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Altdorf (UR)

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Comm. UR, au sud du lac d'Uri, sur la rive droite de la Reuss, comprenant le village d'A. sur la route du Gothard et les fermes d'Eggberge sur une terrasse dominant la pente abrupte du Bannwald. Chef-lieu, siège des autorités et de l'administration du canton d'Uri, A. est un ancien marché et le centre industriel de la plaine de la Reuss. 1223 Alttorf; du XVIe au XIXe s., certains topographes et voyageurs l'appellent Uri.

Population
AnnéeHabitants
1600env. 3 100
1629env. 1 500
1650env. 3 000
17433 025
1799env. 2 000
18371 903

Année 18501880a19101930195019701990
Habitants 2 1122 9063 8544 2406 5768 6478 282
LangueAllemand 2 8443 6314 0176 2147 7577 290
 Italien    41 161 177 252 659 315
 Autres    21   62   46 110 231 677
ConfessionProtestants  103 241 335 732 884 643
 Catholiques 2 7913 6073 8995 8337 7306 982
 Autres et sans confession   12     6     6   11   33 657
 dont sans confession       182
NationalitéSuisses2 0882 7343 5153 9846 2367 6597 158
 Etrangers   24 172 339 256 340 9881 124

a Habitants et nationalité: population résidante; langue et confession: population «présente»

Sources:StAUR et OFS

1 - De la préhistoire au début du Moyen Age

Des marécages et des bois limitaient la surface cultivable. A. resta à l'écart du trafic, avant l'essor, à la fin du Moyen Age, de la route du Gothard. Une aiguille en bronze et des ustensiles en fer, retrouvés au Bannwald au-dessus du couvent des capucins, appartiennent au Bronze et très probablement à La Tène tardive. A partir du VIIe s., des Alamans vinrent se mêler aux autochtones gallo-romains comme en témoigne, dans l'église Saint-Martin, la tombe d'un cavalier en armes datant des années 670/680. Ainsi débuta, près du village comme dans la plaine de la Reuss, un lent processus de défrichements qui permit à partir de quelques îlots épars de gagner toujours plus de terres cultivées.

Auteur(e): Hans Stadler / WW

2 - Du Moyen Age à la République helvétique

2.1 - Histoire économique

Dans la seconde moitié du XIIIe s. au plus tard, le territoire était mis en culture jusqu'aux rives de la Reuss. Outre l'agglomération principale d'A., on mentionne les hameaux d'Utzingen en 1277, de Hartolfingen, Magigen et Untereien en 1284. La zone d'Eggberge a dû être habitée dès le XIVe s. Les bonnes terres à l'ouest et au sud du village étaient exploitées intensivement alors que les abords de la Reuss demeuraient en grande partie des pâturages communaux. Une forte immigration, notamment de Walser venus de Bosco/Gurin, se poursuivit jusqu'au cœur du XVIIe s.

L'alternance cultures et herbages jouait un rôle dominant dans l'agriculture. Au bas Moyen Age, l'élevage bovin primait sur celui du petit bétail et la céréaliculture. On cultivait également la vigne, les arbres fruitiers, le noyer, le chanvre et les plantes potagères. On pratiquait aussi la pêche. C'est vraisemblablement vers 1522 que de nombreux villageois d'A. purent acquérir l'usage exclusif d'une grande partie des communaux, tandis que le Bannwald était exploité collectivement pour les besoins domestiques. Appliquée dès le XIVe s., puis de façon rigoureuse au XVIIe s., la mise à ban de certaines parties de cette forêt permit de parer aux éboulements et avalanches.

