22/04/2015 | communication | PDF | imprimer

Autriche antérieure

L'édition imprimée de cet article comporte des infographies. Commandez le DHS chez notre éditeur.

A. a désigné plusieurs espaces historiques et géographiques. L'expression est souvent utilisée comme synonyme de "pays antérieurs habsbourgeois" pour désigner l'ensemble des possessions des Habsbourg à l'ouest de l'Arlberg et du col de Fern, y compris les territoires sis en Suisse, Souabe, Brisgau et Alsace, par opposition à leurs biens d'Autriche proprement dite, jusqu'au Tyrol y compris. En Alsace, dans le Sundgau et au nord de la Suisse, ces régions englobaient les plus anciennes possessions de la maison de Habsbourg, complétées par l'héritage des Lenzbourg et des Kibourg (1264); les acquisitions du Brisgau, de la Forêt-Noire et de Souabe sont plus récentes. Le rentier dressé vers 1303 (Habsburgisches Urbar) en donne un aperçu. Des gains territoriaux dans le Brisgau et en Souabe (Burgau en 1301, Rheinfelden et Schaffhouse en 1330, Brisach et Neuenburg sur le Rhin en 1331, Fribourg-en-Brisgau en 1368, Hohenberg en 1381) contrebalancés par des pertes dans les territoires confédérés déplacèrent progressivement le centre de gravité des pays antérieurs au nord du lac de Constance et du Rhin.

La mise au ban de l'Empire du duc Frédéric IV de Habsbourg par le concile de Constance, en 1415, réduisit presque à néant le pouvoir des Habsbourg à l'ouest de l'Arlberg; il ne leur resta plus que l'Alsace, mise en gage. Les Confédérés occupèrent l'Argovie, conquirent Baden et la place forte de Stein, siège du gouvernement et des archives de l'administration des pays antérieurs. En 1439, Frédéric IV avait regagné les seigneuries du Brisgau et de Souabe, mais il perdit au sud Fribourg (en Nuithonie) en 1452, Rapperswil en 1458 et la Thurgovie en 1460. La position des Habsbourg en Souabe fut en revanche renforcée par l'acquisition de Bregenz en 1451 et du landgraviat de Nellenburg (1465). Les pertes faites sur le territoire confédéré et le changement de camp définitif de Zurich après la guerre de Zurich (1450) ne furent pas sans conséquences. Après 1415, les Habsbourg transférèrent le siège de l'administration centrale de Baden en Argovie à Ensisheim en Alsace. Toutes les possessions antérieures furent rattachées au Tyrol et un gouvernement d'A. ne subsista qu'à Ensisheim, dépendant d'Innsbruck. En 1444, le pays "au-delà de l'Arl et du Fern" fut appelé pour la première fois "haut-pays antérieur autrichien".

Du XVe au XVIIe s., A. ne désignait que les territoires qui dépendaient directement de la "régence" d'Ensisheim, c'est-à-dire l'Alsace, le Sundgau, le Brisgau et la Forêt-Noire, les quatre Villes forestières (Waldshut, Laufenburg, Säckingen et Rheinfelden), Villingen et Bräunlingen à la limite orientale de la Forêt-Noire. La paix de Westphalie (1648) entraîna la perte des territoires sur la rive gauche du Rhin, le gouvernement fut transféré à Fribourg-en-Brisgau et l'A. ne comprit plus que les territoires sur la rive droite du Rhin. Morcelée et dépourvue de résidence princière, l'A. ne fut jamais un pays compact. La perte de la dignité impériale à trois reprises, à la mort de Rodolphe Ier (1291), après l'assassinat d'Albert Ier en 1308 et lors de la double élection de Frédéric le Beau et de Louis de Bavière (1314), empêcha la maison de Habsbourg de fusionner ses biens patrimoniaux avec ses possessions d'Empire.

C'est dans les pays antérieurs et au Tyrol que les combats avec les Confédérés furent les plus violents. Presque toutes les familles nobles d'A. eurent des morts à déplorer après la bataille de Sempach en 1386 (guerre de Sempach). La noblesse de Souabe, du Brisgau, d'Alsace, pour qui les Confédérés représentaient un adversaire aussi bien social que militaire, incita plusieurs fois les Habsbourg à des interventions militaires. Les guerres de Mulhouse et de Waldshut furent provoquées par des nobles d'A. Suzerains des pays antérieurs, les archiducs Albert VI (1418-1463) et Sigismond (1427-1496) luttèrent contre les Confédérés pour récupérer les possessions perdues; Sigismond chercha finalement une solution pacifique par la Paix perpétuelle (1474). Il recouvra cette même année l'A., remise en gage au duc Charles de Bourgogne au traité de Saint-Omer (1469). Puis, en 1487, il vendit l'ensemble de l'A. au duc de Bavière, à la suite de quoi l'empereur Maximilien Ier l'obligea à abdiquer, avec l'aide des états du Tyrol et d'A., et prit lui-même le pouvoir.

Une partie de la noblesse d'A. se rallia à la Réforme; mais, après la guerre de Trente Ans, l'A. était redevenue entièrement catholique, par suite notamment de l'activité des jésuites, qui avaient créé des collèges à Constance, Rottweil, Rottenburg et Molsheim, et repris l'université de Fribourg-en-Brisgau. La guerre de Trente Ans coûta à l'A. près d'un tiers de sa population. Après la perte d'une bonne partie de l'Alsace, la régence d'Ensisheim s'enfuit à Brisach (1633) et cessa toute activité lorsque cette ville eut été conquise par les troupes protestantes du duc Bernard de Saxe-Weimar. A la paix de Westphalie, les possessions sur la rive gauche du Rhin, remises à la branche espagnole des Habsbourg au traité d'Oñate (1617), durent être cédées à la France malgré l'opposition du Tyrol.

Les pays antérieurs furent structurés à partir de la seconde moitié du XVe s.; à la fin du XIVe s., on avait tenté sans succès d'y inclure l'Argovie. L'archiduc Albert VI parvint à réunir le clergé, la noblesse et les villes en états qui se réunissaient à Ensisheim ou à Fribourg-en-Brisgau. Vers 1480, des états se constituèrent également en Souabe autrichienne et au Vorarlberg, mais sans la noblesse et le clergé. En 1510, Maximilien Ier compléta la régence d'Ensisheim d'une chambre, d'un bailli, d'un chancelier et de plusieurs conseillers. Après 1648, la régence et la chambre furent reconstituées à Fribourg-en-Brisgau. En 1457 déjà, Albert VI y avait fondé une université qui fut le centre intellectuel de l'A.

En 1753, Marie-Thérèse détacha administrativement l'A. du Tyrol pour en faire une province séparée. Vers 1800, l'A. comprenait le Brisgau avec les seigneuries de Hauenstein, Laufenburg, Rheinfelden (avec le district de Frick), Triberg, Kastelberg et Schwarzenberg, Kürnberg et Bräunlingen, l'Ortenau (depuis 1771), les bailliages du margraviat de Burgau, du bailliage de Souabe, du landgraviat de Nellenburg et du comté de Hohenberg. L'A. incluait également la ville de Constance (avec les deux bailliages thurgoviens d'Altnau et d'Eggen jusqu'en 1798) et le comté d'Empire de Tettnang (après l'extinction des comtes de Montfort en 1780) avec Argen, Schomburg, Wasserburg (aux Habsbourg de 1755 à 1805). Jusqu'en 1782, le Vorarlberg avec les seigneuries de Bregenz, Hohenegg et Hohenems, de Feldkirch, de Bludenz et Sonnenberg était rattaché au gouvernement d'A.; il dépendit ensuite du Tyrol. En 1782, le comté d'Empire de Falkenstein (Palatinat), seule possession dynastique restée à l'empereur François de Lorraine après 1735, fut rattaché à l'A. Le gouvernement de l'A. siégea à Constance de 1753 à 1759, à Fribourg-en-Brisgau de 1759 à 1803.

Le Brisgau et l'Ortenau furent cédés au duc de Modène au traité de Campoformio (1797), puis à celui de Lunéville (1801); le transfert ne fut effectif qu'en 1803. Un nouveau gouvernement fut installé à Fribourg-en-Brisgau, le reste des possessions habsbourgeoises de Souabe - les bailliages de Günzburg, Stockach, Altdorf, Rottenburg, Tettnang et les villes de Constance et Lindau - fut réuni dans la province de Souabe autrichienne avec un gouvernement à Günzburg. Le Fricktal fut incorporé à la Suisse en 1803. Au traité de Presbourg (1805), toutes les seigneuries furent cédées aux nouveaux Etats allemands de Bade, de Wurtemberg et de Bavière. Les tentatives de restitution au congrès de Vienne (1814-1815), soutenues par de larges milieux d'Allemagne du Sud, échouèrent par suite de l'opposition du parti militaire autrichien.


Bibliographie
– O. Stolz, Geschichtliche Beschreibung der ober- und vorderösterreichischen Lande, 1943
– F. Metz éd., Vorderösterreich, 2 vol., 1959 (42000)
– F. Quarthal et al., Die Behördenorganisation Vorderösterreichs von 1753-1805 und die Beamten in Verwaltung, Justiz und Unterrichtswesen, 1977
– H. Maier, V. Press, éd., Vorderösterreich in der frühen Neuzeit, 1989
– W. Baum, Die Habsburger in den Vorlanden 1386-1486, 1993
– D. Speck, Die vorderösterreichischen Landstände, 2 vol., 1994
Vorderösterreich - nur die Schwanzfeder des Kaiseradlers?, cat. expo. Stuttgart, 1999

Auteur(e): Franz Quarthal / ME