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Nidwald

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Membre de la Confédération, peut-être depuis 1291 ou 1309, mais en tout cas depuis la division d'Unterwald dans le deuxième quart du XIVe s., sous le nom d'Unterwalden nit dem Kernwald jusqu'en 1798, partageant à la Diète une voix avec Obwald. De 1798 à 1803 (République helvétique), N. forma avec Engelberg le district de Stans dans le canton des Waldstätten. L'acte de Médiation lui rendit son autonomie sous le nom d'Unterwalden nid dem Wald, utilisé jusqu'à nos jours dans la Constitution cantonale (franç. Unterwald-le-Bas). La Constitution fédérale de 1999 officialisa la dénomination de Nidwald, usuelle dès le XIXe s., et renonça au terme de demi-canton, tout en maintenant la demi-représentation (un seul siège) au Conseil des Etats. Le territoire s'agrandit durablement en 1378 et 1435 (annexion de Hergiswil et d'alpages au sud d'Engelberg); il engloba Engelberg dès 1798, puis de 1803 à 1815. All. Nidwalden, ital. Nidvaldo, rom. Sutsilvania. La langue officielle est l'allemand, Stans le siège du parlement, du gouvernement et des tribunaux.

Superficie (2006)276,1 km² 
Forêt/surface boisée90,8 km²32,9%
Surface agricole104,7 km²37,9%
Surface bâtie13,4 km²4,9%
Surface improductive67,2 km²24,3%

Population et économie
Année 18501880a1900195019702000
Habitants 11 33911 97913 07019 38925 63437 235
En % de la population suisse0,5%0,4%0,4%0,4%0,4%0,5%
Langue       
Allemand  11 86912 74818 92023 54734 458
Italien  982852851 241533
Français  2323115138229
Romanche  19486248
Autres  15216461 967
Religion, Confession       
Catholiquesb 11 32711 90112 89917 84623 13028 132
Protestants 12901701 4852 2804 431
Catholiques-chrétiens    283317
Autres  11301914 655
dont communauté juive 117913
dont communautés islamiques     38812
dont sans appartenancec     922 162
Nationalité       
Suisses 11 30711 71212 47018 83223 27833 625
Etrangers 322676005572 3563 610
Année  19051939196519952005
Personnes activesSecteur primaire 4 0323 9851 4401 745d1 527
 Secteur secondaire 1 7852 2514 8915 4575 818
 Secteur tertiaire 1 7021 8363 8369 82611 713
Année  19651975198519952005
Part au revenu national 0,4%0,4%0,5%0,5%0,7%

a Habitants et nationalité: population résidante; langue et religion: population "présente"

b Y compris les catholiques-chrétiens en 1880 et 1900; depuis 1950 catholiques romains

c N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

d Chiffres du recensement des exploitations agricoles 1996

Sources:Stat. hist.; recensements fédéraux; OFS

Auteur(e): Peter Steiner / PM

1 - Préhistoire, Antiquité et haut Moyen Age

1.1 - Néolithique

A Kehrsiten (comm. Stansstad) des fouilles subaquatiques entreprises en 2004 ont révélé une série d'habitats au bord du lac des Quatre-Cantons, datés d'entre 4000 et 3100 av. J.-C. Les premières analyses ont identifié quatre phases d'occupation, qui correspondent aux civilisations de Cortaillod (vers 4000 av. J.-C.), Pfyn (vers 3750 av. J.-C.) et Horgen (vers 3150 av. J.-C.), ainsi qu'à la transition Pfyn-Horgen (vers 3450 av. J.-C.). Kehrsiten est actuellement l'unique station littorale connue dans toute la zone des Préalpes. Des lames de hache en pierre, divers outils en silex et des objets en cristal de roche attestent un autre habitat néolithique à la Loppburg (à l'extrémité nord-est du Lopper, contrefort du Pilate séparant les lacs d'Alpnach et des Quatre-Cantons); ce site fut aussi occupé durablement à l'âge du Bronze final (1400-1100 av. J.-C.), comme le prouvent des reliefs de repas, de la céramique, une épingle en bronze, des foyers et des fragments de murs. On a repéré des campements temporaires du Bronze à la Rotzberg (comm. Ennetmoos) et au col de Rengg (comm. Hergiswil), passage apparemment déjà fréquenté au Néolithique et à l'âge du Bronze.

Auteur(e): Hansjakob Achermann / PM

1.2 - Des Celtes aux Alamans

Les vestiges de l'âge du Fer et de l'époque romaine sont rares à N. (sépulture d'une jeune fille de 10 ans, de La Tène, à Stans, tombes gallo-romaines à incinération à Buochs et Oberdorf, quelques objets isolés). L'existence, aux époques celte et romaine, d'habitats de basse altitude, sans doute modestes, et peut-être aussi de quelques exploitations alpestres temporaires est rendue plausible par la toponymie: on relève une série de noms de lieux comprenant des éléments issus du substrat romanisé et que les Alamans arrivés au VIIIe s. ont soit repris directement, soit emprunté en les déformant; à la première catégorie appartiennent les noms de localités comme Stans (celtique), Buochs ou Kehrsiten, de cours d'eau comme Surenen, Anbach ou Secklisbach, d'alpages, de sommets et de lieudits comme Niderbawen, Brattelen, Fräckmünd, Pilate, Glesir, Eltschen ou Rotzloch. Dans les tombes découvertes lors de la restauration de l'église paroissiale de Stans, le mobilier funéraire présente des variantes dont on donne, avec prudence, une interprétation ethnique (gallo-romain ou alaman).

La pénétration des Alamans, puis l'essor démographique exigèrent une extension des terres cultivées, dont témoignent, pour cette époque sans documents écrits, maints toponymes. Les noms des communes de Beckenried, Emmetten et Wolfenschiessen, basés sur des prénoms alamans, datent sans doute du IXe s. Les nombreux noms formés à l'aide des suffixes -ingen, -ikon et -wil ou des éléments Rüt-, Schwand- ou Stock- (désignant un essart) donnent une idée des défrichements accomplis à basse et moyenne altitude (plaine et montagne).

Les immigrants alamans apportèrent leurs conceptions juridiques et politiques. Ils étaient probablement déjà christianisés; N. fut rattaché au diocèse de Constance (fondé vers 600). L'archéologie atteste l'existence d'une première église à Stans vers 750, peut-être sanctuaire privé des ducs d'Alémanie. Jusqu'au Xe s., elle fut la seule de la vallée; son ressort incluait tout le territoire cantonal actuel et celui d'Engelberg.

Auteur(e): Hansjakob Achermann / PM

2 - Histoire politique du Moyen Age à la fin du XVIIIe siècle

2.1 - Structures seigneuriales médiévales

A l'époque des défrichements médiévaux, quelques familles nobles, établies dans les Préalpes et sur le Plateau, et des abbayes étendirent leur influence à Unterwald. Des données postérieures laissent supposer que les Lenzbourg, les Sellenbüren-Regensberg, les Brienz-Ringgenberg-Rarogne, les Habsbourg, ainsi que les abbayes de Muri et de Murbach (par sa filiale de Lucerne) possédaient des droits et des terres à N. Mais les nouveaux seigneurs n'avaient généralement qu'un pouvoir nominal, sans structures solides, et les ministériaux locaux agissaient à leur guise. Avant la fin du XIIIe s., la plupart des possessions nobles furent données aux abbayes. Au XIIIe s., les biens de Muri passèrent à l'abbaye d'Engelberg, qui fut dès lors l'un des trois principaux seigneurs du pays, avec le prieuré de Lucerne et les Habsbourg.

Les Habsbourg s'appuyaient sur des droits de justice, les seigneurs ecclésiastiques sur des droits fonciers: grand domaine de Stans pour le prieuré de Lucerne, domaine de Buochs pour Engelberg, qui s'efforça dès 1260 de créer un territoire d'un seul tenant, par achats, échanges et donations. L'empereur Rodolphe Ier de Habsbourg devint avoué d'Engelberg en 1274 et acheta en 1291 les droits fonciers de Murbach-Lucerne sur Unterwald.

Auteur(e): Emil Weber / PM

2.2 - Mouvement communal et formation territoriale au bas Moyen Age

2.2.1 - Développement des Ürten

Le nombre et le rôle croissant des Ürten , communautés qui apparaissent d'abord dans les paroisses de Stans et Buochs au XIIIe s., s'explique non seulement par les tâches économiques qu'elles assumaient (organisation collective de l'agriculture, exploitation des communaux et sans doute entretien des digues de l'Aa), mais aussi par la différenciation des structures ecclésiastiques (paroisses, dîmes).