Le village s'est développé à partir de deux noyaux. Près de l'église Saint-Martin, bâtie durant le haut Moyen Age, se trouvaient les maisons des prébendiers, la salle et la tour du Winterberg qui, à l'origine, semblent avoir servi de centre administratif au Fraumünster. Plus à l'est s'étendait la Gebreite, emplacement probable du marché primitif, avec le tilleul de la justice cité pour la première fois en 1257, l'hôtel de ville mentionné en 1407 et la petite tour ou Türmli. Le chemin venant du port de Flüelen et bifurquant près de l'hôtel de ville vers la Schmiedgasse (mentionnée en 1437) et la Hellgasse (attestée en 1508) donnait au village sa structure à trois branches. Du XVIe au XVIIIe s., les familles de magistrats et officiers du service étranger s'établirent le long des routes de Flüelen, Bürglen et Schattdorf. De graves incendies détruisirent A. en 1400, 1693 et 1799. Après celui de 1693, la commune fit élargir et rectifier les rues; on reconstruisit toutefois la plupart des maisons en bois avec des toits de bardeaux alourdis souvent de grosses pierres. Ce n'est qu'à la suite du troisième sinistre que la municipalité exigea l'usage de la pierre et des tuiles.

Dès le XIIIe s., de nombreux commerçants et artisans sont attestés à A. Un règlement de 1553 mentionne trente-deux métiers. Les corporations selon le modèle urbain étaient inconnues. Construit au plus tard au début du XIVe s., le canal du Dorfbach fournissait en eau les particuliers et les entreprises. Il actionnait les roues des moulins, des scieries, etc., et son courant permettait d'évacuer les eaux usées.

A une date inconnue, A. fut doté d'un marché, sans privilèges particuliers. Attestées au XVe s., des foires hebdomadaires et annuelles assuraient l'approvisionnement régulier de la région en produits indigènes ou importés. A. était aussi une étape pour le vin, le bétail, le fromage, les grains et le sel sur le chemin du Gothard. Grâce à ce dernier, la batellerie et les transports muletiers prirent dès le bas Moyen Age une importance grandissante, au même titre que le service étranger pour certaines familles.

Auteur(e): Hans Stadler / WW

2.2 - Vie sociale, religieuse et culturelle

Le roi Louis le Germanique donna en 853 le Pagellus Uroniae (pays d'Uri) au Fraumünster de Zurich, dont les gens d'A. devinrent ainsi les serfs, redevables de la dîme. Ils cultivaient leurs propres terres, mais aussi, contre redevances, celles du couvent ou des prébendiers. Au XIIIe s., des familles nobles telles que les Rapperswil, Utzi(n)gen, Hasenburg, Schauensee, Attinghausen et vom Turn sont mentionnées à A., qu'elles y résident ou qu'elles y aient des biens. La plupart d'entre elles s'éteignirent à Uri aux XIIIe et XIVe s. Au XIIIe s. encore, divers droits fonciers appartenant à des nobles passèrent à des couvents comme celui de Wettingen. Les mayors et intendants des seigneuries ecclésiastiques jouissaient d'une position sociale et économique enviable. Le rachat des droits fonciers des couvents par les Uranais en 1359 et le transfert à A. des dîmes du Fraumünster en 1428 favorisèrent l'égalité des paroissiens. Au bas Moyen Age et au début des Temps modernes, ceux-ci s'arrogèrent de plus en plus de droits au détriment des simples habitants. Au cours des XVIe et XVIIe s., les familles uranaises d'officiers et de magistrats formèrent une caste de plus en plus fermée. Elles résidaient presque toutes à A. dès le XVIIe s. et dominaient la vie politique, économique et culturelle.

Témoin le plus ancien de la christianisation, une église dédiée à saint Martin fut bâtie vers 670/680. Outre A., la paroisse comprenait Erstfeld, Attinghausen et toutes les localités des bords du lac d'Uri. Il ne fait aucun doute que la donation de 853 au Fraumünster incluait également Saint-Martin avec ses dîmes et les terres attachées à ses prébendes. Le patronage était exercé par l'abbesse, qui, en 1244, obtint de l'évêque de Constance une pleine incorporation. En plus du bénéficier et du curé qu'elle désignait -- on en connaît la liste depuis 1225 --, des vicaires sont attestés dès le XIIIe s. En 1317 fut créée la prébende dite de Notre-Dame ou du célébrant de la première messe. En 1428, le choix du curé passa de l'abbesse du Fraumünster aux paroissiens eux-mêmes. En renonçant de son plein gré en 1525 au droit de collation que l'abbaye avait conservé, le Conseil de Zurich érigea pratiquement les paroissiens d'A. en patrons ecclésiastiques. Entre 1548 et 1785, d'autres donations permirent de créer neuf prébendes familiales. Depuis 1387, neuf filiales se sont séparées de la paroisse d'A.

