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Appenzell (canton)

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Canton de la Confédération depuis 1513 jusqu'à sa division en 1597 en Appenzell (Rhodes-Extérieures) et Appenzell (Rhodes-Intérieures). Nom officiel: Land Appenzell. L'ancienne appellation Appenzell daz lant qui, à son apparition en 1379, ne s'appliquait encore ni à Trogen, ni à Hérisau, ni au Vorderland, désigna de 1429 (peut-être 1403) à 1597 le territoire des deux demi-cantons actuels. La langue officielle était l'allemand, le chef-lieu Appenzell.

Les collines molassiques du nord du canton appartiennent encore au Plateau, tandis qu'au sud le massif de l'Alpstein, qui culmine au Säntis, se rattache aux Préalpes. Les lignes de crête courent généralement du sud-ouest au nord-est. Les rivières (Urnäsch, Sitter, Rotbach, Goldach) s'écoulent presque toutes vers le nord: vallées en auges et gorges articulent le territoire (Hinterland, Mittelland et Vorderland dans les Rhodes-Extérieures, Rhodes-Intérieures autour du village d'A. sur la Sitter).

1 - De la préhistoire au Moyen Age

1.1 - Préhistoire

Le canton n'a pas encore fait l'objet d'études archéologiques systématiques. Des fouilles dans les grottes du Wildkirchli, à 1500 m d'altitude environ, attestent la présence de chasseurs du Paléolithique au milieu de la dernière glaciation (il y a env. 40 000 ans). On a découvert en 1993 dans la grotte d'Altwasser I, entre le Sämtisersee et le Fählensee dans l'Alpstein, des os travaillés de bouquetin, de chamois, de renard, de martre et d'oiseaux, ainsi que des silex de la période de transition Paléolithique-Mésolithique (vers 10 000 av. J.-C.). Les fouilles du château fort d'Urstein (comm. Hérisau) ont mis au jour des outils mésolithiques. On a trouvé une hache en pierre néolithique au Seckbach (comm. Schwende) et une en métal du Bronze final aux Forren (comm. A.), dans un ancien lit de ruisseau. Des monnaies romaines ont été découvertes entre Oberegg (AI) et Berneck (SG), mais les sites exacts sont inconnus. Tout cela permet de déduire une présence humaine au moins temporaire dès la préhistoire.

La toponymie n'offre aucun nom d'habitat durable antérieur aux VIIe-VIIIe s. La Sitter et le Necker ont des noms pré-alémaniques, mais seul leur cours supérieur est appenzellois. En revanche les noms de montagne et d'alpages d'origine latine, comme Säntis et Sämtis (850-855 iugum Sambutinum), prouvent que l'Alpstein était connu à l'époque romaine et peut-être exploité à partir du Rheintal saint-gallois ou du Haut-Toggenbourg. Le nom d'Urnäsch (IXe s. Urnasca), qui désigna la rivière avant le village, est aussi d'origine latine; il dérive sans doute d'un ancien nom de la Schwägalp, *alpis orana ("alpage de la frontière").

Auteur(e): Rainald Fischer / PM

1.2 - Le pays d'Appenzell du VIIIe au XIe siècle

La colonisation alémanique ne commença sans doute qu'au VIIIe s., puisque font défaut les témoins caractéristiques de l'époque antérieure (tombes à mobilier, noms en -ingen et -inghofen). Les noms de montagne pré-alémaniques furent repris, avec mutation phonétique (Gäbris, de Gabrêta) ou sans (Kamor, de ganda mora). Les noms germaniques anciens se concentrent dans la région de Hérisau; ils combinent le suffixe -wil à des patronymes comme Baldo, Ramo ou Wolfker, et indiquent, par analogie, un peuplement à partir des terres de l'abbaye de Saint-Gall. Ils sont plus rares dans les autres régions, mais Brülisau (comm. Rüte) et Büriswilen (comm. Oberegg) au moins devraient en faire partie. Selon certains, Hundwil viendrait de huntari (centaine), institution du haut Moyen Age.

Aux VIIIe-XIe s., les premiers documents écrits qui nous font entrevoir les habitants, les propriétaires fonciers, les souverains ou la vie ecclésiastique en A. sont des actes de l'abbaye de Saint-Gall; ils concernent d'abord le Hinterland, puis la vallée de la Sitter autour d'A., plus tard seulement le Mittelland et le Vorderland. Quelques gros propriétaires fonciers appartenaient sans doute à une noblesse en voie de formation. La première localité mentionnée est Schwänberg près de Hérisau (821 Suweinperac). Hérisau est nommé en 837, la Sitter en 854, le Rotbach et l'Urnäsch (rivières) à la fin du IXe s., Hundwil en 921. Dans l'acte de fondation de l'église et de la paroisse d'A. (Abbacella), en 1071, les alpages de Soll, Meglisalp et Potersalp, le Kronberg et la Hundwilerhöhe sont indiqués comme parties ou comme limites du territoire soumis à la dîme.

Auteur(e): Rainald Fischer / PM

2 - Du XIIe au XVIe siècle: histoire politique

2.1 - Domination de l'abbaye de Saint-Gall (XIIe-XIVe siècles)

L'abbaye de Saint-Gall reçut peut-être déjà des droits fonciers en A. avec la donation du tribun Waltram à l'abbé Otmar, vers 719. Elle acquit ensuite assez de terres, de serfs, d'églises et de justices pour devenir la suzeraine d'une grande partie du pays d'A. Pour assurer ce pouvoir, Ulrich et Heinrich von Sax élevèrent vers 1210 la forteresse de Clanx. Les arbitrages des Confédérés mettant fin en 1429 aux guerres d' Appenzell supprimèrent pratiquement la suzeraineté de l'abbaye, mais non pas ses droits à certaines redevances: elle continua de percevoir cens et dîmes jusqu'au XVIe s.

L'empereur Louis le Pieux avait conféré l'immunité à l'abbaye de Saint-Gall en 818 et l'avait élevée au rang d'abbaye impériale. Les abbés confièrent l'avouerie et les droits de haute juridiction qui en dépendaient à des seigneurs laïques: ainsi fit l'abbé Werinher en 1166, en faveur du comte Rudolf von Pfullendorf. Sans héritier mâle, celui-ci légua sa charge en 1180 à l'empereur Frédéric Barberousse, qui en fit une avouerie impériale, morcelée plus tard entre plusieurs familles nobles de la région du lac de Constance. Les localités d'A., Hundwil, Teufen et Urnäsch, ainsi que leurs environs, relevaient de l'avouerie impériale de Saint-Gall, tandis que Trogen, Hérisau et Rheineck (avec le Vorderland) formaient de petites avoueries. Dotés de pouvoirs étendus, notamment fiscaux, les avoués se dégagèrent de la tutelle de l'abbé. Aspirant à l'immédiateté impériale, le pays d'A. entra ainsi en conflit avec l'abbaye. En 1333, l'empereur Louis de Bavière promit à A., Hundwil et Teufen que l'avouerie de Saint-Gall ne serait jamais détachée de l'Empire; pourtant l'abbé Hermann von Bonstetten put l'acheter en 1344-1345. Il obtint en outre de l'empereur, en 1353, un droit de foire et un privilège douanier pour la localité d'A., ce qui confirmait sa suzeraineté.

On ne sait si les droits fonciers de l'abbaye débouchèrent sur une organisation domaniale. Les mayors se bornaient peut-être à encaisser les cens et à rendre la basse justice. Les détenteurs de ces charges s'efforcèrent d'en faire des fiefs héréditaires; s'agrégeant au groupe des ministériaux de l'abbé, ils se firent bâtir des maisons en pierre (à la Lank près d'A., au Sonder près de Hundwil) et des châteaux forts (Rosenburg et Rosenberg près de Hérisau). Ils édifièrent des seigneuries, la plus importante étant celle des Rorschach-Rosenberg.

Le mémoire rédigé vers 1420/1421 par l'abbé Heinrich von Mansdorf à l'intention des arbitres confédérés, nous renseigne sur l'organisation de la seigneurie abbatiale en A. Unités administratives décentralisées, les bailliages (Amt) s'étaient développés à partir des basses justices; ceux d'A. (correspondant à la paroisse), de Hundwil (avec Urnäsch) et de Teufen (intégré vers 1375 dans le Hofamt) sont attestés avant 1420/1421. Dans l'est du canton actuel, certains territoires relevaient du bailliage (mayorie) d'Altstätten. A l'ouest, on trouvait le bailliage libre (Freivogtei) de Schwänberg-Baldenwil. L'abbé plaçait à la tête du bailliage un notable du pays, l'amman, qui exerçait la basse justice, organisait les corvées, encaissait les lods et ventes (droits de mutation) et la mainmorte au décès d'un serf. Avec le collecteur, dit Rhodmeister, il percevait le "service" (Dienst), redevance féodale sur le fromage et le bétail, généralement convertie en argent, ainsi que les impôts dus à l'avoué.

Auteur(e): Rainald Fischer / PM

2.2 - Sur la voie de l'indépendance (1401-1566)

La crise démographique du bas Moyen Age concentra la propriété, fit augmenter la productivité agricole en développant l'élevage. Elle eut des effets bénéfiques pour la paysannerie appenzelloise, mais menaça les finances de l'abbaye de Saint-Gall, parce que les revenus féodaux baissaient (étant fondés sur une culture des champs déclinante et sur les taxes personnelles d'une population moins nombreuse) et rentraient mal, faute de moyens coercitifs. Après une période de relâchement, les abbés Georg von Wildenstein (1360-1379) et surtout Kuno von Stoffeln (1379-1411) tentèrent de rétablir leur autorité en exigeant de nouveau des droits tombés en désuétude (lods et ventes, mainmorte, droit de détraction). Cela souleva des résistances, justifiées par les droits acquis, et les Appenzellois s'allièrent avec la ville de Saint-Gall le 17 janvier 1401 pour défendre leurs prétendus anciens droits en matière de liberté d'établissement et de mariage, de capacité à léguer et à vendre les tenures, de chasse et de pêche. Le conflit s'envenima dans les guerres d'A., qui connurent un tournant lourd de conséquences quand les Schwytzois en profitèrent pour s'implanter militairement et politiquement en A. en y envoyant tantôt un capitaine tantôt un bailli. L'historiographie suisse a cultivé jusque dans les années 1970 une vision mythique de ces guerres en les assimilant aux luttes de libération des Confédérés, alors qu'on les considère aujourd'hui comme l'une des nombreuses révoltes paysannes qui éclatèrent en Europe au bas Moyen Age. Elles n'eurent aucune conséquence directe sur l'entrée d'A. dans la Confédération; c'est le traité de combourgeoisie conclu en 1411 avec sept cantons (il manque Berne) qui enclencha un processus qui, par certains côtés, a pu apparaître comme une "domestication des Appenzellois" par les Confédérés. Ceux-ci rendirent en 1421 un arbitrage qui réduisit les droits de l'abbaye aux rentes perçues sur ses terres et ses serfs, à un forfait annuel de 100 £ pour les lods et ventes et à un impôt d'avouerie limité, attribuant aux Appenzellois les droits de basse justice et de seigneurie. Les arbitrages des Confédérés et les traités de paix de 1429 restaurèrent une partie des redevances dues à l'abbaye (avec possibilité de rachat) et confirmèrent les conquêtes territoriales des Appenzellois dans l'actuel Vorderland. Dans l'ensemble, les guerres d'A. peuvent être considérées comme une phase essentielle dans la rupture des liens de dépendance avec l'abbaye et comme le début du rattachement à la Confédération.

