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Lucerne (commune)

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Commune LU, district de Lucerne, cercle électoral de Luzern-Stadt, située à l'endroit où la Reuss sort du lac des Quatre-Cantons. 840 luciaria. La commune comprend Littau depuis 2010. Au Moyen Age, l'agglomération se composait de trois éléments: le quartier du monastère de Saint-Léger, le noyau urbain de la rive droite et le "Petit-L.", apparu au XIIIe s. sur la rive gauche à la sortie du pont. Le trafic commercial engendré par l'ouverture du col du Saint-Gothard au XIIIe s. fut un facteur de croissance pour la ville, jusqu'au début du XVe s., lorsque fut construite la seconde enceinte. Suivit une période de stagnation. Le développement reprit aux XIXe et XXe s., sur les rives du lac et le long des principales voies d'accès. Les communes environnantes ayant refusé pendant longtemps d'être annexées à celle de L., cette dernière ne put agrandir son territoire, qui néanmoins comporte encore des zones non bâties importantes: la forêt de Gütsch à l'ouest, les hauteurs de l'Utenberg et du Dietschiberg au nord-est, ainsi qu'une enclave sur le Bürgenstock.

Chef-lieu du canton de L. et siège de ses autorités, la ville a des fonctions de centre, non seulement pour son agglomération en plein essor, mais pour toute la Suisse centrale, tant au point de vue du commerce et des services que de la formation et de la culture (Université de Lucerne, quatre sections de la haute école spécialisée de Suisse centrale, haute école pédagogique, bibliothèque centrale et universitaire, centre des congrès, théâtre municipal, musées). Elle abrite le Tribunal fédéral des assurances (Tribunal fédéral) et le siège de la Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents (CNA/SUVA). Elle est devenue vers 1830 l'une des principales destinations touristiques de la Suisse, en raison de ses monuments, de sa situation au bord du lac et de la proximité de montagnes appréciées des excursionnistes (Rigi, Pilate et Bürgenstock).

Population de Lucerne
AnnéeHabitants
1445env. 3 500
1654env. 4 000
1700env. 4 000
17844 235
17984 314

Année18501870a18881900191019301950197019902000
Habitants10 06814 40020 31429 25539 33947 06660 52669 87961 03459 496
En % de la population cantonale7,6%10,9%15,0%20,0%23,5%24,9%27,1%24,1%18,7%17,0%
Langue          
Allemand  19 64527 30335 92843 61556 38561 32251 44950 252
Italien  2851 2422 2951 9982 1994 7552 3831 627
Français  2935298111 0241 4041 070763677
Autres  911813054295382 7326 4396 940
Religion, Confession          
Catholiquesb9 75113 12417 34123 95530 91735 09743 77353 29841 99535 682
Protestants3171 2912 7574 9337 52410 63014 55214 47611 1349 227
Autres 1092163678981 3392 2012 1057 90514 587
dont communauté juive  184299435469457410277196
dont communautés islamiques       399721 824
dont sans appartenancec       8933 8106 310
Nationalité          
Suisses9 70313 41618 38125 14132 29341 66356 83560 78750 53947 412
Etrangers3651 1081 9334 1147 0465 4033 6919 09210 49512 084

a Habitants: population résidante; religion et nationalité: population "présente"

b Y compris catholiques-chrétiens de 1888 à 1930; depuis 1950 catholiques romains

c N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

Sources:Auteur; recensements fédéraux

1 - Préhistoire et Antiquité

Les vestiges préhistoriques sont rares. Le plus ancien est une pointe de silex trouvée au Würzenbach, qui pourrait remonter au Mésolithique tardif (6700-5500 av. J.-C.). Le Néolithique (5500-2200 av. J.-C.) n'est représenté que par quelques haches en pierre (dont une percée), toutes mises au jour lors de travaux de construction au XIXe s. Un outil en silex de l'âge de la Pierre (une datation plus précise est impossible) est apparu en 1993 lors de la fouille d'une maison médiévale à la Krongasse. Il devait y avoir des stations littorales, mais elles restent inexplorées. L'une d'elles, découverte en 2000 lors de la construction du parking du Casino, a été détruite avant qu'on ait pu l'étudier; on y avait repéré des éléments de construction en bois, apparemment à quelque cinq mètres au-dessous du niveau actuel du lac, ce qui correspond, comme des analyses botaniques l'ont confirmé, au niveau du sol au Néolithique. L'âge du Bronze et celui du Fer n'ont laissé aucune trace. On a trouvé diverses monnaies romaines (IIe et IIIe s. apr. J.-C.), une au Mühlenplatz à 4 m de profondeur, une autre au lac du Rotsee à 2,5 m.

