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Appenzell (Rhodes-Intérieures)

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Partie du canton d'Appenzell jusqu'à la séparation du 8 septembre 1597, puis demi-canton de la Confédération ( Appenzell (Rhodes-Extérieures)). En all. Appenzell Innerrhoden (officiellement, dès 1873: Kanton Appenzell I.Rh., auparavant: Land Appenzell der inneren Rhoden; it. Appenzello Interno; rom. Appenzell dadens). Langue officielle: l'allemand. Le chef-lieu, siège des autorités, est le bourg d'Appenzell. Les anciennes Rhodes ont fait place en 1873 à six communes (appelées Bezirk soit district): A., Schwende, Rüte, Schlatt-Haslen, Gonten et Oberegg.

Superficie (1997)172,5 km² 
Forêt/surface boisée54,8 km²31,8%
Surface agricole96,1 km²55,7%
Surface bâtie7,2 km²4,1%
Surface improductive14,4 km²8,4%

Population et économie
Année 1850190019501990
Habitants 11 27213 49913 42713 870
En % de la population suisse0,5%0,4%0,3%0,2%
LangueAllemand 13 41213 30312 723
 Français      7   13   22
 Italien    69   77 234
 Romanche       8   20   14
 Autres       3   14 877
ConfessionProtestants   42  833 5721 275
 Catholiques (y compris catholiques-chrétiens jusqu'en 1900)11 23012 66512 83311 875
 Catholiques-chrétiens       5     3
 Israélites     0     0     2     3
 Autres et sans confession     0     1   15 572
 dont sans confession    142
NationalitéSuisses11 19813 17013 09512 524
 Etrangers   74 329 3321 346
Année 1905193919651995
Personnes activesSecteur primaire2 7184 4441 6681 501a
 Secteur secondaire4 4371 3041 8481 940
 Secteur tertiaire 8751 2301 3872 946
Année 1965197519851995
Part au revenu national0,2%0,2%0,2%0,2%

a Chiffres de 1996

Sources:OFS, OFA et Stat. hist.

1 - De la séparation à la République helvétique (1597-1798)

1.1 - L'Etat et l'administration

A sa création, le demi-canton d'A. Rhodes-Intérieures était principalement constitué du "Pays Intérieur", correspondant à la paroisse d'A., soit des cinq rhodes de Schwende, Rüte, Lehn, Schlatt et Gonten, de la demi-rhode de Rinkenbach (partie occidentale de l'ancienne rhode intérieure de Rinkenbach/Wies) et dès 1598 de la demi-rhode de Stechlenegg. En outre, les habitants catholiques d'Ober-Hirschberg et d'Oberegg formaient deux demi-rhodes, enclavées dans celle de Trogen. Si les gens de Stechlenegg s'intégrèrent au Pays Intérieur, ceux de Hirschberg et d'Oberegg acquirent peu à peu une certaine indépendance. Les limites territoriales et le statut des couvents de femmes de Wonnenstein et Grimmenstein, sis sur le territoire des Rhodes-Extérieures, donna lieu à des querelles entre les deux demi-cantons jusqu'au XIXe s.

L'Acte de séparation attribua les insignes souverains et les bâtiments publics cantonaux aux Rhodes-Intérieures. Il n'y eut pas de bouleversement dans les structures étatiques. Le Code de 1585 (Silbernes Landbuch) resta en vigueur, peu à peu complété. La Landsgemeinde, qui se réunissait au chef-lieu, avait le pouvoir suprême. Elle ne traitait sans doute guère de politique, mais élisait le landamman, le trésorier, le chancelier et le sautier cantonal, ainsi que le greffier du tribunal (jusqu'en 1617), le bailli du Rheintal (tous les trente-deux ans), dès 1623 le vice-landamman, dès 1640 le capitaine du pays, dès 1651 le maisonneur, l'administrateur de la maladrerie, l'intendant de l'hôpital, le trésorier de la bourse des pauvres et l'enseigne du pays. La plus haute autorité législative et judiciaire après la landsgemeinde était le Grand Conseil, dit aussi double Landrat, qui nommait les titulaires de diverses fonctions (veilleur, messager cantonal, contrôleur des poids et mesures par exemple), préparait la landsgemeinde et édictait des mandats; outre les neuf magistrats, l'administrateur de la paroisse d'A. et (jusqu'en 1745) le sautier cantonal, il comprenait 24 représentants par rhode ou 12 par demi-rhode (16 ou 8 après 1629), dont deux tiers au plus paraissaient aux séances. Une partie du Grand Conseil, les magistrats cantonaux, les capitaines des rhodes et les membres du Petit Conseil siégeaient généralement peu après la landsgemeinde ordinaire, sous le nom de Nouveau et Ancien Conseil, pour traiter des objets qui n'étaient pas de la compétence du souverain.

Le Conseil secret jouissait d'une forte influence, basée sur le secret des délibérations et la durée illimitée des mandats. Il comprenait le landamman en charge, quelques magistrats, d'anciens landammans, des capitaines de rhodes, mais aucun représentant des demi-rhodes de Stechlenegg, Hirschberg et Oberegg. Il avait des pouvoirs législatifs et exécutifs; en matière judiciaire, il instruisait les procès et présentait l'accusation, par exemple dans les affaires de sorcellerie (il y en eut jusqu'en 1715; le XVIIe s. détient le chiffre record de 27 exécutions). Il fut aboli par le Grand Conseil en 1716 et ses compétences transmises au Petit Conseil.

Institué en 1603, le Petit Conseil ou Conseil hebdomadaire se composait avant 1629 des magistrats cantonaux et de 84 représentants élus par les rhodes, puis de 67 membres nommés par le Conseil secret, de 1629 à 1716. Il avait des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires (procès civils et pénaux). Les limites de compétence entre Grand et Petit Conseils étaient floues. Le Conseil hebdomadaire gagna en importance après 1716 et surtout dans la seconde moitié du XVIIIe s., le Grand Conseil se déchargeant sur lui.

A côté des Conseils, il existait des tribunaux à proprement parler. Celui des jurés (21 à 24 membres) s'occupait surtout de questions financières et patrimoniales et le tribunal de rue (all. Gassengericht, 12 membres?) des petits délits. Le premier tomba peu à peu en désuétude au XVIIe s., l'autre fut aboli en 1625 par le Conseil secret; le Petit Conseil les remplaça. Un tribunal spécial (Spangericht) pour les conflits sur les limites de pâturage rendait ses sentences sur le lieu du litige.

Premier magistrat, le landamman représentait le pays à l'extérieur et disposait d'un grand pouvoir à l'intérieur. Son mandat durait généralement deux ans. Le vice-landamman (Statthalter), son remplaçant, n'avait pas de compétences propres. Le trésorier (administrateur de la fortune de l'Etat), le capitaine du pays (chef des affaires militaires), le maisonneur (surveillant des bâtiments de l'Etat, des ponts et chaussées) et le trésorier de la bourse des pauvres (administrateur des domaines de l'Etat et responsable de l'approvisionnement des asiles) exerçaient les principales fonctions publiques. Parmi les magistrats on trouvait en outre l'enseigne du pays (affaires militaires), l'administrateur de la maladrerie et asile des pauvres, l'intendant de l'hôpital, le bailli impérial (surveillance de l'exécution des peines et du recours à la torture), l'intendant de l'arsenal, le chancelier, le sautier, le greffier du tribunal, l'administrateur des biens de la paroisse d'A. (élu par elle), le bailli du Rheintal (charge échue sept fois aux Rhodes-Intérieures entre 1600-1602 et 1792-1794), le banneret (titre honorifique sans compétences précises).

