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Obwald

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L'un des quatre Waldstätten (cantons primitifs ou forestiers), membre de la Confédération peut-être déjà peu après 1291 et probablement avant 1309 en tant que partie d'Unterwald. Appelé jusqu'en 1798 Unterwalden ob dem Wald ou ob dem Kernwald, O. partageait à la Diète une voix avec Nidwald. District de Sarnen dans le canton des Waldstätten (République helvétique) de 1798 à 1803. Demi-canton de la Confédération sous le nom d'Unterwalden ob dem Wald (franç. Unterwald-le-Haut) de 1803 à 1999. La Constitution fédérale de 1999 officialisa la dénomination d'O., depuis longtemps usuelle, et renonça au terme de demi-canton, tout en maintenant la demi-représentation (un seul siège) au Conseil des Etats. All. Obwalden, ital. Obvaldo, rom. Sursilvania. La langue officielle est l'allemand, le chef-lieu Sarnen.

Le territoire primitif englobait la vallée de l'Aa de Sarnen, depuis le col du Brünig jusqu'au lac d'Alpnach, et les vallées latérales, Grosse Schliere à l'ouest, Kleine et Grosse Melchtal à l'est, à quoi s'ajouta en 1815 l'enclave d'Engelberg (communauté de vallée et ancienne seigneurie ecclésiastique).

Superficie (2006)490,5 km² 
Forêt/surface boisée197,3 km²40,2%
Surface agricole185,8 km²37,9%
Surface bâtie15,8 km²3,2%
Surface improductive91,6 km²18,7%

Population et économie
Année 18501880a1900195019702000
Habitants 13 79915 32915 26022 12524 50932 427
En % de la population suisse0,6%0,5%0,4%0,5%0,4%0,4%
Langue       
Allemand  15 25414 95821 67623 22429 920
Italien  88254239773329
Français  933113117144
Romanche  412282932
Autres  13693662 002
Religion, Confession       
Catholiquesb 13 78315 07815 00921 25623 38225 992
Protestants 162772498271 0182 492
Catholiques-chrétiens    18414
Autres  12241053 929
dont communauté juive 165
dont communautés islamiques     51985
dont sans appartenancec     181 212
Nationalité       
Suisses 13 77915 20714 78821 45022 91228 573
Etrangers 201224726751 5973 854
Année  19051939196519952005
Personnes activesSecteur primaire 5 8936 2892 2932 406d2 057
 Secteur secondaire 1 9542 0544 0225 3315 794
 Secteur tertiaire 2 1261 9773 2607 9898 319
Année  19651975198519952005
Part au revenu national 0,3%0,3%0,3%0,3%0,3%

a Habitants et nationalité: population résidante; langue et religion: population "présente"

b Y compris les catholiques-chrétiens en 1880 et 1900; depuis 1950 catholiques romains

c N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

d Chiffres du recensement des exploitations agricoles 1996

Sources:Stat. hist.; recensements fédéraux; OFS

Auteur(e): Angelo Garovi / PM

1 - De la préhistoire au Moyen Age

1.1 - Préhistoire et Antiquité

La trouvaille la plus ancienne est un couteau microlithique de la fin du VIIIe millénaire av. J.-C., trouvé au Brand (comm. Lungern). Plusieurs vestiges isolés remontent au IVe millénaire, telles la hache et les deux lames en os de Giswil, ainsi que la hache-marteau de Wilen, qui se rattachent sans doute à la civilisation de Horgen; ils révèlent une pénétration humaine, voire une colonisation temporaire dans les vallées obwaldiennes, mais on n'a pas découvert d'indices permettant de conclure à la présence d'agriculteurs ou d'habitats néolithiques durables aux IVe et IIIe millénaires av. J.-C.

Pour le Bronze ancien (entre 2000 et 1700 av. J.-C.), la sépulture du Foribach (comm. Kerns) est probablement liée à un habitat dans les environs. L'origine préceltique du nom de Sarnen suggère une colonisation des rives du lac de Sarnen dès l'âge du Bronze. On a mis au jour divers objets de la période 1500-1100 av. J.-C. (haches et poignards en bronze), notamment près des cols (Frutt, Brünig, Surenen), et relevé des vestiges d'habitat au Brand (comm. Lungern), au Landenberg (comm. Sarnen), ainsi qu'au Renggpass (comm. Hergiswil NW, près de la frontière cantonale actuelle), site où l'on a repéré aussi des traces d'élevage, au moins temporaire, de chèvres et de moutons. Il se pourrait donc que l'exploitation de terrains d'altitude ait commencé au IIe millénaire déjà. Des Celtes précédèrent les Romains, comme le montrent les éléments celtes des toponymes gallo-romains.

Une villa, occupée dès la fin du Ier s. apr. J.-C., a été fouillée en 1914-1915 à Alpnach. On ne sait si une activité réduite put s'y maintenir après qu'elle fut incendiée vers 270.

Auteur(e): Angelo Garovi / PM

1.2 - Moyen Age

La colonisation alémanique d'O. commença vers 700, comme l'indiquent des vestiges découverts à Sachseln et surtout la toponymie (déformation caractéristique de noms latins) et se poursuivit jusqu'au début du XIe s. Les Gallo-Romains occupant apparemment les terres un peu plus élevées des plateaux, les Alamans s'établirent d'abord autour des lacs, puis sur le plateau de Kerns, zones où abondent les toponymes en -ingen, -wil et -hofen, alors que les toponymes romans sont plus fréquents sur le Pilate, le Sachsler Berg, le Giswilerstock et dans le Melchtal. Ensuite, les deux populations se mélangèrent et les Gallo-Romains de plus en plus minoritaires finirent par se fondre dans la population germanique. Au début, les Alamans créaient de préférence des domaines isolés, qui se transformèrent peu à peu, au fil des partages successoraux et avec l'arrivée de nouveaux immigrants, en hameaux, puis, pour ceux qui abritaient une église, en villages paroissiaux, centres des communautés (Kilchgenossengemeinden) qui serviront de cadre à l'organisation communale.

Depuis le IXe s., O. fit partie du second royaume de Bourgogne, annexé au Saint Empire après la campagne de l'hiver 1032-1033 par l'empereur Conrad II le Salique. Les comtes de Lenzbourg étendirent alors leur influence sur le pays inter silvas (Unterwald); ils firent construire le château fort de Landenberg et semblent avoir encouragé les défrichements qui, signalés notamment par les toponymes (Schwand, Schwendi et leurs dérivés), se poursuivirent jusqu'au XVe s.

Ces défrichements s'accompagnèrent de la formation de seigneuries foncières, relevant de maisons ecclésiastiques (prieuré de Lucerne, qui dépendait de l'abbaye de Murbach, et chapitre de Beromünster surtout) et laïques (comtes de Lenzbourg, barons de Rotenburg-Wolhusen). Vers 1200, des familles nobles originaires de la zone d'influence "bourguignonne" des Zähringen vinrent en Suisse centrale. C'est ainsi que les barons de Brienz-Ringgenberg, accompagnés de ministériaux comme les seigneurs de Rudenz, franchirent le Brünig pour s'imposer à O.

En organisant leurs possessions, le prieuré de Lucerne (qui avait des domaines à Sarnen, Giswil et Alpnach) et le chapitre de Beromünster contribuèrent à la fixation progressive des limites des paroisses et des dîmes, achevée dans son premier état au XIIe s. L'église mère de la vallée, à Sarnen, dédiée à saint Pierre, est mentionnée en 1036, mais ses fondations carolingiennes montrent qu'elle remonte au VIIIe s. L'église Notre-Dame d'Alpnach pourrait dater du VIIIe ou du IXe s. Kerns, Sachseln et Giswil furent érigés en paroisses au XIIe s. au plus tard. Une église est attestée à Lungern vers 1275.

Le patronage de Sarnen était partagé entre le prieuré de Lucerne et le chapitre de Beromünster. Celui d'Alpnach appartenait au prieuré de Lucerne, puis passa en 1291 aux Habsbourg, avec ceux de Sachseln et Giswil. Celui de Kerns appartenait au chapitre de Beromünster (qui incorpora aussi en 1358 Sankt Niklausen, auj. comm. Kerns), puis passa en 1367 à l'abbaye masculine d'Engelberg. Celui de Lungern relevait déjà en 1305 de l'abbaye féminine d'Engelberg. Tous ces droits revinrent de facto aux communautés paroissiales en 1415 et de jure en 1460.