Auteur(e): Ebbe Nielsen, Hermann Fetz / PM

2 - Histoire politique, du Moyen Age au XVIIIe siècle

Les terrains où surgit la ville de L. aux XIIe et XIIIe s. appartenaient pour la plupart à l'abbaye de Murbach et à sa filiale, le prieuré de Saint-Léger dit du Hof; au XIIIe s., la seigneurie était en partie aux mains des avoués de ces deux maisons, les comtes de Habsbourg et les seigneurs de Rothenburg. Le quartier principal se trouvait sur la rive droite de la Reuss, entre les domaines seigneuriaux du Hof et de la Geissmatt. Il semble que le territoire du futur Petit-L., sur la rive gauche, relevait au IXe s. du domaine de Kriens.

La première enceinte, avec tours et fossés, et les premières palissades dans le lac furent construites au XIIIe s., vraisemblablement avec l'accord des seigneurs de la ville, voire à leur demande. Le prieuré du Hof revendiquait encore en 1367 la propriété éminente du Wasserturm ("tour de l'eau", peut-être construite au XIIIe s.) et celle d'équipements urbains, notamment l'hôtel de ville, la maison des "Cawertschin" (c'est-à-dire des cahorsins, nom donné aux changeurs et prêteurs sur gage), les halles du marché et plusieurs moulins. Il garda nombre de ces droits jusqu'au rachat général de 1479. En outre, l'église du Hof détenait, comme le montre une charte de 1178, les droits sur la paroisse de la ville (qui incluait les villages de Littau et Ebikon) et sur la chapelle Saint-Pierre, sa filiale et l'église de la ville.

La communauté urbaine se forma dans la première moitié du XIIIe s. (sceau attesté en 1241). La plus ancienne version de la lettre jurée aurait été élaborée, au terme d'une période de graves conflits, en 1252; il s'agit d'un accord entre les seigneurs de Rothenburg et la ville, qui définissait les actes menaçant la paix publique et qui remettait aux signataires la compétence de juger de telles atteintes. Il faisait l'objet d'un serment prêté deux fois par an (les 27 décembre et 24 juin) par les bourgeois réunis à la chapelle Saint-Pierre, devant les Rothenburg et, après leur extinction, devant les autorités de la ville. L'assemblée était occasionnellement consultée sur les affaires courantes et pouvait être convoquée à cet effet à d'autres dates. Mais elle ne revendiqua qu'en 1489 le droit de se prononcer sur des matières déterminées (guerre et paix, impôts, achat et vente de terres et de serfs, emprunts et mises en gage).

La direction de la commune incomba dès le XIIIe s. au Petit Conseil de trente-six membres nommés à vie, divisé en deux groupes de dix-huit, l'un élisant l'autre et fonctionnant chacun six mois à tour de rôle (dès le 27 décembre et dès le 24 juin). Son président portait le titre de juge; il changeait chaque semaine jusqu'en 1427, chaque semestre dès cette date. Le Grand Conseil apparut pendant les troubles du XIVe s. (1328-1330, 1343). Il compta d'abord 300 membres, une centaine au maximum dès 1343, moins encore dès le XVe s., mais garda le nom de "Conseil des Cent".

A l'origine, l'avoyer était un bourgeois de la ville chargé de représenter le seigneur autrichien. Dès 1328, il fut nommé par le Petit Conseil. La coutume s'imposa dans les années 1380 de limiter son mandat à douze mois (renouvelable après une pause d'un an). Les anciens avoyers formaient une sorte d'élite dans le Petit Conseil.

L'existence de corporations, appelées Stubengesellschaften, regroupant généralement plusieurs métiers n'est attestée indubitablement qu'à partir du XIVe s., quand elles commencèrent à acheter des maisons (des Stuben ou salles) pour y établir leur siège et à se donner des statuts écrits. Mais elles ne parvinrent jamais à se faire reconnaître un rôle politique; leurs fonctions étaient seulement sociales, militaires et religieuses. Au XVe s., elles furent parfois consultées par les autorités et participèrent à l'élaboration des règlements professionnels qui les concernaient. Dès le dernier quart du XVIe s., l'application de ces règlements et dans certains cas leur renouvellement incombèrent largement aux associations d'artisans, qui portent dès lors le nom de "maîtrises".

