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Appenzell (Rhodes-Extérieures)

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Partie du canton d'Appenzell, membre de la Confédération, scindé le 8 septembre 1597 en deux demi-cantons ( Appenzell (Rhodes-Intérieures)). En all. Appenzell Ausserrhoden (officiellement, dès 1835: Kanton Appenzell A.Rh., auparavant: Land Appenzell der äussern Rhoden; it. Appenzello Esterno; rom. Appenzell dador). L'allemand est la langue officielle. L'actuelle Constitution cantonale (1995), comme les précédentes, ne désigne aucun chef-lieu. Hérisau est le siège du Grand Conseil, du Conseil d'Etat et de l'administration centrale, Trogen abrite les tribunaux et le Département de justice et police. Il y eut une division en trois districts (Vorderland, Mittelland et Hinterland) de 1858 à 1995.

Superficie (1997)242,9 km² 
Forêt/surface boisée82,8 km²34,1%
Surface agricole136,3 km²56,1%
Surface bâtie20,4 km²8,4%
Surface improductive3,3 km²1,4%

Population et économie
Année 1850190019501990
Habitants 43 62155 28147 93852 229
En % de la population suisse1,8%1,7%1,0%0,8%
LangueAllemand 54 57946 70946 269
 Français  777 209 178
 Italien  559 7211 508
 Romanche    32   86   91
 Autres    34 2134 183
ConfessionProtestants42 74649 79739 74830 635
 Catholiques (y compris catholiques-chrétiens jusqu'en 1900) 8755 4187 79416 338
 Catholiques-chrétiens     92   47
 Israélites     0   31   44   19
 Autres et sans confession   29   35 2603 532
 dont sans confession   2 269
NationalitéSuisses43 16952 64345 81344 619
 Etrangers 4522 6382 1257 610
Année 1905193919651995
Personnes activesSecteur primaire6 3608 8492 8122 385a
 Secteur secondaire22 8468 3179 8578 448
 Secteur tertiaire4 05415 3396 38912 165
Année 1965197519851995
Part au revenu national0,7%0,7%0,6%0,6%

a Chiffres de 1996

Sources:OFS, OFA et Stat. hist.

1 - De la séparation à la République helvétique (1597-1798)

1.1 - L'Etat et l'administration

Après l'Acte de séparation du 8 septembre 1597, dressé grâce à une médiation confédérale, les six Rhodes extérieures d'A., soit Urnäsch, Hérisau, Hundwil, Teufen, Trogen et Gais, s'organisèrent en Etat indépendant, limité par la principauté abbatiale de Saint-Gall à l'ouest (Toggenbourg) et au nord, par le canton d'A. Rhodes-Intérieures au sud et par le bailliage commun du Rheintal à l'est. Les frontières héritées du XVe s. furent définitivement fixées avant 1666, sauf entre les deux A., qui discutèrent longtemps la situation juridique des deux couvents de femmes de Wonnenstein et de Grimmenstein, sis dans les Rhodes-Extérieures, celle des habitants d'Oberegg (AI) et Reute (AR) et celle des biens exemptés (propriétés d'étrangers ou de membres d'une minorité confessionnelle). Dans le Vorderland, le Mittelland et à Stechlenegg (Hundwil), les frontières se confondirent jusqu'en 1851 et 1870 avec les limites des domaines, ceux des protestants étant rattachés aux Rhodes-Extérieures, ceux des catholiques aux Rhodes-Intérieures. Néanmoins, malgré quelques exceptions, le demi-canton avait un territoire d'un seul tenant, sa population était confessionnellement et socialement homogène. Il trouva rapidement son identité politique et juridique.

Les procédures du Code de 1585 (Silbernes Landbuch) restèrent pour la plupart en vigueur. Un Code (Landbuch) des Rhodes-Extérieures fut rédigé vers 1600 et révisé en 1615, 1632 et 1747, mais la pratique restait attachée aux anciennes traditions. Plus du tiers des condamnations à mort prononcées entre 1598 et 1798 eurent pour motif la sorcellerie (22) ou la bestialité (50). Incontestablement, la Landsgemeinde était au cœur des institutions. Le système des Conseils apparut vers 1600, comme dans les Rhodes-Intérieures: double Landrat ou Nouveau et Ancien Conseils, Grand Conseil ou Conseil prié, Petit Conseil ou Conseil hebdomadaire, tribunal juré ou tribunal de rue (all. Gassengericht: pour les petits délits passibles d'amende). Le choix d'un chef-lieu se révéla difficile, car des rivalités opposaient les plus ambitieuses des rhodes, groupements communaux créés au bas Moyen Age, dont aucun ne pouvait revendiquer la préséance par sa taille ou son importance économique. Trogen, bien centré, se vit attribuer le 22 novembre 1597, outre le pilori et le gibet, le siège du Conseil, dans un bâtiment qui abritera la salle des séances, la chancellerie, les archives, le logement du sautier, une prison, une chambre d'instruction judiciaire et où se tiendront tous les procès criminels. Les fourches patibulaires et la maladrerie (hôpital jusqu'en 1795) se trouvaient à l'entrée du village. Trogen perdit une bonne partie de ses fonctions de chef-lieu lorsqu'il fut décidé de transférer le parlement et le gouvernement à Hérisau (1876).

Entre 1648 et 1749, on assiste à la division et à la transformation des rhodes en vingt communes, dites Kirchhören (paroisses), aux compétences étendues. A leur tête se trouve un conseil comptant, avec les "capitaines" ou présidents de la commune (un en charge et un ancien), de six à vingt-quatre membres, qui exercent des pouvoirs exécutifs, judiciaires et de tutelle et parmi lesquels se recrutent les conseillers cantonaux. Les nouvelles communes du Vorderland rompent en outre avec les paroisses-mères du Rheintal (à l'exception de Lutzenberg).

L'animosité régnant dans le demi-canton, depuis 1597, entre les rhodes en deçà de la Sitter (par rapport à Trogen, donc à l'est) et au-delà de la Sitter (à l'ouest), fit dédoubler le gouvernement de 1647 à 1858: à l'exception du chancelier et du sautier, les cinq autres magistratures (landamman, vice-landamman, trésorier, capitaine, enseigne) eurent deux titulaires, un en charge et un ancien, qui alternaient au pouvoir, et chaque partie du pays eut son Petit Conseil de dix à vingt membres.

Le double Landrat (87 à 100 membres), assemblée suprême, votait les lois. Le Grand Conseil (30 à 37 membres), dernière instance judiciaire et organe exécutif, expédiait les affaires courantes; il se composait au XVIIIe s. des dix magistrats, des deux maisonneurs, de l'hospitalier, des présidents de commune en charge, du chancelier et du sautier. Il siégeait plusieurs fois par an à Trogen et à Hérisau, une fois tous les deux ans à Hundwil. La reddition annuelle des comptes avait toujours lieu au domicile du landamman en charge. Organes essentiellement judiciaires, les Petits Conseils, composés de deux magistrats et de conseillers de commune, connaissaient les causes pénales et civiles simples. L'un (en deçà de la Sitter) siégeait à Trogen, l'autre (au-delà de la Sitter) à Hérisau, Hundwil ou Urnäsch.

