88   76-a
Machines, horlogerie1 3303 4173 8816 7967 1804 3523 7583 5882 695
Construction7 69911 0116 89814 49019 05212 36212 29513 7289 404
Commerce7 30014 12213 35818 68422 07720 52818 43016 37312 114
Banques, assurances1 2093 4213 7274 6356 4999 09611 29712 5159 467
Transports (y compris PTT)6 1298 1788 22412 36713 24813 70213 20413 54212 540
Hôtellerie, restauration3 1224 1504 8265 7986 1956 4505 9935 8805 398

a cette branche n'est plus recensée séparément

Sources:Recensements féd. des entreprises

L'Industrie chimique, aujourd'hui dominante, a débuté en 1859 avec la fabrique d'aniline d'Alexandre Clavel. Après quelques décennies où nouvelles fondations, partages, fusions et changements de nom furent nombreux, un processus de concentration fit émerger les groupes multinationaux Ciba, Sandoz (qui fusionnèrent en 1996 en Novartis) et Roche. Modeste au XIXe s., la chimie a pris le pas au XXe sur toutes les autres branches, vers 1970 même sur le commerce, et créé une sorte de monoculture industrielle. La catastrophe de Schweizerhalle, en novembre 1986 (incendie d'une halle de Sandoz), qui obligea les Bâlois à se calfeutrer pendant plusieurs heures, puis les suppressions d'emplois des années 1990 ont ébranlé la confiance absolue dont jouissait jusque là l'industrie chimique.

L'industrie textile (passementerie surtout, mais aussi teinturerie et schappe), très sévèrement touchée dans les années 1930, a aujourd'hui presque entièrement disparu.

Le commerce, de gros et de détail (Coop), fut longtemps le premier pourvoyeur d'emplois (deux chez les détaillants pour un chez les grossistes). La Foire d'échantillons, mise sur pied pour la première fois en 1917 pour soutenir les produits suisses, a donné naissance à une entreprise qui organise de nombreuses expositions spécialisées.

Réservoir de capitaux dans la première moitié du XIXe s., B. tarda cependant à se profiler comme place financière moderne. La Banque commerciale de Bâle y fut fondée en 1862, la Société de banque suisse (SBS) en 1872, la Banque cantonale en 1899, la Banque des règlements internationaux (BRI) en 1930. La Bourse de B. opéra de 1876 à 1996. Parmi les assurances, la plus ancienne est la compagnie Bâloise Assurances (1861), active dans plusieurs secteurs dès l'origine.

Dans les transports (transports publics, PTT, aviation, navigation sur le Rhin, livreurs, transporteurs comme Danzas, Panalpina Welttransport), les emplois augmentèrent faiblement, sauf juste après 1945, le progrès technique absorbant l'accroissement des volumes.

Avec l'une des économies cantonales les plus performantes, B.-Ville occupa jusque dans les années 1970 le premier rang pour le revenu par tête, avant de régresser, derrière Zoug et temporairement derrière Zurich. Mais le canton est très sensible à la conjoncture et les crises des années 1920, 1930, 1970 et 1990 y ont causé un chômage supérieur à la moyenne nationale.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

6.2.3 - Transports

B. vit accoster un premier bateau à vapeur en 1832 et une ligne régulière B.-Mayence fut en service de 1840 à 1843; elle disparut devant la concurrence du rail. Le trafic des marchandises sur le Rhin, inauguré en 1904 (jusqu'à Schweizerhalle), ne s'interrompit que pendant les deux conflits mondiaux. On construisit la première étape du port Saint-Jean en 1906-1907, les bassins portuaires du Petit-Huningue en 1919-1922 et 1936-1939.

