29/04/2004 | communication | PDF | imprimer | 

Beromünster (commune)

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Comm. LU, distr. de Sursee, dans le haut Wynental. B. se compose de deux noyaux d'habitation: le bourg, dans une cuvette, et, sur la colline qui le jouxte à l'ouest, le couvent. Reconstruites après l'incendie de 1764, trois rangées de maisons en ordre contigu, le long d'une rue principale et d'une rue secondaire, forment le bourg. 1223 Villa Beronensis, 1333 Münster in Ergöwe, jusqu'en 1934 Münster (LU). Fondé avant le couvent, le bourg s'est développé comme centre de la seigneurie du chapitre, comme siège de plusieurs corporations rurales, comme marché, poste de douane lucernois, chef-lieu de district et siège de tribunal. Env. 890 hab. en 1695, 939 en 1798, 1071 en 1837, 1148 en 1850, 1198 en 1860, 973 en 1900, 1434 en 1950, 2358 en 2000.

Les plus anciennes traces d'habitat ont été mises au jour en 1986 à l'occasion de fouilles archéologiques dans le quartier de l'église paroissiale Saint-Etienne. Un éclat de silex préhistorique, un fragment de tuile romaine à rebord (tegula) et un fragment de gobelet en pierre ollaire du haut Moyen Age font remonter fort haut l'occupation du site. Le bourg de B. faisait partie avant 1798 du bailliage de Saint-Michel ou Michelsamt, avec un statut particulier. D'une part, il n'était pas soumis à la juridiction baillivale: le prévôt se prononçait sur les infractions simples, remettant au bailli siégeant hors du bourg les homicides qu'il avait arrêtés; lui seul en outre pouvait lever les impôts baillivaux. D'autre part, le village de B. jouissait de quelques libertés municipales: un conseil et le droit de bourgeoisie pour toute personne résidant sur son territoire. Il est question d'amman, de Conseil et de bourgeois en 1440. On ne connaît ni l'origine ni les compétences du Conseil. A partir du milieu du XIVe s. au plus tard, B. a accueilli un marché hebdomadaire et six foires annuelles. Les rapports juridiques entre le chapitre et le bourg furent redéfinis en 1490: des huit membres du tribunal, quatre seront nommés par le prévôt, quatre par le Conseil. Les compétences de certains fonctionnaires du bourg s'étendaient à l'ensemble du Michelsamt. Ainsi, l'amman dirigeait les affaires du bourg, et, d'autre part, remplaçait le prévôt à la présidence du tribunal. De même, l'activité du secrétaire de B. ne se limitait pas au bourg.

B. se situe sur une route qui, au début de l'époque moderne, joua un rôle essentiel comme axe de liaison Lucerne-Aarau. La douane que Lucerne y établit vers 1670 s'avéra l'une des plus importantes de la campagne lucernoise dès les années 1730. A la fin du XVIe s., B., comme les villes de la campagne lucernoise et le village de Ruswil, devint un centre de corporations rurales (maçons, cordonniers, tailleurs, forgerons, tisserands, artisans d'art). Les métiers étaient organisés en fonction des besoins du chapitre: construction et artisanat d'art, fournitures de vivres et de vêtements. La région de B. pratiquait autrefois l'assolement triennal. Deux moulins, appartenant à la plus ancienne donation des Lenzbourg au chapitre de B., témoignent d'une céréaliculture autrefois intensive. Le partage des communaux ne s'est fait qu'au XIXe s. S'élevant au nord-ouest du bourg, le château de B., tour d'habitation aux murs de 70-80 cm d'épaisseur, n'avait aucun caractère défensif. On ne connaît pas la date de sa fondation, mais la maçonnerie remonte au XIVe s. A cette époque y vivait une branche des Truchsessen de Wolhusen. A la fin du XVe s., le château appartenait au chanoine Helias Helye, de Laufon, qui doit y avoir imprimé en 1470 le Mamotrectus, recueil d'expressions difficiles de la Bible. Depuis 1928, la tour est propriété d'une société qui y a ouvert un musée local. B. possède deux paroisses depuis le Xe s.: la paroisse collégiale, limitée au quartier du chapitre et administrée par un prêtre séculier, et celle du bourg, Saint-Etienne. Bien que le prévôt soit de droit curé de Saint-Etienne, il se fait toujours remplacer par un prêtre séculier. L'église Saint-Etienne est plus ancienne que la collégiale. A la construction primitive en bois, du VIIIe s., succéda au Xe s. le premier édifice en pierre, dont le chœur fut ajouté au XIIe s. Une nouvelle église, plus grande, fut construite en 1469. Le bâtiment actuel, rénové en 1985-1986, date de 1623.

Pendant la République helvétique, B. fut le centre administratif du district lucernois de Münster. En 1803, le bourg fut rattaché au district de Sursee. De 1803 à 1814, B. fut le siège de la juridiction de Münster (B., Gunzwil, Pfeffikon, Schwarzenbach, Rickenbach et Ludigen dans la commune de Römerswil); de 1813 à 1913, le siège du tribunal de district de Münster (même ressort, avec Neudorf en plus et Ludigen en moins). Il existe depuis 1831 à B., comme ailleurs dans le canton de Lucerne, quatre organisations communales: la commune politique, la commune bourgeoise, chargée de la prévoyance sociale et de la gestion des maisons de retraite, la corporation qui, en tant qu'héritière des droits de l'ancienne communauté du bourg, administre son patrimoine foncier (domaines et forêts) et s'occupe de l'approvisionnement en eau, enfin la paroisse.

Comme partout dans le Wynental, l'industrie domestique joua un grand rôle à B. à partir du XVIIIe s. Jusqu'au début du XIXe s., de nombreux habitants travaillèrent pour des fabricants de coton argoviens. Après la débâcle de l'industrie cotonnière, ils se convertirent au tissage en couleurs, puis surtout au tressage de la paille, dont les entrepreneurs étaient également argoviens. Malgré l'ouverture de la ligne ferroviaire B.-Reinach (AG) en 1906, aucune industrie notable ne s'installa à B. L'émetteur d'ondes moyennes de B. se situe sur le territoire de la commune de Gunzwil. En 1990, l'agriculture offrait 7% des emplois, l'industrie et l'artisanat 34%, les services 59%. La commune de B. abrite depuis 1964 un gymnase cantonal (maturité reconnue dès 1977), successeur de l'école collégiale; un internat existe depuis 1959.


Bibliographie
– P.A. von Segesser, Rechtsgeschichte von Stadt und Republik Luzern, 4 vol., 1850-1858
– A. Dormann, J. Wallimann, Die Geschichte der Pfarrei St. Stephan Beromünster, 1959
– F. Glauser, J.J. Siegrist, Die Luzerner Pfarreien und Landvogteien, 1977
– A. Suter, Beromünster einst und jetzt, 1986
– G. Egloff, Herr in Münster: Die Herrschaft des Kollegiatstiftes St. Michael in Beromünster in der luzernischen Landvogtei Michelsamt am Ende des Mittelalters und in der frühen Neuzeit (1420-1700), 2003

Auteur(e): Anton Gössi / CG