La plupart des magistrats venaient de familles aisées du chef-lieu, dont les rivalités engendrèrent dans la seconde moitié du XVIIIe s. l'affaire Sutter, la plus grave crise interne du demi-canton sous l'Ancien Régime.

L'organisation militaire et les tirs relevaient principalement des rhodes. Celles-ci élisaient lors d'assemblées annuelles liées à la landsgemeinde leurs capitaines et leurs représentants dans les autorités cantonales. Plus indépendantes que les rhodes du Pays Intérieur, celles de Hirschberg et Oberegg avaient leurs tribunaux de première instance, leurs autorités d'assistance publique et un droit de bourgeoisie distinct. Dans le village d'A., l'inspection du feu devint une sorte de commune.

Les relations avec les Rhodes-Extérieures fluctuaient entre méfiance hostile et entente pragmatique. Dans l'affaire Tanner (1599), malgré le soutien des cantons catholiques, il ne fut pas possible de protéger les minorités catholiques des Rhodes-Extérieures. En revanche, des accords intervinrent sur les couvents "exempts", Wonnenstein et Grimmenstein (1608, 1668/1669, 1722/1723, 1817 et 1870), sur l'entretien des ponts (1630) ou sur les zones frontières d'Oberegg et Stechlenegg (1637).

Les Rhodes-Intérieures poursuivirent la politique étrangère amorcée avant la séparation: elles adhérèrent à l'alliance des six cantons catholiques avec l'Espagne en 1598, à la Ligue d'Or en 1600, à l'alliance française en 1602, au Défensional de Wil en 1647 (dont elles se retirèrent en 1680 avec les cantons catholiques), à l'alliance avec le duc Victor-Amédée II de Savoie en 1684. Il en résulta l'envoi de troupes capitulées à Milan, au Portugal et en France. D'autres soldats servirent, dans des régiments non capitulés, les Pays-Bas (espagnols puis autrichiens), Venise ou le pape. A la Diète fédérale, les voix généralement opposées des deux demi-cantons s'annulaient. Si les Rhodes-Intérieures profitèrent au XVIIe s. de leur préséance traditionnelle sur les Rhodes-Extérieures et de la prépondérance des cantons catholiques, elles virent leur position s'affaiblir après la seconde guerre de Villmergen (1712) et ne purent regagner beaucoup de prestige ni de puissance financière par leurs émissions monétaires de 1737-1742.

Auteur(e): Josef Küng / PM

1.2 - Population, économie, société

Il y avait environ 6500 habitants dans le Pays Intérieur vers 1600. Malgré les pestes du premier tiers du XVIIe s. (1611, 1629, 1635) et les famines (1622, 1689-1692, 1710-1714), la population s'accrut, surtout entre 1660 et 1720, d'un millier d'âmes. Elle stagna ensuite (sauf à Gonten jusqu'en 1765 et à Haslen), à cause des épidémies et famines des années 1740 et 1770, d'une très forte mortalité infantile et des jeunes enfants et d'une légère émigration. Vers 1800, le Pays Intérieur comptait 7400 habitants, Hirschberg-Oberegg environ 1400.

L'agriculture (en mains de la petite paysannerie) laissa sa marque sur la structure économique des Rhodes-Intérieures, sises à l'écart des grands courants commerciaux. Le recul de la céréaliculture (un peu d'orge et d'avoine) devant les prairies était sans doute presque achevé vers 1700: au XVIIIe s. le pays dépendait des importations provenant d'Allemagne du Sud, du Fürstenland saint-gallois, de Thurgovie, d'Italie du Nord. Après la famine de 1771-1772, on développa la culture des légumes et on introduisit celle de la pomme de terre, sur les communaux. L'engraissement du bétail et la production laitière dominaient. Les paysans, qui élevaient une ou deux vaches pour leur propre usage, achetaient des bêtes gravides au Toggenbourg, aux Grisons, au Vorarlberg et les revendaient après sept ou huit ans; ils faisaient aussi commerce d'autres animaux de boucherie. Les armaillis exploitaient les alpages avec des bovins, louant en partie les uns et les autres; ils faisaient hiverner leurs troupeaux chez les paysans qui fournissaient le foin. L'élevage intensif provoqua l'essor du commerce des produits laitiers, vendus par les Molkengrempler au marché hebdomadaire d'A. (dès 1537), ainsi que dans le Rheintal, à Saint-Gall, à Zurich, voire en Allemagne du Sud et au Tyrol pour les fromages. A la fin du XVIIIe s., la plupart des exploitations étaient de petite taille: si 10% des propriétaires possédaient la moitié des surfaces de prairie, plus de 80% des paysans ne pouvaient hiverner plus de 6 vaches et les droits d'alpage, en majorité privés, étaient très morcelés. L'endettement agricole s'accrut massivement au XVIIIe s., à cause des crises économiques et des taux d'intérêt élevés (jusqu'à 8%, l'argent étant rare). Beaucoup de paysans durent vendre leurs terres; ils devinrent journaliers et ouvriers à domicile, de plus en plus dépendants de revenus accessoires. Les autorités cherchèrent à empêcher la vente aux "étrangers", venus des Rhodes-Extérieures ou du Rheintal. L'exploitation du bois de feu, de construction ou pour clôture, la production de salpêtre et de charbon de bois étaient limitées aux besoins personnels. Plus de la moitié des forêts étaient en mains privées; les autres, surexploitées, exigeaient sans cesse des mesures de protection.

L'industrie textile à domicile offrit des revenus d'appoint dès le XVe s. Dans le demi-canton, on filait le lin (cultivé jusqu'en 1740), on tissait des toiles grossières et on les blanchissait à A. Par trois fois (1604, avant 1628, 1683), une société voulut se lancer dans le commerce des toiles, mais faute de soutien officiel, ce furent trois échecs. La blanchisserie subsista néanmoins de 1604 jusqu'au XIXe s.; après 1739 elle travaillait exclusivement pour des maisons étrangères. Au XVIIIe s., la plupart des tisserands habitaient Haslen. Seule innovation notable, la filature du coton fut introduite au milieu du XVIIIe s., d'abord par des marchands-entrepreneurs des Rhodes-Extérieures et de Saint-Gall. La filature du lin et le tissage de la toile se maintinrent dans le Pays Intérieur jusqu'à la fin du XVIIIe s., tandis que Hirschberg et Oberegg passaient à la filature du coton. Après 1800 les salaires s'effondrèrent dans la filature; la broderie, pratiquée à domicile pour des entrepreneurs indigènes ou étrangers, devint en quelques années l'industrie dominante.