Grâce à l'influence du cardinal Charles Borromée, la Réforme catholique trouva un point d'appui à A. Le couvent des capucins fut fondé en 1581, celui des franciscaines près de la Croix supérieure en 1677. La spiritualité baroque donna le jour à plusieurs confréries religieuses, la plus originale étant, au XVIIe s., la Vita devota Altorfensis ou Devotio Michelina, mouvement de piété mystique. Entre 1542 et 1731, huit nonces apostoliques et deux ambassadeurs d'Espagne résidèrent à A. Face au clergé, les paroissiens manifestèrent un ferme attachement aux prérogatives locales.

La première église Saint-Martin à nef unique (?) fut remplacée au IXe/Xe s. par un nouvel édifice comportant deux bas-côtés, lequel céda la place, probablement au XIVe s., à une imposante construction gothique. Au début du XVIIe s., celle-ci subit une transformation dans le goût de la Renaissance et du premier baroque. Après l'incendie du village en 1799, l'église fut reconstruite en style néoclassique. Le paysage sacré d'A. est riche, en outre, de la chapelle Saint-Jacques (1570), de l'ossuaire (1596), de la chapelle Zwyer (1599), de la chapelle Saint-Charles à la Croix supérieure (dédicacée vers 1615), de la chapelle inférieure de la Sainte-Croix bâtie après la peste de 1629 et de celle du Mont-des-Oliviers (1657).

Des confréries et sociétés pieuses virent le jour dès le XVe s.; de caractère plus ou moins corporatif et groupant parfois plusieurs villages, elles ont partiellement subsisté jusqu'à nos jours. La première mention d'un maître d'école (Johannes Bürgler) remonte à 1472. Le plus ancien règlement scolaire connu date de 1579. L'école d'A., où l'on enseignait le latin, était de caractère cantonal. Elle montait des spectacles dont la tradition remonte à 1512 au moins avec le Jeu de Guillaume Tell. A partir de 1697/1704, les filles purent fréquenter l'école du couvent des franciscaines. Les milieux dirigeants cultivèrent dès le XVIe s. un style de vie raffiné qui se reflète dans la résidence de la famille Jauch avec son pignon à redents de style gothique tardif (vers 1550) et dans la maison de l'Eselmätteli richement ornée (XVIIe/XVIIIe s.). L'Eglise ne demeura pas en reste, à témoin l'impressionnant trésor de Saint-Martin auquel divers orfèvres d'A. apportèrent leur contribution.

Auteur(e): Hans Stadler / WW

2.3 - Constitution, institutions et vie politique

C'est en 1366 qu'apparaît la communauté des villageois, à propos d'anciens droits d'usage et de ban dans le Bannwald. Les droits du Fraumünster de Zurich rachetés en 1428 affermirent considérablement la commune. Des protocoles nous renseignent à partir de 1522. Le secrétaire Johann Jakob Püntener en tira en 1684 un "livret" qui servit de constitution à A. L'autorité suprême était détenue par l'assemblée des communiers, dont les simples habitants étaient exclus. Le tribunal, ancêtre du Conseil communal (exécutif), se composait du bailli du village, du boursier, de six autres membres, du secrétaire et du sautier. Divers fonctionnaires, dont le plus important était l'administrateur paroissial, assuraient la bonne marche de la collectivité.

Fondé en 1437, l'hôpital des étrangers fut reconstruit par la commune vers 1551 et pourvu en 1584 d'une rente perpétuelle pour la pitance des pauvres. Il hébergeait et soignait des malades du pays, mais surtout les voyageurs souffrants et nécessiteux. En 1636, A. ouvrit une maladrerie à proximité, semble-t-il, de la chapelle Saint-Jacques. Dès le XVIe s. au plus tard, les communiers eurent accès aux bains de Moosbad. La plupart des foyers s'alimentaient en eau potable aux cinq fontaines publiques aménagées presque toutes dans la seconde moitié du XVIe s. Plusieurs particuliers disposaient de l'eau courante. A. avait des droits spéciaux sur les biens cantonaux (jardins, pâturages clos, forêts avec ou sans autorisation d'abattage). A. était chargé avec les communes d'Attinghausen et d'Erstfeld d'administrer l'alpage de la Rinderhirte à Surenen. La lutte contre les crues de la Reuss et du Schächen était du ressort de corporations que la commune subventionnait et dont elle désignait les responsables. La nuit, une "garde du foehn" prévenait les incendies. Son règlement fut révisé en 1631. Après le sinistre de 1693, la commune fit construire un poste de garde spécial près du couvent des capucins.

Dans le canton d'Uri, A. formait un consortage et demi, disposant ainsi de neuf délégués au Conseil des Soixante. Sa prépondérance était plus accentuée à l'exécutif, où des familles d'A. détinrent presque toutes les charges cantonales importantes entre 1650 et 1847. Il en résulta entre le chef-lieu et les campagnes des tensions qui connurent une singulière recrudescence à la fin du XVIIIe s. A cette époque, des membres de la vieille aristocratie militaire et des commerçants enrichis s'ouvrirent aux idées des Lumières et se rallièrent à la République helvétique.

Auteur(e): Hans Stadler / WW

3 - Les XIXe et XXe siècles

3.1 - Economie et transports

L'amélioration des voies de communication pour le Gothard (route carrossable en 1830, chemin de fer en 1882, tronçon autoroutier Flüelen-Erstfeld en 1973) réduisit l'importance d'A. en tant qu'étape et marché, mais favorisa son industrie.

La surface cultivable fut élargie grâce à l'endiguement de la Reuss (1850-1863) et à l'amélioration foncière de la plaine (1919-1924). Le système d'alternance cultures et herbages prit encore plus de poids; une association d'éleveurs vit le jour en 1906, une coopérative laitière en 1919 et une assurance pour le bétail en 1910. Jusqu'à l'ouverture du chemin de fer du Gothard, plusieurs petites entreprises artisanales, le long du canal du Dorfbach, satisfaisaient aux besoins régionaux. Un grand nombre de travailleuses à domicile filaient le coton ou peignaient la soie pour des entrepreneurs de Gersau et d'ailleurs. La mise en exploitation de la ligne ferroviaire (1882), puis de la centrale électrique d'A. (1895) amena la création de diverses entreprises industrielles spécialisées presque toutes dans le textile et le bois. Peu survécurent: la Fabrique fédérale de munitions (1895, aujourd'hui SM Entreprise suisse de munitions), Dätwyler (1915, câbles, produits en caoutchouc, revêtements de sol). La rubanerie Streiff (1945), la société en commandite Merck & Cie (1969, chimie et produits pharmaceutiques) sont d'autres firmes importantes. Des routes d'accès commodes (Axenstrasse en 1864, col du Klausen en 1900) favorisèrent l'essor de l'hôtellerie. Grâce à un téléphérique (1955), Eggberge se développa en station de vacances et de sports d'hiver. Les commerces de détail (plus de 70 magasins), les banques, les compagnies d'assurance et les bureaux de l'administration cantonale se concentrent à A. et en font un centre régional.

Les statistiques de l'emploi reflètent l'évolution économique du XXe s.: le secteur primaire, qui offrait 17% des emplois en 1930, n'en représentait plus que 3 et 2% en 1980 et 1990. Le secondaire (53% en 1930) déclina plus tard: 52% en 1980, 39% en 1990, tandis que s'accroissait le tertiaire: 30% en 1930, 45% en 1980, 59% en 1990. Des navetteurs venaient occuper 54% des emplois en 1990 et 35% des personnes actives travaillaient à l'extérieur.

Auteur(e): Hans Stadler / WW

3.2 - Démographie, urbanisme, société, enseignement, culture

L'occupation française provoqua un choc démographique durable: la population ne retrouva le niveau atteint en 1799 qu'au milieu du XIXe s. A partir de ce moment, elle se mit à croître rapidement grâce au développement économique, qui attira à A. une main-d'œuvre provenant principalement des autres communes uranaises. La construction de la ligne du Gothard (1872-1882) amena, de Suisse centrale et d'Italie surtout, de nouveaux immigrés. Les travaux achevés, l'essor de l'industrie maintint cet afflux, alors que le nombre des autochtones restait stagnant.

A la fin du XIXe s., A. présentait encore l'aspect d'un bourg refermé sur lui-même. En 1834, A. comptait 153 immeubles, la plupart en pierre; en 1900, 351 maisons avec 665 ménages et quelque 250 bâtiments ruraux. La route de la gare (1880) et la ligne de tramway A.-Flüelen (1906) vinrent relier le centre du village aux stations de chemin de fer. Après 1900, l'agglomération se développa le long des routes d'accès. Plus récemment, des quartiers d'habitation, des zones industrielles et d'entrepôts (silos à céréales fédéraux) ont vu le jour. Vers 1900, nombreux étaient encore les propriétaires d'une maison avec jardin, mais au cours du XXe s., la proportion des locataires ne cessa de s'accroître. En 1950, A. comptait 701 immeubles avec 1471 appartements et 1498 ménages. L'agglomération ne présente pas de séparations nettes entre zones résidentielle, artisanale et industrielle. Actuellement, les magasins et les bureaux tendent à chasser les logements du centre du village. Un règlement moderne des constructions a été promulgué en 1942, un plan de zones en 1975.

Il apparaît qu'en 1834, 20 000 à 30 000 florins représentaient une grande fortune et 100 000, une exception. Les statistiques fiscales de 1922 et 1957 sur les revenus et patrimoines donnent une idée de la situation financière des ménages: elles révèlent une légère diminution des disparités économiques et une croissance relative de la classe moyenne. En 1990, le revenu imposable des habitants d'A. atteignait 122% et leur fortune 154% de la moyenne cantonale.

Après 1800, la société ne connut plus guère de barrières infranchissables. Seuls les habitants sans droit de bourgeoisie (il s'agissait surtout des valets, des servantes et de certains artisans et compagnons), se verront pratiquement privés de toute chance d'ascension jusqu'à la fin du XIXe s. Néanmoins, même après la République helvétique, la classe supérieure se composait presque exclusivement de cette aristocratie militaire qui, sous l'Ancien Régime, avait servi à l'étranger et qui, grâce à sa capacité de prêt financier, continuait d'avoir une grande influence sur le peuple, tout en manquant généralement d'esprit d'entreprise. Vers le milieu du XIXe s., elle se vit relayée peu à peu par des hommes d'affaires prospères, transitaires, négociants et hôteliers. Des universitaires (juristes, ingénieurs, médecins) accédèrent également aux postes de commande, rejoints au XXe s. par des représentants de l'industrie et des métiers et par des cadres de l'administration cantonale. La classe moyenne se composait de fonctionnaires, d'artisans aisés, de muletiers (jusqu'en 1882) et d'agriculteurs, auxquels se sont ajoutés au XXe s. des petits commerçants et des employés. La classe inférieure, quantitativement la plus importante, avait subi les crises de subsistance du XVIIIe s. Elle réunissait alors des petits paysans, des journaliers et des compagnons. Sous l'Helvétique, les cantonnements ruineux et l'incendie dévastateur de 1799 avaient jeté nombre d'entre eux dans la misère. Au début du XIXe s., un sixième des Uranais, dont de nombreux habitants d'A., dépendait de l'assistance publique. Le recul du travail à domicile, les fréquentes inondations et la modernisation des transports -- au détriment des muletiers et petits voituriers -- après l'ouverture de la route carrossable du Gothard (1830) retardèrent une amélioration de leur sort jusqu'au milieu du XIXe s. En 1843, 292 personnes (15,3%) avaient besoin d'être assistées à A., et il en restait encore 220 (7,5%) en 1890. Ce n'est qu'avec l'industrialisation que la classe défavorisée put accéder, après 1900, à des conditions d'existence relativement sûres.

Le rôle des associations et coopératives est marquant dans le domaine socio-économique. Une société d'assistance aux malades et une soupe pour les enfants virent le jour en 1880, la coopérative de consommation d'A. et environs fut fondée en 1906, suivie deux ans plus tard par Pro Altdorf, organisation de défense des petits artisans contre les gros distributeurs, puis par le dispensaire catholique en 1913, la coopérative de construction de logements Pro Familia en 1945 et enfin par le dispensaire protestant en 1958. Des associations de quartier se créèrent au Lehn (1783, réorganisation en 1888) et à la Hellgasse (1856).

Des bâtiments scolaires furent construits au Josefsplatz en 1811, à la route de la Gare en 1915, à Hagen et près du couvent des franciscaines après la Deuxième Guerre mondiale. Les marianistes tinrent l'école des garçons de 1846 à 1974. Les sœurs de Menzingen enseignent à A. depuis 1862; la même année s'ouvrit l'école secondaire. Des milieux économiques créèrent en 1883 des cours de perfectionnement professionnel et en 1911 une école de commerce. Le collège cantonal Charles-Borromée fut fondé en 1906.

En sus de ses tâches pastorales, le clergé s'est fortement engagé dans des activités sociales et scolaires. De nombreuses associations religieuses sont apparues depuis la seconde moitié du XIXe s. La chapelle d'Eggberge fut bâtie en 1968, l'église Saint-Nicolas-de-Flue en 1969. Depuis 1911, les protestants célèbrent régulièrement des cultes à A.; ils ont construit leur temple et leur maison de paroisse en 1924. Ils appartiennent depuis 1885 à la nouvelle paroisse réformée d'Uri et gèrent leur propre budget.

Dans le domaine culturel, relevons la pratique assidue de la musique sacrée, de la fanfare et du chant choral depuis le début du XIXe s. Le monument de Guillaume Tell, par Richard Kissling, fut inauguré en 1895. La société du Jeu de Guillaume Tell fut fondée en 1898. Le cinéma Leuzinger a joué un rôle important à partir de 1916.

Auteur(e): Hans Stadler / WW

3.3 - Vie politique et activités communales

En 1913, la commune, la paroisse et la bourgeoisie d'A. se séparèrent. Comme A. était fréquemment surreprésenté au gouvernement, la Constitution cantonale de 1888 limita à trois le nombre de conseillers d'Etat domiciliés dans une même commune. Dans le domaine politique, la Société du Grutli fut créée en 1881, le groupe progressiste-démocratique, précurseur du PRD, en 1892, la section locale du parti conservateur en 1900/1901 et celle du PS en 1908. Au plan économique et syndical, citons l'association des artisans et commerçants d'A. et environs (1886), des sections de la FTMH (1916), de la Fédération chrétienne des travailleurs du bois et du bâtiment (1927) et de la Fédération chrétienne des ouvriers sur métaux (1932), ainsi que le Syndicat chrétien du personnel des transports d'A./Flüelen (1941). C'est depuis 1826 seulement qu'une imprimerie fonctionne durablement à A. Les principaux journaux sont le Wochenblatt von Uri (1838-1848), l'Amtsblatt des Kantons Uri (1849), l'Urner Wochenblatt (1875), la Gotthard-Post (1892) et l'Alternative (1973). Située de 1867 à 1915 dans l'actuel Tellspielhaus à la Schützengasse, la maison communale se trouve actuellement sur la place qui porte son nom. L'hôpital des étrangers perdit de son importance après l'ouverture de l'hôpital cantonal en 1872; il fut réuni à la bourse des pauvres en 1878. En 1805, des milieux privés avaient créé une institution pour l'assistance aux pauvres, qui construisit en 1848 un grand foyer d'accueil, repris par la commune en 1853, puis transformé en maison de retraite régionale du Rosenberg en 1982. Depuis 1888, A. s'est doté d'un bon réseau d'approvisionnement en eau. La lutte contre les crues de la Reuss et du Schächen est devenue peu à peu du ressort du canton. Au Bannwald, après les travaux du XIXe s. contre les éboulements, on a récemment construit en parallèle des routes d'accès et des ouvrages de protection. A. disposa du télégraphe dès 1853 et d'un premier réseau téléphonique en 1884; en 1902-1904, la Confédération a construit une nouvelle poste à la Landleutmatte. En 1964 fut achevée la station régionale d'épuration des eaux usées d'A. et en 1969, celle d'Eggberge. La commune a participé au financement de la piscine de Moosbad, exploitée depuis 1978.

Références bibliographiques

Fonds d'archives
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– ACom
– APar
Sources imprimées
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MAH UR, 1

Auteur(e): Hans Stadler / WW