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Valais

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Comté épiscopal dès 999, pays allié de la Confédération dès 1403/1416, Pays (Landschaft) et république des Sept Dizains (1613-1798), canton de la République helvétique (1798-1802), république indépendante (1802-1810), département du Simplon dans l'Empire français (1810-1813), république et canton de la Confédération dès 1815. All. Wallis, ital. Vallese, rom. Vallais. Les appellations officielles sont Etat du V. et Staat Wallis, les langues officielles le français et l'allemand. Le chef-lieu est Sion.

Géographiquement, le V. recouvre le bassin du Rhône de sa source à son embouchure dans le lac Léman; il est borné au nord par les Alpes bernoises et au sud par les Alpes valaisannes. Le bois de Finges, qui s'étend du Rhône aux contreforts des Alpes valaisannes entre Sierre et Loèche, marque au début du XXIe s. la frontière des langues: à l'est on parle allemand (Haut-V.), à l'ouest français (V. central et Bas-V.).

Politiquement, le V. est issu de la principauté épiscopale de Sion. Depuis le traité de Thonon (1569), qui fixe à la Morge de Saint-Gingolph la limite entre l'évêché et le duché de Savoie, les frontières du V. n'ont plus varié, à part quelques minimes corrections.

Superficie (2006)5 224,5 km² 
Forêt / surface boisée1 188,7 km²22,8%
Surface agricole1 060,3 km²20,3%
Surface bâtie162,6 km²3,1%
Surface improductive2 812,9 km²53,8%

Population et économie
Année 18501880a1900195019702000
Habitants 81 559100 190114 438159 178206 563272 399
En % de la population suisse3,4%3,5%3,5%3,4%3,3%3,7%
Langue       
Français  67 21474 562103 457122 536171 129
Allemand  31 96234 33952 83366 92977 255
Italien  1 0185 4692 58312 7925 987
Romanche  3135887114
Autres  19552474 21917 914
Religion, Confession       
Catholiquesb 81 09699 316112 584152 682196 082221 146
Protestants 4638661 6105 9609 09217 186
Catholiques-chrétiens    1327131
Autres  342445231 36233 936
dont communauté juive 253178145
dont communautés islamiques     1687 394
dont sans appartenancec     41610 750
Nationalité       
Suisses 79 87197 134106 220154 179185 309225 356
Etrangers 1 6883 0568 2184 99921 25447 043
Année  19051939196519952005
Personnes activesSecteur primaire 57 43363 84411 66815 754d12 752
 Secteur secondaire 9 19612 39135 32636 74634 533
 Secteur tertiaire 9 95112 30832 28980 21186 032
Année  19651975198519952005
Part au revenu national 2,5%2,7%2,7%2,8%2,7%

a Habitants et nationalité: population résidante; langue et religion: population "présente"

b Y compris les catholiques-chrétiens en 1880 et 1900; depuis 1950 catholiques romains

c N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

d Chiffres du recensement des exploitations agricoles 1996

Sources:Stat. hist.; recensements fédéraux; OFS

Auteur(e): Bernard Truffer / PM

1 - Des origines au haut Moyen Age

1.1 - Préhistoire et protohistoire

Durant la préhistoire, le V., à la croisée de diverses influences (vallée du Rhin, couloir Saône-Rhône, plaine du Pô) développe une culture alpine originale. Dès leur sédentarisation, les populations, installées d'abord en plaine, occupent progressivement l'étage montagnard: sporadiquement au Néolithique, plus systématiquement à l'âge du Bronze et de façon permanente à l'âge du Fer.

1.1.1 - Le Paléolithique et le Mésolithique

La dernière grande avancée glaciaire (115 000-15 000 ans) est rythmée par des périodes tempérées pendant lesquelles l'homme préhistorique réoccupe les massifs alpins: les plus anciens témoins du Paléolithique dans le canton du V., vieux de 35 000 ans environ, proviennent de la région de Tanay (comm. Vouvry), à 1800 m d'altitude. A la fin de la dernière glaciation, la vallée du Rhône est rapidement libérée des glaces; les chasseurs-cueilleurs du Mésolithique vont, dès 9000 av. J.-C., recoloniser le territoire. Leurs traces sont observées en plaine, à Vionnaz, ou dans l'abri sous bloc de Mörderstein dans le bois de Finges (comm. Salquenen); les groupes humains se déplacent jusqu'en haute altitude où ils établissent des campements saisonniers (val de Bagnes, région de Zermatt, du Simplon ou de l'Albrun).

Auteur(e): Philippe Curdy

1.1.2 - Le Néolithique

Dès la fin du VIe millénaire, en partie de par la présence de communautés néolithiques ayant migré depuis le sud des Alpes, le V. devient une terre de pasteurs-agriculteurs. Les plus anciens témoignages sont confinés au V. central: cône torrentiel de la Sionne et colline de Tourbillon, tous deux en ville de Sion. Les caractéristiques de la céramique, proche des formes observées en Italie du Nord, montrent que les cols des Alpes valaisannes ont joué un rôle clé dans la néolithisation du V.

Entre 5500 et 2200 av. J.-C., les habitats se cantonnent en basse altitude: ville de Sion et collines environnantes, région de Saint-Léonard, colline du Heidnischbiel (comm. Rarogne), environs de Brigue (Naters, Bitsch). Les prairies situées au-dessus de la limite supérieure de la forêt sont exploitées pour l'estivage des troupeaux de chèvres et de moutons et, dans une moindre mesure, de bovins, mais les témoins de ces pratiques sont très discrets, comme dans l'abri d'Alp Hermetje (comm. Zermatt), à 2600 m. A cette époque, le V. est soumis à diverses influences culturelles: sud des Alpes, Plateau ou vallée du Rhône française. Au IVe millénaire, le dynamisme de la région s'affirme par la présence de céramiques aux décors originaux qui caractérisent la culture de Saint-Léonard. Les tombes sont regroupées en nécropoles plus ou moins importantes, en plaine (Sion, Saint-Léonard, Glis, etc.) et près du débouché de vallées latérales, comme à Sembrancher ou à Villette (comm. Bagnes). L'inhumation individuelle dans un coffre de dalles aménagé dans une fosse (cistes de type Chamblandes) rapproche culturellement le V. du bassin lémanique, des Alpes françaises et de l'Italie du Nord. Dès le début du IIIe millénaire av. J.-C. apparaissent des sépultures collectives érigées en surface du sol, les dolmens. La nécropole du Petit-Chasseur (comm. Sion), avec ses treize monuments funéraires, est l'un des hauts lieux de la préhistoire européenne; l'histoire mouvementée du site et la présence de stèles funéraires anthropomorphes brisées signalent une société assez instable, contrôlée par des familles regroupées autour d'un ancêtre commun (société lignagère).

Auteur(e): Philippe Curdy

1.1.3 - L'âge du Bronze

Au début de l'âge du Bronze (env. 2200-1500 av. J.-C.), une culture préhistorique particulière est identifiée, la civilisation du Rhône, en relation avec l'exploitation probable des gisements de cuivre proches, dans les vallées de Tourtemagne, d'Hérens ou d'Anniviers. La fin de l'âge du Bronze est moins connue; à cette époque, l'influence du sud des Alpes semble marquer plus fortement le Haut-V. que l'aval de la vallée du Rhône. L'habitat en plaine se maintient aux mêmes emplacements qu'auparavant (Sion, Rarogne, Collombey-Muraz, etc.). Au-dessus de 1000 m apparaissent des habitats fortifiés, dans des zones jusqu'alors quasiment désertes: collines du Schlosshubel à Grengiols, de Kasteltschuggen à Zeneggen et du Scex Rouge à Fully. La pratique de l'estivage des troupeaux en altitude s'est probablement maintenue. Au niveau des pratiques funéraires, l'inhumation individuelle en fosse est la règle; les bijoux et les armes en bronze qui accompagnent le défunt témoignent de son rang élevé au sein de la société. Vers la fin de l'âge du Bronze, la pratique de l'incinération apparaît de façon sporadique. Comme dans les autres régions alpines, des dépôts d'objets de prestige, isolés ou regroupés (épingles, poignards, lames de hache, etc.), sont signalés jusqu'en haute altitude, ainsi à 2710 m au col de Torrent (comm. Evolène); ils témoignent peut-être d'un culte aux divinités topiques.

Auteur(e): Philippe Curdy

1.1.4 - L'âge du Fer

A l'âge du Fer (800-15 av. J.-C.), des nécropoles apparaissent jusqu'en moyenne montagne, en relation probable avec l'existence des premiers habitats permanents à ces altitudes, comme Loèche-les-Bains, Oberstalden (comm. Visperterminen), Bluche (comm. Randogne). Certaines vallées comme le Lötschental ou la vallée de Loèche, quasiment désertes aux époques antérieures, vont être occupées durablement. Ces phénomènes sont à mettre en rapport avec l'accélération des échanges transalpins par les cols. Sur le plan culturel, les communautés du V. entretiennent des contacts autant avec le nord qu'avec le sud des Alpes. Des particularismes microrégionaux sont observés dans les modes vestimentaires, comme les parures annulaires (bracelets, anneaux de chevilles connus dans les premières publications scientifiques sous le nom de "bracelets valaisans"). Si la pratique de l'incinération est attestée, discrètement, à la fin de l'âge du Bronze et au début de l'âge du Fer, l'inhumation redevient rapidement la norme: le défunt est allongé dans une fosse parfois recouverte par un tertre funéraire (nécropole de Don Bosco, comm. Sion). Comme à l'âge du Bronze, des sites fortifiés de faible superficie sont établis sur des éminences; au Ier s. av. J.-C., certains d'entre eux pourraient être assimilés aux castella, dont l'existence est attestée en V. par Jules César. Celui-ci cite trois des quatre tribus celtes qui occupaient le V.: les Nantuates (dans le Chablais), les Véragres (dans la région de Martigny) et les Sédunes (en V. central), qui toutes figurent, avec la quatrième tribu des Ubères (en Haut-V.), sur le tropaeum Alpium de La Turbie.

Auteur(e): Philippe Curdy

1.2 - Epoque romaine

Après la tentative manquée de César de mettre la main sur le débouché septentrional du col du Grand-Saint-Bernard (bataille d'Octodurus, à la fin de l'an 57 av. J.-C.), les quatre tribus du V. demeurent indépendantes, mais doivent compter sur la présence proche de Rome, notamment depuis la conquête de la vallée d'Aoste en 25 av. J.-C. (Salasses).

1.2.1 - La conquête

La haute vallée du Rhône est sans doute intégrée suite à l'expédition militaire menée par Drusus et Tibère en 16/15 av. J.-C., qui repoussa les frontières de l'Empire sur le Rhin et le Danube. Les quatre tribus du V. sont alors incorporées à la province de Rhétie-Vindélicie, dont la capitale est en Bavière. Sous le règne de Claude (41-54 apr. J.-C.), elles en sont détachées pour former une province alpestre, souvent (ou toujours) réunie aux Alpes Grées (la Tarentaise, sur le versant occidental du col du Petit-Saint-Bernard) sous l'autorité d'un procurateur résidant tantôt à Forum Claudii Vallensium (Martigny), ville neuve créée à cette époque à côté du bourg celte d'Octodure, tantôt à Forum Claudii Ceutronum (Aime-en-Tarentaise). Cette organisation territoriale traduit l'importance que les Romains accordent au contrôle et à l'entretien des voies qui relient l'Italie aux provinces gauloises et germaniques, notamment celle qui passe par le Grand-Saint-Bernard, route la plus directe entre l'Italie et la Grande-Bretagne: le nom donné à ce district, la Vallis Poenina , est significatif: il dérive du nom de ce col et du dieu indigène qui y est vénéré, Poeninus.

Auteur(e): François Wiblé

1.2.2 - La romanisation

Les quatre tribus celtes ne forment dès lors plus qu'une seule cité (Civitas), la civitas Vallensium, administrée depuis la "capitale" Martigny par deux duoviri, assistés de deux aediles, et par un sénat local formé par des décurions (aucune attestation formelle de cet ordre). Par l'exercice d'une magistrature, dans cette cité de droit latin, les membres de l'élite locale deviennent citoyens romains de plein droit, avec les avantages que cela procure. L'émulation ainsi suscitée accélère le processus de romanisation, tant à Martigny que dans leurs lieux de résidence (régions de Saint-Maurice-Massongex, de Sion et de Sierre), que certains ne quittent que pour exercer des magistratures dans le chef-lieu. Cette acculturation s'observe principalement en Bas-V., le long de la voie du Grand-Saint-Bernard et dans le V. central, jusqu'au bois de Finges qui a de tout temps marqué une limite. En amont, dans le territoire des Ubères, que ne traverse aucune voie de commerce à longue distance, les hommes continuent à vivre pendant toute l'époque romaine selon leurs anciennes coutumes, même s'ils se procurent quelques biens d'importation romains, et habitent dans des cabanes rudimentaires comme leurs ancêtres, ainsi que l'ont montré les fouilles des agglomérations indigènes de Gamsen (comm. Brigue-Glis) et d'Oberstalden.

Aucune rupture liée à la conquête n'est perceptible; des agglomérations telles Tarnaiae (Massongex), Martigny (même si on n'a pas encore repéré le bourg gaulois d'Octodure), Sion ou Gamsen continuent d'être habitées par la même population. Les nécropoles de Fully et de Riddes, comme celle de Schmidigenhäusern (comm. Binn), illustrent également une permanence dans l'occupation des lieux. La Vallis Poenina comprend tout l'actuel canton du V. - à l'exception peut-être de la région de Gondo (la frontière devant passer par la crête des Alpes) -, et vraisemblablement le Chablais vaudois, si l'on considère que Villeneuve en était le port naturel sur le lac Léman. Aucun autre indice ne permet de situer la limite entre les Helvètes et les Nantuates en direction de Lousonna (Lausanne).

Loin des conflits qui opposent régulièrement les Romains à leurs voisins, le V. vit pendant plus de trois siècles une période de prospérité, dans un cadre politique et social stable; la liberté de circulation et la sécurité des communications favorisent les contacts et les échanges avec toutes les régions de l'Empire. La voie du col du Grand-Saint-Bernard, praticable toute l'année, est régulièrement entretenue et dotée de refuges (Plan de Barasson), de relais et de gîtes d'étape (Martigny, probablement Massongex). On établit, notamment à Acaunus (Saint-Maurice), des postes de douane de la quadragesima Galliarum (taxe de 2,5%, prélevée sur toute marchandise franchissant les Alpes). Des soldats détachés de légions stationnées sur le Rhin assurent le contrôle des routes ou appartiennent à l'état-major du gouverneur dans la capitale de la province, mais aucune troupe n'est stationnée dans la vallée pendant l'Empire, aucune agglomération n'est fortifiée. Le long de la route du Grand-Saint-Bernard, la population locale est en contact étroit avec les voyageurs, les marchands et les militaires. Guides, conducteurs de mulets, aubergistes, marchands, artisans, cantonniers, constructeurs, paysans, tous en tirent de substantiels gains. L'exploitation des ressources naturelles (produits agricoles et d'élevage, bois, minéraux, matériaux de construction) est également une source de revenus pour la population, composée essentiellement d'indigènes, comme le montre l'onomastique, les allogènes (Romains, Italiens, etc.) ne constituant qu'une infime minorité des résidants.

Les agglomérations sont pourvues de monuments publics prestigieux, en particulier à Martigny (forum, amphithéâtre, thermes, temples, fontaine), mais aussi à Massongex et à Sion (thermes), dont certains sont offerts ou restaurés par des gouverneurs de la province. Pour autant que l'on participe aux cultes officiels de l'Empire, les Romains sont tolérants à l'endroit des divinités locales; ils ne cherchent pas à imposer leur panthéon. Ainsi, à Martigny, l'ancien temple gaulois, intégré dans le vaste complexe religieux (temenos) lié à une station routière, est fréquenté jusqu'à la fin du IVe s. apr. J.-C. Les anciennes divinités indigènes prennent parfois une apparence plus classique et ne sont souvent connues que par le nom du dieu romain auquel elles ont été assimilées (selon le phénomène de l'interpretatio romana), sans y correspondre pleinement, tel Mercure honoré dans ce temple.

Auteur(e): François Wiblé

1.2.3 - Le Bas-Empire

Le verrou de Saint-Maurice, que l'on pouvait bloquer avec une poignée d'hommes, a certainement fonctionné, notamment pendant la période d'insécurité qui caractérise la seconde moitié du IIIe s. apr. J.-C. Une inscription datée entre 270 et 326 apr. J.-C., à l'époque du martyre de la Légion thébaine, signale que Junius Marinus, ancien haut officier de la garde impériale, mourut au cours d'un combat l'opposant à des ennemis "réguliers", qui furent apparemment repoussés, car en amont de la cluse de Saint-Maurice, on ne constate aucun signe de rupture dans l'occupation du site de Martigny. Le V. reste un havre de paix dans lequel vivent des familles appartenant à l'ordre sénatorial (Saint-Maurice, Sion, Sierre). Jusque vers 350 apr. J.-C., la pax romana assure aux habitants du V. un cadre politique, social et économique structuré et stable. Un ralentissement des travaux de construction publics et surtout privés est perceptible à partir du milieu du IIIe s. Un siècle plus tard, le déclin devient manifeste. Les causes en sont apparemment multiples: crise économique, baisse des échanges commerciaux, routes mal entretenues et peu sûres, affaiblissement du pouvoir impérial et local dus à la pression de peuples dits barbares, etc. A l'instar d'autres agglomérations, Forum Claudii Vallensium, dont la prospérité est essentiellement liée au volume du trafic drainé par le col du Grand-Saint-Bernard, dépourvu de défenses, périclite.

L'abandon partiel des localités se fait apparemment au profit de l'habitat dispersé; les villae, résidences de propriétaires terriens aisés, dont la construction remonte souvent au Haut-Empire, continuent d'être occupées, notamment à Marendeux (comm. Monthey), Plan-Conthey (comm. Conthey), Ardon et Saillon. Dans la plupart de ces établissements ou à proximité immédiate, on aménage au haut Moyen Age un premier lieu de culte chrétien ou un édicule funéraire, qui est à l'origine de l'église ou de la chapelle actuelle.

Auteur(e): François Wiblé

1.3 - Haut Moyen Age

A la fin de la période romaine, de nouvelles réalités religieuses et politiques se dessinent, qui vont caractériser tout le haut Moyen Age et modifient l'importance des trois localités dominantes jusqu'alors, Octodure/Martigny, Agaune/Saint-Maurice et Sion, les autres n'ayant qu'un rayonnement local.

1.3.1 - Christianisation, diocèse et paroisses

L'attestation d'une présence chrétienne remonte à une inscription de l'an 377 découverte à Sion. Le premier évêque du V., Théodore (saint Théodule), institue à Agaune vers 380 le culte de Maurice et de ses compagnons de la Légion thébaine, massacrés pour leur foi un siècle plus tôt. La fondation en 515 de l'abbaye de Saint-Maurice par le roi burgonde Sigismond rehausse l'éclat exceptionnel et durable de ce culte.

Le territoire original du diocèse de Sion, dont le siège initial est Octodure (Martigny), s'étendait en direction de Lausanne, à l'est d'une ligne Lausanne-Estavayer-le-Lac. La création, plus tardive, du diocèse de Lausanne au VIe s. le réduit considérablement, sans priver l'abbaye de Saint-Maurice ni l'évêque de leurs possessions dans l'actuel canton de Vaud. La limite, au tournant du Xe s., est fixée à l'Eau-Froide, à Villeneuve (VD). Le diocèse dépend dès le Ve s. de l'archevêché de Vienne, puis est rattaché à la fin du VIIIe s. à celui de Tarentaise, nouvellement créé. En raison de conflits avec les moines de Saint-Maurice et pour se protéger des armées ennemies comme celle des Lombards (573/574), le siège épiscopal est transféré à Sion entre 565 et 585.

L'évêque de Lyon s'étonnait au milieu du Ve s. qu'il y ait encore des païens en V. Si une cathédrale est attestée à Martigny dès ce même siècle, la première église funéraire de Sion, celle de Sous-le-Scex, date de la fin du IVe ou du début du Ve s.; un édifice chrétien, à vocation plus locale, remonterait en fait déjà au troisième quart du IVe s., voire plus tôt. Le plus ancien réseau d'églises paroissiales est en place dès la fin du VIe s. (Glis, Géronde/Sierre, Bramois, Sion, Ardon, Saillon, Martigny, Saint-Maurice, Muraz). De nouvelles paroisses surgissent aux VIIIe-IXe s. (Villa/Sierre, Nax), d'autres aux IXe-Xe s. (Nendaz, Loèche et Bourg-Saint-Pierre où un monastère-hospice est cité dans les documents av. 812/820).

Auteur(e): Gilbert Coutaz

1.3.2 - De nouveaux maîtres

Circonscription administrative de l'Empire romain vers 400 encore, le V. entre volontairement avec d'autres cités proches, qui refusaient elles aussi de payer l'impôt à l'empereur Majorien, dans l'orbite des rois burgondes en 457. Ceux-ci battus par les Francs en 534, il est dès lors rattaché aux royaumes francs. Deux évêques de Sion, Leudemond en 613 et Amatus (673/691) tentent de favoriser le retour au pouvoir de rois burgondes.

Le V. est compris dans le pagus Ultrajoranus (futur duché d'Outre-Jura), lorsque celui-ci est créé en 561 à l'occasion d'un partage entre les fils de Clotaire Ier. Il acquiert une individualité, avérée au moins dès 839, en tant que comitatus Vallissorum (comitatus Valensis en 985). A partir de 930, les chartes désignent par l'expression Caput lacense (d'où le terme Chablais) les terres relevant exclusivement de l'abbaye de Saint-Maurice, allant du Léman à la région du Trient. Les limites du comté du V. sont ainsi repoussées en-dessous de Martigny.

L'importance religieuse, politique et stratégique du V. est vérifiée à plusieurs reprises durant le haut Moyen Age. De saint local, saint Maurice est successivement saint des Carolingiens, des rois de Bourgogne et des Ottoniens. Malgré des années de fléchissement, la route du Mont-Joux (Grand-Saint-Bernard) demeure l'accès privilégié pour se rendre du nord au sud de l'Europe, de France en Italie. Elle attire la convoitise des souverains, notamment de Charlemagne et de Louis le Pieux qui s'assurent du contrôle de l'abbaye de Saint-Maurice et du diocèse de Sion. En 839, à Worms, le V. est rattaché à la partie de l'empire attribuée à Lothaire Ier, ce que confirme le traité de Verdun en 843, évitant que tous les cols soient entre les mains du même souverain. C'est à Saint-Maurice que Rodolphe Ier se fait couronner roi de Bourgogne en 888; lui et ses successeurs traitent l'abbaye en commende, à l'instar des empereurs Lothaire Ier (795-855) et Lothaire II (env. 834-869). Ils lui accordent de nombreuses possessions le long de l'axe routier nord-sud et en font leur chancellerie. Les diocèses de Sion et de Lausanne constituent le centre de leur royaume, entre 888 et 1032.

Autour de l'an mille, le V. connaît une période d'essor. Une nouvelle cathédrale est construite à Sion, dédiée à Marie (Notre-Dame de Sion ou du Glarier), alors que l'abbaye de Saint-Maurice est entièrement reconstruite. Après son rattachement au Saint Empire (effectif en 1034), le V. est victime des pouvoirs seigneuriaux locaux et perd son unité politique dès le milieu du XIe s.

Les relations souvent conflictuelles entre l'abbaye et l'évêque se mesurent au souci constant d'indépendance de la première, mise au bénéfice d'un privilège immunitaire du pape Eugène Ier (654-657), par rapport au pouvoir du second. Si l'évêque obtient en 999 du roi Rodolphe III les droits comtaux sur le V., le roi restitue en 1018 à l'abbaye l'ensemble de ses biens valaisans et lui évite d'avoir une autorité supérieure à la sienne.

Auteur(e): Gilbert Coutaz

1.3.3 - Economie et société

Les localités de l'époque romaine sont en partie abandonnées au profit d'un habitat plus dispersé. Le transfert du siège épiscopal à Sion n'entraîne guère, avant le XIe s., la croissance de la ville. Les Valaisans vivent non seulement dans les régions de plaine (Gamsen/Waldmatte, Susten, Tourtemagne, Loèche, Salquenen, Bramois) et de moyenne montagne (Oberstalden), mais aussi dans les zones montagneuses (Vollèges), jusque dans les fonds des vallées de Conches, Binn et Zermatt. L'écroulement d'une partie d'une montagne, probablement le Grammont, provoque en 563 l'ensevelissement du bourg de Tauredunum et un véritable raz-de-marée à travers tout le lac Léman. L'essentiel des ressources provient de l'agriculture et de l'élevage, les forêts et les marais de la plaine fournissant des produits divers et importants. Les échanges économiques s'opèrent par les cols.

La population parle massivement une langue romane. Il faut attendre la pénétration, entre le VIIIe et le IXe s., de groupes germanophones dans le Haut-V. à l'habitat moins dense et plus tardivement gagné au christianisme, pour qu'une première frontière linguistique sépare les populations romane et germanique, à hauteur de Gampel et Steg.

Sous l'influence chrétienne (burgonde et franque), de nouveaux rituels sont introduits dans les pratiques funéraires: inhumation individuelle, orientation ouest-est systématique des sépultures. Les cimetières autour des églises remplacent les nécropoles en campagne (fin VIIe-début VIIIe s.).

Auteur(e): Gilbert Coutaz

2 - Du Moyen Age à la fin de l'Ancien Régime

L'état des sources ne permet pas de décrire les structures politiques au sein du comitatus Vallensis avant le XIe s. Pour mieux lier l'évêque de Sion à sa couronne et renforcer son autorité, le roi Rodolphe III de Bourgogne lui fait don en 999 du comté du V. Il crée ainsi la principauté épiscopale de Sion, qui reçoit l'immédiateté impériale en 1032.

2.1 - Structures seigneuriales au Moyen Age

Le comte-évêque contrôle dès lors le territoire allant de Martigny au col de la Furka, tandis que les comtes de la maison de Savoie, avoués de l'abbaye de Saint-Maurice, établis dans le Chablais, dominent dès le XIIe s. la région située entre le coude du Rhône et le Léman. Au XIIIe s., les comtes de Savoie pénètrent en V. central; ils conquièrent ou achètent des seigneuries, édifient d'imposantes forteresses (comme Montorge) aux portes de Sion, siège épiscopal, et s'efforcent sans succès de mettre la main sur le col du Simplon. Au XIVe s., dans le cadre de leur politique d'expansion, ils imposent à certains moments leur contrôle sur le siège épiscopal et, pour le rétablir, font marcher leurs troupes sur Sion en 1352 et 1384. Mais ils échouent à soumettre entièrement le V., ce qui aboutit à la division entre un V. savoyard et un V. épiscopal. Le traité de 1392 fixe la frontière à la Morge de Conthey et élimine les enclaves.

A côté de ces blocs qui, au XIIe s. déjà, s'imbriquent l'un dans l'autre et se renforcent, il reste peu de place à la noblesse locale pour édifier des seigneuries féodales autonomes. De nombreux châteaux forts sont construits au milieu du XIIe s., mais ce ne sont généralement pas des centres seigneuriaux, rôle qu'exerceront dès le XIIIe s. les bourgades savoyardes de Saillon, Saxon et Conthey, ainsi que les sièges administratifs épiscopaux de Sion, Loèche, Rarogne et Naters. Les seigneuries, peu étendues pour la plupart, souvent d'origine allodiale, ne survivent qu'en s'inféodant au comte de Savoie ou à l'évêque, à moins qu'elles n'appartiennent à une abbaye (Saint-Maurice par exemple). Au milieu du XIIIe s., Pierre II de Savoie introduit sur ses terres, à la place du système féodal, le réseau administratif dense et efficace des châtellenies. A l'apogée du mouvement (fin du XIVe s.), les châtellenies de Monthey et Saint-Maurice dans le Chablais valaisan (qui servent d'apanage au XIIIe s.) et, en amont, celles de Martigny, Entremont, Saxon, Saillon et Conthey constituent l'essentiel du bailliage du Chablais, géré par le châtelain de Chillon.

Dans le V. épiscopal en revanche, le système féodal subsiste, sans mise en place d'une organisation administrative territoriale. Principal seigneur foncier, l'évêque institue des fonctionnaires, les vidomnes qui exercent les haute et basse justices, les majors et les châtelains qui gèrent ses biens avec l'aide des métraux. Il s'appuie sur quelques familles nobles, parfois immigrées, en particulier les comtes de Granges, les barons de la Tour et ceux de Rarogne qui ont édifié leurs seigneuries entre le XIe et le XIIIe s. Des membres de ces familles exerceront encore une forte influence comme évêques ou grand bailli jusqu'au bas Moyen Age. Dans la seconde moitié du XIIIe s., les seigneurs d'Ornavasso s'établissent en V., suivant les traces d'autres nobles lombards ou piémontais qui ont été écartés sous la pression croissante du mouvement communal. En donnant des charges et des terres à titre héréditaire aux familles nobles qui les servent, les évêques de Sion finissent par mettre en danger leur propre pouvoir; c'est pour tenter de reprendre la main qu'ils se rapprochent des communes valaisannes en plein essor.

Auteur(e): Gregor Zenhäusern / PM

2.2 - Mouvement communal et formation territoriale (XIIIe-XVe siècles)

2.2.1 - Naissance et consolidation des dizains

A côté des communes urbaines (Saint-Maurice, Martigny, Sion, Sierre, Loèche, Rarogne, Viège, Naters-Brigue), des communitates rurales sont attestées dans tout l'évêché dès le XIIIe s. Le morcellement géographique du V. favorise l'apparition d'associations de voisinage dans le cadre de la seigneurie foncière. Dans la partie savoyarde, les structures territoriales centralisatrices posent d'étroites limites au mouvement communal, malgré l'autonomie reconnue dans des "franchises" (par exemple à Sembrancher en 1239). En revanche, la mainmise seigneuriale insuffisante stimule l'autonomie communale dans la partie épiscopale, où des alleux paysans isolés sont repérables au XIIe s. Mentionnées pour la première fois en 1286, les communitates terre Vallesii participent activement à la vie politique du pays dès la fin du XIIIe s., à côté de la noblesse et du clergé. Elles sont issues de la bourgeoisie de Sion ou se sont formées dans les centres des seigneuries foncières et justicières de l'évêque; elles constituent des corps politiques régionaux qui, au XIVe s., donneront naissance aux dizains (lat. decima; desenus), d'abord au nombre de dix, réduits à sept dès le XVe s.: Martigny et Ardon-Chamoson (savoyards en 1384), Sion, Sierre, Loèche, Rarogne et Mörel (Rarogne-Mörel dès le XVe s.), Viège, Naters-Brigue et Ernen-Conches. Ces communautés consolident leur position en se mettant généralement du côté de l'évêque, à l'extérieur contre le comte de Savoie, à l'intérieur contre les nobles rebelles (révolte de Pierre IV de la Tour en 1294-1299). Quelques évêques, comme Philippe de Chambarlhac, confirment les coutumiers des communes et accordent de nouvelles franchises (Martigny et Sion en 1338 et 1339, Loèche en 1338) qui instituent des assemblées délibératives et des autorités communales (sindici) indépendantes du vidomne épiscopal. Cette émancipation des communes entraîne leur participation à la Diète.

Sous Guichard Tavel, évêque de Sion de 1342 à 1375, qui se met à dos le clergé, les nobles et les dizains en soutenant la Savoie, le mouvement démocratique des dizains est contrarié. Tavel refuse au baron Pierre V de la Tour la majorie épiscopale de Loèche, pour des raisons de politique territoriale. Il en résulte une guerre privée menée en 1349 par des coalitions changeantes, puis un conflit ouvert entre l'évêque et les dizains; en 1352, le comte Amédée VI vient à l'aide de Tavel et occupe le pays. Mais les dizains se divisent dans leur opposition à la domination étrangère imposée par l'évêque (qui dure jusqu'en 1361). Sous la conduite du dizain de Loèche, les représentants romands se réfèrent à l'immédiateté impériale et tentent d'obtenir en 1354 une intervention de l'empereur Charles IV; les dizains alémaniques, réunis dans l'éphémère rectorat du Haut-V. (dont le recteur est le landamman d'Uri Johannes d'Attinghausen) préfèrent se rapprocher des Waldstätten, dans le cadre de l'alliance de 1351 entre Zurich, Lucerne, Schwytz et Unterwald.

Bien que les dizains se soient réconciliés en 1355, seule la paix d'Evian arrachée à la Savoie en 1361 confère au mouvement démocratique le poids politique nécessaire au succès de la collaboration entre les gens du V. (en latin, patriote terre Vallesii, en allemand, lantlüte gemeinlich ze Wallis) et l'évêque dans une nouvelle guerre privée contre le baron Antoine de la Tour (1364-1370). Ce dernier, banni par les gens du pays pour le meurtre de Tavel (1375), vend la châtellenie de Niedergesteln-Lötschen, occupée par les dizains supérieurs, au comte Amédée VI de Savoie, lequel la cède bientôt à l'évêque Edouard de Savoie-Achaïe (1375-1386), successeur de Tavel, malgré l'opposition des dizains. Après l'expulsion de ce dernier évêque de la maison de Savoie et la campagne punitive d'Amédée VII (1384), les dizains supérieurs réussissent à empêcher une conquête du Haut-V. par la Savoie en 1388. Ils mettent ainsi hors jeu dans leur zone d'influence la noblesse favorable aux Savoie.

Auteur(e): Gregor Zenhäusern / PM

2.2.2 - Alliances et politique d'expansion

Le partage du V. en 1392 a pour effet d'orienter la politique étrangère des sept dizains vers les Confédérés, leurs voisins. En 1403, l'évêque et les dizains concluent une combourgeoisie perpétuelle avec Lucerne, Uri et Unterwald, favorable à la politique d'expansion des Confédérés dans la Léventine et le val d'Ossola. Le V. est considéré comme pays allié de la Confédération au moins depuis le renouvellement de cette alliance (1416 et 1417). L'alliance signée en 1410, par intérêt dynastique, entre l'évêque Guillaume II de Rarogne et Amédée VIII de Savoie obère cependant les relations avec les Confédérés. En 1414, l'empereur Sigismond confère à titre héréditaire au grand bailli Guichard de Rarogne la souveraineté sur le comté du V.; cela déclenche l'affaire de Rarogne, guerre privée entre les Rarogne et les dizains. L'intervention militaire de Berne aux côtés des Rarogne mène la Confédération au bord de l'éclatement. La paix signée à Evian en 1420, par l'entremise de la Savoie, scelle la chute de la maison de Rarogne. Après l'échec des tentatives des Confédérés au sud des Alpes (défaite d'Arbedo), le V. conclut avec Milan des accords sur les transports et la politique de sécurité (1422 et 1454).

Un traité d'amitié est conclu en 1446 avec Berne et la Savoie; il subit diverses violations (affaire Asperlin entre 1460 et 1482, incidents de frontière), qu'attise l'embargo économique décrété par la duchesse Yolande de Savoie en 1473. Il est rompu en 1475 quand Berne, impliquée dans les guerres de Bourgogne et isolée par la ligue de Moncalieri (Bourgogne, Savoie, Milan), envahit le Pays de Vaud et s'allie avec l'évêque et les dizains contre la Savoie. A la demande de Berne, l'évêque Walter Supersaxo attaque Conthey en novembre 1475 et bat avec l'aide de troupes auxiliaires confédérées l'armée savoyarde à la Planta à Sion. Il s'empare, lors d'une campagne rapide, du Bas-V. savoyard jusqu'à Saint-Maurice (dix-sept châteaux forts sont démantelés) et le place sous sa sujétion en 1477. La Savoie ne reconnaîtra qu'en 1528 cette annexion, légitimée par Supersaxo à l'aide de la légendaire Caroline, la prétendue donation de Charlemagne à l'évêque Théodule.

L'évêque Jost de Silenen (1482-1496), partisan de la France, porte son intérêt au sud. Après avoir renouvelé l'alliance avec Lucerne, Uri et Unterwald, il entreprend en 1484 sa première campagne dans le val d'Ossola, qui relève de Milan. L'expédition échoue et aboutit, face au refus des Valaisans d'évacuer le haut du val d'Ossola, à l'affaire dite des Valaisans, dans laquelle s'entremettent les cantons confédérés et qui se termine, en 1487, par la deuxième campagne de Silenen et par sa défaite de Crevola face aux troupes milanaises. Le conflit, après d'autres passes d'armes en 1493-1494, se résout en 1495 par un accord avec Milan. La frontière est fixée près de Gondo et ne changera plus. Chassé de Sion en 1496 en raison des échecs de sa politique expansionniste, Silenen est destitué par le pape en 1497.

Auteur(e): Gregor Zenhäusern / PM

2.3 - Histoire politique sous l'Ancien Régime

2.3.1 - Naissance de la République des dizains

Jusqu'en 1613, le V. forme une collectivité indépendante dans laquelle cohabitent le pouvoir du prince-évêque de Sion, seigneur temporel du pays, et celui des dizains, renforcé depuis le bas Moyen Age. Le conflit opposant l'évêque Mathieu Schiner (1499-1522), tenant d'une politique étrangère antifrançaise au service de Milan, de l'empereur et du pape, à Georges Supersaxo, partisan de la France, conflit qui s'envenime après Marignan (1515, échec personnel de Schiner), permet aux dizains d'élargir leurs compétences politiques. L'évêque voit ses droits temporels rognés par la "paix des Patriotes" (Landfrieden der Landleute) de 1517; puis la Diète limite sa marge de manœuvre politique, administrative et judiciaire par les statuts (Landrecht) de 1571 qui constatent par écrit le pouvoir des dizains. La Réforme accélère la transformation de la principauté épiscopale, politiquement et confessionnellement divisée après le règne de Schiner, en république, car les élites urbaines du XVIe s. et du début du XVIIe, en défendant la doctrine protestante, contestent aussi la puissance temporelle de l'évêque. En outre, la gestion des pays sujets et la politique étrangère offrent maintes occasions de dispute entre l'évêque et les dizains.

Au début du XVIIe s., la lutte pour le pouvoir entre le prince et les communes se résout au profit des dizains. En 1613 provisoirement (et définitivement en 1634), les patriotes, c'est-à-dire les membres des familles les plus influentes du pays, obligent l'évêque et le chapitre cathédral de Sion à renoncer à la Caroline et donc à la souveraineté. En bornant le rôle politique du prince-évêque à des droits honorifiques, comme la présidence de la Diète, et en excluant le chapitre de celle-ci, ils mettent fin au pouvoir temporel du clergé. Bien que l'évêque garde jusqu'en 1798 son titre de prince d'Empire (comes et praefectus, soit comte et préfet du V.), les communes et les dizains imposent des structures démocratiques. Les sept dizains (Brigue, Conches, Loèche, Rarogne, Sierre, Sion et Viège), qui regroupent des communes autonomes, constituent le Pays du V., désigné comme république démocratique pour la première fois en 1619. Aux XVIIe et XVIIIe s., des tendances se dessinent à la centralisation et à l'accaparement légal des charges publiques et des postes lucratifs, ce qui conduit au contrôle de la vie politique par le patriciat, non sans susciter des troubles ici et là. En 1732 par exemple, une landsgemeinde tenue à Viège proteste en vain contre les privilèges de Sion et des patriotes au pouvoir.

Auteur(e): Marie-Claude Schöpfer Pfaffen / PM

2.3.2 - La Réforme

Embrassée surtout par des membres des élites pour des raisons souvent politiques, la Réforme provoque certes l'apparition dès les années 1520 de cercles protestants influents, mais sans entraîner de rupture avec l'Eglise catholique. Dans la seconde moitié du XVIe s., la faiblesse des évêques, les abus ecclésiastiques et les louvoiements de la politique étrangère des dizains favorisent l'essor du mouvement protestant. Bien que la Diète tente de limiter les ardeurs réformatrices, par exemple en interdisant en 1591 le culte protestant, les dizains restent divisés sur la question religieuse. Tandis que celui de Conches (Gomesia catholica), attaché à ses particularités et lié étroitement à la Suisse centrale catholique, et celui de Brigue, rival économique du Bas-V., sont les principaux adversaires de la foi nouvelle, des familles influentes, surtout à Sion et Loèche, confessent celle-ci au début du XVIIe s. En 1604, l'évêque, le chapitre et les quatre dizains supérieurs imposent un arrêté de la Diète qui interdit le culte protestant en V., menace les récalcitrants d'expulsion et exclut les réformés des charges publiques. Mais un compromis trouvé en 1606 et plusieurs prolongations du délai d'expulsion (porté à 1660) font que les protestants sont tolérés; leur nombre diminuera sous l'influence de la Réforme catholique.

Le triomphe du catholicisme au XVIIe s. est surtout dû à l'œuvre missionnaire des capucins et des jésuites. Tandis que les premiers se consacrent dès 1597 à la recatholicisation du V., par la prédication et la fondation de couvents (Saint-Maurice en 1611, Sion en 1631, Brigue en 1659), les jésuites portent leurs efforts sur l'éducation; ils gèrent des écoles avant leur expulsion à Ernen (1607-1615), Sierre (1608-1609), Venthône (1609-1627), Sion et Brigue (1625-1627), puis après leur rappel à Sierre (1651-1660), Loèche (1660-1662), Brigue (1662-1774) et Sion (1734-1774). La Contre-Réforme et la Réforme catholique culminent dans la seconde moitié du XVIIe s. et au XVIIIe dans une brillante renaissance de la vie religieuse, dans des fondations de paroisses et une floraison de l'architecture sacrée.

Auteur(e): Marie-Claude Schöpfer Pfaffen / PM

2.3.3 - Politique étrangère

La politique de grande puissance de l'évêque Mathieu Schiner, dirigée contre la France et la Savoie, se traduit par des relations étroites entre le V. et la Confédération, surtout Berne (alliance de 1500), Uri, Schwytz et Unterwald. En 1516, les dizains adhèrent à la Paix perpétuelle entre la France et la Confédération; sous Georges Supersaxo, ils concluent une alliance avec les cantons suisses (sauf Zurich), qui favorise le recrutement de mercenaires par la France. La combourgeoisie de 1416 avec les cantons catholiques élargie en 1529, est régulièrement renouvelée jusqu'en 1780; bien qu'elle implique des obligations dans le domaine confessionnel, la politique d'expansion face à la Savoie crée parallèlement des liens avec les Bernois protestants. Sans tenir compte de l'alliance conclue en 1528 avec la Savoie, les dizains occupent en 1536 Monthey et Evian, dans la foulée de l'offensive bernoise au Pays de Vaud. Le V. conclut à nouveau une alliance avec Berne en 1589 (renouvelée en 1602, 1618 et 1643); des conflits de juridiction et de frontière (surtout à la Gemmi, au pont de Saint-Maurice et au Sanetsch) troublent cependant leurs relations et le V. participe parfois, dès 1689, aux rencontres de la Ligue d'Or et dès 1697 aux pourparlers secrets, anti-bernois, des trois villes catholiques de Fribourg, Lucerne et Soleure.

Les relations des dizains avec les Etats européens sont influencées par le service étranger, important sur le plan économique. Les Valaisans servent surtout en France. Après avoir adhéré à la Paix perpétuelle de 1516, les dizains s'associent aux alliances des XIII cantons (1521, 1549, 1564, 1582, 1602, 1663 et 1777), lesquelles garantissent les pensions annuelles et des livraisons de sel, et à celle des cantons catholiques (1715) avec la France (Trücklibund). A la fin du XVIe s. et au XVIIe, la France et le Milanais espagnol se livrent à une lutte d'influence en V. Mais après la conquête de la Franche-Comté par Louis XIV (1674), le V. perd d'un coup son importance stratégique pour l'Espagne, qui renonce à poursuivre ses efforts en vue d'une alliance, efforts commencés dans la seconde moitié du XVIe s. et qui s'étaient heurtés d'abord à l'opposition des dizains inférieurs et de la France. Celle-ci, avec qui les relations s'intensifient à la fin du XVIIe s., entretient en V. des agents et, dès 1744, des résidents permanents.

Auteur(e): Marie-Claude Schöpfer Pfaffen / PM

2.3.4 - Le Valais prérévolutionnaire

Au XVIIIe s., les redevances et péages abusifs suscitent des plaintes fréquentes dans le Bas-V. sujet des sept dizains (gouvernements de Monthey et Saint-Maurice). Le mécontentement dû au comportement arbitraire du gouverneur de Monthey Hildebrand Schiner culmine en 1790 dans un soulèvement que la Diète maîtrise rapidement en envoyant des troupes. En 1791, les dizains répriment un complot (conjuration des Crochets), font exécuter les meneurs à Sion et soumettent le territoire entre Martigny et Le Bouveret à une occupation militaire. Après la reconnaissance de la République française par le V. (1796), le résident français à Saint-Maurice, Michel-Ange-Bernard de Mangourit, promeut la révolution dans le Bas-V., dès 1797. Après la proclamation de l'indépendance vaudoise (24 janvier 1798), le premier arbre de la liberté est dressé à Saint-Maurice le 28. La commune de Monthey et d'autres s'étant ralliées au mouvement, la Diète accorde au Bas-V. la liberté et l'indépendance le 22 février. Une nouvelle Constitution régit l'éphémère République valaisanne et ses dix dizains (les sept anciens, plus Entremont, Monthey et Saint-Maurice), qui est intégrée à la République helvétique en avril 1798, sur pression de la France.

Auteur(e): Marie-Claude Schöpfer Pfaffen / PM

2.4 - Gouvernement et administration de 1613 à la fin de l'Ancien Régime

2.4.1 - Organisation du pays

Après la fin du régime d'assemblée d'états en 1613, le V. devient la République des sept dizains, alliance de fédérations de communes. Au sein des dizains, le pouvoir suprême appartient aux communes, mais leurs droits sont de plus en plus usurpés par le Conseil du dizain. Le fonctionnement interne de la commune est basé essentiellement sur le droit coutumier et les statuts communaux (Bauernzunft). A sa tête, on trouve un châtelain, élu à la Saint-Martin (11 novembre), doté de compétences administratives et judiciaires. Des procureurs peuvent être désignés pour s'occuper d'objets particuliers. Chaque commune envoie au Conseil du dizain deux ou trois représentants, qui doivent s'en tenir aux instructions reçues. Les communes, qui veulent défendre devant la Diète un autre point de vue que celui de leur dizain, nomment un procureur, dont le mandat est limité à l'affaire en question.

Les dizains sont tous organisés de façon analogue. Chacun est divisé en tiers ou quarts (celui de Brigue en Gumper), qui fournissent à tour de rôle les membres de ses autorités. Son plus haut magistrat est le grand châtelain (grand major dans quelques dizains), qui convoque et préside l'assemblée et le Conseil du dizain. Il fait appliquer les décisions de ce dernier, s'occupe de la correspondance, scelle les traités, répartit les pensions publiques et fait fonction de juge. Elu pour un ou deux ans, il est rééligible (mais pas immédiatement). Il est assisté par un vice-châtelain (souvent son prédécesseur ou son successeur), un secrétaire (curial) et un sautier. Pour préparer les séances du Conseil, il peut faire appel à un Petit Conseil ou Conseil secret, composé de représentants d'un seul tiers (ou d'un seul quart). Les autorités militaires sont le banneret, gardien de la bannière et responsable des enrôlements, et le capitaine du dizain, qui commande le contingent. Ces deux charges prestigieuses sont conférées à vie. Grand châtelain, banneret et capitaine sont dédommagés grâce à l'argent des pensions.

Le pays comprend les sept dizains et leurs territoires sujets communs, dont le plus ancien, acquis par les cinq dizains supérieurs à l'expulsion des barons de la Tour (1376) est la châtellenie de Niedergesteln-Lötschen (qui s'affranchit en 1790). A cela s'ajoutent en 1475 le gouvernement de Saint-Maurice (dit jusqu'en 1536 gouvernement en dessous de la Morge) et en 1536, avec la conquête du Chablais, les gouvernements de Monthey et d'Evian. Le territoire de l'abbaye de Saint-Jean-d'Aulps est séparé d'Evian en 1538 sous le nom de gouvernement de la vallée d'Aulps. Les gouverneurs sont élus pour deux ans tour à tour par chacun des sept dizains. Ils doivent rendre compte de leur administration chaque année devant la Diète. Au traité de Thonon (1569), le V. rend à la Savoie Evian et la vallée d'Aulps; la Morge de Saint-Gingolph devient sa frontière occidentale. Monthey et Saint-Maurice restent sujets du V. jusqu'en 1798.

Auteur(e): Bernard Truffer / PM

2.4.2 - La Diète et le grand bailli

Le rôle de la Diète (lat. consilium generale, all. Landrat) dans l'administration du pays est perceptible dès le XIVe s. A l'origine, cet organe est une assemblée d'états, siégeant sous la présidence de l'évêque ou de son lieutenant, un laïc. Vers la fin du XIVe s., des députés (all. Boten) des dizains se substituent aux représentants des états. Le lieutenant de l'évêque, le ballivus (mentionné pour la première fois en 1275) fait place au grand bailli. Celui-ci est élu dès 1420 par la Diète, avec la participation de l'évêque et du chapitre. Il a un mandat d'une année, mais il est généralement reconduit pour une deuxième année; dès le début du XVIIIe s., il est indéfiniment rééligible. Dès 1613, il est le plus haut personnage de la République, l'évêque ayant dû renoncer à ses droits temporels. Contrairement à d'autres charges, celle de grand bailli n'est pas attribuée par rotation entre les dizains: entre 1420 et 1798, Brigue fournit dix-neuf titulaires, Conches dix-sept, Sion et Viège chacun quatorze, Loèche et Rarogne chacun neuf, Sierre cinq. Si le grand bailli vient de Sion ou Sierre, le vice-bailli vient d'un des dizains supérieurs, et inversement. Il prend à son service quelques "familiers", mais son plus proche collaborateur est le chancelier (Landschreiber) qui, souvent, aux XVIIe et XVIIIe s., lui succède.

Dès 1613, la Diète renforce sa position. L'évêque continue de la présider, mais ce rôle honorifique ne lui donne aucun pouvoir réel. C'est face au grand bailli, désormais véritable chef de l'Etat, que siègent les trente à trente-quatre députés à la Diète. Il y a chaque année deux sessions ordinaires de plusieurs jours (en mai ou juin et en décembre) et, le cas échéant, des diétines (sessions extraordinaires). Après 1613, ce n'est plus l'évêque, mais le grand bailli qui convoque et dirige les réunions, généralement tenues au château de la Majorie à Sion. Usuellement, chaque dizain envoie quatre députés aux sessions ordinaires (sauf Sion qui en désigne six ou même davantage): le grand châtelain, le banneret, le capitaine et un ancien magistrat ou un délégué d'une juridiction autonome. Rarogne et Mörel, les deux parties géographiquement séparées du dizain de Rarogne, envoient chacune leur major et leur ancien major. Les diétines ne réunissent qu'un à trois députés par dizain. Les députés votent selon les instructions de leur commune ou dizain. En cas de désaccord, ils doivent en référer à leur dizain qui leur donne de nouvelles instructions pour la session suivante (rapport ad referendum). La convocation contient une liste sommaire des objets à traiter, afin que les dizains puissent donner leurs consignes à leurs représentants. S'il survient une affaire non prévue à l'ordre du jour, les députés prennent une décision provisoire, soumise à la ratification des dizains. Au XVIIIe s., le principe de la majorité s'impose. A l'issue des sessions, le chancelier rédige un mémorandum appelé recès de la Diète, remis à chaque délégation au moment de prendre congé (d'où le terme allemand de Landratsabschiede, Abschied signifiant adieux). Il s'agit d'un résumé des débats et décisions qui demandent ratification. En général, les objets qui n'ont pas été contestés et les décisions prises à l'unanimité ne sont plus mentionnés.

La Diète est compétente pour tout ce qui concerne le V. tout entier, son organisation interne et ses relations extérieures. Elle élit l'évêque, le grand bailli et les gouverneurs, elle nomme les officiers et les cadres des troupes ainsi que les envoyés ou ambassadeurs. Elle renouvelle les alliances avec les VII cantons catholiques et avec Berne, conclut des accords avec la France (sel, service étranger), la Savoie (service étranger) et Milan (commerce). Elle émet des ordonnances, achète des armes, nomme des commissaires (des routes et des mines notamment). En outre elle approuve l'amortissement des dettes et la répartition des revenus provenant des pays sujets et des pensions publiques.

Auteur(e): Bernard Truffer / PM

2.4.3 - Chancellerie et notariat

Chancellerie et notariat font partie des droits de souveraineté (régales) compris dans la donation de 999. L'évêque en dispose donc; il inféode la première à un chancelier et plus tard au chapitre cathédral. La plus ancienne charte de la chancellerie de Sion date de 1005. Les actes dressés par des personnes assermentées sont consignés dans des registres en parchemin, puis en papier. Dès le milieu du XIIIe s., la chancellerie capitulaire se heurte à la concurrence des notaires publics nommés par l'empereur, le pape ou l'évêque. Ils supplantent les préposés du chapitre, qui néanmoins recueille dans ses archives, jusqu'à la fin du XVIIe s. les minutes (actes originaux) des notaires décédés, surtout ceux de Sion et des environs. Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, les actes notariés sont en latin. Les notaires ont pour la plupart une bonne formation; de nombreux magistrats, au niveau du dizain ou du pays, sont issus de leurs rangs.

Les archives du chapitre cathédral de Sion conservent quatre-vingt-quatre registres de chancellerie des années 1255 à 1379, qui comptent parmi les plus anciens de Suisse, et les minutes de 226 notaires. D'autres recueils de minutes, plus récents, se trouvent dans les archives des dizains et des principales paroisses.

Auteur(e): Bernard Truffer / PM

3 - Société, économie et culture jusqu'au XVIIIe siècle

3.1 - Démographie et peuplement

Il n'y a pas de données chiffrées globales sur la population du V. avant le recensement de la République helvétique. On suppose un essor lent et continu du XIe au XIIIe s., comme ailleurs en Europe. L'extension de la ville de Sion parle en faveur de cette hypothèse, tout comme la forte croissance du réseau paroissial entre 950 et 1200, qui atteint les vallées latérales et les zones d'altitude (nombreuses églises nouvelles ou agrandies). Les villages désertés vers 1300 (Giätrich dans le Lötschental) et les migrations de la même époque suggèrent que la capacité démographique, dans un environnement diversement touché par les défrichements depuis le XIIe s., a atteint ses limites. Les sources administratives savoyardes permettent des estimations plus précises et attestent une dernière phase de croissance entre 1270 et 1330. Le nombre des feux entre le Léman et Martigny, y compris l'Entremont, correspond vers 1313 à celui du recensement de 1802-1803; la ville de Sion compte 480 feux (env. 2400 âmes) en 1323 et 2247 habitants en 1802.

Dès 1330 et jusqu'au milieu du XVe s., le V. subit comme toute l'Europe un recul démographique, d'abord à cause de la peste de 1349, qui frappe en plaine davantage qu'en montagne; elle tue environ 40% de la population à Saint-Maurice et Sion, environ 33% dans l'Entremont et parvient jusque dans la vallée de Conches. Le retour régulier du fléau au XIVe s. (douze poussées après 1349) provoque des pertes importantes, alors qu'au XVe s. et au XVIe s. (où l'on compte vingt-deux et quarante-quatre "années de peste"), les épidémies sont plus locales et généralement moins meurtrières. On ne sait si la volonté de combler des pertes dues à la peste joue un rôle, à côté des motifs climatiques (phase de recul des glaciers) et économiques, dans les migrations intérieures du début du XVe s., de Zermatt vers Sion et le V. central par le col d'Hérens. Des immigrants venus d'autres régions du Haut-V. renforcent l'élément germanique dans le Bas-V. bien avant sa conquête par les sept dizains en 1475. La frontière des langues se déplace vers l'ouest; elle finit par se fixer un peu au-dessus de Sierre au XVIe s. Ainsi s'achève une progressive germanisation de la population romane, commencée avec l'arrivée des Alamans au IXe s.

Après une phase de détente (1450-1550), les pestes de 1565-1566 dans la vallée de Conches, de 1582-1584 à Sion, Sierre, Brigue, Naters et Viège, de 1628-1629 et 1638-1639 dans les dizains de Brigue et Conches emportent des villages entiers. Une faible croissance se dessine ensuite; les registres de vingt-trois paroisses du Haut-V. présentent ainsi un solde positif entre 1650 et 1850. L'effectif de la population de la ville de Sion reste stable entre 1670 et 1798; celui du dizain de Loèche est constant au long du XVIIIe s. Les pics de mortalité régionaux de 1693, 1718, 1730, 1742, 1749, 1768, dus à des épidémies et des disettes, les "crises larvées" (baisse des taux de nuptialité et de natalité) de même que les morts dus à la guerre en 1798 n'interrompent pas la tendance générale.

Auteur(e): Gregor Zenhäusern / PM

3.2 - L'économie, du Moyen Age au XVIIIe siècle

Comme dans l'Antiquité, la population valaisanne vit essentiellement de l'agriculture et de l'élevage, du transport des marchandises à travers les cols et d'un peu d'artisanat. Il n'y a guère de "révolution agricole", pas plus au Moyen Age (l'araire subsiste jusqu'au XIXe s. et la rotation triennale est tardive) qu'au XVIIIe s. (la pomme de terre est alors encore rare). Les parcelles sont petites par suite des partages et dispersées, vraisemblablement pour tenir compte des microclimats.

3.2.1 - Ressources

La production agricole subvient aux besoins du pays et dégage même des surplus. La culture des céréales est pratiquée aux lisières de la plaine entre Martigny et Loèche. Le seigle prédomine dans tout le pays, particulièrement en Entremont et dans le Haut-V., et l'orge est cultivée en aval de Saint-Maurice, à Monthey principalement. Les principaux marchés céréaliers du pays se tiennent à Sion, Martigny et Sierre. La vigne, dont le produit est destiné à la seule consommation indigène, occupe les coteaux de la rive droite du Rhône, de Saint-Maurice à Loèche, voire jusqu'à Mörel; les cépages blancs sont alors plus nombreux que les rouges. Au XVIe s., les descriptions du V. insistent sur la richesse du pays, surtout dans le Bas-V., en arbres fruitiers, amandiers et figuiers compris.

Dès la fin du XIVe s., le paysage agraire se modifie. En raison des épidémies de peste successives et de la baisse démographique qui en résulte, l'élevage se développe. Des terres, jusqu'alors réservées aux cultures céréalières, sont transformées en prairies de fauche et le réseau d'irrigation (bisses) se développe massivement dans la première moitié du XVe s., favorisant ainsi, en surface et en qualité, les herbages destinés à l'hivernage des troupeaux de bovins devenus plus importants. Les dizains de Brigue, Mörel et Conches pratiquent l'élevage du gros bétail, tandis que les vallées d'Entremont, de Bagnes, Saint-Nicolas, Saas et le dizain de Rarogne se consacrent à celui des ovins. L'abondance des troupeaux fait du V. un grand producteur de produits laitiers, principalement de beurre et de fromage.

Plusieurs mines sont exploitées dès le Moyen Age à Mörel, au Lötschental, à Ganter ou Binn, mais seules les mines d'or de Gondo et celles de plomb-argentifère de Bruson, dans le val de Bagnes, sont occasionnellement rentables. En raison des capitaux nécessaires, les concessionnaires sont soit des Valaisans influents et fortunés, tels Mathieu Schiner ou Gaspard Stockalper, soit des Confédérés, des Allemands ou des Italiens.

Chaque village possède ses propres artisans, selon les besoins de la communauté. Dans les villes et les bourgs, la main-d'œuvre qualifiée est généralement étrangère. A Sion, les métiers du bois et du cuir (tanneries) sont les plus représentés après le secteur de l'alimentation.

Auteur(e): Louiselle Gally-de Riedmatten

3.2.2 - Echanges

Entre le XIIe et le XIVe s., les comtes de Savoie et les évêques de Sion, profitant de la grande fréquentation des cols alpins (principalement le Grand-Saint-Bernard et le Simplon) aménagent la route de la vallée du Rhône pour faciliter la circulation des marchandises. Des produits de luxe, tels que des armes, des étoffes et des épices, traversent le V. en plusieurs étapes; chaque relais comprend un entrepôt, appelé souste, un péage et des infrastructures d'hébergement. Le transport est effectué par des corporations locales qui recrutent muletiers et charretiers dans le milieu rural. Au XVIIe s., de riches entrepreneurs s'arrogent le monopole de ce transit et Gaspard Stockalper développe considérablement le trafic des marchandises par le Simplon.

Le V. exporte habituellement ses surplus de céréales dans l'Oberland bernois, à Uri et dans la vallée d'Aoste. Dès la fin du XIVe s., il vend du bétail et des produits laitiers en Lombardie. Depuis le XVIIe s., il écoule du bois pour les constructions navales françaises. D'autres produits sont plus anecdotiques (châtaignes, escargots, amadou, térébenthine et cristaux de roche).

Dans les importations, le V. fait venir du fer de Franche-Comté et de Carinthie, la production locale étant insuffisante. Mais l'achat le plus important est celui de sel (500-700 t par an), indispensable aux humains, aux bêtes, à la conservation de la viande et à la fabrication du fromage. Le sel gemme de Hall au Tyrol est consommé dans le Haut-V. Le sel marin français (Peccais en Méditerranée) prédomine dans les autres dizains; grâce aux privilèges économiques accordés par les rois de France, le V. peut l'acheter en grande quantité à un prix très avantageux. Mais, à la fin du XVIe s., en raison de son renchérissement, le V. se tourne vers l'Italie (mines de Barletta dans les Pouilles et salines de Trapani en Sicile). Ce changement de fournisseur provoque d'importantes tensions politiques. Les dizains du Haut-V. désirent un accord avec le Milanais espagnol pour favoriser l'achat de sel italien; une alliance séparée en 1615 (Brigue, Conches, tiers de Mörel et Milan) est annulée en 1616 sur la pression des dizains de Sion, Sierre, Loèche et de la France. Le commerce du sel est d'abord libre, l'Etat n'intervenant que pour fixer le prix de vente aux consommateurs. Vers 1560, la Diète confie l'approvisionnement du pays à des marchands genevois, suisses et italiens. Ce n'est qu'au XVIIe s. que des hommes d'affaires valaisans, réunis en consortium, obtiennent le monopole de ce commerce. Michel Mageran, puis Gaspard Stockalper bâtissent ainsi leur fortune. Au XVIIIe s., l'approvisionnement en sel est à nouveau confié à des étrangers, les Valaisans se bornant à désigner en Diète des commissaires aux sels, chargés d'en gérer la distribution dans les dizains.

Le V. participe à l'activité mercenaire dès le XVIe s.: ses principaux clients sont la France et la Savoie. En échange, le pays reçoit sel et pensions. Les pensions françaises comprennent une pension d'Etat, d'un montant de 3000 francs, et des gratifications privées destinées aux Patriotes. L'argent est versé avec plus ou moins de régularité tout au long de l'Ancien Régime. La pension de Savoie, d'un tiers moindre que celle de France, permet aux dizains de racheter les reconnaissances féodales qui pesaient sur les territoires du Bas-V. Elle n'est plus distribuée dès le milieu du XVIIe s. Les pensions constituent un apport de numéraire intéressant dans un pays où il en circule peu. Toutefois, et au contraire du sel, le pays n'en dépend pas. Elles ne justifient donc pas, à elles seules, la participation du V. au service étranger.

En raison du manque de métal, le V. connaît une carence quasi chronique de numéraire. A partir du XVe s., les évêques émettent des monnaies destinées aux transactions courantes (billons, kreuzer, thaler et Dicken). Les monnaies d'or et d'argent étrangères (couronnes, florins du Rhin), en provenance du commerce et du mercenariat, sont utilisées pour les paiements plus importants. En 1627, la Diète s'attribue le pouvoir de frapper monnaie au nom de la République tout en réservant à l'évêque un droit honorifique en la matière.

Si le V. peut se nourrir, il ne vit donc pas en totale autarcie. Ses besoins, notamment en sel et en métaux, et le commerce (exportations et transit) le font participer à une économie de marché.

Auteur(e): Louiselle Gally-de Riedmatten

3.3 - Société

Au Moyen Age, la faiblesse de l'emprise seigneuriale, jointe aux transformations économiques et démographiques, conduit à la création de collectivités organisées comme des communautés de voisinage de type corporatif, tant urbaines (nobles et bourgeois) que rurales (paysannerie). Au cours de cette évolution, en relation avec l'accroissement du trafic de transit dès le XIIe s., apparaissent dans les centres urbains des groupes d'artisans, de commerçants et de transporteurs. En même temps, le morcellement des structures féodales fait naître une noblesse dotée de fiefs héréditaires. Dès le XIIIe s., les évêques, souverains du pays, s'appuient dans leurs démêlés avec les nobles indigènes et étrangers sur les communes qui, par la suite, s'affranchissent des droits seigneuriaux, acquièrent des libertés politiques et sont représentées à la Diète dès 1339. Le recul démographique réduit dès le XIVe s. les revenus seigneuriaux et favorise l'essor institutionnel et politique des instances communales qui finissent par dépouiller le prince-évêque de ses droits temporels au début du XVIIe s. Malgré tout, des redevances féodales subsistent en divers lieux jusqu'à la fin du XVIIIe s., par exemple dans le val d'Anniviers, où elles sont rachetées entre 1792 et 1804.

Après la mise hors jeu des grandes familles nobles (les de la Tour en 1375, les Rarogne en 1420), une nouvelle catégorie de dirigeants, les "patriotes", s'installe à la tête des communes et assoit peu à peu son influence économique et politique sur les dizains et le pays. L'ascension sociale des patriotes passe par des alliances matrimoniales avec la noblesse, l'exercice du notariat et l'acquisition de biens fonciers. Ils contrôlent la vie politique (surtout aux XVIIe et XVIIIe s.) en monopolisant charges publiques et sources de profit. Les tendances centralistes et oligarchiques qui en résultent suscitent des troubles populaires; une opposition se forme par exemple contre les pensions secrètes (guerre des Masques de taureaux en 1550), contre la Réforme, contre les privilèges des patriotes et de la ville de Sion (troubles de 1702, aboutissant à la diétine des chevaux ou Ross-Ratstag, et de 1732). Les pays sujets des sept dizains, privés de droits politiques, sont exclus des hautes charges et des délibérations.

Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, les communes bourgeoises constituent la base de l'ordre social et politique. Seul le statut de bourgeois, transmis héréditairement, confère le droit de vote et d'éligibilité, à tous les niveaux (commune, dizain, pays). Les bourgeoisies n'acceptent pas volontiers de nouveaux membres; il y a donc à côté des bourgeois privilégiés des habitants (mentionnés au XVe s. sous le nom d'habitantes, commorantes, habitatores ou incolae), privés de la plupart des droits politiques et corporatifs. En ville de Sion, la catégorie des habitants perpétuels (formée surtout d'ouvriers, d'artisans et de commerçants d'origine étrangère) est attestée dès le premier quart du XVIe s.; après avoir payé un droit d'établissement et en respectant certaines obligations, ceux-ci obtiennent des droits d'usage dans les communaux. Au XVIIIe s. apparaît en outre le statut inférieur des "tolérés", qui doivent s'acquitter d'une taxe de séjour annuelle.

Auteur(e): Marie-Claude Schöpfer Pfaffen / PM

3.4 - Vie ecclésiastique et religieuse

3.4.1 - Les paroisses et leur organisation

Le réseau paroissial connaît sa plus forte progression entre le Xe et le XIIe s. Vers 1200, il est largement établi, avec cinquante-six églises. Les paroisses comprennent chacune plusieurs villages, souvent une vallée entière; leurs limites ne correspondent donc pas à celles des communautés villageoises. Sur le territoire d'une paroisse, son curé est seul habilité à distribuer les sacrements (eucharistie, baptême, mariage, extrême-onction); les fidèles doivent s'adresser à lui pour cela. Ils doivent fréquenter la messe les dimanches et fêtes dans leur paroisse et verser à celle-ci les cens et dîmes qui assurent son assise matérielle. Outre l'évêque et le chapitre cathédral, les chanoines de Saint-Maurice, du Grand-Saint-Bernard et de Sainte-Marie d'Abondance, les bénédictins de Saint-Michel de la Cluse, de Savigny-en-Lyonnais et de Saint-Martin d'Ainay, ainsi que les chartreux (plus tard les carmélites) ont une influence sur la pastorale par leurs droits de patronage et de collation.

Comme ordinarius loci, l'évêque de Sion surveille et dirige les affaires spirituelles par les tribunaux synodaux des doyens, par des visites périodiques, en émettant des statuts synodaux et plus tard aussi des lettres pastorales. Au bas Moyen Age et à l'époque moderne, la fondation de nouvelles paroisses passe par l'établissement préalable de filiales et de rectorats. Souvent le processus, fort lent, doit vaincre l'opposition de la paroisse mère et exige de grands sacrifices (ainsi Unterbäch-Bürchen, fondée comme filiale de Rarogne par le pape en 1554, ne devient paroissiale qu'en 1859); il est motivé par une volonté d'autonomie communale, mais aussi par le désir d'une desserte spirituelle réglée et contrôlable, comme le montre le cahier des charges imposé aux ecclésiastiques. La Réforme, qui en V. ne constitue pas un mouvement populaire, a peut-être stimulé l'instruction religieuse, mais c'est surtout la Réforme catholique, soutenue par les évêques, par l'abbaye de Saint-Maurice, par les missions des capucins (1645, 1649-1651) et des jésuites (1607-1627, 1651-1662) qui fait passer le nombre des paroisses à nonante-sept en 1798. L'époque baroque voit la construction de nombreux édifices sacrés; cette fièvre bâtisseuse a un but édifiant, mais elle sert aussi à la glorification des autorités et des élites villageoises, ce que l'évêque et la Diète combattent à plusieurs reprises dès 1695 (interdiction de fondations pieuses qui menacent d'appauvrir les communes).

Auteur(e): Gregor Zenhäusern / PM

3.4.2 - Piété populaire et pèlerinages

Le calendrier liturgique rythme la vie des paroisses et communes. En dehors des dimanches, on compte environ cinquante jours fériés, ramenés à vingt en 1798. Mais la pratique individuelle se limite souvent au minimum (confession et communion à Pâques). Les journées se déroulent aussi selon un cadre liturgique (heures canoniales, angélus) que soulignent les sonneries de cloches. La vie religieuse est particulièrement riche à Sion, à cause de la présence du chapitre cathédral; au XIVe s., une cinquantaine de prêtres vivent de bénéfices et prébendes, assurent les services à la cathédrale et disent de nombreuses messes privées (forme de piété favorisée par la possibilité de faire célébrer une messe dans une intention particulière, pour des vivants ou des morts). Les funérailles et leurs anniversaires sont l'occasion de dons pieux, enregistrés dès le XIIe s. dans des nécrologes (cathédrale de Sion, église de Granges). Au début, seuls les riches assurent le salut de leur âme par des donations testamentaires, mais l'obituaire d'Ernen atteste une popularisation de ces pratiques au bas Moyen Age. Les dons culminent au XVe s. dans les paroissiales et filiales des campagnes, qui ne le cèdent en rien au chef-lieu pour le zèle religieux. Souvent ces œuvres pieuses sont encouragées par la remise d'indulgence par un ou plusieurs émettants aux donateurs (par exemple pour des dons faits à la chapelle Saint-Nicolas d'Ulrichen en 1334, aux églises de Naters et Glis en 1338).

Une soixantaine de confréries, liées aux pratiques funéraires, sont attestées au XIVe s. dans le diocèse de Sion. Sous l'invocation d'un saint, d'un symbole (Saint-Sacrement, Rosaire) et surtout du Saint-Esprit, elles se dédient à la dévotion, à la charité (assistance aux pauvres et aux malades). Elles participent directement ou indirectement à la distribution d'aumônes privées ou publiques aux indigents, lors des funérailles d'un membre, pour l'anniversaire de celles-ci ou à certaines dates ou fêtes (Pâques, Pentecôte, Toussaint), sous forme d'aliments ou de vêtements. La doctrine du purgatoire et la vertu attribuée à la pauvreté (pauper Christi) motivent ces dons, fréquemment accordés aussi en l'honneur de saint Théodule, patron du pays, et d'autres saints. Ils peuvent prendre la forme de dons de produits d'alpage (fromage), comme dans la "distribution de Pâques" de Ferden, à l'origine réservée aux pauvres, mais dont bénéficient au début du XXIe s. tous les habitants de la vallée. La loi de 1827 sur la mendicité exigera que les aumônes en nature soient converties en contribution à la caisse des pauvres.

La dévotion personnelle trouve son expression la plus visible dans le culte des saints et les pèlerinages. En premier lieu, on honore la Vierge, patronne du diocèse et de nombreux autels et sanctuaires. Les fidèles invoquent aussi volontiers Jean l'Evangéliste, Pierre, Nicolas, Catherine et surtout les saints locaux Maurice, Théodule et Bernard d'Aoste. A ces deux derniers, à Antoine l'Ermite et aux Quatorze auxiliateurs on demande de protéger le foyer et la ferme, les champs et les étables. Les croisades popularisent le culte de la sainte-Croix, les pèlerinages celui de saint Jacques, les pestes celui de saint Sébastien. Le pèlerinage sur la tombe de saint Maurice et de ses compagnons est antérieur à la pratique des pèlerinages lointains (Rome, Jérusalem, Compostelle), souvent accomplis, au bas Moyen Age, par procuration en faveur d'un défunt qui l'ordonne dans son testament. Les églises de Sion et de Glis ainsi que l'hospice du Grand-Saint-Bernard attirent au Moyen Age des pèlerins isolés ou en groupe. On se rend aussi, individuellement à Baceno dans le val Antigorio (Piémont) et dès le XVe ou XVIe s. en Suisse centrale (Einsiedeln). Plus tard les gens de Conches organisent des processions extraordinaires au col du Saint-Gothard pour conjurer les risques de guerre, d'épidémie ou de catastrophe météorologique. L'art des ex-voto, lié à l'essor des pèlerinages, se développe aux XVIIe et XVIIIe s., notamment dans la vallée de Conches.

Au Moyen Age, un clergé souvent mal formé, ne connaissant guère que le Credo, l'Ave et le Pater noster, annonce au peuple le message chrétien. Des dominicains et des franciscains de Lausanne et de Domodossola parcourent le diocèse pour prêcher et mendier, mais aussi comme inquisiteurs. Leur idéal de pauvreté influence les béguines et les reclus, attestés en grand nombre au XIVe s. Des représentations de la Danse des morts (Loèche) et du Jugement dernier (Rarogne) montrent comment l'on s'imaginait les menaces de l'Enfer et les promesses du Paradis. La piété populaire présente des traits contradictoires, avec une tendance à la magie et à la superstition. Elle forme au début du XVe s. le terreau de la chasse aux sorcières (ordonnance de 1428), qui est le fait de toutes les couches de la société et qui dégénère sporadiquement, du XVIe au XVIIIe s., en vagues de procès (les derniers eurent lieu en 1678 à Loèche et en 1730 à Bagnes). Les Jeux de Pâques donnés dans le cadre de la liturgie médiévale, plus tard le théâtre des jésuites de Brigue et les drames spirituels (XVIIe et XVIIIe s.) améliorent les connaissances; le clergé fréquente le séminaire, d'abord à l'étranger, puis, dès 1748, à Géronde et Sion. A l'époque des Lumières, si la religion est parfois critiquée par les élites, c'est surtout pour des motifs politiques et intéressés (lutte contre les privilèges du clergé).

Auteur(e): Gregor Zenhäusern / PM

3.5 - Culture et formation

Du Moyen Age à la fin de l'Ancien Régime, la culture en V. est soumise à des courants venant du nord (Allemagne du Sud, Suisse alémanique) et de l'ouest (Savoie, France), auxquels s'ajoute une composante méridionale importante (Lombardie, Piémont). Outre la partition linguistique entre allemand et français, l'évolution politique du pays détermine aussi ses orientations culturelles.

3.5.1 - Arts et architecture

Au XIIIe s., l'architecture militaire reflète la souveraineté partagée entre l'évêque de Sion et la maison de Savoie, avec des châteaux et des fortifications de type anglo-savoyard en Bas-V., tandis que les maisons et tours fortes du V. central et du Haut-V. perpétuent une typologie romane avec des spécificités propres à l'arc alpin. On note encore la véritable Letzi qu'est le mur de Gamsen (Landmauer), élevé au XIVe s. pour empêcher l'invasion de la partie orientale du Haut-V. Aucune fondation de ville neuve ne connaît de réel succès et seules les villes d'accession (d'origine monastique ou religieuse) se développent, quelques-unes à l'intérieur d'une enceinte fortifiée.

Saint-Maurice et Sion sont les pôles de l'activité culturelle et de l'enseignement au Moyen Age. Avec ses archives, son trésor constitue le principal témoin de l'attraction et du rayonnement de l'abbaye, lieu de pèlerinage important du milieu du premier millénaire de notre ère à la fin du Moyen Age. Au XIIe s., un atelier d'orfèvrerie produit sur place quelques très belles pièces. Siège épiscopal depuis 585 au moins, Sion devient la principale cité du V. Résidence du chapitre cathédral dès le XIe s., le château de Valère, avec son église forte, conserve un mobilier exceptionnel (coffres romans du XIIIe s., orgue gothique de 1435). Le même chapitre, outre une bibliothèque comptant des manuscrits médiévaux enluminés, recèle dans ses riches archives un fonds précieux de minutiers des XIVe et XVe s., qui attestent de la vitalité du notariat et de l'importance de l'écrit dans le V. médiéval. L'hospice du Mont-Joux (puis prévôté du Grand-Saint-Bernard) n'a pas conservé autant de témoins matériels de son importance au Moyen Age, mais ni son trésor, ni ses archives ne sont à sous-estimer. Dans le domaine des arts visuels, la production indigène étant pratiquement inexistante au Moyen Age, on recourt à des artistes et à des artisans actifs dans des villes et des régions relativement proches. Nombreuses sont les statues conservées, ainsi que des retables d'autel de la fin de l'époque gothique alliant peinture et sculpture, sans oublier le plafond de la maison Supersaxo, à Sion, ouvrage unique (1505).

Dans les districts supérieurs du Haut-V. et en moyenne altitude dans le reste du pays, le mode de construction en bois sur socle de maçonnerie des maisons d'habitation et de leurs dépendances rurales, par empilement de madriers (Blockbau), se perpétue du Moyen Age au XIXe s., avec peu de variations typologiques, mais une évolution sensible dans le format des baies et dans le nombre d'étages. Apparu à la fin du XVe s., le chauffage au moyen de poêles en pierre ollaire s'impose progressivement sur tout le territoire, jusqu'au début du XXe s.

Sur près d'un siècle (1550-1630), le temps des incertitudes confessionnelles freine l'activité artistique liée à la religion. Mais dès que s'impose la Réforme catholique, l'essor de la construction d'églises et de chapelles (respectivement vingt-six et 200 entre 1600 et 1800), richement pourvues en mobilier baroque (dynastie Ritz), témoigne d'un essor édilitaire impressionnant. Brigue, sous l'impulsion de Gaspard Stockalper, devient un centre économique, religieux et culturel durant les deuxième et troisième tiers du XVIIe s. Les pratiques artistiques et artisanales régionales commencent à revêtir quelque importance à partir du XVIIe s. dans le Haut-V. (sculpture, peinture, puis facture d'orgue, fonderie de cloches et, un peu plus tard, architecture). Le service étranger joue un rôle indéniable dans la culture élitaire dès le milieu du XVIIe s., sensible surtout dans le décor, le mobilier et la peinture des maisons bourgeoises et patriciennes citadines. La reconstruction des villes incendiées, Saint-Maurice en 1693 et Sion en 1788, donne l'occasion de quelques rares gestes urbanistiques.

Auteur(e): Gaëtan Cassina

3.5.2 - Ecoles

Les deux écoles les plus anciennes sont celles du chapitre cathédral de Sion et de l'abbaye de Saint-Maurice, dont la réputation est telle que les comtes de Savoie lui confient la responsabilité de l'enseignement entre le Grand-Saint-Bernard et le Léman au XIV e s. Dès le milieu du XVe s., le nombre de Valaisans s'accroît notablement dans les universités du nord des Alpes. Plusieurs d'entre eux se distinguent alors, souvent hors du pays, tel Thomas Platter (1499-1582) à Bâle, entouré de disciples compatriotes rentrés ensuite au pays. L'imprimerie apparaît tardivement en V. (Sion, 1644), où la littérature demeure confinée aux genres du récit de voyage et à la biographie, le théâtre demeurant, lui, étroitement lié à la religion et à l'enseignement (théâtre jésuite à Brigue).

Suite à une décision de la Diète (1528), une école nationale est fondée à Sion, concurrencée très vite en maints endroits par des établissements locaux. Après plusieurs tentatives avortées en V. central, les jésuites sont rappelés à Brigue en 1662; suit une résidence à Sion en 1734. A Brigue, des ursulines s'occupent de l'éducation des jeunes filles à partir de 1661 déjà. Saint-Maurice pose du XVIe au XVIIIe s. les jalons de son futur collège, Bagnes héberge depuis 1766 une "grande école" et diverses écoles latines voient le jour, sous l'égide des chanoines du Grand-Saint-Bernard à Martigny, Sembrancher et Orsières, et à Brigue et Ernen dans le Haut-V.

Auteur(e): Gaëtan Cassina

4 - Le canton du XIXe  au début du XXIe  siècle

4.1 - Histoire constitutionnelle et politique de 1798 au XXIe s.

La volonté d'émancipation du Bas-V. contre les sept dizains souverains rythme l'histoire politique du V. de la fin du XVIIIe  et de la première moitié du XIXe s. Elle se confond avec l'instauration de la démocratie représentative et de l'égalité des droits politiques et se heurte aux oligarchies dominantes, attachées à une vision théocratique du pouvoir et à un ordre d'Ancien Régime fondé sur le fédéralisme désénal et l'autonomie des communautés locales. La société valaisanne oscille jusqu'au XXe s. entre deux visions du monde, l'une se réclamant de la patrie et de Dieu, l'autre de la démocratie et du progrès.

4.1.1 - Le Valais de 1798 à 1815

Entre 1798 et 1815, l'ingérence des puissances étrangères oriente le destin du V. Sous la pression de la France, peu après la proclamation d'indépendance du Bas-V., le V. se rallie à la République helvétique (4 avril 1798-novembre 1801). Erigé en République indépendante (30 août 1802-1810), puis annexé sous le nom de département du Simplon à l'empire français (12 novembre 1810-décembre 1813), le V. est occupé après la défaite française par l'Autriche et placé sous un gouvernement provisoire (décembre 1813-1815).

Sous le régime helvétique, la démocratie représentative connaît sa première expression. Dizains et communes perdent leurs prérogatives, les citoyens jouissent d'un certain nombre de droits et de libertés. Mais la mise en place contestée du nouveau régime (révoltes du Haut-V. en mai 1798 et mai 1799) accélère la marginalisation d'un V. désorganisé et ruiné (occupation française de novembre 1801 à août 1802).

La République indépendante maintient en apparence un compromis entre les acquis révolutionnaires et la tradition. La souveraineté du peuple est garantie, mais le système électoral renforce le caractère antidémocratique du régime. La séparation des pouvoirs est édulcorée par le cumul des mandats. Le pays est gouverné par une Diète élue à la proportionnelle par les dizains et par un Conseil d'Etat permanent. Le monopole politique des bourgeoisies est rétabli. Il n'est plus fait référence aux principes de liberté et d'égalité. En dépit du retour à la paix, le gouvernement fonctionne mal. Après l'intermède du rattachement français, les dizains du Haut-V. et l'évêque, appuyés par ceux de Sion et Sierre, n'aspirent qu'à recouvrer leurs anciens privilèges et à restaurer le fédéralisme désénal. Dans un climat d'anarchie, alimenté par les difficultés économiques et sociales, les Alliés poussent le V., en mai 1814, à demander son rattachement à la Confédération, dont il devient le vingtième canton en vertu de l'Acte de réunion du 4 août 1815. En outre, pour maintenir un équilibre intérieur, ils imposent la division territoriale en treize dizains égaux.

Auteur(e): Silvia Arlettaz

4.1.2 - Une difficile intégration nationale

La Constitution du 12 mai 1815 restaure un Etat à caractère fortement fédératif, doté d'un gouvernement démocratique indirect, avec une souveraineté dévolue à la commune et au dizain. Chaque dizain et l'évêque envoient quatre députés à la Diète cantonale, ce qui prétérite les six dizains du Bas-V., les plus peuplés. La séparation limitée des pouvoirs reste théorique. Entre 1830 et 1847, les tensions intérieures se politisent avec l'émergence du mouvement libéral, puis avec l'affirmation d'une aile radicale conjuguée à la réaction catholique conservatrice. Le régime libéral instauré par les Constitutions des 30 janvier et 3 août 1839 consacre la démocratie représentative et l'élection proportionnelle à la population des dizains, mais une scission se produit: la Diète fédérale doit intervenir pour rétablir en 1840 l'unité entre le Haut (gouvernement dissident de Sierre) et le Bas-V. (gouvernement légal de Sion). Les libertés individuelles de domicile, de propriété, et de pétitions sont garanties. Les lois sont soumises au référendum-veto obligatoire (les abstentions étant comptées comme des oui, une loi ne peut être refusée que par la majorité des citoyens).

L'éclatement du gouvernement libéral, impuissant à concrétiser des réformes, permet aux conservateurs de reprendre le pouvoir, après la défaite de la Jeune Suisse à la bataille du Trient en mai 1844. Leur Constitution du 14 septembre 1844 maintient un régime démocratique, mais réactionnaire et clérical. Avec la défaite du Sonderbund, auquel le V. avait adhéré en 1845, et l'occupation par les troupes fédérales, le retour des radicaux en décembre 1847 consacre définitivement la victoire de la démocratie représentative d'essence libérale. La Constitution du 10 janvier 1848 renforce l'Etat central et instaure un pouvoir exécutif fort. Libertés individuelles et instruction doivent contribuer au bien commun. En revanche, les radicaux suppriment le référendum obligatoire et privent les ecclésiastiques de leurs droits politiques; ces droits seront restaurés lors de la révision constitutionnelle du 23 décembre 1852. Paralysé par la résistance des communes, gangrené par la corruption (fraudes électorales, clientélisme), le régime radical est renversé aux élections de 1857. Les conservateurs stabilisent les institutions, mais leur programme se définit contre les idées radicales et les orientations fédérales.

La Constitution du 26 novembre 1875 n'est qu'une adaptation aux prescriptions fédérales. En revanche, des modifications importantes sont introduites par celle du 8 mars 1907 qui marque le passage à une démocratie semi-directe et proportionnelle avec l'introduction du référendum législatif obligatoire ainsi que des initiatives législative et constitutionnelle. Des dispositions relatives à la protection ouvrière et aux subventions à l'économie posent le principe d'une intervention de l'Etat dans ces domaines sensibles. En 1920, le V. entre dans la démocratie gouvernante (et non plus gouvernée, selon les termes du politologue Georges Burdeau) avec l'ancrage dans la Constitution du système proportionnel pour l'élection des députés au Grand Conseil et de l'élection directe des conseillers d'Etat au système majoritaire. L'intégration nationale du V. et sa modernisation vont s'opérer au rythme de l'extension des compétences fédérales, notamment sur le plan social dans l'entre-deux-guerres et, après la Deuxième Guerre mondiale, dans un prisme de domaines qui encadrent de plus en plus le citoyen et l'action des cantons. Dans le cadre des votations fédérales (496 objets de 1910 à mars 2012), le vote des Valaisans s'est distingué de la majorité dans 21,2% des cas. Il a accepté 14,2% des textes refusés au niveau national et repoussé 26,7% de ceux acceptés. Ainsi, en mars 2012, le V. balayait l'initiative populaire "pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires" avec le plus fort pourcentage de non (73,8%, moyenne nationale 49,4%). En 2013, il rejetait la loi sur l'aménagement du territoire par 80,4% de non (moyenne nationale 37,1%). En revanche, en juin 1985, il acceptait l'initiative populaire pour le "droit à la vie" avec la plus forte majorité (70,1%, moyenne nationale 31%). La Constitution de 1907, toujours en vigueur a été révisée à vingt-quatre reprises.

Auteur(e): Silvia Arlettaz

4.1.3 - Les partis

Avec l'expérience révolutionnaire, de nouvelles conceptions de la vie politique sont formulées: démocratie représentative et proportionnelle, extension des droits démocratiques, intérêt général et progrès, développement d'une conscience nationale. Dans les années 1830, notamment à la faveur du projet de révision du Pacte fédéral qui porte l'espoir d'une régénération politique, les différentes tendances politiques s'affirment et posent les fondements de programmes. Les libéraux entendent développer les libertés individuelles, en particulier celles de commerce et d'industrie au service du bien public. A leur gauche, l'aile radicale revendique une démocratie plus directe, mais partage en revanche les notions de progrès social et économique. Dans un premier temps, les oligarchies conservatrices contestent ces options. Puis elles développent avec pragmatisme une nouvelle vision, intégrant les concepts de démocratie représentative et référendaire, tandis que les conservateurs-cléricaux s'unissent pour lutter contre la menace anticléricale et les idées nouvelles. A partir de 1893, un accommodement permet aux radicaux de disposer d'un siège au Conseil d'Etat et un accord est conclu dans le Bas-V. pour les élections au Conseil national. Dans cette opposition conservateurs catholiques et progressistes, les premiers représentants des travailleurs émaneront de la Société du Grutli, de tendance réformiste et nationaliste proche du radicalisme (première section à Sion en 1859).

A partir de 1907, l'institutionnalisation de la démocratie gouvernante s'accompagne d'une diversification des tendances politiques au sein même des formations, mais toujours avec un parti conservateur dominant. Son ouverture sur le monde ouvrier s'opère dès 1927 par un rapprochement avec le mouvement chrétien-social en progression, avec la création du parti chrétien-social haut-valaisan (CSPO) en 1949 et du Mouvement social indépendant dans le V. central. Devenu en 1970 le parti démocrate-chrétien (PDC), il subit une érosion au profit des minorités radicale et socialiste qui gagnent des sièges de 1985 à 1997. Deuxième formation au Grand Conseil, l'opposition radicale, fondée sur un électorat des districts francophones, trouve à la fin des années 1970 une certaine assise dans le Haut-V., mais sa députation stagne. En revanche, ses élus favorisent le renouvellement du personnel administratif cantonal. Le parti socialiste, constitué en parti cantonal en décembre 1919, entré au Grand Conseil en 1921, connaît à partir de la fin des années 1980 une forte progression; il passe de neuf à vingt et un députés entre 1953 et 1997. En 1997, il obtient son premier siège au Conseil d'Etat. La pluralisation de la société politique valaisanne se manifeste par la fondation du parti écologiste en 1987, du parti libéral en 1988, du parti chrétien-social dans le V. romand en 1997 et de l'Union démocratique du centre (UDC) en 1999. En 2008, les partis libéral et radical fusionnent.

L'évolution vers le pluralisme se traduit dans la représentation au Grand Conseil. En 1921, les conservateurs occupent 66,9% des sièges, les radicaux 27,5% et les socialistes n'ont qu'un député. En 2013, les conservateurs (PDCVr-CVPO-CSPO) représentent 46,9% des députés - ils perdent à cette occasion la majorité absolue qu'ils détenaient depuis 1857 -, le groupe libéral-radical 21,5%, l'Alliance de gauche (PSVR-SPO-PCS-Verts) 14,6% et l'UDC 16,2%. En même temps, un UDC entre au Conseil d'Etat et en éjecte les radicaux. L'affirmation des femmes reste limitée. Elles progressent au Grand Conseil (16% en 1997, 24% en 2009) et entrent en 2009 au Conseil d'Etat (Esther Waeber-Kalbermatten, socialiste). En 1971, Gabrielle Nanchen (socialiste) est l'une des dix premières Suissesses élues au Conseil national. Le V. a eu trois conseillers fédéraux, Josef Escher (catholique conservateur, 1950-1954), Roger Bonvin (conservateur chrétien-social, 1962-1973) et Pascal Couchepin (radical, 1998-2009). Au Conseil des Etats, le PDC conserve sa domination. Au Conseil national, il a en revanche perdu du poids dès l'élection au suffrage proportionnel (1919) et n'a plus en 2011 que trois députés sur sept.

Elections à l'Assemblée fédérale, 1919-2011 (quelques exemples)
 19191939195919671971197919831987199119951999200320072011
Conseil des Etats
PDC22222222222222
Conseil national
PDC54555444444343
PRD11111222221111
PS 1111111112212
UDC           111
Total66777777777777

Sources:Stat. hist.; OFS

Composition du Conseil d'Etat, 1921-2013 (quelques exemples)
 19211925193319371953196519771989199319972001200520092013
PDC4454444443333 
PRD11 1111111111 
PS         1111 
UDC              
Total55555555555555

Elections au Grand Conseil, 1921-2013 (quelques exemples)
 19211925193319371953196519771989199319972001200520092013
PDC7361767381858479757175736861
PRD3029283126252532343432272828
PS11359131414162118181714
UDC          261221
Verts           222
Autres518121014775543434
Total109109119119130130130130130130130130130130

Sources:Stat. hist.; OFS; Chancellerie d'Etat

Auteur(e): Silvia Arlettaz

4.1.4 - La presse

L'instauration de la démocratie gouvernée s'est accompagnée de l'émergence de la presse qui est devenue aussitôt actrice et enjeu des conflits politiques. La lutte féroce pour le pouvoir passe par la conquête de l'opinion publique avec la parution de tribunes politiques très polémiques et éphémères, dix titres entre 1839 et 1848, dont huit dans le Bas-V. Les deux premiers journaux d'opinion paraissent en mai 1839: le conservateur Défenseur de la Religion et du Peuple (1839-1840), suivi par L'Echo des Alpes (1839-1844) organe du gouvernement libéral, puis des idées radicales. En 1921, sur les quarante titres créés depuis 1839, treize subsistent, dont neuf pour le V. francophone. Le Confédéré , organe radical fondé en 1861, est le plus ancien journal du V. romand. La longévité s'accroît, ainsi que la concurrence avec un maximum de dix-sept titres en 1930. En 1929, Le Nouvelliste (1903, Nouvelliste et Feuille d'Avis du Valais ) devient le premier quotidien valaisan, suivi en 1957 par Le Journal et Feuille d'Avis du Valais et, en 1969, par le Walliser Bote (1840).

A partir des années 1960, les périodiques connaissent un fort mouvement de recul. Sous l'effet de la concurrence de la radio et de la télévision, la presse écrite se restructure et des titres disparaissent au profit des deux seuls quotidiens, Le Nouvelliste et le Walliser Bote qui assurent ensemble 95% du tirage d'origine indigène au début du XXIe s. Face à ce monopole, la question de la pluralité de l'information reste posée, même si le Walliser Bote, organe catholique-conservateur, s'affirme dès 1982 "quotidien indépendant du Haut-V." et si le conservateur et populaire Nouvelliste a opéré en 1997 une nouvelle formule d'ouverture au pluralisme. En 2011, le paysage de la presse valaisanne se résume, outre les deux quotidiens, au Confédéré, au Journal de Sierre (1931), à Chablais-Magazine (2001), à la Gazette de Martigny (1968), au Peuple valaisan (1953), à la Rote Anneliese (1973, "La voix critique du Haut-V."), à la Regionalzeitung Aletsch-Goms (1995) et à la Rhonezeitung (1998).

Auteur(e): Silvia Arlettaz

4.2 - Gestion et activités de l'Etat et de l'administration de 1798 au XXIe siècle

L'Etat cantonal se développe lentement, ses capacités financières étant faibles. La structure fédéraliste héritée de l'Ancien Régime garde les compétences politiques, administratives et financières des districts et des communes. Dès 1815, un Conseil d'Etat de cinq membres, assisté du secrétaire d'Etat, dirige une administration dont les phases de croissance sont liées aux tâches imposées par la législation fédérale et cantonale ainsi qu'à l'évolution de la situation économique.

4.2.1 - Les départements

L'administration se structure progressivement. Elle change peu entre 1892 et 1977; le Conseil d'Etat, secondé par le chancelier, dirige six départements, dix en 1977, puis cinq à nouveau en 1985 vu les restrictions budgétaires. Dès 1985, leur nom, leur composition et leurs attributions varient à chaque législature.

Celui des finances (1802) peine à réunir les ressources nécessaires au fonctionnement de l'Etat (impôts indirects, péages, patentes, taxes, revenus de la vente du sel et des biens). En 1848, le V. perd les droits de douanes et doit faire face à la dette de guerre du Sonderbund (env. 1 million de francs). Comme les communes s'opposent à un impôt cantonal, l'Etat taxe le commerce et l'industrie. En 1870, il encaisse 338 277 francs de recettes fiscales, alors que la faillite de la Banque cantonale, qui entraîne la démission de l'Exécutif, laisse la même année une dette d'Etat de cinq millions. Les recettes du canton ne s'améliorent qu'à partir de 1945.

Vu l'étendue, la topographie et l'habitat dispersé du V., le Département des ponts et chaussées (Travaux publics, 1892; Transports, équipement et environnement, 1997) occupe durablement une place prépondérante par l'importance de son budget et sa dotation en personnel. De 1860 à 1909, il mobilise plus du quart des dépenses publiques pour les chantiers indispensables au développement des activités commerciales, touristiques, militaires et agricoles (routes, voie de chemin de fer de plaine, cours d'eau et Rhône). Dès 1950, son importance s'accroît avec la circulation automobile, les infrastructures liées aux cols touristiques alpins, les routes cantonales (env. 2000 km), l'autoroute (dès 1981), les travaux considérables nécessités par la protection contre les risques naturels et la troisième correction du Rhône (dès 2000).

Le Département de l'intérieur (1802) s'occupe, par défaut, de tout ce qui ne relève pas des autres divisions. Il joue un rôle prépondérant à partir de 1904, avec les projets d'améliorations foncières qui transforment les structures de l'économie rurale. En 1977, il ne compte plus qu'un service et disparaît en 1997.

Le Département militaire est chargé des milices cantonales et des arsenaux dès 1839. L'équipement du contingent valaisan de l'armée fédérale grève les finances du canton (27% du budget de 1850 pour un montant quatre fois supérieur à celui de l'Instruction publique). Les deux guerres mondiales renforcent le rôle de la Confédération et, dès 1986, les Affaires militaires deviennent un service du Département de justice et police. Créé en 1841, ce dernier exerce notamment sa surveillance sur les avocats et notaires. Il assume les charges de la gendarmerie, des tribunaux et des prisons. Il dote le canton des Codes civil (1856) et pénal (1858).

La création du Département de l'instruction publique est liée à la loi scolaire de 1849 (Education, culture et sport, 1997). Comme les écoles primaires relèvent des communes, ses compétences et son effectif demeurent réduits. En 1962, la charge des infrastructures et du personnel de l'enseignement obligatoire est transférée à l'Etat; le budget passe de six millions en 1950 à 560 millions en 2000, poste le plus lourd du canton. Depuis 2013, le Département de l'instruction publique et celui de justice et police forment le Département de la formation et de la sécurité.

Les départements créés en 1977 (Santé publique, Environnement, Affaires sociales, Economie publique) et en 1985 (Energie) signalent les domaines où l'intervention de l'Etat est récente, à l'exemple de la santé. En 2013, ces différents secteurs ont été attribués au Département de l'économie, de l'énergie et du territoire et à celui de la santé, des affaires sociales et de la culture. Au XXe s., les charges hospitalières reposent sur les associations de communes et de districts qui ont construit les hôpitaux. La création du département correspond aux investissements croissants de l'Etat, avec une volonté de gestion centralisée et planifiée des établissements hospitaliers qui aboutit à la création du Réseau Santé VS en 2002.

Auteur(e): Myriam Evéquoz-Dayen

4.2.2 - Etendue et limites du rôle de l'Etat

L'Etat ne dispose pas, au XIXe s., de ressources pour financer le développement économique du canton. Au contraire, le prélèvement fiscal pèse sur les activités artisanales, industrielles et commerciales. Au début du XXe s., malgré les performances des industries métallurgiques et chimiques, le Conseil d'Etat, sous l'impulsion de Maurice Troillet, favorise la modernisation de l'agriculture. Dès 1950, l'amélioration de la situation économique comme celle des rentrées fiscales et des redevances hydroélectriques permettent au canton de mener une politique de développement (nouvelles implantations industrielles, écoles professionnelles, démocratisation des études et création de hautes écoles spécialisées, financement des hôpitaux et de la protection sociale).

Le souci d'éviter de charger le canton de ce qui peut être assumé par d'autres instances, en particulier de tout ce qui peut conduire à l'Etat social, est une constante de la politique conduite par les autorités.

Au XIXe s. le V. veille à limiter l'ingérence de la Confédération (droits civil et pénal, douanes, organisation militaire, état civil, instruction, concessions de chemins de fer, forces hydrauliques, etc). Après 1945, la législation fédérale devient contraignante pour les exécutifs du canton et des communes (épuration des eaux, aménagement du territoire, vente immobilière aux étrangers, environnement, etc.).

Le pouvoir du Conseil d'Etat est limité au XIXe s. par celui des districts (treize depuis 1815). Circonscriptions électorales, ils sont aussi instances de répartition des charges politiques et financières entre les communes. Au XXe s. ils facilitent les collaborations intercommunales en matière d'infrastructures, hôpitaux, cycles d'orientation, établissements médicosociaux, stations d'épuration, etc. La politique régionale de la Confédération, dès 1974, confirme la pérennité de ces entités qui forment les huit régions socioéconomiques du V. jusqu'en 2010 (trois régions dès 2011). Les projets cantonaux peinent à vaincre ce fédéralisme.

Auteur(e): Myriam Evéquoz-Dayen

4.2.3 - Fonctionnaires

Dès 1815, le recrutement des magistrats et des fonctionnaires tient compte des régions linguistiques constitutionnelles. L'administration valaisanne se distingue durablement sur le plan suisse par sa faible dotation en personnel, même si le nombre de postes double entre 1965 et 1985. Il se stabilise dès 1990. En 2000, il atteint quelque 5600 postes (pour 8537 collaborateurs et 39% des dépenses totales du canton).

L'Etat n'a pas de siège administratif avant 1848. Lors de la sécularisation des biens ecclésiastiques, le couvent des ursulines de Sion devient le palais du gouvernement. Même si elle dispose de sections dans le Haut et le Bas-V., l'administration cantonale se concentre à Sion, avec du personnel provenant majoritairement du V. central. La Fédération du personnel des services publics de l'Etat du V. est créée en 1943; le nombre de ses membres augmente dès 1962 avec l'affiliation automatique et le prélèvement de la cotisation sur le salaire (1475 en 1962, 3000 en 1973, env. 8000 en 2010). Supprimé en 2011, le statut de fonctionnaire est remplacé par un contrat de droit public.

Auteur(e): Myriam Evéquoz-Dayen

4.2.4 - Relations entre canton et communes

Assumant les tâches publiques, les communes résistent aux charges fiscales et aux projets d'intérêt cantonal imposés par l'Etat au XIXe s. La première correction du Rhône (1863-1894) se réalise grâce à l'intervention de la Confédération qui encadre les travaux. Les communes riveraines sont contraintes d'assumer l'endiguement. Pour faire face aux dépenses (env. 60% du coût total), elles doivent vendre leurs biens et s'endetter lourdement. Le Rhône n'est placé dans le domaine public de l'Etat qu'en 1933.

Au XXe s. les projets d'améliorations foncières cofinancés par la Confédération (env. 60%) obligent canton et communes à collaborer étroitement à leur réalisation. En revanche l'enjeu des ressources hydroélectriques oppose durablement les intérêts des communes propriétaires de droits d'eau à ceux du canton et aux projets de développement de l'ensemble du V. Dès 1990, le droit de retour, caractéristique de la législation valaisanne (la partie hydraulique revenant à la fin de la concession à la collectivité constitue un défi pour la répartition des ressources et l'avenir du V.

Si la création de nouvelles communes est liée aux dissensions politiques au XIXe s. (143 communes en 1816, 171 en 1912), les fusions des XXe  et XXIe s. répondent à des besoins organisationnels et financiers. En 2011, le V. compte 141 communes. La diminution récente de leur nombre, particulièrement marquée dans le Haut-V., est liée au soutien financier que le canton accorde aux fusions entre 2000 et 2011. La Fédération des communes valaisiannes (1997) défend leurs intérêts et leur autonomie.

Auteur(e): Myriam Evéquoz-Dayen

5 - Société, économie et culture du XIXe au début du XXIe siècle

Malgré les importants changements survenus dans les domaines politique, administratif, économique, social et culturel, le V. présente une image où les facettes locales et le fédéralisme contribuent à la diversité des structures du canton.

5.1 - Démographie et peuplement

5.1.1 - Indicateurs démographiques

En 1798, la population résidante du V. est estimée à 60 344 personnes. Lors du premier recensement fédéral en 1850, elle s'élève à 81 559 pour atteindre 312 684 personnes en 2010. La population a doublé une première fois entre 1850 et 1950, puis entre 1950 et 2010. Les zones rurales non touristiques ont stagné ou se sont dépeuplées, alors que d'autres communes bénéficient dès les années 1970 de l'expansion rapide des villes vers les espaces ruraux. En 2010, 56,8% de la population est urbaine (moyenne suisse 73,7%). La densité de la population s'est accrue mais reste faible, 15,6 habitants au km2 en 1850, 59,8 en 2010 (23e rang, moyenne suisse 196,8).

Jusque dans les années 1960, et en particulier après la Première Guerre mondiale, le V. connaît un taux de fécondité légitime très supérieur à la moyenne suisse, puis l'écart se réduit pour suivre, dès 1985, le taux suisse. En 1945, la descendance légitime par femme est de 3,2 enfants, de 1,74 en 2010. Conjointement, la mortalité chute de 21,2o/oo en moyenne annuelle pour la décennie 1870-1880 à 7,8 o/oo pour 1990-2000. La longévité a commencé à s'élever après la Première Guerre mondiale; en 1920, 42,4% de la population avait moins de 20 ans et 6,3% plus de 65 ans, en 2010, le rapport est de 21,1% et 17,1%. L'excédent naturel est cependant rongé par un important déficit migratoire, avec une moyenne décennale chiffrée à -2,4o/oo de 1900 à 1980. Puis la tendance se renverse durablement avec un gain migratoire décennal moyen de 8,3o/oo entre 1980 et 2010.

Evolution démographique 1850-2000
AnnéeHabitantsEtrangersCatholiquesProtestantsStructure par âge (60 ans et plus)PériodeAccroisse-mentaExcédent naturelaSolde migratoirea
185081 5592,1%99,4%0,6% 1850-186010,1o/oo-0,6o/oo10,7 o/oo
186090 7923,2%99,2%0,8%7,2%1860-18706,4o/oo17,0o/oo-10,6o/oo
187096 7223,7%99,2%0,9%7,8%1870-18803,4o/oo8,9o/oo-5,5o/oo
1880100 1903,1%99,1%0,9%9,5%1880-18882,2o/oo9,2o/oo-7,0o/oo
1888101 9852,9%99,1%0,8%9,7%1888-19009,6o/oo9,0o/oo0,6o/oo
1900114 4387,2%98,4%1,4%9,8%1900-191011,6o/oo10,9o/oo0,7o/oo
1910128 38111,2%97,0%2,3%9,5%1910-1920-0,1o/oo9,2o/oo-9,3o/oo
1920128 2465,7%95,9%3,3%9,9%1920-19306,2o/oo11,4o/oo-5,2o/oo
1930136 3944,8%95,7%3,4%10,8%1930-19417,6o/oo9,1o/oo-1,5o/oo
1941148 3192,8%96,0%3,6%11,2%1941-19507,9o/oo13,3o/oo-5,4o/oo
1950159 1783,1%95,9%3,7%11,6%1950-196011,1o/oo11,7o/oo-0,6o/oo
1960177 7835,7%95,8%3,9%12,1%1960-197015,1o/oo12,2o/oo2,9o/oo
1970206 56310,3%94,9%4,4%13,0%1970-19805,7o/oo7,2o/oo-1,5o/oo
1980218 7079,1%92,8%5,0%15,2%1980-199013,3o/oo5,8o/oo7,5o/oo
1990249 81715,2%88,5%5,9%17,2%1990-20008,9o/oo4,7o/oo4,2o/oo
2000272 39917,3%81,2%6,3%19,8%    

a Taux moyen annuel

Sources:Stat. hist.; recensements fédéraux; OFS

Auteur(e): Silvia Arlettaz

5.1.2 - Migrations

En V., comme en Suisse, l'émigration est l'une des manifestations majeures et durables de l'inadéquation de la population avec les transformations du système socio-économique. Dans la première moitié du XIXe s., poussés par la précarité, alors que le service étranger notamment à la solde de la Sardaigne et des Etats pontificaux subsiste mais est de plus en plus dénigré, les Valaisans commencent à chercher des débouchés de substitution outre-mer. En 1819, 160 d'entre eux participent à la fondation de Nova Friburgo au Brésil. Puis le phénomène s'amplifie et, entre 1850 et 1914, quelque 14 000 Valaisans s'expatrient vers le continent américain, soit en moyenne 215 personnes par année. Les Etats-Unis sont la première destination, loin devant l'Argentine et le Brésil. Proportionnellement à la population, de 1850 à 1880, la moyenne annuelle valaisanne des départs est supérieure à celle de la Suisse puis, entre 1880 et 1919, elle affleure la moyenne annuelle suisse, estimée à 1,65o/oo de la population. A ces mouvements s'ajoute l'émigration pour les pays d'Europe, souvent temporaire, à l'exemple des Valaisans saisonniers en France, à Paris ou sur la Côte d'Azur. L'émigration outre-mer se tarit au XXe s.; après la Première Guerre mondiale, les Valaisans se tournent vers les nouveaux pôles de croissance, Genève en particulier et Lausanne. Alors que, en 1860, 1% seulement des Valaisans était établi dans d'autres cantons, ils sont 9,7% en 1920, 18,1% en 1950, 28% en 1970. Le chiffre baisse pour la première fois au recensement de 1980, avec 22,6%, soit 51 411 personnes.

L'émigration a accompagné un autre phénomène, la forte immigration des étrangers en V. Le déficit endémique de la balance migratoire est particulièrement fort entre 1880 et 1888, années de crise, entre 1914 et 1941, période de transition et de stagnation industrielle, et lors de la récession des années 1970-1980. Mais la balance s'équilibre, voire devient excédentaire entre 1888 et 1914, premier grand démarrage économique et révolution industrielle, entre 1950 et 1970, deuxième phase de rattrapage économique, enfin, entre 1980 et 1990, période d'effervescence, prélude à une grave crise. De fait, les étrangers répondent massivement aux besoins du marché du travail. Au recensement de 1910, ils représentent 11,2% de la population, taux le plus élevé, qui ne sera dépassé qu'en 1990. Il convient d'ajouter l'apport considérable des saisonniers à l'économie valaisanne, notamment dans la construction et l'hôtellerie. Jusque dans les années 1960, les Italiens représentent 85,4% des étrangers; puis les origines se diversifient. En 2000, les étrangers proviennent pour 31,1% des pays voisins, pour 58,2% d'autres Etats européens et pour 10,7% d'Etats hors Europe; parmi les étrangers actifs, il y a notamment 28,9% de Portugais, 20% d'Italiens, 19,9% de ressortissants d'Ex-Yougoslavie, 19,9% d'Allemands, 5,2% d'Espagnols et 6,1% de diverses origines. Le V. a également attiré un nombre croissant, mais modeste, de Confédérés; ils étaient 7590 en 1920 et 22 065 en 1980. La proportion élevée d'étrangers s'explique en partie par une politique d'intégration restrictive, plus ouverte toutefois dans les villes et communes francophones de la plaine. Entre 1945 et 1990, 3595 étrangers et Confédérés ont acquis la naturalisation ordinaire, mais ce n'est qu'à partir de 1974 que la moyenne annuelle dépasse la centaine. Le taux reste l'un des plus bas de Suisse, notamment dû au fait que, jusqu'en 2007, ce ne sont pas les communes politiques qui accordent le droit de cité, mais les communes bourgeoises.

Les migrations ainsi que la mobilité professionnelle ont modifié le tissu social. Le V. n'est plus la société homogène qui comptait en 1839 près de 83% de bourgeois résidant dans leur commune d'origine et encore 64,9% en 1930. Le paysage religieux s'est légèrement modifié. Chrétienne à 99,4% en 1970, la population est, en 2000, à 81,2% catholique, à 6,3%% protestante, à 2,7% islamique et à 10,4% d'autres confessions.

Auteur(e): Silvia Arlettaz

5.2 - Economie

Au XIXe s. la population vit d'une pluriactivité basée sur l'agriculture, l'élevage, le commerce, l'artisanat rural et la manufacture (drap, papier, verre). Le contrôle des activités économiques par les communes cloisonne le marché, restreint la liberté de commerce et d'industrie et la circulation des marchandises. Le développement se fait ponctuellement, tant dans le tourisme que l'industrie. La structure de la population active, dont la majeure partie travaille dans le primaire jusqu'en 1950, se transforme dès lors par un transfert dans le secondaire, puis le tertiaire. En 2000, le taux d'activité par secteur (primaire 4%; secondaire 22%; tertiaire 74%) est proche de la moyenne suisse, cependant le revenu par habitant demeure l'un des plus bas du pays et le taux de chômage parmi les plus élevés.

5.2.1 - Atouts

L'eau constitue un facteur de croissance essentiel du V. Les phases de développement sont étroitement associées à l'énergie hydroélectrique. La première démarre vers 1900, lorsque de grandes usines s'installent dans le voisinage de cours d'eau et y construisent des centrales (à l'époque, le courant ne peut pas être transporté au loin). Dès 1950, la seconde est liée aux barrages alpins d'accumulation construits pour compenser l'étiage hivernal (Grande Dixence). Les investissements atteignent 5 milliards de francs ce qui transforme durablement l'économie valaisanne. Les stations de ski et leurs remontées mécaniques bénéficient de cette énergie et des routes construites dans les vallées latérales par les entreprises hydroélectriques. En 2010, le V. occupe le premier rang en Suisse pour la production hydroélectrique, avec 101 centrales dont la puissance dépasse le tiers de la capacité suisse.

Sa situation sur l'axe Milan-Lyon/Paris constitue un atout stratégique (1805, route militaire du Simplon) et commercial qui nécessite des investissements continus dans les voies de communication. Les échanges s'intensifient avec l'arrivée à Sion (1860), puis à Brigue (1878) de la ligne de chemin de fer. Les tunnels ferroviaires du Simplon (1906), du Lötschberg (1913; tunnel de base en 2007) et de la Furka (1982) contribuent à relier toute l'année le V. aux axes nationaux et internationaux. Le canton compte de nombreuses liaisons routières, dont celle du Grand-Saint-Bernard ouverte en continu depuis 1964 grâce à son tunnel et celle du Simplon.

Auteur(e): Myriam Evéquoz-Dayen

5.2.2 - Secteur primaire

La part restreinte de surface agricole utile du V. (20,3%, Suisse 36,9%), le relief accidenté, les servitudes collectives et la structure morcelée des propriétés limitent la mécanisation et l'intensification de l'agriculture. Entre 1900 et 1945, l'Etat soutient le développement agricole et, durant la Deuxième Guerre mondiale, le plan Wahlen parachève cette politique; avec plus de 10'000 ha de terres conquises dans ce cadre, le V. affiche en 1946 le taux d'accroissement le plus élevé.

Les améliorations foncières, en particulier les remaniements parcellaires, se poursuivent entre 1950 et 2004 avec des investissements supérieurs au milliard de francs. Le secteur primaire subit une modification structurelle fondamentale; les exploitations familiales basées sur l'élevage (race d'Hérens) et l'agriculture de subsistance laissent place à des exploitations professionnelles mécanisées et à une agriculture commerciale (viticulture, arboriculture). Leur taille est inférieure à la moyenne nationale; en 2008, 74% des exploitations ont moins de 10 ha (34% en Suisse).

Dès 1860, la concurrence des céréales importées accélère le remplacement des champs par les prairies ou la vigne. Des domaines et des caves améliorent la viniculture dont les produits récoltent des distinctions dès 1856. En 1880, les surfaces viticoles représentent 4% du vignoble suisse (1980, 40%). Dès 1920, conséquence du phylloxéra, la reconstitution du vignoble favorise chasselas (fendant), johannisberg, pinot noir et gamay au détriment des anciens cépages. Périodiquement, des récoltes excédentaires imposent des ajustements de la production et de la commercialisation. En 1957, le V. devient le premier canton viticole de Suisse. Dès 1990, la qualité de ses vins (notamment la petite arvine, l'humagne rouge ou le cornalin) est reconnue par le label AOC qui protège aussi, dès 2000, eau-de-vie de poire Williams, abricotine, safran de Mund, pain de seigle et fromage à raclette. L'élevage de la race d'Hérens reprend de l'importance (2005, 40% du cheptel bovin valaisan) vu son adaptation au milieu alpin et son image identitaire (combats de reines).

Auteur(e): Myriam Evéquoz-Dayen

5.2.3 - Secteur secondaire

En 1860, le V. est le canton suisse le moins industrialisé avec 13% de la population active dans les arts et métiers et les fabriques. Au XXe s. l'implantation de la grande industrie chimique (1897, Lonza à Gampel, puis Viège; 1904, Ciba à Monthey) et métallurgique (1905, AIAG aluminium, à Chippis, Alusuisse) crée des emplois et stimule l'ensemble du secondaire (génie civil, constructions métalliques, ateliers mécaniques, etc.). En 1910, l'industrie contribue à plus de 50% de la valeur des exportations du V. Dès lors, la structure du secteur secondaire repose sur ces usines. Malgré la diversification industrielle soutenue par l'Etat à partir de 1950, le tissu économique compte plus de petites entreprises que d'entreprises de taille moyenne, à l'exception de la construction. En 2000, le V. est le deuxième pôle industriel chimique de Suisse et la grande industrie conserve son rôle moteur. En 2008, la valeur de ses exportations représente 79% du total, dont 47% pour la chimie.

Lors des deux guerres mondiales, les grandes usines du V. deviennent les industries suisses d'exportation les plus importantes (produits stratégiques et explosifs). Dès 1945, la concurrence internationale les fragilise. La chimie résiste par l'innovation technique, la diversification (pharmacie, biotechnologies) et la constance de la demande suisse alors que la crise des années 1990 marque la fin de la fonte d'aluminium brut en V.

Le secteur secondaire connaît son apogée en 1970, avec 42% de la population valaisanne active. La construction contribue à cet essor, logements, infrastructures touristiques des stations de sports d'hiver, résidences secondaires. L'interdiction de vente aux étrangers et la récession de 1975 fragilisent la branche; 80% des emplois supprimés touchent des travailleurs étrangers. La reprise est assurée par les infrastructures publiques (formation, santé) et la demande privée (villas familiales). La construction occupe selon la conjoncture entre 23 et 37% des travailleurs du secondaire au XXe s.

Structure de l'emploia
AnnéeSecteur primaireSecteur secondaireSecteur tertiairebTotal
186025 12670,3%4 64013,0%5 96016,7%35 726
1870c35 34883,6%4 22410,0%2 6946,4%42 266
1880c36 86179,7%5 88012,7%3 5057,6%46 246
188833 40476,4%5 39012,3%4 95311,3%43 747
190034 51466,0%10 45320,0%7 29814,0%52 265
191034 51958,0%14 38424,1%10 63517,9%59 538
192034 04959,4%12 06221,0%11 20919,6%57 320
193029 44351,7%14 12124,8%13 37623,5%56 940
194129 14747,9%17 42028,6%14 29323,5%60 860
195026 40841,4%19 68130,8%17 75827,8%63 847
196018 19025,0%31 18342,8%23 46832,2%72 841
197013 67515,3%37 52842,1%37 98742,6%89 190
19809 93610,3%35 49436,8%51 08552,9%96 515
19904 0113,4%37 12131,2%77 95165,4%119 083
2000d5 1113,9%29 79222,5%97 43673,6%132 339

a Sans la population occupée à temps partiel jusqu'en 1960

b Total de la dernière colonne moins les secteurs primaire et secondaire, y compris "inconnu"

c Population "présente"

d L'importance des "sans indication" (20 105) en 2000 rend difficile la comparaison avec les recensements précédents.

Sources:Stat. hist.; recensements fédéraux

Auteur(e): Myriam Evéquoz-Dayen

5.2.4 - Secteur tertiaire

Au XIXe s., négociants et aubergistes sont actifs dans les chefs-lieux de districts et sur les axes routiers. Dès 1890, le tourisme de montagne et l'alpinisme contribuent à l'essor de l'hôtellerie dans les stations accessibles par chemin de fer, Zermatt, Champéry, Loèche-les-Bains, Crans-Montana. La branche connaît une importante mutation structurelle après 1945 par le développement des sports d'hiver, de la parahôtellerie (appartements, chalets en vente ou en location, dix millions de nuitées en 1980, 70% du total) et la création de stations hors des agglomérations, à l'exemple de Verbier. Le tourisme motorisé donne accès à un vaste choix de stations de ski; en 1980, le V. compte 25% du total des remontées mécaniques suisses. Les emplois saisonniers sont majoritairement occupés par des étrangers.

L'Etat soutient la création d'une première banque cantonale en 1856. Trop engagée dans les prêts à l'Etat (chemin de fer) et aux communes (endiguement du Rhône), elle fait faillite en 1870 lors de la crise européenne. La Caisse hypothécaire et d'épargne, avec garantie d'Etat, naît en 1895 (devient Banque cantonale du Valais en 1917). Au XXe s., la structure bancaire du canton se distingue par une décentralisation du crédit dans les communes (succursales de la Banque cantonale, caisses Raiffeisen) qui rappelle les prêts accordés autrefois sur le plan local par les paroisses, les confréries ou les notables. Vers 1950, le secteur vit une grande mutation structurelle; un processus de concentration entraîne la disparition des banques privées locales, absorbées par les grandes banques suisses qui participent aux investissements hydroélectriques.

Suite à la récession de 1975, le secteur tertiaire prend l'avantage sur le secondaire; en 1980, il occupe 53% de la population active, en 2000 74%. Le tourisme valaisan, qui occupe au début du XXIe s. le troisième rang en Suisse pour le nombre de nuitées hôtelières, contribue à cet essor. La santé emploie quant à elle plus de travailleurs que l'hôtellerie et la restauration; elle devient le deuxième pôle du tertiaire après le commerce de détail qui poursuit son développement entamé dans les années 1960.

Auteur(e): Myriam Evéquoz-Dayen

5.2.5 - Croissance et problèmes environnementaux

Au XXe s. le développement économique exerce un fort impact sur le V. Le paysage est transformé par l'extension et l'intensification de l'occupation du territoire, surtout depuis 1945, infrastructures hydroélectriques et touristiques, multiplication des voies de communication, explosion des résidences principales et secondaires, extension des constructions artisanales et commerciales, mise en culture intensive de la plaine du Rhône et monoculture viticole sur le coteau.

L'impact environnemental de l'industrialisation est important. L'industrie chimique a occasionné la pollution de décharges, d'étangs et de cours d'eau et la production d'aluminium a rejeté des tonnes de fluor dans l'atmosphère. Les nombreuses actions intentées contre les usines d'aluminium depuis 1914 aboutissent dans les années 1980 à l'installation de systèmes de captage et d'épuration des gaz qui améliorent la situation.

Auteur(e): Myriam Evéquoz-Dayen

5.3 - Société

L'émergence progressive d'une économie de marché, associée à l'affirmation de nouvelles couches sociales, prélude au processus de transformation durable des structures politiques et socio-économiques qui s'engagent au cours de la seconde moitié du XIXe s. L'intrusion de la modernité confronte brutalement le V. à de nouveaux défis pour lesquels il n'est préparé ni mentalement ni institutionnellement. Paupérisme, émigration, immigration, formation d'une classe ouvrière en sont des expressions majeures. En dépit des résistances, le développement d'une politique économique et sociale de dimension cantonale et nationale est inéluctable. En particulier, dès l'entre-deux-guerres, le V. ne peut différer l'ouverture progressive vers un Etat social, phénomène qui s'amplifie dans la seconde moitié du siècle. Conjointement, les ouvriers et les femmes acquièrent une visibilité croissante et leur intégration dans la société impose une adaptation des structures politiques et sociales qui bouleverse les valeurs conservatrices solidement ancrées.

Auteur(e): Silvia Arlettaz

5.3.1 - L'émigration, enjeu politique et social

Le V. du XIXe s., essentiellement rural, produit peu. Le paupérisme touche une large frange de la population, situation aggravée par de mauvaises conditions sanitaires. Avec l'Etat fédéral, le niveau de vie ne s'améliore guère. Les paysans pâtissent de l'ouverture des marchés et de l'endettement. En 1870, la faillite de la Banque cantonale s'avère un désastre; elle génère une hausse des impôts et la dette paralyse la vie économique et les tâches de l'Etat.

Au tournant du XXe s., l'industrialisation crée des emplois, mais entraîne une augmentation des salariés sans terre, au statut précaire et à la merci du chômage. Poussés par la nécessité ou aspirant à une émancipation sociale, les Valaisans émigrent plutôt que de se diriger vers les chantiers ou les usines. Jusqu'à la Constitution fédérale de 1874, la gestion de l'émigration relève de la compétence des cantons. Le V. adopte des mesures de police contraignantes visant à contrôler les agences d'émigration et à durcir les conditions d'octroi des autorisations de départ. Pour les autorités et une majorité de la classe politique valaisanne, l'émigration n'est pas une nécessité structurelle, mais un fait social avec pour conséquence une déperdition de main-d'œuvre et de numéraire. Les différents partis divergent sur les causes de départ (morcellement des terres, droit successoral, impôts, endettement, ivrognerie, besoins de luxe), ainsi que sur les remèdes. En revanche, ils s'entendent pour souligner le caractère dommageable de l'émigration pour la société et pour les colons, souvent objets de spéculation. Mais si les discours et les stratégies de la classe politique et de l'opinion publique combattent largement l'émigration, celle-ci restera gérée par une économie libérale, en V. comme sur le plan national.

Auteur(e): Silvia Arlettaz

5.3.2 - Etrangers et question ouvrière

Dès la fin du XIXe s., les grands chantiers ferroviaires, puis l'industrialisation initient un véritable bouleversement. Le canton devient un vaste marché du travail auquel l'offre indigène n'est pas préparée à répondre. L'afflux d'étrangers confronte le V. au monde du travail et pose durablement la question ouvrière. Le canton n'a ni l'expérience ni les moyens pour régir les nouveaux défis liés au développement économique. Les tensions entre étrangers et populations locales s'exacerbent. Grèves (Ciba en 1907, verrerie de Monthey en 1907 et 1910) et revendications salariales indisposent entrepreneurs et autorités. Pour la classe politique, le progrès menace les valeurs profondes de la société et surtout l'autorité. Si le pouvoir conservateur ne conçoit pas l'interventionnisme social, la nécessité d'œuvrer en faveur d'une amélioration des conditions de vie du peuple s'impose. La révision de la Constitution de 1907 introduit des prescriptions en matière de protection ouvrière et de liberté du travail.

La lutte ouvrière s'organise et s'institutionnalise. En 1919, l'Union ouvrière valaisanne voit le jour; elle devient en 1927 le Cartel syndical valaisan chargé d'organiser les travailleurs et de veiller à l'application des lois de protection ouvrière (auj. Union syndicale valaisanne). En 1929 est fondée la Fédération valaisanne des corporations et des syndicats chrétiens. En 1959, une Fédération ouvrière et paysanne du V. voit le jour. Leur action s'articule autour de deux axes majeurs, la protection sociale et la défense du travail indigène, notamment contre l'engagement massif de saisonniers. Dans l'entre-deux-guerres, alors que le chômage sévit et que les autorités valaisannes se désintéressent du contrôle des étrangers, un climat de xénophobie s'installe. Les syndicats et les socialistes militent pour l'amélioration des salaires et des conditions de travail, ainsi que pour l'élimination de la concurrence étrangère. Leur action sera particulièrement virulente sur les chantiers de Barberine (comm. Finhaut) et de la Dixence. En 1928, afin de faire face à la crise et dans la ligne de la législation fédérale, le V. adopte une loi sur le subventionnement par l'Etat des caisses d'assurance-chômage; en fonction des indemnités que versent ces dernières, 30% seront alloués aux caisses publiques et paritaires, 10% aux caisses syndicales. Après de nombreuses résistances, la première loi sur la protection ouvrière est votée en janvier 1933, mais elle exclut les ouvriers agricoles et limite les dispositions relatives à l'hôtellerie. Elle sera remplacée en 1966 par la loi cantonale sur le travail qui réunit des mesures adoptées entre 1921 et 1949. L'assurance-chômage sera rendue obligatoire par la loi fédérale de 1984.

Auteur(e): Silvia Arlettaz

5.3.3 - La création d'un espace social cantonal

Avec la Constitution fédérale de 1874, l'Etat s'engage à pas mesurés dans le développement d'un programme social, notamment avec l'introduction progressive d'articles sur l'assurance dans les domaines de la santé (1890), puis de la vieillesse et de l'invalidité (1925). En revanche l'assistance reste de la compétence des communes et des cantons. Après la Première Guerre mondiale, le V. ne peut différer une réforme de son système d'assistance. De fait, la création d'un espace social cantonal se heurte non seulement aux institutions traditionnelles, mais également à des mentalités fermées à l'idée de prévoyance et de solidarité et obnubilées par une hausse de la fiscalité.

Héritage de l'Ancien Régime, le devoir d'assistance incombe d'abord à la famille et à la commune, puis aux institutions religieuses et privées. La loi de 1898 repose toujours sur le principe de l'assistance par la commune d'origine. Elle ne reconnaît pas de droit à l'assistance et exclut les personnes aptes au travail. L'indigence, due selon le discours officiel à l'affaiblissement des structures familiales et à l'immoralité, est considérée comme un péril social et l'assistance comme un encouragement aux vices. Le pauvre se voit privé notamment des droits civiques et ne peut se marier. La réponse première, d'ordre sécuritaire, est la lutte contre la mendicité. Il faut attendre la loi sur l'assistance publique de 1926, révisée en 1955, pour que soit institutionnalisé le principe d'une répartition des charges entre les communes de domicile et d'origine, avec le soutien financier de l'Etat. Au cours de l'entre-deux-guerres, d'autres formes d'aides aux familles se développent et aboutissent en 1949 à la première loi valaisanne sur les allocations familiales. En 1996, la loi sur l'intégration et l'aide sociale marque une étape fondamentale pour renforcer la cohésion sociale.

Le principe de prévoyance s'impose après la Deuxième Guerre mondiale. Dans le domaine de la santé, le V. repousse la loi fédérale sur l'assurance maladie introduite en 1911. L'obligation de s'assurer, laissée à la liberté des cantons, est mise en débat dès 1923, mais n'est acceptée qu'en 1995. En 1949, 99,2% des Valaisans rejettent la loi fédérale sur la tuberculose complétant celle de 1928, maladie qui fait pourtant de nombreux ravages. Quant à l'assurance vieillesse et survivants, rejetée en 1931 par 81,2% des Valaisans (60,3% moyenne nationale), elle est acceptée en 1947. D'une manière générale, les contraintes liées à l'évolution de la législation fédérale ont conduit le V. à développer une politique d'intégration sociale, notamment par un transfert des compétences et des charges de la commune vers le canton.

Auteur(e): Silvia Arlettaz

5.3.4 - L'émancipation des femmes

Dans une société patriarcale, catholique et conservatrice, l'émancipation politique des femmes, ainsi que leur intégration dans le marché du travail représente un défi complexe, dont certains aspects sont toutefois communs à ceux d'autres cantons (inégalité sur le plan civil, tâches mal rétribuées, pas de droits politiques). Une première ouverture faite en faveur de l'égalité politique en 1924 se concrétise en 1945 par une motion au Grand Conseil. L'Association valaisanne pour le suffrage féminin, créée en 1946, reçoit l'appui du pape Pie XII, mais le clergé, en particulier dans le Haut-V., s'y oppose. En 1959, le projet d'institution du suffrage féminin au niveau fédéral est repoussé par 69,1% des votants valaisans. Le processus est cependant inéluctable et les partis, rejoints par l'évêque, s'impliquent en faveur des femmes. En 1970, le droit de vote est reconnu aux Valaisannes sur le plan cantonal. En 1971, le V. accepte de l'étendre au niveau fédéral; avec 79,3% de votes favorables (moyenne nationale 65,7%), il vient en tête des cantons catholiques. En revanche, en 1981, il est le seul canton romand à refuser d'introduire dans la Constitution fédérale la reconnaissance de l'égalité homme femme, disposition acceptée sur le plan fédéral. En 1983, le Conseil d'Etat met sur pied une commission d'étude sur la condition féminine et ouvre en 1993 un bureau de l'égalité. Ce dernier est pérennisé par la loi d'application du principe d'égalité entre femmes et hommes (1996).

Auteur(e): Silvia Arlettaz

5.4 - Vie religieuse, culture et formation

5.4.1 - Confessions et religions

La révocation en 1859 des "décrets spoliateurs" (sécularisation en 1848 des biens ecclésiastiques) semble aplanir les relations entre l'Eglise catholique et l'Etat. Toutefois, des frictions demeurent, en particulier à propos des modalités d'élection de l'évêque; le Grand Conseil s'y réservait un rôle qui est aboli en 1918 à l'occasion d'une succession. La formulation du statut de religion d'Etat est également modifiée au cours des révisions successives de la Constitution cantonale. L'industrialisation au tournant du XXe s. attire une population protestante dont la vie communautaire se structure, non sans tensions. Le catholicisme garde toutefois son statut de religion d'Etat lors de l'élaboration de la Constitution de 1907, mais accompagné d'alinéas spécifiques sur la liberté de conscience et de croyance, ainsi que sur le libre exercice des cultes. Cet état de fait demeure jusqu'en 1974 lors de la modification de l'article 2, qui confère désormais aux Eglises catholique et protestante le statut de personne juridique de droit public.

L'Eglise, son clergé diocésain et ses nombreuses congrégations occupent une place importante dans la société valaisanne jusqu'aux années 1970, encadrant les grandes étapes de la vie sociale. Attachée à l'action caritative, l'Eglise est sensible aussi au domaine de l'instruction. La place prise par les religieux dans le corps enseignant marque les esprits. Il faut attendre les bouleversements sociétaux des années 1960 pour que la laïcisation de l'enseignement et de la santé progresse.

Les conséquences du concile Vatican II voient également l'émergence de catholiques traditionnalistes valaisans, attirés par la figure de Mgr Marcel Lefebvre. Le prélat français lutte ouvertement contre les "erreurs libérales" et les réformes du concile, liturgiques notamment. Avec l'appui de personnalités valaisannes, l'ecclésiastique installe à Ecône un préséminaire, puis un séminaire véritable. A partir des années 1970, le refus de Lefebvre du nouveau rite liturgique provoque des tensions avec les diocèses suisses, puis avec Rome. L'ordination en 1988 de quatre évêques sans mandat de Rome consomme le schisme.

Auteur(e): Simon Roth

5.4.2 - Formation

La situation de l'école valaisanne au début du XXe s. demeure médiocre; les résultats très décevants des recrues valaisannes à l'occasion des examens fédéraux serviront d'aiguillon durant des décennies. Différentes lois votées (1907, 1946 et 1962) et l'aide de la Confédération permettent une lente amélioration pour le personnel enseignant et les élèves. La durée de la scolarité obligatoire et de l'année scolaire s'accroît graduellement (six mois en 1946 encore, quarante-deux semaines en 1962). La formation au sein de l'école normale (Sion, Brigue) est elle aussi prolongée; celle-ci connaît un âge d'or entre 1947 et 1964, avant d'entrer dans une zone de turbulences, alternant pénurie ou pléthore d'enseignants jusqu'à sa disparition en 2000 au profit d'une formation tertiaire.

Le développement des écoles secondaires, très rares en V., est un thème qui traverse toutes les périodes. Des sociétés de Valaisans émigrés en Suisse réclament dans les années 1940 de meilleures écoles de ce niveau. Elles se créent un peu partout avec la loi de 1962, puis rentrent bientôt dans le moule des cycles d'orientation qui voient le jour en 1974. La démocratisation des études se fait avec l'accroissement du nombre d'étudiants inscrits dans les universités suisses. La réforme du secondaire premier degré modifie également l'organisation des collèges (soit gymnases) de Brigue, Sion et Saint-Maurice. De son côté, la formation professionnelle poursuit son essor, avec notamment la planification et la réalisation de grands centres au début des années 1960. La formation scientifique, via les écoles tertiaires, vient tardivement concurrencer la formation classique offerte par les collèges, mais est bien présente depuis les années 1980. Ces écoles intègrent l'organigramme de la haute école valaisanne en 2000 et des hautes écoles spécialisées puis, avec d'autres filières encore, la haute école spécialisée de la Suisse occidentale (HES-SO), née en 1997. Des formations et des instituts universitaires sont également actifs en V. comme le Centre universitaire à distance de Brigue dès 1992 ou encore l'institut universitaire Kurt Bösch à Bramois (auj. comm. Sion) dès 1999.

Auteur(e): Simon Roth

5.4.3 - Médias

De la succession d'éphémères petits journaux politisés ne subsistent au début du XXe s. que de rares titres, dont le Walliser Bote (publié sous ce nom depuis 1840, puis dès 1868) et le Confédéré (1861). La période est propice pourtant à l'émergence d'une nouvelle presse, rattachée le plus souvent à une tendance politique sans être stricto sensu l'organe d'un parti politique. La diversité est de mise, sans compter la persistance de feuilles plus régionales. Le pic de la diversité est atteint en 1930 avec dix-sept organes de presse.

Au cours des décennies suivantes, la situation se décante et aboutit à une concentration des journaux. Dans le V. romand, le Nouvelliste (1903), premier quotidien en 1929 et seul à proposer cette offre jusque dans les années 1950, renforce encore son influence avec l'acquisition du Rhône (1929) en 1960, puis, en 1968, de La Feuille d'Avis du Valais. Côté germanophone, le même mécanisme est à l'œuvre; le Walliser Bote, qui bénéficie du poids de son ancienneté, absorbe en 1961 les Walliser Nachrichten-Briger-Anzeiger (1933), puis bénéficie de l'extinction de l'organe des chrétiens-sociaux du Haut-V., le Walliser Volksfreund (1920-1989).

A partir du milieu des années 1980, le paysage médiatique valaisan est modifié par l'apparition d'autres vecteurs. Trois radios quadrillent peu à peu l'espace radiophonique, Radio Martigny dès 1984, devenue Radio Rhône, puis Rhône FM et basée désormais dans la capitale sédunoise, Radio Chablais également depuis 1984 et installée à Monthey, Radio Rottu Oberwallis, constituée à Viège depuis 1990. La télévision régionale Canal 9, créée à Sierre en 1983, connaît également une croissance structurelle; elle aboutit en 2008 à l'obtention d'une concession cantonale pour une diffusion dans les deux langues attribuée par l'Office fédéral des communications.

Auteur(e): Simon Roth

5.4.4 - Littérature et arts

Parcouru par de nombreux écrivains dès l'époque romantique, le V. continue au XXe s. de les accueillir (Rainer Maria Rilke, Carl Zuckmayer ou Charles-Ferdinand Ramuz). Les plumes actives au XXe s. et rattachées au V. - Marguerite Burnat-Provins, Louis Courthion par exemple - relèvent aussi d'un regard extérieur sur le canton au gré des itinéraires personnels. Privé d'une vie intellectuelle intense, le V. doit attendre les années 1940 pour qu'une production inspirée des lieux et servie par des personnalités locales connaisse un certain rayonnement, à travers notamment les œuvres de Maurice Zermatten, de Maurice Chappaz et de son épouse S. Corinna Bille. Une nouvelle génération d'écrivains les accompagne dès les années 1960, évoquant une société d'après-guerre bouleversée par la modernité ou rayonnant, à la suite de Georges Borgeaud, à travers villes et pays au-delà du seul cercle des montagnes. La "littérature d'instituteurs", qui dominait encore la scène jusqu'aux années 1970, cède sa place à une création plus foisonnante et débridée en terme de genre et de style. En allemand, Adolf Fux et Hannes Taugwalder ont évoqué le Haut-V., Pierre Imhasly le Rhône.

Raphael Ritz est le premier peintre valaisan indépendant. En marge des institutions culturelles qui fleurissent au XIXe s., dépourvu des éléments constitutifs d'une scène artistique, le V. attire toutefois au début du nouveau siècle de nombreux peintres romands. Ernest Biéler fonde une véritable colonie d'artistes qui sera dénommée "l'école de Savièse", à laquelle se rattache Raphy Dallèves, qui lègue ses œuvres au canton, formant le noyau du Musée des beaux-arts. L'installation d'artistes en V. se poursuit durant le siècle au gré des rencontres et des générations, de celle d'Edmond Bille et d'Edouard Vallet à celles d'Albert Chavaz, de Gérard de Palézieux ou d'Angel Duarte. La création d'un musée cantonal des beaux-arts en 1947 et d'une école cantonale des beaux-arts en 1949 favorisent l'émergence de talents attendus depuis la disparition de Ludwig Werlen et de Dallèves. Dans un contexte artistique plus stimulant, de nombreux jeunes peintres, du Haut comme du Bas-V., tentent l'aventure. Des associations d'artistes, éphémères ou pérennes, se constituent. On assiste à l'émergence d'une politique d'exposition à la fois plus prestigieuse et populaire, comme celle de la Fondation Pierre Gianadda à Martigny depuis 1979 ou plus spécifiquement axée sur la création contemporaine dans les principales villes.

En architecture, on doit à Joseph de Kalbermatten et Joseph Dufour de nombreuses églises néomédiévales et au Groupe de Saint-Luc et Saint-Maurice, fondé en 1919, celle de Finhaut. Après la Première Guerre mondiale, Markus Burgener construit à Crans-Montana des hôtels de style moderne.

Les compositeurs Charles Haenni et Jean Daetwyler ont animé la vie musicale du V., Pierre Mariétan s'est tourné vers la musique nouvelle. Si le V. abrite à Valère (comm. Sion) le plus ancien orgue du monde encore utilisé, il est aussi connu internationalement par les festivals de musique de Verbier, de Sion et d'Ernen.

Auteur(e): Simon Roth

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– ABourg Sion
– AChap Sion
– AEV
Sources imprimées
Recueil des lois, décrets et arrêtés du Canton du Valais, 1847-
– J. Gremaud, Doc. relatifs à l'hist. du Vallais [sic], 8 t., 1875-1898
– A. Heusler, Rechtsquellen des Cantons Wallis, 1890
Die Walliser Landrats-Abschiede seit dem Jahre 1500, 1916- (9 vol. parus, jusqu'en 1613)
– A. Donnet, «Doc. pour servir à l'hist. de la révolution valaisanne de 1798», in Vallesia, 19, 1964, 1-18; 31, 1976, 1-186; 32, 1977, 1-246; 34, 1979, 1-102; 35, 1980, 1-120
– K.J. von Stockalper; G. Imboden, G. Zenhäusern, Handels- und Rechnungsbücher, 10 vol., 1987-1997
Bibliographie

Auteur(e): Bernard Truffer