Historisches Lexikon der Schweiz (HLS) Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) Dizionario storico della Svizzera (DSS)

1.2 - Population, économie, société

Il y avait environ 6500 habitants dans le Pays Intérieur vers 1600. Malgré les pestes du premier tiers du XVIIe s. (1611, 1629, 1635) et les famines (1622, 1689-1692, 1710-1714), la population s'accrut, surtout entre 1660 et 1720, d'un millier d'âmes. Elle stagna ensuite (sauf à Gonten jusqu'en 1765 et à Haslen), à cause des épidémies et famines des années 1740 et 1770, d'une très forte mortalité infantile et des jeunes enfants et d'une légère émigration. Vers 1800, le Pays Intérieur comptait 7400 habitants, Hirschberg-Oberegg environ 1400.

L'agriculture (en mains de la petite paysannerie) laissa sa marque sur la structure économique des Rhodes-Intérieures, sises à l'écart des grands courants commerciaux. Le recul de la céréaliculture (un peu d'orge et d'avoine) devant les prairies était sans doute presque achevé vers 1700: au XVIIIe s. le pays dépendait des importations provenant d'Allemagne du Sud, du Fürstenland saint-gallois, de Thurgovie, d'Italie du Nord. Après la famine de 1771-1772, on développa la culture des légumes et on introduisit celle de la pomme de terre, sur les communaux. L'engraissement du bétail et la production laitière dominaient. Les paysans, qui élevaient une ou deux vaches pour leur propre usage, achetaient des bêtes gravides au Toggenbourg, aux Grisons, au Vorarlberg et les revendaient après sept ou huit ans; ils faisaient aussi commerce d'autres animaux de boucherie. Les armaillis exploitaient les alpages avec des bovins, louant en partie les uns et les autres; ils faisaient hiverner leurs troupeaux chez les paysans qui fournissaient le foin. L'élevage intensif provoqua l'essor du commerce des produits laitiers, vendus par les Molkengrempler au marché hebdomadaire d'A. (dès 1537), ainsi que dans le Rheintal, à Saint-Gall, à Zurich, voire en Allemagne du Sud et au Tyrol pour les fromages. A la fin du XVIIIe s., la plupart des exploitations étaient de petite taille: si 10% des propriétaires possédaient la moitié des surfaces de prairie, plus de 80% des paysans ne pouvaient hiverner plus de 6 vaches et les droits d'alpage, en majorité privés, étaient très morcelés. L'endettement agricole s'accrut massivement au XVIIIe s., à cause des crises économiques et des taux d'intérêt élevés (jusqu'à 8%, l'argent étant rare). Beaucoup de paysans durent vendre leurs terres; ils devinrent journaliers et ouvriers à domicile, de plus en plus dépendants de revenus accessoires. Les autorités cherchèrent à empêcher la vente aux "étrangers", venus des Rhodes-Extérieures ou du Rheintal. L'exploitation du bois de feu, de construction ou pour clôture, la production de salpêtre et de charbon de bois étaient limitées aux besoins personnels. Plus de la moitié des forêts étaient en mains privées; les autres, surexploitées, exigeaient sans cesse des mesures de protection.

L'industrie textile à domicile offrit des revenus d'appoint dès le XVe s. Dans le demi-canton, on filait le lin (cultivé jusqu'en 1740), on tissait des toiles grossières et on les blanchissait à A. Par trois fois (1604, avant 1628, 1683), une société voulut se lancer dans le commerce des toiles, mais faute de soutien officiel, ce furent trois échecs. La blanchisserie subsista néanmoins de 1604 jusqu'au XIXe s.; après 1739 elle travaillait exclusivement pour des maisons étrangères. Au XVIIIe s., la plupart des tisserands habitaient Haslen. Seule innovation notable, la filature du coton fut introduite au milieu du XVIIIe s., d'abord par des marchands-entrepreneurs des Rhodes-Extérieures et de Saint-Gall. La filature du lin et le tissage de la toile se maintinrent dans le Pays Intérieur jusqu'à la fin du XVIIIe s., tandis que Hirschberg et Oberegg passaient à la filature du coton. Après 1800 les salaires s'effondrèrent dans la filature; la broderie, pratiquée à domicile pour des entrepreneurs indigènes ou étrangers, devint en quelques années l'industrie dominante.

Les artisans, qui exerçaient le plus souvent à titre accessoire, étaient protégés contre la concurrence étrangère, soumise à la clause du besoin. Vers la fin du XVIIIe s., ils acquéraient de plus en plus leur formation hors du canton. Le service étranger procurait des pensions, des places d'officier, des bourses d'études et des emplois, mais il perdit son importance après les années 1740. Les pensions représentaient 10% des revenus de l'Etat en 1720 et moins de 2% en 1770. Les anciens officiers jouèrent un rôle politique au XVIIe et au début du XVIIIe s.

Quelques gros paysans, armaillis, commerçants, médecins, aubergistes et artisans fortunés, soit environ 10% de la population, formaient une classe supérieure assez floue mais qui accaparait les charges publiques des rhodes et du canton. La polarisation sociale s'accrut peu à peu aux XVIIeet XVIIIe s., entre quelques riches propriétaires de terres ou de capitaux et une masse croissante de petits paysans, d'artisans pauvres, de domestiques et d'ouvriers à domicile.

Auteur(e): Markus Schürmann / PM