Le 15 juin 1844, le train arriva en Suisse pour la première fois (tronçon Saint-Louis-B. des Chemins de fer d'Alsace, dont la gare intra-muros fut inaugurée le 11 décembre 1845). En 1853 déjà, il existait des liaisons quotidiennes avec Paris et Francfort. La Compagnie du Central-Suisse mit en service le tronçon B.-Liestal le 19 décembre 1854 et, avec les Chemins de fer d'Alsace, la gare centrale en 1860 (refaite en 1907). La gare badoise, qui jouit d'un statut juridique spécial, ouvrit en 1855 (refaite en 1913). Les réseaux français, allemand et suisse sont reliés depuis 1873. La gare de triage de Wolf date de 1876, les gares marchandises sont de 1900 (Wolf), 1902 (Saint-Jean) et 1905 (gare badoise).

Des chemins de fer à voie étroite circulent dans les vallées du Birsig (1887) et de la Birse (1902 et 1907). Les transports publics de B. inaugurèrent leur premier tramway électrique (gare centrale-gare badoise par le centre ville) en 1895 et desservirent bientôt les banlieues: Saint-Louis (F) en 1900, Allschwil en 1905, Riehen en 1908, Huningue (F) en 1910, Lörrach (D) en 1919, Muttenz et Pratteln en 1922, Binningen en 1934.

On recensait 31 véhicules à moteur en 1905 et 5800 en 1938. Ce maximum d'avant-guerre ne sera dépassé qu'en 1947. L'effectif triple entre 1950 et 1960 (28 600) et atteint 65 770 en 1995. Avec 298,3 voitures privées pour 1000 habitants, B.-Ville se situe nettement au-dessous de la moyenne nationale (440).

Dix ponts et viaducs ont été construits depuis les années 1850, dont le viaduc des Chemins de fer d'Alsace sur le Birsig en 1857-1858 (aménagé en 1901-1903 pour le tramway) et six ponts sur le Rhin: pont ferroviaire pour relier les gares centrale et badoise en 1872-1873 (refait en 1959-1961), Wettsteinbrücke en 1877-1879 (refait en 1993-1995), Johanniterbrücke en 1879-1882 (refait en 1965-1967), Mittlere Brücke en 1903-1905 (remplaçant le pont de bois de 1225), Dreirosenbrücke en 1932-1934 et Sankt-Alban-Brücke en 1953-1955 (démoli en 1973 et remplacé par la Schwarzwaldbrücke). A la fin des années 1960 et dans les années 1970, une route de ceinture (City-Ring) fut aménagée pour le trafic automobile (viaduc de Heuwaage, 1969-1970). La tangente orientale, tronçon de l'autoroute Hambourg-Milan, date de 1970-1973 (Schwarzwaldbrücke); les travaux de la tangente nord, reliant les autoroutes allemande et française, débutent à la fin des années 1990 (Dreirosenbrücke).

Un premier avion atterrit à B. en 1911. La piste du Sternenfeld à Birsfelden, créée pendant la Première Guerre mondiale, se révéla bientôt insuffisante. Prévu dès 1935, l'aéroport binational de B.-Mulhouse (B.-Mulhouse-Fribourg dès 1987) fut aménagé en 1946 sur sol français (à Blotzheim), puis transformé pour le trafic international.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

6.3 - Société

6.3.1 - Les structures sociales et leur évolution

L'industrialisation ne resta pas sans effet sur la société urbaine. Dans le dernier tiers du XIXe s., parmi les personnes disposant de revenus, 25% vivaient de leurs rentes ou de leur propre entreprise, avec de grandes différences selon les branches: 40% dans le commerce, à cause du grand nombre de détaillants indépendants, 2% dans l'industrie de la soie. Vers la fin du XXe s. en revanche, on comptait moins de 10% d'indépendants et 5% de cadres supérieurs, les autres étant ouvriers, employés ou apprentis. En 1895, un petit quart des 25 000 contribuables déclaraient une fortune (dont un peu moins des deux tiers entre 5000 et 40 000 francs, un petit sixième entre 40 000 et 100 000, un autre petit sixième entre 100 000 et 1 million, et 138 personnes, soit 2%, 3,6 millions en moyenne). Un siècle plus tard, un gros quart des 131 000 contribuables avaient une fortune imposable (dont deux cinquièmes moins de 100 000 francs, la moitié entre 100 000 et 1 million, les autres plus d'un million, les 169 plus riches presque un quart du total).