Au XIVe s., le poids politique de ces institutions, entre lesquelles se multiplièrent les conflits de frontières et d'usages, s'accrut en même temps que la céréaliculture cédait le pas à l'élevage. Les Ürten tendirent à se fermer dès 1400, comme le montrent des sources isolées (statuts villageois de Buochs). Malgré l'apparition d'un Etat territorial, elles furent jusque vers 1500 les acteurs principaux de la vie publique et restèrent ensuite jusqu'au XIXe s. des éléments importants de l'organisation administrative.

Auteur(e): Emil Weber / PM

2.2.2 - Nidwald et les pactes fédéraux de 1291 et de 1315

Le rôle joué par N. dans la conclusion des premiers pactes fédéraux de 1291 et 1315 est mal connu. En particulier, l'organisation étatique et la relation à Obwald sont difficiles à interpréter. Les historiens identifient généralement N. avec la Conmunitas (sic) hominum Intramontanorum Vallis Inferioris mentionnée dans le Pacte de 1291. Cependant, le sceau qui y est appendu est celui de l'Universitatis Hominum de Stannes; le complément et Vallis Superioris (pour Obwald) est une adjonction postérieure. On peut seulement en déduire qu'il existait à N. certaines structures communautaires (paroissiales); les rapports entre N. et Obwald et l'éventualité d'une adhésion plus tardive d'Obwald restent des points obscurs. Dans le Pacte de 1315 comme dans toutes les alliances suivantes, Obwald et N. apparaissent ensemble sous le nom de "gens d'Unterwald", mais avec le même sceau qu'en 1291.

L'historiographie traditionnelle décrivait tous les cantons du Pacte de 1291 comme des communautés de vallée démocratiques en voie de consolidation, sans distinguer leur développement étatique car, pour des motifs politiques, il fallait qu'ils apparaissent comme des partenaires égaux. A l'opposé de ces vues, Peter Blickle (1990) présente N. comme l'"associé junior" d'Uri et de Schwytz, car la vallée n'aurait formé que peu après 1300 une entité aux structures communales assez faibles, avant d'obtenir l'immédiateté impériale en 1309 et d'adhérer au Pacte en 1315. Blickle note à bon droit que N. n'a sans doute pas disposé d'organisation communale avant le XIVe s. Cependant, son hypothèse ne permet pas d'expliquer le rôle d'Unterwald, qui apparaît en 1304, puis s'efface. Tenant davantage compte du contexte politique, Roger Sablonier (2008) souligne le rôle du bailliage impérial des Waldstätten et du bailli Werner von Homberg dans le premier tiers du XIVe s. Il considère Uri, Schwytz et Unterwald comme des éléments de ce bailliage et voit dans le Pacte de 1291 un document établi en 1309 et antidaté pour prouver devant la chancellerie impériale la capacité de paix des cantons et obtenir la confirmation de l'immédiateté.

Il reste que les sources ne suffisent pas à expliquer le rôle de N. dans les premières alliances fédérales et que N. ne se donna qu'au cours du XIVe s. une structure communale, qui ne tarda pas à entrer en conflit avec les seigneurs ecclésiastiques.

Auteur(e): Emil Weber / PM

2.2.3 - Formation de l'Etat territorial aux XIVe et XVe siècles

Après 1330, une fois disparus le bailliage impérial des Waldstätten et le "pays" habsbourgeois d'Unterwald, Stans tomba davantage sous la coupe de l'abbaye d'Engelberg. Celle-ci cherchait depuis longtemps à créer une seigneurie d'un seul tenant et poursuivit jusqu'en 1360 ses acquisitions de terres à Stans, Buochs et Wolfenschiessen. Vers 1350, elle comptait dans la vallée plus de 200 tenanciers héréditaires et ses ministériaux étaient des personnages importants. C'est probablement à cette époque qu'elle imposa la division administrative tripartite (Stans, Buochs, Wolfenschiessen) qui resta en vigueur jusqu'au XIXe s.

Dans une économie où l'élevage était devenu prépondérant, les gros paysans des Ürten de Stans et Buochs gagnèrent en influence et menèrent une politique offensive de maîtrise des ressources agricoles, qui les dressa contre l'abbaye. En 1363, l'amman et les paroissiens de Stans et de Buochs décidèrent d'interdire la vente de terres aux églises (pour éviter la multiplication des biens de mainmorte) et aux étrangers. En 1378, un conflit éclata avec Lucerne à propos des droits d'usage dans la forêt du Bürgenstock; un arbitrage des Waldstätten y mit fin. Les ministériaux, de plus en plus contestés, furent bannis en 1382, à la suite d'un soulèvement.

Les Ürten remplacèrent de fait, avant 1400 environ, les communautés domaniales dans la gestion des affaires locales. On voit apparaître en même temps les premiers indices d'institutions étatiques: tribunal des Neuf en 1389, Conseil et landsgemeinde en 1398, tribunal des Onze (formé de représentants des principales Ürten) en 1400. Les attributions du landamman illustrent l'évolution vers l'autonomie communale: à la fin du XIVe s., il était à la fois fonctionnaire seigneurial et représentant de la communauté de vallée.

Au XVe s., N. chercha à s'agrandir. Si les villageois d'Engelberg, reconnus en 1411 comme gens de N. à la suite de conflits relatifs à des droits d'alpage, furent replacés dès 1413 sous l'autorité de l'abbé par un arbitrage confédéral, l'extension territoriale de 1435 (alpages enlevés à l'abbaye d'Engelberg) fut entérinée par la fixation de nouvelles frontières. Le rachat massif des droits seigneuriaux intervint à la même époque: abolition par la landsgemeinde des tenures héréditaires (1432), rachat des droits revendiqués par le prieuré de Lucerne (1457). Le canton s'affranchit peu à peu des droits d'Engelberg (du droit de mainmorte en 1686 seulement). La haute juridiction conférée en 1417 par l'empereur Sigismond donna de la consistance à la souveraineté cantonale, qui tenta de s'imposer à travers le code (Landrecht) de 1456. Un rôle fiscal est tenu à Dallenwil en 1408 déjà et un impôt cantonal est mentionné en 1413. Néanmoins, les structures étatiques restaient faibles, à tel point que N. devait recourir régulièrement à l'arbitrage confédéral pour résoudre ses conflits internes (affaires Koller, Mötteli, Zelger et Amstalden).

Auteur(e): Emil Weber / PM

2.3 - Gouvernement et administration sous l'Ancien Régime

Le renforcement des liens confédéraux par le biais du convenant de Stans, l'expansion au Tessin, où N. administra avec Uri et Schwytz, du début du XVIe s. jusqu'en 1798, les bailliages communs de Bellinzone, de Blenio et de la Riviera (Bailliages italiens), et les pensions étrangères firent enfin naître un pouvoir fort. Les structures étatiques évoluèrent à la fin du XVe s. vers une organisation stable. Le code de 1456, qui contenait surtout des dispositions sur la paix publique, fut peu à peu complété de règles nouvelles, légitimées par les assemblées du peuple de l'Aa (G'meindt an der Aa) et rassemblées dans le code (Landbuch) de 1510, celui de 1623 et celui, pour la première fois systématique, de 1782. Les décisions de la landsgemeinde et du Grand Conseil (Landrat, formé des magistrats et de représentants des Ürten) furent mises par écrit dès 1562, celle du Conseil hebdomadaire (Wochenrat, formé des magistrats et d'un conseiller par Ürte) dès 1580. L'Etat prit de plus en plus le pas sur les Ürten, qui gardèrent cependant leur importance dans la vie locale.

Sous l'Ancien Régime, N. se considérait comme un Etat populaire et une démocratie. En effet, tout homme du pays, dès l'âge de 14 ans, avait le droit de vote à la landsgemeinde ordinaire (le dernier dimanche d'avril) et à l'assemblée supplémentaire dite Nachgemeinde, qui se tenait normalement deux semaines plus tard et où l'on traitait les questions législatives; elle fut introduite au XVIe s., sans doute parce que les procédures électorales prenaient de plus en plus de temps, depuis l'acquisition des bailliages tessinois. La liberté de décision des gens du peuple était en fait fortement limitée, à cause de l'influence d'un petit groupe de notables, tous apparentés. Plus d'une fois, des membres des familles dirigeantes Zelger, Lussi, Trachsler, Leuw, Achermann et Keyser, forts de leurs privilèges, n'hésitèrent pas à suspendre des assemblées qui refusaient ou allaient peut-être refuser de les soutenir. Ces milieux essayèrent aussi, entre 1638 et 1645, en 1713-1714, d'abolir la Nachgemeinde législative ou de limiter le droit des simples citoyens à y présenter une proposition spontanée. Plusieurs domaines étaient exclus des débats et les libertés civiques et personnelles étaient limitées. Malgré la modestie extrême de l'appareil administratif, tout était rigoureusement réglementé, le peuple devait obéissance aux autorités, les déviances étaient poursuivies et punies. Le gouvernement avait une conception absolutiste du pouvoir, qu'il laissa voir après la défaite subie dans la guerre de Villmergen (1712) et l'incendie de Stans (1713), quand il attribua la responsabilité de ces catastrophes à l'influence excessive du peuple et exclut ce dernier du processus de décision politique, décision rapportée au bout d'une année déjà.

A la tête du pays on trouvait le landamman, qui présidait la landsgemeinde, la Nachgemeinde, tous les Conseils et le tribunal juré. Il était élu pour une année dans le groupe des trois anciens landammans, auquel accédait, quand un décès créait une vacance, le vice-landamman. Ensuite venaient le trésorier, le bailli (responsable des poursuites et faillites, des tutelles et successions), ainsi que les titulaires des charges militaires: le maisonneur et intendant de l'arsenal, le banneret, l'enseigne et le capitaine du pays. Ces magistrats siégeaient dans tous les Conseils: Conseil hebdomadaire, Grand Conseil et assemblée des Rät' und Landleute, une sorte de séance de parlement ouverte aux citoyens.

Au sein de la Confédération, N. soutint d'abord la ville de Lucerne; quand celle-ci se rapprocha de Zurich, il se rangea du côté de Schwytz. Ses relations avec Obwald, le "frère ennemi", étaient envenimées par une inégalité mal supportée: ne représentant qu'un tiers d'Unterwald, N. n'en fournissait l'unique délégué à la Diète qu'une année sur trois et ne recevait qu'un tiers des postes dans les bailliages communs. Les vestiges de l'organisation commune, restreints au domaine militaire (en cas de participation à une campagne fédérale, les troupes d'Obwald et de N. étaient placées sous le commandement unique du capitaine nidwaldien), furent abandonnés sans façons au XVIIIe s. Les rapports demeuraient aussi difficiles avec l'abbaye d'Engelberg, l'ancien seigneur, dont l'approvisionnement devait transiter par N. Même les accords dûment négociés, comme celui de 1686, s'avérèrent fragiles. Certes le péage fut supprimé en 1715; mais après un conflit sur le tracé de la frontière au col du Joch, N. renonça à son droit de nommer l'avoué et se retira du groupe des cantons protecteurs de l'abbaye.

Parmi les puissances européennes rivalisant au XVIIIe s. pour être autorisées à recruter des mercenaires à N., la France s'imposa d'abord, puis des capitulations furent signées aussi avec la Savoie en 1703, Venise en 1716, l'Espagne en 1733 et le prince-évêque de Bâle en 1735. Pour assurer sa position, la France versait des pensions, par l'intermédiaire d'un homme de confiance appartenant à l'une des familles dirigeantes du canton. Des tentatives de répartition plus juste de cette manne échouèrent en 1707-1708 et 1738. Les relations avec la France se refroidirent en 1764 à cause de la modification unilatérale du règlement de service; les autorités nidwaldiennes prirent d'abord le contrôle de la distribution des pensions françaises, puis décidèrent de les refuser. Après 1789, le service de France bientôt aboli, N. se rapprocha de l'Espagne et conclut avec elle en 1793 un accord portant sur la création d'un régiment nidwaldien.

Pour sa défense, N. pouvait mobiliser jusqu'à 1035 hommes, qui devaient fournir eux-mêmes leur armement, répartis en dix pelotons de 100 hommes formant trois corps de campagne, dits de la première enseigne (300 hommes), de la bannière (400) et de la seconde enseigne (300). Les porte-enseigne étaient élus par la landsgemeinde, les autres officiers par leur peloton. La construction d'un arsenal en 1667 et d'une poudrière en 1670 améliora l'infrastructure, mais l'instruction et l'armement restèrent insuffisants.

Auteur(e): Peter Steiner / PM

3 - Société, économie et culture, du Moyen Age au XVIIIe siècle

3.1 - Démographie et peuplement

Faute de sources, l'évolution démographique avant 1750 ne peut être que grossièrement estimée. Au Moyen Age, les défrichements révélés par la toponymie, les fondations d'église indiquant une extension des zones habitées et les conflits croissants autour de droits d'usage font penser que la population a augmenté. De nouveaux hameaux apparurent surtout en altitude, là où la population devait être très mobile. Selon une hypothèse ancienne, N. comptait environ 15 600 habitants au XIIIe s.; ce chiffre est assurément trop élevé, car de nouvelles estimations aboutissent à quelque 7000 âmes pour l'ensemble d'Unterwald. Au bas Moyen Age, la crise agraire et les épidémies de peste entraînèrent un recul démographique, des hameaux et des exploitations de montagne furent abandonnés (par exemple à Engelberg et Niederrickenbach) pour des raisons économiques ou climatiques.

A l'époque moderne, une évolution en dents de scie (due aux épidémies de peste, suivies de redressements rapides, et au service étranger qui en temps de crise avait un effet négatif) se solda par une croissance de faible ampleur, seule compatible avec l'état des ressources économiques. Des données précises, tirées des listes de communiants, sont disponibles dès 1743; à cette date, N. avait 7814 habitants. Vu la faiblesse de l'industrie à domicile, l'essor démographique ne débuta qu'en 1770 (augmentation de la natalité et recul de la mortalité infantile). On comptait 8496 âmes en 1799.

Auteur(e): Emil Weber / PM

3.2 - Economie

3.2.1 - Moyen Age

L'économie de subsistance prédominait au Moyen Age classique, selon des formes variant avec l'altitude. Dans les zones élevées, l'exploitation des alpages dépendait soit des abbayes, soit de corporations d'usagers. En montagne, l'élevage se pratiquait souvent sans relation avec la plaine, complété par un peu de céréaliculture dans des enclos temporaires. En plaine, de vastes terrains dépendaient des abbayes, mais l'économie mixte et la faiblesse des pressions seigneuriales expliquent la rareté de l'assolement obligatoire. Les limites des zones d'exploitation étaient floues: près des habitations régnaient le jardinage, l'élevage et la céréaliculture extensive; plus loin, la mise en culture n'était que partielle. La forêt servait de pâturage temporaire.

Comme dans d'autres vallées alpines, l'élevage du gros bétail s'intensifia dès le XIVe s. et devint au XVIe s. la seule forme d'exploitation. Attribuée autrefois à l'abolition de la seigneurie foncière, cette évolution qui se traduit par une commercialisation et une monétarisation de l'agriculture, est plutôt due, selon les historiens actuels, à des impulsions émanant des villes: la demande croissante de viande dans les cités d'Italie du Nord favorisa la production de gros bétail destiné à l'exportation, d'autant que les prix des céréales importées d'Allemagne du Sud baissaient. Les Nidwaldiens fréquentaient les foires de Zurich et de Lucerne. Le marché local de Stans gagna en importance ("paix du marché" en 1456).

Les gros paysans furent les premiers à tout miser sur l'élevage, dès 1400. Ils essayèrent de se procurer davantage de lieux de pâture en pratiquant des enclosures dans les communaux, en poussant l'estivage, en liquidant les droits abbatiaux et en soutenant la politique d'expansion du canton. Le changement renforça l'organisation corporative de l'agriculture et réunit les différentes zones (plaine, mayens, alpages) dans un système interdépendant, mais provoqua des conflits entre gros et petits paysans à propos des pâturages. Parallèlement, le service étranger ouvrit aux entrepreneurs militaires de grandes possibilités de profit.

Les droits de pêche dans l'Aa et sur la rive du lac des Quatre-Cantons, qui appartenaient aux abbayes d'Engelberg et de Murbach-Lucerne, passèrent aux Ürten ou au canton au XIVe et au XVe s. Selon un témoignage de 1434, la pêche au milieu du lac avait toujours été libre, mais, au XIVe s. déjà, des conflits à ce propos sont attestés entre des Nidwaldiens et la ville de Lucerne. La situation de N. rend probable l'existence, dès le Moyen Age, de relations par bateau au moins avec Lucerne, le marché régional, mais vu l'état des sources, un trafic lacustre régulier le long du Bürgenstock n'est pas prouvé avant l'époque moderne.

Auteur(e): Emil Weber / PM

3.2.2 - Epoque moderne

L'élevage et l'économie alpestre orientée vers les exportations de bétail et de fromage à pâte dure restèrent à l'époque moderne les principales sources de revenu, si bien que N. apparaît dans les récits de voyage de la fin du XVIIIe s. comme le "pays des bergers" par excellence. De petits artisans sont attestés dans les principales localités; au XVIIe s., ils commencèrent à se donner une organisation corporative, au moins à Stans, sous la forme de confréries religieuses. Des essais de protoindustrialisation eurent lieu dès 1598 au Rotzloch (comm. Stansstad), où s'établirent avant 1626 un moulin à papier, un pressoir à huile, une scierie, un moulin à poudre, une tannerie et une fonderie de fer; la papeterie et la métallurgie s'y maintinrent pendant plus de deux siècles. La fabrication de tuiles à Hergiswil ne devint florissante que vers la fin du XVIIIe s.

Principale activité, l'agriculture ne pouvait pourtant pas assurer un revenu à tous les habitants. Et comme les autorités ne faisaient rien pour encourager l'industrie, la seule issue était l'expatriation temporaire (service étranger) ou définitive (en Alsace, en Prusse orientale ou dès le XVIIIe s. en Russie). Les pensions militaires alimentaient le trésor public et permettaient aux familles dirigeantes une existence conforme à leur état; mais la majorité de la population n'en profitait guère et vivait modestement.

Auteur(e): Hansjakob Achermann / PM

3.3 - Société

3.3.1 - Moyen Age

L'élite sociale nidwaldienne était constituée, au Moyen Age, de chevaliers comme les von Buochs et de ministériaux comme les Meier von Stans (mayors), tous vassaux des seigneurs fonciers dont dépendait le pays. Quelques vestiges archéologiques attestent qu'ils s'efforçaient de vivre noblement et d'entretenir des contacts hors de la région. Les paysans ne formaient pas un groupe homogène, ceux de plaine et ceux de montagne ne se considérant pas comme égaux. Leur vie se déroulait dans le cadre de diverses associations qui se recouvraient partiellement (communautés, paroisses, domaines seigneuriaux), dont il ne faut cependant pas surestimer le rôle, car le régime domanial et l'organisation collective de l'exploitation étaient peu développés.

De nouvelles familles de ministériaux apparurent vers 1300, tels les Retschrieden, Winkelried, Ödisried, Waltersberg ou Tottikon. Les deux dernières prirent de l'ascendant au XIVe s., grâce surtout à leurs liens de parenté avec la noblesse régionale, mais leur genre de vie ne différait guère de celui de paysans riches. Dès 1350 environ, l'intensification de l'élevage, imposée par les paysans aisés, accéléra le changement social. Tandis que la noblesse ministériale manquait ce tournant, les gros paysans, comme les Zelger et les Amstein, renforcèrent leur position et, après avoir renversé et banni en 1382 les Waltersberg et les Tottikon, instaurèrent à leur profit, au cours du XVe s., un régime de type oligarchique.

La primauté de l'élevage accrut les disparités au sein des communautés rurales, en dépit de tendances égalitaristes. Des conflits sociaux d'intensité variable éclatèrent après 1382 et durant tout le XVe s., et il fallut plusieurs fois recourir à l'arbitrage confédéral. Quelques gros paysans avaient de quoi investir même à Zurich, alors que de nombreux petits paysans étaient menacés dans leur existence par la limitation des droits d'usage sur les communaux et par l'accroissement du cheptel envoyé sur les alpages par les grandes familles.

Auteur(e): Emil Weber / PM

3.3.2 - Epoque moderne

La colonisation de N. se poursuivit au XVIe s. On est frappé de voir des membres de familles originaires de localités d'altitude (Altzellen, Oberrickenbach, Wiesenberg) essaimer dans des Ürten de tout le canton et en acquérir, aux XVIe et XVIIe s., la bourgeoisie, sans laquelle même les ressortissants du canton demeuraient pratiquement privés de droits au niveau de la communauté villageoise.

Il était admis que les "vieilles familles" d'Unterwald avaient droit de cité dans les deux parties du canton. Au XVIIIe s., on décida que pour se qualifier de vieille famille, il fallait prouver qu'on était déjà de N. avant 1563 ou d'Obwald avant 1570. Après avoir admis plusieurs nouveaux bourgeois, N. se ferma rigoureusement dans la seconde moitié du XVIIe s., ne conférant ni le statut d'habitant (de 1679 à 1728) ni celui de bourgeois (de 1684 à 1725); il y eut ensuite quelques rares admissions au droit de cité cantonal. Cette attitude, qui pourrait avoir sa cause dans un essor démographique accru, transparaît aussi dans les empêchements au mariage avec une étrangère, dans l'interdiction de la vente de terres à des étrangers et dans le fait que les nouveaux bourgeois étaient exclus des charges publiques jusqu'à la quatrième génération. Les habitants (Beisassen) obtenaient un permis de séjour qu'ils devaient renouveler chaque année devant la landsgemeinde, en indiquant leur activité professionnelle.

Auteur(e): Peter Steiner / PM

3.4 - Eglise, culture et formation

Jusqu'en 1815, N. fit partie du diocèse de Constance et forma un "sextariat" dans le décanat de Lucerne (attesté en 1168 et appelé plus tard chapitre des Quatre cantons), qui relevait de l'archidiaconat d'Argovie. Depuis 1724, un commissaire épiscopal s'occupait spécialement des affaires nidwaldiennes, auparavant gérées par le commissariat de Lucerne.

Au Xe s., une deuxième église paroissiale (celle de Buochs) apparaît à côté de celle de Stans. Cette bipartition dura jusqu'au XVe s. L'abbaye d'Engelberg acquit les patronages au XIIIe s. et s'incorpora les deux églises vers 1300. Le choix de leur curé ne fut accordé aux paroissiens, avec l'appui des Confédérés, qu'au XVe s. En 1148 déjà, l'abbaye s'était vu promettre le patronage sur Engelberg.

Dès le XIVe s., l'essor démographique et les défrichements conduisirent à la fondation de filiales dans tous les villages, puis à l'érection de paroisses. C'est ainsi qu'Emmetten (de fait dès le long conflit de 1454-1490, en droit en 1593) et Beckenried (1638) se séparèrent de la paroisse de Buochs, Wolfenschiessen (1469; église mentionnée en 1277) et Hergiswil (1621) de celle de Stans. On compta donc six paroisses jusqu'en 1881.

L'appartenance au diocèse de Constance explique la forte présence de l'art du haut Rhin, du moins dans les églises. Dès le début du XVIe s., la conquête des bailliages tessinois et l'essor du commerce avec la Lombardie favorisa les influences venues du sud. En témoignent deux maisons patriciennes de Stans, transformées après 1550 dans le goût italien: la maison Winkelried (pour Melchior Lussi) et celle dite Rosenburg ou Höfli (pour Johann Waser). A l'époque baroque, N. fit appel à des artistes italiens et d'Allemagne du Sud pour seconder ceux du pays.

Comme toute la Suisse centrale, N. resta fidèle à la confession catholique. Mais les réformes du concile de Trente (1545-1563) se heurtèrent d'abord à la résistance populaire; elles s'imposèrent notamment grâce aux capucins, que Melchior Lussi, important soutien de la Réforme catholique, fit venir à Stans en 1582. Avec leur simplicité et leur joie de vivre, les capucins marquèrent le catholicisme baroque à N. Ils promurent une culture populaire riche et variée, dans laquelle les pratiques religieuses se mêlaient aux coutumes des paysans et des artisans (pèlerinages, rogations, usages de l'Avent et chant du Nouvel An, fêtes de tir, fêtes des armaillis, fêtes de confréries). La chasse aux sorcières fit rage en 1584-1597, en 1621-1631 et en 1650-1667; 104 personnes furent exécutées lors de ces trois vagues.

Une "école allemande" est mentionnée à Stans vers 1450. Un maître est nommé pour la première fois à Buochs en 1585 et à Hergiswil en 1621. Dans les autres communes, des écoles élémentaires apparurent peu à peu au cours du XVIIIe s. Les fils de bonnes familles recevaient d'abord des leçons privées dispensées par des ecclésiastiques sans paroisse, puis fréquentaient quelques années le collège des jésuites de Lucerne. L'école latine ouverte par les capucins à Stans en 1749 accueillit dès 1778 des élèves de tout le canton. Pour obtenir des grades universitaires, les Nidwaldiens étaient obligés d'étudier à l'étranger.

Vers la fin du XVIIIe s., un petit cercle amical se forma parmi les intellectuels de la classe dirigeante locale qui s'ouvraient aux idées des Lumières et dont quelques-uns, tels Jost Remigi Trachsler, Jakob Josef Zelger, Franz Niklaus Zelger et Franz Joseph Businger, étaient aussi membres de la Société militaire helvétique. Ce parti de Patrioten, patriotes progressistes, qui comptait aussi dans ses rangs quelques prêtres sans paroisse, n'eut guère d'écho, d'autant que certains d'entre eux, détenteurs de charges publiques, les exerçaient dans l'esprit absolutiste traditionnel; mais il suffit à déstabiliser la classe dirigeante à la veille de la Révolution française et à la diviser en deux camps.

Auteur(e): Hansjakob Achermann / PM

4 - Le canton aux XIXe et XXe siècles

4.1 - Histoire politique et constitutionnelle

4.1.1 - De la République helvétique à l'Etat fédéral (1798-1848)

En dehors du petit groupe des Patrioten, la République helvétique suscita un large refus, pour des raisons idéologiques et religieuses. En avril 1798, la landsgemeinde de N. rejeta la Constitution helvétique; tous les cantons de Suisse centrale sauf Obwald firent de même, mais ils durent céder au début de mai après une défaite militaire. La landsgemeinde de N. fut contrainte d'accepter le nouveau régime le 13 mai. A la fin de mai, N. et Engelberg, réunis dans le district de Stans, furent rattachés au canton des Waldstätten, créé afin de diminuer le nombre de représentants des cantons récalcitrants dans les organes de la République à Aarau. L'opposition des Vaterländer, patriotes conservateurs, se focalisa contre le serment civique. Ludwig Maria Keyser, sous-préfet du district de Stans, et d'autres Patrioten furent arrêtés le 18 août et une landsgemeinde convoquée illégalement décida le 20 de les traduire en justice. Après l'échec de plusieurs tentatives de médiation, une autre landsgemeinde refusa le 29 août l'ultimatum des autorités helvétiques et décréta la mobilisation. Le 9 septembre 1798, les troupes nidwaldiennes, fanatisées par des ecclésiastiques comme le père capucin Paul Styger, se jetèrent dans une bataille désespérée contre l'armée française commandée par le général Schauenburg, chargé par les autorités helvétiques d'écraser l'insurrection. Une centaine de Nidwaldiens et à peu près autant de Français périrent dans ce combat; les massacres qui suivirent firent bien 300 autres victimes, hommes, femmes et enfants. Les villages d'Ennetmoos, Stansstad, Buochs et Stans furent dévastés. Ces journées de terreur créèrent un traumatisme collectif durable, qui pourrait avoir joué un rôle dans les refus successifs des constitutions fédérales au XIXe s.

L'occupation militaire, les mesures de contrainte des autorités helvétiques, les incarcérations et les déportations avivèrent les ressentiments de la population. Quand les troupes françaises eurent quitté la Suisse (1802), la landsgemeinde fut restaurée. L'acte de Médiation de 1803, qui contenait la première Constitution écrite d'Unterwald, rétablit les cantons d'Obwald et de N., mais sur pied d'égalité (Obwald ne retrouva pas son privilège des deux tiers), maintint le rattachement d'Engelberg à N. et autorisa un retour à l'ordre prérévolutionnaire, sauf sur deux points: il confirma l'abolition des liens de sujétion et l'égalité entre habitants (citoyens du canton, mais originaires d'une autre commune que celle où ils résidaient) et bourgeois.

A la chute du premier Empire (1814), les conservateurs restaurèrent l'Ancien Régime; les habitants retrouvèrent leur statut d'infériorité. N. refusa le Pacte fédéral de 1815 et, dans l'idée de ressusciter avec Uri et Schwytz l'alliance de 1315, se retira de la Confédération. Les communes de Hergiswil et d' Engelberg, opposées à cette rupture, proclamèrent de leur côté leur adhésion au Pacte. Faible et divisé, le gouvernement n'arrivait pas à calmer le jeu. Il fallut une intervention des troupes fédérales, le 18 août 1815, pour amener N. à faire des concessions. Le prix à payer fut la perte d'Engelberg, qui fut rattaché à Obwald. Invité à déposer aux Archives fédérales sa Constitution, N. se contenta d'envoyer en 1816, sous forme de brefs extraits, les principales dispositions de son Code cantonal, révisé pour la dernière fois en 1806.

Après le choc de l'invasion française, la première moitié du XIXe s. fut marquée par les tensions entre forces libérales et conservatrices, notamment à propos de la question diocésaine (en 1819, N. fut attribué au diocèse de Coire) et lors de la controverse suscitée en 1835 par un manuel scolaire qui présentait la vie de Jésus de manière contestée (Namenbüchlein-Streit).

Dès les années 1830, des personnalités libérales favorables à l'ouverture vers la Confédération gagnèrent en influence. Elles se rencontraient dans la Société de Rotzloch et dans la Société patriotique et agissaient aussi dans le domaine social; elles jouèrent un grand rôle dans la fondation en 1827 de la première banque du canton, la Caisse d'épargne de N., encouragèrent l'instruction et participèrent à l'édification de l'hôpital cantonal (ouvert en 1865).

La majorité conservatrice était opposée aux efforts des cantons régénérés pour transformer la Confédération en Etat fédéral. Après la suppression des couvents d'Argovie (1841), N. adhéra à la ligue de Sarnen, puis au Sonderbund des cantons conservateurs catholiques après les expéditions des corps francs radicaux de 1845. Même la défaite face aux troupes fédérales dans la guerre du Sonderbund (1847) ne fit pas taire les conservateurs. Soutenus par des ecclésiastiques influents, ils ne cessaient d'invoquer les dangers que le nouveau régime, et en particulier la liberté de la presse et la liberté d'établissement, faisait courir à la religion et aux droits de l'Eglise. En 1848, la landsgemeinde refusa nettement la Constitution fédérale, mais cette fois-ci, N. se rallia à l'avis de la majorité des cantons.

Auteur(e): Karin Schleifer-Stöckli / PM

4.1.2 - La vie politique de 1848 à 1877 et l'intégration dans l'Etat fédéral

Après la défaite du Sonderbund, quelques personnalités radicales, tel le fabricant de papier Kaspar Blättler, accédèrent à des charges publiques. En 1850, N. promulgua une Constitution (la première élaborée de manière autonome) qui accordait les mêmes droits politiques, sur le plan cantonal et communal, à tous les citoyens suisses établis, de sexe masculin et de religion chrétienne. Elle créa des communes d'habitants (Bezirksgemeinden) qui reprirent les fonctions politiques des Ürten. Elle garantissait la liberté de la presse, limitait la durée des mandats des membres des autorités et remettait l'élection des magistrats, du Grand Conseil (Landrat), des parlementaires fédéraux et de certains hauts fonctionnaires à la landsgemeinde. Elle chargeait le Grand Conseil de désigner les membres du Conseil hebdomadaire et des tribunaux non élus par la landsgemeinde. Elle n'instaura pas la séparation des pouvoirs préconisée par les radicaux de la Société patriotique: le landamman en charge avait aussi le rôle de juge suprême et le Grand Conseil menait les procès criminels. Les radicaux avaient aussi proposé en vain que les députés au Grand Conseil soient élus par les communes et non par la landsgemeinde.

La construction de nombreux bâtiments scolaires, l'organisation de la fête fédérale de tir à Stans en 1861 et l'érection du monument Winkelried en 1865 témoignent d'un éveil intellectuel et d'une prudente ouverture envers l'Etat fédéral. Cependant, dans certaines affaires, les dirigeants conservateurs réussirent à mobiliser la population contre la modernisation et la centralisation, avec l'appui, à l'époque du Kulturkampf, des puissantes associations catholiques. Cofondateur de l'Association populaire catholique suisse, le landamman Hans von Matt (1869-1932) eut une grande influence dans son canton et sur le catholicisme politique en Suisse.

Les Nidwaldiens, après avoir refusé à 81% la Constitution fédérale de 1874, se donnèrent en 1877 une nouvelle Constitution cantonale, qui attribua aux communes l'élection des députés au Grand Conseil, remplaça le Conseil hebdomadaire par un Conseil d'Etat, supprima la Nachgemeinde législative (le vote des lois revenant à la landsgemeinde ordinaire), instaura les communes d'assistance et les communes scolaires comme organes autonomes, modernisa l'organisation judiciaire et créa la cour suprême comme instance d'appel.

Auteur(e): Karin Schleifer-Stöckli / PM

4.1.3 - L'évolution politique de 1877 à 1945

La fondation des partis conservateur catholique (plus tard conservateur populaire, auj. PDC) et radical, qui ont dominé la vie politique jusqu'à nos jours, remonte au tournant du XXe s. Une révision constitutionnelle d'inspiration radicale fut repoussée en 1897. La révision de 1913 renforça la séparation des pouvoirs: les conseillers d'Etat ne faisaient plus partie du Grand Conseil qui, par conséquent, n'était plus présidé par le landamman.

Dans les années 1930, l'idée de donner au canton les moyens de maîtriser son approvisionnement en énergie électrique créa des dissensions au sein des partis. A la landsgemeinde de 1934, un mouvement populaire imposa, contre l'avis du gouvernement et de la majorité du Grand Conseil, la construction d'une usine électrique à la Bannalp; ce chantier devait servir aussi de programme d'occupation pour les chômeurs. Dans la foulée, neuf des onze conseillers d'Etat ne furent pas réélus. En 1936, le peuple adopta une modification constitutionnelle, présentée par le mouvement de la Bannalp, qui confia à la landsgemeinde l'élection des juges et de quelques hauts fonctionnaires.

L'aérodrome militaire de Buochs (1935) et la fabrique d'avions Pilatus Flugzeugwerke (1939) entraînèrent, pour la première fois, une immigration notable et un brassage social. Une activité syndicale apparut et un parti des paysans et des ouvriers fut fondé en 1942; il prit le nom de parti socialiste en 1947, mais son influence resta marginale.

Auteur(e): Karin Schleifer-Stöckli / PM

4.1.4 - La modernisation après la Deuxième Guerre mondiale

Si, au début du XXe s., on mettait encore des entraves au trafic automobile (péages, routes fermées à certaines heures), la landsgemeinde adopta en 1954 des projets ferroviaires et routiers prometteurs. La ligne Lucerne-Stans-Engelberg (Zentralbahn AG dès 2005) fut mise en service en 1964, grâce au percement du tunnel du Lopper. L'A2 permit le raccordement au réseau autoroutier suisse (tronçon partant d'Ennethorw, puis tunnels du Gothard et du Seelisberg en 1980). Ces équipements donnèrent enfin à N. une situation favorable au point de vue des transports.

Les mutations sociales rapides de l'après-guerre exigeaient une législation adéquate; réputé conservateur, N. se donna néanmoins en 1965 la constitution la plus moderne de Suisse. Elle renforçait les libertés individuelles, considérées comme des droits fondamentaux, et énumérait systématiquement les buts de l'Etat. En outre, elle institua (chose nouvelle dans le droit public des cantons) une juridiction administrative, exercée par la cour suprême, désormais qualifiée pour examiner la légitimité des lois et ordonnances émises par le canton, les communes ou les corporations (bourgeoisies) et pour juger en cas de conflit impliquant des institutions étatiques. La révision constitutionnelle rendit nécessaire une refonte presque complète de la législation, achevée à la fin des années 1970. Le suffrage féminin fut introduit sur le plan communal et cantonal en 1972, sans grande opposition. L'élection du Grand Conseil à la proportionnelle (principe adopté en 1981) ouvrit des perspectives aux formations politiques nouvelles. Les écologistes de gauche du groupe Nidwald démocratique (dès 2009 Verts de Nidwald), fondé en 1982, en bénéficièrent, de même que l'UDC depuis 1999. Le parti chrétien-social, fondé en 1946, fusionna en 1970 avec les conservateurs populaires pour former le PDC.

Elections à l'Assemblée fédérale, 1919-2007 (quelques exemples)
 1919192819391959196319711979198319911995199920032007
Conseil des Etats
PDC111 111111111
Sans parti   1         
Conseil national
PDC111111111    
PRD         1111

Sources:Stat. hist.; OFS

Composition du Conseil d'Etat, 1946-2010 (quelques exemples)
 1946194919521958196619741982199019941998200220062010
PDC8565665564332
PRD3543334432333
PCS 111         
Nidwald démocratiqueb         111 
UDC            2
Total1111119999997777

Elections au Grand Conseil, 1946-2010 (quelques exemples)b
 1946194919521958196619741982199019941998200220062010
PDC40343236334235303330242518
PRD17181719201822222121191917
PCS 6733        
PS   11 1  1211
Nidwald démocratiquea      1868775
UDC          7719
Sans parti1  13 1   11 
Total58585660606060606060606060

a Dès 2009 Verts de Nidwald

b Suffrage majoritaire jusqu'en 1978, suffrage proportionnel depuis 1982.

Sources:Stat. hist.; OFS; Fabian Hodel

Dans les années 1980 et 1990, les débats politiques se concentrèrent sur le projet de dépôt définitif de déchets radioactifs au Wellenberg (comm. Wolfenschiessen), qui fut abandonné après une série de votes négatifs (le dernier en 2002). Dans ce contexte, une landsgemeinde extraordinaire décida en 1994 que les élections au Conseil d'Etat et les votes sur les objets importants se feraient désormais au bulletin secret. Cela amenuisa le rôle de la landsgemeinde; le 1er décembre 1996, le peuple approuva à une forte majorité son abolition. La perte du droit d'initiative individuel fut compensée par l'introduction du référendum constructif (référendum avec contre-proposition). La réforme subséquente du gouvernement et de l'administration réduisit de neuf à sept l'effectif du Conseil d'Etat, où deux femmes entrèrent, pour la première fois, en 2002. Après plus de 150 ans de domination conservatrice, l'UDC devint pour la première fois, en 2010, le groupe le plus fort.

Auteur(e): Karin Schleifer-Stöckli / PM

4.2 - L'administration et l'activité de l'Etat

4.2.1 - Evolutions institutionnelles

Les Ürten, qui avaient joué un rôle prépondérant avant 1798 et de 1814 à 1850, perdirent leurs fonctions politiques dans la Constitution de 1850, mais gardèrent leurs biens (communaux et forêts). Les communes paroissiales subirent un sort semblable; elles perdirent au cours du XIXe s. leur influence et leurs compétences en matière d'instruction publique, d'état civil, d'assistance et d'élection des juges de paix. Les communes d'habitants instituées en 1850 étaient confessionnellement neutres. Avec les communes d'assistance et les communes scolaires créées en 1877, elles incarnaient une organisation communale largement indépendante de l'Eglise.

En revanche, la landsgemeinde, instrument et symbole de la souveraineté populaire, garda son prestige et son rôle d'institution politique centrale, malgré la modification de ses attributions, jusqu'à son abolition en 1996.

Auteur(e): Karin Schleifer-Stöckli / PM

4.2.2 - L'administration cantonale et ses activités

Avant 1850, N. avait très peu de fonctionnaires: les deux chanceliers, le sautier, le messager cantonal et quelques douaniers. Toutes les autres tâches de gestion et de contrôle étaient assumées par des élus, des commissions ou des préposés, contre un dédommagement généralement modeste. Un impôt cantonal sur la fortune fut introduit en 1805, mais il n'était perçu qu'en cas de besoin, comme c'était le cas auparavant. Les péages représentaient environ un tiers des revenus de l'Etat. Les besoins nés de la première loi sur l'assistance furent couverts dès 1811 par les droits de succession et de mutation et par diverses taxes. Les domaines d'activité de l'Etat étaient les affaires militaires et commerciales, les péages, la surveillance des tutelles, l'assistance aux pauvres et orphelins (construction d'asiles), l'approvisionnement en sel, la police sanitaire, le contrôle du droit d'établissement, la construction et l'entretien des routes et des bâtiments publics.

Dès la seconde moitié du XIXe s., des écoles furent édifiées dans toutes les communes et l'on consacra des sommes importantes aux routes, au reboisement et aux corrections de torrents. Au XXe s., des subventions fédérales encouragèrent les investissements, ce qui accéléra le développement d'une administration cantonale professionnelle. Pour couvrir les dépenses croissantes, un impôt cantonal sur le revenu fut introduit en 1921. Entre les années 1930 et celles de l'essor économique de l'après-guerre, le canton mena de nombreux projets d'améliorations foncières servant aussi de programmes d'occupation. Depuis 1951, le canton reçoit une part du bénéfice de la centrale électrique de N.; il la réinvestit surtout dans les infrastructures.

Les constructions scolaires (dès 1950), l'amélioration des voies de communication (dès 1960), le nouvel hôpital cantonal (1962) et les stations d'épuration coûtèrent des millions. Le fisc, peu gourmand envers les hauts revenus et les grosses fortunes, attira des contribuables aisés, ce qui permit de limiter la dette publique. En dépit des sommes allouées à l'encouragement de l'agriculture, le secteur primaire déclina constamment. La santé, les affaires sociales et l'instruction absorbèrent une part croissante des dépenses de l'Etat, qui passèrent de 3 millions de francs (investissements non compris) en 1950 à 310 millions en 2007. La protection contre les risques naturels (inondations, crues de torrent) est restée un souci majeur. La professionnalisation croissante dans tous les domaines de l'activité publique et le développement de la société de services moderne a conduit à la cantonalisation de diverses tâches et à l'augmentation des effectifs de l'administration, dont les trente services comptaient 481 postes à plein temps en 2007 (123 en 1950), hôpital non compris. Il existe en divers domaines des conventions et des concordats réglant la coopération entre N. et les autres cantons de Suisse centrale.

Auteur(e): Karin Schleifer-Stöckli / PM

5 - Société, économie et culture aux XIXe et XXe siècles

5.1 - Démographie et peuplement

Les événements guerriers de 1798 ralentirent de manière perceptible l'essor démographique qui avait débuté après 1770. On recensait 8496 âmes en 1799, 10 480 en 1835 et 11 339 en 1850. Le chef-lieu (Stans) comptait 1877 habitants en 1850. Inférieure à la moyenne suisse jusqu'en 1870, la croissance resta faible jusqu'en 1930, mais décolla après la Deuxième Guerre mondiale (taux variant entre 11,7% et 15,5% par décennie). En 2007, le canton comptait 40 271 habitants.

Il garda un aspect agreste jusqu'au cœur du XXe s., avec ses petits villages isolés au milieu des prés. Dans la seconde moitié du XXe s., la croissance des localités de la plaine a fait surgir plusieurs agglomérations.

Evolution démographique 1850-2000
AnnéeHabitantsEtrangersCatholiquesProtestantsStructure par âge (60 ans et plus)PériodeAccroisse-mentaExcédent naturelaSolde migratoirea
185011 3390,3%99,9%0,1% 1850-18601,5o/oo2,1o/oo-0,6o/oo
186011 5260,5%99,6%0,4%8,9%1860-18701,5o/oo5,5o/oo-4,0o/oo
187011 7011,2%99,4%0,6%8,5%1870-18802,5o/oo7,6o/oo-5,1o/oo
188011 9792,2%99,2%0,8%9,3%1880-18885,7o/oo6,7o/oo-1,0o/oo
188812 5384,9%99,1%0,9%9,1%1888-19003,5o/oo10,6o/oo-7,1o/oo
190013 0704,6%98,7%1,3%9,6%1900-19105,4o/oo12,8o/oo-7,4o/oo
191013 7885,5%98,3%1,7%9,7%1910-19201,2o/oo9,4o/oo-8,2o/oo
192013 9563,1%98,0%2,0%9,3%1920-19307,6o/oo11,6o/oo-4,0o/oo
193015 0554,1%96,8%2,9%9,9%1930-194113,0o/oo10,2o/oo2,8o/oo
194117 3482,4%92,8%6,7%10,7%1941-195012,4o/oo17,6o/oo-5,2o/oo
195019 3892,9%92,0%7,7%10,2%1950-196013,6o/oo14,6o/oo-1,0o/oo
196022 1887,5%92,0%7,6%10,7%1960-197014,5o/oo13,8o/oo0,7o/oo
197025 6349,2%90,3%8,9%12,6%1970-198011,0o/oo8,1o/oo2,9o/oo
198028 6176,2%86,1%11,4%14,9%1980-199014,4o/oo8,6o/oo5,8o/oo
199033 0447,7%82,0%12,5%16,0%1990-200012,4o/oo5,6o/oo6,8o/oo
200037 2359,7%75,6%11,9%17,7%    

a Taux moyen annuel

Sources:Stat. hist.; recensements fédéraux; OFS

Auteur(e): Fabian Hodel / PM

5.2 - Economie

5.2.1 - XIXe siècle

La prépondérance durable de l'agriculture découlait notamment de l'isolement géographique de N., qui se trouvait en fait à l'écart des routes pourtant proches du Brünig et du Gothard et qui ne participait pas au trafic de transit, faute de voie carrossable entre Uri et Lucerne par la rive gauche du lac des Quatre-Cantons; jusqu'en 1860, il n'y avait même pas de pont sur le détroit entre Stansstad et le Lopper. Avant 1827, le canton ne possédait que deux routes principales qui se croisaient à Stans, celle de Stansstad à Engelberg et celle de Kerns à Emmetten par Buochs.

Au commencement du XIXe s., les crises économiques prenaient donc encore la forme d'une crise de subsistance (la dernière date de 1816-1817). Il en alla différemment à la fin du siècle: la chute des prix agricoles entraîna la faillite de nombreuses exploitations, incapables de payer les intérêts fixes de leurs dettes. Cela se traduisit sur le plan politique par le "conflit sur le taux des rentes" (Gültenstreit), qui opposa les prêteurs traditionnels aux nouveaux instituts de crédit et qui se termina en 1897 par la réduction du taux hypothécaire de 5 à 4%.

L'artisanat se développa avec lenteur. L'isolement et les structures de type corporatif maintenues jusqu'en 1863 limitaient les échanges à un étroit marché intérieur. Le centre industriel apparu au XVIe s. au Rotzloch n'eut pas d'émule. Dans la première moitié du XIXe s., des entreprises (verrerie, chaux et ciments, filature de schappe et de fleuret) commencèrent à s'installer dans les communes riveraines du lac, Hergiswil, Beckenried et Buochs, qui bénéficièrent des vapeurs naviguant entre Lucerne, Stansstad et Beckenried (ces deux dernières localités furent desservies dès 1837). La maison Johann Melchior Camenzind & fils, transférée à Buochs en 1839, occupait 100 à 200 peigneuses de schappe à domicile. La première statistique des fabriques (1888) ne recensait cependant à N. que 261 ouvriers, mais le double en 1914. En 1890, on ne trouvait aucune machine à vapeur dans le canton (il y en aura dix-sept en 1900), tandis que la puissance totale des diverses installations hydrauliques se montait à 265 chevaux-vapeur. On produisit de l'énergie électrique dès les années 1880.

La modernisation passa par le tourisme, dont les promoteurs furent Kaspar Blättler, du Rotzloch, et l'hôtelier de Kerns Franz Josef Bucher, qui lancèrent vers 1860 la construction d'hôtels (Bürgenstock) et d'infrastructures nécessaires à leur fonctionnement (chemins de fer, funiculaire, centrale électrique de l'Aawasser). Blättler fit jeter en 1860 un pont-levis sur le détroit entre Stansstad et le Lopper, afin de raccorder le canton au réseau routier suisse; il possédait aussi une petite compagnie de navigation à vapeur. D'autres hôtels et chemins de fer de montagne surgirent au Pilate, au Klimsenhorn, à Beckenried (Schöneck) et au Stanserhorn, portant à près de 400 le nombre de lits à la veille de la Première Guerre mondiale, qui mit un terme à cet essor. Le tourisme fournit dès 1890 des emplois, surtout féminins, dans presque chaque village. Une gare de la ligne du Brünig fut ouverte à Hergiswil en 1889.

La création d'établissements financiers était une condition préalable à l'essor qui s'esquissa dans la seconde moitié du XIXe s. Si la Caisse d'épargne de N. fondée en 1827 pour des raisons de politique sociale, poursuivait des buts d'utilité publique (école secondaire, hôpital), la Caisse d'épargne et de crédit (auj. Banque cantonale) ouverte par l'Etat en 1879 devait d'abord soutenir l'économie. Ces deux instituts reprirent à parts égales en 1879 la Caisse d'épargne ouvrière fondée en 1867.

Auteur(e): Fabian Hodel / PM

5.2.2 - XXe siècle

Hergiswil d'abord (où s'établirent dans les années 1920 les familles d'entrepreneurs Schindler et von Speyr), puis tout le canton instaurèrent une fiscalité avantageuse qui attira des entreprises artisanales et industrielles et plus tard des navetteurs travaillant à Lucerne. Le bas niveau des salaires et l'absence durable d'organisation syndicale contrebalançaient, pour les employeurs, les voies de communication insuffisantes, obstacle levé en 1960. L'agriculture resta longtemps forte et ne déclina que dans le dernier quart du XXe s.; son poids économique passa de 40% vers 1900 à 8% en 2000. Le secteur secondaire souffrit au début du siècle du recul de l'industrie à domicile, puis de la dépression liée à la Première Guerre mondiale et de la grande crise des années 1930; il se releva grâce aux ateliers de l'aérodrome militaire de Buochs (dont la construction commença en 1935 et s'acheva pendant les années de guerre) et à la fabrique d'avions Pilatus (1939). Il fournissait environ 30% des emplois dans le canton en 2005.

Au début du XXIe s., le secteur le plus dynamique était celui des services (62% des emplois en 2005). Profitant, pour soigner sa promotion à l'étranger auprès d'entreprises internationales et de particuliers, de son taux d'impôt modéré et de sa situation désormais favorable au point de vue des transports, N. acquit une réputation de paradis fiscal et versait davantage qu'il ne recevait dans le cadre de la péréquation financière intercantonale. Le pouvoir d'achat y était élevé et le bâtiment très actif.

Structure de l'emploia
AnnéeSecteur primaireSecteur secondaireSecteur tertiairebTotal
18603 62253,9%1 85027,5%1 25118,6%6 723
1870c2 71853,8%1 70533,7%62912,5%5 052
1880c2 40549,3%1 73935,7%73115,0%4 875
18882 24840,2%1 85133,1%1 49426,7%5 593
19002 14437,8%2 22639,2%1 30223,0%5 672
19102 11737,0%1 97734,5%1 62828,5%5 722
19202 28938,3%1 92732,3%1 75729,4%5 973
19301 97631,5%2 24735,9%2 03932,6%6 262
19412 11828,6%2 67136,1%2 61035,3%7 399
19501 95725,5%2 96438,7%2 74535,8%7 666
19601 64317,9%4 29246,7%3 25335,4%9 188
19701 55913,7%5 26246,4%4 53439,9%11 355
19801 46110,8%5 37139,6%6 73949,6%13 571
19901 2397,2%5 88734,4%9 98458,4%17 110
2000d8534,2%5 56727,0%14 17768,8%20 597

a Sans la population occupée à temps partiel jusqu'en 1960

b Total de la dernière colonne moins les secteurs primaire et secondaire, y compris "inconnu"

c Population "présente"

d L'importance des "sans indication" (2 619) en 2000 rend difficile la comparaison avec les recensements précédents.

Sources:Stat. hist.; recensements fédéraux

Auteur(e): Fabian Hodel / PM

5.3 - Société

L'Eglise catholique garda sa position dominante jusqu'au cœur du XXe s.; en 1950, 92% de la population en faisaient partie. Son implication dans la vie politique perdura après 1848. Les associations catholiques avaient un rôle intégrateur et encourageaient la piété populaire. Néanmoins, le libéralisme politique et économique parvint aussi à prendre pied durablement au XIXe s. On compta longtemps sur les structures familiales paysannes pour atténuer les effets de l'indigence. L'Etat, dans sa première loi sur l'assistance (1811), ne combattait pas la pauvreté, mais les pauvres: interdictions de mendier et de fréquenter les auberges, empêchements au mariage, enfermement à l'asile et stigmatisation par des signes vestimentaires. Seules quelques rares personnes émigrèrent outre-mer pour raison de pauvreté.

Dès l'entre-deux-guerres, l'emprise conservatrice catholique fit peu à peu place à une société pluraliste. Le combat autour de l'usine électrique de la Bannalp est à interpréter comme un conflit lié à la modernisation; nourri de l'opposition entre gouvernants et gouvernés, il créa des dissensions au sein même des partis et déboucha sur une démocratisation du système politique. Pendant et après la Deuxième Guerre mondiale, l'industrialisation et l'immigration amenèrent aussi les idées syndicales et socialistes. L'homogénéité catholique se perdit après le milieu du XXe s. (en 2000, les catholiques représentaient 75,6% de la population, les protestants 11,9%) et l'empreinte paysanne recula. La société de services, dont l'avènement fut favorisé par la Constitution de 1965 et par le renouvellement législatif subséquent, entraîna une diversification culturelle et politique et N. s'adapta à l'évolution générale de la société.

Le nombre des étrangers passa de 32 en 1850 (0,3% de la population) à 267 en 1880 (2,2%) et à 600 en 1900 (4,6%). Une moitié venait d'Italie, l'autre de France (quelques unités) et surtout d'Allemagne. Les Italiens travaillaient sur les chantiers routiers et ferroviaires. Après la Première Guerre mondiale, la part des étrangers varia entre 3 et 4%, puis grimpa à environ 7,5% vers 1960 (construction de l'autoroute); en 2007, elle était de 11%.

Auteur(e): Fabian Hodel / PM

5.4 - Vie religieuse et culturelle, formation et médias

Au XIXe s., l'Eglise catholique et ses nombreuses institutions et associations jouaient un grand rôle dans la vie culturelle. La participation aux pèlerinages, aux rogations et à la messe dominicale allait de soi. Le Piusverein fondé en 1857 s'efforçait de renforcer le poids des catholiques dans l'Etat fédéral radical et de défendre leurs valeurs face au monde moderne. La montée à l'alpage, la désalpe et le marquage des bêtes étaient les grands événements de l'année pour les paysans, dont la culture s'est maintenue jusqu'à nos jours sous la forme de manifestations folkloriques (fête des armaillis, fêtes de lutte suisse), commémoratives et religieuses (pèlerinages, chants du soir, bénédiction de la Saint-Blaise). Les cortèges de la Saint-Nicolas avec leurs Geigglen (arlequins) et ceux du carnaval sont encore bien vivants.

Centre culturel, Stans abrite la Bibliothèque cantonale ouverte en 1972 et le siège de la Société dramatique (fondée en 1824 et propriétaire d'une salle de spectacle depuis 1886, avec quelques interruptions). En hiver, des sociétés locales présentent des soirées théâtrales dans tout le canton. Le théâtre de poche du Chäslager à Stans (société responsable fondée en 1969), l'Ermitage à Beckenried (1979) et la Souste à Stansstad complètent l'offre. Le Musée de N. (1991) organise sur ses trois sites de Stans (ancien grenier à sel, Rosenburg et maison Winkelried) des expositions d'histoire et d'art contemporain; il présente dans les fortifications de Fürigen à Stansstad une reconstitution de la vie quotidienne des soldats pendant la Deuxième Guerre mondiale. La Société d'orchestre de N., fondée en 1898, des fanfares et des chorales animent la vie musicale.

Parmi les acteurs culturels d'importance suprarégionale, il faut citer Josef Konrad Scheuber, qui le premier diffusa des messes radiophoniques, la poétesse Isabelle Kaiser, le romancier populaire Remigius Niederberger, le peintre Paul Stöckli et la famille d'éditeurs, de libraires et d'artistes von Matt. Johann Melchior Wyrsch au XVIIIe s., Melchior Paul von Deschwanden au XIXe se distinguèrent comme peintres, Eduard Zimmermann comme sculpteur au début du XXe. Au début du XXIe s., le sculpteur sur fer Josef Maria Odermatt, le graphiste et photographe Melk Imboden et le photographe Arnold Odermatt sont connus au-delà du canton.

L'Eglise marqua aussi de son influence le domaine scolaire. L'enseignement était généralement dispensé par des ecclésiastiques et financé par des fondations pieuses. Après 1798, des écoles élémentaires sont attestées dans toutes les communes. Les sœurs de Sainte-Claire à Stans tenaient une école pour jeunes filles. La brève activité de Pestalozzi à Stans en 1798 n'y eut guère de suites. La première ordonnance scolaire du canton (1829) ne fut pas appliquée. La scolarité obligatoire ne fut envisagée que par la loi de 1851. Des plaintes sur la mauvaise qualité des écoles aboutirent à des réformes comme l'adoption en 1879 de l'année scolaire complète et non limitée à la mauvaise saison. L'école latine des capucins de Stans servait d'école secondaire, avec un choix réduit de disciplines; appelée dès 1896 collège Saint-Fidèle, elle se transforma en 1909 en école décernant la maturité, reprise par le canton en 1988. Les écoles secondaires fondées à l'initiative de la Caisse d'épargne (à Stans en 1859, puis à Buochs et Beckenried) répondaient à des requêtes présentées surtout par les radicaux. Le premier établissement de formation professionnelle fut l'école de dessin pour artisans ouverte à Stans en 1852, qui fusionna au début du XXe s. avec l'école de perfectionnement de Stans. La loi fédérale de 1930 sur la formation professionnelle entraîna la fondation en 1935 de l'Association des écoles des arts et métiers (organisées par secteurs). De nombreux concordats assurèrent l'accès des élèves nidwaldiens à des institutions situées hors du canton, notamment du degré tertiaire.

Le premier journal de N., le Nidwaldner Wochenblatt radical, parut durant quelques mois en 1844 avant d'être interdit à la demande du clergé. Il reparut de 1848 à 1857, grâce à la liberté de la presse garantie par la Constitution fédérale. Tous deux hebdomadaires, le Nidwaldner Volksblatt conservateur fut fondé en 1866, l'Unterwaldner radical en 1893. Le Nidwaldner Bote, autre feuille radicale créée en 1905, fusionna en 1909 avec l'Unterwaldner. Lors de la vague de fusions des années 1990, tous les journaux nidwaldiens furent absorbés dans la Neue Nidwaldner Zeitung (1996, auj. édition régionale de la Neue Luzerner Zeitung) dont le monopole n'est battu en brèche que par le journal régional de la radio suisse alémanique. Quelques organes eurent une existence éphémère, tels le Bannalper Bote (1933-1937), le Steinbock (socialiste, 1974-1986) et le Bockshorn (écologiste de gauche, 1981-1987).

Auteur(e): Fabian Hodel / PM

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– ACouvent Engelberg
– ACouvent Hof (Saint-Léger) Lucerne
– BCouvent Engelberg
– KBNW
– StANW
– StAOW
Sources imprimées
QSG
QW
– K. Deschwanden, «Die Rechtsquellen von Nidwalden», in RDS, 6, 1857, II/79-186
– A. Heusler, «Die Uerten- und Theilsamenrechte Unterwaldens», in RDS, 10, 1862, II/67-220
Chronik des Johann Laurenz Bünti Landammann, 1661-1736, 1973
Bibliographie

Auteur(e): Peter Steiner / PM