Auteur(e): Angelo Garovi / PM

2 - Histoire politique du Moyen Age à la fin du XVIIIe siècle

2.1 - La conquête de l'autonomie au Moyen Age

Au début du XIIe s., les comtes de Lenzbourg remirent une grande partie de leurs biens à leur couvent privé de Beromünster. Vers 1210, le château de Landenberg fut abandonné; dans les décennies suivantes, les nobles locaux et les ministériaux des grands seigneurs ecclésiastiques et laïques érigèrent des donjons pour leur prestige et leur défense. Les Kellner de Sarnen (le patronyme désigne la fonction de cellérier), attestés du milieu du XIIIe s. au début du XIVe, résidaient au château inférieur de Sarnen, les seigneurs de Hunwil dans leur château à Giswil et les Meier de Giswil, ministériaux du prieuré de Lucerne, des Habsbourg et des Wolhusen, au château de Rosenberg (situé à Giswil, dans le quartier du Kleinteil). Les seigneurs de Vittringen, vassaux des Rotenburg-Wolhusen, sont attestés à Lungern. Les terres relevant de ces châteaux ne sont pas connues avec précision.

Les gens de Sarnen (de Sarnon locorum homines) apparaissent pour la première fois, et d'emblée comme communauté de vallée (appelée universitas en droit canon), dans une bulle pontificale de 1247; le pape les excommuniait, avec ceux de Schwytz, pour avoir soutenu l'empereur Frédéric II et s'être ainsi soustraits à l'autorité de leur seigneur légitime, Rodolphe de Habsbourg-Laufenbourg. En 1257, les comtes Gottfried, Rodolphe et Eberhard de Habsbourg cédèrent leurs possessions unterwaldiennes, dans un contrat relevant du droit féodal, à leurs féaux Ulrich d'Alpnach, Heinrich de Kerns, Burkhard de Zuben, Konrad d'Einwil, Walter d'Oberdorf, Heinrich im Feld et Rudolf, amman (minister) de Sarnen. Cette charte est doublement intéressante: elle atteste les droits fonciers des Habsbourg-Laufenbourg (exercés par le cellérier de Sarnen) et donne la liste des dirigeants locaux au milieu du XIIIe s. L'achat par les Habsbourg, en 1291, des divers titres seigneuriaux du prieuré de Lucerne dans le "haut pays" entraîna dans la juridiction une égalisation des statuts personnels qui pourrait avoir été un pas essentiel vers la formation de la communauté de vallée (universitas vallis). Celle-ci reçut en 1309, par un acte d'Henri VII en faveur d'Unterwald, l'immédiateté impériale, ce qui la libérait de toute juridiction extérieure autre que celle de l'empereur. Les "gens et confédérés" d'Unterwald conclurent en 1315 une alliance (pacte de Morgarten) avec Uri et Schwytz, ce dernier en étant le principal instigateur.

Les droits féodaux passés des Wolhusen aux ducs d'Autriche furent inféodés au début du XIVe s. aux nobles de Rudenz et de Hunwil, qui s'établirent dans le pays. Les Kellner de Sarnen, influents dans la seconde moitié du XIIIe s., semblent s'être retirés de la vie politique après 1307; la prise du château inférieur de Sarnen (épisode mentionné dans le Livre blanc de Sarnen) pourrait être liée à ce retrait. Le Livre blanc donne aussi des renseignements intéressants sur la politique des alliances au point de vue des cantons campagnards. Les puissants seigneurs de Hunwil, apparentés aux Strättligen et aux Ringgenberg, eurent la prépondérance dans la première moitié du XIVe s. Ils occupèrent la charge de landamman dès 1328. Par des moyens diplomatiques, ils réussirent, alors que les Habsbourg étaient encore bien présents vers 1330, à réduire leur rôle vers 1350 à une vague souveraineté. Parallèlement ils menèrent une politique unificatrice. A la diète de Zofingue (1361), ils reçurent en fief de l'Autriche la mayorie de Giswil, tandis que les Rudenz obtenaient le domaine d'Alpnach. Mais leur domination finit par susciter une opposition au sein de l'élite paysanne aisée; celle-ci visait depuis longtemps une extension de ses pâturages vers l'Entlebuch (par le Glaubenberg et le Mariental) et vers le Hasli (par le Brünig) et pour cela était prête, contrairement aux Hunwil, à entrer en conflit avec Berne et les Habsbourg. Deux tribunaux d'arbitrage fédéraux présidés par des parents des Hunwil mirent un terme à ces ambitions en 1381, dans l'affaire de Ringgenberg et à l'occasion d'un conflit de frontière dans les alpages à l'ouest de Giswil. Peu après, la landsgemeinde, réunie en 1382 à Wisserlen (comm. Kerns), décida d'exclure pour toujours les membres des familles von Hunwil, von Tottikon et von Waltensberg des magistratures, du Conseil et des tribunaux. La même année, l'acquisition de terres à O. fut interdite aux étrangers et aux couvents.

Les nouvelles élites rurales, qui mettaient l'accent sur le rachat des droits seigneuriaux et des dîmes, avaient sans doute collaboré étroitement avec les Hunwil, dans la période 1330-1380, afin de contenir l'influence des Habsbourg. Ces gros paysans étaient à la tête des corporations d'usagers locales (Teilsamen) qui se consolidèrent à la fin du XIVe et au cours du XVe s.; ils étaient aussi représentés dans les institutions communales et dans l'administration cantonale en voie de formation. C'est vraisemblablement surtout parmi eux que les six communautés désignaient les conseillers et juges du pays, attestés dès 1352. En 1387, Sarnen et Kerns avaient chacun six conseillers, Sachseln, Alpnach, Giswil et Lungern chacun quatre, dont plusieurs siégeaient aussi au tribunal des Sept (instance inférieure) de leur localité. Au-dessus de tous les Conseils et tribunaux se trouvait la landsgemeinde, documentée dès 1373, qui élisait le landamman, vraisemblablement depuis la fin du XIVe s.

Le tribunal des Quinze jugeait dès la fin du XIVe s. les causes civiles importantes et recevait les appels contre les sentences des tribunaux des Sept. Il était renouvelé chaque année. Siégeant selon les besoins, il se composait du landamman, qui présidait, et de quatorze juges. Huit étaient également membres des Conseils communaux; Sarnen et Kerns en élisaient chacune deux, les quatre petites paroisses chacune un. Les six communautés nommaient en outre chacune un juge, qui n'était pas conseiller.

La haute juridiction appartint entièrement au pays d'O. après qu'un arbitrage eut aboli, en 1432, de vieux droits de haute justice dans la mayorie de Giswil, vendus vers 1400 par les Hunwil aux communiers de Giswil. Ceux-ci durent y renoncer, face au droit de haute justice attribué à O. par l'empereur Sigismond en 1415. L'hôtel de ville construit en 1415 à Sarnen et l'épée de cérémonie du landamman symbolisaient cette souveraineté cantonale.

Du milieu du XIVe s. à 1798, O. considéra toujours qu'il représentait deux tiers d'Unterwald, pour les affaires intérieures et extérieures; c'est ainsi qu'Unterwald ayant un siège à la Diète, O. l'occupait deux années sur trois, Nidwald seulement une année sur trois.

L'élite paysanne arrivée au pouvoir en 1381-1382 ne s'intéressait pas seulement à une extension de ses alpages dans les cantons voisins, mais aussi à une expansion au sud, là où se trouvaient ses débouchés commerciaux. En 1403, Uri et O. occupèrent la Léventine (Expéditions au sud des Alpes); en 1415, Sigismond étendit à ce territoire le droit de juridiction criminelle des Obwaldiens. En 1419, Uri et O. s'emparèrent en outre de la ville de Bellinzone. Mais ils perdirent toutes leurs conquêtes à la bataille d' Arbedo (1422), ainsi que les terres prises dès 1410 dans le val d' Ossola, sur lequel O. avait des vues depuis le XIVe s., parce qu'il prolongeait la route Brünig-Grimsel-col de Gries. Le traité de paix de 1426 entre les Confédérés et Milan (premier capitulat de Milan) fut complété en 1427 par un traité de commerce signé à Brigue entre O. et Milan, qui réglait le trafic par le col de Gries et le val d'Osssola et dont O. tira de grands avantages.

Après les guerres de Bourgogne, O. chercha encore une fois à s'agrandir: le landamman Heinrich Bürgler tenta d'enlever l'Entlebuch aux Lucernois (affaire Amstalden, 1478). Ce fut un échec, qui conduisit à d'autres conflits avec les Confédérés et la maison d'Autriche (affaires Mötteli et Koller). Contrairement à Schwytz et Uri, O. ne réussit pas à élargir son territoire au bas Moyen Age.