Les artisans, qui exerçaient le plus souvent à titre accessoire, étaient protégés contre la concurrence étrangère, soumise à la clause du besoin. Vers la fin du XVIIIe s., ils acquéraient de plus en plus leur formation hors du canton. Le service étranger procurait des pensions, des places d'officier, des bourses d'études et des emplois, mais il perdit son importance après les années 1740. Les pensions représentaient 10% des revenus de l'Etat en 1720 et moins de 2% en 1770. Les anciens officiers jouèrent un rôle politique au XVIIe et au début du XVIIIe s.

Quelques gros paysans, armaillis, commerçants, médecins, aubergistes et artisans fortunés, soit environ 10% de la population, formaient une classe supérieure assez floue mais qui accaparait les charges publiques des rhodes et du canton. La polarisation sociale s'accrut peu à peu aux XVIIeet XVIIIe s., entre quelques riches propriétaires de terres ou de capitaux et une masse croissante de petits paysans, d'artisans pauvres, de domestiques et d'ouvriers à domicile.

Auteur(e): Markus Schürmann / PM

1.3 - Eglise et vie culturelle

Après la séparation, le canton catholique des Rhodes-Intérieures verrouilla sa position confessionnelle. Les protestants perdirent leur droit de bourgeoisie et durent émigrer dans les Rhodes-Extérieures, dont les habitants catholiques eurent à prendre le chemin inverse. Etablis à A. depuis 1587, les capucins travaillèrent à fortifier l'ancienne foi, dans l'esprit du concile de Trente. En outre, de nouvelles paroisses (Gonten en 1647, Oberegg en 1658, Haslen en 1666) furent érigées aux confins du pays, mais sans toucher aux compétences politiques de la paroisse d'A. qui incluait depuis 1071 tout le Pays Intérieur. La collation appartenait au landamman et Grand Conseil des Rhodes-Intérieures, en fait depuis 1532, en droit depuis 1645. Suivant une tendance qui se renforça sous l'influence de l'absolutisme aux XVIIe et XVIIIe s., les autorités laïques cherchaient à étendre leur influence sur les institutions de l'Eglise et sur les fidèles; elles s'opposaient généralement aux réformes, contrôlaient la fréquentation des offices, veillaient au respect des dimanches et fêtes, des jours de jeûne et d'abstinence, au bon déroulement des pèlerinages et processions.

Fondées sans doute avant 1450, les écoles latine et allemande d'A. se maintinrent après la division du canton. La première, dirigée par des ecclésiastiques, ouvrait à ses élèves l'accès à l'université. Elle se sépara de la seconde, tenue par des laïcs, en 1695. La création d'écoles élémentaires à Gonten, Haslen, Oberegg, Brülisau, Schwende et Schlatt aux XVIIeet XVIIIe s. est liée à celle des paroisses.

Le XVIIe s. est l'âge d'or des beaux-arts dans les Rhodes-Intérieures qui, traditionnellement tournées vers la région du lac de Constance, accueillirent les courants européens du maniérisme et du baroque: des œuvres acquises aux Pays-Bas, en Italie et en Souabe influencèrent les artistes locaux, tels Johann Sebastian Hersche (portraits et scènes religieuses), Jakob et Moritz Girtanner (fresques et tableaux de chevalet) ou Hans Bildstein (peintures). Les productions indigènes dominent au XVIIIe s., avec le peintre rococo Carl Anton Eugster, d'Oberegg (naissance 1713), Conrad Stark, de Gonten, fondateur de la peinture paysanne (1769-1817), et le grand sculpteur Josef Ulrich Hörler (1737-1810). La Réforme catholique favorisa le théâtre. On appréciait en particulier les comédies et les jeux de la Passion dans des décors baroques. Le chant d'église et la musique populaire ont une longue tradition. Un joueur de cymbalum est mentionné en 1567, une harmonie (dite "musique turque") en 1792. Les chroniqueurs Johann Konrad Geiger, Ulrich Sutter et son fils Johann Baptist, le père bénédictin Desiderius Wetter et le curé de Haslen Joseph Anton Sutter sont les principaux historiographes.

Auteur(e): Josef Küng / PM

2 - XIXe et XXe siècles

2.1 - Histoire politique

2.1.1 - La République helvétique et la Médiation (1798-1814)

Au début de la révolution helvétique, les autorités des Rhodes-Intérieures tentèrent de s'accrocher à l'ordre ancien. Elle renouvelèrent lors de la landsgemeinde extraordinaire du 18 janvier 1798 l'alliance de 1513. Avant même que les troupes françaises n'occupent une bonne partie de la Confédération, la landsgemeinde décida, comme les autres cantons, d'accorder son indépendance au bailliage commun du Rheintal (25 février). Le 6 mai, une nouvelle landsgemeinde extraordinaire approuva la Constitution helvétique à contre-cœur. Les deux A. et une grande partie de l'actuel canton de Saint-Gall furent réunis dans le canton du Säntis, dans lequel le Pays Intérieur formait le district d'A. et Hirschberg-Oberegg une partie de celui de Wald. La résistance prit une telle ampleur en automne 1798 que des troupes helvétiques et françaises occupèrent temporairement le village d'A. Le nouvel ordre s'effondra dans le canton en mai-juin 1799, mais les Français revinrent en octobre et exigèrent un énorme impôt de guerre. La Constitution helvétique de 1801, plus fédéraliste, rebaptisa le canton du Säntis en canton d'A. Le retrait des Français en été 1802 provoqua pour la seconde fois la chute du nouveau régime.

La landsgemeinde extraordinaire du 30 août 1802 décida de rétablir les anciennes frontières et d'élire un gouvernement selon l'ancien système. L'acte de Médiation du 19 février 1803, qui recréait les deux demi-cantons d'A. (ils avaient ensemble une voix à la Diète) fut adopté par la landsgemeinde le 23 octobre 1803; mais les Rhodes-Intérieures s'opposaient à la liberté de commerce et d'établissement, de crainte que ces dispositions ne missent en danger leur économie et leur unité confessionnelle, ainsi qu'aux obligations militaires et financières envers la France et la Suisse. Le Grand Conseil promulgua en 1804 une nouvelle organisation militaire, qui introduisait l'obligation de servir pour tous les Suisses du canton, mais la population résistait vivement au service dans les armées françaises.

Sous la Médiation, le canton prit en matière ecclésiastique et scolaire des mesures sur lesquelles nous reviendrons (chap. 2.5); il améliora son réseau routier (chap. 2.3.3) et sanitaire; il tenta d'introduire de nouveaux impôts; la fortune immobilière fut taxée dès 1808. Après la chute de l'Empire napoléonien, on rédigea une nouvelle Constitution, que la landsgemeinde adopta au début de juillet 1814 tout en refusant le Pacte fédéral. Il s'agit de la première véritable Constitution des Rhodes-Intérieures. Proche de l'esprit de l'Ancien Régime, attachée à l'autonomie cantonale, elle définit les compétences des diverses autorités, proclame le catholicisme confession unique et règle les attributions judiciaires et administratives des enclaves de Hirschberg et Oberegg. Le canton fut l'un des derniers à accepter le Pacte fédéral, le 21 mai 1815, après plusieurs refus, non sans exiger des garanties en fait de religion, d'indépendance et de frontières.

Auteur(e): Josef Küng / PM

2.1.2 - La Restauration et la Régénération (1814-1848)

Dans les années 1820, l'attitude de plus en plus autoritaire du Grand Conseil provoqua quelque mauvaise humeur. Un groupe d'opposants, peu nombreux mais actifs, exigeaient de vraies réformes démocratiques, comme l'élargissement des droits populaires, la transparence de l'administration et la publication de la Constitution cantonale. Le gouvernement demanda la médiation de la Confédération (été 1827). Renouvelé en grande partie en 1828 et majoritairement démocrate, il mit en chantier une révision constitutionnelle. La landsgemeinde accepta largement en 1829 le nouveau texte, dont la plus importante différence avec celui de 1814 était le droit donné à chaque citoyen, comme aux XVe et XVIe s., de faire des propositions de lois à la landsgemeinde, en passant par le Grand Conseil. En outre la landsgemeinde pouvait élire l'intendant de l'arsenal et le bailli impérial. Dans les années suivantes, sans que l'on puisse parler d'une percée libérale comme dans les cantons "régénérés", de nombreuses lois nouvelles furent adoptées: révision du droit successoral, du droit hypothécaire, réformes dans le domaine scolaire et social (interdiction de la mendicité en 1840, aménagement de l'asile des pauvres en 1841, réouverture de l'orphelinat en 1853).

La question de la représentation à la Diète pesa sur les relations avec les Rhodes-Extérieures. Par souci d'équité, il fut convenu que chaque demi-canton désignerait à tour de rôle le délégué pour une année; ce système fonctionna jusqu'à la création du Conseil des Etats en 1848. Bien que la Diète eût décidé en 1810 déjà que les citoyens des Rhodes-Extérieures établis dans l'autre demi-canton avaient le droit d'y acheter des maisons et des terres, et bien que leur canton d'origine exigeât l'application entière de la liberté de commerce et d'établissement, les Rhodes-Intérieures renâclèrent sur ce point jusque dans les années 1870. Mais le grand conflit entre les deux demi-cantons porta sur des questions territoriales (biens exempts) et frontalières, qui ne furent résolues définitivement qu'en 1870, grâce à la médiation confédérale.

Sur le plan suisse, dans les années 1830 et 1840, les Rhodes-Intérieures s'opposèrent aux thèses des radicaux: révision du Pacte fédéral, centralisation, anticléricalisme et libertés individuelles. Elles soutinrent sans réserve les cantons de Suisse centrale. Elles accueillirent sans enthousiasme la mobilisation décidée par la Diète lors de la guerre du Sonderbund et restèrent neutres, ce qui leur vaudra une amende de 15 000 francs.

Auteur(e): Josef Küng / PM

2.1.3 - Luttes constitutionnelles et timides réformes (1848-1872)

Comme la Suisse centrale, les Rhodes-Intérieures rejetèrent nettement la Constitution fédérale de 1848, rédigée sans leur collaboration. Des cercles libéraux, formés à la fin des années 1850 autour du landamman Johann Baptist Rechsteiner, du vice-landamman Johann Baptist Kölbener et du chancelier Carl Justin Sonderegger, entreprirent de surmonter les contradictions entre droits cantonal et fédéral. Plusieurs fois refusée, exigée finalement par le Conseil fédéral et le Parlement fédéral, l'idée d'une révision constitutionnelle fut adoptée au printemps 1870 par le Grand Conseil et le peuple. Le projet présenté par une Constituante à majorité conservatrice en 1871 échoua; celui de la Constituante plus libérale conduite par Johann Baptist Rechsteiner et Johann Baptist Emil Rusch fut approuvé presque à l'unanimité par le Grand Conseil et la landsgemeinde extraordinaire du 24 novembre 1872.

Les autorités entreprirent de réformer en particulier l'école. Dans le domaine judiciaire, on se garda longtemps des innovations. La procédure criminelle s'appuyait encore au XIXe s. sur le Code de 1585 (Landbuch). La dernière exécution eut lieu en 1849, la torture fut abolie en 1870. La landsgemeinde refusa un projet de Code pénal en 1877. La première loi sur la justice pénale, base d'une jurisprudence moderne, ne date que de 1899. A plusieurs reprises depuis 1867, la landsgemeinde refusa l'introduction d'un véritable impôt sur la fortune, qui aurait permis à l'Etat d'alléger sa dette et de financer la construction de routes et de voies ferrées; jusqu'en 1921, seuls la taxe sur la fortune immobilière, la régale du sel, divers loyers et les subventions fédérales alimentaient la caisse publique.

Auteur(e): Josef Küng / PM

2.1.4 - L'organisation politique depuis 1872

La Constitution qui entra en vigueur en 1873 ne contenait que 48 articles; elle réglait pour la première fois les droits individuels; tout citoyen suisse établi dans le canton avait le droit de vote dès sa vingtième année. Jusqu'à 65 ans, on était tenu d'accepter une élection.

La landsgemeinde restait la seule "autorité législative et organe électoral suprême". Elle se prononce sur les lois, les modifications constitutionnelles, les initiatives; elle confère le droit de cité cantonal (compétence passée au Grand Conseil en 1993); elle nomme chaque année les neuf membres (les sept depuis 1996) du gouvernement, le tribunal cantonal, le chancelier et le sautier (jusqu'en 1993); elle élit (tous les quatre ans, au printemps déjà) le conseiller aux Etats.

Appelé Commission d'Etat (Standeskommission), le gouvernement, qui jusqu'en 1995 faisait aussi partie du Grand Conseil, fut organisé selon le système nouveau des départements, attribués par la landsgemeinde (sauf l'Economie publique et l'Instruction); mais on garda les dénominations traditionnelles: vice-landamman (Santé publique et assistance), trésorier (Finances), capitaine du pays (Agriculture et forêts), maisonneur (Travaux publics et environnement), enseigne (Justice, police, affaires militaires). Le landamman en charge préside le gouvernement, la landsgemeinde et, jusqu'en 1995, le Grand Conseil. Au bout de deux ans il échange sa place avec le landamman "en réserve"; ces deux magistrats sont à la tête de l'Instruction publique et de l'Economie. La chancellerie du Conseil est l'état-major du gouvernement.

Le Grand Conseil prépare les objets soumis à la landsgemeinde, approuve le budget et les comptes de l'Etat, et publie les ordonnances et règlements. Il a en outre un rôle de surveillance et nomme à certaines fonctions. En 1995, la durée du mandat fut portée à quatre ans, le nombre des sessions de trois à cinq, celui des habitants donnant droit à un siège de 250 à 300 (le reste pour le dernier siège passant de 125 à 150). Le Grand Conseil comptait 46 députés en 2001.

La Constitution de 1872 remplaça les rhodes par les six communes (Bezirk) d'A., Schwende, Rüte, Schlatt-Haslen, Gonten et Oberegg, en conservant en général les anciennes frontières; chacune a son organe exécutif (Bezirksrat). Privées de leurs compétences politiques, les rhodes ne subsistèrent, comme associations bourgeoisiales, que dans le Pays Intérieur. Ce dernier constituait une unité administrative, supprimée en 1997, dont certaines tâches (registre foncier, contrôle des habitants, affaires de succession, assistance publique) étaient assumées à l'origine par le chef-lieu; le canton les reprit dès 1997. Il n'existe que deux droits de bourgeoisie, ceux d'A. et d'Oberegg. Un autre découpage territorial définit les communes scolaires et paroissiales, qui jouissent d'une grande autonomie. On trouve en outre dans le village d'A. (communes d'A., Schwende et Rüti) une institution particulière de type communal, l'inspection du feu, qui accorde les permis de construire.

Sur le plan judiciaire, les tribunaux "de district" d'A. et d'Oberegg sont la première instance civile et pénale. Le tribunal cantonal sert d'instance d'appel et, depuis 1999, de tribunal administratif. La cour de cassation et les Spangerichte qui jugeaient les conflits de pâturage ont été supprimés dans le cadre de la réorganisation de 1999.

Les rapports avec les Rhodes-Extérieures se détendirent au cours du XXe s. Sans abandonner leur autonomie, les deux demi-cantons trouvèrent des solutions communes dans divers domaines (contentieux frontalier, politique sanitaire et scolaire, vétérinaire cantonal, inspection des denrées alimentaires et du travail par exemple). Pour certains services, les Rhodes-Intérieures recourent au canton de Saint-Gall.

Très attachés au fédéralisme, les citoyens des Rhodes-Intérieures rejetèrent au XIXe s. bon nombre des objets soumis au vote sur le plan fédéral. Au XXe s., ils se montrent plus positifs, mais restent très réservés à l'égard de l'ouverture internationale (refus d'adhérer à la SdN en 1920, à l'ONU en 1986, à l'EEE en 1992). Ils ont néanmoins accepté de justesse les accords bilatéraux en 2000.

L'Etat a élargi le champ de ses activités depuis la fin du XIXe s., et surtout depuis les années 1970, mais il s'était vu longtemps refuser toute nouvelle ressource fiscale. La taxe sur la fortune immobilière resta le seul impôt cantonal jusqu'en 1921. Le Grand Conseil fixe les taux annuellement. Il doit en outre approuver le budget et les comptes de l'Etat. Dans les communes politiques, scolaires et paroissiales, l'assemblée vote le taux des impôts communaux.

Auteur(e): Josef Küng / PM

2.1.5 - Les réformes des années 1980 et 1990

L'organisation politique subit beaucoup de changements dans les années 1980 et 1990. Après trois refus populaires (1973, 1982, 1990), le suffrage féminin fut introduit sur le plan communal et cantonal par décision du Tribunal fédéral du 27 novembre 1990. Le nombre des électeurs fut encore augmenté lorsque la majorité civique fut abaissée à 18 ans en 1993. Les membres de la Commission d'Etat ne siègent plus au Grand Conseil depuis 1995, afin de respecter le principe de la séparation des pouvoirs; ils ne sont plus que sept depuis 1996 (suppression des charges de trésorier de la bourse des pauvres et d'intendant de l'arsenal), et le Grand Conseil a été réformé. La landsgemeinde a perdu en 1993 le droit de conférer la bourgeoisie et dès 1994 celui d'élire le chancelier et le sautier, mais depuis quelques années son avis est davantage sollicité. Deux initiatives individuelles demandant la suppression de la landsgemeinde échouèrent en 1991. Les droits populaires furent légèrement élargis par l'introduction du référendum financier, facultatif en 1966, obligatoire en 1979. On a redéfini les attributions des instances judiciaires et introduit en 1999 une juridiction administrative.

Auteur(e): Josef Küng / PM

2.1.6 - Vie politique

L'homogénéité confessionnelle et sociale explique l'apparition tardive des partis. Une section du Grutli, fondée en 1870, disparut en 1925; une partie de ses membres militèrent dans un PS cantonal, dissous en 1945. Les adversaires des conservateurs au XIXe s. n'étaient guère organisés, avant la création en 1906 de l'union radicale-démocratique, rebaptisée parti bourgeois progressiste en 1931 et dissoute en 1946. Le parti conservateur populaire des Rhodes-Intérieures, fondé en 1914, structura le courant dominant au gouvernement et dans la société. Mais le PDC cantonal créé en 1988 fut le premier véritable parti. Le "groupe pour les Rhodes-Intérieures", fondé en 1969, se trouve souvent en opposition avec la majorité conservatrice. Le féministe "forum des femmes" s'est fondé en 1992. Une section cantonale de l'UDC existe depuis 1996.

Bien que la paysannerie ne représente plus que 17% environ de la population active, elle dispose grâce à ses nombreuses organisations d'une forte influence politique et économique, qui tend néanmoins à diminuer. Elle a encore six députés (sur 46) en 1998. La plupart des petites et moyennes entreprises appartiennent à l'union des arts et métiers (fondée en 1878) ou à celle du commerce et de l'industrie (1966), qui ont beaucoup de poids dans la politique économique cantonale. Les associations de salariés d'A. (1964), Oberegg (1964) et Gonten (1994) ont chacune des députés. Eligibles et très actives dans les communes scolaires et paroissiales dès 1972, les femmes le sont à toutes les charges depuis 1990. Elles occupent en 2000 dix sièges au Grand Conseil, deux au tribunal cantonal (sur treize); en revanche, elles ne sont plus représentées au gouvernement depuis l'élection de Ruth Metzler-Arnold au conseil fédéral (1999). Contrairement à l'usage d'autres cantons, les députés et membres de la Commission d'Etat n'ont pas officiellement de couleur partisane; il n'y a pas de groupes parlementaires. Mais la plupart d'entre eux, de même que les représentants à l'Assemblée fédérale (un conseiller national, un conseiller aux Etats) appartiennent au PDC ou lui sont apparentés. Arnold Koller fut de 1987 à 1999 le premier conseiller fédéral du demi-canton.

L'histoire de la presse des Rhodes-Intérieures débute avec l'hebdomadaire Der Sentis (1858-1860). D'abord conservateur et clérical, il tomba bientôt sous influence radicale et changea plusieurs fois de nom (Der Appenzeller en 1860-1861, Appenzeller Anzeiger de 1862 à 1869, Appenzell Innerrhoder-Zeitung de 1869 à 1872, Neue Appenzeller Zeitung de 1872 à 1878, Freier Appenzeller de 1878 à 1895). Le succès tardant, il en revint à une ligne conservatrice, mais seulement de 1872 à 1873. Les conservateurs firent alors imprimer à Rorschach l'Echo vom Säntis (1873-1875), mais cela n'était pas satisfaisant à long terme, aussi fonda-t-on en 1876 l'Appenzeller Volksfreund, dont la rédaction fut confiée à Johann Baptist Emil Rusch et qui reste aujourd'hui le seul journal du canton. La minorité radicale retrouva un organe, l'Anzeiger vom Alpstein, en 1906, qui parut jusqu'en 1972 malgré la disparition du parti en 1946.

Auteur(e): Josef Küng / PM

2.2 - Population et habitat

Le taux de croissance de la population des Rhodes-Intérieures (8489 habitants en 1801) resta modeste jusqu'en 1813 (3,7o/oo), à cause des troubles politiques et de la crise économique de 1812; mais après la disette de 1817-1818 et la cherté de 1830-1836, il monta à 6o/oo. Le taux de natalité était le plus élevé de Suisse entre 1836 et 1850.

De 1850 à 1910, comme ailleurs en Suisse, la croissance d'abord modérée s'accéléra dès les années 1880. Le sommet de 1910 (14 659 âmes) ne sera dépassé qu'au milieu des années 1990. Dû à un excédent naturel, avec des taux de natalité et de mortalité très supérieurs à la moyenne suisse, l'essor démographique n'avait aucune base économique; il entraîna donc une forte émigration, en particulier dans le Pays Intérieur (les enclaves évoluant pour leur part selon la conjoncture de l'industrie textile des Rhodes-Extérieures), vers les régions catholiques du canton de Saint-Gall et de l'Allemagne du Sud, vers le Vorarlberg et le Tyrol, beaucoup moins outre-mer. Les migrations saisonnières jouaient aussi un grand rôle au XIXe s., notamment celles des enfants vers la Souabe.

L'effondrement de la broderie en Suisse orientale après 1910 fit diminuer la population des Rhodes-Intérieures; le mouvement s'accéléra dans les années 1920 et 1930. Le nombre des départs, surtout de jeunes adultes, culmina déjà dans les années 1920. Ni l'excédent des naissances ni l'arrivée d'étrangers (2,5% de la population en 1950, 8,3% en 1970) ne put combler ce déficit avant les années 1980. Grâce à la création de zones à bâtir, à l'arrivée d'entreprises industrielles et commerciales, à une meilleure offre scolaire et à des mesures étatiques de soutien à l'économie, on comptait 13 870 habitants en 1990.

La bourgade d'A. et les villages de Gonten et d'Oberegg étaient jusqu'en 1910 les seules agglomérations de ce pays d'habitat dispersé. De 1910 à 1960, quelques hameaux bien reliés au chef-lieu devinrent de vrais villages (Haslen, Steinegg, Schwende, Weissbad; et dans une moindre mesure Brülisau, Eggerstanden ou Schlatt). Après 1945, le boom immobilier de la haute conjoncture menaça les structures traditionnelles de l'habitat, surtout à A. et Oberegg, où surgirent de nouveaux quartiers résidentiels (1965-1976) et de petites zones industrielles; le phénomène toucha aussi, dès les années 1960, Steinegg, Eggerstanden et Meistersrüte. De 1969 à 1989, la construction de villas et d'immeubles à usage multiple transforma peu à peu le paysage des communes agricoles de Gonten, Rüte et Schwende.

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

2.3 - Economie

L'agriculture resta l'activité dominante jusqu'au XXe s. En 1970, elle offrait encore près d'un tiers des emplois. Dans le textile, l'industrie de la toile fit place vers 1800 à la broderie; la crise conjoncturelle qui la frappa vers 1870 fit apparaître les premières machines. Le tourisme (hôtels, bains, auberges de montagne) se développa vers la fin du XIXe s., en même temps que le réseau routier et ferroviaire. L'eau courante et l'électricité arrivèrent dès 1888. La crise de la broderie après la Première Guerre mondiale déclencha une mutation structurelle qui se poursuivit après la Deuxième Guerre avec l'arrivée d'entreprises de la métallurgie, des machines, des matières plastiques et des services.

2.3.1 - Agriculture

Se consacrant principalement à la production laitière et à l'engraissement dans de petites et moyennes exploitations, l'agriculture conserva jusque dans les années 1930, c'est-à-dire jusqu'à l'apparition de centrales de collecte du lait, ses méthodes traditionnelles basées sur le partage des tâches entre paysans et armaillis: on transformait le lait à l'alpage (il y avait 167 alpages, soit 3582 ha au total, généralement propriété privée, en 1899) et des commissionnaires (Molkengrempler) écoulaient les produits sur les marchés régionaux, voire à l'étranger pour les fromages.

Pour compléter leurs troupeaux, armaillis et marchands de bétail achetaient des bovins au Tessin, au Tyrol, au Vorarlberg et aux Grisons; jusqu'à la Première Guerre mondiale, ils les revendaient une fois engraissés à Saint-Gall, Zurich, Lindau (D) et Feldkirch (A). Le cheptel bovin n'augmenta que lentement (6748 têtes en 1866, 10 419 en 1916), car de nombreux paysans préféraient les caprins, beaucoup moins coûteux à l'achat. Dans toute l'Europe, entre 1850 et 1914, les touristes appréciaient fort le lait et le petit-lait de chèvre, auxquels on attribuait des effets thérapeutiques. Mais la chute massive de la demande durant la Première Guerre mondiale entraîna la diminution du troupeau (4825 têtes en 1866, 3579 en 1916, 597 en 1996), auquel s'étaient substitués, dès les années 1930, les porcins (2446 têtes en 1866, 13 879 en 1931).

Les structures agraires se modifièrent dès 1950: le nombre des exploitations baissa fortement (1357 en 1950, 735 en 1996), leur surface moyenne augmenta (5,4 ha en 1950, 10,7 en 1996), de même que la taille des troupeaux. Les machines firent leur apparition, les fermes furent modernisées. Pratiqué durant les années 1950 et 1960, l'élevage "en batterie" des porcs (44 037 en 1973, 26 726 en 1996) et des veaux (3157 en 1973, 1730 en 1996) recula après l'introduction de mesures plus strictes sur la protection des animaux et de l'environnement (limitation du nombre de têtes par unité de surface); il fut partiellement remplacé par les volailles (9595 têtes en 1918, 12 487 en 1946, 162 233 en 1996) et les ovins (1004 têtes en 1966, 3517 en 1996). La production de céréales, fruits et légumes resta négligeable, sauf durant les deux guerres mondiales. Les zones basses d'Oberegg donnaient autrefois un peu de vin de piètre qualité (vignes replantées en 1976).

Le manque chronique de réserves de fourrage et la demande croissante de terres agricoles firent monter le prix du sol et les taux hypothécaires, ce qui explique le degré d'endettement élevé des paysans au XIXe s. L'Etat, avec ses faibles moyens, tenta d'encourager l'élevage par des concours et par de fortes primes. Après la crise des années 1870, le monde agricole commença à s'organiser pour s'entraider et défendre ses intérêts: société cantonale d'agriculture (1888, union des paysans d'A. depuis 1942), coopératives d'éleveurs dès 1894, union coopérative laitière (1902), union des armaillis d'A.-Toggenbourg (1918), agence commerciale du fromage d'A. (1942), syndicats d'amélioration foncière (années 1950-1960).

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

2.3.2 - Industrie à domicile et fabriques

La mécanisation de l'industrie textile des Rhodes-Extérieures et de Saint-Gall réduisit au chômage, après 1800, beaucoup de fileuses des Rhodes-Intérieures où, manquant d'entrepreneurs et de capitaux, on se mit à la broderie, devenue dans les années 1830 une source de revenus importante. Hommes et femmes, garçons et filles brodaient à domicile pour des entrepreneurs des Rhodes-Extérieures et de Saint-Gall. Plus tard, quelques commissionnaires indigènes s'élevèrent au rang de fabricant ou exploitèrent, jusqu'en 1914, des magasins dans les stations élégantes d'Europe. La branche était très sensible à la mode et aux aléas de la conjoncture: chômage de 1845 à 1850, essor de 1850 à 1857, apogée de 1880 env. à 1914. Employant 2330 ouvrières en 1880 et 2981 en 1920 (soit la majorité de la population active féminine), elle répondait à la forte concurrence en améliorant la qualité. La broderie fut la principale source, avec l'élevage des porcs, de l'élévation du niveau de vie dans les Rhodes-Intérieures.

Une crise conjoncturelle fit apparaître vers 1870 les premières machines à broder; en 1890, quelque 650 ouvriers les faisaient fonctionner, soit à domicile, soit à la fabrique de broderie d'A. (1871-1930). Peu d'entreprises survécurent à la crise de la broderie mécanique de Suisse orientale, après la Première Guerre mondiale. Mais la broderie à la main garda son élan jusque dans les années 1950 (sauf pendant la crise de 1930-1935), grâce notamment à l'action de l'union industrielle de la broderie à la main d'A. (1902-1991), aux marques protégées (1930-1970) et aux cours de broderie (1928-1955). Après 1955, la concurrence asiatique parvint à prendre le dessus. La métallurgie, l'industrie des machines et celle des matières plastiques relancèrent quelque peu l'économie après la Deuxième Guerre mondiale. La distribution de produits textiles occupe aujourd'hui encore une place importante.

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

2.3.3 - Arts et métiers, banques, tourisme

Fondée en 1878, rebaptisée en 1937, l'union des arts et métiers des Rhodes-Intérieures a créé en 1892 son école, reprise par l'Etat en 1935. Entre les années 1950 et 1975, les cours professionnels furent transférés dans les cantons voisins (les derniers à Hérisau). A la demande des milieux économiques, une caisse cantonale d'épargne et de crédit fut fondée en 1879 et une banque cantonale (qui fut aussi institut d'émission) ouvrit en 1900. D'autres banques ont des filiales à A. On trouve des banques Raiffeisen à A., Brülisau et Gonten.

Le tourisme pédestre est une vieille tradition. Mais avant déjà que les alpinistes ne s'attaquent, vers 1800, à l'Alpstein, indigènes et étrangers fréquentaient les bains de Gontenbad, Weissbad, Jakobsbad ou faisaient des cures de petit-lait dans des établissements spécialisés. Hôtels et auberges de montagne suivirent (par exemple au Säntis). A la fin du XIXe s., le tourisme était l'une des premières branches de l'économie cantonale. Il souffrit pendant les guerres mondiales et la grande crise, mais l'aménagement de sentiers pédestres, de téléphériques et de téléskis, ainsi que la rénovation des auberges le relancèrent à grande échelle dès les années 1950. Il fournit aujourd'hui 15 à 20% des recettes de l'Etat, bien qu'il soit peu ouvert aux innovations et que la plupart des hôtes ne viennent que pour un jour. On promeut depuis peu le tourisme de congrès et de séminaires.

Les transports sont de première importance pour le tourisme. Les premières routes carrossables conduisirent d'A. à Gais (1809), à Gonten (1864), à Wasserauen (1869). Entre l'adoption de la première loi sur les routes (1876) et la fin du XIXe s., l'Etat réalisa un réseau de voies principales qui ne subira guère au XXe s. que des adaptations techniques. Dès 1886, les Rhodes-Intérieures furent reliées au réseau ferroviaire (Chemins de fer appenzellois).

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

2.4 - Société

En observant les structures agricoles, celles du commerce de bétail et, dans une bien moindre mesure, celles de l'armée et de l'Etat, on voit se dessiner un groupe de gens aisés, établis au chef-lieu, gros paysans, armaillis, marchands de bétail, et surtout propriétaires et capitalistes. Ce sont eux, à de rares exceptions près, qui occupent au XIXe s. les hautes charges publiques, accaparantes et mal rémunérées, car eux seuls ont les moyens, les loisirs et la formation nécessaires. Après 1848, l'arrivée de Suisses originaires d'autres cantons et le changement de statut des rhodes firent éclater les cadres traditionnels; les Heimatlos établis dans le canton reçurent le droit de bourgeoisie par décision du Grand Conseil du 16 octobre 1851.

La société resta d'essence paysanne jusque dans la première moitié du XXe s. Le niveau économique et social de la grande majorité semble avoir été très bas au XIXe s. En 1803, comme dans les décennies suivantes, la moitié de la population était pauvre, un tiers disposait d'une fortune minime, 5% seulement pouvaient compter sur des réserves plus que suffisantes. Le rôle des pauvres comprend 1800 noms en 1816, 300 en 1839. La combinaison des activités agricoles et de l'industrie à domicile permit d'améliorer la situation. En 1880, sur 12 874 habitants, 9134 vivaient, directement ou indirectement, de ces deux branches (85,3% en 1900, 79,8% en 1930).

De profonds changements ont touché les structures sociales après 1870 et surtout après 1945: plus tard qu'ailleurs en Suisse, la part du secteur primaire (2207 emplois en 1950, 1167 en 1990) a diminué, puis celle du secondaire dès les années 1970 (2596 emplois en 1950, 2390 en 1990), au profit du tertiaire (1322 emplois en 1950, 3106 en 1990). Les Suisses originaires d'autres cantons ne représentaient que 3,4% de la population en 1870; un siècle plus tard, près de 80% des habitants sont bourgeois du demi-canton. Le nombre des navetteurs travaillant dans la région de Saint-Gall s'est accru après 1945.

Actives depuis toujours dans l'agriculture et la broderie, les femmes étaient désavantagées par les lois et les coutumes. Elles n'obtinrent le droit de vote sur le plan cantonal, et une pleine égalité politique, qu'en 1990, par un arrêt du Tribunal fédéral. Elles siègent au tribunal cantonal depuis 1992, au gouvernement depuis 1996 (la future conseillère fédérale Ruth Metzler, PDC).

On ne compte pas moins de 186 sociétés. Dans le domaine culturel, citons la Société d'histoire d'A. (1879) et l'Association des costumes folkloriques (1932). Les associations professionnelles ont fait disparaître les confréries religieuses remontant au XVIe s. L'Association de jeunes artisans (Gesellenverein) fondée en 1853 est la première du genre en Suisse. Mentionnés dès le XVIe s., les chœurs d'Eglise existent officiellement depuis 1850. La Société de musique d'A. semble dater de 1846. La musique populaire, qui paraissait en voie d'extinction vers 1965, a fait un retour remarqué dans les années 1990. Quelques sociétés de tir remontent au XVe s., mais la plupart sont nées au milieu du XIXe ou au début du XXe s. Elles se sont fédérées en 1885 dans une société cantonale. La Société de gymnastique d'A. (1866 ou 1876) est la plus ancienne des nombreuses associations sportives, qui ont une organisation faîtière depuis 1974.

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

2.5 - Eglise, formation et culture

Les Rhodes-Intérieures firent partie du diocèse de Constance (comme commissariat épiscopal dès 1806) jusqu'à ce qu'il perde ses territoires suisses (1814); elles furent alors soumises à l'administration apostolique de Franz Bernhard Göldlin von Tiefenau, prévôt de Beromünster, puis à celle de Coire (1819), et en 1866 à celle de Saint-Gall. Le canton remit son droit de collation à la paroisse en 1995. Les autorités politiques intervinrent souvent dans les affaires ecclésiastiques: par exemple elles surveillèrent dès 1807 les comptes des couvents de femmes exempts, interdirent l'accueil de novices sans autorisation officielle, déposèrent en 1858 un curé d'Oberegg dérangeant et empêchèrent jusqu'en 1845 l'érection de la paroisse de Brülisau. La paroisse de Schwende fut créée en 1915. L'annexe de Schlatt fut incorporée à A. en 1970, alors que celle d'Eggerstanden subsiste, malgré le départ du dernier desservant (1981). Entre 1863 et 1929, on construisit de nouvelles églises, plus vastes, à Gonten, Oberegg, Brülisau, Haslen, Eggerstanden, Schlatt et Schwende. Le cinquième couvent du canton, celui (féminin) "des douleurs du Christ", fut fondé à Jakobsbad en 1851.

Les protestants (0,4% de la population en 1850, 4,3% en 1950, 9,2% en 1990) fondèrent une association à A. en 1875, qui eut son temple dès 1909 et devint en 1925 une paroisse, reconnue en droit public, laquelle forma en 1977 avec les paroisses des Rhodes-Extérieures l'Eglise évangélique protestante des deux A. Les frontières cantonales s'ouvrirent: depuis 1968, les catholiques de Stein (AR) et de Hundwil vont à la messe à Haslen et ceux de Reute (AR) à Oberegg; depuis 1971, ceux de Kapf (AI) à Marbach (SG). Les protestants d'Oberegg relèvent de Reute depuis 1969. 80% des catholiques pratiquaient encore en 1990. Le manque de prêtres contraignit à recourir à la collaboration de théologiens laïques, de groupes, d'associations, ainsi qu'aux capucins (surtout pour la cure d'âmes). Des laïcs assument la plupart des tâches éducatives et sociales et sont même engagés dans les affaires ecclésiastiques. L'Eglise a perdu beaucoup de son influence sur la vie privée et publique, même si plus de 85% de la population se disaient encore de confession catholique en 1990.

Le développement du système scolaire et l'existence de nombreuses institutions sociales ont largement dépendu de l'Eglise. Des chapelains furent inspecteurs scolaires (1902-1966). Des capucines (1811-1973), des sœurs de Baldegg (dès 1920), de Menzingen (dès 1873) et d'Ingenbohl (1880-1982) dirigèrent des écoles, des asiles, des orphelinats, des dispensaires et travaillèrent à l'hôpital d'A. Le Grand Conseil décida la gratuité de l'enseignement en 1811. Une première ordonnance scolaire entra en vigueur en 1828. L'école, obligatoire depuis 1858, est soumise plus étroitement à l'Etat depuis 1873. Divers bâtiments scolaires ont été construits ou rénovés au chef-lieu et dans les autres communes après 1900. Dès les années 1960 on introduisit peu à peu les classes de développement, le service psychologique et l'orientation professionnelle, tout en élargissant le degré supérieur. Au début des années 1970, on supprima l'enseignement à la demi-journée, porta la durée de l'école obligatoire à huit ans et on ouvrit une école d'agriculture. En 1999, l'Etat reprit le collège des capucins, fondé en 1908, et en fit une école secondaire cantonale.

Les coutumes comme la montée à l'alpage et le concours de bétail sont bien observées et se renforcent même depuis les années 1970. Parmi les usages religieux, citons, outre les processions de la Fête-Dieu, les services solennels avec orchestre célébrés à Pâques à A. et depuis les années 1980 dans d'autres paroisses. Le pèlerinage, civil et religieux, sur le site de la bataille du Stoss (1405) a lieu chaque année un dimanche de la mi-mai.

Les Rhodes-Intérieures furent d'abord "découvertes" par des artistes étrangers, comme Emil Nolde, Emil Rittmeyer ou Carl August Liner. La peinture paysanne (Franz Anton Heim par exemple) est issue au début du XIXe s. de la décoration de meubles. La Ziegelhütte a présenté des artistes de diverses tendances de 1986 à 1996; les galeries Pappelhof (dès 1979) et Ziel (dès 1987) exposent de l'artisanat traditionnel. Le musée Liner ouvert à A. en 1998 montre des œuvres des deux Liner et de l'art contemporain. Les sociétés théâtrales d'A. (1959) et Oberegg (1902) montent des auteurs du terroir. La bibliothèque et les archives cantonales, qui ont déménagé en 1994, conservent les documents relatifs au pays. Le musée d'A., fondé en 1879, a renouvelé sa présentation en 1995.

Auteur(e): Hermann Bischofberger / PM

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– KBAI
– LAA
– Musée d'Appenzell
Bibliographie
– Les Rhodes-Intérieures font l'objet d'un vol. des Monuments d'art et d'histoire, dû à Rainald Fischer (1984), qui aborde surtout l'histoire de l'art et l'histoire culturelle du canton. Le troisième vol. de l'Appenzeller Geschichte (1993), aboutissement d'un projet commun aux deux Appenzells lancé à la fin des années 1950 à l'intention du grand public, donne une histoire événementielle des Rhodes-Intérieures. A quelques exceptions près, l'historiographie s'est limitée jusqu'ici à des monographies locales ou régionales, ou à des thèmes et périodes restreints. Bien qu'il existe plusieurs périodiques et que l'on trouve un matériel abondant dans l'Appenzellisches Wappen- und Geschlechterbuch publié par Jakob Signer et Ernst Hans Koller (1926), dans la Chronik der Appenzell I.-Rh. Liegenschaften (1939-1963, sans Oberegg) et dans l'Innerrhoder Tageschronik mit Bibliographie und Totentafel (dès 1945), le demi-canton des Rhodes-Intérieures est assez pauvre, tant sur le plan des publications de sources que sur celui des recherches, mis à part quelques histoires locales récentes (paroisse d'Appenzell, Gonten).
IGfr., (la plus importante revue d'hist. cantonale)
MAH AI, 1984
AppGesch, 3 (avec sources et bibliogr. complètes)
– A.Weishaupt, Geschichte von Gonten, 2 vol., 1997
– D. Fässler, "Den Armen zu Trost, Nutz und Gut", 1998
– H. Bischofberger, Rechtsarchäologie und rechtliche Volkskunde des eidgenössischen Standes Appenzell Innerrhoden, 2 vol., 1999
– A. Weishaupt, 125 Jahre Evangelisch-reformierte Kirchgemeinde Appenzell, 2000

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM