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Jura (canton)

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Le canton du J., officiellement nommé République et Canton du Jura, est le dernier-né des Etats membres de la Confédération, à laquelle il appartient territorialement depuis 1815. Situé au cœur de la chaîne de montagnes et de la région du Jura, son territoire recouvre approximativement la partie dite "germanique" de l'ancien évêché de Bâle, devenue temporairement République rauracienne, puis département français du Mont-Terrible et arrondissement de celui du Haut-Rhin, avant d'être réunie au canton de Berne par le congrès de Vienne. Ses limites correspondent à peu de chose près à celles qu'avaient les districts de Porrentruy, Delémont et des Franches-Montagnes entre 1815 et 1978. Les trois formaient alors une composante du Jura bernois, réduit depuis la création du canton du J. et le rattachement du Laufonnais à celui de Bâle-Campagne en 1994, aux districts de Moutier (amputé de quelques communes), Courtelary et La Neuveville. La création du nouvel Etat a été ratifiée le 24 septembre 1978 par le peuple suisse qui, en acceptant de modifier la Constitution fédérale, a admis le J. au rang des cantons suisses et permis son entrée en souveraineté au 1er janvier 1979. La langue officielle est le français. Chef-lieu: Delémont.

Superficie (2001)838,6 km² 
Forêt/surface boisée370,4 km²44,2%
Surface agricole413,2 km²49,3%
Surface bâtie48,0 km²5,7%
Surface improductive7,0 km²0,8%

Population et économiea
Année 18501880b1900195019702000
Habitants 44 92152 11657 57559 55467 32568 224
En % de la population suisse1,9%1,8%1,7%1,3%1,1%0,9%
Langue       
Français  46 25749 09850 51755 28561 376
Allemand  5 8987 2728 1055 7233 001
Italien  2071 1878664 5061 210
Romanche   3172427
Autres  1415491 7872 610
Religion, Confession       
Catholiquesc 43 81048 09550 28948 57856 47651 092
Protestants 1 0103 7087 06310 45310 2848 513
Catholiques-chrétiens    2743855
Autres 1015732232495278 564
dont communauté juive 101235195826222
dont communautés islamiques     1 310
dont sans appartenanced     4 250
Nationalité       
Suisses 42 21747 87351 78456 80459 00059 500
Etrangers 2 7044 5035 7912 7508 3258 724
Année  19751985199119952001
Personnes activesSecteur primaire 3 4514 4833 7874 109e3 578e
 Secteur secondaire 14 77214 20416 13013 85714 109
 Secteur tertiaire 8 39512 54816 05015 95716 513
Année  19791985199019952001
Part au revenu national 0,8%0,7%0,7%0,6%0,7%

a Données 1850-2000: selon la configuration du canton de 2000

b Habitants: population résidante; langue, religion et nationalité: population "présente"

c Y compris les catholiques-chrétiens en 1880 et 1900; depuis 1950 catholiques romains

d N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

e Chiffres des recensements des exploitations agricoles 1996 et 2000

Sources:Stat. hist.; recensements fédéraux; OFS

Auteur(e): François Kohler

1 - Des origines à l'évêché de Bâle

Préhistoire et Antiquité jurassiennes sont étroitement conditionnées par les situations géographique et topographique locales. Les régions ouvertes sur le bassin du Doubs (Ajoie) ou du Rhin et de l'Alsace (vallée de Delémont) participent à l'histoire du peuplement du coude du Rhin et du flanc nord de la chaîne jurassienne. Les montagnes ont protégé les sols de l'érosion due aux derniers grands glaciers alpins qui n'ont pu les franchir, ce qui a permis la conservation des plus anciens sites archéologiques de Suisse.

1.1 - Premiers signes humains

De riches ateliers de taille de silex sont attestés dès l'interglaciaire Riss-Würm (Eémien) à Alle, au lieu-dit Noir Bois, soit il y a environ 120 000 ans. La culture moustérienne, portée par les hommes de Néandertal, s'y est poursuivie par périodes jusque vers 35 000 av. J.-C. Les gîtes de silex d'Alle (Noir Bois et Pré Monsieur) et de Löwenbourg (comm. Pleigne) ont fourni des matériaux de base, exploités sur place, principalement durant les périodes de réchauffement qui parsèment la dernière période glaciaire (Würm, 35 000 à 8000 av. J.-C.). Les dizaines de milliers d'éclats récoltés montrent une industrie caractérisée par la production de type Levallois (éclats de forme prédéterminée). Les principaux objets sont des racloirs, des encoches (outils de pierre dont un des tranchants est concave) et des denticulés (outils dont un des bords porte des dents taillées). Ces gisements ont aussi livré des outils taillés dans des silex et des quartzites provenant du pied nord de la chaîne jurassienne, des flancs sud ou est des Vosges et de la Forêt-Noire. Quelques pièces proviennent du Plateau suisse, des régions d'Olten et d'Orvin. Des ossements d'animaux (mammouths, rhinocéros laineux, hyènes, chevaux, rennes) ont été retrouvés sur le plateau de Bure ainsi qu'à Alle, Boncourt, Bure, Courtedoux, Courtemaîche et Porrentruy. La plupart des grottes jurassiennes ont abrité des ours des cavernes. Dans celles de Saint-Brais, Frédéric-Edouard Koby découvrit une incisive humaine néandertalienne et quelques silex taillés.

Vers 13 000 av. J.-C., alors que le climat se réchauffait, au moins trois Magdaléniens s'arrêtèrent à Alle (Noir Bois) où ils taillèrent quelques lamelles (petits éclats) de silex pour réparer leurs sagaies. L'un d'eux utilisa le matériau siliceux local. Les deux autres travaillèrent le silex de Bendorf (Haut-Rhin) qu'ils avaient amené avec eux.

La transition avec le Mésolithique, appellée Azilien, a été mise au jour à Löwenbourg. Une industrie lamellaire utilisant du silex local, datée de 12 000 à 10 000 av. J.-C., rassemble des pointes et des lames à dos (éclats dont l'un des bords est aménagé par une retouche), des lames tronquées, des burins, des grattoirs et des perçoirs.

Auteur(e): François Schifferdecker

1.2 - Hommes de passage: vers la sédentarisation

Avec le réchauffement climatique, le retour de la forêt et l'apparition d'une nouvelle faune caractéristique (cerf, chevreuil, sanglier, aurochs, castor, loup), l'homme s'adapte à un autre milieu. Au vu des découvertes, il reste cependant confiné à l'Ajoie et au Laufonnais, en aval de Liesberg. Les vallées de Delémont et du J. bernois n'ont encore rien livré de cette époque. Dans la commune de Saint-Ursanne, le petit abri sous roche des Gripons, situé dans un vallon latéral de la vallée du Doubs, a révélé une industrie microlithique (marquant une évolution des formes, du triangle au trapèze), riche en armatures (éclats de pierre enchassés dans le bois, par exemple pour fabriquer une flèche ou un harpon) triangulaires, datée vers 8000-7000 av. J.-C. Le silex taillé sur place est essentiellement de provenance locale, montrant une adaptation de ces populations à une région limitée. Le travail des peaux est aussi attesté au même endroit, occupé passagèrement. Deux millénaires plus tard, un autre groupe humain du Mésolithique récent, porteur d'une industrie microlithique (trapèzes et lames à coches et à retouches irrégulières, de type Montbani), fréquenta cet abri, probablement pour y fabriquer des arcs. D'autres traces mésolithiques ont été mises au jour à Porrentruy et aux environs de Bure.

Les débuts de la sédentarisation et de la néolithisation (élevage et agriculture) restent très discrets en Ajoie. La région se situe pourtant aux confins des deux grands courants propres à l'Europe occidentale, le danubien, occupant les plaines d'Europe centrale et le méditerranéen, remontant les vallées du Rhône et de la Saône. Quelques grottes franc-comtoises proches du J. ont livré des céramiques caractéristiques de la seconde moitié du Ve millénaire. A la même époque, les échanges à longue distance se développent. Des haches en pierre polie, d'origine vosgienne, transitent par le J. en direction des lacs du Plateau suisse (Zurich, Bienne, Neuchâtel). Deux exemplaires ont été découverts à Alle, dont le silex, comme celui de Löwenbourg, se retrouve dans les sites lacustres datant de 4000 à 2000 av. J.-C.