Le fossé entre les deux parties du demi-canton s'approfondit après la décevante paix de Rorschach (1714) et lors de l'affaire dite Landhandel, qui vit dans les années 1730 le parti des Doux (Linde), favorables aux autorités et à la politique secrète, s'opposer au parti démocrate des Durs (Harte), finalement victorieux. En 1735, la lutte très vive provoqua la chute, voire le châtiment, de quelques personnalités et renforça la position des rhodes occidentales, mais ne changea rien au caractère ambigu du régime. Dans cette oligarchie mêlée de démocratie, les magistrats et conseillers, cantonaux et communaux, étaient élus par le peuple, mais ils gouvernaient de manière autoritaire. Les Conseils, dont l'effectif fut réduit au cours du XVIIe s., prenaient la plupart des décisions sans consulter les citoyens. La landsgemeinde disposait d'un droit d'initiative, mais si rigoureusement réglementé qu'elle n'en faisait guère usage. Les autorités cantonales et communales étaient imbriquées: les représentants des communes dominaient les Petits Conseils, leurs présidents formaient les deux tiers du Grand Conseil et avaient une place réservée à la landsgemeinde, tandis que les séances des Conseils de commune étaient dirigées par un magistrat cantonal. Il y avait un souci d'assurer une représentation équilibrée des différentes parties du pays, malgré la prépondérance de Trogen et Hérisau. Mais dans les communes, sous l'Ancien Régime, la vie politique était entre les mains de quelques familles, siégeant parfois au Conseil durant plusieurs générations.

Les tâches de l'Etat n'étaient pas nombreuses, son budget était donc modeste et ses comptes généralement bénéficiaires. Sa fortune, multipliée par onze depuis 1603, atteignait en 1687 le montant de 137 495 florins Il ne percevait ni impôts ni droits de douane, ses revenus provenaient des amendes, pensions, intérêts de la fortune et droits de détraction. Disposant de ressources et de capitaux, les communes supportaient les coûts de l'école, de l'Eglise et de l'assistance, tandis que l'Etat se chargeait des dépenses militaires, de l'entretien des ponts et des frais de la maladrerie. Dans le compte cantonal d'exploitation, les multiples dédommagements dus aux magistrats et les frais administratifs représentaient environ la moitié des dépenses totales.

Les affaires militaires relevaient de l'Etat, mais les communes et même les particuliers y prenaient une part notable. En cas de danger, l'autorité formait un conseil de guerre, édictait une ordonnance militaire, organisait des gardes et des inspections, désignait les commandants des compagnies d'élite et dès 1656 nommait deux majors cantonaux. Outre les compagnies ordinaires d'élite et de réserve, il existait au XVIIIe s. plusieurs corps francs privés.

Dans la Confédération, les Rhodes-Extérieures étaient étroitement liées aux cantons protestants, à Zurich en particulier. Elles furent six fois en charge du bailliage commun du Rheintal entre 1597 et 1798. Canton périphérique, neutralisé, de faible importance stratégique, A. n'avait guère d'influence sur la politique fédérale. A la Diète, où sa voix ne comptait qu'en cas, fort rare, d'accord entre les deux demi-cantons, des délégués des Rhodes-Extérieures s'affirmèrent parfois comme médiateurs. Les problèmes surgis avec les voisins, Rhodes-Intérieures, ville ou abbé de Saint-Gall, furent réglés le plus souvent pacifiquement et sans intervention extérieure. Le service étranger, longtemps exclusivement accompli en France, fut autorisé dès 1690 dans d'autres Etats (Hollande, Prusse, Autriche, Angleterre, Sardaigne).

Auteur(e): Peter Witschi / PM

1.2 - Population, économie et société

A. Rhodes-Extérieures était vers 1800 le plus densément peuplé des cantons suisses. Après avoir connu au XVIe s., malgré plusieurs épidémies de peste, une croissance démographique au cours de laquelle les communes de l'ouest (au-delà de la Sitter) prirent le pas sur celles de l'est (en deçà de la Sitter), il passa de 19 000 habitants en 1597 à 39 000 en 1794. La peste frappa encore entre 1611 et 1635; un taux de natalité élevé combla les pertes avant 1660. De 1667 à 1734, le taux de croissance annuel moyen atteignit le chiffre extraordinaire de 8,3 pour mille; il tomba à 2,2 pour mille de 1734 à 1794, avec de mauvaises années vers 1740 et une disette en 1771. Cette évolution est due pour l'essentiel à la protoindustrialisation: essor de la toile avant 1734, puis du coton; elle présente une accélération de la croissance plus précoce que dans la plupart des autres régions suisses. Elle s'accompagne dès 1700 d'une mobilité intérieure accrue, de telle sorte que certaines communes, vers 1800 déjà, comptaient 30% d'"habitants" (non-bourgeois). En revanche les immigrants d'autres cantons étaient rares: l'achat de terres leur était interdit et celui de la bourgeoisie très coûteux. Seuls les temps de crise connurent des vagues d'émigration, qui à part l'expédition américaine de 1736, se dirigèrent vers les pays germanophones, de l'Alsace à la Prusse.

Sous l'Ancien Régime, l'économie des Rhodes-Extérieures s'inscrivait dans un système de division du travail propre à la région du lac de Constance. La disparition des liens de dépendance féodaux, due à l'abolition des charges foncières et personnelles au XVIe s., l'absence de douanes intérieures, d'impôts, de limite au droit d'établissement (pour autant qu'on fût originaire du canton) et de réglementation stricte sur l'artisanat et l'agriculture se révélèrent hautement favorables à une industrialisation précoce. A cela s'ajouta la proximité de Saint-Gall. Les marchands de cette ville avaient pu contrôler entièrement, depuis le XVIe s., la branche dominante qu'était l'industrie de la toile, mais les campagnards appenzellois se mirent à les concurrencer vers 1670 en augmentant la production, en ouvrant de nouvelles foires et en gagnant leur autonomie. Le coton permit vers 1740 une nouvelle phase d'expansion générale, qui développa le travail à domicile dans le canton et dans les régions voisines, favorisa l'intégration au marché européen et entraîna l'introduction de nouvelles branches, comme la broderie et l'indiennerie. Jusqu'à l'apparition de la filature mécanique à l'anglaise vers 1790, presque toute la production textile locale se faisait à la main et à domicile. A mesure que le textile progressait, le service étranger reculait. Dans le secteur agricole, la conversion des dernières cultures céréalières en prairies et champs de lin rendit le canton très dépendant des importations de grains souabes. Le Vorderland pratiquait surtout l'économie de subsistance, outre la viticulture au Kurzenberg. Dans le Hinterland dominèrent très tôt l'élevage et un partage particulier des tâches entre cultivateurs et vachers; un tiers des paysans était en mesure de produire pour le marché (engraissement de veaux achetés au Vorarlberg et vente de bêtes de boucherie et de produits laitiers à Saint-Gall notamment). Le canton produisait en outre du salpêtre, du bois de construction, de la potasse et du charbon de bois. Les artisans, tels les charpentiers connus pour leur habileté, se concentraient dans les villages, prospères au XVIIIe s. Hérisau, qui se développa dès 1680, comptait sept corporations et de nombreux métiers non réglés. On autorisa des marchés nouveaux ou plus longs, pour les toiles (Trogen en 1667, Hérisau en 1706, Speicher en 1750), les grains ou les fils. De nouvelles foires hebdomadaires et annuelles apparurent à Heiden en 1685 et à Teufen en 1728. En outre, Urnäsch, Trogen, Hundwil (dès 1726), Wolfhalden/Tobel (dès 1727), Gais (dès 1754), Bühler (dès 1777) et Schwellbrunn (dès 1793) avaient des foires annuelles.