L'administration urbaine reposait sur un corps peu à peu étoffé de fonctionnaires à temps partiel. Les charges principales revenaient à des membres du Petit Conseil. Certaines fonctions étaient réservées aux Cent, dont celle, importante, de sautier (président du tribunal municipal). D'autres offices restaient accessibles aux simples bourgeois. Dans les tribunaux et dans de nombreuses commissions (comptes, inspection du feu, surveillance du marché, etc.) siégeaient obligatoirement des représentants de l'un et l'autre Conseils, voire de la bourgeoisie.

A la fin du XIVe s. et au XVe s., la bourgeoisie et le Conseil des Cent s'opposèrent au Petit Conseil. Après 1450, les métiers s'impliquèrent fortement dans ces luttes, surtout en 1463 et 1471. A ces conflits se superposa dès les années 1480 au moins l'antinomie entre les partisans du mercenariat libre et ceux du service étranger organisé (système des pensions).

La mise en place du régime patricien à la fin du XVIe s. n'eut guère d'effet sur les caractéristiques de l'organisation des institutions. Elle fut plutôt un processus social qui se manifesta par la réduction progressive du nombre des familles représentées dans les Conseils. La "lettre jurée", plusieurs fois amendée et augmentée, resta le fondement de l'ordre juridique local. Vers 1477, on l'avait complétée par l'Eidbuch, recueil de formules où se reflète une grand partie du droit public de l'époque et vers 1480 par le Stadtrecht, collection de statuts relatifs surtout au droit civil. L'un et l'autre furent augmentés à plusieurs reprises au cours de l'époque moderne et révisés. Le Stadtrecht fut imprimé en 1706 sous le titre de Municipale.

L'antagonisme traditionnel entre le Petit Conseil, d'une part, la bourgeoisie et le Conseil des Cent de l'autre prit la forme d'une opposition entre les familles patriciennes et le reste de la bourgeoisie, qui, sans doute présente déjà lors de l'affaire Pfyffer-Amlehn (1569), devint manifeste dans l'affaire des Bourgeois (1651-1653) et l'affaire Schumacher (1763-1764). Des conflits déchirèrent aussi le patriciat, par exemple la guerre Meyer-Schumacher des années 1760. Les divergences politiques y jouèrent un rôle, du moins au XVIIIe s. lorsque s'affrontèrent partisans et adversaires des interventions de l'Etat en matière ecclésiastique, mais souvent elles reflétaient simplement des rivalités de clans et de personnes, typiques des sociétés aristocratiques.

Auteur(e): Konrad Wanner / PM

3 - Economie et société du Moyen Age au XVIIIe siècle

La ville doit son développement au marché qui se tint d'abord près de l'église du Hof, puis s'étendit vers la Reuss et même sur l'autre rive, après la construction d'un pont dans la première moitié du XIIe s. Il semble que plusieurs petits habitats soient alors apparus qui, en se densifiant, auraient donné naissance à une ville vers 1200. L'enceinte dut être agrandie sur la rive gauche au XIIIe s. déjà, en incluant le couvent des franciscains construit vers 1269; en revanche, le monastère du Hof, présent sur la rive droite depuis le VIIIe s., resta hors les murs. A la fin du XIIIe  et au XIVes., on construisit les ponts couverts, devenus l'image de la ville, qui faisaient partie du système défensif: Spreuerbrücke, Kapellbrücke (pont de la Chapelle) et Hofbrücke (pont du Hof, démoli entre 1834 et 1852). La muraille et les tours de Musegg sont tardives (vers 1500); elles n'ont pas formé d'enceinte close, mais ressemblent aux Letzi qui barraient les vallées.

Si les fortifications ne subirent plus de travaux importants, les embellissements urbains se multiplièrent: nouvel hôtel de ville (1602-1606), hôpital des bourgeois transféré dans le faubourg d'Obergrund (1654-1660) et hôtel des monnaies du Mühlenplatz (1703-1704) parmi les édifice publics, plusieurs immeubles privés dont la maison Hertenstein, ornée de fresques à l'intérieur et à l'extérieur par Hans Holbein le Jeune (démolie en 1825) et bâtiments ecclésiastiques comme le collège des jésuites (palais Ritter, 1556-1578, auj. hôtel du gouvernement), leur église (Saint-François Xavier) et leur gymnase, remplacés par des édifices baroques aux XVIIe et XVIIIe s. L'église Saint-Léger (Hofkirche) fut entièrement rénovée en 1633-1644 après un incendie, le couvent des capucins au Wesemlin construit entre 1584 et 1589 et celui des ursulines de 1676 à 1684. De nombreuses maisons de maître furent édifiées aux XVIIe-XVIIIe s. aux abords de la ville.