La chaîne jurassienne est donc régulièrement franchie. Pourtant, les analyses de pollens et de sédiments semblent indiquer qu'aucun lieu de la vallée de Delémont n'est encore habité. En Ajoie, un habitat est attesté à Alle (Sur Noir Bois), probablement de la fin du Néolithique moyen, vers 3500 av. J.-C. De plus, la Pierre Percée de Courgenay, dalle frontale d'un dolmen, est le dernier vestige d'un monument sépulcral collectif érigé vers 3000 av. J.-C. selon les coutumes propres au flanc nord de la chaîne jurassienne. Elle prouve la présence d'un ou de plusieurs villages à proximité. Le seul retrouvé à ce jour (Alle/Noir Bois) date de 2300 av. J.-C., de la fin du Néolithique, soit du Campaniforme. Mal conservé, on ne connaît rien de son ampleur ni de son architecture. L'élevage (bœufs, porcs, chèvres, moutons) et l'agriculture y étaient pratiqués. Les échanges avec des populations d'Alsace et d'Allemagne du Sud sont manifestes. Des influences plus orientales, mais aussi avec la vallée du Rhône, sont sensibles. L'exploitation prioritaire des ressources locales (silex, argiles) prouvent une connaissance approfondie de la région et une implantation de longue date. D'autres sites contemporains sont reconnus en plusieurs endroits d'Ajoie.

Auteur(e): François Schifferdecker

1.3 - Colonisation et organisation sociale

Le début de l'âge du Bronze semble coïncider avec une évolution démographique. Les signes de présence humaine augmentent tout au long du IIe millénaire. La plaine d'Ajoie et la vallée de Delémont sont progressivement colonisées. De nombreux petits habitats, fermes isolées, parsèment le pied et les flancs des coteaux à la fin du Bronze moyen et au début du Bronze final. Au seuil du plateau des Franches-Montagnes, les grottes de Saint-Brais ont livré un mobilier céramique assez important de la fin du Bronze moyen. En face, près de Lajoux, les analyses de pollens ont montré que des défrichements ont lieu dès cette époque, laissant supposer des estivages de bétail. Un site contemporain est signalé au sommet du Mont-Terri en Ajoie. Celui du Roc (comm. Courroux) est un important gisement du Bronze final. Perché dans les rochers surplombant le passage de la cluse du Vorbourg, il domine le passage oriental d'accès à la vallée de Delémont.

La vie sociale se développe et se hiérarchise. Les deux nécropoles d'Alle (Les Aiges) et de Delémont (En La Pran) témoignent du rite de la crémation. Les plus anciennes sépultures (Les Aiges) remontent au début du Bronze final. La nécropole de Delémont suggère une séparation de l'aire d'inhumation. Elle a livré des perles en pâte de verre, preuves de relations avec les milieux méditerranéens. Les fils d'or retrouvés à Alle témoignent de rapports avec les régions de la Meuse et de la Marne.

Les quelques objets ou sites du premier âge du Fer (800-500 av. J.-C.) peuvent aussi être mis en relation avec les rites funéraires, mais, comme sur le Plateau suisse, cette période correspond à une raréfaction des données archéologiques. Aucun habitat n'est actuellement connu avec certitude. Le tumulus arasé repéré par avion près de Bonfol n'a pas encore été exploré. D'une vingtaine de mètres de diamètre, il est probablement entouré d'une ceinture empierrée, large d'environ deux mètres. Au sommet du Mont-Terri, comme à Delémont, des fragments de bracelets en lignite suggèrent une présence humaine. Ils proviennent peut-être de tombes, de même que le récipient isolé retrouvé à Courfaivre.

Le deuxième âge du Fer (500-15 av. J.-C.) est mieux connu, grâce à des fermes avec greniers datées de La Tène ancienne (Alle, Noir Bois), un dépotoir (Courtételle, Tivila), un habitat (Courrendlin, En Solé) et cinq sites de La Tène finale à Alle (Pré au Prince et Pré Monsieur), à Chevenez (Combe Varu et forge de la Combe en Vaillard) et au Mont-Terri (oppidum).

Auteur(e): François Schifferdecker

1.4 - Séquanes, Romains et Germains

Selon les écrits des auteurs romains, en particulier Jules César dans son De bello gallico, la tribu gauloise des Séquanes occupe alors la région du J. En guerre contre les Eduens, elle appelle en renfort les Germains d'Arioviste (58 av. J.-C.). Le sommet du Mont-Terri aurait été fortifié d'un murus gallicus dans ces circonstances, liées aussi bien à l'exode des Rauraques et des Helvètes qu'à l'invasion des peuples germaniques.

La construction de villae et de routes, au début du premier siècle apr. J.-C., marque le passage des montagnes jurassiennes dans l'orbite de Rome, dont la plupart des établissements ont été construits sur les sites gaulois. Suivant le tracé des chemins celtes en terre battue, les Romains les consolident de pierres et de graviers dans les années 30. Le territoire cantonal se situe à une intersection de la voie romaine qui traversait alors le J. Depuis le Plateau suisse, la route passait par le col de Pierre-Pertuis et Bellelay. A l'extrémité ouest de la vallée de Delémont, un embranchement partait en direction d'Augusta Raurica (ou Rauracorum, Augst) en suivant la Birse. Poursuivant par le col de La Caquerelle-Les Rangiers, la voie principale traversait l'Ajoie en direction d'Epomanduodurum (Mandeure), où elle retrouvait la grande artère du flanc nord de la chaîne jurassienne, reliant Augusta Raurica à Vesuntio (Besançon). L'importance stratégique de ce tracé disparut dès que la frontière de l'Empire sur le Rhin fut repoussée plus à l'est, soit après la conquête des Champs Décumates par Vespasien, en 73-74 apr. J.-C.

Les vestiges de villae gallo-romaines qui parsèment l'Ajoie et la vallée de Delémont sont répartis sur tout le territoire, excepté le plateau de Bure où l'eau manque. Le seul signe d'une présence aux Franches-Montagnes correspond alors au probable relais de Lajoux, sur la route de Pierre-Pertuis. Quelques sites conservent les signes d'une richesse certaine (Buix, Develier, Vicques) avec des sols décorés, des parois peintes et une vaisselle importée. D'autres apparaissent plus modestes (Boécourt, Damvant). Un mausolée est érigé dans la plaine de Delémont, rattachée comme toute la vallée à la Germanie supérieure, puis probablement englobée dans la civitas Rauracorum avec la Haute-Alsace, à la suite de la réorganisation territoriale de Domitien (86 apr. J.-C.). L'Ajoie, où un sanctuaire gallo-romain (fanum) fut construit au nord de Porrentruy, resta séquane, avec Mandeure et le Doubs. Les deux rejoignirent la Provincia Maxima Sequanorum créée par Dioclétien (284-305) en réunissant Helvètes, Rauraques et Séquanes. En 260-261, les expéditions de pillages des Alamans provoquent d'importantes destructions. Certaines villae sont abandonnées, d'autres remises partiellement en état, pour quelques décennies. Le Mont-Terri est à nouveau fortifié et probablement occupé quelque temps au début du IVe s. par les armées romaines. Au milieu de ce même siècle, les Alamans profitent des luttes entre l'empereur officiel Constant et l'usurpateur du pouvoir, Magnence, pour effacer définitivement la présence romaine dans les campagnes jurassiennes, soit en 353-354 puis en 378. Les dépôts monétaires retrouvés dans la région soulignent bien ces deux grandes vagues destructrices. Quelques monnaies romaines de la fin du IVe s. suggèrent le maintien d'une certaine activité, mais ni l'archéologie ni l'histoire ne révèlent le moindre signe de vie sur le territoire du canton du J. au Ve s. Seuls quelques villages conservent un toponyme d'origine latine. A l'exemple de Chevenez, de Montignez ou de Vicques, ils témoignent d'une continuité de l'habitat.