Les dirigeants qui apparurent dans l'économie, au gré de son évolution, se succédèrent aussi à la tête des affaires politiques. Jusqu'en 1650, le pouvoir appartint à quelques personnages de Hérisau, Gais, Urnäsch et Trogen, maîtres du service étranger; à la fin du XVIIe s., il passa au groupe des marchands de toile. L'industrie du coton donna une chance à des hommes nouveaux, commissionnaires, fabricants, apprêteurs et marchands, et favorisa la formation d'une élite venue de tous les horizons familiaux et géographiques. A la veille de la révolution helvétique, des marchands et fabricants rompus aux usages du monde, riches, vivant dans de belles demeures, quelques gros paysans, commerçants, maîtres artisans, meuniers, médecins et aubergistes formaient une classe supérieure élargie. La classe moyenne se composait de petits fabricants, d'artisans indépendants, de professionnels des arts appliqués et de la santé, de pasteurs, d'agriculteurs propriétaires de leur domaine (Hämet) et des vachers disposant des troupeaux les plus nombreux. Les membres des classes inférieures travaillaient presque tous pour le textile; au sommet se distinguaient quelques paysans et ouvriers (surtout des tisserands) petits propriétaires; puis venait le groupe majoritaire des tisserands ne possédant que leur maisonnette, suivi des travailleurs à domicile, locataires et sans autre revenu que leur salaire, puis d'un grand nombre de domestiques, enfin des ouvriers de fabriques et entreprises de finissage.

Auteur(e): Peter Witschi / PM

1.3 - Eglise et vie culturelle

L'Eglise et l'Etat étaient étroitement liés, à tous les niveaux, dans un demi-canton né de conflits confessionnels et qui expulsa la minorité catholique, après s'être proclamé en 1599, à la suite de l'affaire Tanner, autonome et protestant, statut qu'il défendit opiniâtrement jusqu'au XIXe s. De même que l'on demandait conseil et protection à Zurich sur le plan politique, on suivit en matière religieuse les positions de la cité de Zwingli, qui fournit même quelques prédicants jusque vers 1700. Au XVIIIe s., les pasteurs indigènes s'affirmèrent (parfois de père en fils). Elus par les communes, mal payés pour la plupart, ils devaient se procurer un revenu accessoire dans l'enseignement, le petit commerce, le travail à domicile ou le journalisme. Certains s'illustrèrent en rédigeant les premières études scientifiques ou historiques sur le canton: Bartholomäus Anhorn le Vieux, Bartholomäus Bischofberger ou Gabriel Walser. Il y eut deux institutions ecclésiastiques parallèles: le synode saint-gallois, fondé en 1544, auquel les pasteurs appenzellois se rattachèrent jusqu'en 1757, et le synode appenzellois, constitué en 1602 et plus tard soumis au contrôle de l'Etat. La lecture en chaire des "mandats", prescriptions relatives à la discipline ecclésiastique émanant en général du double Landrat, est le meilleur témoignage de l'influence des autorités civiles dans l'Eglise. Un consistoire cantonal fut établi vers 1600 et se maintint, de même que les consistoires locaux, jusqu'en 1875. La version de ses statuts établie en 1655 resta en vigueur jusqu'en 1816. Les dispositions de caractère religieux du Code cantonal (Landbuch) furent complétées en 1689, après de longs débats, par une ordonnance ecclésiastique, qui reconnaissait aux communes, selon le vieux principe de l'autonomie paroissiale, le droit de conserver leurs usages religieux traditionnels.

Après les dissidences anabaptistes du XVIe s., les réticences individualistes envers l'orthodoxie se manifestèrent dans le courant piétiste auquel certains pasteurs participèrent et dans la survie de coutumes réprouvées car tenues pour païennes ou catholiques: masques de la Saint-Sylvestre (Silvesterklausen), carnavals, kermesses (Kilbi), fêtes sur l'alpe (Alpstubeten). Plusieurs sectes et mouvements séparatistes rencontrèrent un certain succès au XVIIIe s.

Au XVIIe s., les programmes scolaires limités aux matières religieuses, le catéchisme et le service divin étaient la principale nourriture intellectuelle du peuple, sa seule culture. Dès 1750, la vie publique s'anima, grâce à la nouvelle bourgeoisie campagnarde entraînée par le mouvement des Lumières et par l'exemple des "patriotes" des sociétés économiques. D'une part on entreprit d'améliorer les routes, les écoles, l'armée, l'assistance publique (en 1798, cinq des vingt communes disposaient d'un asile ou d'un orphelinat), d'autre part on prit des initiatives dans le domaine culturel, en fondant des cercles littéraires (bibliothèque de la Société de lecture à Hérisau), des sociétés de chant (Monatsgesang à Trogen en 1766) et de musique (à Hérisau vers 1776) ou en publiant l'Appenzeller Kalender. L'aspect des villages changea dans la seconde moitié du XVIIIe s.: demeures en pierre à Trogen et Hérisau, maisons de fabricants à toit en croupe ou à fronton arqué, églises agrandies. Les touristes contribuèrent dès 1750 à l'animation générale, attirés par le pays idéal des libres bergers, Arcadie alpestre découverte par des écrivains et voyageurs comme Salomon Gessner, Johann Michael Afsprung ou Johann Gottfried Ebel.

Auteur(e): Peter Witschi / PM

2 - XIXe et XXe siècles

2.1 - Etat et communes

Sous la République helvétique, les Rhodes-Extérieures firent partie du canton du Säntis entre 1798 et 1803, période troublée marquée par les interventions étrangères. En 1797 déjà, des discussions internes avaient fait adopter le principe d'une révision constitutionnelle. Les principaux défenseurs des idées nouvelles étaient Hans Konrad Bondt, indienneur, esprit révolutionnaire, et Johann Ulrich Wetter, fabricant de coton de Hérisau. La division traditionnelle du pays se manifesta une fois de plus lorsque, en avril 1798, la landsgemeinde d'au-delà de la Sitter (ouest) accepta la Constitution helvétique tandis que celle d'en deçà de la Sitter (est) la refusait. En mai, les autorités conservatrices se démirent précipitamment. Les communes se donnèrent de nouveaux dirigeants. Des districts furent établis à Hérisau (Hinterland), Teufen (Mittelland) et Wald (Vorderland). Au début, six des quatorze délégués du Säntis au Grand Conseil et au Sénat helvétiques venaient du Hinterland révolutionnaire. Le climat politique et les conditions de vie souffrirent bientôt des charges militaires (1799-1802), et les partisans de l'ordre ancien reprirent le pouvoir en août 1802.