On estime que la population atteignait environ 4000 âmes dans la première moitié du XIVe s., avant de baisser fortement. Elle se remit à croître lentement dans le dernier quart du XVe s., mais ne dépassait guère le chiffre de 4000 à la fin du XVIIIe s.

Jusqu'au XIIIe s., L. n'eut qu'un rôle régional, malgré le prieuré et le marché. L'ouverture du col du Saint-Gothard en fit dès le dernier tiers du XIIIe s. une étape sur le grand axe reliant la vallée du Rhin à Milan. Le trafic du Gothard, qui connut son apogée au XVIe s. et dans le premier tiers du XVIIe s., fit sans doute le succès des foires de L., qui se tenaient deux semaines durant, une fois par an jusqu'en 1417, deux fois jusqu'en 1713, puis quatre fois. Pour son approvisionnement en denrées alimentaires et objets de consommation, la ville avait un marché hebdomadaire (le mardi), fréquenté par des gens des campagnes environnantes, et un marché quotidien.

Les marchandises en transit provenant de Bâle étaient chargées sur des bateaux au lieudit am Wasser (devant l'actuelle église des jésuites), puis dans la zone du Schwanenplatz (après l'ouverture en 1545 de la souste du Kapellplatz). L'organisation des transports devint au XVIe s. une activité distincte du grand commerce; elle fut d'abord assumée par la filiale lucernoise d'une entreprise de Milan. Cet établissement donna naissance vers 1618 à la maison Meyer et Balthasar, qui domina l'import-export à L. jusqu'au XVIIIe s. Aux XVIIe et XVIIIe s., les familles dirigeantes s'intéressaient peu au commerce et aux transports; leurs membres faisaient carrière dans l'administration, le service étranger ou l'Eglise.

Les artisans produisaient surtout pour le marché local et régional; les fabricants de faux qui, au XVe s., exportaient jusqu'à Genève, constituent une exception. On trouvait, comme dans la plupart des villes, des aubergistes, des bouchers, des pêcheurs, des boulangers, des tanneurs, des cordonniers, des fourreurs, des tailleurs, des menuisiers-charpentiers, des maçons, des forgerons, des armuriers, etc. On tenta par les ordonnances de 1463 et de 1471-1472 de limiter le nombre de métiers autorisés par individu, ce qui laisse supposer que rares étaient ceux qui vivaient d'une seule activité. Les spécialisations qui se dessinèrent aux XVIIe et XVIIIe s. rendirent problématiques les délimitations traditionnelles.

La piété populaire s'exprimait surtout dans la procession annuelle de Musegg (le 24 mars), qui remontait au XIIIe s. et attirait aux XVIIe et XVIIIes. des milliers de pèlerins. Comme ailleurs, la Réforme catholique relança la vie religieuse. L'ouverture d'établissements rattachés aux ordres nouveaux (capucins, jésuites, ursulines) vint renforcer aux XVIe et XVIIe s. le clergé local. On enregistra un grand nombre de vocations pour la prêtrise ou la vie contemplative (mouvement qui connut son apogée dans la première moitié du XVIIIe s.). L'identité catholique de L. se vit confortée, après la division confessionnelle de la Confédération, par le rôle dirigeant que la ville assuma dans son camp, en accueillant une nonciature permanente du Saint-Siège (1586) et une ambassade espagnole dès 1595.

Au XVe s. déjà, la lecture, l'écriture et le calcul étaient familiers à une partie des bourgeois, notamment grâce à l'école du Hof (prieuré, puis chapitre de Saint-Léger), qui dispensait alors l'enseignement élémentaire et supérieur. Aux XVIIe et XVIIIe s., cet établissement accueillait les indigents et les habitants sans droits, tandis que les fils de bourgeois fréquentaient l'école élémentaire de la ville. L'école des franciscains, originellement destinée aux membres de l'ordre, fut remplacée en 1543 par une école latine publique, qui à son tour céda la place en 1574 au gymnase des jésuites. Ce dernier dispensait aux laïcs et aux futurs prêtres une formation humaniste de base; il fut complété en 1599 par les cours de philosophie et de théologie du "lycée". Après la suppression de la Compagnie (1773), l'Etat reprit le collège. L'école des filles, séparée en 1584 de celle de la ville, fut confiée en 1588 aux béguines du Bruch, puis aux ursulines en 1659; Josef Ignaz Zimmermann la réforma en 1786.