Auteur(e): François Schifferdecker

1.5 - Prémices féodales et christianisation

On constate par contre dès le VIe s. une occupation assez dense du sol, autant en Ajoie que dans la vallée de Delémont, où l'habitat rural de Develier-Courtételle prouve que la réduction du minerai de fer bat son plein. Cette activité a incité les fondeurs à s'implanter plus au sud, notamment aux environs de Corcelles et de Court, comme l'indiquent les bas fourneaux et les amas de scories qu'on y a retrouvés. Dès la seconde moitié du VIe s. et surtout au VIIe, de nombreuses nécropoles confirment cette présence humaine marquée. L'importance et la richesse du cimetière mérovingien de Bassecourt, découvert et fouillé au milieu des années 1870, suggèrent la présence d'une aristocratie franque dans cette agglomération principale du Sornegau, province qui s'étend jusqu'aux sources de la Birse, probablement sous domination des ducs d'Alsace, au sein de l'Austrasie. L'Alsegau, vaste territoire qui englobe l'Ajoie actuelle, reste rattachée au diocèse de Besançon et au royaume de Bourgogne. Le développement démographique du VIIe s., la richesse en minerai de fer et la voie de liaison avec le Plateau suisse attirent les moines évangélisateurs, notamment les futurs saints Ursanne, qui s'établit dans le Clos du Doubs, et Germain, premier abbé de Moutier-Grandval.

Les temps carolingiens ont laissé peu de traces dans la région jurassienne, incluse après le partage de Verdun (843) dans la Lotharingie. C'est néanmoins probablement à cette époque que sont érigées des tours fortifiées comme celle du Chetelay à Courfaivre, du Béridier (Vorbourg) à Delémont ou du Mont-Terri en Ajoie, prémices de la féodalité. Aux VIIIe et IXe s., l'abbaye de Moutier-Grandval se développe et agrandit ses territoires dans la vallée de Delémont au détriment des petits seigneurs locaux. En 999, Rodolphe III de Bourgogne la donne avec toutes ses dépendances à l'évêque de Bâle, qui n'ajoutera l'Ajoie à son domaine temporel qu'au XIIIe s.

Auteur(e): François Schifferdecker

2 - L'ancien évêché de Bâle (999-1792)

Le territoire du canton du J. recouvre la partie de l'ancien évêché de Bâle formée par les seigneuries d'Ajoie, de Delémont et de la Franche Montagne des Bois ainsi que la prévôté de Saint-Ursanne, deux villages de la courtine de Bellelay et les paroisses Sous-les-Roches de la prévôté de Moutier-Grandval. L'Eglise cathédrale Notre-Dame de Bâle a étendu sa puissance temporelle sur ce territoire à partir de la donation de 999 du dernier roi de Bourgogne.

2.1 - Formation territoriale et évolution politique

La prévôté de Saint-Ursanne, qui relevait du diocèse de Besançon, tombe au début du XIIe s. sous le pouvoir temporel et spirituel des évêques de Bâle, qui reçoivent encore les biens du seigneur d'Asuel en 1241 et achètent ceux du comte de Ferrette en 1271. Vaincu en 1283, le comte de Montbéliard doit aussi laisser au prince-évêque, soutenu par Rodolphe Ier de Habsbourg, la souveraineté sur Porrentruy et l'Ajoie.

Pour consolider leur autorité face à la noblesse, l'empereur et l'évêque favorisent l'émergence de villes. Porrentruy (1283), Delémont (1289) et Saint-Ursanne (1338) obtiennent des chartes de franchises. En 1384, Imier de Ramstein accorde aussi des libertés aux habitants du Mons Falconis ou seigneurie de Muriaux (Spiegelberg) acquise vers 1360, rattachée à la châtellenie de Saint-Ursanne et appelée dès lors la "Franche Montagne (des Bois)", puis avec la colonisation et la multiplication des paroisses, les Franches-Montagnes.

Au XIVe s., les évêques bâlois, affaiblis et désargentés, engagent leurs possessions jurassiennes. Ceux du XVe s., réussiront partiellement à rétablir leur autorité. Mais, au début du XVIe s., la souveraineté du prince ne s'exerce pleinement que sur les châtellenies d'Ajoie, de Delémont, de Saint-Ursanne (avec la Franche Montagne) ainsi que sur le Laufonnais. Demeurée terre d'Empire, cette partie de l'évêché est dite "germanique", contrairement au sud de la principauté (prévôté de Moutier-Grandval, Erguël, La Neuveville, Montagne de Diesse et Bienne), partie considérée comme "suisse" parce qu'incluse dans la neutralité helvétique grâce aux combourgeoisies de Berne, Fribourg ou Soleure.

Auteur(e): François Kohler

2.2 - L'Eglise de Bâle et les terres jurassiennes

Au XVIe s., la Réforme s'impose à Bâle (1529), puis dans la partie "helvétique" de l'évêché (1530-1531). Dans les bailliages "germaniques", les foyers protestants de Porrentruy et du Laufonnais sont finalement éteints vers 1580. L'évêque de Bâle s'est établi à Porrentruy dès 1528 et le chapitre de Moutier-Grandval réfugié à Delémont (1534). En 1555, profitant de la vacance du siège épiscopal, les sujets de la vallée de Delémont et de la Franche Montagne concluent des traités de combourgeoisie avec la ville de Bâle. Ne pouvant s'y opposer, le prince-évêque Melchior de Lichtenfels négocie avec les treize francs villages de la vallée de Delémont un nouveau coutumier (1562) pour régler les droits d'usage dans les forêts. En revanche, Jacques Christophe Blarer de Wartensee combattra vigoureusement les velléités d'émancipation. Il fera supprimer les combourgeoisies avec Bâle et négociera avec ses sujets des arrangements durables: traité de Delémont avec la Franche Montagne des Bois (1595), nouvelle ordonnance de police de Porrentruy (1598), révision de l'ancien rôle d'Ajoie (1601). Pendant la guerre de Trente Ans, entre 1634 et 1640, le nord de l'évêché est victime de nombreuses exactions perpétrées tour à tour par des troupes mercenaires au service de Suède, de France et de l'Empire. La modernisation de l'Etat, poursuivie au XVIIIe s. dans l'esprit du despotisme éclairé, se heurte aux franchises et coutumes séculaires. Les ordonnances de 1726 réformant l'administration de l'évêché déclenchent les Troubles (1730-1740), dont la conséquence diplomatique sera un rapprochement avec la France (traité de défense mutuelle de 1739, renouvelé en 1780).

Auteur(e): François Kohler

3 - D'une République à l'autre (1792-1978)

La Révolution aura des répercussions profondes dans l'évêché de Bâle, inscrit dans l'orbite politique, militaire et économique de la France. L'agitation populaire, dont la ville de Porrentruy est le foyer, n'entraîne pas pour autant la chute du régime princier. La fuite du prince-évêque précède de peu l'occupation du pays par les bataillons de volontaires français en avril 1792. La présence de ces troupes encourage le mouvement révolutionnaire, emmené par Joseph-Antoine Rengguer, syndic des Etats de l'évêché, et Jean-Baptiste Joseph Gobel, évêque coadjuteur, auquel les notables de Porrentruy et Delémont se rallient par opportunisme.

3.1 - La période française (1792-1815)

La République rauracienne est proclamée le 17 décembre 1792. Faute d'entente sur l'avenir du pays, l'assemblée des députés se laisse pourtant imposer l'annexion à la France le 23 mars 1793, avec la constitution d'un département dont le chef-lieu est fixé à Porrentruy. Le Mont-Terrible est divisé en deux districts. Le district de Porrentruy comprend l'Ajoie, le Clos du Doubs et les Franches-Montagnes. Celui de Delémont, siège du commandement militaire, s'étend sur la vallée et au Laufonnais. Etendu au Pays de Montbéliard en mars 1797 et aux bailliages du sud de l'évêché, occupés dès décembre, le département du Mont-Terrible est supprimé sous le Consulat (1800) et rattaché à celui du Haut-Rhin, avec Colmar comme chef-lieu. Il forme alors deux arrondissements, découpés chacun en cinq cantons, avec Delémont et Porrentruy comme sous-préfectures.

Le statut politique de la région est remis en cause par la chute de l'empire napoléonien. En 1815, le territoire de l'ancien évêché de Bâle est donné à la Suisse par le congrès de Vienne et annexé pour l'essentiel au canton de Berne, le bailliage de Birseck et une partie de celui de Pfeffingen revenant à Bâle. Le 21 décembre à Delémont, il est remis par le commissaire fédéral Johann Conrad Escher aux représentants de la république patricienne bernoise restaurée.

L'Acte de réunion du 14 novembre 1815, négocié et signé à Bienne entre la délégation bernoise et la jurassienne, garantit la religion catholique comme culte public dans les communes où elle est établie. Il prévoit aussi l'abolition des codes civil et pénal français ainsi que le rétablissement des bourgeoisies. La suppression des dîmes et des rentes féodales, remplacées par l'impôt foncier sous la République, est confirmée.

Auteur(e): François Kohler

3.2 - Période bernoise et vie politique

Dans le canton de Berne, le territoire du futur J. forme la partie catholique et francophone du Leberberg, devenu le J. bernois. Désigné aussi comme le J.-Nord, il s'y trouve réparti entre quatre bailliages, puis districts dont les préfets seront désignés par le Grand Conseil jusqu'en 1894 et élus ensuite par le peuple. La circonscription de Delémont, qui englobe le Laufonnais jusqu'en 1846, s'étend sur presque toute la vallée. Celle de Porrentruy comprend l'Ajoie et cinq des huit communes de l'ancienne prévôté de Saint-Ursanne, les trois autres rejoignant les Franches-Montagnes. Le bailliage de Moutier inclut les huit communes catholiques qui opteront pour le canton du J. en 1975 ainsi que celle de Vellerat, qui le rejoindra en 1996.

Le clergé et les bourgeoisies jurassiens s'accomodent du régime de la Restauration. A l'exemple de Xavier Stockmar, Jules Thurmann et Auguste Quiquerez, une élite intellectuelle aspire pourtant déjà "à délivrer le J. de l'oligarchie bernoise". Encouragés par la révolution de Juillet 1830 à Paris, les libéraux de Porrentruy participent activement au mouvement qui renverse le patriciat bernois.

La Constitution libérale de 1831 instaure la démocratie représentative, transforme les bailliages en districts, mais remet aussi en question les principes de réunion du J. à Berne, garantis par la Diète fédérale. Obéissant à l'évêque du nouveau diocèse de Bâle, réorganisé en 1828, les catholiques jurassiens s'opposent aux mesures qui visent à laïciser l'instruction publique et à mettre l'Eglise sous la tutelle de l'Etat. En 1832, les prêtres refusent de prêter serment à la Constitution sans l'aval du Saint-Siège, finalement accordé. En 1834, l'établissement à Porrentruy d'une école normale du J., confessionnellement mixte, rencontre une vive opposition. L'adoption en 1836 par le Grand Conseil bernois des articles de Baden, soumettant l'Eglise catholique au contrôle des Etats diocésains, provoque un soulèvement populaire. L'armée intervient dans le J. catholique pour rétablir l'ordre.

Avec l'instauration du régime radical, la tension entre partisans de l'Etat et défenseurs des droits de l'Eglise catholique augmente. Les confrontations se multiplient tant à propos de la politique scolaire que des questions religieuses. Elles culminent dans les années 1870 avec la crise du Kulturkampf, dont les péripéties marqueront profondément la mémoire collective. A la fin du siècle, le clivage entre libéraux-radicaux et catholiques-conservateurs se renforce au travers des luttes électorales et des polémiques de presse qui opposent Le Démocrate à son concurrent, Le Pays . Leurs divisions n'empêchent pas les frères ennemis de présenter un front uni pour défendre les intérêts régionaux, soutenant ensemble le maintien de la législation française et des bourgeoisies ainsi que la construction des chemins de fer.

L'implantation du parti socialiste au début du XXe s., puis celle du parti des paysans, artisans et bourgeois (PAB, auj. Union démocratique du centre) après la Première Guerre mondiale, modifient les rapports de forces politiques, surtout au détriment du parti libéral-radical. Dans les années 1950, la question jurassienne et la poussée socialiste dans le district de Delémont provoquent une scission des catholiques-conservateurs en 1957, qui se partagent entre un parti conservateur chrétien-social (parti démocrate-chrétien dès 1971) et le parti chrétien-social indépendant. D'abord plutôt conservateur, l'électorat jurassien se montre plus progressiste depuis la seconde moitié du XXe s. Il approuvera des projets refusés par le peuple suisse, notamment le suffrage féminin (1959), les initiatives antiatomiques (1962, 1963), le droit au logement (1970) et une assurance maladie plus sociale (1974). En 1959, le J.-Nord a soutenu massivement l'initiative du Rassemblement jurassien pour l'organisation d'un plébiscite d'autodétermination. En 1974, il a voté pour la création d'un canton du J. avec 74% de oui.

Auteur(e): François Kohler

3.3 - Population et développement de l'habitat

En 1818, quelque 34 000 personnes sont recensées sur le territoire du futur canton du J., qui compte près de 65 000 habitants à son entrée en souveraineté (1979). Le bilan migratoire, chroniquement déficitaire, suffit à expliquer cette augmentation de 91%, relativement faible en comparaison de la moyenne suisse (250%). L'immigration de paysans bernois et d'ouvriers alémaniques ou étrangers au XIXe s., des travailleurs italiens et espagnols dès les années 1960, n'a pas compensé l'émigration des jeunes Jurassiens. L'évolution varie suivant les districts. Celui de Delémont (251%) se situe dans la moyenne suisse. Ceux de Porrentruy (51%) et des Franches-Montagnes (28%) ont progressé au XIXe s., mais reculé au XXe s.

Les mouvements migratoires ont modifié sensiblement la composition de la population. La proportion des bourgeois domiciliés dans leur commune d'origine a fortement diminué alors que les minorités linguistiques et religieuses se sont étoffées. Au tournant du XXe s., les germanophones représentent le quart de la population du district de Delémont, mais moins de 10% dans les deux autres. Progression du français, fort recul de l'allemand, apparition des minorités italienne et espagnole marquent la seconde moitié du XXe s. Sur le plan religieux, les protestants passent de 2% en 1850 à 12% en 1910, 17% en 1950 et 15% en 1970. Des temples sont construits à Delémont (1865), Porrentruy (1891), Saignelégier (1913), Bassecourt (1945) et des chapelles à Miécourt (1909), Courrendlin (1930) et Boncourt (1940). Dans la seconde moitié du XIXe s., des juifs venus d'Alsace constitueront deux petites communautés autour des synagogues de Porrentruy (1874) et de Delémont (1911).

Les transformations socio-économiques ont aussi modifié la répartition spatiale de la population, qui tend à se concentrer dans les zones industrielles et bien desservies par le train. En 1970, dix-sept localités de plus de 1000 habitants rassemblent 70% (39% en 1818) des Jurassiens du canton, dont les 32% (10% en 1818) résident à Delémont ou à Porrentruy. Dans les Franches-Montagnes, où l'habitat est très dispersé, le recul démographique au XXe s. se fait surtout au détriment des hameaux, dont plusieurs dépassaient la centaine d'habitants au XIXe s. L'exode rural, s'est traduit par une baisse de population dans 54 des 83 communes du canton.

Auteur(e): François Kohler

3.4 - Evolution économique

En 1815, plus de la moitié de la population active en Ajoie, dans le Clos du Doubs et la vallée de Delémont travaille dans le secteur primaire: agriculture, élevage de chevaux et, surtout, de bovins. Au milieu du XIXe s., on y recense encore une centaine de moulins, scieries et battoirs ainsi qu'une dizaine de tanneries, dont les activités sont liées aux nécessités rurales et à l'exploitation des forêts. La poterie de Bonfol, la faïencerie à Cornol, la manufacture de tabac à Boncourt (Burrus) et le tissage de la soie à domicile dans le district de Delémont complètent l'éventail des activités artisanales.

Dans la première moitié du XIXe s., l'horlogerie se répand dans les villages et hameaux des Franches-Montagnes. Elle s'implante en Ajoie dès les années 1840 et après 1870 dans la vallée de Delémont, où l'industrie du fer était en déclin après avoir connu un remarquable essor au milieu du siècle (Métallurgie). Aux trois anciens hauts fourneaux de Courrendlin, Undervelier et Bellefontaine (comm. Saint-Ursanne), étaient venus s'ajouter ceux de Delémont (1838), Choindez (comm. Courrendlin, 1846) et des Rondez (comm. Delémont, 1855). A son apogée en 1858, la sidérurgie jurassienne emploie quelque 1800 mineurs, fondeurs, forgerons, voituriers, bûcherons et charbonniers. Mais la forte concurrence étrangère entraîne la fermeture des fonderies, sauf celles de Choindez et des Rondez, qui offriront quelque 1000 emplois durant le XXe s. sous la direction de Von Roll.

La construction des chemins de fer jurassiens (1872-1877) relie l'Ajoie et la vallée de Delémont aux réseaux ferroviaires français et suisse. Remplaçant Bâle après l'annexion de l'Alsace par l'empire allemand (1871), Porrentruy devient une importante gare frontière avec la France. Les régions restées à l'écart du réseau de base, constitué par les lignes Bienne-Delémont-Bâle et Delémont-Porrentruy-Delle, intégrées aux CFF en 1903 avec celles de la Compagnie du Jura-Simplon, font de gros efforts pour être aussi desservies par le train. Ouverte en 1892, la liaison La Chaux-de-Fonds-Saignelégier est prolongée jusqu'à Glovelier en 1904 et jusqu'à Tramelan par Le Noirmont en 1913. Celle inaugurée entre Porrentruy et Bonfol en 1901 est reliée au réseau alsacien en 1910. Ces lignes seront réunies dans la Compagnie des chemins de fer du Jura (CJ) en 1944. La Haute-Ajoie et le val Terbi devront attendre les années 1920 pour voir les cars postaux remplacer les diligences. Depuis les années 1960, les Jurassiens réclament la construction d'une autoroute transjurane, dont le tracé ne sera inscrit dans le réseau des routes nationales qu'en 1984 et les premiers tronçons mis en chantier à la fin de la décennie seulement.

Dans la première moitié du XXe s., l'industrie jurassienne, à nette prédominance horlogère, trouve d'autres créneaux: textile en Ajoie, cycles et motocyclettes à Courfaivre (Condor), coutellerie de Delémont (Wenger), usine métallurgique à Saint-Ursanne. La part de la population active dans le secteur secondaire a presque doublé entre 1860 et 1970. D'un tiers, elle a passé à 60%, tandis que l'agriculture rétrogradait de 50 à 10%. L'économie jurassienne reste pourtant fragile. Son industrie est trop peu diversifiée: la moitié des personnes actives sont occupées dans l'horlogerie, le quart dans la métallurgie et la mécanique. Les industries de pointe et le secteur tertiaire sont sous-représentés.

Auteur(e): François Kohler

3.5 - Changements sociaux et culturels

Vers la fin du XIXe s., une classe ouvrière se constitue, d'abord dans les villes de Delémont et de Porrentruy, où l'essor industriel concentre la production dans des fabriques. Le développement des activités commerciales et des services y multiplie aussi le nombre des employés, enseignants et fonctionnaires. Le syndicalisme s'implante dans l'horlogerie, la métallurgie et parmi les cheminots au début du XXe s., en même temps qu'apparaissent le parti socialiste et un mouvement chrétien-social. Ce dernier s'inscrit dans le réseau associatif très dense mis en place par le clergé catholique et les chefs du parti conservateur pour encadrer la pratique religieuse et la vie politique. Le J. catholique manifeste annuellement et publiquement sa foi lors des processions de la Fête-Dieu et par sa participation aux fêtes de Notre-Dame du Vorbourg.

La sociabilité traditionnelle du "temps des veillées" et la mentalité paysanne reculent. Dès le milieu du XIXe s., le développement de l'instruction publique (écoles primaires et secondaires, école normales des instituteurs de Porrentruy en 1834 et de Delémont en 1846, école cantonale de Porrentruy en 1856 et écoles professionnelles plus tard), l'essor du mouvement associatif (associations mutuelles et agricoles, sociétés musicales, culturelles et sportives, organisations professionnelles, syndicales et politiques) et l'avènement d'une presse régionale (Le Jura, Le Pays, Le Démocrate) contribuent à l'élargissement des connaissances et au changement des rapports humains. L'évolution vers le monde moderne, qui s'accélère au XXe s., entraîne la disparition du patois, symbole d'une société rurale et de sa tradition orale. Première des grandes associations régionales, la Société jurassienne d'émulation est fondée en 1847 pour défendre la culture française et promouvoir les productions littéraires et scientifiques de ses membres.

Auteur(e): François Kohler

4 - La République et Canton du Jura (dès 1979)

L'avènement du canton du J. s'inscrit dans le développement de la question jurassienne depuis 1947 (Jura bernois). Le 23 juin 1974, avec une participation de 90%, le peuple jurassien des sept districts accepte la création d'un canton du J. par 36 802 oui contre 34 057 non et 1726 bulletins blancs. Ce vote d'autodétermination est l'acte fondateur de l'Etat jurassien. Mais les plébiscites en cascade de 1975, prévus par l'additif constitutionnel bernois de 1970, ont limité le territoire cantonal aux trois districts à majorité séparatiste (Porrentruy, Delémont et Franches-Montagnes), augmenté de huit communes de celui de Moutier (Châtillon, Corban, Courchapoix, Courrendlin, Lajoux, Les Genevez, Mervelier et Rossemaison) et diminué de deux petites communes de celui de Delémont (Roggenburg et Rebévelier).

Depuis l'été 1975, les députés du futur canton au Grand Conseil bernois forment un groupe se posant en interlocuteur privilégié des autorités fédérales et bernoises pour la sauvegarde des intérêts jurassiens jusqu'à l'entrée en souveraineté du canton. Le 11 décembre 1975, l'ordre des avocats jurassiens présente un projet de constitution, rapidement adopté comme base de discussion par les partis politiques et le Rassemblement jurassien (RJ). Cherchant à garder le contrôle du processus de construction du futur Etat, le RJ met sur pied une commission de coordination qui influencera fortement l'organisation et les travaux de la Constituante.

4.1 - La création du canton du Jura (1974-1978)

Les résultats de l'élection à l'Assemblée constituante (21 mars 1976) confirment les rapports de forces. Ils marquent le succès personnel des principaux leaders du RJ et l'échec des listes non conformistes. Les cinquante sièges, disputés par onze formations présentant 529 candidats, se répartissent entre les démocrates-chrétiens (19), libéraux-radicaux (11), socialistes (10), chrétiens-sociaux indépendants (7), démocrates du centre (2) et radicaux réformistes (1). Inaugurés solennellement le 12 avril 1976, les travaux de l'Assemblée constituante aboutissent le 3 février 1977. La charte fondamentale de la République et Canton du J. est adoptée à l'unanimité par les députés et ratifiée par le peuple à 80% des votants le 20 mars 1977.

La Constitution jurassienne se distingue notamment par la reconnaissance des droits au travail, au logement et de grève. Elle charge aussi l'Etat de promouvoir le plein emploi, le principe d'égalité de traitement entre hommes et femmes ainsi que l'intégration des migrants et des handicapés. Elle donne pour mission à la Banque cantonale de soutenir la politique économique de l'Etat. Son article 44, instituant un bureau de la condition féminine, représente alors également une innovation en Suisse.

Dûment mandatée, la Constituante légifère en maintenant provisoirement la législation bernoise, sauf dispositions contraires de la Constitution jurassienne. Elle élabore l'organigramme de l'administration du futur Etat et signe des accords sur les modalités de partage des biens avec celui de Berne. En septembre 1977, les Chambres fédérales accordent leur garantie à la Constitution jurassienne, à l'exception de l'article 138 prévoyant la possibilité de réunir au nouveau canton tout ou partie du J. resté bernois qui s'en serait régulièrement détaché. Le 24 septembre 1978, le peuple suisse (71% de oui) et tous les cantons ratifient la création du canton du J. en acceptant de modifier la Constitution fédérale dans ce sens. En novembre, le peuple jurassien adopte les premières lois cantonales et élit le Parlement et le Gouvernement. Deux conseillers aux Etats, un démocrate-chrétien et un socialiste, sont élus tacitement en décembre. La République et Canton du J., vingt-troisième canton suisse, entre en souveraineté le 1er janvier 1979.

Auteur(e): François Kohler

4.2 - Organisation et administration de l'Etat

L'organisation de l'Etat jurassien ne diffère guère de celle des autres cantons. Toutefois, les droits politiques y sont alors plus étendus (éligibilité des Suisses dès 18 ans, droit de vote cantonal et communal accordé aux étrangers, également éligibles dans les organes législatifs communaux depuis 1998). L'initiative populaire permet à deux mille électeurs ou huit communes de demander l'adoption, la modification ou l'abrogation de dispositions constitutionnelles ou législatives.

4.2.1 - Les autorités

Sous réserve de référendum, obligatoire ou facultatif, le pouvoir législatif est exercé par le Parlement, chargé aussi de la haute surveillance sur le Gouvernement, l'administration et les autorités judiciaires. Les soixante députés sont élus à la proportionnelle pour quatre ans et rééligibles deux fois consécutivement. Ils nomment le président du tribunal des mineurs, le procureur général et le juge d'instruction cantonal ainsi que certains hauts fonctionnaires. Chaque district forme une circonscription électorale. Delémont dispose de vingt-sept sièges (29 en 2002), les Franches-Montagnes de dix et Porrentruy de vingt-trois (21 en 2002). Trois observateurs du J. resté bernois assistent aux séances du Parlement.

Le Gouvernement est formé de cinq ministres, élus au système majoritaire pour quatre ans et rééligibles trois fois consécutivement. Les services de l'administration cantonale sont répartis entre la chancellerie d'Etat et cinq départements. Les tribunaux de district formaient la première instance du pouvoir judiciaire en matière civile, pénale et administrative. En 2000, une réforme les a réduits à un seul, fixé à Porrentruy, composé de cinq juges professionnels. Le tribunal cantonal comprend onze juges élus pour quatre ans, dont cinq à titre permanent, et se subdivise en six cours (constitutionnelle, civile, pénale, criminelle, administrative et de cassation). Deux particularités novatrices caractérisent l'organisation judiciaire jurassienne: un appareil développé de justice administrative et une cour constitutionnelle habilitée à contrôler, sur requête, la validité des lois avant leur mise en vigueur.

En 2003, le législatif et l'exécutif jurassiens, qui siégeaient depuis l'entrée en souveraineté dans des lieux privés et loués, ont été réunis dans un Hôtel du Parlement et du Gouvernement, inauguré le 19 mars dans l'immeuble qui fut successivement résidence du châtelain épiscopal et du grand bailli bernois, puis siège de la préfecture et du tribunal de Delémont.

Auteur(e): François Kohler

4.2.2 - Administration et coopération

Dans les premières années de souveraineté, la continuité administrative a été assurée par une centaine d'accords passés entre le nouvel Etat et celui de Berne. L'administration jurassienne est partiellement décentralisée. Une partie seulement des quelque quarante services ou offices cantonaux, totalisant 792 postes de travail en 2002, sont installés à Delémont. Porrentruy accueille le tribunal cantonal, l'office des sports et celui du patrimoine historique (auj. de la culture). L'office des eaux et de la protection de la nature est installé à Saint-Ursanne et celui des assurances sociales à Saignelégier. Une partie de l'administration fiscale se trouve aux Breuleux et l'arsenal cantonal à Alle.

Les revenus de l'Etat ont passé de 139 millions de francs en 1979 à 335 millions en 1990, à 588 millions en 2000 et 649 millions en 2003. La part de l'impôt aux recettes cantonales a baissé de 56% (1979) à 42% (1990) et 32% (2003). Les difficultés financières survenues dès 1991 ont entraîné une réforme de l'administration.

Depuis le rattachement de Vellerat en 1996, le canton compte quatre-vingt-trois communes (20 municipales et 63 mixtes), regroupées en syndicats pour la gestion d'intérêts communs (hôpitaux, écoles, épuration). Douze communes bourgeoises subsistent à Porrentruy, à Delémont et dans dix villages de la vallée de Delémont.

Ancré dans la Constitution, le principe de la coopération s'est traduit par une participation active aux institutions et conférences intercantonales. Il s'est traduit aussi par la signature d'accords bilatéraux (Québec, Wallonie, Seychelles et Cameroun) et par l'adhésion à des organismes transfrontaliers (Communauté de travail du J., auj. Conférence transjurassienne, Assemblée des régions d'Europe, Conférence franco-germano-suisse du Rhin supérieur).

Auteur(e): François Kohler

4.2.3 - Education et santé publique

Le canton du J. dispose d'un système scolaire très dense et diversifié. Avant 1991, la moitié seulement des enfants accédait à l'école secondaire après quatre ans d'école primaire. La réforme achevée en 1995 a prolongé la scolarité primaire à six ans et permis à tous les élèves l'accès au degré secondaire, où ils sont répartis en trois groupes de niveaux. A l'exception de l'école d'agriculture (institut agricole du J. depuis 1989) de Courtemelon (comm. Courtételle), les centres de formation postscolaire sont concentrés dans les deux villes. Porrentruy accueille le lycée cantonal, une école supérieure de commerce, l'institut pédagogique (créé en 1982 pour remplacer les écoles normales et intégré en 2001 dans la haute école pédagogique Berne-Jura-Neuchâtel, HEP-BEJUNE), une école professionelle commerciale et artisanale et celle d'horlogerie et de microtechnique. L'école de culture générale (fondée en 1979 et préparant aux formations professionnelles dans les secteurs socio-éducatifs et paramédicaux) se trouve à Delémont, également siège du second centre professionnel commercial et artisanal du canton ainsi que de l'école des soins infirmiers, créée en 1988. Regroupées sous le logotype unique HES-SO, la haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO), en 1997, et la haute école spécialisée santé-social de Suisse romande (HES-S2), en 2002, ont aussi fixé leur siège au chef-lieu jurassien. L'offre est complétée par des institutions privées, mais subventionnées, dont le collège Saint-Charles à Porrentruy.

Le service de la santé contrôle l'exercice des professions médicales et paramédicales. Il organise l'aide sociale et l'offre de soins ou de prestations médicales du secteur public, dispensés par les trois hôpitaux de Delémont, Porrentruy et Saignelégier, le centre médico-psychologique cantonal et celui de réadaptation cardio-vasculaire du Noirmont, une douzaine de homes simples ou médicalisés pour personnes âgées, le service d'aide et de soins à domicile, des foyers et ateliers protégés pour handicapés. Afin de maîtriser les coûts de la santé, la gestion du système hospitalier jurassien a été confiée dès 1993 à une entreprise unique de droit public. La réforme engagée pour réduire les coûts a débouché sur la création de l'hôpital multisites du J., dont les instances de direction ont été mises en place en 2003, et la réduction du nombre de lits (318 en 2002 contre 613 au total en 1990). En 2004, le peuple a accepté le transfert à l'Etat de l'intégralité des charges publiques de santé.

Auteur(e): François Kohler

4.3 - Démographie

La population résidante du canton du J. a stagné dans le dernier quart du XXe s., passant de 67 325 habitants en 1970 à 68 224 en 2000. Le recul de la fin des années 1970 (64 986 hab. en 1980, 66 233 en 1990) est tout juste résorbé. Le district de Delémont a progressé de 8,5% entre 1980 et 2000 et celui des Franches-Montagnes de 10,6% alors que celui de Porrentruy reculait de 2%.

Entre 1980 et 2000, la population jurassienne a augmenté de 4,8%, trois fois moins que celle de la Suisse (14,5%). Stagnation et vieillissement de la population ont inquiété les autorités cantonales, qui ont lancé en 2000 le projet "Jura pays ouvert". L'objectif était d'atteindre la barre des 80 000 habitants en 2020 par le biais de mesures fiscales, économiques, sociales et culturelles. Combattu notamment par les socialistes, le projet a été rejeté par le peuple en 2004.

Auteur(e): François Kohler

4.4 - Economie

4.4.1 - L'évolution générale

La situation cantonale de l'emploi est le reflet de l'évolution économique. Le nombre de places de travail a diminué entre 1970 et 1980 de 30 000 à 29 000 environ pour remonter à 31 446 en 1985, 32 173 en 1998 et 34 451 en 2001. Créé dans une conjoncture économique particulièrement défavorable, le canton du J. sera rapidement confronté au problème du chômage, dont le taux, supérieur à 1% dès 1982, passe de 1,9% en 1990 à 6,6% en 1997 avant de redescendre à 1,9% en 2000 et de remonter à 3,8% en 2002. Entre 1980 et 1996, l'économie jurassienne a connu une croissance inférieure (75%) à celle de l'ensemble de la Suisse (117%). Son évolution est aussi caractérisée par un changement dans la structure de l'emploi.

On observe un tassement du secteur primaire, qui passe de 14,9% en 1985 à 12,8% en 1998 et à 11,1% en 2001. Son importance reste toutefois supérieure à la moyenne suisse (5,7% en 2001). Le recul du secondaire, auparavant prédominant, se poursuit de 1985 (45,2%) à 1998 (39,2%), puis s'arrête (41% en 2001). La croissance des activités tertiaires, très forte entre 1985 (39,9%) et 1998 (48,2%), fléchit par la suite (47,9% en 2001). Les emplois à plein temps restent plus nombreux dans l'industrie que dans les services, où le tiers d'entre eux est à temps partiel, occupés en grande majorité par des femmes. La comparaison entre population résidante active et emplois offerts dans le canton montre que la mobilité de la main-d'œuvre s'est accrue. Le nombre des navetteurs a augmenté de 9800 (33%) en 1980 à environ 16 200 (49%) en 2000, dont quelque 4000 résidents travaillant hors du canton en 2000, notamment à Berne et Bâle. Quant à la main-d'œuvre étrangère, elle occupe près de 7500 emplois en 2001, dont quelque 200 saisonniers, espagnols ou portugais pour la plupart, et 4000 frontaliers, presque exclusivement français.

Auteur(e): François Kohler

4.4.2 - L'agriculture

L'agriculture jurassienne comprend encore 1174 exploitations en 2001 (1341 en 1996) dont 85% à titre principal (84% en 1996) avec une surface agricole utile moyenne de 37 ha (34 en 1996) la plus élevée de Suisse. Elle procure 3540 emplois (3814 en 1996), dont 58% (61% en 1996) à plein temps. La zone fourragère occupe 74% (71% en 1996) des quelque 40 000 ha de surface agricole utile. Les terres labourées produisent principalement des céréales panifiables, du maïs à ensiler, des betteraves et du colza. La surface dévolue à ces cultures a fortement augmenté depuis 1980. Au début du XXIe s., le cheptel jurassien se compose de quelque 55 000 bovins, dont 20 000 vaches, de porcs (13 000), de moutons (6000) et de chevaux (4500). Les deux dernières exceptées, en augmentation de plus de 60%, toutes les autres productions animales ont diminué depuis 1980.

Le monde agricole jurassien s'est réorganisé avec la création de la Chambre d'agriculture du Jura en 1975 et a consenti des investissements importants dans quelques entreprises, comme la coopérative Centre Ajoie. Il bénéficie de l'appui des services cantonaux de l'économie rurale et vétérinaire ainsi que de l'institut agricole du Jura de Courtemelon. Le service des forêts surveille l'exploitation des 37 041 ha de surfaces boisées, représentant 44% du territoire cantonal en 2001, la plus forte proportion de Suisse après le Tessin (48%), dont les 75% appartiennent aux communes et à l'Etat.

Auteur(e): François Kohler

4.4.3 - L'industrie

Procurant 55% des emplois en 1975 et 41% en 2001, l'industrie jurassienne se caractérise par la prépondérance des branches de l'horlogerie et des machines et par le grand nombre d'entreprises petites et moyennes. En 2001, seuls trente (32 en 1985) établissements comptent plus de cent emplois équivalents plein temps sur plus de 3500 (3200 en 1985). La crise des années 1975-1979 a contraint l'industrie jurassienne à un formidable effort de restructuration et de diversification. Un tissu très dense de petites entreprises mécaniques, de décolletage, de polissage et de terminage, spécialisées dans la sous-traitance, s'est constitué. Les restructurations et l'application des techniques électroniques et informatiques se sont accompagnées d'une baisse de 26% des emplois dans l'horlogerie et les instruments de précision entre 1991 et 1995, que l'augmentation des années suivantes (8% en 1995-1998 et 13% en 1998-2001) n'a pas totalement résorbée. La réduction du personnel dans l'industrie des machines et de l'équipement (37 établissements en 1985, 45 en 1995, 38 en 2001) a été compensée dans la métallurgie (97 établissements en 1985, 154 en 1995 et 166 en 2001).

Les entreprises les plus importantes, telles les usines Von Roll de Delémont et Choindez (990 personnes en 1985, 730 en 2000) et, depuis les années 1990, les fabriques de tabac Burrus (auj. British American Tobacco; 600 en 1996, 400 en 2004) de Boncourt et Benteler Automotive (300 en 2000), l'ancienne Thécla, de Saint-Ursanne, dépendent de centres de décisions extérieurs au canton.

Auteur(e): François Kohler

4.4.4 - Le secteur tertiaire

L'économie jurassienne reste caractérisée par la faiblesse de son secteur tertiaire, devenu pourtant le plus important (12 548 emplois en 1985, 15 957 en 1995 et 16 513 en 2001). Le commerce, y compris l'hôtellerie, représentait le 50% des emplois tertiaires en 1975. Son importance relative a diminué (35% en 1995) en raison de la forte poussée des services publics: administration, écoles, santé publique et aide sociale surtout (ensemble 37%). En revanche, le secteur des banques, assurances et fiduciaires (5%), en plein essor dans les premières années du canton, a fortement reculé à la suite de la restructuration de ces branches. Le tourisme jurassien a connu une croissance des nuitées entre 1979 (86 000) et 1990 (113 000), puis un recul très prononcé dès 1992 (69 000 nuitées en 1998, 71 000 en 2002). La clientèle des établissement jurassiens est essentiellement suisse (plus de 80%) et de passage.

Auteur(e): François Kohler

4.4.5 - Transports et communications

Un des problèmes majeurs de l'économie jurassienne réside dans son sous-équipement en matière de transports et de communications, particulièrement lancinant pour une région au relief tourmenté et marginalisée par les politiques routières et ferroviaires de la Suisse et de la France. La volonté du nouveau canton de disposer d'un système de transport multimodal (rail et route) performant en l'an 2000 ne s'est concrétisée que très partiellement. Sur le plan routier, la création du canton a incontestablement accéléré la réalisation de la construction de l'autoroute A16 (Transjurane), approuvée largement en votation populaire cantonale en mars 1982. Mais les travaux n'ont pas avancé aussi rapidement que prévu. Seul le tronçon Delémont-Porrentruy est ouvert depuis novembre 1998. L'achèvement de la Transjurane de Boncourt à Bienne, prévu initialement pour 2008, a été repoussé à l'horizon 2015. Quant au rail, le projet de raccordement des Chemins de fer du Jura à Delémont a été refusé par le peuple du canton en 1992. En outre, les mesures d'économie prises par les CFF et la Poste ainsi que l'abandon du tronçon Delle-Belfort par la SNCF ont complètement remis en question les projets de revitalisation du réseau ferroviaire jurassien et de raccord avec les trains à grande vitesse (TGV). L'Association interligne TGV Belfort-Bienne, qui a vu le jour en 2001, s'efforce de maintenir les infrastructures en état et de faire rouvrir la ligne dans la perspective de la construction de la branche est de la liaison TGV Rhin-Rhône.

Auteur(e): François Kohler

4.4.6 - Organisations professionnelles et politique économique

Les partenaires sociaux n'ont pas attendu l'avènement du canton pour adapter leurs organisations à la nouvelle donne politique. Les sections jurassiennes affiliées à l'USS ont constitué en 1975 l'Union syndicale jurassienne, regroupant quelque 9000 membres, dont la moitié provenant de la FTMH. L'Association patronale jurassienne s'est organisée en 1976. Devenue Association jurassienne du commerce et de l'industrie, elle a créé en 1979 la Chambre de commerce et d'industrie du Jura, dotée d'un secrétariat permanent, défendant les intérêts de quelque 300 entreprises en matière de politique économique et sociale.

L'Association pour le développement économique du district de Porrentruy, fondée en 1973, et celles de Delémont et des Franches-Montagnes ont comme objectifs la promotion économique régionale, notamment en favorisant l'implantation d'entreprises extérieures. Quant à l'Association régionale Jura, elle a été constituée dès 1975 par les communes dans le cadre de la loi sur les investissements dans les régions de montagne (LIM). La promotion de l'économie cantonale est aussi la tâche du délégué au développement économique et celle de la Société pour le développement de l'économie jurassienne, fondée en 1979 par les six banques établies dans le canton.

Auteur(e): François Kohler

4.5 - Culture et religion

4.5.1 - Protection du patrimoine et vie culturelle

Archives, bibliothèques, protection des biens culturels, monuments historiques et archéologie ont été confiés à l'office du patrimoine historique, rebaptisé office de la culture en 2002, à Porrentruy. Depuis 1984, les Archives de l'ancien évêché de Bâle à Porrentruy sont gérées par une fondation comprenant les cantons de Berne et du J. auxquels s'est joint celui de Bâle-Campagne en 1997, suite au rattachement du Laufonnais. La conservation des objets est principalement assumée par les musées, dont le Musée jurassien d'art et d'histoire à Delémont.