Auteur(e): Angelo Garovi / PM

2.2 - Pouvoir et administration sous l'Ancien Régime

A l'époque des tensions confessionnelles avec Zurich, la landsgemeinde prit position contre la Réforme. Après la dispute de Baden (1526), les fronts s'établirent clairement. Soutien décidé de l'ancienne foi, O. milita désormais contre les cantons réformés. Il y eut même des intermèdes guerriers, comme la campagne de 1528, décrite par Johannes Salat, où des troupes passèrent le Brünig pour aller renforcer la résistance à la Réforme dans l'Oberhasli. Les Bernois repoussèrent l'attaque, qui fut l'une des causes de la première guerre de Kappel (1529). Après la victoire catholique dans la seconde guerre de Kappel (1531) et la deuxième paix nationale, O. appuya la Contre-Réforme, notamment en fournissant des troupes lors des guerres de religion et en entrant dans des alliances avec l'Espagne et la France, du XVIe au XVIIIe s. Les influentes familles von Flüe et Stockmann défendirent fermement le parti français au XVIIIe s.

Depuis la fin du XVe s., les communautés désignaient à la landsgemeinde de mai leurs conseillers, au nombre de quinze à Sarnen et Kerns, de sept à Sachseln, Alpnach, Giswil et Lungern. A celle de la Saint-Martin (novembre), elles élisaient leur trésorier, leur administrateur paroissial, leur responsable du fonds des pauvres, ainsi les administrateurs des chapelles. Un sautier et un aide-sautier assuraient le lien entre les conseillers et les communiers. Chaque communauté (Kilchgang) avait son tribunal des Sept, instance civile dont les sentences ne pouvaient être contestées que si la valeur du litige dépassait une certaine somme.

La landsgemeinde se réunissait à Sarnen; dès 1647, elle se tenait le dernier dimanche d'avril. Les hommes y avaient accès dès l'âge de 14 ans. Elle élisait le landamman de l'année, choisi habituellement (par rotation) dans un groupe de quatre "anciens" landammans, qui était à la tête du gouvernement. Suivaient selon l'ordre hiérarchique le vice-landamman (dès 1630 env.), le trésorier et le maisonneur (attesté dès 1564), qui appartenaient automatiquement au Conseil (appelé Kirchenrat) de leur communauté. A côté de ces sept charges civiles, il y avait cinq charges militaires: les deux enseignes (dès 1622), les deux capitaines (dès 1597) et le banneret (qui portait la bannière d'Unterwald), soit douze magistratures conférées par la landsgemeinde; cependant leurs détenteurs, dits Ringherren, étaient moins nombreux, à cause du cumul des fonctions civiles et militaires, courant jusqu'en 1804; le banneret était notamment toujours l'un des landammans. Les deux intendants de l'arsenal furent comptés aussi parmi les Ringherren dès lors qu'ils furent élus, non plus par le Grand Conseil, mais par la landsgemeinde (dès 1803 pour le premier, qui précédemment était en général un landamman, dès 1811 pour le second). Après 1804, seule la charge de banneret resta liée à une fonction civile.

Les cinquante-huit conseillers des communautés et les Ringherren constituaient le "Grand Conseil" (Landrat), qui pouvait être doublé ou triplé, chaque membre se faisant accompagner d'un (Double Conseil) ou deux (Triple Conseil) hommes, choisis par lui jusqu'en 1785, puis élus par les communiers.

Le "Petit Conseil" des Ringherren (le Magistrat) décidait seul quand il convenait de convoquer le Grand, le Double ou le Triple Conseil. Il n'y avait ni répartition réglée des compétences administratives, ni séparation des pouvoirs. Les quatre Conseils faisaient chacun office de tribunal criminel, les causes étant présentées devant l'un ou l'autre en fonction de leur gravité. Pour les cas passibles de la peine de mort, la compétence était passée en 1629 de la landsgemeinde au Triple Conseil. Entre 1612 et 1877, O. eut son propre bourreau.

Un petit nombre de familles tendait à monopoliser les magistratures: au XVIIe s., les Wirz fournirent six landammans, qui siégèrent au Petit Conseil, comme landamman en charge ou ancien landamman, pendant 92 ans. Au XVIIIe s., les von Flüe en donnèrent six sur vingt-quatre (105 ans), les Stockmann quatre (64 ans), les Bucher quatre (84 ans), les Imfeld de Sarnen deux (36 ans) et les Wirz, en déclin, deux (12 ans).

Dans les quatre bailliages italiens (Locarno, Lugano, Mendrisio, val Maggia) et les cinq allemands (Baden, Freie Ämter, Frauenfeld, Rheintal et Sargans), les baillis étaient désignés tous les deux ans par l'un des cantons souverains (Bailliages communs). O. s'attribuait deux tiers des postes revenant à Unterwald, Nidwald un tiers. On compte vingt-cinq baillis obwaldiens au XVIIIe s.; le choix de la landsgemeinde tomba sur neuf anciens landammans, cinq trésoriers, deux maisonneurs, trois enseignes du pays, trois membres du Grand Conseil et trois chanceliers. La majorité d'entre eux appartenait aux familles de magistrats: six von Flüe de Sachseln, quatre Bucher de Kerns, trois Imfeld de Sarnen et trois Stockmann de Sarnen. La landsgemeinde déléguait à la reddition des comptes des bailliages italiens le landamman sortant de charge et à celle des bailliages allemands le landamman en charge, accompagné d'un membre du Petit ou du Grand Conseil.

Les lois du pays furent rassemblées dans un code (appelé Landbuch) en 1525-1526, puis en 1635. En 1792, on procéda à une révision qui aboutit à un nouveau texte, de présentation plus claire .

Les hommes étaient astreints au service militaire de 16 à 60 ans. L'incorporation des jeunes gens, qui occupaient les places laissées vacantes, avait lieu dans les communautés en mai. O. pouvait aligner trente compagnies de 90 hommes et disposait pour les expéditions militaires de deux enseignes de 200 hommes, chacune suivant un porte-enseigne et commandée par un capitaine. En 1755, les deux compagnies obwaldiennes intervinrent contre les insurgés de la Léventine, à la demande d'Uri. En février 1798, une compagnie fut envoyée en renfort à Berne au moment de l'invasion française. En cas de mobilisation commune avec Nidwald, les troupes marchaient derrière la bannière cantonale d'Unterwald confiée au banneret; au XVIIIe s., cela se produisit une seule fois, pendant la seconde guerre de Villmergen (1712). La garde de la bannière et la charge de banneret revenaient à O. Nidwald nomma le capitaine commun d'Unterwald jusqu'en 1768, puis refusa de prêter serment à la bannière cantonale et revendiqua son autonomie militaire.

Auteur(e): Niklaus von Flüe / PM

3 - Société, économie et culture, du Moyen Age au XVIIIe siècle

3.1 - Démographie et peuplement

Les défrichements entrepris à partir du XIe s. connurent un nouvel essor dès la fin du XIVe et au début du XVe s., encouragés par le commerce avec l'Italie. Au XVe s., les grandes structures de l'habitat (villages et hameaux) étaient posées. Aux XVIe et XVIIe s., on assiste à une densification et à de nouveaux défrichements qui se reflètent dans la toponymie, mais l'habitat dispersé reste privilégié.

En l'absence d'études spécialisées, il est difficile de donner des chiffres sur la population au Moyen Age et à l'époque moderne; on peut admettre qu'elle a peu varié entre le bas Moyen Age et les premières données statistiques, qui indiquent 8885 habitants en 1743 (d'après les listes paroissiales de communiants et non-communiants) et 10 850 en 1799.

Auteur(e): Angelo Garovi / PM

3.2 - Economie

Pour satisfaire la demande croissante de bovins, chevaux et produits agricoles des villes de Lombardie (et en partie de Vénétie et du Piémont), l'élite paysanne intensifia l'économie alpestre. L'archéologie atteste les agrandissements apportés après 1400 à de modestes chalets d'alpage de la Frutt (Müllerenhütte, 1997). En même temps, les dirigeants cherchèrent à sécuriser les exportations en s'emparant de territoires le long de la route des cols et en menant une politique commerciale active au sud des Alpes.

L'essor des exportations de fromage, dès le XVe s., est bien documenté au XVIe s. par les comptes de l'abbaye d'Engelberg. On produisait déjà un fromage gras à pâte dure, de longue conservation, analogue au sbrinz, que l'on achemina jusqu'au XIXe s. par la route Brünig-Grimsel-col de Gries-val d'Ossola plutôt que par celle du Gothard (l'état des sources ne permet pas de dire si cette remarque s'applique aussi au commerce du bétail). D'Italie, on ramenait du vin et des grains. Des muletiers obwaldiens transportaient, surtout en hiver, du sel provenant de la région de Salzbourg ou du Tyrol vers le Simmental, le Gessenay (avec lequel les liens étaient étroits depuis le XVe s.) et le Haut-Léman, d'où ils revenaient avec du vin.

L'exploitation minière est attestée à l'Erzegg (Frutt) dès 1426. Interrompue par une épidémie de peste vers 1450 qui emporta ouvriers et entrepreneurs, elle reprit entre 1551 et 1568 sous l'égide d'une société bénéficiant d'un bail héréditaire et à nouveau en 1620 sous la direction d'entrepreneurs obwaldiens. Elle connut son apogée à l'époque de la première guerre de Villmergen (extraction et fonte pour la production d'armes), mais cessa définitivement en 1689, pour cause de mauvaise gestion.

Les artisans formaient une confrérie, analogue à une corporation de métier. A leur intention, le gouvernement édicta dès le XVIe s. des prescriptions qui, au XVIIIe s., constituaient déjà une ébauche de droit du travail: les patrons devaient verser des salaires décents et tenir une comptabilité honnête, les artisans devaient travailler selon les règles de l'art. Chaudronniers et rétameurs étaient soumis à autorisation et obligés de n'utiliser que du matériel indigène.

Le rôle économique et politique du mercenariat et des entrepreneurs militaires s'affirma dès la seconde moitié du XVe s. Le service étranger fut une source de richesse. Dès le début du XVIe s., il fut réglementé officiellement; des capitulations furent conclues avec le roi de France, le pape, le duc de Milan, le doge de Venise et le roi de Naples. Des membres de la famille Wirz de Sarnen accédèrent aux plus hautes charges militaires et politiques au service d'Espagne et de l'Empire; les Imfeld et les von Flüe servirent surtout en France. Cependant, le service de France entraîna une forme de dépendance politique, qui apparaît dans l'opposition d'O. au défensional de Baden à la fin du XVIIe s. Les mercenaires obwaldiens participèrent en particulier aux guerres de religion du XVIe s. en France et aux Pays-Bas, ainsi qu'aux campagnes vénitiennes contre les Turcs dans le Péloponnèse à la fin du XVIIe s. Les von Flüe de Sachseln furent au XVIIIe s. les principaux entrepreneurs militaires.

Auteur(e): Angelo Garovi / PM

3.3 - Société

A côté de la petite noblesse des ministériaux et chevaliers, une élite locale de gros paysans apparut aux XIIIe et XIVe s. Après avoir fait cause commune avec les nobles, elle prit le pouvoir en 1381-1382. Ces gros paysans avaient, en raison de leur fortune foncière, une position dominante dans les Teilsamen, alors en voie de formation (les premières sont attestées en 1390 à Sarnen). Résultant de la division d'une paroisse en unités plus petites, les Teilsamen réglementaient l'usage des forêts, des pâturages et des alpages; elles s'imposèrent comme entités administratives de premier échelon, mais le cadre plus large se maintint.

Les petits paysans avaient en général assez de travail, car ils pouvaient au besoin prendre du bétail en location (bail à cheptel). A l'origine, la propriété d'un chesal donnait accès à l'entière jouissance des droits d'usage; plus tard, les nouveaux arrivés furent soumis à des restrictions. On aboutit presque partout à des conflits entre les anciens communiers et les gens venus de l'extérieur qui n'obtinrent que le statut d'habitant, aux droits limités.

Aux XVe et XVIe s., l'élite se transforma en oligarchie. Ses membres se dotèrent de titres et d'armoiries; c'est ainsi que le landamman Niklaus Imfeld porta dès 1548 le titre de chevalier. Au XVIIIe s., quelques familles occupaient les positions dominantes, dans l'économie et, grâce au principe de cooptation, dans la politique. Leur influence reposait sur la propriété foncière et sur la fortune mobilière, investie dans le commerce du bétail et les entreprises militaires. Les autorités se montraient arrogantes et agissaient souvent de manière arbitraire.

Le pouvoir étatique s'organisa au cours du XVIe s. Il s'appuyait sur les tribunaux qui, pourvus de compétences étendues, s'immisçaient de plus en plus dans tous les domaines de l'existence. Les idées du clergé sur la piété, la moralité et l'obéissance devinrent des normes politiques. Désireuses de tout contrôler, les autorités multiplièrent les ordonnances, les interdictions et les mandats sur les mœurs, condamnant les excès de boissons, les jurons, le jeu, le faste de la table, le luxe des vêtements, la fréquentation assidue des tavernes et le tabac.

Auteur(e): Angelo Garovi / PM

3.4 - Vie religieuse et culturelle

Pivots de la vie religieuse, les églises paroissiales de la fin du roman et du début du gothique attestent de la ferveur médiévale, tout comme les chapelles de style gothique tardif, tels l'ossuaire Saint-Michel à Sarnen à l'imposant plafond de bois ou la chapelle Saint-Nicolas à Sankt Niklausen (comm. Kerns), décorée au XIVe s. de précieuses fresques. Au bas Moyen Age, la piété populaire se manifesta dans le culte des saints et des reliques, dans la participation à des processions (comme celle de Musegg à Lucerne pour la fête de l'Annonciation le 25 mars) et aux pèlerinages d'Einsiedeln et de Saint-Jacques-de-Compostelle (registre de la confrérie de Saint-Jacques à Sachseln). La chapelle du Saint-Sacrement à Giswil et la Légende du vol des hosties (fin du XVe s.) attestent l'importance du culte eucharistique.

Nicolas de Flue, l'ermite du Ranft, futur patron de la Suisse, était de son vivant déjà honoré comme un saint. Après sa mort, Sachseln devint un lieu de pèlerinage très fréquenté. On construisit au Ranft vers 1501 la chapelle Notre-Dame (gothique tardif), ornée d'un cycle de fresques sur la vie de Nicolas de Flue, partiellement conservé (env. 1530-1540). En 1618, au Flüeli, on éleva en l'honneur de Charles Borromée, qui s'était rendu en 1570 sur la tombe de l'ermite, une chapelle qui se distingue par sa décoration intérieure de haute qualité. La béatification de Nicolas de Flue, en 1649, donna une nouvelle impulsion à la vie religieuse obwaldienne et en particulier au pèlerinage sur sa tombe. L'église Saint-Théodule, devenue trop petite, fut remplacée en 1672-1684 par un vaste sanctuaire du premier baroque.

En 1615, le couvent de bénédictines de Saint-André, fondé au milieu du XIIe s., fut transféré d'Engelberg à Sarnen. Etablis en 1642 à Sarnen, les capucins œuvrèrent au renforcement de l'ancienne foi selon les principes du concile de Trente. De 1739 à 1742, on reconstruisit l'église paroissiale Saints-Pierre-et-Paul de Sarnen, en y englobant certaines parties de l'édifice roman antérieur; ce chef-d'œuvre du rococo, avec ses deux clochers curieusement disposés en diagonale et coiffés de toits en bulbe, a marqué l'histoire architecturale de la Suisse centrale. Les nombreuses églises et chapelles construites aux XVIIe et XVIIIe s. font d'O. un paysage sacré particulièrement riche.

D'importants facteurs d'orgues, tel Niklaus Schönenbüel d'Alpnach, travaillèrent aux XVIIe et XVIIIe s. à O., qui donna en outre cinq musiciens remarquables: Johann et Johann Chrysostomus z'Bären, organistes de Sachseln, Justus Burach, maître de chapelle de l'abbaye d'Einsiedeln, Anton Omlin, maître de chapelle de la cathédrale de Constance, et Nikolaus von Flüe, abbé de Wettingen. Sebastian Gisig fut le grand peintre baroque d'O. Wolfgang Rot, Johann Zurfluh et Johann Peter Spichtig, auteur d'un Jeu des rois (1659), écrivirent et mirent en scène des pièces de théâtre.

Fruit de la réforme tridentine, la première école publique ouvrit en 1540 à Sarnen. Elle servait surtout à l'instruction religieuse. En 1573, le Conseil décida que chaque paroisse aurait à créer une école. L'objectif fut atteint en 1639. Le plus souvent, l'enseignement était dispensé par un chapelain, faute de maîtres laïques. Avec le legs du jésuite Johann Baptist Dillier, le gouvernement fit construire le collège de Sarnen (qui abrite actuellement l'administration cantonale) et y ouvrit en 1752 une école latine supérieure.

Auteur(e): Angelo Garovi / PM

4 - Le canton aux XIXe et XXe siècles

4.1 - Histoire constitutionnelle

Sous l'influence des von Flüe, montés en grade au service de France, et de la majorité des ecclésiastiques du pays, O. fut en Suisse primitive le premier canton à accepter la Constitution helvétique, le 1er avril 1798. Mais il fut ensuite poussé par ses voisins à la résistance contre les Français. Après la défaite, Uri, Schwytz, Unterwald et Zoug furent réunis dans le canton des Waldstätten; O. y formait le district de Sarnen. La plupart des anciens magistrats et conseillers se mirent à disposition pour assumer l'administration locale au sein de l'Etat unitaire et cherchèrent à satisfaire les exigences des autorités helvétiques et des troupes françaises d'occupation.

En 1803, le chapitre 15 de l'acte de Médiation rétablit l'organisation et les autorités de l'Ancien Régime à O. et Nidwald; il refit d'O. une partie du canton d'Unterwald, en qualité de demi-canton, sans reconnaître son ancien privilège d'en représenter les deux tiers. L'inégalité entre bourgeois et habitants (Beisassen) fut réintroduite. L'âge de la majorité civique et militaire fut porté à 20 ans. Si les partisans les plus actifs de l'Helvétique perdirent la faveur de leurs concitoyens, une grande partie des hommes qui avaient été conseillers avant 1798 et fonctionnaires sous l'Helvétique fut réélue par la landsgemeinde et les assemblées de communiers.

Le Code de 1792 (Landbuch), amputé des dispositions relatives aux bailliages communs disparus, servit de base à la première constitution que le canton se soit donnée lui-même, en 1814. Les compétences administratives et judiciaires des Conseils furent assez systématiquement énumérées. Les tribunaux des Sept furent maintenus, celui des jurés (anciennement des Quinze, soit quatorze juges sous la présidence du landamman) compta dès 1816, après l'intégration d'Engelberg au titre de "petite commune", seize juges présidés par le landamman. On créa un tribunal (composé du Grand Conseil siégeant "porte ouverte") chargé d'examiner les dispositions testamentaires.

Tout Obwaldien dès l'âge de 20 ans avait accès à la landsgemeinde, mais seuls les bourgeois du lieu (Korporationsbürger) étaient admis dans les assemblées de communiers. Comme délégué à la Diète, la landsgemeinde nommait généralement le landamman en charge. Le Code de 1792 garda sa validité, à côté de la Constitution. Les lois et ordonnances furent publiées dans un bulletin officiel depuis 1854. Des recueils systématiques remplacèrent en 1899 les collections paraissant à intervalles irréguliers depuis 1853.

En 1815, la vallée et l'abbaye d'Engelberg, en butte à la politique réactionnaire de Nidwald, se rattachèrent à O., dont elles formèrent la septième commune. Une partie de leurs anciens droits leur fut garantie par les actes de réunion des 19 et 24 novembre 1815. La Constitution fut adaptée à la nouvelle situation en 1816.

En 1829, les citoyens furent privés d'un de leurs droits populaires, celui de présenter une motion directement à la landsgemeinde. Après la défaite du Sonderbund en 1847, les radicaux exigèrent la suppression de la charge de banneret et des mandats à vie. Il s'agissait d'une réaction à l'autoritarisme manifesté dans bien des domaines, dans les années 1830 et 1840, par le landamman Nikodem Spichtig, qui avait amené O. à adhérer à la Ligue de Sarnen et au Sonderbund. Après la défaite, Spichtig démissionna de toutes ses charges.

Le canton refusa à une large majorité la Constitution fédérale de 1848 et ne s'y soumit qu'à contre-cœur. Sa nouvelle Constitution de 1850 abolit les magistratures militaires et institua un gouvernement de treize membres, dont un au moins par commune. Le landamman et le vice-landamman étaient rééligibles après une année; on vit dès lors les détenteurs de ces deux charges se succéder l'un à l'autre régulièrement. La séparation des pouvoirs fut améliorée; le tribunal juré fit place à un tribunal cantonal moins nombreux. Comme sous la République helvétique, on sépara communes bourgeoises et communes politiques ou d'habitants (Einwohnergemeinde); mais les bourgeois gardèrent longtemps encore, sauf à Alpnach, la haute main sur l'élection des députés au Grand Conseil et au Triple Conseil (le Double Conseil était supprimé). Une liste des libertés civiques, conformes à la Constitution fédérale, fut introduite, ainsi qu'un article sur l'égalité des droits. Des révisions mineures permirent d'éliminer les contradictions avec la Constitution fédérale.

Une Constitution entièrement révisée vit le jour en 1867. Elle donna aux protestants la possibilité d'ouvrir leurs propres écoles (le catholicisme était déjà reconnu comme religion d'Etat depuis 1850). Elle créa une nouvelle organisation judiciaire, mieux séparée du pouvoir exécutif, comprenant des offices de conciliation au niveau communal, des tribunaux cantonaux de première instance en matières civile, pénale et de police, coiffés par la cour suprême, ainsi qu'une cour de cassation. La landsgemeinde resta l'organe législatif suprême. Elle élisait un Conseil d'Etat réduit à sept membres (la règle de la représentation de chaque commune fut abandonnée) et désormais aussi les membres et la présidence de la cour suprême. Elle reçut certaines compétences financières. Le Grand et le Triple Conseil furent remplacés par un Grand Conseil élargi (quatre-vingts députés, élus dans chaque commune proportionnellement au nombre des habitants), où siégeaient aussi les conseillers d'Etat.

Jusqu'à la révision constitutionnelle de 1902, O. eut un régime très patriarcal. On ne maintint pas, ni en 1867 ni en 1902, la limitation des droits démocratiques introduite en 1829: toute proposition adressée par écrit au landamman par un simple citoyen devait être soumise à la landsgemeinde. Le référendum législatif fut introduit en 1902; il devait être demandé par 400 citoyens et fut souvent utilisé dans les années suivantes, avec le droit d'initiative, non sans succès. Le mouvement des droits démocratiques culmina en 1909, quand il fit adopter une disposition permettant à 1200 citoyens d'exiger que les modifications constitutionnelles soient soumises au vote secret. Le rôle de la landsgemeinde diminua encore plus quand le scrutin secret fut généralisé en 1922 à tous les objets constitutionnels, législatifs et fiscaux.

La lutte pour les droits démocratiques est à l'origine de la création d'un parti radical en 1908 (succédant à une éphémère association qui s'était formée en 1873, après le refus de la révision de la Constitution fédérale). Les conservateurs fondèrent un parti en 1919, dont les chrétiens-sociaux se séparèrent en 1956. Le groupe "Obwald démocratique", fondé en 1992, est devenu parti socialiste en 1997. La section cantonale de l'UDC est née en 1999, celle du parti bourgeois démocratique en 2008.

Elections à l'Assemblée fédérale, 1919-2007 (quelques exemples)
 1919193919471959197919911995199920032007
Conseil des Etats
PDC1111111   
PRD       111
Conseil national
PDC111111111 
UDC         1

Sources:Stat. hist.; OFS

Composition du Conseil d'Etat, 1920-2010 (quelques exemples)
 1920194019501960197419861994200220062010
PDC6664534222
PRD1112122112
PCS   1111221
Sans parti     1    
Total7777777555

Elections au Grand Conseil, 1974-2010a
 1974197819821986199019941998200220062010
PDC26262825282725212320
PRD15131612141413111010
PCS8769710108108
Obwald démocratique     4    
PS      7b866
UDC       7611
Hors groupe25261     
Groupe parlementaire librec    5     
Total51515252555555555555

a Suffrage majoritaire jusqu'en 1982, suffrage proportionnel depuis 1986

b Engelberg démocratique compris

c Freie Fraktion Obwalden (FFO)

Sources:OFS; StAOW

La dernière en date des révisions constitutionnelles complètes remonte à 1968. Elle apporta des améliorations formelles, mais peu de réelles nouveautés, si ce n'est qu'elle réglementa le recours à la voie législative dans différents domaines. Le Grand Conseil est élu à la proportionnelle depuis 1984. Il compte cinquante-cinq députés depuis 1989. Le suffrage féminin fut introduit en 1972 et l'âge de la majorité civique abaissé à 18 ans en 1983. Les évolutions récentes les plus marquantes ont été en 1998 l'abolition de la landsgemeinde et en 2002 la réduction à cinq du nombre des conseillers d'Etat.

Auteur(e): Niklaus von Flüe / PM

4.2 - L'administration cantonale

Avant 1848, les prestations de l'Etat étaient relativement modestes. Le maisonneur avait seulement à surveiller, outre les bâtiments officiels (hôtel de ville, arsenaux, collège), la grande route entre Alpnachstad et le Brünig, pour l'entretien de laquelle chaque ménage devait s'acquitter, dès 1786, d'une journée de travail ou d'une taxe équivalente. Une commission des routes fut instituée en 1820. La construction des routes du Brünig (vers 1860, avec l'aide de la Confédération) et d'Engelberg (vers 1870) causa au canton des frais considérables. L'asphaltage commença au début des années 1930. La semi-autoroute du Brünig (A8) fut aménagée dès 1966 dans le cadre du réseau des routes nationales.