La paix revenue, les Appenzellois respectèrent leurs obligations financières envers l'abbaye de Saint-Gall. Les Confédérés continuèrent d'envoyer en A. un bailli, schwytzois ou glaronais, jusqu'en 1437. Cette tutelle était aussi une protection contre d'éventuels empiétements sur les compétences des tribunaux locaux. Les Appenzellois tirèrent parti de la guerre qui opposa Zurich et Schwytz à propos de la succession du dernier comte de Toggenbourg, mort en 1436. Courtisés tant par Zurich et les Habsbourg d'Autriche que par les Confédérés, ils restèrent d'abord neutres, conformément au traité de combourgeoisie de 1411, et ne se laissèrent pas séduire par l'empereur Frédéric III qui leur offrit à la fin de 1442 la haute juridiction et la confirmation du droit de foire de 1353. Mais quand les négociations de paix de Baden eurent échoué en mars 1444, ils adressèrent une déclaration de guerre à Zurich et aux Habsbourg, envoyèrent un détachement aux Confédérés qui assiégeaient Greifensee, occupèrent le Rheintal et prirent part à une expédition de pillage dans le Vorarlberg. Ils repoussèrent une contre-offensive autrichienne le 11 juin 1445 à Wolfhalden. Malgré leur engagement aux côtés des Confédérés, le renouvellement du traité avec les sept cantons, le 15 novembre 1452, ne leur apporta guère d'avantages: ils n'étaient plus obligés de payer l'aide des Confédérés et dans le cas d'un conflit entre les cantons, ils étaient invités à se rallier à la majorité. Ils étaient appelés "Confédérés perpétuels", mais n'étaient pas traités comme tels. Ils n'avaient ni siège à la Diète ni part aux butins et conquêtes. Les Confédérés, qui s'intéressaient à l'ensemble de la Suisse orientale, conclurent des alliances analogues avec l'abbaye et la ville de Saint-Gall.

Lors du conflit entre l'abbé Kaspar von Breitenlandenberg et la ville de Saint-Gall, les Appenzellois, qui ne souhaitaient renforcer ni l'un ni l'autre, s'allièrent avec le grand cellérier Ulrich Rösch, les moines et les sujets de l'abbaye pour contrer les plans de l'abbé. Ils découvriront bientôt un adversaire en Ulrich Rösch, qui deviendra administrateur de l'abbaye et finalement abbé. Dans des sentences de 1458-1460, les Confédérés fixèrent la frontière nord d'A. et confirmèrent à l'abbé son droit de mainmorte (meilleur catel) et de percevoir les droits féodaux pour les terres sises en dehors du pays d'A. Les gens de Hérisau purent racheter les cens des domaines abbatiaux pour 1600 florins du Rhin. En 1460, les Appenzellois levèrent l'hypothèque sur le bailliage du Rheintal (qu'ils occupaient) en versant 6000 florins à Jakob Payer. Néanmoins il y avait vice de forme, car on n'avait pas sollicité l'autorisation impériale. Ulrich Rösch intervint donc en vertu d'un acte de l'empereur Wenceslas, de 1379, qui lui donnait le droit de rachat sur toutes les avoueries abbatiales hypothéquées. Les Appenzellois adoptèrent alors la vieille tactique consistant à ne pas paraître aux audiences ou à y envoyer des représentants munis de pouvoirs insuffisants. Le 17 septembre 1465, des arbitres d'Uri, d'Unterwald et de Zoug fixèrent la frontière du Rheintal au détriment des prétentions de l'abbé, à peu près là où elle est aujourd'hui. De 1465 à 1517, les Appenzellois respectèrent généralement leurs obligations financières envers l'abbaye de Saint-Gall. Ils obtinrent en 1486, par un arbitrage de la ville de Saint-Gall, que l'abbé renonce formellement à la souveraineté sur le Rheintal. Mais, en 1489, le sac du couvent de Rorschach par des Saint-Gallois et des Appenzellois, devait briser brutalement la paix; les quatre cantons protecteurs du couvent intervinrent militairement et forcèrent les sujets de l'abbaye de Saint-Gall, puis les Appenzellois (le 9 février 1490), enfin la ville de Saint-Gall à capituler. Les Appenzellois durent remettre aux quatre cantons la souveraineté sur le Rheintal.

Après l'alliance de 1452, les Appenzellois prirent part à des campagnes des Confédérés: conquête de la Thurgovie en 1460, campagne du Sundgau et siège de Waldshut en 1468. Ils hésitèrent à s'engager dans les guerres de Bourgogne, n'étant pas alliés directs de Berne, mais participèrent sans doute à la bataille de Nancy en 1477 (prise d'un drapeau). Dans la guerre de Souabe, ils durent surveiller la frontière orientale de la Confédération et fournir des renforts au camp de Schwaderloh. Ils se battirent en 1499 à Hard, à Frastanz et sur la frontière grisonne, ce qui leur valut dès 1500, outre une part des armes conquises et des rançons, la cosouveraineté sur le bailliage commun du Rheintal. Des mercenaires appenzellois furent engagés dans les deux camps lors des guerres d'Italie; ils furent compromis dans la trahison de Novare (1500), comme le montrèrent les enquêtes. A l'instar des autres Confédérés, les Appenzellois se détournèrent de la France vers 1510 pour suivre le pape; Jules II les remercia en leur donnant une bannière.

Les efforts des Appenzellois pour être admis dans la Confédération au titre de treizième canton égal en droits se heurtèrent au refus des cantons protecteurs de l'abbaye de Saint-Gall en 1501, 1510 et 1512. Mais après la crise provoquée par le siège de Dijon, les Confédérés admirent A. dans l'alliance (17 décembre 1513). A la Diète de janvier 1514, l'amman Hans Meggeli prit ostensiblement la treizième place, devant l'abbé et la ville de Saint-Gall. Le canton reçut désormais des pensions, qui lui permirent de se dégager peu à peu de ses obligations financières envers l'abbaye. Le dernier rachat fut celui de la mainmorte en 1566.

Auteur(e): Rainald Fischer / PM

2.3 - Mouvement communal, formation territoriale, constitution

Aux XIIIe-XIVe s., on observe l'apparition de communautés paysannes. Des communes jurées entre gens d'A., bourgeois de Saint-Gall et autres sujets de l'abbaye sont attestées sous les abbés Konrad von Bussnang (1226-1239) et Berchtold von Falkenstein (1244-1272). Des hommes d'armes appenzellois assiégèrent l'abbé Rumo von Ramstein dans le château de Clanx en 1278, parce qu'il avait traîtreusement emprisonné leur amman Hermann von Schönenbühl. Dans les actes du XIVe s., le mot de "pays" (Land), qui se réfère aux communes en voie de formation, vient concurrencer celui qui désigne officiellement les bailliages de l'abbaye (Amt). Vers 1367, les gens des bailliages d'A. et Hundwil ont sans doute conclu une alliance contre l'abbé de Saint-Gall. L'entrée dans la Ligue des villes souabes conduisit finalement en 1377 les "pays" d'A., Hundwil, Urnäsch et Teufen à se doter d'une organisation communale: ils élurent dès cette date treize hommes qui étaient sans doute leurs porte-parole à la Ligue, mais où il est prématuré de voir un conseil institutionnalisé et indépendant de l'abbaye. La Ligue tenta de délimiter par un arbitrage, en 1379, les compétences entre A. et l'abbé Kuno von Stoffeln: l'abbé ne pouvait lever qu'une fois par an l'impôt d'avouerie, sans l'augmenter; il exerçait ses droits seigneuriaux, judiciaires en particulier, par l'intermédiaire de son amman. Les Treize étaient compétents en matière fiscale. Les actes de la Ligue de 1379 et 1384 sont les premiers où apparaît une entité appenzelloise regroupant plusieurs communes (Appenzell daz lant), même si elle ne comprend, jusqu'aux guerres d'A., ni Hérisau ni Trogen. Quant au sceau à l'ours levé, il est gravé après la bataille de Vögelinsegg et entre en usage en 1403 pour la paix avec les villes du Bodan; en 1401 encore (alliance avec la ville de Saint-Gall), l'ours d'A. allait sur ses quatre pattes.

Les premières Landsgemeinde datent du début du XVe s. Un recueil d'arrêts du Conseil et de la landsgemeinde des XVe et XVIe s. commence par des formules d'assermentation dont l'usage s'est en partie perpétué jusqu'au XXIe s. Réalisé au milieu du XVIe s., intitulé inexactement Ältestes Landbuch ("premier code"), il s'ouvre à la date de 1409, donne les formules d'assermentation de l'amman, du sautier et du peuple, l'ordonnance militaire et la coutume en matière de paix publique et de succession. Les landammans furent d'abord schwytzois et glaronais. Le premier Appenzellois attesté dans cette charge est Ulrich En(t)z en 1412. Le Conseil, épisodiquement mentionné dès 1402, n'a pas grande importance au XVe s.

Jouant un rôle judiciaire et économique, les Rhodes apparaissent pour la première fois dans des chartes et des listes de redevances du XIVe s. Elles avaient à leur tête des "maîtres" (rhodmeister), chargés de la perception des impôts. Le bailliage de Trogen comprenait six rhodes (Schneiter/Schwender, Vögelinsegger ou Füglisegger, Roter, Rotenwieser, Trogener et Tablater Rhoden), comme celui d'A. (Schwende, Rüte, Lehn, Schlatt, Gonten et Rinkenbach/Wies, soit les futures rhodes intérieures). Les six rhodes extérieures de 1597 (Urnäsch, Hérisau, Hundwil supérieur et inférieur, Teufen et Trogen) se formèrent au cours du XVIe s., notamment par morcellement de la vaste rhode de Trogen. A partir du XVIe s., l'importance des questions confessionnelles contribua à faire de la paroisse le cadre de la vie politique communale; les rhodes perdirent ce rôle, les extérieures parce qu'elles se divisèrent, les intérieures parce qu'elles ne se distinguaient pas assez dans la paroisse d'A.

Les institutions appenzelloises du XVIe s. sont décrites dans le Code de 1585 (Silbernes Landbuch ou Livre argenté): l'instance suprême était la landsgemeinde, suivie du double Landrat, du Grand Conseil ou Conseil prié et du Petit Conseil. Une autorité inférieure ne pouvait modifier les décisions d'une instance supérieure. Les alliances, la paix et la guerre relevaient de la landsgemeinde, qui se réunissait d'habitude à A. et où tous les hommes du pays avaient le droit de vote dès l'âge de seize ans. Il est arrivé que seuls les hommes des rhodes intérieures se rendent à l'assemblée (sur la Hofwiese) et que ceux des rhodes extérieures votent par correspondance, chaque rhode ayant alors sans doute une voix. Le double Landrat se composait de vingt-quatre conseillers (douze petits et douze grands) pour chacune des douze rhodes, soit 288 personnes, ainsi que des magistrats et des anciens landammans. Il siégeait deux fois par an: en mai après la landsgemeinde ("nouveau et ancien conseils") et en octobre ("conseil de la Saint-Gall"), promulguait les ordonnances cantonales, signait les accords et alliances, élisait les "secrets" (Heimlicher: membres du Petit Conseil chargés de tâches de police) et certains fonctionnaires (maisonneur, administrateurs de l'hôpital et de la maladrerie). Il fonctionnait comme tribunal pour certains délits graves, comme le viol et l'adultère. Le Grand Conseil ou Conseil prié comprenait les 144 petits conseillers et les magistrats. Il élisait les délégués à la Diète et leur donnait leurs instructions, traitait avec les Confédérés et les princes étrangers et fonctionnait comme instance d'appel civile et pénale. Le Petit Conseil se composait sans doute du landamman, des conseillers secrets et parfois aussi des chefs des douze rhodes; il expédiait les affaires courantes. Le landamman et douze jurés formaient un tribunal spécial (Geschworenengericht), compétent dans les conflits de propriété; le sautier présidait son tribunal (dit aussi tribunal de rue ou des amendes, all. Gassengericht), qui siégea d'abord à l'hôtel de ville, dans la grande salle du rez-de-chaussée, et qui jugeait surtout les affaires de peu de gravité.

Les autorités mirent par écrit d'abord les comptes, à partir de 1519, conservés presque sans interruption. Puis vint dès 1547 le "Recueil des réponses et mandats", collection non exhaustive d'arrêts des Conseils, de sentences judiciaires et de comptes rendus de négociations. Les procès-verbaux du Landrat prirent dès 1589 la suite du Rats- und Urfehdbuch (tenu de 1579 à 1588). Le Kirchhöre- und Feuerschaubuch (registre des paroisses et des feux), commencé en 1578, se prolonge au-delà de la scission de 1597. Au XVIe s., le canton d'A. n'était nullement une démocratie au sens actuel, malgré sa landsgemeinde. Le pouvoir appartenait aux Conseils, dominés par quelques familles et par un petit nombre de personnalités.

Auteur(e): Rainald Fischer / PM

3 - Histoire sociale, économique et culturelle, du Moyen Age à la scission de 1597

3.1 - Démographie et peuplement

S'il est prouvé que le Hinterland était déjà habité au IXe s., la colonisation de la vallée de la Sitter autour d'A. est liée aux défrichements postérieurs entrepris par l'abbaye de Saint-Gall. Les conditions naturelles et l'accent mis sur l'élevage favorisèrent un habitat dispersé. Le domaine abbatial d'A. devint un centre économique, administratif et ecclésiastique, avec sa paroisse fondée en 1071. Une liste de redevances de 1200 environ nomme plusieurs domaines, dans les Rhodes-Intérieures actuelles. Dans le Mittelland, colonisé plus tardivement, Trogen est mentionné vers 1175 (de Trugin). Il faut attendre la fin de la période des défrichements pour trouver Schwellbrunn et Schönengrund (1268), puis Teufen et Gais, enfin Speicher (1309). Des fragments de censiers montrent que Saint-Gall fit défricher des terres dans le Mittelland au XIVe s. Pour le Vorderland, colonisé notamment à partir du Rheintal, les plus anciens domaines sont nommés dans la liste des redevances du bailliage d'Altstätten, vers 1300. Wienacht (comm. Lutzenberg) et Walzenhausen apparaissent dans des documents du XIVe s. La succession des fondations d'églises indique que le peuplement s'est fait à partir de l'ouest vers l'intérieur et vers l'est. Toutes les principales localités -- et paroisses -- sont antérieures à la fin du XVe s.: Hérisau, A., Hundwil, Gais, Urnäsch, Trogen, Grub et Teufen. On assiste ensuite, comme le montre par exemple la comparaison de l'acte de fondation de la paroisse d'Oberegg en 1658 avec une liste domaniale dressée vers 1500, à un accroissement de la densité, mais aucune ville ne se forme et l'habitat reste dispersé.

D'après un rôle militaire, les rhodes intérieures comptaient 378 feux vers 1400, et 696 en 1535 d'après un rôle fiscal, soit une augmentation de 86%, due autant à l'immigration, proche ou lointaine (Grisons ou Italie, Allgäu) qu'au surplus des naissances. Les décomptes détaillés des pensions versées à la population masculine en 1535, 1537, 1544 et 1547 permettent de donner le nombre approximatif d'habitants au milieu du XVIe s.: 11 400-12 700 (dont 3400-3700 dans les rhodes intérieures, 8000-9000 dans les rhodes extérieures). Au moment de la scission (précédée d'épidémies de peste en 1564, 1585, 1586 et 1594), on comptait environ 26 700 âmes (8100-8800 dans les rhodes intérieures, 18 200 dans les rhodes extérieures) selon une enquête basée sans doute sur des chiffres relatifs aux électeurs ou aux hommes aptes au service, mais 13 500 seulement (3800-4200 dans les rhodes intérieures, 9000-10 000 dans les rhodes extérieures) selon un décompte fondé sur le nombre des communiants.

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

3.2 - Economie et société

Grâce au privilège que l'abbé de Saint-Gall obtint de l'Empire le 23 septembre 1353, le bourg d'A. eut deux foires annuelles, tenues près de l'église. Les patronymes tirés de noms de métiers (Beck [boulanger], Müller [meunier], Binder [tonnelier], Fässler [idem], Sutter [cordonnier], Schmid [forgeron], Salzmann [facteur du sel]), attestés en partie au XIVe s. déjà, sont l'indice d'activités artisanales et commerciales dans un pays plutôt agricole.

Dans la mesure où la nature des redevances dues à l'abbaye de Saint-Gall reflète celle des diverses productions, la part de l'élevage est considérable au Moyen Age. Cependant, l'avoine et l'épeautre étaient probablement encore cultivés au bas Moyen Age, au nord-ouest et à l'intérieur du pays. La vigne est attestée dès les XIVe-XVe s. sur les pentes proches du Rheintal (Heiden, Lutzenberg, Oberegg, Reute, Walzenhausen, Wolfhalden). Au XVIe s., il ne devait plus y avoir beaucoup de champs cultivés, sauf au nord-ouest ou autour des fermes isolées, pour leur propre consommation, selon le système des cultures temporaires.

Entre le bas Moyen Age et le début de l'époque moderne, la céréaliculture s'effaça devant l'élevage, qui exigeait moins de bras. La possibilité d'exporter les produits laitiers et la viande accéléra le phénomène. Les besoins croissants en fourrage ne pouvaient être couverts qu'aux dépens des terres ouvertes. Selon la sentence arbitrale de 1421, les redevances foncières ne pouvaient plus être exigées en nature; ainsi l'obligation de produire des céréales (déjà abandonnée dans la pratique) disparut formellement. Dès le XVIe s., le canton d'A. ne produisait plus de grains, mais s'approvisionnait sur les marchés voisins d'Allemagne du Sud.

Les paysans, trop nombreux, s'engageaient comme domestiques, surtout en Suisse centrale, comme mercenaires ou comme ouvriers dans l'industrie toilière des villes du Bodan. Le filage du lin et du chanvre, puis le tissage, devinrent aux XVe et XVIe s. des occupations accessoires toujours plus importantes des paysans appenzellois et finalement les activités principales pour beaucoup. De nombreux villages, à commencer par Hundwil, Urnäsch, A., Hérisau et Teufen, qui produisaient des toiles auxquelles le Conseil de Saint-Gall accorda en 1477 sa marque de contrôle quand les critères de qualité étaient respectés, eurent part à la prospérité de la ville. En construisant à A. une blanchisserie, une buanderie et un moulin à foulon (1535-1537) et en fondant une société appenzelloise des toiles (1537), des notables et fabricants locaux essayèrent de se rendre indépendants de Saint-Gall. Malgré de violents conflits en 1535-1542 et en 1579, la ville put maintenir son monopole sur le contrôle et le commerce des toiles. Toute la production des fileurs, tisserands et petits entrepreneurs de la campagne aboutissait entre les mains des marchands saint-gallois. En revanche, les intermédiaires faisant commerce du lin, de l'étoupe et du fil étaient autorisés. Selon une notice de 1579 sur le commerce appenzellois, le canton comptait quatre-vingt-deux marchands de fil et seulement quarante-cinq marchands de beurre et de fromage. Favorisé par la haute conjoncture régnant dans le commerce des toiles saint-galloises entre 1560 et 1610, le tissage, après la cherté de 1571, a dû connaître un nouvel essor dans le Hinterland et le Mittelland.

La politique économique des autorités est connue dès 1547 par le Recueil des mandats. Parmi les mesures prises, on peut citer celles qui concernent l'élevage et la forêt: compensation en cas de pénurie de foin (1548), lutte contre une épizootie (1551), protection des forêts contre les dégâts causés par les chèvres (1555) ou par les "Welsches" récolteurs de poix (1557), interdiction de laisser paître du bétail étranger sur les communaux (1564). D'autres sont relatives au marché des terres et des capitaux (interdiction de vendre des terres et des rentes aux étrangers), aux professions réglementées (aubergistes, meuniers, bouchers), aux foires (outre A., Hérisau a des foires annuelles dès 1518 au moins et Urnäsch dès 1592, et l'entrepôt de Hérisau date du milieu du XVIe s.), à l'entretien des routes (chaque rhode a un voyer dès 1555), à la chasse et à la pêche (périodes d'interdiction et districts francs).

L'étude encore trop lacunaire des structures sociales en A. empêche toute vue synthétique sur les groupes professionnels (paysans, vachers, travailleurs à domicile, artisans) et sur la formation d'une élite économique dans l'élevage, le Verlagssystem ou le service étranger. Dans la classe dirigeante, mal connue elle aussi, on repère des dynasties, comme les Gartenhauser, Meggeli et Zidler sur le plan cantonal, les Tanner et les Schiess dans la rhode de Hérisau. Nous ne saisissons qu'en partie les tensions et conflits internes (à propos des pensions et de l'alliance française en 1521-1522, affaire de la bannière en 1535-1539, par exemple) et avons quelques indices sur la police des mœurs (on trouve dans le Recueil des mandats des textes sur les blasphèmes, la boisson et la danse). Les cinquante-trois auberges recensées en A. en 1555, dont neuf au chef-lieu, étaient sans aucun doute des centres de vie sociale et accueillaient des réunions politiques, hébergeant conseillers et ambassadeurs des cantons.

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

3.3 - Eglise et culture avant la Réforme

Le canton faisait partie du décanat de Saint-Gall (d'Arbon à l'origine) et de l'archidiaconat de Thurgovie dans le diocèse de Constance. Cadres de la vie religieuse, les plus anciennes paroisses sont Hérisau (mentionnée dès 907) et A. (1071); puis vinrent les fondations, toutes dans les rhodes extérieures, de Gais entre 1323 et 1360/1370, Hundwil avant 1380, Urnäsch en 1417, Trogen en 1463, Grub en 1474, Teufen en 1479. Le patronat et les dîmes revenaient à l'abbé de Saint-Gall. La piété des fidèles se traduisait dans les édifices sacrés, dans la fondation de prébendes, dans les béguinages qui se transformèrent en communautés de tertiaires franciscaines (Grimmenstein, Wonnenstein, A., Heilbrunnen près d'Oberegg, Bendlehn près de Speicher), dans des confréries (Sainte-Anne à Hérisau, Bendlehn) et des ermitages (Ahorn et Berndli près de Schwende, Bruderhalden près de Trogen, Sankt-Jakob sur le Kronberg près de Gonten). Il n'y avait pas de pèlerinage important dans le canton; l'image miraculeuse de la Vierge de la Grille à l'abbatiale de Saint-Gall attirait les dévots, de même qu'Einsiedeln.

En s'affirmant comme Etat, le canton ressentit le besoin d'avoir son école. Aussi trouvait-on à A., vraisemblablement avant le milieu du XVe s. déjà, des écoles allemande et latine de bonne réputation. La plupart des élèves, futurs clercs, prenaient leur grade de maître ès arts aux universités de Bâle, Vienne, Erfurt, Fribourg-en-Brisgau ou Heidelberg.

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

4 - De la Réforme à la scission de 1597

4.1 - La Réforme et la période de coexistence des confessions

Après s'être constitué au XVe s., puis avoir affirmé son existence dans le cadre de la Confédération, l'Etat appenzellois va se scinder en deux demi-cantons, à cause des tensions confessionnelles du XVIe s.

Selon une chronique de la Réforme rédigée en 1565, les doctrines de Luther et de Zwingli firent des adeptes dès 1522 dans tout le canton, mais surtout dans les rhodes extérieures (on cite Johannes Dörig, Jakob Schurtanner, Walter Klarer, Matthias Kessler, Pelagius Amstein, Johannes Hess). La foi nouvelle commença à s'imposer grâce à l'exégèse des Actes des Apôtres que Vadian entreprit au début de 1523 et que diffusèrent ses amis, prêtres ou laïcs, tel Jakob Schurtanner. Le Conseil adopta en octobre 1523 le principe de la prédication fondée uniquement sur la Bible (primauté de l'Ecriture); la landsgemeinde confirma le 24 avril 1524 cette décision, d'inspiration protestante. L'anabaptisme prit beaucoup d'ampleur en 1525, mais les autorités le réprimèrent, comme à Zurich et Saint-Gall (premières mesures de police en juin 1525, mandats souverains, dispute théologique à Teufen en octobre 1529). Pour éloigner les risques de conflit, la landsgemeinde d'avril 1525 décida que chaque paroisse devrait choisir une confession, mais que ceux qui ne voudraient pas s'y rallier auraient la liberté de s'établir ailleurs. Les rhodes extérieures embrassèrent la Réforme, de même que Gais dans les rhodes intérieures. A Hérisau, l'énergique Joseph Forrer parvint à repousser le protestantisme jusqu'en 1529. Dans les rhodes intérieures, toutes comprises dans la paroisse d'A., la majorité resta fidèle au catholicisme et au curé Diepolt Huter; mais une remuante minorité réformée tentait de retourner la situation, avec l'appui de personnalités des rhodes extérieures et des régions environnantes (surtout Zurich); elle faillit réussir en 1531, mais des gens de Gonten prirent les armes et vinrent empêcher l'abolition de la messe à A.. Après la victoire des cantons catholiques dans la seconde guerre de Kappel et la paix nationale qui suivit, les réformés durent renoncer à s'imposer partout en A. et commencèrent à reculer.

Dès lors, les deux partis essayèrent de vivre en paix, malgré quelques dissensions occasionnelles. Bien des choses les rapprochaient: une histoire commune, une même conception de l'Etat et du droit, une politique extérieure semblable fondée sur l'alliance française, de même que l'opposition à la ville de Saint-Gall, qui se cristallisa en 1535-1542 et en 1579 dans de vives disputes nées du fait que les toiliers appenzellois se sentaient désavantagés, en 1535-1539 dans l'affaire de la bannière, où des notables appenzellois furent accusés d'avoir vendu aux Saint-Gallois une bannière qui avait été prise, selon la tradition, lors de la bataille de Vögelinsegg, et en 1579 dans la querelle de l'almanach, due à l'insolence d'une ourse appenzelloise ornant, à côté de l'ours saint-gallois, un almanach paru chez le premier imprimeur de la ville, Leonhard Straub. En revanche, les relations avec l'abbaye furent de plus en plus sereines et les Appenzellois purent racheter en 1566 la mainmorte, dernière redevance à laquelle ils étaient encore soumis.

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

4.2 - Réforme catholique, Contre-Réforme et scission

Au milieu du XVIe s. apparut dans les rhodes intérieures un groupe influent d'hommes politiques, tels les landammans Joachim Meggeli le Jeune, Bartholomäus Dähler, Johannes Heim (de Heimen) et Konrad Wyser, qui cherchèrent à donner une composante religieuse aux liens politiques qu'ils entretenaient avec les cantons de Suisse centrale, liens reposant sur des intérêts communs dans le service étranger. L'histoire d'A. dans la seconde moitié du XVIe s. illustre exemplairement la Réforme catholique et la Contre-Réforme. La visite du nonce Giovanni Francesco Bonomi en 1579 eut un long écho. Des mandats ravivèrent des usages catholiques presque oubliés, comme les fêtes de la Vierge et des saints. Le Conseil renforça son contrôle sur les ecclésiastiques et sur les affaires de l'Eglise. Le double Landrat adopta le calendrier grégorien le 8 janvier 1584 en même temps que la Suisse centrale. Comme les cantons catholiques, A. rompit l'alliance avec la ville protestante de Mulhouse en 1586. Le parti catholique profita plus d'une fois de l'absence de députés protestants qui, bien que majoritaires dans le canton, renonçaient parfois à un déplacement pénible au chef-lieu. De leur côté, les rhodes extérieures affirmèrent aussi leur autonomie religieuse, ce qui pouvait avoir des effets dans la vie quotidienne (abolition d'anciennes coutumes considérées comme catholiques, tentative de transporter l'autel hors de l'église à Trogen). L'indépendance et la fierté des deux partis s'exprimèrent dans l'organisation judiciaire (gibets à A. et à Trogen) et dans l'existence d'un lieu de réunion (dit maison Gais ou äusseres Rathaus) où les députés des rhodes extérieures se rassemblaient avant de se rendre à l'hôtel de ville d'A. pour les séances du Conseil.