L'élément le plus remarquable de la vie culturelle lucernoise est la tradition théâtrale attestée dès le XVe s. (pièces de carnaval, mystères de la Passion et de Pâques), poursuivie aux XVIIe et XVIIIe s. grâce aux jésuites qui faisaient jouer par leurs élèves des pièces en latin. Ces spectacles scolaires étaient occasionnellement ouverts au public (jusqu'en 1677). Les autorités y imposèrent en 1768 l'usage de l'allemand.

Auteur(e): Konrad Wanner / PM

4 - Histoire politique, de la République helvétique au XXIe siècle

4.1 - Structures communales

Sous la République helvétique, la ville et le canton, jusque-là unis, furent séparés. Le partage des biens fut réglé par la convention de 1800. Sur le plan communal, deux entités se créèrent. La commune politique, qui comprenait tous les citoyens suisses domiciliés sur son territoire, dirigée par une municipalité de onze membres, s'occupait des affaires relevant de la police locale. La commune bourgeoise ou des ayants droit, formée des anciens bourgeois de la ville, était dirigée par une chambre de régie de neuf membres, à laquelle incombaient l'assistance publique et l'administration des biens communaux, qui représentaient encore une fortune considérable.

L'acte de Médiation (1803) ne laissa subsister que la commune bourgeoise, dont l'exécutif de neuf membres prit le nom de Conseil administratif en 1808. Le principe de l'élection par tous les citoyens ne fut conservé que pour le tribunal communal (ou municipal). Le coup d'Etat du 16 février 1814, fomenté par des bourgeois et des patriciens, entraîna un retour partiel à l'Ancien Régime. La Restauration fit prévaloir le principe des droits politiques réservés aux bourgeois, seuls habilités à élire les députés au Grand Conseil, les juges de district et les fonctionnaires communaux. Le règlement de la commune bourgeoise de la ville de L. (1814), première constitution écrite de la cité, fit du Conseil administratif la seule autorité communale et lui attribua les tâches de police assumées depuis 1803 par le tribunal communal. En 1822, on sépara les biens communaux en deux parts, celle de l'assistance et celle de la "corporation" (des ayants droit), ce qui prépara la division de la commune bourgeoise elle-même.

La Constitution cantonale libérale de 1831 introduisit une tripartition entre commune bourgeoise (d'assistance), "corporation" et commune d'habitants. Cette dernière, nouvellement créée, reprenait pour l'essentiel les tâches de la commune politique de l'Helvétique; elle pouvait percevoir des impôts dits de police; elle comprenait tous les citoyens du canton domiciliés dans la ville, soit la grande majorité de la population urbaine (mais non ceux d'autres cantons). Le Conseil administratif fit place à deux Conseils de ville (le Conseil étroit de neuf membres, le Grand Conseil de quarante-cinq) élus par l'assemblée des habitants. La commune bourgeoise garda la responsabilité de l'assistance, des tutelles et du registre des bourgeois. Son organe était le Conseil de l'assistance (quatre membres issus de l'ancien Conseil administratif), devenu le Conseil étroit de la bourgeoisie en 1873 et le Conseil de la bourgeoisie en 1964. Les habitants (non bourgeois) étaient admis à ses assemblées, tandis que seuls les anciens bourgeois de plein droit pouvaient participer à celles de la "corporation", dont l'unique rôle était de gérer une fortune consistant principalement en forêts, alpages et droits de pêche, soit à L., soit aux environs.

Contrairement à la bourgeoisie, la commune d'habitants n'avait guère de moyens financiers et ne possédait aucun terrain en ville, ce qui limitait fortement sa marge de manœuvre. Ses responsables commencèrent à sortir de leur réserve dans les années 1860. Ils obtinrent du Grand Conseil cantonal, en 1862, que le fonds des ursulines soit géré non plus par le Conseil de l'assistance, mais par le Conseil de ville et en faveur de l'école municipale des jeunes filles. Du fait des mouvements migratoires, la proportion des bourgeois s'amenuisait; on en tint compte dans les règlements de la commune bourgeoise (1873) et de la commune d'habitants (révision de 1879), qui rendirent la seconde politiquement indépendante de la première, de sorte qu'elle put enfin tenir pleinement le rôle qui lui revenait au vu du développement économique de la ville.

En 1915, les tutelles passèrent à la commune d'habitants en vertu du Code civil suisse et de sa loi d'application cantonale. En 1924, de nouvelles lois cantonales instituèrent le principe de l'assistance au lieu de domicile et l'admission sans frais de tout citoyen du canton dans la bourgeoisie d'une commune après vingt ans de résidence. Cela modifia les tâches de la commune bourgeoise: désormais tenue d'assister tous les indigents de la ville, elle dut introduire un impôt ad hoc en 1926. La suppression de la commune bourgeoise (proposée par une initiative de la "liste indépendante des femmes") fut refusée en 1990, mais sa fusion avec la commune d'habitants (proposée par les radicaux) fut acceptée en 2000. Le Conseil de la bourgeoisie (exécutif) et son Grand Conseil (législatif) furent dissous et leurs compétences revinrent aux Conseil et Grand Conseil de ville. La "corporation" put se maintenir; responsable du service forestier municipal, elle gère ses propres forêts, celles de la ville de L. et, depuis 2000, celles de Kriens.

Auteur(e): Markus Trüeb / PM

4.2 - Autorités et forces politiques

Le Conseil de ville (neuf membres dès 1831, sept en 1879, cinq en 1899, six en 1915, sept en 1932, cinq dès 1935) forme l'exécutif. Une femme y fut élue pour la première fois en 1996. Contrairement au canton, majoritairement conservateur, la ville fut longtemps dominée par les radicaux (sous le nom de "libéraux", Liberale Partei, puis freisinnig du début du XXe s. aux années 1960, PRD depuis 2000, comme le parti cantonal). Ils occupèrent tous les sièges du Conseil de ville de 1832 à 1839, en 1845 et 1846, de 1848 à 1887 et de 1888 à 1890. Ils en cédèrent un aux conservateurs en 1890. En 1915, les socialistes firent leur entrée à l'exécutif, qui comprit constamment, de 1958 à 1991, deux radicaux, un conservateur ou PDC, un socialiste et un représentant de l'AdI; ce cinquième siège passa en 1991 au PDC et en 2000 à l'Alliance verte. En 2004, on compte un PRD, un PDC, un PS, un Vert et un sans parti (le président, transfuge radical, élu en 1996).

Le Grand Conseil de ville comptait quarante-cinq membres en 1831 (dont les neuf conseillers de ville jusqu'en 1879). L'effectif fut porté à soixante en 1899 (ce qui permit l'arrivée de dix socialistes, troisième force à côté des radicaux et conservateurs), à quarante en 1927 et à quarante-huit lors de la fusion avec la commune bourgeoise en 2000.

Pour l'élection des conseillers (à la majorité absolue des voix), l'assemblée communale se réunissait, de 1832 à 1891, dans l'église des jésuites ou celle des franciscains. Les listes imprimées et le vote secret furent introduits en 1879. Les urnes remplacèrent l'assemblée pour les élections en 1895 (système majoritaire), pour les votations en 1915 seulement. Le système proportionnel fut adopté sur une initiative du PS en 1919; il permit aux petits partis d'être représentés au parlement et fit perdre aux radicaux leur majorité absolue. Avec le suffrage féminin, le nombre des électeurs passa de 18 878 en 1967 à 43 965 en 1971.

Les communistes siégèrent au Grand Conseil de ville en 1923-1927, le PdT en 1947-1951, l'AdI de 1939 à 1987, les POCH dès 1975 (devenus l'Alliance verte en 1987 et Lucerne verte en 2006). La liste indépendante des femmes (1987-1995) se situait aussi à gauche. L'UDC fit son entrée en 1996 en plaçant quatre hommes. En 2004, le PS était le parti le plus fort avec quatorze sièges; l'UDC en comptait neuf, le PDC, le PRD et l'Alliance verte (avec les Jeunes verts) chacun huit, le mouvement "CHance 21" un.

