L'idée que le pays de G. était celui de saint Fridolin s'imposa au XIIIe-XIVe s., dans le cadre du mouvement communal de libération. Il existait depuis le haut Moyen Age un lien étroit avec l'abbaye de Säckingen sur le Rhin, où l'on honorait ce saint. Née peut-être de l'action personnelle de Fridolin au VIe ou au VIIe s., ou plus vraisemblablement d'un transfert de biens fonciers et de droits de souveraineté effectué par Beata et son clan au milieu du VIIIe s., cette relation se maintint sur un plan symbolique, après la victoire de Näfels (1388), puisque saint Fridolin figure sur la bannière du pays et qu'il est mentionné dans le chant de la bataille de Näfels.
Selon les plus anciennes sources disponibles, qui mentionnent un comte Ulrich (av. 1045 ou 1077/1101) et un comte Arnold (1045 ou 1127), sans qu'on puisse déterminer duquel il s'agit (I, II ou III), ce sont les Lenzbourg qui exerçaient la souveraineté, soit comme avoués de Säckingen, soit comme baillis impériaux (en tant que comtes du Zürichgau). A leur extinction (1173), le comte palatin Othon de Bourgogne, quatrième fils de Frédéric Barberousse, leur succéda, à titre de bailli impérial. Il scella le 30 août 1196 à G. un accord entre Glaronais et Uranais sur le tracé de la frontière au col du Klausen. Après sa mort (1200), le bailliage revint aux Kibourg (éteints en 1264; en dernier à Hartmann l'Ancien), puis à Rodolphe de Habsbourg, dont les descendants gardèrent ce fief d'Empire jusqu'en 1415, du moins en droit.
Au XIIIe s., l'essentiel du pouvoir appartenait à Säckingen. Le 17 juin 1240, un tribunal arbitral siégeant à G. régla un conflit entre l'abbaye et son maire ou mayor (Meier) Rudolf von Windegg. On suppose que tous les Glaronais relevaient du tribunal seigneurial "sous le chêne" de G., présidé par le mayor. En revanche, comme le montre le terrier de Säckingen (1300/1350), les biens de l'abbaye ne représentaient qu'une partie des sols cultivables et ses serfs une minorité de la population; des paysans libres exploitaient la majorité des terres et des alpages.
Le centre de la seigneurie était le domaine (Kelnhof) de G.; le mayor y tenait son tribunal (mentionné en 1240, 1341, 1372), assisté de douze jurés. Le marché de G., attesté dès 1240, est antérieur à ceux des vallées de Suisse centrale. Des familles nobles et des ministériaux détenaient les charges et fiefs mouvant de Säckingen: les Windegg (mayorie), les chevaliers de Näfels, de G. et de Schwanden (1240), les seigneurs de Netstal et de Haslen (1289). Ils résidaient dans des donjons dont subsistent des vestiges à Rüti (Spielhof), Schwanden (Thon) et Elm (Sandgasse) ou dans des châteaux forts (Näfels, Benzigen près de Schwanden, Sola près de Sool, Vorburg près d'Oberurnen, Oberwindegg près de Niederurnen, peut-être G.). En dehors des serfs et des vassaux de Säckingen, des propriétaires libres apparaissent dans une série de documents des XIIIe et XIVe s.
Après l'extinction des Windegg, l'abbesse de Säckingen inféoda les châteaux, les juridictions et la mayorie de la vallée de G. aux fils de l'empereur Rodolphe Ier de Habsbourg (5 avril 1288). Disposant à la fois du bailliage impérial et de la mayorie, donc de la pleine juridiction et de la puissance publique, les Habsbourg avaient plus de pouvoirs à G. qu'ils n'en avaient dans tout autre territoire de la future Confédération. Ils en tiraient des revenus considérables, énumérés dans leur rentier (Habsburgisches Urbar), qui divise le bailliage de G. (partie supérieure d'un bailliage dont le Gaster formait la partie inférieure) en vingt-deux circonscriptions appelées Tagwen , plus tard réduites à quinze, comme on le voit dans les statuts de 1387. A la puissance croissante des Habsbourg faisaient face des institutions communales qui avaient déjà commencé à se former sous la domination de l'abbaye. La communauté des Glaronais apparaît en 1196, son plus ancien sceau conservé date de 1289 (mais il est déjà mentionné en 1282). Les jurés sont attestés dès 1240, le Conseil des Trente en 1289, puis en 1372.
L'église de G., dédiée aux saints Hilaire et Fridolin, remonte au VIe ou VIIe s.; la paroisse, dans le diocèse de Constance, engloba jusqu'aux grands défrichements médiévaux toute la vallée, sauf Urnen et Bilten (au nord) qui, comme le Kerenzerberg, relevaient de la paroisse et du chapitre de Schänis et du diocèse de Coire. Les localités les plus éloignées furent les premières à se détacher de la paroisse mère de G.: Matt et le Sernftal (entre 1261 et 1282), Mollis (1281/1288) et Linthal (av. 1319). Betschwanden (début du XIVe s.) et Schwanden (1349/1351) suivirent, conséquence de l'essor démographique et économique (élevage, commerce de bétail) des XIVe et XVe s. Netstal (1420) fut d'abord une filiale de G., et Näfels (1523) de Mollis. Les églises d'Ussbühl près de Bilten (1345) et de Niederurnen (1504) furent établies comme filiales de Schänis, dont le Kerenzerberg (Obstalden) se détacha dans la première moitié du XVe s. La dernière paroisse fondée avant la Réforme fut Elm (1493), définitivement détachée de Matt en 1594. Le patronage de la paroissiale de G. et, par dérivation, des autres églises glaronaises appartenait à Säckingen; cette situation perdura après que G. se fut affranchi des droits seigneuriaux de l'abbaye (1395); elle ne cessa officiellement qu'en 1512, grâce au droit de présentation conféré par le pape Jules II. En revanche, G. patronnait la chapelle commémorative de la bataille de Näfels (chapelle Saint-Fridolin au Sendlen), richement dotée.
Auteur(e): Ernst Tremp / PM