Malgré ses tendances restauratrices, le règne du landamman Jacob Zellweger (1802-1818) laissa souffler un vent de réforme inattendu. Certes le canton, rétabli dans ses frontières par l'acte de Médiation de 1803, avait retrouvé un régime autoritaire, mais il réorganisa entre 1805 et 1810 les écoles, l'armée, les transports, les monnaies et la santé publique; la "quasi-constitution" de juin 1814 ne fut pas soumise au peuple, mais entra en vigueur dans le cadre du Pacte fédéral et resta valable jusqu'en 1834. Elle reflétait le statu quo en désignant Trogen et Hérisau comme chefs-lieux, en ignorant entièrement le droit d'initiative et en accentuant l'autonomie communale.

Les sociétés de lecture et d'utilité publique, ainsi que les organes de presse fondés vers 1820 lancèrent le mouvement de la Régénération. La publication des comptes de l'Etat (la première fois en 1827) et du Landbuch en 1828, précéda la Constitution de 1834, mais ce sont les révisions de 1858, 1876 et 1908 qui introduisirent peu à peu de nouveaux droits fondamentaux, la séparation des pouvoirs et une distance entre l'Eglise et l'Etat.

L'époque de la Régénération éveilla l'intérêt de larges milieux pour les affaires fédérales: la presse et la population soutinrent les Bâlois de la campagne lors des troubles de la séparation (1831-1833), le landamman Jakob Nagel fut médiateur fédéral à Schwytz en 1833 pendant les luttes constitutionnelles et des troupes des Rhodes-Extérieures combattirent dans l'armée fédérale lors de la guerre du Sonderbund (1847). La landsgemeinde approuva la Constitution fédérale de 1848. Des Appenzellois s'engagèrent dans la politique nationale (Johann Ulrich Schiess, par exemple, devint chancelier de la Confédération ).

L'organisation formelle de la landsgemeinde et son rôle de corps législatif et électoral varièrent peu après 1814, mais sa composition s'élargit à l'ensemble des citoyens suisses de sexe masculin en 1849 et aux femmes en 1990. Elle fut supprimée le 28 septembre 1997, quatre cents ans après la fondation du canton, par un vote au suffrage secret, après plusieurs décisions préparatoires. Pour leur part, les conseils et l'administration ont subi beaucoup de modifications: la Constitution de 1858 supprima le double gouvernement (dédoublement des magistratures en raison de la division du pays de part et d'autre de la Sitter); elle remplaça les Conseils (double Landrat, Grand Conseil) par une Commission d'Etat, organe exécutif de sept membres élus par la landsgemeinde; elle créa une cour suprême (Obergericht, coiffant les deux Petits Conseils), élue par la landsgemeinde, siégeant à Trogen, ce qui réalisait enfin la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire; elle établit un nouveau Grand Conseil, organe législatif aux compétences clairement définies, où siégeait, outre les membres de la Commission d'Etat, un représentant pour 1000 habitants.

Héritée du double gouvernement, une double chancellerie se maintint jusqu'en 1877. L'une à Trogen (Landeskanzlei), dirigée par le chancelier comme greffier de la landsgemeinde et des Conseils, est l'ancêtre de l'actuelle administration de la Justice et de la Police, l'autre à Hérisau (Kantonskanzlei), plus récente, dirigée par le secrétaire du Conseil, est devenue dès 1813, par étapes, l'administration centrale. Désigné par la Constitution de 1876 comme siège ordinaire du gouvernement et du Grand Conseil, Hérisau devint chef-lieu de fait, Trogen restant définitivement siège de la cour suprême. La révision de 1876 modifia l'organisation judiciaire: suppression des consistoires, remplacement des Petits Conseils par trois tribunaux de district. Les compétences de la landsgemeinde furent amoindries par la suppression du droit de proposition et par l'introduction du bulletin de vote, donc du scrutin secret, pour les élections au Conseil des Etats. Depuis la révision de 1908, l'exécutif, rebaptisé Regierungsrat (Conseil d'Etat), est organisé en départements et ses membres ne peuvent plus siéger au parlement, ce qui parachève la séparation des pouvoirs.

Selon la Constitution de 1995, la landsgemeinde incarnait le souverain cantonal; elle élisait le Conseil d'Etat, le landamman et les juges de la cour suprême, ainsi que, désormais, le représentant du demi-canton au Conseil des Etats et les juges du tribunal administratif créé en 1993. Depuis sa suppression en 1997, ces élections se font par bulletin secret. Le droit d'initiative requiert au moins 300 signatures; celui de "discussion" (Volksdiskussion), particulier aux Rhodes-Extérieures, permet à tout citoyen de proposer par écrit des modifications à un texte après sa première lecture devant la landsgemeinde (devant le Grand Conseil dès 1998).

Le pouvoir législatif appartient au Grand Conseil (Kantonsrat), dont les 65 députés sont élus pour la plupart à la majorité absolue; chaque commune forme un cercle électoral et a droit à un siège au moins. Le parlement supervise l'administration cantonale, vote le budget et les impôts, édicte des arrêtés, élit entre autres les juges du tribunal cantonal et du tribunal des mineurs et jusqu'en 1997 adoptait les projets à soumettre à la landsgemeinde. Sept conseillers, à plein temps, forment l'exécutif, présidé par le landamman; ils sont à la tête d'une administration divisée depuis 1995 en douze directions et comptant à cette date 382 postes complets (sans le personnel hospitalier). Le tribunal cantonal (Kantonsgericht) exerce en première instance (depuis 1974) le pouvoir judiciaire, civil et pénal, et la cour suprême (Obergericht) en deuxième instance.

La tradition d'autonomie communale se reflète dans les compétences très étendues des collectivités locales dans les domaines de l'assistance, de l'Eglise, de l'école, des travaux publics, de la tutelle et du registre foncier. Les assemblées communales, réservées jusqu'en 1834 aux seuls bourgeois du lieu, ont fait place peu à peu, dès 1908, aux élections et votations par bulletin secret. Le Conseil communal (Gemeinderat, exécutif) fonctionnait comme première instance judiciaire, jusqu'à l'établissement (facultatif) de tribunaux communaux (1859-1974); dès 1908, il gère la commune bourgeoise, à laquelle incombent traditionnellement (comme aux corporations) certaines tâches publiques dans le domaine de l'assistance sociale et de l'infrastructure (eau, énergie, routes, etc.). Les revenus du canton et des communes provenaient avant 1803 des amendes, des rentes féodales, des pensions, des legs et des intérêts du capital; un impôt sur la fortune fut levé ensuite, d'abord à titre exceptionnel. La déclaration fiscale et l'impôt sur le revenu ne sont entrés dans la loi qu'en 1946. Une législation moderne fit tout aussi longtemps défaut aux écoles, à la police et à la santé publique. Depuis 1970, le canton a déchargé les communes d'une série de lourdes tâches: la police en 1971, les écoles en 1981, l'aménagement du territoire et la police des constructions en 1985/1986, les hôpitaux de Hérisau et Heiden en 1993. Il a unifié les règles dans des domaines importants des relations entre l'Etat et les citoyens: loi sur la procédure administrative en 1985, loi sur les droits politiques en 1988, introduction du Tribunal administratif en 1993, loi sur l'information en 1996.

Dans le domaine de la santé publique, où la première loi générale ne date que de 1965, les Rhodes-Extérieures, qui autorisent la libre pratique de la médecine, sont un cas particulier en Suisse. Bien que les médecins de formation universitaire aient leur société depuis 1827 et que certains d'entre eux aient joué un grand rôle politique au XIXe s., la population n'admit jamais les ordonnances officielles tendant à limiter la liberté professionnelle et adopta en 1871 la loi sur la libre prescription. L'augmentation du nombre des médecins diplômés, la fondation d'hôpitaux de district à Heiden (1874), Trogen (1876) et Hérisau (1879), et d'une clinique psychiatrique cantonale (1908) n'empêcha pas la floraison des naturopathes (195 guérisseurs en 1985). La santé occupait en 1991, avec 2062 emplois, le deuxième rang dans le secteur des services. La collaboration intercantonale a commencé dès 1900 dans les domaines sanitaire et scolaire. Récemment, la coopération avec les Rhodes-Intérieures et la politique régionale dans l'espace Suisse orientale/lac de Constance sont devenues plus actives.

Le canton fut extrêmement hésitant, comme le montrent l'histoire de sa législation et l'analyse des scrutins fédéraux, à l'égard de l'Etat-providence. Les réticences libérales envers l'extension des activités de l'Etat et l'attachement à l'autonomie communale dominèrent jusqu'en 1960. Le suffrage féminin ne fut introduit qu'en 1972 sur le plan communal et en 1989 sur le plan cantonal, notamment par crainte que la landsgemeinde n'en fasse les frais.

Auteur(e): Peter Witschi / PM

2.2 - Vie politique

Les sociétés de lecture (celle du Soleil à Speicher remonte à 1820, d'autres fondations suivirent jusqu'au XXe s.) ont joué un grand rôle dans la vie politique très décentralisée des Rhodes-Extérieures. Une association faîtière, l'Union populaire (Volksverein), attachée aux intérêts des artisans et paysans, apparut lors de la campagne sur la Constitution fédérale de 1874. Devant la progression des socialistes, elle adhéra en 1895, avec des réserves, au Parti radical suisse. De tentatives syndicalistes sortit en 1891 la fédération ouvrière appenzelloise qui adhéra au Parti socialiste suisse en 1902. Le Parti démocrate fondé en 1906 et le Parti conservateur populaire fondé en 1933 restèrent confinés à Hérisau, au contraire, du moins dans les années 1930, du Freiwirtschaftliche Bewegung (mouvement pour l'économie libérale) dont le chef, HansKonrad Sonderegger, fut élu conseiller aux Etats en 1934. Depuis 1990, plusieurs communes ont une section de l'Union démocratique du centre, qui a même ravi en 1995 l'un des deux mandats au Conseil national et en 1998 un siège au Conseil d'Etat. Néanmoins, les radicaux dominent depuis 1900: tous les conseillers aux Etats sauf un, l'un au moins des deux conseillers nationaux (portés à trois entre 1881 et 1931), six des sept conseillers d'Etat de 1913 à 1998 (puis cinq) et la majorité des députés au Grand Conseil furent ou sont radicaux ou apparentés. En revanche, les socialistes, parti traditionnel d'opposition, dont l'organe fut de 1906 à 1930 l'Appenzeller Volkswacht, ont reculé. Ils ont perdu en 1983 leur siège au Conseil national, conquis en 1908 par le "pasteur des tisserands", Howard Eugster, et stagnent sur le plan cantonal; mais leur siège au Conseil d'Etat, acquis en 1913, n'a pas été contesté.

La presse cantonale connut une floraison à l'époque de la Régénération, sous forme de nombreuses petites feuilles éphémères, dont se distingue l'Appenzeller Zeitung, fondée en 1828, répandue aussi hors du canton jusque vers 1950.

Principaux titres et dates de parution:- Appenzeller Kalender (dès 1722)
- Appenzeller Zeitung (dès 1828)
- Amtsblatt des Kantons A. Ausserrhoden (dès 1834)
- Appenzeller Sonntagsblatt (1862-1971)
- Säntis (1865-1969)
- Appenzeller Anzeiger (1873-1969)
- Appenzeller Landes-Zeitung (1878-1973)
- Anzeigeblatt (dès 1901)
- Appenzeller Tagblatt (1969-1998).

Auteur(e): Peter Witschi / PM

2.3 - Population, habitat, transports, énergie

Les Rhodes-Extérieures comptaient 39 789 habitants en 1836, à peu près autant qu'en 1794. Dans l'intervalle avaient eu lieu les troubles de l'Helvétique, la crise économique de 1810-1812, la grave disette de 1816-1817 et la cherté de 1830-1831. Entre 1840 et 1940, l'histoire démographique dépend étroitement de la conjoncture dans l'industrie textile: durant les périodes prospères, les taux de nuptialité et de natalité augmentent, de même que l'immigration. En temps de crise, on observe une baisse des naissances et un mouvement d'émigration, qui jusque vers 1850 se dirige principalement vers l'Alsace et ses usines textiles. La Russie attirait beaucoup en 1817 et en 1834, et l'Amérique dès 1846.

Structure de l'emploi
Année19301950197019801990
 D.a%D.%D.%D.%L.b%D.%L.%
Personnes actives23 406 21 339 22 765 21 914 18 893 21 406 25 856 
Secteur primaire3 99917%3 67617%2 74012%2 14910%2 14512%1 8079%1 8127%
Secteur secondaire13 19256%10 86251%11 61851%9 63844%8 55845%8 40640%9 33336%
Secteur tertiaire6 21527%6 74532%8 36037%9 91746%8 11943%10 94451%13 93254%

a D.: Domicile aux Rhodes-Extérieures

b L.: Lieu de travail Rhodes-Extérieures

Sources:OFS

La population augmenta dans toutes les régions jusqu'en 1860. Entre 1865 et 1885, elle se mit à baisser dans six des vingt communes, notamment à Trogen, ancien chef-lieu, tandis qu'elle s'accrut dans le Vorderland et dans le site industriel de Hérisau. Pour l'ensemble du canton, elle atteignit son point culminant en 1910. Le taux d'accroissement annuel moyen est légèrement inférieur à la moyenne suisse: 2,9 pour mille de 1805 à 1850, 6,3 pour mille de 1850 à 1888, 3,2 pour mille de 1888 à 1910. Les années 1920-1941 furent une phase de déclin: des milliers de jeunes gens émigrèrent en Suisse ou à l'étranger, chassés par la crise. De 1887 à 1938, 3570 personnes quittèrent le demi-canton pour vivre outre-mer. En Europe, la France et l'Allemagne restaient les destinations principales; de jeunes Appenzellois, garçons et filles, y trouvèrent un revenu dans l'agriculture, jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale. De 1939 à 1948, 1500 Appenzellois regagnèrent la Suisse, mais l'émigration intérieure vers le Plateau se poursuivit. En 1941, 40% seulement des ressortissants des Rhodes-Extérieures y étaient domiciliés. Entre 1941 et 1980, le taux de croissance annuel moyen, 1,6 pour mille, ne dépassa, en Suisse orientale, que ceux d'A. Rhodes-Intérieures et Glaris. L'intégration croissante à la région économique Saint-Gall-Rorschach fit augmenter les navetteurs travaillant dans le canton voisin (1876 personnes en 1950, 4761 en 1980). La part de la population étrangère passa de 4,4% en 1950 à 14,7% en 1970, ce qui, joint à l'immigration intérieure, modifia le rapport entre confessions.

Un vieil article du Landbuch stipulant que chacun est libre de bâtir comme il l'entend sur sa parcelle est resté en vigueur presque partout jusqu'en plein XXe s., limité seulement par la législation sur les routes, les assurances et la police du feu. L'activité dans la construction, faible après 1800 dans les zones d'habitat dispersé, mais forte dans les villages et hameaux entre 1860 et 1915 et très dynamique dans les communes proches de Saint-Gall dès 1960, porta le nombre des bâtiments d'habitation de 6102 en 1836 à 7828 en 1880, 9406 en 1920, 9976 en 1960, 12 511 en 1980.

Sous l'Ancien Régime, les quelques tronçons classés comme routes cantonales ne convenaient qu'aux piétons, bêtes de somme, carrioles et traîneaux; leur entretien incombait aux riverains, seuls les ponts et leurs accès étant à la charge de l'Etat. Ils firent place entre 1800 et 1870 à des voies carrossables en tout temps. Financées par des capitaux privés et des péages, les liaisons vers Saint-Gall, le Rheintal et le Toggenbourg eurent la priorité de 1800 à 1850. L'axe transversal résulte d'une loi de 1851. La régie fédérale des postes exploita dès 1850-1875 un réseau de voitures très dense, dont les six stations principales furent équipées du télégraphe en 1867 déjà. Entre 1870 et 1914, chacun des trois districts fut doté d'une voie ferrée le reliant à la ville de Saint-Gall ou au réseau des CFF (Rorschach-Heiden, Trogenerbahn, Rheineck-Walzenhausen, Chemins de fer appenzellois). Les routes cantonales (166 km en 1881, 230 km en 1980) ont été adaptées à l'évolution du trafic motorisé dès 1920, tandis que le réseau secondaire et l'électrification atteignait les fermes isolées.

Au bois et à la force hydraulique, premières sources d'énergie, s'ajoutèrent dès 1860 le charbon pour les machines à vapeur, le gaz de l'usine de Hérisau (1867) et l'électricité dès 1890. Les Forces motrices de Saint-Gall-A. fournissent du courant dès 1914. Depuis 1980, on a modernisé plusieurs petites centrales et réalisé des projets énergétiques respectant l'environnement.

Auteur(e): Peter Witschi / PM

2.4 - Economie

L'Etat n'intervint pas dans la vie économique avant 1850; ensuite, il mit à disposition certaines infrastructures. En majorité employée dans le textile, la population subissait les aléas de la branche, qui dépendait fortement jusqu'en 1850 de la conjoncture agraire. Le système des poids et mesures et l'usage du florin témoignent des liens étroits avec la région du lac de Constance à l'époque protoindustrielle. Le principal instrument financier était la cédule, titre hypothécaire à taux fixe, librement négociable, qui resta en usage même après l'introduction du Code civil. Les caisses d'épargne locales apparues dès 1819 ne purent concurrencer la place de Saint-Gall, jusqu'à la fondation en 1866 de la Banque d'A. Rhodes-Extérieures (fusionnée avec la Société de banque suisse en 1909) et en 1875 de la Banque cantonale. Depuis 1990, le secteur bancaire est bouleversé: fusions de petites caisses d'épargne, fermetures de filiales, reprise de la Banque cantonale en situation délicate par l'Union de banques suisses en 1996.

2.4.1 - Agriculture, forêts

L'élevage bovin traditionnel se perpétua jusqu'en 1840. La productivité augmenta après 1860, fruit des méthodes d'élevage, d'exploitation des alpages et de production fromagère que des sociétés d'agriculture mirent en œuvre à l'exemple d'entrepreneurs comme Emanuel Meyer et Ulrich Zellweger et avec le soutien du canton et de la Confédération. La race brune s'imposa, de préférence aux bêtes importées de l'étranger, dès la première exposition bovine cantonale de 1846. L'effectif des bovins passa entre 1866 et 1906 de 14 963 à 22 332 (soit de 4,8 à 7,5 têtes en moyenne par exploitation), celui des porcins de 2643 à 11 333. Dans le Vorderland, la viticulture recula, l'arboriculture progressa. Les fromageries de village (31 en 1908) commencèrent à remplacer celles d'alpage vers 1865; elles se spécialisèrent dès 1946 dans la marque "fromage d'A.". Le nombre des exploitations était d'environ 3000 en 1900 (avec un endettement croissant); il augmenta un peu dans l'entre-deux-guerres, puis la raréfaction des sources de revenus accessoires, le vieillissement des exploitants et les remaniements parcellaires encouragés par l'Etat le firent diminuer de 16% entre 1939 et 1955, de 20% entre 1955 et 1965, de 43% entre 1965 et 1990, où il n'était plus que de 1317. La population paysanne tomba de 9242 personnes à 3831 entre 1930 et 1980, tandis qu'en moyenne les domaines passaient de 4,1 ha en 1929 à 10,3 ha (dont une part croissante en location) et 27 bovins en 1990. Le secteur primaire offrait 1844 emplois (9,7%) en 1990.

Les forêts, propriété de nombreux particuliers, occupaient 16% de la surface vers 1850. Le bois avait été constamment surexploité depuis 1720, à cause de la croissance démographique, pour la construction, l'exportation et comme source d'énergie. La situation s'améliora, tardivement, avec la fondation en 1837 de la société de sylviculture de Hérisau qui, comme les émules qu'elle fit, s'efforça d'acheter des forêts négligées et de les soumettre à une exploitation rationnelle. L'Etat commanda en 1859 un rapport, base de son activité: crédit pour les achats de terrain et les pépinières en 1861, création du poste de forestier cantonal en 1878, abolition des droits de parcours en 1887, protection étendue à toutes les forêts en 1902, promulgation d'une loi moderne en 1983. La forêt recouvre aujourd'hui 7430 ha, soit 30% de la surface du canton. Elle est au trois quarts en mains privées.

Auteur(e): Peter Witschi / PM

2.4.2 - Travail à domicile, fabriques

La fondation précoce de filatures mécaniques et l'intérêt pour les perfectionnements du métier Jacquard ne firent pas des Rhodes-Extérieures un pays d'usines. L'industrie textile, branche dominante au XIXe s., débuta en partie dans des fabriques, mais se développa surtout dans de petits ateliers ou à domicile. Le tissage de la mousseline céda la première place vers 1830 au métier à point plat, qui permet d'intégrer au tissu des ornements imitant la broderie. Cette branche tout entière concentrée dans les Rhodes-Extérieures, Mittelland et Hinterland surtout, comptait 4088 métiers en 1889 et encore 3100 ouvriers (soit 44% des travailleurs à domicile) en 1913, avant de décliner. Le tissage de gazes de soie pour la meunerie prit pied dans le Kurzenberg après 1840. La maison Dufour & Cie de Thal (SG) et d'autres exportateurs occupaient 1415 tisserands dans le Vorderland en 1907, puis la production passa sous le contrôle de deux entreprises qui la transférèrent dès 1950 dans leurs fabriques de Wolfhalden et Heiden.

Une fabrique fondée à Hérisau en 1856 lança dans les Rhodes-Extérieures la broderie semi-mécanique (machine conduite à la main, sans moteur), branche dominante entre 1870 et 1920, qui se répandit surtout dans le Vorderland et le Hinterland et atteignit son point culminant en 1890, avec 2428 machines et 5181 ouvriers. La broderie grossière, centrée à Walzenhausen, occupait à la même époque dans les deux A. 1929 personnes, surtout des femmes travaillant à la main à domicile. Le finissage est la seule branche où les Rhodes-Extérieures développeront la production en fabrique et se hisseront au premier rang national. Il y avait entre 1800 et 1850 une trentaine d'entreprises (quatorze blanchisseries, six ateliers d'apprêtage et huit teintureries en 1843 à Hérisau, Gais et Bühler) gérées pour la plupart à titre accessoire par des paysans. Mais adoptant dès 1864 de nouveaux procédés chimiques et mécaniques, elles tendirent à se transformer en fabriques, dont le personnel s'accrut de 86,5% (1843 ouvriers) entre 1880 et 1910, tandis que le nombre des entreprises diminuait de 28,5%. Avec les maisons Cilander, Signer AG et Walser AG, Hérisau est resté en Suisse orientale, au-delà de 1990, le centre de l'industrie du finissage, cartellisée en 1898.

La broderie et le tissage subirent en 1920 une longue crise des débouchés. Les industriels, les banquiers et les autorités se réfugièrent dans l'attentisme, tandis que réductions de la production et fermetures d'entreprises faisaient perdre 6000 emplois dans les seules années 1922-1929. La broderie occupait 47,4% des ouvriers de fabrique en 1923 et 8,4% en 1929.

Sur le plan national, le textile offrait 8,2% du total des emplois en 1941 et 3,4% en 1980, mais dans les Rhodes-Extérieures cette branche domina jusqu'en 1980 le secteur secondaire, lui fournissant 82% de ses emplois en 1923, 45% en 1941, 33% en 1960, 20% en 1980, 9% en 1991. Cela est dû à des entreprises qui, nées dans l'entre-deux-guerres, prospérèrent après 1945: confection, bas, tapis et finissage. Les matières plastiques, les métaux, les machines et l'électronique se développèrent après 1950 et offraient 2621 emplois en 1991. Il s'agit surtout de petites et moyennes entreprises; la plus grande est la fabrique de câbles, caoutchouc et matières plastiques fondée à Hérisau en 1892 par Gottlieb Suhner (groupe Huber + Suhner dès 1969).

Auteur(e): Peter Witschi / PM

2.4.3 - Tourisme, commerce, métiers de la construction

La cure de petit-lait à Gais lança le tourisme. Les bains attirèrent dès 1830 à Hérisau et Waldstatt une clientèle internationale, qui fit de Heiden, dès 1850, une grande station climatique et mondaine, jusqu'à l'effondrement dû à la Première Guerre mondiale. Dès 1930, l'office du tourisme des Rhodes-Extérieures se tourna avec succès vers le marché intérieur en mettant l'accent sur les colonies de vacances, le tourisme pédestre, les séjours de santé et les atouts culturels.

Vers 1900, le secteur commerce-banques-assurances offrait un millier d'emplois, surtout à Hérisau, Teufen, Speicher, Bühler, Gais, Heiden et Walzenhausen. Certaines maisons vendaient des textiles dans le monde entier. Depuis 1950, la majorité des employés de commerce ont un emploi à l'extérieur du canton (phénomène quasi inconnu au XIXe s.). Le secteur de la construction employait 4642 personnes en 1910, notamment dans les métiers du bois; il connut une période de prospérité après 1850, et dès 1960 il occupa de nouveau le deuxième rang dans le secteur secondaire (11,4% en 1991).

Auteur(e): Peter Witschi / PM

2.5 - Le changement social

Principale source de revenus, le textile occupait 17 084 personnes en 1850. Une grande partie de la population féminine travaillait dans cette industrie, dès ses débuts, sans bénéficier d'aucune réglementation avant la loi fédérale sur les fabriques (1877) et la loi cantonale sur la protection des travailleuses (1908). En outre, beaucoup d'enfants étaient engagés, soit dans les fabriques (469 mineurs dans 46 entreprises en 1868), soit à domicile (une enquête de 1904 auprès de 3554 écoliers révèle que la moitié d'entre eux travaillait de 42 à 63 heures par semaine). Quant aux hommes, ils ne formaient pas une classe homogène. Les tisserands sur soie et les brodeurs (à la main) se considéraient comme une élite. Les ouvriers de fabrique (4463 dans 211 entreprises en 1885, 5012 dans 220 fabriques en 1911) furent toujours une minorité parmi les salariés (16,4% en 1885, 17,3% en 1910). Les commerçants et chefs d'entreprise ("fabricants") tenaient le haut du pavé, donnant par exemple aux communes de Hérisau et Bühler plus de la moitié de leurs présidents de 1750 à 1910. Le métier à point plat fit de 5% des chefs de famille des "fabricants", dont le nombre s'accrut encore à l'âge d'or de la broderie mécanique. Mais la plupart de ces "entrepreneurs", peu portés à l'innovation et bien différents de ceux du XVIIIe s., s'en remettaient aux maisons d'exportation, ce qui fit perdre aux Rhodes-Extérieures leur indépendance sur le marché international. Dès 1820, des commerçants et industriels de Hérisau et des entrepreneurs de Bühler et de Lutzenberg ravirent la prééminence à Trogen. La plupart des entreprises familiales d'exportation fondées au XIXe s. ne survécurent pas à la guerre. Ce sont d'autres personnes qui assurèrent l'essor des nouveaux secteurs, en dehors de la broderie.