Le soutien et l'encouragement aux créateurs et aux sociétés, aussi nombreuses que variées, sont du ressort du délégué aux affaires culturelles. Poste à plein temps, réduit au grand dam des associations et repourvu en 2003 seulement, la fonction a été assumée depuis 1997 par le chef de l'office du patrimoine historique.

En 1993, Le Pays de Porrentruy et Le Démocrate de Delémont ont fusionné pour éditer Le Quotidien jurassien, dont le tirage est passé à plus de 25 000 exemplaires en 2004. Fréquence Jura, créée en 1984, bénéficie d'un des plus forts taux d'écoute des radios régionales suisses.

Auteur(e): François Kohler

4.5.2 - Les Eglises

L'Eglise catholique-romaine et l'Eglise réformée évangélique ainsi que leurs paroisses sont reconnues comme des collectivités de droit public par la Constitution cantonale. Elles s'organisent de façon autonome sur la base d'une constitution ecclésiastique soumise à l'approbation du Gouvernement. La Collectivité ecclésiastique cantonale catholique-romaine, qui fait partie du diocèse de Bâle, compte soixante-trois paroisses. Ses membres correspondent à 75% de la population en 2000. L'évêque de Bâle est représenté par un vicaire épiscopal dans le J., lequel a droit à un chanoine non résident au chapitre cathédral de Soleure. L'Eglise réformée évangélique fait partie de l'Union synodale Berne-Jura. Ses trois paroisses rassemblaient 10,7% de la population en 2000. La proportion des autres croyants ou sans religion était de 6,5%.

Auteur(e): François Kohler

4.6 - Vie politique

Les élections au Parlement jurassien entre 1978 et 2006 confirment la stabilité des rapports de forces politiques entre quatre grands partis (PDC, PLR, PSJ et PCSI) et trois petites formations: l'UDC, le Parti ouvrier populaire (POP), et Combat socialiste, mouvement de la gauche écologique créé en 1981. En 2006, les Verts font leur entrée au législatif.

Les élections du Gouvernement ont produit des résultats plus contrastés. La première a été marquée par une coalition autonomiste alliant le PDC, le PSJ, le PCSI et le parti radical réformiste (PRR) sous l'égide du RJ contre les libéraux-radicaux (PLR). En 1978 et 1982, elle a réussi à faire élire ses candidats (2 PDC, 1 PSJ, 1 PCSI et 1 PRR). En 1986 pourtant, le RJ n'a pas pu empêcher le candidat libéral-radical de prendre le siège laissé vacant par le ministre réformiste. Les cinq sortants ont été réélus en 1990, mais l'élection partielle de 1993 a permis à une candidate de Combat socialiste et à un dissident du PDC de ravir les sièges socialiste et radical. Celles de 1994 ont débouché sur une nouvelle formule (3 PDC, 1 PLR, 1 PSJ), reconduite en 1998. En 2002, le PSJ a gagné un second siège pris au PDC et le PCSI en a obtenu un au détriment des radicaux (2 PDC, 2 PSJ, 1 PCSI). En 2006, les radicaux ont récupéré leur siège au détriment des socialistes (2 PDC, 1 PSJ, 1 PCSI, 1 PLR).

La représentation cantonale aux Chambres fédérales (2 conseillers nationaux et 2 conseillers aux Etats) est élue à la proportionnelle. Sa force électorale assure au PDC un siège dans chaque chambre, le second étant très disputé entre socialistes et radicaux. Depuis l'entrée en souveraineté, le système politique jurassien a évolué. Les partis et les groupes d'intérêts, relégués d'abord à l'arrière-plan par la question jurassiennee et la tutelle du RJ, ont retrouvé assez rapidement un rôle essentiel dans la gestion du nouvel Etat. Les résultats des votations fédérales donnent du J. l'image d'un canton progressiste et anticonformiste. Contrairement à la majorité du peuple et des cantons suisses, il a accepté l'adhésion à l'Espace économique européen (EEE) en 1992 ainsi que l'assurance maternité en 1999 et refusé de diminuer les prestations de l'assurance chômage en 2002.

Les élections au Conseil national, 1979-2007
 19791983198719911995199920032007
PDC1 11111 
PLR 111    
PSJ 1  111 
Autres1a       
Total2222222 

a Liste d'unité jurassienne et populaire

Sources:OFS

Les élections au Parlement jurassien, 1978-2006
 19781982198619901994199820022006
PLR1416161515141211
PDC2120222122192019
PSJ1111111212151513
PCS88888889
UDC11111123
POP211  11 
Combat socialiste 113222 
Autres32     5
Total6060606060606060

Sources:OFS; chancellerie d'Etat

Auteur(e): François Kohler

4.7 - De l'Etat de combat à l'Assemblée interjurassienne

La création du nouveau canton n'a pas réglé définitivement la question jurassienne. Dans le J. resté bernois, le mouvement autonomiste a poursuivi la lutte avec l'appui de l'Etat jurassien, officiellement favorable à la réunification. Pourtant, dès l'entrée en souveraineté, le Gouvernement et le RJ divergent sur la stratégie. Pour le premier, il faut s'intégrer au système politique suisse et chercher le dialogue avec la Confédération. Le second, emmené par Roland Béguelin, vise à instaurer un "Etat de combat". Sous sa pression, l'exécutif jurassien annule la manifestation prévue le 11 mai 1979 à Delémont pour fêter l'avènement du nouveau canton suisse en présence des autorités fédérales et cantonales. L'événement marque le début de leur rupture. Déchiré par une violente crise interne dans les années suivantes, le RJ ne pourra pas empêcher la décision des autorités cantonales de participer à CH 91, commémorant le 700e anniversaire de la Confédération. Il obtient néanmoins du Gouvernement et du Parlement le versement de 300 000 francs à une fondation pour la réunification. Elaborée à sa demande, la loi cantonale sur l'unité politique du J. est adoptée par le peuple en septembre 1992, malgré un préavis négatif du Tribunal fédéral. Le Conseil-exécutif bernois juge cette décision contraire au dialogue instauré entre les deux cantons en mars 1992 au moyen de la Commission consultative (désignée aussi par le nom de son président, l'ancien conseiller national Sigmund Widmer) du Conseil fédéral, dont il sollicite l'intervention.

Le rapport Widmer d'avril 1993 préconise une solution de la question jurassienne par la création en deux étapes d'un nouveau canton formé du J. et de l'actuel J. bernois. Des négociations bilatérales, menées sous l'égide du Conseil fédéral, débouchent sur l'accord tripartite (Confédération-J.-Berne) du 25 mars 1994 créant l'Assemblée interjurassienne (AIJ).

L'AIJ est organisée en six commissions (institutions, instruction et formation, économie, santé publique et affaires sociales, transports, communications et aménagement, culture). Ses délibérations sont préparées par un bureau. Les décisions, prises à la double majorité des deux délégations bernoise et jurassienne ont surtout pris la forme de résolutions adressées aux deux gouvernements, qu'elles invitent généralement à la concertation, à la coopération intercantonale ou à des réalisations communes aux deux parties du J. La résolution n° 44 du 20 décembre 2000 est, politiquement, la plus importante pour résoudre la question jurassienne. Soumettant aux exécutifs cantonaux un processus en deux phases (mise en place des instruments de coopération, puis collaboration interjurassienne), elle leur demandait de le mettre en œuvre dans certains délais, déjà dépassés en 2004.

Entré en vigueur le 1er janvier 2006, le statut particulier du J. bernois n'a pas répondu aux attentes de "large autonomie" exprimées notamment au sein du Groupe Avenir. Les membres du Mouvement autonomiste jurassien (MAJ), né en 1994 de la fusion du RJ et d'Unité jurassienne, l'ont condamné. Les débats sur l'initiative "Un seul Jura", lancée en 2002 et adoptée en 2004 par le Parlement jurassien contre l'avis du Gouvernement, risquent de ramener à la situation de tension qui prévalait avant la création de l'Assemblée interjurassienne.

Auteur(e): François Kohler

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– AAEB
– AEB
– ARCJ
– Arch. départementales du Haut-Rhin, Colmar
– BiCJ
– Generallandesarchiv, Karlsruhe
– Musée de l'Hôtel-Dieu, Porrentruy
– Musée jurassien d'art et d'hist., Delémont
– StABL
– StABS
Sources imprimées
Bibliographie

Auteur(e): François Kohler