Malades, pauvres et prisonniers étaient logés à l'hospice et à l'asile de Sarnen, fondations dont les comptes étaient tenus par deux membres du Grand Conseil, l'intendant de l'hôpital et l'administrateur de la maladrerie. En 1856, tous furent transférés dans le nouvel hôpital de Sarnen (un pénitencier sera bâti au chef-lieu en 1884).

Pour l'approvisionnement en sel, les contrats d'achat et les comptes de la régale relevèrent d'abord de conseillers, sous la surveillance du Grand Conseil. En 1785, la régale fut confiée à un membre du gouvernement (directeur des sels), jusqu'à ce qu'elle soit intégrée en 1942 au Département des finances. Il y avait deux arsenaux, gérés séparément par les premier et second intendants de 1803 à 1850; avant 1798, leurs titres étaient Oberzeugherr et Unterzeugherr. Le second était aussi responsable depuis 1752 des finances du collège de Sarnen, à quoi s'ajouta en 1804 l'administration du fonds diocésain.

La faible ampleur de l'activité de l'Etat ressort aussi de ses comptes de trésorerie. Les frais de séances et d'administration se montaient à 2500 florins environ en 1700, au double en 1850. Une seule personne, puis deux dès 1709 suffirent à assumer les travaux de chancellerie jusqu'au milieu du XIXe s.; on engagea ensuite deux employés supplémentaires. Outre les amendes et les cens, les principaux revenus du trésor étaient avant 1798 les pensions étrangères et la part du canton aux bénéfices des bailliages communs allemands; plus tard ce furent les impôts sur l'alcool et les péages. Ces derniers disparurent, de même que les régales moins lucratives des poudres et des postes, après la fondation de l'Etat fédéral. Un impôt cantonal sur la fortune (impôt de guerre) n'était levé qu'en de rares occasions, pour combler un grave déficit du trésor public ou pour rembourser un emprunt. La Constitution de 1867 introduisit le principe d'impôts directs sur le revenu et la fortune; la première loi fiscale fut édictée en 1870. D'abord temporaires et destinés surtout aux corrections de cours d'eau, les prélèvements devinrent annuels en 1912.

La croissance des tâches de l'Etat, due en partie à la législation fédérale, peut se lire dans l'évolution du nombre de ses employés, qui augmenta malgré la disparition de certaines fonctions (perception des péages, messager officiel, responsable de la souste). Les départements créés en 1868 occupaient un inspecteur forestier, un ingénieur cantonal, les maîtres de l'école cantonale et quelques employés d'administration. L'effectif passa de vingt personnes en 1889 à 325 en 2000. Quant aux dépenses ordinaires de l'Etat, qui étaient de 24 000 francs en 1860, elles dépassaient en 2000 la barre des 200 millions.

Auteur(e): Niklaus von Flüe / PM

5 - Société, économie et culture aux XIXe et XXe siècles

5.1 - Démographie et peuplement

On comptait à O. 10 580 habitants en 1798/1799, 13 799 en 1850, 15 260 en 1900, 22 125 en 1950 et 32 427 en 2000. Le taux d'accroissement moyen (4,2o/oo de 1798 à 1910 et 6,4o/oo de 1910 à 1960) est inférieur au taux relevé pour ces périodes dans l'ensemble de la Suisse (6,7o/oo et 7,3o/oo). On a enregistré des reculs en 1850-1860 (-2,9o/oo) et en 1880-1888 (-2,4o/oo). Entre 1868 et 1900, 1815 personnes émigrèrent en Amérique.

La distinction entre "grandes" communes (Sarnen, 2730 habitants en 1743 et Kerns, 1820) et "petites", soit, par ordre de grandeur, Sachseln (1292), Alpnach (1135), Giswil (1040) et Lungern (868) fut abandonnée en 1850. En 2004, Sarnen (9445) restait en tête et Lungern (1956) en queue, Alpnach (5156) avait dépassé Sachseln (4456) et se rapprochait de Kerns (5236); Giswil (3420) et Engelberg (3493) étaient de taille presque égale.

En 1850, les bourgeois du lieu étaient majoritaires dans toutes les communes, sauf à Alpnach où l'on en comptait 556, face à 818 Obwaldiens originaires d'autres communes et à 248 Confédérés (avant tout des paysans bernois qui avaient acheté de nombreuses parcelles), ces derniers formant 16,5% de la population alors qu'ils n'étaient que 5% dans l'ensemble du canton. La proportion des Confédérés (catholiques, mais aussi protestants) augmenta avec la liberté d'établissement garantie par la Constitution fédérale de 1848, pour atteindre 25% en 1900 déjà. Le nombre des étrangers s'accrut parallèlement.

Les villages agricoles obwaldiens changèrent d'aspect dans la seconde moitié du XXe s., avec l'agrandissement des quartiers d'habitation et la création de zones industrielles. Des personnes travaillant à Lucerne, Zoug ou Zurich vinrent résider à O., surtout dans la région Alpnach-Sarnen.

Evolution démographique 1850-2000
AnnéeHabitantsEtrangersCatholiquesProtestantsStructure par âge (60 ans et plus)PériodeAccroisse- mentaExcédent naturelaSolde migratoirea
185013 7990,1%99,9%0,1% 1850-1860-2,9o/oo-0,7o/oo-2,2o/oo
186013 3760,7%99,3%0,7%8,3%1860-18707,7o/oo9,1o/oo-1,4o/oo
187014 4430,8%97,5%2,5%8,8%1870-18806,3o/oo9,5o/oo-3,2o/oo
188015 3290,8%98,2%1,8%10,9%1880-1888-2,4o/oo4,7o/oo-7,1o/oo
188815 0433,0%97,8%2,2%12,0%1888-19001,2o/oo6,7o/oo-5,5o/oo
190015 2603,1%98,4%1,6%12,5%1900-191011,8o/oo11,9o/oo-0,1o/oo
191017 1614,7%97,0%3,0%11,5%1910-19202,3o/oo9,2o/oo-6,9o/oo
192017 5673,6%97,3%2,6%9,9%1920-193010,0o/oo10,1o/oo-0,1o/oo
193019 4015,4%95,8%3,9%10,2%1930-19414,3o/oo10,1o/oo-5,8o/oo
194120 3402,6%95,7%3,9%12,2%1941-19509,4o/oo14,3o/oo-4,9o/oo
195022 1253,1%96,1%3,7%12,3%1950-19604,5o/oo12,6o/oo-8,1o/oo
196023 1355,3%96,0%3,8%13,0%1960-19705,8o/oo11,8o/oo-6,0o/oo
197024 5096,5%95,4%4,2%16,5%1970-19805,4o/oo6,7o/oo-1,3o/oo
198025 8656,8%92,1%5,4%18,2%1980-199011,5o/oo6,7o/oo4,8o/oo
199029 0258,6%88,0%7,2%18,1%1990-200010,8o/oo4,4o/oo6,4o/oo
200032 42711,9%80,2%7,7%18,2%    

a Taux moyen annuel

Sources:Stat. hist.; recensements fédéraux; OFS

Auteur(e): Niklaus von Flüe / PM

5.2 - Economie

L'agriculture, l'économie alpestre et l'exploitation forestière prédominèrent jusqu'au cœur du XXe s. Les exportations de fromage vers l'Italie s'écroulèrent dans les années 1870, face à la concurrence de produits devenus moins chers grâce aux transports ferroviaires. La loi obligeait la Banque cantonale fondée en 1886 à soutenir l'économie locale et à aider les petits paysans à se désendetter. Le gouvernement promulgua en 1891 une ordonnance sur l'élevage et en 1893 une loi sur l'agriculture, afin d'encourager le secteur agraire.

La seconde moitié du XIXe s. vit se développer la mise en valeur industrielle du bois et, d'abord surtout à Engelberg, le tourisme. Ce dernier profita du chemin de fer du Brünig (1888), de celui du Pilate (1889) et de la ligne Stans-Engelberg (1898). Le Stanserhorn, qu'un funiculaire gravit depuis 1893, s'est affirmé en un siècle comme la seconde montagne fétiche des Unterwaldiens, après le Pilate. A la fin du XXe s., l'hiver était devenu la principale saison touristique, grâce aux stations de ski d'Engelberg, Melchsee-Frutt et Lungern-Schönbühl.

On pratiqua le tressage de la paille, d'abord à domicile puis en fabrique, entre la fin du XIXe s. et la Deuxième Guerre mondiale. La carrière de pierre Guber à Alpnach, fondée en 1903, connut des difficultés, mais une nouvelle société d'exploitation parvint à la sauver. Des particuliers construisirent des usines électriques dès 1888, suivis des communes de Kerns, Sarnen et Alpnach, puis du canton, lequel a racheté en 1980, pour la gérer lui-même, la centrale du lac de Lungern, construite en 1921 par les Forces motrices de Suisse centrale.

Si, avant 1950, les autorités cantonales n'encourageaient guère l'industrie, elles cherchèrent ensuite à attirer des entreprises, à des fins de diversification économique. Une soufflerie de verre s'implanta, mais décida bientôt de se délocaliser. En revanche des firmes actives dans les denrées alimentaires (Familia à Sachseln), les matières plastiques (Sarna à Sarnen) et la construction d'appareils (Maxon à Sachseln) ont prospéré et se sont même étendues à l'étranger. On compte en outre de nombreuses petites entreprises (électricité, automobile, fromageries). En 2005, le secteur primaire fournissait encore 13% des emplois, le secondaire 36% et le tertiaire 51%. Comme O. était un canton à faible capacité financière, souffrant d'un certain retard dans son développement économique par rapport à la moyenne suisse, le gouvernement et le peuple adoptèrent au début du XXIe s., afin d'attirer des entreprises et des contribuables aisés, une révision par étapes des lois fiscales, d'où l'introduction en 2008 de l'impôt à taux unique (flat tax).

Structure de l'emploia
AnnéeSecteur primaireSecteur secondaireSecteur tertiairebTotal
18604 45557,6%1 86224,1%1 41318,3%7 730
1870c3 92860,6%1 89129,2%66310,2%6 482
1880c4 03358,9%2 09230,5%72610,6%6 851
18883 65955,2%1 57623,8%1 39421,0%6 629
19003 40148,5%2 18531,2%1 42520,3%7 011
19103 32844,5%2 16929,0%1 98626,5%7 483
19203 70649,0%1 79823,8%2 06027,2%7 564
19303 16737,6%2 80233,3%2 45229,1%8 421
19413 30238,5%2 59530,2%2 68931,3%8 586
19503 01733,6%3 13834,9%2 83731,5%8 992
19603 06332,4%3 86040,9%2 52726,7%9 450
19702 22421,1%4 26440,4%4 06038,5%10 548
19801 90016,2%4 57539,1%5 22844,7%11 703
19901 42210,0%4 95634,9%7 82655,1%14 204
2000d1 0926,3%5 06929,5%11 03464,2%17 195

a Sans la population occupée à temps partiel jusqu'en 1960

b Total de la dernière colonne moins les secteurs primaire et secondaire, y compris "inconnu"

c Population "présente"

d L'importance des "sans indication" (2 316) en 2000 rend difficile la comparaison avec les recensements précédents.

Sources:Stat. hist.; recensements fédéraux

Auteur(e): Nilklaus von Flüe / PM

5.3 - Société

Dans la première moitié du XIXe s., la majorité de la population était pauvre; la diminution des places disponibles au service étranger et finalement l'interdiction du mercenariat en 1859 aggravèrent la situation de nombreux indigents. A Sachseln, en 1800, 24% des 263 propriétaires fonciers avaient moins de 1000 francs de fortune, 40% moins de 2000 francs; les trois plus riches possédaient entre 20 800 et 22 200 francs. A Giswil, à la même époque, 700 habitants sur 1033 étaient considérés comme pauvres. Leur situation fut quelque peu améliorée par la loi sur les indigents de 1851, qui confia l'assistance aux communes, déchargeant ainsi la parenté. Plusieurs communes ouvrirent alors des orphelinats, qui ne devinrent superflus qu'après la Deuxième Guerre mondiale, notamment à cause de l'introduction de l'Assurance vieillesse et survivants en 1948.

Les armaillis formaient une catégorie particulière au sein de la paysannerie. Leurs associations ou confréries remontaient parfois au XVIIe s.; elles ont subsisté jusqu'à nos jours, malgré l'évolution du contexte économique, mais leurs fêtes traditionnelles, où apparaissent le Wildma et la Wildwyb (homme et femme sauvages), ne touchent plus qu'une minorité de la société obwaldienne. Les premiers statuts des armaillis de Sarnen datent de 1882.

La position sociale des femmes s'est profondément modifiée au cours du XXe s. Vers 1900, la femme contribuait au revenu du ménage comme tresseuse de paille à domicile. Membre d'une association de mères catholiques, elle pouvait agir pour l'Eglise et la politique familiale. Rosalie Küchler-Ming milita sur le plan suisse en 1929 pour le suffrage féminin, mais n'eut guère d'écho auprès des Obwaldiennes et Obwaldiens. La Constituante de 1947 n'accorda guère d'attention au vote des femmes. Une section de la Ligue suisse de femmes catholiques se fonda en 1961; elle ne tenta pas de faire introduire le suffrage féminin dans la Constitution cantonale de 1968. Les femmes étaient déjà socialement émancipées quand elle obtinrent le droit de vote et d'éligibilité en 1972.

Il existe des sociétés de tir depuis la fin du XVIIe s. En 1860, le demi-canton comptait trente-six sociétés, dont six de musique et onze de tir (dix communales et une cantonale, fondée en 1852). La Société des officiers date 1856, celle des sous-officiers d'avant 1885.

De nombreuses sociétés non confessionnelles ont vu le jour dans la seconde moitié du XXe s., surtout dans le domaine des sports (football, volley-ball, unihockey ou floorball) pour lesquels les communes mettent à disposition les infrastructures nécessaires. Des championnats cantonaux et nationaux ont eu lieu à O. Depuis 1904, les sociétés obwaldienne et nidwaldienne de lutte suisse organisent, avec la section bernoise du Haslital, le concours populaire du Brünig. Le projet intitulé Obwaldner Sportvalley, lancé à la fin du XXe s., n'a guère eu de succès.

Auteur(e): Niklaus von Flüe / PM

5.4 - Vie culturelle et formation

Le plus ancien périodique obwaldien fut, en 1854, la feuille officielle (Amts-Blatt des Kantons Unterwalden ob dem Wald, devenue en 1936 l'Obwaldner Amtsblatt). Le conseiller aux Etats radical Nicolaus Hermann assuma la rédaction de l'Obwaldner Wochenzeitung, lancée en 1862 dans le but de mieux intégrer le demi-canton dans l'Etat fédéral (Obwaldner Zeitung de 1865 à 1873). Pour le concurrencer, le landamman conservateur catholique Simon Ettlin fonda en 1870 l'Obwaldner Volksfreund. Organe conservateur populaire édité dès 1923 par Gottfried Burch à Lungern, l'Anzeiger für Lungern und Umgebung (Obwaldner Zeitung und Anzeiger für Lungern de 1927 à 1930, Obwaldner Zeitung de 1931 à 1946, Lungerer Bote de 1947 à 1972) fusionna en 1972 avec l'Obwaldner Volksfreund dans l'Obwaldner. L'Association de la presse publia dès 1975 à Lungern une feuille d'information pour le haut du canton, D'r Lungerer (Obwaldner Wochenblatt en 1981). Der Unterwaldner, d'abord sans attache partisane, parut à Giswil (dès 1893), à Sarnen (1898-1909), puis à Stans. Il devint en 1908 le porte-parole des radicaux obwaldiens et (dès 1909) unterwaldiens, ayant repris le Nidwaldner Bote. En 1980, il fut absorbé par le Luzerner Tagblatt, qui lui-même fusionna en 1991 avec le Vaterland dans la Luzerner Zeitung. Depuis 1993, les éditions de la Neue Luzerner Zeitung impriment l'Obwaldner Zeitung (Neue Obwaldner Zeitung dès 1996; tirage: 6054 exemplaires en 2008) et l'Obwaldner Wochenblatt (4512 exemplaires en 2008; cesse de paraître en août 2009).

Les vieilles coutumes d'origine ecclésiastique ou profane, parfois remises en pratique après une période de désuétude, marquent la vie culturelle, tout au long de l'année. Les plus connues sont le chant des Rois le 6 janvier (autrefois chant du Nouvel An), les petits pains de la bénédiction de saint Blaise le 3 février (liée à la Chandeleur), la procession et les pains de la Sainte-Agathe le 9 février, les représentations théâtrales villageoises à l'époque du carnaval (issues des anciens jeux liturgiques), la procession nocturne du Vendredi saint, le pèlerinage officiel cantonal à Einsiedeln au début mai, l'inalpe, la désalpe, la "bénission" en automne, et l'entrée de saint Nicolas vers le 6 décembre.

Des sociétés de théâtre amateur jouent des pièces populaires depuis le XIXe s. Les élèves du collège de Sarnen, ceux de l'école de l'abbaye d'Engelberg, les sociétés dramatiques de Sarnen, Sachseln et Giswil défendent un répertoire plus exigeant. Heinrich Federer et Rosalie Küchler-Ming ont illustré la littérature du terroir. Les écrivains Hedwig Egger-von Moos, Margarete Haas et Julian Dillier ont opté pour le dialecte, de même que Karl Imfeld, auteur de poèmes, de textes en prose, de traductions et d'un lexique du dialecte obwaldien.