Parmi les salariés toujours plus nombreux, il y a évidemment de grandes différences, de la femme de ménage au cadre moyen. Vers 1900, les statisticiens considéraient B. comme une ville de fabriques; de fait on y a trouvé jusqu'en 1980 proportionnellement plus d'ouvriers que dans la moyenne des grandes villes suisses (51% en 1888, 54% en 1900 et 41% en 1980). Les discussions avec le mouvement ouvrier y ont donc joué un rôle politique et social important jusqu'au milieu du XXe s.

La haute conjoncture de l'après-guerre et les résultats extraordinairement favorables de l'économie locale ont favorisé l'épanouissement de la vie culturelle. B. s'est libérée plus tôt que le reste de la Suisse alémanique du climat étouffant de la guerre froide; elle s'est montrée plus tolérante envers toutes sortes d'expérimentations et envers les valeurs nouvelles, ce qui explique que la révolte des jeunes et des étudiants, en 1968, y ait été moins violente. Elle s'est forgé alors une réputation de ville de culture, qu'elle a pu conserver dans les années 1990 malgré les restrictions budgétaires.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

6.3.2 - Le "gratin" bâlois

En raison de la division du canton, la classe dirigeante traditionnelle n'eut guère à subir la concurrence d'élites nouvelles - petites bourgeoises ou campagnardes. Elle finit par perdre le pouvoir politique dans le dernier quart du XIXe s., mais la vie économique, sociale et culturelle resta dominée jusque dans l'entre-deux-guerres par ceux que l'on surnommait le patriciat ou, en dialecte, le Daig (la "pâte"): quelques familles d'ancienne bourgeoisie, fortunées, actives dans l'industrie de la soie, le grand commerce ou la finance, se mariant entre elles par réflexe défensif. La crise de l'industrie de la soie, l'arrivée des sociétés anonymes, la diversification économique et culturelle firent perdre beaucoup de son influence à ce milieu, généralement exclu de la direction des grands groupes chimiques et bancaires.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

6.3.3 - Syndicats et grèves

Les premiers syndicats, apparus avant 1850 déjà, telle la société générale des passementiers de 1848, eurent généralement une existence éphémère. En 1868-1869, une vague de grèves apporta temporairement plus de 3000 membres à la Ire Internationale. La Fédération ouvrière, fondée en 1886, donna la première une stabilité au mouvement syndical, en appuyant, grâce à ses ressources humaines, financières et journalistiques, les associations professionnelles, souvent faibles. Les grèves se multiplièrent dès la seconde moitié des années 1890, pour atteindre une vingtaine de cas par an en 1905-1907, ainsi qu'après la Première Guerre mondiale, à une époque où les syndicats comptaient presque 20 000 membres. La grève générale de novembre 1918 se déroula sans incident; celle d'août 1919 fit cinq morts à la suite d'une intervention militaire disproportionnée. Une scission en deux cartels, extrémiste et modéré, affaiblit le mouvement syndical bâlois de 1927 au début des années 1940; mais il se reprit pendant la guerre, surtout grâce à la nouvelle association des ouvriers de la chimie, et atteignit 31 000 adhérents en 1946. La chimie fut la première grande industrie d'exportation où se conclut, au début de 1945, un contrat collectif de portée nationale. Les grèves se firent rares depuis lors, sauf en 1946-1947.