En faisant appel en 1586 aux capucins et en proposant en 1588 d'adhérer à l'alliance militaire conclue en 1587 entre Lucerne, Uri, Schwytz, Unterwalden, Zoug, Fribourg et l'Espagne (dont dépendait le duché de Milan), les catholiques favorisèrent leur renouveau, mais semèrent des graines de discorde. Les activités anti-protestantes des capucins, surtout du père converti Ludwig von Sachsen, amenèrent d'abord au concordat du 1er mars 1588 qui renouvela le principe de la primauté de l'Ecriture et celui de l'unité confessionnelle des paroisses. Dans celle d'A. (qui couvrait toutes les rhodes intérieures), une stricte application obligea les protestants minoritaires à se convertir ou à s'en aller. En revanche, à Grub, paroisse de la rhode de Trogen, la messe fut rétablie à côté du culte en 1589. Les autres tentatives de recatholicisation échouèrent. Le concordat provoqua beaucoup de mécontentement dans les rhodes extérieures, qui réagirent en prenant des mesures analogues à l'encontre de leurs minorités catholiques.

Les cantons catholiques tentaient d'attirer A. dans l'alliance espagnole afin de s'opposer plus efficacement à l'influence française. Les dirigeants des rhodes intérieures, qui rencontraient des difficultés financières après les incendies de Hérisau (1559) et A. (1560) et du fait que les pensions françaises ne rentraient pas, attendaient de l'alliance espagnole des emplois nouveaux pour une population croissante et espéraient, comme le montrent des documents secrets, renforcer le catholicisme et le rétablir dans tout le canton. Les rhodes extérieures s'opposaient farouchement à ces projets, avec l'appui des cantons réformés, si bien que les rhodes intérieures revendiquèrent le droit de décider seules des alliances de tout le canton (en se fondant notamment sur la primauté du chef-lieu éponyme). Les catholiques d'A., aidés par ceux de Suisse centrale, parvinrent à convaincre le roi d'Espagne de l'importance d'une adhésion de leur canton (Philippe II y était d'abord opposé). Les cantons catholiques souhaitaient renforcer ainsi leur fragile majorité face aux protestants. Pour les dirigeants des rhodes intérieures, il n'était pas question de se rallier aux rhodes extérieures au cas où, avec le soutien des Zurichois, elles refuseraient l'alliance espagnole. Les choses tirèrent en longueur, mais finalement, le 24 août 1596, la paroisse d'A. signa avec la première puissance catholique d'Europe, sans l'accord des rhodes extérieures, un traité lourd de conséquences.

Le fossé entre Appenzellois était devenu si profond que, toutes les tentatives de médiation ayant échoué, les Confédérés n'exclurent plus une scission du canton. Une landsgemeinde extraordinaire des rhodes extérieures à Hundwil accepta la partition le 2 juin 1597 et l'assemblée de la paroisse d'A. prit une décision semblable le 15 juin. Six arbitres, tant protestants que catholiques (de Zurich, Lucerne, Schwytz, Nidwald, Glaris et Schaffhouse), désignés lors de la Diète fédérale du 29 juin, négocièrent avec les deux parties et aboutirent à l'Acte de séparation du 8 septembre 1597, qui réglait le partage définitif en deux Etats, les demi-cantons d'A. Rhodes-Intérieures et A. Rhodes-Extérieures. L'opposition confessionnelle affaiblit l'influence d'A. dans la Confédération. La séparation se fit pourtant dans le calme, sans effusion de sang et constitua une solution durable au conflit. Si ce partage pacifique, qui est une remarquable exception en Europe, a pu se dérouler sans recours aux armes, c'est peut-être parce que les rhodes intérieures et extérieures n'ont jamais formé aux XVe et XVIe s. un Etat unifié, dont la scission aurait été plus douloureuse.

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– LAA
– StAAR
– Stiftsarchiv, Saint-Gall
Sources imprimées
– B. Bischofberger, Appenzeller Chronic, 1682
– G. Walser, Neue Appenzeller Chronick, 1740
– J.C. Zellweger, Urkunden zu Johann Caspar Zellwegers Geschichte des appenzellischen Volkes, 7 vol., 1831-1838
UB SG
AUB
– O. Clavadetscher, éd., Chartularium Sangallense, vol. 3-5, 1983-1988
Bibliographie
– On trouve dans le premier vol. (1964) de l'Appenzeller Geschichte une vue détaillée de l'histoire événementielle et politique du canton jusqu'à 1597. Sauf de rares exceptions, l'historiographie appenzelloise s'est intéressée essentiellement, jusque dans les années 1970, aux événements du XVIe s. (Réforme, scission). Plus récemment, l'histoire économique et sociale des XVe et XVIe s. a fait l'objet de travaux novateurs, mais encore trop peu nombreux.

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM