• <b>Genève (canton)</b><br>Carte oro-hydrographique avec les principales localités  © 2017 DHS et Kohli cartographie, Berne.
  • <b>Genève (canton)</b><br>Départ des troupes zurichoises envoyées pour défendre Genève en 1586, dessin à la plume aquarellé, collé dans l'un des vingt-quatre volumes manuscrits de la chronique du chanoine  Johann Jakob Wick (Zentralbibliothek Zürich, Handschriftenabteilung, Wickiana, Ms. F 34, fol. 239r). A la suite du traité d'alliance perpétuelle entre la République et les cantons réformés de Berne et Zurich en 1584, des troupes zurichoises viennent à Genève pour rompre le blocus mis en place par le duc de Savoie.
  • <b>Genève (canton)</b><br>Représentation de l'Escalade (1602), dessin à la plume aquarellé par un artiste inconnu (Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv). Il s'agit d'une aquarelle du XVII<SUP>e</SUP> siècle, réalisée d'après une gravure de 1603, <I>Delineatio Genevae</I> de Michel Bénard, parue peu après les événements. On peut y distinguer les trois phases de l'opération: les Savoyards escaladent la muraille à la Corraterie; les Genevois contre-attaquent et les Savoyards s'enfuient en se jetant du haut des remparts.
  • <b>Genève (canton)</b><br>Sources: indications de Liliane Mottu-Weber et Marc Neuenschwander; A. Tronchin (et J.-A. Gautier),  "L'état du gouvernement présent de la République de Genève (1721)", publié avec une introduction par E. Favre, in <I>Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, </I> 25, 1901  , 201-234; G. Favet, <I>Les syndics de Genève au XVIII<SUP>e</SUP> siècle</I>, 1998, 7-62  © 2005 DHS et Marc Siegenthaler, Berne. A Genève, seuls les citoyens et les bourgeois jouissaient de la plénitude des droits politiques. Au début du XVIII<SUP>e</SUP> siècle, ils constituaient un peu plus du quart de la population masculine, vers la fin du siècle moins d'un cinquième. Une lettre de bourgeoisie coûtait vers 1700 en moyenne 4 400 florins, entre 1740 et 1750 plus de 8 000. Par conséquent, le nombre de nouveaux bourgeois fut rarissime durant de longues périodes (environ trois par an entre 1737 et 1767). Citoyens et bourgeois formaient le Conseil général, dont l'effectif n'excéda jamais 2 000 personnes avant 1790, et d'où provenaient les membres du Conseil des Deux-Cents (le nombre maximum de conseillers fut porté en 1738 de 225 à 250), recrutés par cooptation. Les bourgeois entraient rarement au Grand Conseil, exceptionnellement au Conseil des Soixante. Seuls les citoyens pouvaient occuper les charges publiques les plus hautes. La conduite de l'Etat était réservée au Petit Conseil, où siégeaient en plus, avec voix consultative seulement, le lieutenant et les secrétaires. Le Petit Conseil avait à sa tête les syndics, élus pour un an. Etant membres du Petit Conseil à vie, les conseillers cumulaient les fonctions administratives, législatives et judiciaires.
  • <b>Genève (canton)</b><br>Reconstitution d'une maison bourgeoise du XVIII<SUP>e</SUP> siècle, huile sur toile datée 1879 de  Christophe François von Ziegler,  photographie de Maurice Aeschimann (Musée d'art et d'histoire Genève, no inv. HM 0026). Le peintre restitue l'atmosphère d'un cabinet d'horlogerie genevois vers 1780 dans une maison vue en coupe. L'atelier jouxtant la salle de séjour forme un étage en surplomb sur la rue, appelé "loge".
  • <b>Genève (canton)</b><br>Portrait de l'artiste par lui-même dessinant Voltaire, pastel de  Jean Huber,  vers 1773  (Musée historique de Lausanne). Le peintre genevois Jean Huber était surnommé "Huber-Voltaire" pour avoir très souvent représenté son célèbre voisin (peintures, gravures et silhouettes).Voltaire arrive à Genève en 1754, à l'âge de 60 ans. Il reste vingt ans dans la campagne genevoise, d'abord aux Délices et au château de Tournay, puis à Ferney, dans le Pays de Gex. C'est à Genève qu'il écrit et fait imprimer ses romans et ses innombrables pamphlets contre tous les fanatismes religieux. Des intellectuels de l'Europe entière viendront à Genève pour le rencontrer.
  • <b>Genève (canton)</b><br><I>Le Café du Théâtre</I>, dessin à la plume aquarellé, 1798, de  Wolfgang-Adam Töpffer,  photographie d'Yves Siza (Cabinet d'arts graphiques des Musées d'art et d'histoire Genève, no inv. 1922-0003). L'artiste caricature le désordre des révolutionnaires genevois. Les clubs et les cafés de la ville sont les principaux lieux de rendez-vous des Genevois qui sympathisent avec la Révolution française. Durant les six ans du régime révolutionnaire (1792-1798), le foyer du théâtre fut le lieu d'assemblée du Grand Club fraternel.
  • <b>Genève (canton)</b><br>Etude pour la <I>République de Genève</I>, huile sur panneau de  Jean-Pierre Saint-Ours (Musée d'art et d'histoire Genève, no inv. 1985-0240). Commande officielle du gouvernement genevois en 1794, cette figure allégorique reprend les symboles de la République française, adoptés par la Convention en 1792. L'énorme version définitive (3,85 x 1,51 m), installée dans le chœur de la cathédrale Saint-Pierre, sera retirée en 1798, après l'annexion du territoire par la France.
  • <b>Genève (canton)</b><br>Sources: indications de Liliane Mottu-Weber; H. Ammann, K. Schib, éd.,  <I>Atlas historique de la Suisse, </I><SUP>2</SUP> 1958, 67;  <I>Encyclopédie de Genève,</I> 2, 1983, 84  © 2005 DHS et Kohli cartographie, Berne.
  • <b>Genève (canton)</b><br>Affiche pour les voitures Stella, réalisée en 1908 par le graphiste  Edouard Elzingre (Museum für Gestaltung Zürich, Plakatsammlung, Zürcher Hochschule der Künste). La Compagnie de l'Industrie Electrique et Mécanique, ancêtre des Ateliers de Sécheron, se lance dans la fabrication des automobiles en 1906 et produit la Stella jusqu'en 1913.
  • <b>Genève (canton)</b><br>Sources: Office fédéral de la statistique; Statistique Genève  © 2017 DHS et Marc Siegenthaler, Berne. Avec l'entrée en vigueur en juin 2002 des accords bilatéraux I conclus en 1999 avec l'Union européenne, les autorisations de travail pour les frontaliers sont désormais généralement accordées pour cinq ans et non plus pour seulement un ou deux ans. Comme la fin d'un contrat n'est pas toujours signalée aux autorités, l'écart entre le nombre de permis et les effectifs réels des frontaliers augmente de plus en plus. En 2004, l'Office fédéral de la statistique enregistrait une différence de 10%.

Genève (canton)

Canton suisse depuis 1815, dont le nom officiel est République et canton de G., qui succéda à la Seigneurie et République de G. (1534-1798). All. Genf, ital. Ginevra, rom. Genevra. La langue officielle est le français. Chef-lieu G.

Le territoire de l'actuel canton (45 communes en 2005) est composé d'une partie de l'ancienne principauté épiscopale de Genève (la cité et ses alentours, les mandements de Jussy et Peney), des terres de Saint-Victor et Chapitre et, depuis 1815 et 1816, des communes réunies, cédées par la France et la Sardaigne au nouveau canton. G. fit partie du département français du Léman de 1798 à 1813.

<b>Genève (canton)</b><br>Carte oro-hydrographique avec les principales localités  © 2017 DHS et Kohli cartographie, Berne.<BR/>
Carte oro-hydrographique avec les principales localités

Le canton de G. est situé dans une cuvette à l'extrémité sud-ouest du lac Léman, traversée par le Rhône et l'Arve. Le bassin genevois est délimité au nord par le Jura, à l'est par le lac et les Voirons, au sud par le Salève et à l'ouest par le Mont Vuache et le resserrement de Fort-l'Ecluse, mais les frontières cantonales ne suivent pas cette frontière "naturelle" et sont essentiellement de nature politique. Canton frontalier, G. compte 103 km de frontières avec la France (dép. de l'Ain et de Haute-Savoie) et seulement 4,5 avec la Suisse (canton de Vaud). La petitesse du canton (env.282 km²) fait que l'agglomération genevoise en couvre la majeure partie.

Superficie (1992)282,2 km² 
Forêt/surface boisée38,8 km²13,8%
Surface agricole117,2 km²41,5%
Surface bâtie85,3 km²30,2%
Surface improductive40,9 km²14,5%

Population et économie
Année 18501880a1900195019702000
Habitants 64 14699 712132 609202 918331 599413 673
En % de la population suisse2,7%3,5%4,0%4,3%5,3%5,7%
Langue       
Français  86 414109 741157 372216 775313 485
Allemand  11 50013 34327 57536 22616 259
Italien  2 1997 34510 75936 27415 191
Romanche  5089218304229
Autres  1 4322 0916 99442 02068 509
Religion, Confession       
Protestants 34 21248 35962 400102 625125 76972 138
Catholiquesb 29 76451 55767 16285 856177 067163 197
Catholiques-chrétiens    1 298876610
Autres 1701 6793 04713 13927 887177 728
dont communauté juive 1706621 1192 8974 3214 356
dont communautés islamiques     1 43617 762
dont sans appartenancec     11 37093 634
Nationalité       
Suisses 49 00463 68879 965167 726219 780256 179
Etrangers 15 14236 02452 64435 192111 819157 494
Année  19051939196519952001
Personnes activesSecteur primaire 8 9017 4772 9363 157d2 968d
 Secteur secondaire 26 44432 42459 30541 01039 261
 Secteur tertiaire 22 31430 20383 088181 503196 763
Année  19651975198519952001
Part au revenu national 6,4%6,7%7,4%6,3%6,2%

a Habitants et nationalité: population résidante; langue et religion: population "présente"

b Y compris les catholiques-chrétiens en 1880 et 1900; depuis 1950 catholiques romains

c N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

d Chiffres des recensements des exploitations agricoles 1996 et 2000

Sources:Stat. hist.; recensements fédéraux; OFS

Auteur(e): Martine Piguet

1 - De la préhistoire au haut Moyen Age

1.1 - Préhistoire

Comme pour le reste du territoire suisse, la préhistoire du canton de G. est largement tributaire des phénomènes glaciaires qui ont empêché toute installation humaine durant la plus grande partie du Paléolithique supérieur et ont généralement effacé les traces d'occupation plus anciennes. Les premiers témoignages attestant la présence de chasseurs dans la région correspondent aux stations magdaléniennes de Veyrier découvertes en 1833, situées en territoire actuellement français (Etrembières). Ces sites occupaient un large promontoire aujourd'hui en grande partie détruit par l'exploitation des carrières localisées au pied du Salève. Cet espace était parsemé de nombreux blocs de roche provenant de l'éboulement des falaises qui offraient autant d'abris propices à l'établissement des premiers campements de chasseurs de rennes s'installant ici aux environs de 13 000 av. J.-C. Le groupe de Veyrier, du Magdalénien final, est célèbre pour ses pointes de sagaie en bois de renne, ses représentations animales ainsi que son outillage lithique.

Les découvertes archéologiques dans le canton font défaut pour les millénaires suivants. Il faut attendre l'occupation de Saint-Gervais (comm. G.), aux environs de 4000 av. J.-C., pour obtenir les premières évidences archéologiques attestant la présence d'une communauté d'agriculteurs et d'éleveurs qui devaient entretenir des contacts avec leurs voisins méridionaux de la vallée du Rhône.

Dès le début du IVe millénaire, les nombreux sites littoraux conservés offrent une vision claire du peuplement à l'échelle régionale, alors qu'aucun témoignage d'habitat ou de sépulture n'a pu être étudié à ce jour sur terre ferme. A Corsier, village attribué au Néolithique moyen, l'exploitation scientifique a mis en évidence un niveau archéologique bien conservé et daté par la dendrochronologie de 3856 av. J.-C. L'analyse des vestiges donne l'image d'une population d'agriculteurs cultivant le blé, l'orge et le millet, pratiquant l'élevage des bovidés, porcs, moutons et chèvres ainsi que la chasse, la pêche et la cueillette. La civilisation définie par les objets récupérés sur ce site est très proche du Cortaillod classique.

Le Néolithique récent est plus difficile à aborder, cette période étant principalement attestée par des découvertes de matériel lithique façonné dans du silex ou des roches vertes. Plusieurs stations littorales ont fourni ce type d'outillage, parmi lesquelles celle d'Anières qui possédait en outre une série de pieux datés du début du troisième millénaire av. J.-C. Les influences culturelles seraient à cette époque plutôt issues du Jura français, de l'Isère ou encore de la basse vallée du Rhône.

Le Bronze ancien est signalé par des trouvailles effectuées sur différents sites dont la datation n'a pas encore pu être précisée, contrairement à la dernière phase d'occupation du littoral attribuée au Bronze final. Cette ultime étape représente la plus grande extension de ce type d'habitat en bordure du plan d'eau. La majorité des sites antérieurs sont d'ailleurs réoccupés pendant cette période qui s'échelonne entre le XIe et le IXe s. av. J.-C. La densité de peuplement est soulignée par l'abondance de matériel archéologique découvert au XIXe s. et actuellement conservé dans les collections des musées. Au Parc de La Grange (comm. G.), sur terre ferme, la mise au jour d'un établissement contemporain rappelle l'existence de sites terrestres occupés de façon complémentaire aux stations littorales. Ces dernières sont définitivement abandonnées au IXe s., la datation la plus tardive étant fournie par le site de Collonge-Bellerive dont les poteaux utilisés dans les constructions proviennent d'arbres abattus en 880 av. J.-C.

Les vestiges protohistoriques hors de la ville actuelle (où se trouvait l'oppidum de Genua) sont très rares et seule la découverte d'un camp retranché associé à un tumulus daté entre 800 et 600 av. J.-C. suggère l'existence d'un site refuge localisé dans les bois de Versoix. Au centre du village de Vandœuvres, la mise au jour d'un foyer daté entre 550 et 400 av. J.-C. témoigne, là encore, d'une présence humaine. Il faut en outre mentionner les quelques objets provenant de sépultures contemporaines de La Tène ancienne et moyenne dégagées à Corsier, Meyrin ou Chêne-Bourg. Ce matériel appartient à la civilisation celtique dont sont issues les populations helvètes et allobroges qui occupent le territoire genevois lors de son intégration dans l'Empire romain.

Auteur(e): Jean Terrier

1.2 - Civilisation gallo-romaine

Dès 122-121 av. J.-C., la rive gauche du Rhône est intégrée dans la province de Gaule transalpine, qui prendra sous Auguste le nom de Gaule narbonnaise. Le fleuve marque désormais la limite entre les tribus allobroges tombées sous la domination romaine et le pays des Helvètes qui se développe au nord de l'arc lémanique. La colline sur laquelle se dresse aujourd'hui la cathédrale Saint-Pierre présente les premières traces de présence humaine correspondant à l'oppidum de Genua.

L'occupation du territoire en zone rurale, à cette époque, est délicate à apprécier même si elle semble assez dense en regard du matériel céramique de La Tène finale retrouvé dans de nombreux sites répartis sur les deux rives du Rhône. Dans certains cas, seuls quelques fragments de récipients sont révélateurs de présence humaine. Par contre, à Vandœuvres, Meinier ou encore au Parc de La Grange, un grand nombre de structures en creux - fosses, trous de poteau, tranchées - témoignent d'une volonté de structuration de l'espace sur lequel s'organisent des constructions de terre et de bois. Les sépultures de cette période sont rares et aucune nécropole n'a pu être mise en évidence.

En 58 av. J.-C., César arrive à G. avec ses légions pour couper le pont sur le Rhône et fortifier la rive gauche du fleuve. Les récentes investigations n'ont mis au jour aucun vestige appartenant à une telle défense organisée le long du Rhône. Les couches étudiées dans le centre historique n'ont, de leur côté, fourni aucun indice complémentaire sur cet épisode. G. est alors un vicus appartenant toujours, sur le plan administratif, à la province de Gaule transalpine; il dépendra depuis 31av. J.-C. de la colonie de Vienne (Colonia Iulia Vienna). La rive droite, quant à elle, est désormais sous l'autorité de la nouvelle colonie de Nyon, la Colonia Iulia Equestris fondée par César ou l'un de ses lieutenants entre 46 et 44 av. J.-C.

C'est à partir du règne de Tibère (14-37 apr. J.-C.) que la romanité se lit dans l'architecture des bâtiments localisés tant dans la ville que dans les campagnes. La cité antique est alors entourée de grands domaines et les villae sont édifiées en maçonnerie selon des programmes influencés directement par la tradition méditerranéenne comme au Parc de La Grange, ou encore à Vandœuvres. Ces établissements jalonnent les voies qui partent du centre urbain en direction de Nyon, de Thonon, d'Annecy, de Vienne ou encore de Lyon, pour ne citer que les principales artères. La densité des établissements ruraux particulièrement élevée dans la région genevoise s'explique par l'attraction de son agglomération qui bénéficie d'une position privilégiée située sur un axe commercial reliant le nord de l'Europe à la Méditerranée. Un aqueduc dont un tronçon a été retrouvé sur le territoire de la commune de Thônex alimente la ville en eau.

Les deux premiers siècles de notre ère correspondent à une période de relative stabilité marquée par l'entretien régulier des constructions réalisées précédemment. Le troisième, qui fut le théâtre de sérieux troubles politiques et sociaux couronnés par les dégâts dus aux incursions alémanes sur le Plateau suisse (Alamans), débouche cependant sur une période propice au développement de la région. En effet, le vicus est promu au rang de cité (civitas Genavensium), probablement dans le dernier tiers du IIIe s., et obtient ainsi un statut privilégié dans la réorganisation de l'Empire issue des réformes de Dioclétien (tétrarchie). De ce fait, plusieurs grands domaines subiront des modifications majeures durant les siècles suivants à l'instar des villae du Parc de La Grange et de Vandœuvres. On assiste également à la création d'établissements plus éloignés, comme à Satigny, où une villa du Bas-Empire est édifiée et à Sézegnin, où un établissement agricole est fondé sur un terrain vierge marquant sans doute l'exploitation de nouveaux terroirs au IVe s.

Dès la fin du IVe s., le christianisme marquera définitivement de son empreinte la ville qui accède au rang de cité épiscopale (Christianisation). Une telle promotion souligne, une fois de plus, la position privilégiée sur l'échiquier politique de G. qui, selon certains auteurs, aurait été ainsi propulsée à la tête d'un vaste diocèse englobant non seulement l'ancienne cité de Nyon, mais également celle des Helvètes. Cette circonscription administrative pourrait correspondre à la Sapaudia qui vit s'installer les Burgondes en 443.

Auteur(e): Jean Terrier

1.3 - Haut Moyen Age

En 443, G. devient la première capitale du royaume burgonde. Ce statut prestigieux a sans doute généré des modifications considérables au sein des institutions locales impliquant, entre autres, la réalisation d'un imposant programme architectural au centre de la cité épiscopale. Par contre, concernant le peuplement, aucun apport significatif de population nouvelle n'a été mis en évidence pour cette période dans les fouilles des nécropoles contemporaines. En fait, seuls quelques crânes intentionnellement déformés pourraient être attribués à des coutumes liées à l'arrivée des Burgondes.

Dans les campagnes, les établissements fondés durant le Haut-Empire montrent des traces d'occupation contemporaines, les constructions traditionnelles sur poteau de bois remplaçant progressivement l'architecture maçonnée dans l'habitat rural. Les vestiges laissés par ce type de bâtiment sont ténus et de ce fait très délicats à mettre au jour. Dès lors, les quelques découvertes réalisées dans ce cadre spécifique ne donnent qu'une vision tronquée de la réalité. La situation est différente pour les églises rurales qui ont été étudiées en grand nombre sur le territoire du canton. Parmi l'importante série d'édifices religieux fouillés (Commugny, Satigny par exemple), seuls les cas de Vandœuvres et de Saint-Julien-en-Genevois (comm. frontalière de Haute-Savoie) comportent une phase aussi ancienne où un premier sanctuaire chrétien est attesté dès le Ve s.

Dès 534, G. passe sous la domination franque jusqu'à la fin du IXe s., dans un premier temps sous la dynastie mérovingienne, puis sous celle des Carolingiens (Royaume franc). Les documents écrits concernant l'histoire locale sont rarissimes pour cette période, connue surtout par l'archéologie. Comme dans le cas de l'installation des Burgondes, la conquête franque n'entraîna pas une arrivée massive de nouveaux venus sur le territoire genevois et peu d'objets propres à cette culture ont été trouvés dans les sépultures contemporaines. Seule la tradition d'enterrer les morts dans des coffres de dalles en molasse pourrait être reconnue comme une innovation franque. L'étude du développement du cimetière de Sézegnin, dans la campagne genevoise, a démontré que la population est restée stable, en tous les cas jusqu'au VIIIe s.

C'est à partir du VIe s. que la christianisation de l'espace rural se consolide avec la fondation de nouvelles églises funéraires. Bien qu'il soit prématuré de parler de tissu paroissial pour une période si haute, il faut cependant noter la présence de plusieurs lieux de culte qui traduisent la volonté des communautés de se réunir dans des centres religieux intimement liés aux pratiques funéraires chrétiennes. Il faudra néanmoins attendre la seconde vague d'édification d'églises, à partir des IXe-Xe s., pour obtenir la mise en place pratiquement définitive du réseau paroissial médiéval qui marquera le paysage rural de son empreinte. Les nécropoles isolées dans les campagnes seront abandonnées au profit des cimetières regroupés autour des églises qui deviennent alors le centre des villages. Quant aux habitats dispersés, placés le long des axes de communication, ils donneront naissance aux nombreux hameaux si typiques de la campagne genevoise.

En 888, G. est intégrée dans le second royaume de Bourgogne après la dislocation de l'empire constitué par Charlemagne près d'un siècle plus tôt. Le dernier roi de Bourgogne meurt en 1032 et lègue ses possessions à Conrad II, souverain du Saint Empire romain germanique. Dès lors, G. est dépendante de cette nouvelle puissance, mais, comme la suprématie impériale est lointaine, ce sont les seigneurs locaux qui se disputent le pouvoir réel: l'évêque sur la ville et certains seigneurs laïques sur la campagne. A partir du XIe s., la famille des comtes de Genève sera prépondérante dans cette lutte pour le pouvoir qui verra l'édification des premiers sites fortifiés médiévaux sous la forme de mottes féodales placées aux endroits stratégiques.

Auteur(e): Jean Terrier

2 - Histoire politique du Moyen Age à la fin du XVIIIe siècle

2.1 - Les seigneuries médiévales

Dès le moment où l'on dispose de documents écrits, c'est-à-dire dès le XIe s., on constate que les villages de la région genevoise appartiennent à plusieurs seigneurs, dont les plus importants sont les comtes de G., les sires de Gex, les sires de Faucigny, les comtes de Maurienne-Savoie, l'évêque de G., le chapitre de Saint-Pierre ainsi que quelques monastères, en particulier le prieuré clunisien de Saint-Victor.

2.1.1 - Les mandements

Seigneur de la ville de G. et de ses faubourgs, l'évêque l'est aussi depuis le XIIe s. de terres bientôt appelées les mandements dont deux, ceux de Peney et de Jussy, sont situés dans l'actuel canton de G., le troisième, celui de Thiez (ou terre de Sallaz, à l'est d'Annemasse) étant situé dans l'actuel département de Haute-Savoie. Plusieurs de ces biens avaient appartenu auparavant à divers couvents (Saint-Jean, prieuré de Satigny, abbaye de Nantua) et, à l'origine, ils étaient administrés par des vidomnes. L'évêque Aymon de Grandson (1215-1260) réorganise la mense épiscopale, fait construire les châteaux de Thiez, Peney et Jussy, confiés à des châtelains, à la fois chargés de leur défense et de l'administration de la châtellenie.

Auteur(e): La rédaction

2.1.2 - Terres de Saint-Victor et du Chapitre

Saint-Victor, grâce à de substantielles donations des rois de Bourgogne, de certains évêques et de laïcs, notamment les comtes de G., était l'un des plus riches seigneurs du bassin genevois. Entre 1260 et 1304, les comtes reconnaissent au prieuré la totalité des droits seigneuriaux, le dernier supplice excepté, sur vingt villages situés entre le Mont-de-Sion, l'Arve, le Rhône et le Salève. Le prieuré possédait aussi le patronage de trente-cinq églises paroissiales du diocèse de G. Le chapitre cathédral était un autre seigneur féodal important. En 1295, le comte de G. lui reconnaît la seigneurie de vingt-quatre villages dans le Chablais, le Genevois et le Pays de Gex, à la réserve de l'exécution des crimes de sang. Le chapitre possède aussi le droit de patronage de trente-quatre paroissiales et le personnat d'une cinquantaine de paroisses (il en perçoit le bénéfice). Au cours du XVe s., le duc de Savoie, qui a succédé aux droits des comtes de G., grignote peu à peu les droits des deux institutions, en levant des subsides et en s'appropriant les droits de grâce et de haute justice.

Auteur(e): La rédaction

2.1.3 - Le statut des habitants de la campagne

Les habitants de la campagne, sujets de l'évêque, du chapitre ou du prieuré de Saint-Victor, ne bénéficient pas des droits accordés aux habitants de la ville par la charte de franchises de 1387. On ne saurait en effet qualifier de "franchises" les règlements de police promulgués en 1469 par l'évêque Jean-Louis de Savoie à l'intention des habitants des mandements; leurs institutions communautaires sont réduites à quelques confréries de paroisses. Quant aux terres de Saint-Victor, elles vivent selon la coutume du comté de G. Dès le milieu du XIVe s. toutefois, il existe dans quelques villages de Saint-Victor des communautés d'habitants, qui se définissent surtout par des corvées communes à exécuter sur la réserve seigneuriale, en échange d'un bois ou d'un terrain de pâture ou de glandée. La condition des paysans est décrite dans les "grosses" de reconnaissances féodales, ou terriers: les uns sont hommes-liges et "censits" (ils doivent payer un cens), d'autres libres et "censits", d'autres encore francs. Dans les terres épiscopales, les devoirs militaires des uns et des autres sont décrits en détail. Ainsi, dans le mandement de Peney, chaque feu doit fournir un homme, dit "client", muni de son équipement militaire, sur simple requête du châtelain; il doit la chevauchée à ses frais à l'intérieur des limites de la châtellenie et à ceux de l'évêque à l'extérieur. Les hommes des villages doivent assurer la garde et le guet dans le château et dans le bourg; à Jussy, seuls les taillables sont contraints de participer aux travaux de fortification, en particulier par la mise en place de palissades au-devant des fossés.

Dans les villages dépendant du chapitre ou de Saint-Victor, les droits de justice sont partagés entre le seigneur ecclésiastique et le comte de G.: tandis que les seigneurs ecclésiastiques ont le droit de justice et même de prononcer des condamnations à mort ou à la mutilation, c'est, pour des raisons canoniques, un prince laïque, le comte de G., qui doit exécuter les condamnés, ce qui lui confère dans la pratique un droit de grâce, qui se transforme en droit de juger en appel. Cette situation perdurera jusqu'après la Réforme et la sécularisation des biens de ces seigneuries au profit de la ville de G., qui n'aura, sur ces terres au demeurant très morcelées, que les droits de basse justice, tandis que la ville de Berne, puis le duc de Savoie après 1564/1567 se réserveront le droit de haute justice et celui de juger en appel.

De même, la situation militaire de ces villages donne lieu à des contestations. En 1295 et 1336, par exemple, deux traités entre le comte de G. et le chapitre précisent la notion de "défense commune de la patrie": bien que la juridiction omnimode sur ces villages appartienne au chapitre, le comte a le droit d'y lever des hommes pour défendre ses châteaux s'ils se font assiéger par un seigneur à l'intérieur du comté. En revanche, dans les villages de Saint-Victor, aux termes d'un accord de 1302 entre le prieur et le comte, c'est le prieur qui a le droit de lever la chevauchée pour la défense de ses terres.

Auteur(e): La rédaction

2.1.4 - La fin du régime épiscopal

A la suite de l'émancipation des citoyens de la ville dès la combourgeoisie signée avec Berne et Fribourg en 1526, et surtout après la guerre de la Cuiller (1530, confrérie de la Cuiller) et la délivrance en janvier-février 1536, grâce à l'intervention des troupes bernoises, de la cité bloquée par les partisans de l'évêque et du duc de Savoie, les villages entourant la ville tombent aux mains de celle-ci. La République (ou Seigneurie) de G. succède à l'évêque Pierre de La Baume, qui a quitté sa ville avant même l'adoption de la Réforme par le Conseil. La Seigneurie crée des châtellenies dans les anciens mandements épiscopaux, ainsi qu'à Gaillard, jusqu'alors possession du duc de Savoie, et dans les villages qui relevaient de Saint-Victor et du chapitre et y impose la Réforme, non sans se heurter à une forte opposition politique et religieuse de Berne, qui a annexé une partie des possessions de Charles III.

Auteur(e): La rédaction

2.2 - La République (1536-1798)

2.2.1 - Des territoires disputés (1536-1603)

Au printemps 1536, ce qui forme l'actuel canton de G. est donc partagé entre la Seigneurie de G. et Berne, qui a conquis le Pays de Gex et une petite partie du Genevois et qui essaie, en vain, de faire reconnaître sa souveraineté sur la cité. G. par contre doit céder à Berne le mandement de Gaillard et la seigneurie de Bellerive en signant le 7 août 1536 un traité dit perpétuel et en renouvelant la combourgeoisie de 1526. Les relations entre G. et Berne sont tendues, les deux villes se disputant les droits sur les terres de Saint-Victor et du Chapitre. Un premier traité très défavorable à G., conclu en 1539, amène une grave crise intérieure (Articulans). Le cas est réglé en 1544 avec le départ de Bâle qui confirme à G. les droits utiles et ceux de basse justice sur ces terres. En 1538, Berne cède à G. le Petit-Saconnex et quelques terres qui permettent d'élargir la banlieue sur la rive droite et du côté de Cologny et de Chêne. Cette banlieue et le faubourg de Saint-Gervais, le seul à n'avoir pas été rasé par mesure de sécurité en 1530, forment ce qu'on appelle les Franchises. En 1539, G. doit renoncer au mandement de Thiez en faveur de la France, que celle-ci redonne à la maison de Nemours, branche cadette des Savoie. Le territoire de la Seigneurie se compose dès lors (et jusqu'aux traités de 1749 et 1754) de la ville, des Franchises, des mandements et de droits sur les terres de Saint-Victor et du Chapitre.

Attaqué à la fois par Berne et la France, le duc Charles III de Savoie a perdu en 1536 la quasi-totalité de ses Etats. Ce n'est qu'en 1559, par le traité de Cateau-Cambrésis, que son fils Emmanuel-Philibert obtient la restitution d'une partie de ses possessions. Berne, au traité de Lausanne (1564), rend au duc le Pays de Gex et les villages du Genevois, opération réalisée en 1567. La Seigneurie se trouve à nouveau encerclée par la maison de Savoie, mais Emmanuel-Philibert se concentre sur la modernisation de ses Etats et renonce à attaquer G. En 1570, un accord nommé Mode de vivre ou modus vivendi facilite les échanges économiques entre G. et les territoires du duc. Pour assurer la sécurité de G., Berne obtient du roi de France Henri III et de Soleure un traité de protection en 1579. Par contre, plusieurs tentatives des Genevois d'entrer comme canton dans la Confédération échouent, Berne se réservant longtemps d'être la seule protectrice de son alliée et les cantons catholiques s'y opposant absolument dès lors qu'ils seront les alliés du duc de Savoie et du roi d'Espagne.

<b>Genève (canton)</b><br>Départ des troupes zurichoises envoyées pour défendre Genève en 1586, dessin à la plume aquarellé, collé dans l'un des vingt-quatre volumes manuscrits de la chronique du chanoine  Johann Jakob Wick (Zentralbibliothek Zürich, Handschriftenabteilung, Wickiana, Ms. F 34, fol. 239r).<BR/>A la suite du traité d'alliance perpétuelle entre la République et les cantons réformés de Berne et Zurich en 1584, des troupes zurichoises viennent à Genève pour rompre le blocus mis en place par le duc de Savoie.<BR/>
Départ des troupes zurichoises envoyées pour défendre Genève en 1586, dessin à la plume aquarellé, collé dans l'un des vingt-quatre volumes manuscrits de la chronique du chanoine Johann Jakob Wick (Zentralbibliothek Zürich, Handschriftenabteilung, Wickiana, Ms. F 34, fol. 239r).
(...)

L'avènement de Charles Emmanuel en 1580 marque la fin de l'accalmie. Le nouveau duc est décidé à récupérer G., tant pour des raisons politiques que religieuses. Un siège échoue en 1582 et cette tentative amène à G. en 1584 un nouvel allié, Zurich, la combourgeoisie avec Berne s'élargissant en effet dans une alliance à trois. Charles-Emmanuel décide alors de recourir au blocus. Menacée dans sa survie, la Seigneurie opte pour la guerre, ayant obtenu l'aide de Berne, inquiétée par la conjuration d'Isbrand Daux, et celle de la France. Après quelques succès berno-genevois initiaux en avril 1589, le duc rétablit en automne la situation à son profit, mais il est appelé sur d'autres théâtres d'opérations (guerres de la Ligue en France). Bientôt appuyée par la France, G. mène une guerre d'escarmouches (prise du fort de Versoix en 1590 par exemple) jusqu'à une trêve signée en 1593. La guerre franco-savoyarde, qui s'inscrit dans celle de la France contre l'Espagne, s'achève avec le traité de Lyon en 1601. G., qui a occupé et administré le Pays de Gex de 1590 à 1601 au nom du roi de France, ne réussit pas à l'obtenir, le roi d'Espagne et le pape ne voulant pas que ce "nid d'hérésie" conserve un territoire qu'ils veulent ramener au catholicisme. Seuls les villages d'Aire-la-Ville, Chancy et Avully recevront en 1604 le statut des terres de Saint-Victor (souveraineté limitée de G.).

En décembre 1602, Charles-Emmanuel, qui ne renonce pas à ses visées, lance une attaque surprise de la ville; c'est l'Escalade. L'échec du duc est total et, au printemps 1603, les Genevois repartent en campagne. Pour écarter la menace d'une nouvelle guerre européenne, le pape fait pression sur Charles-Emmanuel. Des négociations aboutissent en juillet 1603 au traité de Saint-Julien (paix de Saint-Julien). Celui-ci reconnaît implicitement l'indépendance et la souveraineté de G. et rétablit le Mode de vivre de 1570.

<b>Genève (canton)</b><br>Représentation de l'Escalade (1602), dessin à la plume aquarellé par un artiste inconnu (Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv).<BR/>Il s'agit d'une aquarelle du XVII<SUP>e</SUP> siècle, réalisée d'après une gravure de 1603, <I>Delineatio Genevae</I> de Michel Bénard, parue peu après les événements. On peut y distinguer les trois phases de l'opération: les Savoyards escaladent la muraille à la Corraterie; les Genevois contre-attaquent et les Savoyards s'enfuient en se jetant du haut des remparts.<BR/>
Représentation de l'Escalade (1602), dessin à la plume aquarellé par un artiste inconnu (Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv).
(...)

En dépit de ces accords, l'enchevêtrement des droits féodaux et fiscaux persiste, tout comme la dispersion des possessions genevoises, enclavées dans des territoires savoyards et français et, par conséquent, susceptibles d'être coupées de la ville dont elles dépendent économiquement et juridiquement. Au XVIIIe s., des échanges de territoires et de juridictions avec la France et le royaume de Sardaigne, successeur du duché de Savoie, améliorent partiellement la situation dans le mandement de Peney (traité de Paris du 15 août 1749), dans celui de Jussy et dans une partie de la Champagne (traité de Turin du 30 mai 1754). Mais ce n'est qu'après la période française (1798-1814) que G. acquerra, au terme de longues négociations menées dans le cadre du congrès de Vienne entre les puissances alliées et la France, une continuité territoriale avec la Confédération suisse et un territoire compact, aux frontières clairement délimitées, sur lequel sa souveraineté est entière.

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

2.2.2 - Institutions politiques et administratives

En adoptant la Réforme en 1536, G. accomplit une révolution à la fois religieuse et politique, puisqu'elle s'émancipe du pouvoir spirituel et temporel de l'évêque et devient une république réformée indépendante et souveraine. Comme les autres textes de loi qui la régissent durant tout l'Ancien Régime, les ordonnances sur les offices et les officiers (1543, révisées en 1568) consacrent des institutions politiques existantes (le Conseil général, les syndics, le Conseil des Soixante, auparavant des Cinquante, le Petit Conseil et le Conseil des Deux-Cents), en fixant les attributions des magistrats et leur mode d'élection; mais elles sont aussi profondément marquées par les idées de Calvin.

Toutefois, en limitant d'emblée les pouvoirs du Conseil général au profit de ceux des deux conseils restreints (Petit Conseil et Deux-Cents), les édits de 1543 favorisent les tendances oligarchiques de ces institutions, qui ne cesseront de s'accroître durant tout l'Ancien Régime: en effet, si le Conseil général élit les quatre syndics, le lieutenant et ses assesseurs (auditeurs) et le procureur général, et s'il se prononce en dernière instance sur toute nouvelle loi ou décision importante, c'est toujours sur proposition du Petit Conseil et du Deux-Cents. En outre, dès 1570, il se voit dépossédé de toute compétence en matière d'augmentation ou de création d'impôts par l'adoption de mesures d'urgence exigées par une situation de crise.

<b>Genève (canton)</b><br>Sources: indications de Liliane Mottu-Weber et Marc Neuenschwander; A. Tronchin (et J.-A. Gautier),  "L'état du gouvernement présent de la République de Genève (1721)", publié avec une introduction par E. Favre, in <I>Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, </I> 25, 1901  , 201-234; G. Favet, <I>Les syndics de Genève au XVIII<SUP>e</SUP> siècle</I>, 1998, 7-62  © 2005 DHS et Marc Siegenthaler, Berne.<BR/>A Genève, seuls les citoyens et les bourgeois jouissaient de la plénitude des droits politiques. Au début du XVIII<SUP>e</SUP> siècle, ils constituaient un peu plus du quart de la population masculine, vers la fin du siècle moins d'un cinquième. Une lettre de bourgeoisie coûtait vers 1700 en moyenne 4 400 florins, entre 1740 et 1750 plus de 8 000. Par conséquent, le nombre de nouveaux bourgeois fut rarissime durant de longues périodes (environ trois par an entre 1737 et 1767).<BR/>Citoyens et bourgeois formaient le Conseil général, dont l'effectif n'excéda jamais 2 000 personnes avant 1790, et d'où provenaient les membres du Conseil des Deux-Cents (le nombre maximum de conseillers fut porté en 1738 de 225 à 250), recrutés par cooptation. Les bourgeois entraient rarement au Grand Conseil, exceptionnellement au Conseil des Soixante. Seuls les citoyens pouvaient occuper les charges publiques les plus hautes. La conduite de l'Etat était réservée au Petit Conseil, où siégeaient en plus, avec voix consultative seulement, le lieutenant et les secrétaires. Le Petit Conseil avait à sa tête les syndics, élus pour un an. Etant membres du Petit Conseil à vie, les conseillers cumulaient les fonctions administratives, législatives et judiciaires.<BR/>
Système politique de Genève sous l'Ancien Régime

En matière de justice, les cours locales, les châtellenies, sont de moins en moins autonomes par rapport au Petit Conseil, qui rend la sentence au "grand criminel". Dès le milieu du XVIe s., les campagnards sont écartés de ces cours au profit des citoyens de la ville. Quelques rares seigneuries vassales de la République se maintiennent jusqu'à la révolution. Il s'agit des fiefs de Châteauvieux et Confignon, du Crest à Jussy (jusqu'à 1770), du Château des Bois ou terre de Turretin à Satigny et de Bessinge.

Après un XVIIe s. au climat politique relativement calme, le XVIIIe s. sera le théâtre de plusieurs périodes de troubles politiques (Révolutions genevoises), qui provoqueront l'intervention des puissances combourgeoises et alliées (Berne, Zurich, la France et le Piémont-Sardaigne) en tant que médiatrices et se solderont par la condamnation ou l'exil de nombreux opposants au gouvernement conservateur. Ainsi, de l'affaire Pierre Fatio (1707) à la révolution manquée de 1782, en passant par les troubles de 1734-1738 et l'affaire Rousseau et ses suites (1762-1770), ce seront d'abord les efforts déployés par la "bourgeoisie"- soit les Représentants durant la seconde partie du siècle - pour obtenir une réforme du système des élections (vote secret, limitation des membres d'une même famille dans les conseils), pour rétablir les prérogatives du Conseil général et pour combattre l'inamovibilité des conseillers. Même s'ils parviennent à leurs fins sur certains points, l'édit de pacification du 21 novembre 1782, imposé par les armes et par la médiation de la monarchie française et des gouvernements patriciens de Berne et de Zurich, supprime la plupart des acquis en matière de compétences du Conseil général et de possibilité de renouvellement des conseils restreints et des magistratures.

Familles des syndics genevois du XVIIIe siècle
FamilleNombre de syndics au XVIIIe s.Accession à la bourgeoisiePremière présence au Grand ConseilPremière présence au Petit ConseilPremière présence au syndicat
Pictet6147415591575XVIe s.
Rilliet61484av. Réforme1590XVIIe s.
Lullin5XIVe s.av. Réformeav. Réformeav. Réforme
Du Pan41488av. Réforme1541XVIe s.
Trembley4155515611631XVIIe s.
De Grenus4162016321655XVIIe s.
Fatio4164716581705XVIIIe s.
De Chapeaurouge31468av. Réformeav. Réformeav. Réforme
Gallatin31510av. Réforme1562XVIIe s.
Le Fort3156516031642XVIIe s.
Turrettini3162716281696XVIIIe s.
Lect21473av. Réformeav. RéformeXVIe s.
Naville2150617091773XVIIIe s.
Favre21508av. Réformeav. RéformeXVIe s.
Rigot2150915441551XVIe s.
Mestrezat2152415701590XVIIe s.
Sarasin2155515621603XVIIe s.
Sales2158116581734XVIIIe s.
Buisson2160916241656XVIIe s.
Sartoris2161016881704XVIIIe s.
Bonet2161716181721XVIIIe s.
Calandrini2163416351728XVIIIe s.
Bonnet2164516651705XVIIIe s.

Sources:G. Favet, Les syndics de Genève au XVIIIe siècle, 1998, 66-67

Durant ce même siècle, il apparaît aussi que le Conseil général ne représente plus véritablement la population genevoise. Les persécutions religieuses des XVIe (guerres de religion) et XVIIe s. (Révocation de l'édit de Nantes) ont en effet provoqué l'établissement dans la cité de nombreux réfugiés français et italiens (Réfugiés protestants), qui peu à peu ne parviennent plus à obtenir la bourgeoisie et sont condamnés à garder le statut de simples habitants; avec leurs descendants, les natifs, ils finissent par former la majeure partie de la population. Tandis que les Représentants, inspirés par Rousseau, luttent pour la reconnaissance des droits inhérents à leur statut de bourgeois, les natifs font bientôt entendre leurs propres revendications. Ils cherchent d'abord à bénéficier eux aussi des privilèges économiques réservés à la bourgeoisie, puis, soutenus par Voltaire, ils contestent le bien-fondé des discriminations politiques et sociales dont ils sont victimes. Si les édits de 1770 et de 1782 apportent quelques atténuations à ces dernières et consacrent même certains progrès en matière de justice pénale et de droit féodal, ils n'en marquent pas moins un durcissement de la politique des partisans du statu quo, les Négatifs (bannissement de natifs et de Représentants, suppression des cercles, limitation de la liberté de la presse, augmentation de la garnison soldée).

Le dur hiver de 1788-1789 et les émeutes provoquées par une spectaculaire hausse du prix du pain font craindre au gouvernement des troubles plus graves: l'édit du 10 février 1789 autorise le retour des exilés de 1782 et annule plusieurs mesures impopulaires prises la même année. Mais la réconciliation ne dure que peu de temps. Sous la pression de nouvelles revendications des natifs, auxquels se sont joints les sujets de la campagne, le gouvernement entreprend en vain un vaste effort de réforme des institutions et des lois (édit et code Du Roveray, 1791). Encouragés par la France révolutionnaire - dont les troupes ont conquis la Savoie devenue un département français en septembre 1792 -, les opposants au gouvernement aristocratique réussissent à s'unir et à se rendre maîtres de la cité en décembre 1792. Un premier décret établissant l'égalité entre citoyens, bourgeois, natifs, habitants et sujets met fin à l'Ancien Régime, puis le 28 décembre, la déchéance du Petit Conseil est proclamée ainsi que la formation de deux comités provisoires chargés de le remplacer (Egaliseurs). Les modérés seront très tôt débordés par certains clubs, dont les membres les plus extrémistes feront régner la violence et imposeront des mesures radicales, notamment la prestation du serment civique en 1793, les deux tribunaux révolutionnaires de l'été 1794 chargés de juger les "ennemis du peuple", puis, plus tard, la taxe extraordinaire sur les fortunes, qui frappera lourdement les aristocrates. Entre-temps, la Constitution du 5 février 1794 aura institué pour la première fois la séparation des pouvoirs, la souveraineté populaire et la démocratie directe; mais le 15 avril 1798, G. sera occupée par les troupes françaises et contrainte de demander sa réunion à la France.

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

3 - Economie, société et culture jusqu'au XVIIIe siècle

3.1 - Economie

3.1.1 - Agriculture

L'agriculture genevoise d'Ancien Régime peut être définie comme un système de petites et moyennes propriétés pratiquant le faire-valoir direct et la polyculture. Champs semés de blé, prés pour le bétail et vignes se partagent en effet la majeure partie des terres disponibles, sauf dans la banlieue, où plus de vergers et de jardins contribuent à ravitailler les marchés de la cité. Au XVIIIe s., adaptant leur production à l'évolution des prix, les propriétaires tendent à diminuer la surface de leur vignoble au profit des emblavures et de l'élevage, plus rémunérateurs. Toutefois, en raison de l'étroitesse de son territoire, G. ne parvient jamais à produire dans sa campagne de quoi couvrir les besoins de sa population et elle doit importer des céréales, le plus souvent des régions proches de Savoie et de France, mais aussi parfois de très loin, tâche confiée dès 1628 à la chambre des blés. A part le chanvre et la laine que les paysans produisent (et tissent) pour leur ménage, quelques mûriers blancs plantés sporadiquement pour l'élevage des vers à soie et les écorces destinées aux tanneurs, elle ne pratique aucune culture industrielle utile à ses activités manufacturières (lin, pastel, garance).

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

3.1.2 - Commerce et artisanat

Ville de foires et place financière au Moyen Age, G. fait surtout du commerce, et sa production artisanale, modeste, est avant tout destinée au marché local et régional. L'arrivée des réfugiés dès 1550 modifie radicalement l'éventail de ses activités manufacturières: si les métiers du cuir, des métaux, du bois et du bâtiment gardent une certaine importance, en raison notamment de l'augmentation de la population, ceux du commerce local ou régional sont supplantés par le textile (fils, tissus et rubans de soie, étoffes de laine), l'imprimerie et la Fabrique (orfèvrerie et horlogerie), dont les produits sont destinés à l'exportation. Les nouveaux marchands-fabricants partagent souvent leur activité entre le négoce et la production de livres, de draperies de laine et de soieries. Impliqués dans de longs processus de fabrication dont ils assurent le financement, selon le Verlagssystem, ils font travailler tour à tour les différents artisans, regroupés en maîtrises jusqu'en 1798.

Durant les XVIIe et XVIIIe s., le textile prend d'autres formes: la soierie se concentre dans la fabrication de fils, galons et dentelles d'or (Dorure) et dans le tricotage mécanique de bas, tandis que les artisans de la draperie se spécialisent dans le finissage d'étoffes importées, dont ils assurent la teinture ainsi que le tondage (ou le frisage). A la fin de l'Ancien Régime, les "toiles peintes" (Indiennes), imprimées manuellement entre 1690 et 1830 dans plusieurs fabriques situées aux limites de la cité, représentent, aux côtés de la Fabrique, qui regroupe désormais l'horlogerie, l'orfèvrerie, la bijouterie et de nombreux métiers annexes, les secteurs les plus dynamiques de l'économie genevoise. Par leur apport de savoir-faire technique, de capitaux et d'une nombreuse main-d'œuvre - notamment féminine et enfantine -, les réfugiés jouent un rôle éminent dans le développement de ces différents secteurs d'activité, même si les bourgeois locaux se réservent longtemps certains métiers et professions prestigieux et si les maîtrises ne savent pas toujours s'adapter aux innovations proposées.

Par leurs connaissances des réseaux d'échanges et de banque internationaux, les marchands français et italiens permettent aux Genevois d'occuper une place enviable dans le grand commerce (d'entrepôt) et dans "l'internationale huguenote"; et de se constituer de belles fortunes grâce à leurs placements en France, en Angleterre ou en Hollande et au financement d'entreprises maritimes ou de sociétés tentaculaires telles que celles qui caractérisent l'indiennage et le commerce des cotonnades. Toutefois, pour certains d'entre eux, ces spéculations financières se terminent par de retentissantes banqueroutes, notamment lorsqu'ils se mettent à souscrire massivement aux emprunts d'Etat étrangers (rentes viagères, loteries, tontines, billets solidaires), entraînant derrière eux une partie de la population laborieuse de la cité. Dès la fin des années 1780, le protectionnisme européen, les troubles et guerres révolutionnaires, la débâcle des assignats français, la cherté des matières premières et des denrées se conjuguent en effet avec l'effondrement de tout le système viager, la fermeture des marchés étrangers et les faillites en chaîne pour plonger le monde des banquiers, des marchands et des artisans genevois dans une crise dont il mettra plusieurs décennies à émerger.

<b>Genève (canton)</b><br>Reconstitution d'une maison bourgeoise du XVIII<SUP>e</SUP> siècle, huile sur toile datée 1879 de  Christophe François von Ziegler,  photographie de Maurice Aeschimann (Musée d'art et d'histoire Genève, no inv. HM 0026).<BR/>Le peintre restitue l'atmosphère d'un cabinet d'horlogerie genevois vers 1780 dans une maison vue en coupe. L'atelier jouxtant la salle de séjour forme un étage en surplomb sur la rue, appelé "loge".<BR/>
Reconstitution d'une maison bourgeoise du XVIIIe siècle, huile sur toile datée 1879 de Christophe François von Ziegler, photographie de Maurice Aeschimann (Musée d'art et d'histoire Genève, no inv. HM 0026).
(...)

Les aléas conjoncturels tragiques de cette dernière période ne sauraient masquer les composantes structurelles de la fragilité de la brillante économie genevoise du XVIIIe s. Dépendant d'une main-d'œuvre presque exclusivement urbaine, donc chère, même si les salaires stagnent d'une façon criante au XVIIIe s., celle-ci est également tributaire de marchés lointains - donc de politiques douanières étrangères - pour ses matières premières et ses débouchés. Elle voit progressivement ses métaux précieux et ses capitaux s'exporter à l'étranger, attirés par des gains spéculatifs. Enfin, sous l'influence des maîtrises locales, elle tend à privilégier les innovations qui visent à une meilleure qualité des produits et à une augmentation des profits des fabricants plus qu'à une productivité accrue. Ses produits s'avèrent généralement trop coûteux et par conséquent invendables ou vulnérables à la concurrence étrangère.

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

3.2 - Population et habitat

La population de l'actuel canton de G. n'est pas connue avant le XVe s., les données des visites pastorales du diocèse de G. antérieures ayant disparu. Le mandement de Jussy comptait 60 feux en 1412-1413, 64 en 1481-1482 et 60 en 1516-1518. Celui de Peney, à ces mêmes dates, totalisait 74, 61 et 68 feux (Satigny non compris), Céligny 18, 11 et 14. En 1516-1518 (les visites précédentes sont trop lacunaires pour être utilisées), dans ce qui formera les futures communes réunies, les paroisses gessoises totalisaient 166 feux, les savoyardes 585 feux. On peut évaluer la population de la campagne genevoise au début du XVIe s. à un peu plus de 1000 feux (4000-5000 hab.).

Pour la ville de G., les estimations sont de 4000 habitants en 1300, de 2000 en 1359, de 4000 en 1407 et de 9400 en 1464, l'expansion étant largement due à l'essor économique. Les mesures prises par le roi de France en 1462 au détriment des foires de G. contribuent à y mettre un terme. Jusqu'à l'arrivée des réfugiés français et italiens vers 1550, où elle compte environ 13 100 habitants, la ville se trouve donc dans une situation difficile. Puis, grâce aux nouveaux réseaux de production que ces exilés mettent en place, la seconde partie du XVIe s. est d'abord caractérisée par une augmentation spectaculaire (env. 17 300 hab. en 1580). Mais très vite confrontée à des pestes, à des disettes et à des conflits militaires locaux et internationaux, la ville perd de nouveau une partie de sa population (14 400 en 1590). Après une période particulièrement faste au tournant du siècle, le XVIIe s. est marqué, dès la peste de 1615-1616, par un net recul de la population, qui retrouve vers 1650 pratiquement ses effectifs d'avant le refuge du XVIe s. (env. 12 700 hab.) En revanche, bénéficiant de la reprise économique qui s'amorce et de l'arrivée des nombreux exilés huguenots du second refuge, avant et après la Révocation de l'édit de Nantes (17 500 hab. en 1700), la ville voit sa population s'accroître régulièrement jusqu'à la veille de la révolution de 1792 (27 400 en 1790). Enfin, la période révolutionnaire, puis celle de l'annexion française, caractérisées par une récession économique due aux conflits et aux bouleversements politiques internationaux, voient une fois encore la population de la ville diminuer (24 500 en 1800), puis stagner, avant que s'amorce la croissance démographique spectaculaire du XIXe s.

Après la destruction des faubourgs peu avant la Réforme, pour des raisons de sécurité, et durant presque tout l'Ancien Régime, la majeure partie de la population genevoise réside à l'intérieur de ses fortifications. L'établissement des réfugiés aux XVIe et XVIIe s. se fait donc dans des conditions difficiles et de nombreuses maisons doivent être surélevées pour accueillir ce surplus de population, tandis que les espaces non bâtis, encore cultivés ou servant même à la pâture du petit bétail, disparaissent au profit de nouveaux immeubles et de bâtisses destinées à des activités manufacturières (ateliers, moulins, surfaces d'étendage). Sous la pression démographique, dès la fin du XVIIe s. et parallèlement au maintien et même au renforcement du système des fortifications (1717-1727), les faubourgs se reconstituent lentement à Plainpalais, aux Eaux-Vives, aux Pâquis, puis en direction de Châtelaine et du Petit-Saconnex.

On sait qu'au XVIIIe s., la campagne (mandements) est densément peuplée de paysans et d'artisans (dont passablement d'horlogers), cette densité frôlant 100 habitants au km². Les citadins propriétaires de domaines, parfois férus d'agronomie, y séjournent temporairement pour assurer la gestion de leurs cultures et la surveillance de leurs récoltes. Répartie dans quelques villages et hameaux des terres de la Seigneurie, la population rurale est toutefois mal connue avant la fin de l'Ancien Régime: en 1797-1798, elle représente 4432 personnes (400 de moins que celle des Franchises).

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

3.3 - Société

Dans la mesure où ils peuvent facilement acquérir la bourgeoisie, faire partie du Conseil général et même encore accéder aux conseils restreints, les réfugiés du XVIe s. parviennent à s'intégrer dans la société genevoise et à y exercer de nombreuses fonctions. Au XVIIe s., la situation des huguenots chassés de France par la Révocation de l'édit de Nantes est très différente. Non seulement le prix de la bourgeoisie devient de plus en plus prohibitif, mais cette dernière n'ouvre plus immédiatement toutes les portes de la magistrature; en outre, le statut des habitants s'est notablement détérioré. L'équilibre entre les différentes catégories sociales se modifie donc notablement entre cette époque et le siècle suivant: face au groupe désormais très fermé des citoyens et des bourgeois, qui jouissent de tous les droits politiques et privilèges économiques, se développent les deux classes, bientôt très nombreuses, des habitants - étrangers admis à résider dans la cité et à y travailler - et de leurs fils et descendants nés à G., les natifs. Composées en majorité d'artisans des métiers annexes de l'horlogerie et des basses professions, mais aussi d'intellectuels engagés, de pasteurs et de maîtres des métiers de la Fabrique, ces deux catégories sont particulièrement remuantes et dynamiques. Car non seulement les habitants et les natifs sont privés de tous les droits politiques, mais leurs activités économiques pâtissent des multiples entraves et taxes liées à leur condition de "non bourgeois". Généralement moins fortunés et moins instruits que les bourgeois et les citoyens, ils n'accèdent qu'exceptionnellement aux fonctions, honneurs, professions et métiers prestigieux et rémunérateurs. Après les troubles de 1782, l'habitation n'est d'ailleurs plus que rarement accordée par le gouvernement conservateur, alerté par la montée en puissance de ces exclus du pouvoir. Apparaît alors la catégorie des domiciliés: étroitement surveillés par la chambre des étrangers, de préférence célibataires et "utiles" à la manufacture locale, ceux-ci bénéficient d'une permission de séjour temporaire, renouvelable, mais non transmissible à leurs descendants.

Les campagnards, sujets de la Seigneurie, sont également privés de droits politiques. Certains d'entre eux parviennent à gagner une certaine autonomie en adhérant aux communautés villageoises (dont plusieurs datent du Moyen Age) placées sous la juridiction et surveillance des châtelains, officiers de justice élus par le Conseil des Deux-Cents. Mais le procureur, à la tête de ces communes, n'exerce que des fonctions administratives. Par rapport aux simples habitants, les communiers font figure de privilégiés, même si la tutelle exercée sur eux par la ville devient très pesante au XVIIIe s. Emmenés par l'avocat Jacques de Grenus, les sujets revendiquent finalement eux aussi l'égalité politique à partir de 1790.

Souvent appelés à vendre en ville le produit de leurs récoltes, ces paysans des territoires enclavés sont pénalisés par le fait qu'ils doivent traverser un territoire non genevois, français ou savoyard. Ils doivent se procurer des autorisations de transit et des certificats attestant l'origine de leurs denrées, et sont exposés à des agressions et à des confiscations. Le débit de leur vin est strictement réglementé et il leur est interdit de faire le commerce du sel.

La révolution de décembre 1792 proclame l'égalité politique et civile de toutes les catégories de la population, égalité confirmée par la Constitution du 5 février 1794 (Egaliseurs). Il n'y a plus désormais dans la cité et dans sa campagne que des citoyens (notion qui dans l'acception de l'époque excluait les non-protestants et les femmes) et des étrangers, ces derniers étant soumis à une politique d'accueil très restrictive.

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

3.4 - La religion

3.4.1 - Vie religieuse au Moyen Age

Si la ville de G. est siège épiscopal, compte plusieurs paroisses et abrite de nombreux couvents, la campagne est moins richement dotée (prieuré bénédictin de Satigny, cisterciennes à Bellerive). L'ordre de Cluny et plus particulièrement le prieuré de Saint-Victor ont contribué à renforcer et à structurer l'Eglise et la vie paroissiale dans les campagnes. Entre 1093 et 1099, l'évêque Guy de Faucigny confirme à l'abbaye de Cluny la possession d'une série d'églises paroissiales filiales de Saint-Victor, dont certaines deviendront des prieurés, tels Draillant, Bonneguête et Vaulx (tous dans l'actuelle Haute-Savoie). Dans le bassin genevois, les campagnes et les vallées alpines connaissent au XIIe s. une forte expansion du monachisme: les chartreux, les cisterciens, les chanoines de Saint-Augustin y trouvent une retraite propice à leur vocation contemplative, mais aucun de leurs couvents ne se trouvait dans le futur canton de G.

Auteur(e): La rédaction

3.4.2 - La Réforme

Les premiers signes des idées nouvelles à G. apparaissent en 1521, dans le groupe constitué autour du médecin Henri Cornelis, dit Agrippa von Nettesheim, lecteur d'Erasme et de Lefèvre d'Etaples. Des marchands allemands propagent la doctrine luthérienne, adoptée par quelques commerçants genevois dès 1525. En 1532, Guillaume Farel, protégé par Berne, vient prêcher à G. et une communauté évangélique se crée en ville, malgré des débuts difficiles. Le premier culte public est célébré en 1533 et, dès 1534, les réformés passent à l'offensive (rixes avec catholiques, déprédations infligées aux couvents et aux églises). Une grande partie de la population adhère dès lors à la Réforme. Le vide créé par la suspension de la messe en août 1535 par le Conseil des Deux-Cents et le départ de l'évêque Pierre de La Baume (en août 1533 déjà), puis de nombreux prêtres, chanoines et moniales, permet aux réformateurs, dont Farel et Antoine Froment, de prêcher désormais librement la foi nouvelle. Le peuple de G., réuni en Conseil général, affirme solennellement le 21 mai 1536 sa volonté de vivre selon la loi évangélique et la "parole de Dieu". Il le fait avec l'appui militaire des Bernois, qui viennent de conquérir le Pays de Vaud, le bailliage de Gex et le Chablais.

Quelques mois plus tard, de passage dans la ville, Jean Calvin y est retenu par Farel; mais il ne s'y installe définitivement qu'en 1541, année où il rédige les ordonnances ecclésiastiques inspirées de son Institution de la religion chrétienne, publiée en 1536. Adoptées en Conseil général le 20 novembre 1541, celles-ci organisent la vie de l'Eglise en y instituant quatre fonctions ou ministères, les pasteurs, les docteurs, les anciens et les diacres. La Compagnie des pasteurs réunit l'ensemble des pasteurs de la ville et de la campagne; elle traite des questions de doctrine et des relations avec les autorités civiles et avec les Eglises étrangères. Les docteurs sont chargés de la formation au ministère et aux fonctions civiles; le collège et l'académie sont créés en 1559 en vue de cette tâche. Dès lors, de petites écoles dispensent aux enfants, surtout aux garçons, un enseignement rudimentaire. Créée en 1736, la Société des catéchumènes permettra d'atteindre un taux d'alphabétisation particulièrement élevé dans les différentes couches de la population. Les anciens forment le consistoire, composé de pasteurs et de laïcs chargés de surveiller le comportement des fidèles et d'obtenir leur amendement en cas d'indiscipline; cette sorte de tribunal des mœurs et tribunal matrimonial ne peut toutefois prononcer que des peines ecclésiastiques, soit la privation de la cène; dans les cas entraînant une sanction pénale, le coupable est déféré au Petit Conseil. Enfin, les tâches des diacres (gestion de la charité, soins aux malades) correspondent à celles des procureurs de l'hôpital général, fondé en novembre 1535 par le regroupement de tous les anciens hôpitaux médiévaux.

Calvin et les réformateurs font rapidement de G. le centre du protestantisme, d'où le nom de "Rome protestante" que la ville a reçu dès le XVIe s.

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

3.4.3 - Eglise et société

On a reproché à Calvin d'avoir accordé un trop grand pouvoir à l'Eglise et aux pasteurs: il faut toutefois rappeler que ces derniers ne siègent pas dans les Conseils. En juriste avisé, Calvin entend préserver un équilibre entre autorité ecclésiastique et pouvoir politique, d'où l'importance des préavis et des sanctions du consistoire, mais c'est au Petit Conseil que revient la décision en dernier ressort, qu'il s'agisse de matières judiciaires ou matrimoniales. Si, du vivant de Calvin et de Théodore de Bèze, son successeur, les délégués de la Compagnie des pasteurs parviennent parfois, par leurs remontrances au Conseil, à infléchir la politique du gouvernement, ces interventions ont de moins en moins de poids durant les siècles suivants. Au XVIIIe s., les conseillers tendent même à prendre des décisions d'ordre ecclésiastique ou matrimonial sans consulter le consistoire; l'autorité de ce dernier est de plus en plus contestée, aussi bien par les conservateurs que par des disciples de Voltaire et de Rousseau, ce qui amène, après la révolution de 1792, les nouvelles autorités à lui enlever une partie de ses compétences.

Visant à limiter les dépenses de consommation tout en préservant les hiérarchies sociales, les ordonnances somptuaires (1558), sans être une originalité du calvinisme, jouent un rôle important dans le contrôle du "luxe" par le consistoire, puis par la chambre de la Réformation, laïque, créée en 1646. Elles réglementent de manière tatillonne les pratiques vestimentaires, le port de bijoux, le deuil, les banquets de noces et de baptême, ou encore les meubles et objets décoratifs de valeur. Renouvelées jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, elles sont curieusement défendues aussi bien par l'aristocratie au pouvoir que par les chantres d'une société plus égalitaire.

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

3.5 - La culture

Dotée d'une académie qui reçoit au XVIe s. des étudiants de toute l'Europe, G. se fait d'abord connaître par ses théologiens et ses philosophes (Jean-Alphonse Turrettini, Jean-Robert Chouet), puis, au XVIIIe s., par ses théoriciens du droit (Jean-Jacques Burlamaqui) et ses hommes de science, parmi lesquels on peut citer Jean-Louis Calandrini, Gabriel Cramer, Horace Bénédict de Saussure et Charles Bonnet.

Sur le plan de la culture, ses diverses instances de contrôle des mœurs, de la consommation et de la vie quotidienne ne favorisent guère le développement des beaux-arts. C'est d'abord en tant qu'artisans, graveurs, miniaturistes ou peintres sur émail que les Genevois exercent leurs dons artistiques, dans le cadre de l'horlogerie, de l'orfèvrerie et de la bijouterie. A la fin de l'Ancien Régime, dans un climat plus propice à l'expression picturale, plusieurs artistes du cru, généralement formés à l'étranger et soutenus par quelques mécènes locaux amateurs d'œuvres d'art, parviennent néanmoins à une certaine notoriété, tels Jean-Etienne Liotard, Jean-Pierre Saint-Ours, Marc-Théodore Bourrit, Pierre-Louis De la Rive, Wolfgang-Adam Töpffer, Firmin Massot et Jacques-Laurent Agasse.

<b>Genève (canton)</b><br>Portrait de l'artiste par lui-même dessinant Voltaire, pastel de  Jean Huber,  vers 1773  (Musée historique de Lausanne).<BR/>Le peintre genevois Jean Huber était surnommé "Huber-Voltaire" pour avoir très souvent représenté son célèbre voisin (peintures, gravures et silhouettes).Voltaire arrive à Genève en 1754, à l'âge de 60 ans. Il reste vingt ans dans la campagne genevoise, d'abord aux Délices et au château de Tournay, puis à Ferney, dans le Pays de Gex. C'est à Genève qu'il écrit et fait imprimer ses romans et ses innombrables pamphlets contre tous les fanatismes religieux. Des intellectuels de l'Europe entière viendront à Genève pour le rencontrer.<BR/>
Portrait de l'artiste par lui-même dessinant Voltaire, pastel de Jean Huber, vers 1773 (Musée historique de Lausanne).
(...)

Dans le domaine du spectacle, la Réforme représente également une rupture radicale par rapport aux divertissements auxquels la population était conviée au Moyen Age, au point que le théâtre se limite au XVIe s. au domaine religieux et politique, soit à quelques pièces mettant en scène des personnages bibliques ou allégoriques, notamment imaginés et représentés à l'occasion de la conclusion de traités de combourgeoisie. Ce n'est que durant la seconde partie du XVIIIe s., à l'époque des pièces écrites par Voltaire et jouées dans le cercle de ses admirateurs, et dans le sillage du débat qui oppose les encyclopédistes et Rousseau sur le sujet du théâtre, que la possibilité est rendue aux Genevois d'assister à des représentations. Mais le Théâtre de Neuve, construit après la révolution manquée de 1782 pour distraire les militaires étrangers et remplacer les cercles désormais interdits, vise plus à tempérer les ardeurs d'une population jugée trop remuante qu'à la familiariser avec la culture et les lettres. Ce faisant, il incarne précisément le théâtre honni par Rousseau, lequel préconise plutôt des fêtes civiques qui ne détournent pas le peuple de son devoir, mais le fortifient dans ses convictions.

<b>Genève (canton)</b><br><I>Le Café du Théâtre</I>, dessin à la plume aquarellé, 1798, de  Wolfgang-Adam Töpffer,  photographie d'Yves Siza (Cabinet d'arts graphiques des Musées d'art et d'histoire Genève, no inv. 1922-0003).<BR/>L'artiste caricature le désordre des révolutionnaires genevois. Les clubs et les cafés de la ville sont les principaux lieux de rendez-vous des Genevois qui sympathisent avec la Révolution française. Durant les six ans du régime révolutionnaire (1792-1798), le foyer du théâtre fut le lieu d'assemblée du Grand Club fraternel.<BR/>
Le Café du Théâtre, dessin à la plume aquarellé, 1798, de Wolfgang-Adam Töpffer, photographie d'Yves Siza (Cabinet d'arts graphiques des Musées d'art et d'histoire Genève, no inv. 1922-0003).
(...)

En arrière-plan, enfin, déjà renommée à la fin du XVe s., l'imprimerie genevoise, dynamisée après la Réforme par l'arrivée de libraires réfugiés français et italiens, joue un rôle primordial dans la diffusion, souvent clandestine, des idées réformées. Très tôt, elle est amenée à diversifier sa production au profit des éditions classiques grecques et latines, de l'histoire, de la géographie, de la médecine et du droit. Pour résister à la concurrence lyonnaise, les maisons genevoises combinent leurs activités d'édition et de distribution d'ouvrages étrangers destinés aux principaux marchés d'Europe occidentale. Après la période faste de la publication de l'Encyclopédie, des gazettes de Hollande et des œuvres de Montesquieu, Rousseau, Voltaire et de l'abbé Raynal, l'édition genevoise s'efface vers 1780 au profit de la librairie. Les quelques imprimeries encore actives se consacrent dès lors à la publication de manuels scolaires et de périodiques, dont le plus célèbre est à la fin du siècle la Bibliothèque britannique, tirant finalement aussi quelques bénéfices de l'intense activité brochurière qu'entraînent les troubles politiques de la fin de l'Ancien Régime et les débats d'idées qui opposent les Représentants et les natifs au gouvernement conservateur.

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

3.6 - Les territoires savoyards et français, futures Communes réunies

3.6.1 - D'un souverain à l'autre

Les territoires perdus par le duc de Savoie en 1536 sont sujets de Berne jusqu'à leur restitution en 1567. Un bailli bernois, en place pour six ans, siège au château de Gex, à la commanderie de Compesières pour le bailliage de Ternier et à Gaillard. De manière générale, Berne respecte les anciens droits et s'appuie sur les "communages" (communautés) et les bourgeoisies. Après 1567, la justice relève dans de nombreux villages de seigneurs locaux. Les appels vont à Chambéry, au Sénat de Savoie. En 1760, un édit institue dans toutes les paroisses un conseil de communauté, ayant à sa tête un syndic. L'autonomie communale est plus développée dans ces villages sujets du roi de Sardaigne, rattachés soit à la province du Chablais, soit à celle du Genevois, que dans les communes rurales sujettes de la Seigneurie. A la fin du XVIIIe s., la monarchie sarde crée la nouvelle ville de Carouge, qui doit concurrencer celle de G.

Le Pays de Gex, devenu français en 1601, est depuis cette date l'un des bailliages du gouvernement de Bourgogne, pays d'états. Des assemblées publiques du bailliage donnent aux représentants des communautés rurales certains droits, en particulier celui de voter les traitements des magistrats et fonctionnaires.

Les sept communes gessiennes qui deviendront genevoises en 1815 comptaient 357 feux en 1550, dont les 68 de la petite ville de Versoix, soit environ 1500 habitants. Lors de leur réunion à la Suisse, elles en auront 3350. Les communes savoyardes qui seront cédées par le Piémont-Sardaigne comptent en 1816 12 700 habitants.

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

3.6.2 - La recatholicisation

En 1536, G. comme Berne introduisent la Réforme dans les territoires conquis, chacun selon sa conception du rôle de l'Eglise et de la liturgie. L'Eglise bernoise est organisée en classes, soit dans la région de G., celles de Gex (treize paroisses, dont le Grand-Saconnex et Versoix) et de Ternier, et les paroissiens sont contrôlés par un consistoire local, subordonné au Consistoire suprême à Berne. G. récupère après 1544 quatorze paroisses des terres de Saint-Victor et du Chapitre.

Au traité de Lausanne de 1564, Berne obtient que le duc de Savoie tolère le culte réformé dans les territoires restitués. Charles-Emmanuel limite en 1589 les lieux de culte: il en subsiste un à Ternier et deux à Gex. La paix de Vervins (1598) signifie pour le duc la restitution sans condition des bailliages. La recatholicisation, amorcée dans les années 1590 par le futur saint François de Sales, se développe dans le Chablais grâce aux missions de capucins. Dans le Pays de Gex, c'est G. qui réorganise les paroisses protestantes en 1590, la tâche étant confiée à la Compagnie des pasteurs. L'édit de Nantes (1598) s'applique à ce bailliage dès 1601. Les protestants doivent désormais cohabiter avec les catholiques, leur restituer églises, cimetières, cures et leurs revenus. Ils restent toutefois majoritaires jusqu'en 1662, lorsque Louis XIV interdit le culte réformé, fait démolir ou fermer les temples à l'exception de Sergy et Ferney. Le processus est achevé en 1685 avec la Révocation de l'édit de Nantes. Les protestants se convertissent ou émigrent.

Enfin, la Seigneurie doit accepter nolens volens que le résident de France, dont le poste est permanent depuis 1679, fasse célébrer la messe dans son hôtel en ville de G.

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

4 - La vie politique à Genève aux XIXe et XXe siècles

4.1 - La période française (1798-1814)

4.1.1 - Histoire constitutionnelle et politique

Redoutée et combattue par la majorité, souhaitée par quelques partisans du rattachement à la Grande Nation œuvrant dans l'orbite du résident de France Félix Desportes, l'annexion française est entérinée par le traité de réunion du 26 avril 1798. Elle avait été précédée par une longue série d'incidents diplomatiques et de mesures vexatoires aux frontières, par l'enclavement progressif de la cité dans des territoires conquis par le Directoire et l'occupation militaire de la ville. En août 1798, G. devient pour quinze ans le chef-lieu du département du Léman; incorporée aux structures politiques de la France, elle en épouse désormais le destin, notamment lors du passage du Directoire au Consulat, en 1799 - avec Bonaparte pour Premier Consul -, puis lors de la proclamation de l'Empire en 1804.

<b>Genève (canton)</b><br>Etude pour la <I>République de Genève</I>, huile sur panneau de  Jean-Pierre Saint-Ours (Musée d'art et d'histoire Genève, no inv. 1985-0240).<BR/>Commande officielle du gouvernement genevois en 1794, cette figure allégorique reprend les symboles de la République française, adoptés par la Convention en 1792. L'énorme version définitive (3,85 x 1,51 m), installée dans le chœur de la cathédrale Saint-Pierre, sera retirée en 1798, après l'annexion du territoire par la France.<BR/>
Etude pour la République de Genève, huile sur panneau de Jean-Pierre Saint-Ours (Musée d'art et d'histoire Genève, no inv. 1985-0240).
(...)

Sur certains points, le traité de réunion est relativement favorable aux Genevois. Grâce à la Société économique et à la Société de bienfaisance, ils gardent la haute main sur leurs biens communaux, soit sur un certain nombre de biens immobiliers et d'institutions, dont l'Eglise et ses temples, le collège, l'académie, la chambre des blés, la Caisse d'escompte, d'épargne et de dépôts, et l'Hôpital général. Ils sont exemptés du logement des soldats chez les particuliers ainsi que de la conscription pour la guerre en cours, ce qui repousse au lendemain de la paix d'Amiens de 1802 le premier appel de conscrits genevois. En revanche, la cité doit céder à la France ses arsenaux, son artillerie, ses munitions et surtout ses fortifications, proclamées "biens nationaux". Enfin, la "réunion" à la République française fait des Genevois des citoyens français.

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

4.1.2 - L'administration

Outre l'ancien territoire genevois, le département du Léman englobe le Pays de Gex et les monts du Jura jusqu'à la Valserine, les régions du Chablais, du Faucigny et du nord du Genevois; il est divisé en trois arrondissements, celui de G. (avec dix cantons) et ceux de Thonon et de Bonneville (quatre et neuf cantons). La ville et son territoire forment un seul canton; réputée commune, elle a pendant quinze ans sa propre administration. Chef-lieu, plus tard préfecture du département, donc résidence du préfet et siège de ses bureaux, G. est dotée d'un tribunal civil et criminel, d'un tribunal de commerce, d'un hôtel des monnaies, d'un bureau du timbre et de l'enregistrement. La cour d'appel en matière civile et de commerce siège à Lyon. Après l'annexion, G. est d'abord régie par les lois révolutionnaires françaises, puis, comme le reste de l'Empire, soumise au Code civil des Français (1804), au Code de commerce (dès 1808), puis au Code pénal de 1810 (dès 1811), ce qui entraîne quelques modifications dans son organisation judiciaire.

Jusqu'à l'installation du premier préfet, Ange Marie d'Eymar, en 1800, le pouvoir est concentré dans l'administration centrale du département du Léman, dans laquelle les Genevois sont peu représentés. La loi du 17 février 1800 modifie les institutions départementales, qui reposent dès lors sur trois organes, le préfet, nommé par le Premier Consul, puis par l'empereur, le Conseil général et le Conseil de préfecture. Si l'administration départementale, dotée de quatre bureaux: finances, armée, statistique, éducation et travaux publics, occupés en permanence à la rédaction d'innombrables rapports et statistiques réclamés par les ministères parisiens, est mal-aimée et souvent jugée pesante et peu efficace, les trois préfets qui se succèdent durant cette période, Eymar (1800-1802), Claude Ignace Brugière de Barante (1803-1810) et Guillaume Antoine Benoît Capelle (1810-1813), savent se faire parfois les défenseurs du particularisme des Genevois, sans parvenir toutefois à faire oublier à ces derniers la perte de leur souveraineté.

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

4.2 - Le XIXe siècle

4.2.1 - Les premières années du nouveau canton (1814-1846)

Célébrée comme une évidence téléologique lors de son centenaire en 1914, l'incorporation de l'ancienne cité épiscopale dans la Confédération tient pourtant d'une intrication complexe de volontés parfois antagoniques. D'ailleurs, l'impulsion décisive est donnée par les grandes puissances qui, après avoir battu Napoléon, se réunissent à Paris et à Vienne afin de redessiner la carte de l'Europe. Pour empêcher que la France n'étende à nouveau ses limites et ne profite de la route du Simplon pour se relancer dans la conquête de l'Italie, il est impératif de renforcer la Suisse et de lui adjoindre la petite citadelle de G. Sur place, ce projet ne remporte pas immédiatement l'adhésion des deux instances qui se disputent le pouvoir. La première, soit la Commission centrale du Léman, constituée par le général autrichien Ferdinand von Bubna qui avait occupé la ville en décembre 1813 après le départ des troupes impériales, penchait pour un rattachement à la France. La seconde est un Gouvernement provisoire autoproclamé, emmené par les conservateurs Ami Lullin et Joseph Des Arts, qui espéraient le retour à l'indépendance. Pour évincer leurs rivaux et conserver ce qu'ils estiment être l'identité de leur cité, ceux-ci finissent par adopter la solution helvétique que les monarques coalisés prônaient pour G.

<b>Genève (canton)</b><br>Sources: indications de Liliane Mottu-Weber; H. Ammann, K. Schib, éd.,  <I>Atlas historique de la Suisse, </I><SUP>2</SUP> 1958, 67;  <I>Encyclopédie de Genève,</I> 2, 1983, 84  © 2005 DHS et Kohli cartographie, Berne.<BR/>
Le développement du territoire genevois

Afin de transformer la République en canton, il s'avérera nécessaire de la désenclaver et de la "coller" à la Confédération, avec laquelle elle ne partageait jusqu'alors aucune frontière commune. En 1815, le second traité de Paris lui attribue donc Versoix, Collex-Bossy, Pregny, Vernier, Meyrin et le Grand-Saconnex, enlevés à la France; puis en 1816, elle obtient encore par le traité de Turin, la ville de Carouge et une quarantaine de hameaux ou bourgades, bordant le littoral sarde du lac. Par l'adjonction de ces communes réunies, le nouveau canton gagne environ 16 000 âmes, en majeure partie catholiques et rurales. Ainsi formé, il est indéfendable et dépourvu de tout arrière-pays. Il est donc entouré d'une zone franche douanière, et voit la Savoie du Nord englobée dans la neutralité helvétique (Zones franches). Cette solution boiteuse est le fruit de pénibles négociations diplomatiques comme d'un compromis intérieur. Ce tracé étrange correspond à l'accroissement minimal exigé par quelques ultraprotestants influents qui redoutent d'être envahis par les catholiques. Leur attitude trahit l'ambiguïté sur laquelle repose l'intégration de G. au Corps helvétique: pour conserver ses spécificités, la cité doit être suisse, mais pour devenir suisse, la cité doit renoncer à son exclusivisme réformé et donc changer. Et cette contradiction marque toute la Restauration.

Le premier souci confédéral du Gouvernement provisoire, devenu légitime à la faveur d'une pétition réunissant plus de 6000 signatures, est de rédiger une Constitution qui convienne à la Diète fédérale et permette d'éviter les troubles du XVIIIe s. Pour contenter la Diète, elle calque les institutions du dernier canton sur celles de ses co-Etats: l'exécutif sera assuré par un Conseil d'Etat, inclus dans le législatif assuré par un vaste Conseil représentatif. Enfin, l'alignement sur les systèmes suisses justifie des mesures supposées favoriser le maintien de l'ordre, comme la suppression du Conseil général. Ainsi, les Genevois, désormais tous citoyens, n'ont plus d'autre droit politique que d'élire certains de leurs représentants. Or, même cette opération est limitée par trois mécanismes jusqu'alors inusités dans la cité: le tirage au sort à plusieurs niveaux et la désignation d'un "Corps rétenteur" (formé de quelque 170 personnes, pasteurs, régents au collège, juges, etc., qui désignait 300 électeurs sur 600 présentés), destiné à contrebalancer les effets indésirables de cette autre nouveauté qu'était le cens.

Lors de l'acceptation presque unanime de la Constitution, en août 1814, ce dernier a été placé à la hauteur rédhibitoire de 69,7 florins (20 livres de Suisse). Mais, dès 1819, le cens passe à 25 florins; il est réduit à 15 en 1832 et à 7 en 1835, avant d'être supprimé en 1842. Cet élargissement important de la base électorale signale les efforts de démocratisation consentis nolens volens sous la Restauration. Ils sont dus à l'influence et à l'intelligence d'une frange libéralisante, active au sein du législatif. Profitant de l'immobilisme inhérent aux vastes assemblées, quelques penseurs de talent tels qu'Etienne Dumont, Pierre-François Bellot ou Pellegrino Rossi prennent immédiatement assez d'ascendant pour contrecarrer les premiers conseillers d'Etat réactionnaires du XIXe s. Ceux-ci se retirent du gouvernement aux environs de 1825, laissant leur place à des hommes beaucoup plus jeunes qui, à l'instar du syndic Jean-Jacques Rigaud, sont favorables aux mentors du Conseil représentatif et instaurent une politique dite de progrès graduel. D'abord timides, les réformes s'accélèrent durant la première moitié des années 1830, entraînant une modernisation de l'administration, du culte, de l'instruction publique et de la justice.

Cet élan novateur n'obéit pas seulement à une logique générationnelle ou à de profondes convictions libérales, mais résulte aussi de l'idée que les dirigeants se faisaient du rôle que leur patrie jouait en Suisse. Le dernier canton devait se montrer digne de son appartenance helvétique en montrant l'exemple du progrès. Jusqu'en 1830, la chose est aisée car G., qui a gardé une partie des lois datant de la période française, jouit d'une législation moins conservatrice que les autres cantons. Ainsi sa Constitution est la seule qui garantisse la liberté de la presse. Après la Régénération, il devient difficile de se targuer de la même excellence. C'est dans ce contexte qu'intervient la grande vague réformatrice de Jean-Jacques Rigaud, suscitée par la hantise de déroger à la réputation politique de la cité, et présentée comme le modèle parfait d'une évolution sans révolution. En un siècle encore traumatisé par les souvenirs de 1789, la fierté des autorités genevoises est compréhensible; elle sera de courte durée.

Bientôt, la disparition des grands penseurs libéraux et l'arrivée massive de conservateurs dans les principaux rouages gouvernementaux freinent cet élan novateur, éveillant le mécontentement d'une faction radicalisante qui peine toujours plus à faire entendre son avis. Au tournant des années 1840, regroupée dans une association dite du Trois Mars, elle décide de débloquer la situation en fustigeant le retard institutionnel pris par la République et son incapacité à montrer l'exemple de la démocratisation à ses co-Etats, puis en appelant la population à prendre les armes sur ce programme. Les Genevois, persuadés de leur mission helvétique progressiste, se soulèvent. Une révolution plutôt pacifique, puisqu'il n'y a pas eu de violences à proprement parler, éclate le 22 novembre 1841. Son résultat est mitigé. De iure, elle donne entière satisfaction à ses meneurs radicaux et radicalisants, en stimulant, notamment, l'introduction du suffrage universel (masculin). De facto, elle suscite un vaste réflexe de mauvaise conscience. Plusieurs leaders opèrent un net revirement à droite, tandis que les administrés profitent de leurs nouveaux droits pour élire des conservateurs qui s'ingénient à neutraliser les effets du soulèvement. Interpellé sur les événements politico-religieux qui ébranlent la Confédération au milieu des années 1840, le gouvernement, frileux, prend position contre les expéditions de Corps francs et ne se résout pas à condamner la formation du Sonderbund. Début octobre 1846, le chef radical James Fazy, reprenant une argumentation rodée cinq années auparavant, invite la foule à s'emparer du pouvoir pour que le canton puisse s'opposer au Sonderbund et réintégrer son rôle d'exemple politique. Le 7 octobre 1846, la défection des catholiques, la désertion de la milice et l'opiniâtreté des combattants, souvent immigrés venus d'autres cantons, font chuter définitivement le régime de la Restauration.

Auteur(e): Irène Herrmann

4.2.2 - Le régime radical (1847-1914)

En accord avec ses promesses, Fazy prône donc la dissolution du Sonderbund et s'attelle à l'élaboration d'une nouvelle constitution. Acceptée le 24 mai 1847, celle-ci est censée assurer une certaine permanence à la domination radicale en favorisant, directement ou indirectement, ceux qui ont soutenu la révolution. Elle rétablit le Conseil général, dans les termes sinon dans la forme, octroie le droit de vote aux Suisses des autres cantons, souvent plus politisés que les Genevois, ratifie la liberté religieuse, abolissant ainsi les derniers privilèges dont pouvait encore s'enorgueillir le culte réformé. Elle dissout enfin la Société économique, institution qui incarnait et perpétuait la différence entre anciens et nouveaux Genevois. Dans cet élan démocratique, Fazy appelle la population à élire le Conseil d'Etat tous les deux ans. Cette dernière mesure assure au canton près d'un demi-siècle d'intense activité politique, pleine d'inventivité et d'instabilité. La fréquence du scrutin occasionne de nombreux changements au sein du gouvernement. En 1853, elle permet à quelques radicaux mécontents d'écarter momentanément James Fazy au profit d'un gouvernement dit réparateur.

A ces dissidents s'ajoutent bientôt d'autres insatisfaits, réactionnaires, modérés ou catholiques qui s'unissent et se renforcent mutuellement au sein du parti indépendant. Entre 1865 et 1870, le meneur de cette formation, l'ancien révolutionnaire Philippe Camperio, domine le Conseil d'Etat où il tente de mener une politique médiane, conservatrice mais non passéiste. Sa position finit par déplaire tant à droite qu'à gauche. Sous l'influence d'Antoine Carteret, les radicaux reprennent le pouvoir en 1870 et entament le long épisode du Kulturkampf. Paradoxalement, ce vaste mouvement antiultramontain peut être vu comme le résultat d'une interprétation abusive des principes de 1846: la mainmise absolue de l'Etat sur toute structure susceptible de lui échapper et l'exaltation de l'identité genevoise. En moins de dix ans, cet outrancier "combat pour la civilisation" modifie le paysage politique cantonal. L'ancien patriciat s'allie aux catholiques et aux campagnes dans un parti démocrate qui défie les radicaux. En se proclamant défenseur des droits individuels, il pousse à transformer le système représentatif en démocratie semi-directe.

Bon gré, mal gré, l'instabilité générée par la Constitution de 1846 débouche donc sur la multiplication des collèges électoraux, sur l'introduction du référendum facultatif (1879), de l'initiative en matière législative (1891), de l'élection des conseillers aux Etats par le peuple en 1892 et, la même année, de cette grande nouveauté qu'est la représentation proportionnelle. Celle-ci permet l'apparition d'autres forces sur l'échiquier politique, tels le parti indépendant (catholique, l'un des ancêtres du parti démocrate-chrétien), encore peu influent, et le parti ouvrier socialiste. Depuis qu'un congrès de l'Association internationale des travailleurs s'était tenu à G., en 1866, ceux-ci forment un groupe non négligeable. D'ailleurs, c'est parce qu'ils savent opportunément intégrer les socialistes dans leur programme et s'allier avec leurs candidats que les radicaux semblent l'emporter sur leurs rivaux démocrates, dans le jeu d'alternances gouvernementales qui marque le tournant du siècle. Les avantages de cette démocratisation ne sont pas seulement théoriques et idéologiques, mais également pratiques. Celle-ci contribue à la pacification des esprits en facilitant l'expression minoritaire et en dépassionnant l'exercice du droit de vote. Jusqu'alors, le scrutin exclusivement majoritaire d'un électorat réuni en Conseil général avait favorisé les violences. De sanglants désordres qui avaient fait des morts, des blessés et justifié une intervention fédérale avaient par exemple éclaté le 22 août 1864.

Le jour même de cette échauffourée, une conférence diplomatique où la Suisse est représentée par Gustave Moynier, Guillaume-Henri Dufour et Samuel Lehmann, signe la convention de G. (Croix-Rouge). Ce document, qui fonde ce qui allait devenir le CICR, signale l'essor du rôle international de la cité. Inspirée par l'esprit de renaissance réformée que véhicule le Réveil et influencée par une tradition d'accueil dont tous les partis se disputent l'héritage, l'importance mondiale de la République ne s'affirme pas seulement dans le domaine de la bienfaisance. Dès la fin des années 1860, elle prend des connotations politiques. D'une part, la ville devient le centre de la régulation des conflits, abritant en 1867 la tenue d'un congrès de la Paix et, en 1871-1872, le tribunal arbitral de l'Alabama (arbitrage de l' Alabama).D'autre part, le rayonnement supranational de G. est tôt conçu comme l'apport principal du dernier canton à sa nouvelle patrie helvétique. Une manière, en quelque sorte, de continuer à se croire indépendant sans pourtant en ressentir tous les inconvénients.

Auteur(e): Irène Herrmann

4.2.3 - Genève et la Confédération

Lorsque, le 12 septembre 1814, les députés helvétiques réunis à Zurich votent l'entrée de G. dans la Confédération suisse, cette décision implique de contribuer à l'effort militaire en fournissant argent et hommes, et de collaborer à la politique commune. Jusqu'en 1848, G. envoie à la Diète fédérale une trentaine de délégués, dont quelques hommes de grande envergure. Pellegrino Rossi est ainsi chargé de rédiger une nouvelle Constitution fédérale. En 1832, son projet est rejeté par les députations les plus conservatrices, mais certaines de ses innovations institutionnelles, tel que le Conseil fédéral, ne seront pas oubliées. Parallèlement, Jean-Jacques Rigaud se préoccupe de la pacification de Schwytz et de Bâle. En 1838, avec l'appui de son homologue vaudois Charles Monnard, il exhorte la Suisse à résister à l'ultimatum de la France qui exige l'expulsion du remuant futur empereur Napoléon III, réfugié dans sa patrie d'adoption thurgovienne.

Après la révolution de 1846, les députés radicaux genevois à la Diète votent pour la dissolution du Sonderbund, contribuant ainsi à l'exécution de cette résolution qui débouche sur un conflit rapide et peu sanglant, orchestré par leur compatriote, Guillaume-Henri Dufour. Cette guerre civile constitue un prélude nécessaire à la création de l'Etat fédéral contemporain auquel James Fazy assure avoir inspiré le bicaméralisme. Cette assertion signale l'implication de G. dans la politique suisse, à laquelle le canton donne plusieurs hommes d'Etat. Les radicaux Jean-Jacques Challet-Venel (1864-1872), puis Adrien Lachenal (1893-1899) sont élus conseillers fédéraux, ce dernier étant président de la Confédération en 1896. Mais cette participation enthousiaste provoque également des frictions, liées à une conception divergente du radicalisme. Durant les années 1850 déjà, le gouvernement genevois se distingue en refusant d'expulser des réfugiés politiques que Berne s'est engagée à expatrier dans leurs pays respectifs.

En 1860, quand le Conseil fédéral hésite à défendre la neutralité de la Savoie du Nord face aux convoitises de Napoléon III, quelques activistes genevois organisent une expédition de conquête (affaire de Savoie). Leur entreprise, qui échoue, irrite les autorités fédérales et achève de discréditer l'option suisse: les Savoyards plébiscitent leur réunion à la France. En 1872, Challet-Venel s'oppose au projet de nouvelle constitution suisse rédigée par ses collègues radicaux pour centraliser l'appareil étatique, ce qui lui vaudra de n'être pas réélu. Si l'affront vise un Genevois, la mésentente qu'il trahit est commune à l'ensemble de la Suisse francophone dont G. adopte désormais les accès d'irritation. Ainsi, à la veille de la Première Guerre mondiale et à l'instar des autres cantons romands, le canton s'insurge lors de l'affaire du Gothard (1909). Malgré cet unisson, les mouvements d'humeur genevois obéissent à des motivations spécifiques: estimant avoir rendu d'inestimables services à la Confédération, le dernier canton se sent mal récompensé et tend à s'indigner, voire à se replier sur lui-même.

Auteur(e): Irène Herrmann

4.2.4 - Le système politique

Le système politique genevois, inscrit dans les différentes constitutions de la République et façonné de manière à entrer dans le moule helvétique, porte néanmoins le signe d'une histoire propre. La marque d'un passé lointain explique l'assimilation initiale de la ville au canton, de 1814 à 1842. Celui-ci est géré par un Conseil d'Etat, composé de vingt-huit membres nommés à vie et présents dans toutes les commissions se répartissant l'ensemble des affaires publiques. Au début des années 1830, une série de réformes supprime leur inamovibilité, sans toucher à leurs prérogatives législatives puisqu'ils continuent de siéger parmi les 250 députés du Conseil représentatif. Malgré la marge d'autonomie que lui assure le règlement imaginé par Etienne Dumont sur le modèle parlementaire anglais, ce corps se sent toujours plus bridé et tente, dès 1841, son émancipation par deux biais différents. D'une part, la révolution du 22 novembre amorce une démocratisation institutionnelle qui amènera, en 1847, à l'introduction de normes administratives encore actuelles: on ébauche en 1842 une séparation des pouvoirs qui sera achevée cinq ans plus tard, de même qu'on diminue les effectifs du gouvernement. Entre 1842 et 1847, le Conseil représentatif, rebaptisé Grand Conseil, passe à 170 puis à 100 membres, tandis que, durant le même laps de temps, le nombre de conseillers d'Etat est réduit à sept. D'autre part, ce coup de force permet la création d'une municipalité élective pour la ville de G. Cette solution est déterminée par un passé plus récent. Sous la domination française, l'agglomération avait été dotée d'une mairie, à l'instar des communes avoisinantes. Contrairement au chef-lieu, ces dernières conservent cet acquis impérial sous la Restauration. Chacune d'entre elles a son maire, assisté d'adjoints nommés par le Conseil d'Etat. Le 17 janvier 1834, une loi instaure l'élection des conseils municipaux qui canalisent ou répercutent aux instances cantonales les manifestations d'une vie locale émaillée de rivalités. Dans les territoires réunis, ces oppositions débouchent sur le remaniement des frontières communales, fixées souvent arbitrairement à la Restauration. Durant tout le XIXe s., on assiste donc à la partition d'une petite dizaine de municipalités (par exemple Compesières en 1851), en dépit d'une similitude certaine des conditions d'existence.

Auteur(e): Irène Herrmann

4.3 - L'histoire de Genève au XXe s.

4.3.1 - Avant et pendant la Première Guerre mondiale

La première décennie du XXe s. se caractérise par une conjoncture assez favorable et un développement économique, ainsi que par une montée du mouvement ouvrier. Le gouvernement radical, plus ou moins soutenu par les socialistes, est contesté par les conservateurs, mais aussi, dans une moindre mesure, par des syndicalistes révolutionnaires. On note la présence d'une forte population étrangère constituée de travailleurs venus des régions frontalières et d'une importante immigration politique qui s'engage peu dans les affaires du canton mais n'en exerce pas moins une certaine influence.

Au moment où éclate la Première Guerre mondiale, G. vient de célébrer le centenaire de son entrée dans la Confédération. Dès le déclenchement des hostilités, un sentiment francophile, qui s'exprime particulièrement dans la presse, émerge au bout du lac comme ailleurs en Suisse romande. Quelques intellectuels liés à la Nouvelle Société helvétique expriment à ce propos leurs craintes quant à l'unité de la Confédération, que l'élection du Genevois Gustave Ador au Conseil fédéral en 1917, en remplacement d'Arthur Hoffmann, ne suffit pas à apaiser.

La période de la guerre est marquée par des difficultés économiques consécutives au départ de nombreux travailleurs étrangers et à la fermeture des marchés extérieurs. Une partie des industries genevoises, notamment dans les secteurs des machines et de la chimie, parviennent néanmoins à se tirer d'affaire, et parfois à s'enrichir, en se convertissant à la fabrication de munitions. Du point de vue du monde ouvrier, les restrictions s'ajoutent à une baisse des salaires réels, à tel point qu'une commission des approvisionnements, fort peu efficace, est mise en place pour assurer le ravitaillement de la population. L'épidémie de grippe de l'été puis d'octobre-novembre 1918 aggrave encore la situation (plus de 1100 morts dans le canton de G.). En novembre 1918, la participation de plusieurs milliers de travailleurs genevois à la grève générale est presque une surprise. La guerre a en effet divisé la gauche socialiste; le francophile Jean Sigg, conseiller national, qui a approuvé le principe de défense nationale, est exclu du parti en 1917. Cependant, l'augmentation du coût de la vie, les effets, mal gérés par les pouvoirs publics, d'une longue situation de guerre, tout comme les espoirs suscités par les événements de Russie, favorisent une relative mobilisation sociale. Pourtant, si des luttes contre le renchérissement ont bien eu lieu, les ouvriers genevois ne se mobilisent guère,pour soutenir, juste avant la grève de novembre 1918, les employés de banque zurichois.

De leur côté, au moment de la grève, les bourgeois mettent immédiatement sur pied des gardes civiques pour casser le mouvement et pour affirmer leur détermination à combattre le bolchevisme. Au lendemain de l'armistice (11 novembre 1918) et, hasard révélateur, du triomphe des conservateurs lors de l'élection du gouvernement cantonal, les violences (bagarres, arrestations ou passages à tabac de dirigeants ouvriers) sont contenues et brèves, mais elles feront l'objet, comme en Suisse et pour longtemps, d'un virulent enjeu de mémoire. Un mouvement ouvrier radicalisé et formé d'une nouvelle génération de militants s'est affirmé. Mais la grève provoquera surtout un solide sursaut conservateur dans la société genevoise.

Auteur(e): Charles Heimberg

4.3.2 - L'entre-deux guerres

Après la guerre, G. parvient à renforcer son image de lieu d'arbitrages en devenant en 1920 le siège de la Société des Nations. La présence sur le territoire genevois d'organisations internationales reste toutefois limitée et ceux-là mêmes qui affirment "l'esprit de Genève" admettent en même temps que cette ouverture sur le monde n'empêche pas l'existence d'un certain esprit de fermeture qui contrarie l'intégration de cette présence cosmopolite.

Tous les étrangers retournés dans leur pays au moment de la guerre ne reviennent pas à G. Ils sont assez largement remplacés par un afflux de Confédérés, dont de nombreux ouvriers qui peuvent exercer leur droit de vote. Après une courte crise économique et financière, les années 1920 se caractérisent par une relative croissance. Dans ce cadre, deux socialistes sont élus en 1924 au Conseil d'Etat, puis un seul en 1927. Cependant, cette période est surtout marquée par l'émergence de l'Union de défense économique ou UDE (1923), vive réaction des classes moyennes et des milieux patronaux contre l'étatisme, le socialisme et la modernité, qui constitue en quelque sorte un prolongement du sursaut conservateur et antibolchevique de 1918.

L'entre-deux-guerres est marqué par une très forte polarisation de la vie politique. L'affaire des zones franches, au cours de laquelle la France supprime unilatéralement la grande zone et rend nécessaire une longue bataille juridique pour faire rétablir les petites zones, empêche l'insertion originale de G. dans une entité économique régionale. Elle replace les Genevois devant les réalités de leurs étroites frontières qui contrastent avec leur vocation internationale.

Face à la crise des années 1930 qui voit exploser le chômage et la misère, et pour combattre la politique de baisse des salaires adoptée par les autorités, les luttes ouvrières sont virulentes et l'alliance entre radicaux et socialistes vole en éclats. Le socialisme genevois se fait plus intransigeant, au moins dans ses discours, sous l'influence du tribun et député Léon Nicole. Le monde syndical lui-même est animé par de bouillants militants comme Lucien Tronchet, adepte d'un syndicalisme d'action directe dans le secteur du bâtiment. Pour sa part, Charles Rosselet, le président de l'Union syndicale, s'il adopte une attitude moins virulente, ne défend pas moins la nécessité d'une autre politique économique face à la crise. En outre, un syndicalisme chrétien prône le dépassement de la lutte des classes et la collaboration sociale, c'est-à-dire une organisation commune aux ouvriers et aux patrons; c'est le corporatisme. Cette vision de la question sociale qui veut nier la lutte des classes est partagée en partie par des milieux d'extrême-droite, dans une version plus autoritaire.

En 1932, l'Union nationale, parti philofasciste inspiré par Mussolini et animé par Georges Oltramare, fait une apparition spectaculaire dans le paysage politique genevois et siège au Grand Conseil, succédant à l'Union de défense économique en plein déclin. Les membres de ce mouvement antidémocratique paradent dans les rues en imitant les démonstrations fascistes. Leur journal, Le Pilori, est profondément antisémite et leurs propos d'une rare violence. La droite traditionnelle et les milieux patronaux s'en accommodent largement, sans doute au nom d'un combat commun contre le socialisme et sa patrie, l'Union soviétique.

Pour leur part, les forces bourgeoises sont mêlées à des scandales bancaires, notamment autour des frais engagés par la collectivité pour le sauvetage de la Banque de Genève (1931), alors même que la situation financière de l'Etat est désastreuse. Elles combattent avec succès une initiative socialiste qui voulait faire payer davantage les plus gros contribuables. Suite à la fusillade du 9 novembre 1932, qui fait treize morts et soixante-cinq blessés après que des recrues ont été mobilisées contre un rassemblement antifasciste (fusillade de Genève), un gouvernement à majorité socialiste est élu en 1933 sans détenir de majorité au Grand Conseil. Les moyens financiers lui sont coupés et l'expérience tourne court en 1936. Mais le souvenir de cette période troublée persiste pendant longtemps.

Dès 1936, l'Entente nationale (radicaux, démocrates, soit les futurs libéraux, et chrétiens-sociaux, soit les futurs démocrates-chrétiens) exerce solidement le pouvoir. Elle tente d'introduire une loi contraignant patrons et salariés à se référer à des conventions collectives impératives, loi que la gauche parvient à faire invalider au nom de la liberté du commerce. Elle fait aussi rapidement interdire le parti communiste, dont les membres affluent dans le parti socialiste. Ce dernier, après la signature de l'accord de paix du travail dans le secteur de la métallurgie en juillet 1937 et sa ratification au niveau genevois en 1938, ne parvient guère à proposer une alternative crédible. Les partisans de Léon Nicole sont même exclus du parti socialiste suisse en 1939 pour n'avoir pas condamné le pacte germano-soviétique. Ils fondent la Fédération socialiste, suivis par une large majorité de leurs électeurs, puis resurgissent à la fin de la guerre, dans le cadre du parti du travail, après avoir subi des mesures d'interdiction, au même titre que les communistes.

Auteur(e): Charles Heimberg

4.3.3 - Pendant et après la Deuxième Guerre mondiale

L'Union nationale entretient des liens avec les partis de l'Entente bourgeoise et faillit même fusionner avec les libéraux au nom d'une aversion commune pour le bolchevisme. En 1942, alors que l'Union nationale n'est plus représentée au parlement cantonal, la vie politique genevoise est aussi marquée par une percée éphémère de l'Alliance des Indépendants, signe que les partis bourgeois traditionnels ne sont pas parvenus à convaincre et rassembler tout leur électorat potentiel. L'esprit dominant de l'époque vise pourtant, comme en Suisse, et dans la perspective de la défense nationale spirituelle, l'unité du pays, la concorde politique, les sentiments patriotiques et la morale chrétienne. C'est-à-dire un repli vers ce réduit alpin qui devait symboliser une volonté collective de résistance mais n'en contenait pas moins une dimension autoritaire.

Le contexte de la guerre et la proximité des troupes de l'Axe favorisent une grande prudence dans le canton. A l'image d'un René Payot, nombreux sont ceux qui soutiennent d'abord l'idée d'une rénovation nationale inspirée par le régime de Vichy avant d'opter pour un soutien à la Résistance et aux Alliés. G. constitue une zone frontalière de première importance pour tous ceux qui cherchent à sauver leur vie en Suisse. Des passages clandestins de réfugiés s'organisent dans la région, y compris en relation avec la Résistance, mais les autorités locales et quelques fonctionnaires se distinguent par leur intransigeance et refoulent des juifs (leur nombre reste incertain), qui peuvent ainsi tomber aux mains des Allemands, ce qui amènera en 2000 le Conseil d'Etat à exprimer ses regrets.

La capitulation allemande est saluée à G. avec une grande joie. Au lendemain de la guerre, la reprise économique va être très rapide. De nouvelles mobilisations ouvrières, notamment une grève du bâtiment pour le paiement des jours fériés, éclatent pour que chacun puisse profiter des progrès sociaux qui s'annoncent. Sur le plan politique, le parti du travail devient la première force du parlement cantonal avec trente-six députés. Les milieux populaires n'ont visiblement pas apprécié l'interdiction du mouvement communiste et de la Fédération socialiste, et la large participation du peuple soviétique à la libération de l'Europe a octroyé au parti un prestige certain qui fait oublier le pacte germano-soviétique de 1939. Le parti socialiste reconstitué par ceux qui n'ont pas voulu suivre Léon Nicole n'obtient que neuf sièges au lendemain de la guerre et devra attendre 1961 pour compter davantage de députés que le parti du travail. Quant à ce dernier, malgré une crise dans les années 1950, avec le départ de Nicole, et un certain déclin dans les années 1980, il se maintient durablement dans le paysage politique genevois du XXe s.

Auteur(e): Charles Heimberg

4.3.4 - Les années de prospérité (1945-1975)

Après 1945, les partis bourgeois disposent d'une large majorité, tant au Grand Conseil qu'au Conseil d'Etat, même si un, puis deux socialistes participent régulièrement au gouvernement. Bien qu'elle ne soit pas désignée comme siège général de l'ONU, G. accueille son siège européen et voit ainsi se développer sur son territoire la présence d'un grand nombre d'organisations internationales. La conjoncture favorable et les mutations qu'elle engendre modifient les données du débat politique au sein même des formations bourgeoises. Il leur faut en effet gérer la prospérité en organisant les infrastructures nécessaires à l'accueil de nouvelles activités industrielles ou de services.

Les années 1950 et 1960 sont le théâtre d'une vaste relance économique, qui amène un nouvel afflux d'immigrés, et d'une certaine ouverture sociale. La croissance démographique provoque une modification profonde du tissu urbain et du territoire cantonal avec un important essor du bâtiment et l'érection de cités-satellites comme Meyrin, Onex ou Le Lignon (comm. Vernier). Des zones industrielles se développent en différents endroits de la périphérie genevoise: tout d'abord La Praille et Les Acacias (les deux comm. G.), puis Meyrin, Satigny, Vernier et Plan-les-Ouates. Des magistrats bourgeois se distinguent par leur esprit novateur dans différents domaines, les logements à loyer modéré (HLM) par exemple, où il faut répondre aux besoins nouveaux de l'économie et de la société. Ils défendent par là les intérêts de classes moyennes en pleine expansion.

En 1961, alors que les femmes viennent de longue lutte d'obtenir les droits politiques sur le plan cantonal (1960), les élections marquent un fort recul radical. Mais G. connaît un tout autre bouleversement politique en 1965 avec l'arrivée au Grand Conseil d'une extrême-droite xénophobe et traditionaliste, le mouvement Vigilance (qui obtient encore neuf sièges en 1989, mais disparaît en 1993). Mai 1968 et ses suites voient l'apparition, au sein de la jeunesse, de pratiques politiques alternatives, notamment dans les domaines culturel et associatif, sur des thèmes comme le féminisme, l'antimilitarisme ou l'écologie. Divers petits groupes politiques font leur apparition à la gauche du parti du travail. Cette évolution s'inscrit également dans un contexte de libéralisation des mœurs et de modernisation des esprits. Cependant, les principales forces politiques genevoises ne connaissent guère de modifications importantes au parlement cantonal jusqu'à l'apparition d'un parti écologiste en 1985 (8 députés sur 100). Après l'introduction du suffrage féminin sur le plan fédéral en 1971, le canton élit la première conseillère aux Etats de la Suisse (Lise Girardin).

Elections à l'Assemblée fédérale, 1919-2015 (quelques exemples)
 19191939195919671971197919831991199519992003200720112015
Conseil des Etats
PRD11111 11111   
PL11111111      
PS     1  111111
Verts           111
Conseil national
PRD33322221221123
PDC11112112121111
PL211222332222  
PS21122323423333
PdT / Alliance de gauche 222321121    
Solidarités / Alliance de gauche         11   
PEG / Verts      11 11221
Vigilance     11       
UDC          2222
MCG            11
Autres   1a          
Total8881011111111111111111111

a Alliance des Indépendants

Sources:Stat. hist.; OFS

Composition du Conseil d'Etat, 1981-2013 (quelques exemples)
 198119851989199319972001200520092013
PRD21122 112
PDC122212112
PL22231212 
PS222 22211
Verts    11221
MCG        1
Total777777777

Sources:OFS

Elections au Grand Conseil, 1919-2013 (quelques exemples)
 1919192419331939195419651977198519932001200520092013
PRD22231934322217151512121124
PDCa12101314171715131412121111
PLb321414171615201927232320 
PS2729457122024181519171515
PdTc / Alliance de gauche   2816161682113  1
PEGd / Verts       8811161710
UDE 24           
Union nationale  9          
Vigilance     10819     
UDC         1011911
MCG          91720
Autres7e   7f       8
Total100100100100100100100100100100100100100

a 1892-1926: Parti indépendant; 1926-1971: Parti indépendant chrétien-social

b 1873-1957: Parti démocratique

c 1939-1945: Fédération socialiste

d Parti écologiste genevois

e Jeunes radicaux

f Parti progressiste

Sources:Stat. hist.; OFS; Chancellerie d'Etat de Genève

Auteur(e): Charles Heimberg

4.3.5 - La prospérité remise en question (1975-début du XXIe siècle)

Alors que la génération des Trente Glorieuses a construit sans retenue et cru à la perspective d'un canton comptant 800 000 habitants, celle des dernières décennies du siècle est appelée à reconsidérer cet enthousiasme et à repenser les équilibres de la société. En outre, si G. parvint à limiter les effets de la crise économique des années 1970, les effets de la récession du début de la dernière décennie du siècle s'y révèlent beaucoup plus graves que dans le reste du pays. Un taux de chômage record comparé à la moyenne suisse (4,7% en 1992, 7,6% en 1994, 5,1% en 1999, 7,3% en 2004) et une importante crise financière de l'Etat aboutissent à une nouvelle polarisation de la vie politique. En 1993, les partis bourgeois revendiquent et ravissent, pour la première fois depuis l'après-guerre, la totalité des sièges du Conseil d'Etat. L'expérience est un échec et aboutit quatre ans plus tard à l'élection d'un gouvernement ne comprenant plus que quatre magistrats bourgeois (dont la libérale Martine Brunschwig Graf, première conseillère d'Etat), alors que la gauche et les Verts obtiennent pour la première fois, entre 1997 et 2001, une courte et éphémère majorité au Grand Conseil de 51 députés sur 100. De plus, l'Alliance de gauche - un regroupement du parti du travail, du mouvement "solidaritéS" et d'indépendants - s'affirme alors comme une forte composante de la gauche genevoise (en 2005, elle devait toutefois perdre ses sièges au Grand Conseil). Les Verts entrent à l'exécutif en 1997 et le Mouvement citoyens genevois (MCG) en 2013. Le canton forme une seule circonscription électorale, la proportionnelle étant tempérée par un quorum fixé à 7%.

De leur côté, les forces bourgeoises rapprochent leurs points de vue sous la domination du parti libéral. Mais la vie politique genevoise est aussi marquée par une pression constante de regroupements d'extrême-droite, parfois soutenus par les milieux économiques, pour abaisser la fiscalité et réduire le rôle de l'Etat. Jusqu'alors absente de G. vu son caractère agrarien traditionnel, l'Union démocratique du centre obtient dix sièges au Grand Conseil en 2001. Mouvement de droite populiste, le MCG (fondé en 2005) devient la deuxième force politique au Grand Conseil en 2013. En 1919, la députation au Conseil national comptait deux socialistes sur huit députés; en 2003, elle était composée de trois socialistes, deux libéraux, deux UDC (une première), un radical, un PDC, un Vert et un Alliance de gauche (jusqu'en 2007). Après une longue interruption sans conseiller fédéral, les Genevoises Ruth Dreifuss (1993-2002, présidente en 1999) et Micheline Calmy-Rey (2002-2011, présidente en 2011) ont été élues au Conseil fédéral.

Si la vie politique genevoise est marquée au début du XXIe s. par un certain désenchantement, elle a aussi donné lieu à de nouvelles interrogations sur les relations de G. avec la Confédération et sur son insertion dans un espace régional. Le vote de novembre 1989 sur l'abolition de l'armée (le canton a voté oui à une courte majorité), qui exprimait une nouvelle fois certaines réticences à l'égard de cette institution, n'a pas été confirmé ultérieurement. Celui très favorable (78% de oui) de décembre 1992 sur l'Espace économique européen, qui a contrasté avec le refus national (49% de oui), est sans doute plus significatif. Il a créé une situation qui renouvelle en quelque sorte la dualité bien genevoise entre une volonté d'ouverture sur le monde et la réalité d'une insertion dans un espace national refermé sur lui-même. Mais il a été nuancé en mars 2001 par le refus à 58% d'une initiative demandant l'entrée de la Suisse dans l'Union européenne.

Auteur(e): Charles Heimberg

4.3.6 - Organisation générale et finances publiques

A partir de 1925, l'Etat de G. et son administration sont organisés en huit départements (Finances, Instruction publique, Justice et Police, Aménagement, Intérieur, Economie, Affaires sociales et Santé, Affaires militaires) pour lesquels les dénominations officielles et la répartition des responsabilités respectives ont passablement varié. Le Département des finances gère l'office du personnel de l'Etat créé en 1935.

Comparé aux autres cantons, G. connaît depuis toujours un niveau élevé de dépenses publiques, sans doute parce que ses besoins d'agglomération excentrée et cosmopolite sont particulièrement importants et parce que cela correspond aussi aux attentes de la population. L'administration de ce canton-ville est relativement centralisée, les districts (Rive droite, Rive gauche et Ville de G.) ayant été supprimés en 1920. Les dépenses de l'Etat en matière de personnel connaissent une très forte croissance à partir de la fin des années 1950, surtout dans les secteurs de la santé et de l'éducation.

La question du statut et du salaire des fonctionnaires est régulièrement au centre des débats politiques genevois, tout comme celle de la fiscalité à laquelle elle est étroitement associée. A deux reprises durant l'entre-deux-guerres, les crises financières aboutissent à des baisses de salaires pour les fonctionnaires. Dans le dernier quart du siècle, plusieurs grèves de la fonction publique pour l'amélioration des conditions de travail et de la qualité des services rendus à la population marquent l'actualité et provoquent un vaste débat sur le rôle de l'Etat et son image. La forte augmentation des déficits budgétaires et de l'endettement de la collectivité lors de la crise du début des années 1990 suscite également de fortes controverses et aboutit à des baisses d'impôts devant relancer l'économie, décidées par un vote populaire en 1999 à la suite d'une initiative du parti libéral. Quelques années plus tard, les déficits sont à nouveau importants et la polémique est relancée.

Auteur(e): Charles Heimberg

5 - Economie, société et culture aux XIXe et XXe siècles

5.1 - Le régime français (1798-1814)

5.1.1 - Population et habitat

Par son intégration au département du Léman, la ville de G. se trouve pour la première fois dotée d'un vaste arrière-pays, dont plus aucune frontière ne la sépare. Son territoire représente moins de 2% de la superficie du département et, avec 24 000 à 25 000 habitants, l'agglomération genevoise n'abrite qu'un peu plus du dixième de la population de ce dernier. Si cette nouvelle situation est favorable à la diffusion des idées des agronomes locaux et à leurs expérimentations en matière d'agriculture et de naturalisation des moutons mérinos, elle est de trop courte durée pour permettre à de véritables relations de s'établir entre les Genevois et les habitants, catholiques et majoritairement ruraux, du reste du département.

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

5.1.2 - Economie

Comme durant les deux décennies précédentes, l'économie genevoise sous le régime français est fortement perturbée par les mesures prises par le Directoire, puis par Napoléon, pour limiter ses importations de matières premières et soumettre ses exportations à de multiples entraves. Visant à nuire à l'Angleterre, à favoriser les manufactures françaises et à opérer une ponction fiscale sur les échanges, droits d'entrée et prohibitions font peu de cas des clauses du traité de réunion de 1798 qui assuraient aux Genevois l'exemption des taxes et la libre circulation de leurs produits en France. Car il s'agit bien de leur faire perdre les avantages de leur commerce de commission et d'entrepôt: dans les faits, G. continue donc d'être perçue comme une concurrente des villes françaises.

Cette période est aussi caractérisée par une polarisation des activités dans l'horlogerie et la bijouterie, soit la Fabrique, et dans le travail du coton (toiles blanches et indiennes). Malgré plusieurs inventions horlogères spectaculaires, dont la Société des Arts et les expositions de Paris se font l'écho, et le développement de quelques ateliers de bijouterie et d'ébauches dynamiques, la Fabrique reste tributaire des mauvaises conditions du marché. Sa production est chère: bien que libérée du système corporatif qui lui avait interdit de faire travailler à la campagne, elle reste confinée dans de petits ateliers urbains aux moyens limités, sans tirer avantage de la suppression des frontières qui la coupaient auparavant de ses centres de production d'ébauches de la vallée de l'Arve et du Pays de Gex. L'industrie du coton est la seule à profiter de l'élargissement de l'espace économique genevois; regroupés en grandes sociétés internationales en commandite, ses entrepreneurs utilisent parfois la main-d'œuvre rurale facilement exploitable de l'ancienne Savoie et des bâtiments confisqués aux ordres religieux par la Révolution française. En raison des guerres napoléoniennes, du Blocus continental et de la cherté des matières premières, le bilan de la période est très sombre, marqué par le marasme qui frappe tous les secteurs d'activité, le chômage et même la misère d'une grande partie de la population.

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

5.1.3 - Société

Les différents groupes sociaux qui forment la société genevoise au début du XIXe s. vivent l'annexion d'une manière très contrastée. Si une minorité de gens aisés parvient à préserver son style de vie mondain et à tirer profit du nouveau régime, la majorité de la population subit à la fois la crise économique, le poids de la fiscalité et la conscription, à laquelle on n'échappe qu'en payant un remplaçant. Si l'opposition ouverte reste exceptionnelle, le port de la cocarde tricolore, la suppression des armoiries et de certaines coutumes locales, la multiplication des défilés militaires et des cérémonies glorifiant la République française et l'Empire, de même que l'omniprésence d'une administration étrangère tentaculaire et les visées du pouvoir impérial sur leurs biens sont autant d'occasions pour les Genevois d'exprimer leur rancœur dans le secret des salons et des cercles.

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

5.1.4 - Eglise et culture

Sous le Consulat (1799-1804), G. perd officiellement son unité religieuse. Après avoir été dans une position de retrait sous le Directoire, son Eglise y retrouve sa place traditionnelle grâce à la loi relative à l'organisation des cultes de 1802, loi promulguée par Bonaparte en même temps que le Concordat qui rétablit la religion catholique en France. Les catholiques ont donc le droit d'y pratiquer leur religion, conduits par leur curé Jean-François Vuarin. Le diocèse de G.-Annecy est supprimé en 1801 au profit de celui de Chambéry et G. Les juifs, exclus depuis 1490, obtiennent à leur tour une organisation cultuelle (1806, 1808). A l'étranger, G. est connue pour ses savants (Sismondi), ses artistes (Jean-Pierre Saint-Ours), sa Société des Arts et les articles scientifiques de la Bibliothèque britannique. Napoléon réserve à la ville un traitement de faveur lors de la création de l'Université impériale, en lui permettant de conserver une académie indépendante, forte de plusieurs facultés et de deux écoles préparatoires (droit et médecine).

Auteur(e): Liliane Mottu-Weber

5.2 - Le XIXe siècle (1814-1914)

5.2.1 - Population

Après une notable régression durant l'occupation française, la population du canton connaît durant le XIXe s. un essor jusqu'alors inégalé. Entre 1814 et 1914, elle passe de 31 000 à 172 000 habitants, dont les trois quarts résident en ville (154 906 hab., dont 115 243 en ville de G. en 1910). Cet accroissement s'opère en plusieurs vagues, liées à la conjoncture politique et économique. Ainsi, le premier "bond" s'effectue au lendemain des traités de 1815 et 1816. Il résulte en grande partie des Communes réunies qui apportent quelque 16 000 âmes à la République. L'incorporation à la Suisse suscite également un afflux de Confédérés, attirés par les possibilités d'emploi que semble offrir la plus grande ville du pays, en un courant qui ne tarira plus. Sous la Restauration, son ampleur triple et on compte près de 10 000 Suisses installés dans la cité aux alentours de 1846. Ce chiffre correspond alors aux deux tiers de l'immigration drainée à G., qui se compose, de plus, essentiellement de Français et de Sardes.

Après la révolution radicale de 1846, le flot d'arrivants s'amplifie. Le régime favorise l'installation de réfugiés fuyant les répressions de 1848. Petit par le nombre, ce groupe particulier exerce une grande influence. C'est grâce au rayonnement de certains de ses membres et à l'intelligence du gouvernement qui saura exploiter leurs compétences, que G. perpétuera sa renommée de cité d'accueil. Cette image n'est pas usurpée, puisque entre 1850 (15 142 étrangers sur 64 146 hab. en 1850, soit 23,6%) et 1914 (62 611 sur 154 906 hab. en 1910, soit 40,4%), la proportion d'étrangers enfle, allant jusqu'à représenter 42% de la population du canton à la veille de la Première Guerre mondiale. Ces changements démographiques n'auraient pas été possibles sans les profondes modifications urbanistiques qui accompagnent l'ouverture de la ville jusqu'alors enserrée dans ses fortifications. Leur destruction transfigure G. qui abandonne son aspect de citadelle médiévale et se métamorphose en ville contemporaine, extensible, grâce à l'arrivée du chemin de fer, à la construction d'un énorme réseau de tramways (126 km en 1894) et à un développement économique idoine.

Evolution démographique 1836-2000
AnnéeHabitantsEtrangersProtestantsCatholiquesFranco-phonesGermano-phonesStructure par âge (60 ans et plus)PériodeAccroisse-mentaExcédent naturelaSolde migratoirea
183658 666      1836-18506,5‰0,3‰6,2‰
185064 14623,6%53,3%46,4%   1850-186023,6‰-1,5‰25,1‰
186082 87634,6%48,3%50,8%  7,5%1860-18706,9‰-1,7‰8,6‰
187088 791b35,0%46,8%51,3%  8,3%1870-18808,6‰0,7‰7,9‰
188099 712b36,1%47,6%50,7%85,1%11,3%8,4%1880-18887,1‰-0,2‰7,3‰
1888105 50937,8%48,3%49,6%84,5%11,7%9,1%1888-190019,2‰0,9‰18,3‰
1900132 60939,7%47,1%50,6%82,7%10,1%9,8%1900-191015,7‰1,1‰14,6‰
1910154 90640,4%45,5%49,6%78,0%11,0%9,1%1910-19209,9‰-2,0‰11,9‰
1920171 00030,2%49,7%44,1%78,0%12,1%10,1%1920-19300,2‰-2,3‰2,5‰
1930171 36623,9%51,9%38,9%76,9%14,1%12,3%1930-19411,8‰-3,2‰5,0‰
1941174 85515,6%54,6%40,5%80,6%13,6%16,1%1941-195016,7‰0,2‰16,5‰
1950202 91817,3%50,6%42,3%77,6%13,6%17,1%1950-196024,8‰1,1‰23,7‰
1960259 23423,7%45,7%47,8%70,0%13,3%17,1%1960-197024,9‰5,8‰19,1‰
1970331 59933,7%38,1%53,4%65,4%10,9%16,7%1970-19805,1‰2,7‰2,4‰
1980349 04032,3%30,6%51,1%64,7%9,5%17,4%1980-19908,3‰2,5‰5,8‰
1990379 19036,6%22,6%47,8%70,4%5,5%18,3%1990-20007,9‰3,5‰4,4‰
2000413 67338,1%17,4%39,4%75,8%3,9%20,1%    

a Taux moyen annuel

b Population "présente"

Sources:Stat. hist.; recensements fédéraux; OFS

Auteur(e): Irène Herrmann

5.2.2 - Economie

A la fin de l'ère napoléonienne, G. sort du marasme économique et regagne un degré d'aisance tel qu'on s'est plu à parler des années précédant la révolution de 1841 comme de "vingt-sept années de bonheur". Cette appréciation optimiste répond, sans doute, à une certaine élévation du niveau de vie grandement dû au regain de vigueur manifesté par la Fabrique. En revanche, elle tait la dernière crise de subsistance genevoise qui, entre 1816 et 1817, réduit une partie de la population à la misère et oblige les autorités à chercher du blé jusqu'en Russie. Elle escamote le sort des grands ateliers d'indiennerie qui disparaissent entre 1825 et 1835. Enfin, elle oublie la dépression que connaissent le bâtiment et certains secteurs de l'artisanat au début des années 1830. Une décennie plus tard, l'horlogerie elle-même est affectée par deux fois: autour de 1840 d'abord, puis lors de la grave crise de 1846-1849 qui touche l'ensemble du canton. James Fazy parvient à résoudre le problème en employant les victimes de la dépression à la démolition des fortifications, transformée en chantier public. Il profite du désenclavement urbain pour tenter de combler le retard de G. en matière de chemin de fer. En 1858, G. est reliée à Lyon, ainsi qu'à Yverdon. Le tracé G.-Annemasse est inauguré en 1888, mais G. échouera à s'intégrer harmonieusement aux grands réseaux ferroviaires européens (échec du projet du col de la Faucille). Fazy stimule enfin la création de banques de crédit.

Inscrites dans une amélioration générale de la conjoncture, ces mesures permettent une reprise de l'économie locale. Pendant une vingtaine d'années, le canton jouit d'une prospérité qui se manifeste par l'éclat de la Fabrique et une formidable inventivité industrielle. Celle-ci ne reprendra et ne fleurira qu'au tournant du XXe s., non sans avoir été marquée par la grande dépression des années 1870. Pour l'horlogerie, ce ralentissement conjoncturel se double de problèmes structurels. Axée sur la qualité, elle parvient mal à se battre sur le terrain quantitatif et, face à la concurrence américaine, elle amorce lentement son déclin. Indiennerie et Fabrique sont remplacées par des activités nouvelles. Sous la Restauration, on voit fleurir le tourisme. Puis, dans la seconde moitié du siècle, on assiste à un véritable essor bancaire comme à l'implantation d'une multitude d'usines qui, dans le secteur des machines et des instruments de précision, exploitent l'ingéniosité de quelques inventeurs tels que Théodore Turrettini ou Auguste De la Rive (Société genevoise d'instruments de physique SIP en 1862, futurs Ateliers de Sécheron dès 1879). A la veille du premier conflit mondial, d'autres entreprises encore apparaissent, qui témoignent des développements de la chimie (parfums, colorants, arômes, Firmenich, Givaudan). Pourtant, en dépit de ce dynamisme, le secteur secondaire attire toujours moins les Genevois. Vers 1910 en effet, près de 50% de la population active du canton travaille dans le tertiaire au détriment de l'agriculture, suivant en cela une translation sectorielle classique des grandes cités.

<b>Genève (canton)</b><br>Affiche pour les voitures Stella, réalisée en 1908 par le graphiste  Edouard Elzingre (Museum für Gestaltung Zürich, Plakatsammlung, Zürcher Hochschule der Künste).<BR/>La Compagnie de l'Industrie Electrique et Mécanique, ancêtre des Ateliers de Sécheron, se lance dans la fabrication des automobiles en 1906 et produit la Stella jusqu'en 1913.<BR/>
Affiche pour les voitures Stella, réalisée en 1908 par le graphiste Edouard Elzingre (Museum für Gestaltung Zürich, Plakatsammlung, Zürcher Hochschule der Künste).
(...)

Structure de l'emploia
AnnéeSecteur primaireSecteur secondaireSecteur tertiairebTotal
18603 8789,1%20 61348,1%18 35242,8%42 843
1870c8 41122,0%17 45745,7%12 34432,3%38 212
1880c7 92717,3%22 81949,7%15 20533,1%45 951
18887 31214,0%20 75339,8%24 06346,2%52 128
19007 1989,9%33 02545,3%32 60844,8%72 831
19106 2307,6%35 91043,7%39 94448,7%82 084
19206 0146,3%42 33544,3%47 21749,4%95 566
19305 4445,8%39 30142,1%48 50452,0%93 249
19415 6616,2%38 02941,8%47 39752,0%91 087
19504 5884,4%43 51841,5%56 65654,1%104 762
19603 9662,9%56 71041,4%76 31455,7%136 990
19702 7071,6%54 69432,2%112 57766,2%169 978
19802 3981,4%40 93923,3%132 15975,3%175 496
19901 7340,9%32 56116,5%162 74282,6%197 037
2000d2 2181,1%22 29710,8%182 01388,1%206 528

a Sans la population occupée à temps partiel jusqu'en 1960

b Total de la dernière colonne moins les secteurs primaire et secondaire, y compris "inconnu"

c Population "présente"

d L'importance des "sans indication" (40 917) en 2000 rend difficile la comparaison avec les recensements précédents.

Sources:Stat. hist.; recensements fédéraux

Auteur(e): Irène Herrmann

5.2.3 - Société

L'évolution somme toute traditionnelle du corps social genevois ne doit pas faire oublier qu'il a aussi connu des développements plus inattendus. Au début du XIXe s., l'agrégation des Communes réunies modifie et complexifie le visage déjà contrasté de la cité. En caricaturant la situation, on peut dire que la population se divise en plusieurs catégories qui se partagent le territoire cantonal. Au sommet de la pyramide sociale, et dans les rues larges qui entourent la cathédrale ou bordent les quais du Rhône, se trouvent les notables. Descendants de familles aristocratiques ou héritiers bien mariés d'entrepreneurs enrichis par l'épopée napoléonienne, ils dominent tous les rouages de l'Etat jusqu'aux années 1840. Ils n'ont guère de contacts avec le reste de leurs concitoyens, si ce n'est avec les paysans qui exploitent les domaines de leurs résidences de campagne estivales, ou avec les négociants et les représentants des professions libérales qu'ils côtoient au Conseil représentatif, puis au Grand Conseil, où ces derniers sont toujours plus nombreux.

Cette classe moyenne supérieure, logée dans la ville basse, prend le pouvoir en 1846 et le garde jusqu'au début du XXe s. Si deux de ses chefs, James Fazy et Louis Rilliet-de Constant sont issus de l'aristocratie, son électorat est surtout formé par les travailleurs de la Fabrique, essentiellement regroupés à Saint-Gervais. Sur l'autre rive, les coteaux abritent une population disparate, faite de petits artisans, d'étrangers et de prostituées, analogue à celle qui peuple les faubourgs. Plus loin de l'agglomération encore, vivent des agriculteurs. Raisonnablement aisés et protestants dans les anciens mandements, ils sont plutôt pauvres et catholiques dans les Communes réunies.

Malgré ces différences sociales, confessionnelles et historiques, l'ensemble fait preuve d'une certaine cohésion. En effet, les Genevois, quelle que soit leur origine, se réunissent dans une conscience extrême de leur dignité d'êtres humains. Au début de la Restauration, cette fierté encore dénuée de connotations politiques produit quelques désordres peu importants. Mais, habilement exploitée par les radicaux, elle permet les révolutions de 1841 et 1846. Enfin, alimentée de fouriérisme français, d'idéaux sociaux-démocrates allemands et amplifiée par le flux d'ouvriers attirés par l'ouverture de la ville, elle débouche sur une attitude propice à la contestation sociale. Dans ce contexte favorable aux idées nouvelles et à la toute jeune Association internationale des travailleurs (fondée en 1864) éclate, en 1868, une grève générale du bâtiment, bientôt suivie par beaucoup d'autres. Cette combativité culmine en 1902, quand, pour la première fois en Suisse, le canton entier décide de débrayer. En principe, pourtant, le gouvernement cherche des voies de conciliation. Il privilégie la négociation et il sollicite les alliances électorales, ce qui permet à Fritz Thiébaud de devenir en 1897 le premier conseiller d'Etat socialiste de toute la Suisse. En outre, les autorités ajustent la législation en instituant des tribunaux de prud'hommes dès 1882 et en donnant, avant le reste de l'Europe, force de loi aux contrats collectifs. Le canton manifeste donc une nette précocité tant des revendications que des mesures sociales, elle-même corrélée à un appréciable niveau d'instruction et à de multiples tensions confessionnelles.

Auteur(e): Irène Herrmann

5.2.4 - Ecole et vie religieuse

Le XIXe s. signe la lente désagrégation de la matrice confessionnelle, culturelle et identitaire de G., à savoir le protestantisme. Privilégiés par la Constitution de 1814, les pasteurs perdent, autour de 1835, une partie de leurs prérogatives scolaires et voient leurs compétences reléguées au seul domaine de la théologie et de la pastorale. En 1847, leur nomination est confiée à leurs ouailles qui élisent également le consistoire chargé de l'administration des affaires ecclésiastiques. L'une des raisons de cette perte d'influence réside dans l'émergence du Réveil, dissidence réformée apparue au tout début du XIXe s. Au lendemain de la Restauration, ce mouvement imprégné de romantisme qui prône une conception moins rationaliste et plus intériorisée de la foi fait des adeptes dans les classes populaires, avant de gagner nombre de notables. Ce manque d'unité doctrinale explique pourquoi les institutions protestantes résistent mal à une "menace" plus sérieuse, celle du catholicisme.

L'implantation de cette confession, réintroduite à Genève sous le régime napoléonien, est confirmée de iure par l'entrée de la République dans la Confédération et de facto par l'agrégation subséquente des Communes réunies. Elle suscite dans les sphères gouvernementales une crainte immense, lisible dans l'accroissement territorial minimal du canton, dans l'intégration en 1819 des paroisses nouvellement acquises dans un diocèse suisse, celui de Lausanne (devenu en 1821 diocèse de Lausanne et G.), et dans l'élaboration de dispositions législatives cherchant à réduire les droits politiques des catholiques ou à favoriser les mariages mixtes. Cette appréhension est encore accrue par la personnalité du curé de la ville de G., Jean-François Vuarin, opposant farouche du gouvernement. Durant les années 1840, la mort de Vuarin (1843) et les efforts de l'agnostique James Fazy pour se rallier l'électorat catholique contribuent à pacifier le climat religieux; l'égalité de droits entre les deux confessions est accordée en 1847. Quant aux juifs, ils peuvent célébrer depuis 1843 un "culte privé", fonder en 1852 une communauté israélite et édifier en 1859 une synagogue.

La guerre religieuse reprend alors que les protestants sont devenus minoritaires (40 069 prot., 42 099 cath. en 1860), à l'arrivée d'un autre curé d'une trempe exceptionnelle, Gaspard Mermillod (1864). Animé par la volonté de rétablir l'ancien diocèse de G., il contribue à l'éclatement du Kulturkampf dans le canton. Dès 1870, les radicaux emmenés par Antoine Carteret élaborent un ensemble de lois visant à remplacer l'Eglise catholique romaine par un culte placé sous la tutelle de l'Etat et créent en 1873 l'Eglise catholique nationale (Eglise catholique-chrétienne). Au niveau suisse, ces mesures débouchent sur l'exil de Mermillod et la rupture des relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Sur le plan local, elles provoquent des résistances farouches des catholiques fidèles à Rome, qui réduisent leur portée et aboutissent, en 1907, à la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Comme l'illustre cet épilogue, la lutte qui déchire le XIXe s. genevois oppose moins les catholiques aux protestants que la religion à la laïcité. Celle-ci transparaît dans le développement du système éducatif. Plutôt performante, puisqu'elle éradique l'illettrisme de la ville et le réduit notablement dans les Communes réunies, l'école tend à s'étatiser et à se "laïciser" dès les années 1830. L'enseignement supérieur évolue également, profitant du talent d'Augustin-Pyramus de Candolle, d'Auguste De la Rive ou d'Antoine-Elisée Cherbuliez. La révolution radicale accélère cette neutralisation confessionnelle et c'est significativement en 1872, en plein Kulturkampf, que l'instruction primaire devient obligatoire (de 6 à 13 ans) et que l'académie est transformée en université (Université de Genève), une faculté de médecine s'ajoutant à celles de théologie, droit, sciences et lettres.

L'école n'illustre pas seulement la laïcisation de la société, elle en favorise également la "nationalisation". Emancipé de l'emprise des pasteurs, l'enseignement diffuse toujours plus de savoirs sur la Confédération. L'"helvétisation" s'effectue aussi par l'art, puisque la Suisse alpestre ou héroïque devient un thème privilégié en peinture (Jean-Léonard Lugardon, Alexandre Calame ou François Diday). Le patriotisme confédéré imprègne également les nombreuses associations qui se multiplient tout au long du siècle, comme il s'affirme aussi lors de l'Exposition nationale de 1896, qui reproduit une concentration des styles architecturaux helvétiques dans un impressionnant "village suisse" (Expositions nationales). Mais ce sentiment marque surtout les fêtes, comme celle célébrant l'arrivée des contingents soleurois et fribourgeois au Port Noir en juin 1814 ou, plus encore, celle du centenaire de cet épisode qui, à la veille de la Première Guerre mondiale, commémore l'entrée de G. dans la Confédération et semble donc inscrire l'événement dans un passé désormais assimilé, ou voulu comme tel.

Auteur(e): Irène Herrmann

5.3 - Le XXe siècle

5.3.1 - Population et habitat

La population résidente du canton n'a cessé de croître, passant de 132 609 habitants en 1900 à 202 918 en 1950 et dépassant le cap des 400 000 en 1996 (413 673 hab. en 2000). Avant la Première Guerre mondiale, G. compte déjà une proportion d'étrangers équivalente (env. 40%) à celle qui s'observe à la fin du XXe s. Grosso modo, la population genevoise comprend avant 1914 un tiers de Genevois, un tiers de Suisses et un gros tiers d'étrangers, ceux-ci provenant majoritairement de régions proches (Chablais, Piémont, etc.). L'entre-deux-guerres est surtout marqué par un afflux de Confédérés alors que les étrangers sont deux fois moins nombreux qu'auparavant, le taux le plus bas étant atteint pendant la guerre (27 272 étrangers sur 174 855 hab. en 1941, soit 15,5%).

Après la Deuxième Guerre mondiale, la prospérité économique provoque l'arrivée de nombreux travailleurs immigrés provenant successivement de pays comme l'Italie, l'Espagne, le Portugal ou la Yougoslavie. Le développement de la G. internationale amène beaucoup de monde à s'installer dans le canton, jusqu'à plus de 20 000 personnes dans le dernier quart du siècle, si l'on tient compte de toutes les catégories (diplomates et leur personnel de maison, employés d'organisations internationales et de multinationales). Depuis les années 1950, un certain nombre de réfugiés ont été accueillis, dont certains sont restés durablement. Dans les années 1980 et 1990, G. reçoit également des requérants d'asile qui fuient la guerre ou la misère de leur pays d'origine; en vertu de la législation fédérale, rares sont ceux qui ont pu rester, même s'ils s'étaient bien intégrés. Enfin, G. abrite aussi un certain nombre de clandestins qui, par définition, n'apparaissent pas dans les statistiques.

Ces mouvements migratoires ont progressivement contribué à former une population genevoise se présentant désormais comme une "mosaïque", dotée d'un caractère multiculturel qui marque beaucoup la vie culturelle et enrichit considérablement le tissu social de la ville et des communes voisines. Mais ils créent une tension récurrente sur le marché du logement, vu la configuration du territoire et la résistance de certains milieux à la densification de l'habitat.

Auteur(e): Charles Heimberg

5.3.2 - Economie

Si G. se présente d'abord comme un canton-ville, il ne faut pas négliger pour autant ses campagnes et son agriculture. La campagne genevoise se spécialise dans la culture du blé, la viticulture et les cultures maraîchères. Le poids du secteur agricole dans l'économie genevoise n'a pas cessé de reculer, devenant infime alors qu'il était encore d'environ 10% au début du XXe s.

Situé au-dessus de la moyenne helvétique il y a cent ans, le canton de G. est devenu le dernier quant à la part de ses actifs occupés dans le secteur secondaire, le seul à être en-dessous des 20%. Cette situation postindustrielle, où l'essentiel du tissu productif restant se concentre dans l'industrie des machines (Charmilles Technologies), l'horlogerie (Patek Philippe) et la chimie, découle bien des effets de la crise, mais elle rappelle qu'à G. le secteur tertiaire constitue depuis le XVIIIe s. l'essentiel des activités économiques. En dehors des services publics et des organisations internationales, le commerce, les banques, dont de nombreuses banques privées (Darier, Hentsch, Lombard, Lullin, Odier, Pictet), les assurances et l'immobilier ont été à la base de ce développement du tertiaire qui s'est particulièrement accentué dans les dernières décennies du XXe s. L'ensemble des activités économiques a aussi mené l'économie genevoise à employer un nombre considérable de travailleurs frontaliers résidant en France voisine (ils étaient 27 500 en 1999, plus de 43 000 à fin 2004, après l'entrée en vigueur de l'accord sur la libre circulation des personnes, passé dans le cadre des accords bilatéraux I avec l'Union européenne). En 2002, le revenu cantonal par habitant était de 52 074 francs (moyenne suisse 48 604 francs).

<b>Genève (canton)</b><br>Sources: Office fédéral de la statistique; Statistique Genève  © 2017 DHS et Marc Siegenthaler, Berne.<BR/>Avec l'entrée en vigueur en juin 2002 des accords bilatéraux I conclus en 1999 avec l'Union européenne, les autorisations de travail pour les frontaliers sont désormais généralement accordées pour cinq ans et non plus pour seulement un ou deux ans. Comme la fin d'un contrat n'est pas toujours signalée aux autorités, l'écart entre le nombre de permis et les effectifs réels des frontaliers augmente de plus en plus. En 2004, l'Office fédéral de la statistique enregistrait une différence de 10%.<BR/>
Frontaliers dans le canton de Genève (1978-2016)

Auteur(e): Charles Heimberg

5.3.3 - Transports

Un aéroport, qui deviendra intercontinental et jouera un rôle essentiel pour le développement de la G. internationale, est construit à Cointrin en 1920. La gare de marchandises de la Praille (comm Carouge) et son raccordement à la gare de Cornavin sont réalisés au cours de la Deuxième Guerre mondiale, au moment du développement des premières zones industrielles. Le tronçon Cornavin-Cointrin est achevé en 1987. Le problème du raccordement au réseau ferroviaire régional savoyard n'est toujours pas réglé, en l'absence de liaison entre la Praille et la gare des Eaux-Vives et, de 1990 à 2000, la discussion est houleuse entre les partisans du rail (Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse, CEVA) et ceux d'un métro léger, ces derniers perdant la partie.

Sur le plan autoroutier, la liaison entre G. et Lausanne est réalisée en 1964, à l'occasion de l'Exposition nationale de Lausanne; c'est le premier tronçon du réseau. En 1965, l'inauguration du tunnel routier du Mont-Blanc, complétée en 1976 par l'"autoroute blanche", compense sur le plan routier ce qui n'a pas été possible sur le plan ferroviaire: une traversée transalpine passant par G. Au cours des années 1980, la construction d'une autoroute de contournement dans la périphérie genevoise permet de relier différents segments autoroutiers européens tout en allégeant la pression du trafic sur le centre-ville. Un projet de traversée de la rade (par pont ou tunnel) échoue en 1996 devant le peuple, mettant fin à une longue série de votes populaires systématiquement favorables à l'automobile. L'élection d'un écologiste au Conseil d'Etat (Robert Cramer en 1997) et la pression de l'Alternative de gauche (PS, Verts et Alliance de gauche) marquent un tournant en faveur des transports publics.

Auteur(e): Charles Heimberg

5.3.4 - Instruction et formation

Dans la première moitié du XXe s., la scolarité obligatoire est prolongée, de 6 à 14 ans en 1911, puis à 15 ans en 1933. Mais, dès 1927 (projet du socialiste André Oltramare), c'est surtout la question de l'école moyenne et des modalités de la sélection qui est posée. Il faut alors résoudre le problème de la simultanéité, ségrégative, de la dernière année d'école primaire, gratuite, et de la première année du collège, payante, en instaurant des classes communes d'orientation. L'idée, remise à l'ordre du jour juste après la guerre, est appliquée en 1962 (sous la direction du socialiste André Chavanne) avec l'instauration d'un cycle d'orientation de trois ans (élèves de 12 à 15 ans, répartis en sections). Le projet de 1927 voulait donner à tous les élèves méritants une chance d'appartenir à une étroite élite; la réalisation de 1962 répond aux besoins du développement économique, en élargissant cette élite et son bassin social de recrutement.

Dès les années 1960, l'objectif de la démocratisation des études et le principe de leur encouragement par des allocations automatiques pour les plus défavorisés permettent de développer considérablement la scolarité et la formation, en l'ouvrant aux jeunes filles et en aboutissant de fait à un prolongement quasi général du temps de formation, toutefois sans guère modifier la hiérarchie sociale. Au-delà de la scolarité obligatoire (16 ans), la formation se développe en trois filières: collège (appelé gymnase dans de nombreux cantons), degré diplôme et école professionnelle, ce qui entraîne la création de nouvelles structures comme les écoles de culture générale. En 1990 enfin, le droit à l'éducation est complété par le principe de l'admission de tous les enfants à l'école publique, quel que soit le statut légal de leurs parents (même clandestins).

Le taux de maturités à G. (37,6% d'une classe d'âge en 1998, soit plus du double de la moyenne nationale) et l'accès à l'université sont plus élevés qu'ailleurs en Suisse, et ceci depuis des décennies. Les buts généraux de l'enseignement genevois, définis en 1940 dans une perspective normative et patriotique, sont repensés en 1977 dans un esprit civique et coopératif, avec la préoccupation de corriger l'inégalité de chance de réussite scolaire. L'université voit la naissance de deux nouvelles facultés au XXe s., sciences économiques et sociales en 1915 et psychologie et sciences de l'éducation en 1975, Edouard Claparède ayant déjà créé l'Institut Jean-Jacques Rousseau en 1912. En 1927 naît aussi l'Institut universitaire de hautes études internationales. Dans la seconde moitié du siècle, les effectifs augmentent considérablement, pour dépasser le cap des 10 000 étudiants, ce qui ne manque pas de poser des problèmes de gestion et de financement. La dernière décennie du XXe s. est marquée par des réductions budgétaires et la perspective de restructurations associant plus étroitement les structures universitaires de G. et Lausanne.

Auteur(e): Charles Heimberg

5.3.5 - Santé et politique sociale

Alors que le Département de la santé est le dernier à voir le jour en 1925, ce secteur connaît un développement massif dans la seconde moitié du siècle. Au-delà du développement progressif de l'hôpital cantonal, des institutions universitaires sont créées dans les domaines de la psychiatrie (clinique de Bel-Air en 1900, policlinique de psychiatrie en 1929, centre psycho-social en 1961, institutions universitaires de psychiatrie en 1982) et de la gériatrie (hôpital de gériatrie en 1972, centre de soins continus en 1979, etc.).

Le haut niveau des dépenses de santé à G., outre le caractère universitaire de ses institutions, est dû à la fois à la richesse relative du canton et à l'importance des besoins de sa population (concentration urbaine, vieillissement général, troubles de santé liés aux migrations, etc.). On peut souligner par exemple que le taux de suicides genevois a toujours été parmi les plus élevés de Suisse, même s'il a tendu à diminuer à long terme. Autrement dit, si les dépenses cantonales de santé témoignent d'une densité de l'offre bien supérieure à la moyenne nationale, elle correspondent aussi assez largement à une demande réelle.

A la fin du XXe s., la nécessité de mieux maîtriser les coûts redonne de l'importance à la prévention ou aux soins à domicile. En revanche, des projets de privatisation ou de collaboration intercantonale (Ruso) sont rejetés en votation populaire parce que faisant craindre une réduction de l'accès aux soins.

Auteur(e): Charles Heimberg

5.3.6 - Société et culture

L'entre-deux-guerres est marqué par une forte présence ouvrière et passablement de tensions. Les années 1950 se distinguent par le développement des loisirs et l'apparition massive des automobiles. Après Mai 1968, parallèlement au développement des institutions culturelles officielles, des pratiques alternatives apparaissent (mouvement de jeunesse, occupations d'immeubles, défense d'un habitat populaire au centre-ville, centre culturel autogéré dans une ancienne usine de dégrossissage d'or) en opposition à la culture dominante et à l'urbanisation massive liée au développement économique. La dimension multiculturelle de G. s'affirme aussi à travers les réseaux associatifs et les fêtes populaires. De son côté, la sociabilité traditionnelle se maintient, par exemple dans le cadre de la célébration de l'Escalade.

Au début du XXe s., G. dispose de plusieurs quotidiens d'opinion, dont les deux plus populaires, La Suisse et la Tribune de Genève. A gauche, Le Peuple de Genève est remplacé dans les années 1920 par Le Travail, interdit pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le parti du travail allait encore créer la Voix ouvrière, qu'il doit se résoudre à transformer en hebdomadaire dès 1980 (VO Réalités, puis Gauchebdo). Deux quotidiens ont péri, La Suisse en 1994, et le Journal de Genève en 1998, ce dernier ayant déjà fusionné avec la Gazette de Lausanne, et ayant été absorbé, avec Le Nouveau Quotidien, par Le Temps, nouveau quotidien édité à G. par l'entreprise Edipresse.

La suppression du budget des cultes et la laïcisation de la société genevoise n'ont pas été remises en cause. G., qui accueille le Conseil œcuménique des Eglises, reste marquée par la diversité religieuse de sa population. Les catholiques romains, majoritaires de 1860 à 1910, minoritaires dans l'entre-deux-guerres et jusqu'aux années 1950, sont à nouveau plus nombreux que les protestants. En 2000, 22,6% des Genevois se déclaraient sans confession.

La société genevoise voit se côtoyer une culture bourgeoise dominante, un tissu associatif diversifié et une animation alternative. Sa dimension multiculturelle avive ses hésitations entre ouverture au monde et repli sur l'espace national.

Auteur(e): Charles Heimberg

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