Alfred Leonz Gassmann a recueilli des chansons populaires obwaldiennes. Ruedi Rymann a fait connaître dans toute la Suisse le yodel obwaldien (Schacher Seppli). Josef Garovi et Caspar Diethelm ont été de remarquables compositeurs. Robert Barmettler, auteur du chant de l'Exposition nationale de 1939 (Landiliedli), August Wirz et Francesco Raselli ont enrichi le répertoire des fanfares. Leo Kathriner, professeur d'orgue au conservatoire de Fribourg, a écrit une méthode pour son instrument. L'abbaye d'Engelberg possède le plus grand orgue de Suisse (construit en 1875, modernisé en 1924-1926 et 1992-1993). Dans les communes, écoles de musique, fanfares, sociétés de chant sacré ou profane et groupes de yodel animent la vie musicale. Un nombre croissant de Guggenmusik égaient le carnaval depuis 1957. Disposant d'un office de la culture depuis 1985, le canton a organisé en 2006 son premier festival de culture populaire.

Dans le domaine de la sculpture, le Tyrolien Franz Abart, Joseph Maria Ettlin et Nikodem Kuster ont travaillé à Kerns sur des thèmes religieux et historiques. Au XXe s., cet art fut illustré par le sculpteur sur bois Beat Gasser (disciple des précédents), par Xaver Ruckstuhl et Hugo Imfeld. En peinture, Franz Andreas Heymann est connu pour ses tableaux religieux et ses portraits. Karl Bucher a rendu compte de la vie paysanne. Anton Stockmann, très doué, s'inscrit dans la tradition des nazaréens et des impressionnistes français. Le Bâlois Emil Schill fit d'O. sa patrie d'élection; il laisse des paysages réalistes, de même que Bepp Haas, connu aussi comme peintre verrier. Dans les arts graphiques, les grandes figures sont Albert Hinter (auteur aussi de vitraux), Herbert Matter et Paul Diethelm. Les gravures sur bois de Giuseppe Haas-Triverio relèvent du réalisme, tandis que Josef von Rotz se rattache à l'expressionnisme. Meinrad Burch-Korrodi fut un pionnier de la joaillerie moderne. Le sculpteur Kurt Sigrist jouit d'une célébrité internationale.

Le Musée historique d'O. à Sarnen, fondé en 1877 par la Société d'histoire et d'archéologie, s'attache à conserver des témoins du passé, de même que le Musée Nicolas de Flue à Sachseln (avec un département consacré à l'écrivain Heinrich Federer), la collection Christian Sigrist (miniatures de la vie paysanne) et le musée local d'Engelberg ouvert en 1988. A Giswil, une association s'intéresse depuis 1998 au patrimoine historique de la commune. Les Archives de l'Etat conservent de nombreux documents historiques, dont le plus prestigieux est le Livre blanc de Sarnen, qui contient un récit des origines de la Confédération rédigé vers 1475. La Bibliothèque cantonale, fondée en 1895, occupe depuis 1980 la maison Grundacher à Sarnen.

La première loi scolaire obwaldienne (1849) imposa la scolarité obligatoire; sa durée, d'abord fixée à six ans, fut portée à sept ans en 1947, à huit ans en 1978 et à neuf ans en 1992. Les écoles dépendent des communes. Le canton soutient les écoles professionnelles depuis 1935 (en collaboration partielle avec Nidwald depuis 1971). L'école de maturité ouverte en 1841 à Sarnen par des bénédictins provenant du couvent supprimé de Muri en Argovie, est depuis 1966 gymnase cantonal. Le gymnase de l'abbaye d'Engelberg est privé, mais reconnu par le canton; il comprend depuis 1995 une section sportive. Pour les hautes écoles spécialisées, O. a conclu des concordats avec le canton de Lucerne. Le nombre des étudiants obwaldiens poursuivant une formation supérieure est passé de 402 à 498 entre 2001 et 2004, tandis que celui des enfants scolarisés dans le canton diminuait de 5695 à 5679 (chiffres inférieurs de la fourchette annuelle). En 1850, on comptait 1200 écoliers.

La proportion des catholiques était de 100% en 1848, 96% en 1950 et 80% en 2000. Jusqu'en 1814, O. fit partie du diocèse de Constance. En 1819, il fut attribué provisoirement à celui de Coire, situation qui s'est perpétuée. Les autorités cantonales militèrent dans les années 1820 et 1830 pour un rattachement au diocèse de Bâle, puis pour la fondation d'un évêché des cantons primitifs. Le vicariat général de Suisse centrale, institué en 1970, devint en 2008 vicariat épiscopal. Le décanat d'O., créé en 1971, comprenait en 2008 onze paroisses. Les organisations catholiques de jeunes et d'adultes connurent leur apogée peu avant la Deuxième Guerre mondiale. Les rencontres du Ranft, mises sur pied chaque année depuis 1970 par le Blauring et l'Association de la jeunesse catholique, ont une audience nationale.

Les protestants établis à O. furent d'abord des Bernois ayant quitté l'Oberland pour s'installer à Giswil et à Alpnach, où ils formaient en 1862 une communauté disposant de sa propre école. Ils fondèrent en 1907 la paroisse d'O., qui regroupait les six anciennes communes, et en 1972 celle d'Engelberg. Ils représentaient 2,2% de la population cantonale en 1888, 3,7% en 1950, presque 8% en 2000. Dans la seconde moitié du XXe s., d'autres catégories apparurent: membres de diverses sectes, musulmans (originaires surtout des Balkans), personnes se déclarant sans confession.

Dans une société moins attachée aux valeurs religieuses, la pratique des pèlerinages recula, tant à Sachseln qu'au Flüeli. Sur ces sites, le flux annuel des pèlerins diminua de moitié entre 1947, date de la canonisation de Nicolas de Flue, et la fin du XXe s. (env. 100 000 personnes).

Auteur(e): Niklaus von Flüe / PM

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– ACouvent Engelberg
– StAOW
Sources imprimées
Sammlung der Gesetze und Verordnungen des Kantons Unterwalden ob dem Wald, 1-6, 1853-[1900]
Amts-Blatt des Kantons Unterwalden ob dem Wald, 1854- (titre sujet à des variantes; dès 1979: Amtsblatt des Kantons Obwalden)
Amts-Bericht über die Staatsverwaltung und über die Rechtspflege des Kantons Unterwalden ob dem Wald, 1868-1884 (se poursuit en deux séries dès 1903)
Landbuch für den Kanton Unterwalden ob dem Wald 1-, 1899- (Landbuch des Kantons Obwalden dès 1972)
Bibliographie
– Historiographie
– L'étude scientifique de l'histoire obwaldienne commence après le milieu du XIXe s., avec l'édition de l'ancien code obwaldien (Landbuch) par Johannes Schnell et Hermann Christ, et celle du droit coutumier (Talrecht) d'Engelberg par Johannes Schnell, ainsi qu'avec l'article d'Andreas Heusler sur les droits d'usage dans les communaux. Anton Küchler fit œuvre de pionnier dans le domaine de l'histoire locale à la fin du XIXe s. et Robert Durrer dans celui de l'histoire de l'art au début du XXe. Le père bénédictin Emmanuel Scherer dirigea en 1915-1916 les fouilles de la villa romaine d'Alpnach. Dans la seconde moitié du XXe s., Ignaz Hell et Gall Heer se sont occupés surtout d'Engelberg, Ephrem Omlin a mené des recherches prosopographiques sur les landammans et les ecclésiastiques, Leo Ettlin a rédigé la biographie de Johann Baptist Dillier, Rupert Amschwand a complété la collection de documents relatifs à Nicolas de Flue réunie par Robert Durrer, Daniel Rogger s'est penché sur l'agriculture obwaldienne au bas Moyen Age et Niklaus von Flüe s'est consacré surtout aux mutations sociales entre la fin du XVIIIe s. et la seconde moitié du XIXe s. Ludwig von Moos a écrit sur l'histoire de la Banque cantonale et sur l'évolution constitutionnelle au début du XXe s. Remigius Küchler a édité les procès-verbaux du tribunal des Quinze entre 1529 et 1571 et fait des recherches sur l'histoire du commerce par le val d'Ossola. Ces travaux ont été complétés par des fouilles archéologiques que les universités de Bâle et de Zurich ont entreprises dès le début des années 1980. En 1995, Peter Felder a présenté son aperçu sur le paysage culturel de Suisse centrale; Angelo Garovi a fait paraître en 2000 la première présentation synthétique de l'histoire d'O.

Auteur(e): Angelo Garovi / PM