Dans la seconde moitié du XXe s., l'essentiel de l'activité syndicale se porta sur la négociation et l'application des contrats collectifs. Dans le canton, les syndicats disposèrent longtemps de bons relais politiques. Comme dans le reste de la Suisse, leurs effectifs (maximaux dans les années 1960) et leur influence politique diminuent depuis les années 1970.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

6.4 - Vie culturelle, vie religieuse

6.4.1 - Les associations

Vingt-cinq associations civiques furent fondées entre 1800 et 1832 et environ cent cinquante entre 1832 et 1860. Après la perte de leur rôle politique et économique, les corporations restèrent des lieux de rencontre de première importance, surtout pour la bourgeoisie. A côté de cela apparurent de nombreux groupements à but spécifique: partis, syndicats, associations professionnelles, caisses maladie, caisses de pensions et sociétés en tous genres, dont voici quelques exemples:- bienfaisance: Assistance volontaire aux indigents (1870), Société féminine (1901)
- religion: Société des missions évangéliques (1860), Société de Saint-Vincent (1865)
- économie: Société générale de consommation (1865), Union des métiers (1867), Société du commerce et de l'industrie (Chambre de commerce, 1876), Fédération ouvrière (1886)
- formation et culture: Société des beaux-arts (1839), Société de statistique et d'économie politique (1870), Société d'histoire et d'archéologie (1874)
- militaire: Société des artilleurs (1834)
- chant, musique, carnaval: Société de chant de B. (1824), Liedertafel (1852), Quodlibet (1858), clique carnavalesque des Vereinigte Kleinbasler (1884), Société des mandolines (1896)
- patriotisme et divertissement: Société argovienne (1858).
La vie associative se développa fortement au XXe s., dans les cadres existants ou dans des groupes nouveaux, comme la Ligue des femmes catholiques (1912), la clique carnavalesque Rätz, proche du mouvement ouvrier (1923), l'Orchestre de chambre (1926), l'Action de loisir (1942), la Communauté de travail pour la protection de la nature et de l'environnement (1970).

Dans le domaine des sports, la Société de gymnastique des bourgeois (1819), le tir en campagne (1868), l'Arbeiterturnverein (1862, aujourd'hui club de handball), le club du Rhin (aviron, 1883) remontent au XIXe s. Le XXe s. tend à leur préférer les clubs de football (FC B., 1893), d'athlétisme (BSC Old Boys, 1907), de hockey sur glace (EHC B., 1932), de natation (Neptun, 1919), de ski (1904), de tennis (Casino, 1886), de fitness (John Valentines, 1971).

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6.4.2 - Musées

Le cabinet d'art Amerbach est à l'origine des collections publiques qui trouvèrent place en 1849, avec la bibliothèque de l'université, dans le nouveau musée de l'Augustinergasse, puis dès 1936 dans le Musée des beaux-arts du Sankt-Alban-Graben. Celui-ci jouit d'une réputation internationale grâce à ses maîtres anciens (Konrad Witz, Hans Holbein le Jeune), aux tableaux expressionnistes et cubistes achetés dans les années 1930 en Allemagne ("art dégénéré"), aux œuvres de Picasso, des Américains (Bruce Nauman, Robert Rauschenberg, Andy Warhol), de Joseph Beuys et des artistes minimalistes acquises dans la période 1960-1990. Le musée annexe d'art contemporain fut ouvert en 1979.

La Société des beaux-arts de B. organise chaque année depuis 1840 une exposition d'hiver. Elle a ouvert en 1872 sur le boulevard du Steinenberg la Kunsthalle, dont le rayonnement porte au-delà de la région. Art, la foire internationale d'art contemporain la plus importante, a lieu chaque année depuis 1972 dans les locaux de la Foire de B.

Il faut citer aussi le Musée d'histoire naturelle (1822) et celui des civilisations, tous deux à l'Augustinergasse, le musée historique installé en 1894 dans l'église des cordeliers, le Musée d'art antique fondé en 1966 et agrandi en 1980 grâce la collection Ludwig (dans l'ancienne maison du prévôt), ainsi que la Fondation Beyeler à Riehen, ouverte au public en 1997.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

6.4.3 - Musique, théâtre, cinéma

La vie musicale s'incarnait au XIXe s. dans les sociétés populaires de musique et de chant, dans les fêtes et spectacles qu'elles organisaient. Aujourd'hui elle est le fait de nombreuses formations, depuis l'Orchestre symphonique de B. (1969) jusqu'aux ensembles de jazz, de rock et de pop. La Société générale de musique prit en 1876 la succession d'autres organisateurs de concerts symphoniques. La Société d'utilité publique créa l'école de musique en 1867, complétée en 1905 par le conservatoire. Avec la fondation de la Société d'orchestre de B. (1921), l'Etat s'engagea pour la première fois dans le domaine musical. Paul Sacher fonda en 1933 la Schola Cantorum Basiliensis pour la musique ancienne, qui forma en 1954, avec l'école de musique, l'académie de musique.

Moins apprécié que la musique dans une ville réputée pour sa dévotion, le théâtre disposa d'une salle dès 1834, celle du Blömlein, gérée par une coopérative et subventionnée par le canton dès 1866; on y voyait des programmes mêlés, avec des éléments de variété et de cirque. En 1875, il s'installa dans le bâtiment du Steinenberg (restauré après incendie en 1904, refait en 1975). Le théâtre de B. est devenu dans les années 1960 et 1970, avec ses trois départements (théâtre, ballet, opéra), le plus grand de Suisse en son genre et il a acquis sous la direction de Werner Düggelin une réputation internationale.

Les premières "photographies vivantes" furent présentées à B. le 31 juillet 1896. La première salle de cinéma ouvrit en 1907, le premier film parlant projeté en 1931. La plupart des salles datent de la fin des années 1920. "Le Bon Film" (1931) est considéré comme le premier ciné-club des pays germanophones.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

6.4.4 - Fêtes

Au XIXe s., les fêtes et les grands spectacles festifs (Festspiele) étaient des événements de première importance, exprimant les valeurs communes de la société, par exemple la fête fédérale de tir en 1844, les fêtes régulières de gymnastique et de chant, les fêtes commémoratives de la bataille de Saint-Jacques (chaque année dès 1860), de l'union avec le Petit-B. (1892), de l'entrée dans la Confédération (1901). Depuis la Deuxième Guerre mondiale, on préfère de plus en plus les fêtes populaires sans contenu politique.

Le Carnaval de B. a lieu les lundi, mardi et mercredi de la semaine suivant les Cendres. Encore indécises au XIXe s., ses formes actuelles se sont fixées au début du XXe s.: les participants actifs rassemblés en cliques (généralement masculines jusque dans les années 1980) grandes ou petites, voire en tout petits groupes (Schyssdräggziigli, "cortèges merdiques") costumés et masqués, parcourent les rues de la vieille ville en jouant du fifre ou du tambour, le lundi à 4 h du matin (Morgenstreich), l'après-midi des lundi et mercredi, le soir et la nuit des trois jours. Les Guggenmusik avec trombones et trompettes sont apparues dans les années 1940. Le soir, dans les établissements publics, des chansonniers récitent des poèmes qui font la satire de l'année écoulée (Schnitzelbänke). Le carnaval est depuis les années 1920 un facteur de cohésion sociale, par son mélange de règles strictes et de liberté anarchique.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

6.4.5 - Les médias

L'officieuse Bas(e)ler Zeitung d'Andreas Heusler (1831-1859) fut le premier quotidien politique de B. Le Tagblatt der Stadt Basel, représentant de la classe moyenne conservatrice, parut de 1838 à 1862. Les radicaux, partisans de Karl Brenner, fondèrent en 1842 la National-Zeitung (Schweizerischer Volksfreund de 1860 à 1888). L'Avis-Blatt (dès 1729) ne contenait que des annonces avant de devenir en 1845 la feuille conservatrice Intelligenzblatt der Stadt Basel qui prit en 1856 le titre de Basler Nachrichten. La Schweizer Grenzpost (1871-1891) fut d'abord juste-milieu, puis de gauche. Les catholiques fondèrent en 1873 le Basler Volksblatt (Nordschweiz en 1982, repris en 1992 par la Basellandschaftliche Zeitung). Edité dès 1886 par la Fédération ouvrière, le Basler Arbeiterfreund, rebaptisé (Basler) Vorwärts en 1893, devint lors de la scission de 1921 l'organe du PC, tandis que le PS fondait la Basler Arbeiter-Zeitung (Abendzeitung AZ dès 1963) qui parut jusqu'en 1992. Les deux tirages les plus importants, la National-Zeitung et les Basler Nachrichten, fusionnèrent en 1977 en Basler Zeitung, qui reste depuis 1992 l'unique quotidien de B.-Ville.

Radio-B., qui émettait depuis 1926, rejoignit en 1931 la Société suisse de radiodiffusion. Radio Basilisk, fondée en 1983, est restée l'unique station locale. Il n'y a pas de studio de télévision à B., bien que la ville eût lancé en 1952 les premiers essais en ce domaine en Suisse alémanique.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

6.4.6 - Vie religieuse

Beaucoup d'immigrants attirés par l'industrialisation étant catholiques, la part des protestants, largement majoritaires jusqu'au milieu du XIXe s., ne fut plus que de deux tiers entre 1880 et 1950. L'ensemble des autres religions et confessions ne représentaient au XIXe s. guère plus de 1%. Entre 1950 et 1970, la proportion des catholiques monta à 41%. Dans les vingt années suivantes, la sécularisation et les migrations bouleversèrent les données: la part des protestants tomba à un tiers, celle des catholiques à un quart, celle des sans confession passa à près de 35%, celle des autres religions et confessions à plus de 5%.

Le piétisme imprégna profondément la vie et la pensée de la haute bourgeoisie bâloise au XIXe s. et au début du XXe. La Mission de Bâle, fondée en 1815, et la société commerciale qu'elle créa (Basler Handelsgesellschaft), encore actives aujourd'hui, devinrent des institutions influentes dans les régions d'Afrique et d'Asie où elles s'implantèrent. Une opposition au courant piétiste se traduisit par la fondation en 1880-1884 d'associations paroissiales "libérales" et "positives".

Les catholiques ne furent admis à la bourgeoisie que depuis 1848. La paroisse catholique romaine refusa en 1876 l'égalité avec l'Eglise protestante, par crainte d'une surveillance étatique, et le statut d'Eglise catholique nationale fut accordé en 1878 aux catholiques-chrétiens, proches des radicaux. La lutte entre catholiques romains et forces politiques radicales (Kulturkampf) culmina avec la suppression de l'école catholique (1884) et la disposition constitutionnelle excluant les ecclésiastiques de l'enseignement (1889). Les catholiques romains ne formeront une corporation de droit public qu'en 1972. Ils ont édifié cinq nouvelles églises entre 1885 et 1935, ainsi qu'une grande œuvre de charité, l'hôpital Sainte-Claire (1928).

La communauté israélite fondée en 1805 resta petite jusqu'en 1849 à cause de conditions de séjour très restrictives. Les juifs n'obtinrent une pleine liberté d'établissement et l'égalité des droits qu'avec la révision de la Constitution fédérale de 1866. Ils inaugurèrent leur synagogue en 1868 et l'agrandirent en 1892. La communauté israélite de B.-Ville fut en 1972 la première en Suisse à bénéficier des mêmes droits que les Eglises chrétiennes. Le 29 août 1897, Theodor Herzl ouvrit au casino municipal le premier congrès sioniste, qui adopta le "programme de B.": le sionisme devait créer pour le peuple juif un foyer en Palestine garanti par le droit public. Neuf autres congrès sionistes eurent lieu à B. jusqu'à la fondation de l'Etat d'Israël en 1948. Des cérémonies et des manifestations scientifiques furent organisées en 1997 pour célébrer le centenaire du premier congrès.

Auteur(e): Bernard Degen, Philipp Sarasin / PM

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– StABS
– UBB
– HMB
– SWA
Sources imprimées
Kantonsblatt, 1798-
Sammlung der Gesetze und Beschlüsse, 8 vol., 1838-1981
Statistisches Jahrbuch Basel-Stadt, 1921-
Graphisches-Statistisches Handbuch des Kantons Basel-Stadt, 1938
Chronologische Gesetzessammlung, 1982-
Bibliographie

Auteur(e): Bernard Degen