Peu d'agriculteurs sont devenus magistrats avant 1900. En revanche, des maîtres artisans assuraient une représentation politique convenable des métiers, qui étaient bien organisés. Vers 1880, la société jusqu'alors très stable, commença à changer: la part des protestants passa de 93% en 1880 à 64% en 1980. Une personne active sur trois avait un emploi hors de sa commune en 1980 et seule une petite minorité pratiquait encore le travail à domicile, majoritaire en 1880. 77% des habitants étaient originaires du demi-canton en 1880, 38% en 1980. La majorité des citoyens des Rhodes-Extérieures y habitaient en 1880; ce n'est plus le cas un siècle plus tard.

Principales associations (entre parenthèses: année de fondation):- Conférence des instituteurs appenzellois (1824)
- Société industrielle appenzelloise (1826)
- Société des médecins appenzellois (1827)
- Société appenzelloise des officiers (1856)
- Société cantonale d'agriculture (1881)
- Association du tissage à la main (fabricants, 1888)
- Union des arts et métiers du canton d'A. Rhodes-Extérieures (1892)
- Union des tisserands de soie à bluter (1898)
- Union des tisserands de coton appenzellois (1900)
- Centre de liaison des associations féminines appenzelloises (1929)
- Union industrielle appenzelloise (entrepreneurs, 1945)

Auteur(e): Peter Witschi / PM

2.6 - Culture, formation

L'économie, la société, la géographie humaine et la culture des Rhodes-Extérieures portent la marque de deux modes de vie: celui, traditionnel, replié sur lui-même, des paysans et des éleveurs habitant les fermes dispersées des Préalpes, porteurs d'un artisanat (peinture, bourrellerie, boissellerie), de traditions musicales (jodel, ensembles à cordes, etc.) et de coutumes toujours vivantes, comme le Blochziehen (un tronc posé sur un char est tiré à travers le village), masques du jour de l'an (Silvesterklausen), montée à l'alpage, etc. D'autre part celui, plus ouvert économiquement et culturellement, des bourgeois de l'industrie textile qui, s'inspirant de l'aristocratie urbaine, a trouvé son expression dans les belles demeures des fabricants, les maisons plus simples des brodeurs, les cercles littéraires, une société élégante, les œuvres de bienfaisance et le goût des voyages. Dès 1820, les cercles de lecture inaugurèrent une sociabilité nouvelle qui se développa aussi dans les milieux simples et l'Eglise cessa d'être le centre d'intérêt unique de la vie locale. Au bout de peu de temps, chaque commune eut plusieurs sociétés (31 à Heiden en 1865, 21 à Rehetobel en 1908 par exemple). Il ne faut pas oublier les associations d'Appenzellois fondées hors du canton par des émigrés.

Principales associations culturelles (entre parenthèses: année de fondation):- Société du Soleil à Speicher (1820)
- Société patriotique appenzelloise (1823)
- Société des chanteurs appenzellois (1824)
- Société cantonale de tir (1826)
- Société appenzelloise d'utilité publique (1832)
- Société des Appenzellois de Genève (1835)
- Société du Casino de Hérisau (1836)
- Société appenzelloise de gymnastique (1860)
- Section du Säntis du Club alpin suisse (1869)
- Loge maçonnique du Säntis (1889)

Un institut privé fondé à Trogen en 1821, à l'image de celui de Pestalozzi, où une douzaine d'instituteurs des Rhodes-Extérieures avaient enseigné, deviendra l'école cantonale et dès 1907 l'unique établissement du demi-canton délivrant des maturités. Des particuliers fondèrent les premières écoles réales à Hérisau, Heiden et Bühler, une école pour les pauvres à Trogen en 1824 et une école normale à Gais en 1833. L'instruction s'améliora grâce aux encouragements de la commission scolaire cantonale, aux bourses, aux primes à la construction d'écoles. L'industrie et les métiers eurent dès 1830 des sociétés d'entraide et des cours de perfectionnement, des subventions pour les examens d'apprentissage (1893) et pour les apprentis (1897), une école de tisserands (1894-1935). Il existe depuis 1972 une école professionnelle à Hérisau. Dès le XIXe s., des accords permirent l'accès à des instituts de formation supérieure hors du canton. La loi sur les bourses d'études (1953, plusieurs fois révisée) les complète.

Indépendante de l'Etat dès 1877, l'Eglise nationale évangélique réformée, qui s'étend depuis 1977 aux deux A. (sauf Lutzenberg), a gardé le premier rang dans le domaine religieux. En plusieurs endroits elle a connu des scissions entre piétistes et libéraux. Un conseil d'Eglise de cinq membres est l'organe suprême du synode qui la dirige. Les catholiques furent privés de paroisse dans le demi-canton jusqu'en 1867; en 1975, ils en avaient neuf, qui forment une association; la plupart regroupent plusieurs communes. Elles font partie du décanat d'A. dans le diocèse de Saint-Gall. L'Eglise méthodiste, implantée depuis le XIXe s., a un temple à Hérisau (1892) et un à Teufen (1910). Depuis 1860, divers mouvements évangéliques et sectes ont fait des adeptes (baptistes, pentecôtistes, néo-apostoliques, témoins de Jéhova). La Constitution cantonale de 1995 reconnaît les Eglises évangélique réformée et catholique romaine comme corporations de droit public et précise qu'elles gèrent leurs affaires internes de façon autonome.

Les recherches historiques et ethnographiques sur les Rhodes-Extérieures, qui débutèrent vers 1810, furent d'abord le fait de particuliers; plus tard, des institutions reprirent le flambeau: société d'utilité publique, section locale du Heimatschutz (1910), sociétés d'histoire, associations de musées, fondations consacrées aux traditions populaires (1977) et à la culture (1989). Sept différents musées, tous privés, ont été ouverts entre 1874 et 1987. La bibliothèque cantonale à Trogen, créée en 1896 (ancienne collection privée), rassemble la documentation sur le pays. Les archives d'Etat des Rhodes-Extérieures (Staatsarchiv) sont nées en 1986 de la réunion des archives cantonales de Trogen (Landesarchiv) et de Hérisau (Kantonsarchiv). Leur siège, à Hérisau, abrite aussi les archives historiques des communes.

L'image des Rhodes-Extérieures s'est fondamentalement modifiée depuis 1920: les mouvements de protection du patrimoine et de promotion de l'art populaire, la propagande touristique, le succès des médecines douces et la vitalité du secteur agricole dans l'entre-deux-guerres ont contribué à donner de ce canton perçu auparavant comme industriel, actif et progressiste, la réputation d'un petit pays préservé et où il fait bon vivre.

Auteur(e): Peter Witschi / PM

Références bibliographiques

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Appenzellisches Monatsblatt, 1825-1847
Verhandlungen der appenzellischen gemeinnützigen Gesellschaft, 1833-1853
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Auteur(e): Peter Witschi / PM