Auteur(e): Markus Trüeb / PM

4.3 - Coopération régionale

La collaboration régionale apparut dans la seconde moitié des années 1940 avec la Pluna (Planung Luzern und Nachbargemeinden), chargée d'étudier la planification économique de la région lucernoise; ses propositions, non contraignantes (rapports publiés en 1950 et 1956), eurent néanmoins une grande influence. Des groupements de communes ont été créés depuis les années 1960 dans divers domaines: épuration des eaux, évacuation des ordures, transports publics (1984 et 1996), planification, affaires culturelles (1987), environnement (1992); ils souffrent d'un déficit de contrôle démocratique. Fondé en 2000, le PASL (Projekt Agglo und Stadt Luzern), réunissait dix-huit communes, la Fédération des communes lucernoises et le canton dans le but de trouver de nouvelle formes de collaboration intercommunale. Dissous, il a pour successeur le réseau Luzern Plus (2006), auquel ont adhéré treize communes, dont une non lucernoise, celle de Hergiswil (NW).

Auteur(e): Markus Trüeb / PM

5 - Economie et société de 1800 au XXIe siècle

5.1 - Evolution démographique

Césure politique, la révolution helvétique marqua aussi le début d'une période d'essor économique, social et démographique. Au XIXe s., la population de la ville s'accrut en trois phases d'intensité toujours plus forte, les points culminants se situant en 1810-1816, dans les années 1860 et 1890. On passa de 4314 habitants sous la République helvétique à 8339 en 1837, soit un quasi-doublement. L'augmentation se poursuivit sur un rythme soutenu jusqu'en 1910; elle résulta surtout de l'immigration jusqu'en 1870, puis aussi des excédents naturels. Elle reprit après la Deuxième Guerre mondiale, jusqu'en 1967, année où l'on atteignit le nombre record de 73 617 habitants. Ensuite, la population de la ville baissa en raison d'un déficit migratoire et d'une mortalité supérieure à la natalité; elle se stabilisa vers la fin du XXe s. à environ 60 000 personnes. En revanche, celle de l'agglomération augmenta entre 1960 et 2000, passant de 60 000 âmes à quelque 120 000.

Le recul démographique entraîna une baisse des rentrées fiscales (qui proviennent en majorité de personnes physiques), alors que les dépenses d'infrastructure dans les affaires sociales, la formation et la culture restaient supérieures à la moyenne constatées en Suisse centrale. Le vieillissement de la population est sensible, comme dans d'autres villes. Les navetteurs, soit qu'ils viennent travailler à L., soit qu'ils en sortent pour rejoindre leur emploi dans l'agglomération, voire dans les cantons de Zoug et de Zurich, ont entraîné une forte hausse du trafic, surtout motorisé.

Dans le dernier quart du XIXe s., le tourisme et le bâtiment furent les principaux facteurs de la rapide croissance de la ville. Une grave crise du logement s'ouvrit dans les année 1890 et ne fit que s'aggraver jusqu'à la fin des années 1920. Bien que le secteur du bâtiment fût proportionnellement plus important que dans toutes les autres villes suisses, il ne pouvait suivre la croissance des besoins. Les autorités restèrent longtemps passives. En 1920, une initiative pour la création de logements communaux fut refusée, mais on accepta le contreprojet qui instituait un encouragement à la construction de logements coopératifs. Lancée par la Fédération des locataires, la Coopérative générale de construction (Allgemeine Baugenossenschaft Luzern, 1924) devint le principal acteur du logement social.

Auteur(e): Markus Trüeb / PM

5.2 - Urbanisme

L'incendie qui détruisit en juin 1833 une partie de la rive droite (Unter der Egg, Weinmarkt) fut l'occasion de la première grande intervention urbanistique: les décombres servirent à créer le quai des jésuites, sur la rive opposée de la Reuss. Sur la rive droite, à la sortie du lac, on édifia l'hôtel Schwanen. Les terrains où se trouve aujourd'hui le quai du Schweizerhof furent gagnés peu à peu sur le lac et attribués à la ville, dès 1835. Ces travaux rendirent inutile le pont dit Hofbrücke, qui franchissait l'anse ainsi comblée; il fut démoli par étapes entre 1834 et 1852. Cette zone du Grendel, où abordaient les bateaux à vapeur (dès 1837), devint un lieu de transbordement très animé, notamment les jours de marché. On y construisit en 1844 le Schweizerhof, premier grand hôtel des bords du lac. En 1855, le Conseil de ville voulut faire abattre toutes les portes, mais il se heurta à l'opposition du gouvernement cantonal, qui utilisait les tours, sauf celle de Musegg, comme cachots (jusqu'à l'ouverture en 1862 de la prison centrale). Un accord intervint en 1856 et les démolitions purent commencer. L'Obertor d'abord et dix-sept autres ouvrages fortifiés furent détruits ou altérés entre 1856 et 1867. Ces chantiers favorisèrent l'aménagement urbain (comblement du fossé dit Unterer Hirschengraben dans le Petit-Lucerne) et permirent d'éliminer quelques goulots d'étranglement. Ils finirent cependant par susciter des réserves, quand on s'en prit à la tour des Bourgeois en 1864-1865. Après 1868, on se préoccupa de plus en plus de protection des monuments, tandis que les ponts couverts et la muraille de Musegg devenaient des attractions touristiques.

Autour de l'église du Hof, c'est-à-dire hors de la vieille ville médiévale et à proximité des quais, apparut un quartier d'immeubles bourgeois, d'hôtels de luxe et de musées. La rive gauche, encore peu bâtie et parsemée de zones marécageuses près de la rivière, resta très agricole jusqu'au milieu du XIXe s. L'habitat s'y développa d'abord le long des routes pour Kriens et pour Emmen, formant les quartiers d'Obergrund et Untergrund où résidait vers 1860 un tiers de la population de la ville. Une croissance très rapide se produisit entre 1890 et 1930.

En 1853, le Conseil d'Etat lucernois accorda à la Compagnie du Central-Suisse une concession pour la ligne Olten-L. La voie ouverte en 1856 jusqu'à Emmenbrücke n'atteignit L. qu'en 1859; ce retard était dû aux longues discussions qu'avait suscitées, alors que le pont de Seebrücke (construit en 1869-1870) n'existait pas encore, le choix de l'emplacement de la gare. Le site retenu, près du lac sur la rive gauche, fut bientôt le cœur d'un nouveau quartier, dont l'essor fut cependant entravé par les voies ferrées elles-mêmes (parallèles à la Reuss), jusqu'à l'adoption d'un tracé différent à l'occasion de la reconstruction de la gare (1896).

Le centre de gravité de L. se déplaça sur la rive gauche. En 1895, le Conseil de ville lança un concours pour les lotissements de la Hirschmatt, de la Himmelrichmatt, du Tribschenmoos et de la Sälimatte, qui aboutit en 1897 au plan de Heinrich Meili-Wapf et Robert Winkler. En quelques années, ce terrain plat se couvrit d'immeubles formant des îlots autour de cours centrales, comme dans une grande ville. Au début du XXe s., on bâtit surtout sur les collines (Steinhof, Bramberg, etc.). Le concours d'urbanisme de 1928-1929 ouvrit un processus qui s'acheva en 1933 avec le plan d'Armin Meili. Dans la période de haute conjoncture de l'après-guerre, les autorités laissèrent l'initiative à l'économie privée. Au cours des années 1970, de nombreux logements disparurent dans le centre, à la suite de démolitions ou de transformations, pour faire place à des bureaux. Cependant, le plan de zones établi en 1982 avec la participation de la population ouvrit un nouveau chapitre de l'urbanisme lucernois. A côté de la nouvelle gare inaugurée en 1991 (l'ancienne avait brûlé en 1971), le Musée des beaux-arts d'Armin Meili (1933) a fait place à la masse imposante du Centre de la culture et des congrès (KKL) conçu par Jean Nouvel (ouvert en deux étapes, 1998 et 2000).

Auteur(e): Markus Trüeb / PM

5.3 - Transports et économie

Après la liaison ferroviaire avec Olten vinrent celles pour Zoug et Zurich (1864), pour Langnau im Emmental et Berne (1875), pour Alpnach en direction du Brünig (1889). L'ouverture en 1882 de la ligne du Gothard est l'un des événements les plus importants dans l'histoire du tourisme lucernois, même si le raccordement direct à cette ligne (tronçon Immensee-L., dont la construction fut retardée pour des raisons propres à l'entreprise) n'intervint qu'en 1897. Pourtant, L. avait investi dans cette compagnie plus que tout autre canton, raison pour laquelle son siège fut fixé à L., et non à Zurich, dès sa fondation en 1871 (bâtiment administratif élevé en 1887-1888).

Le tramway entra en service en 1899; il reliait les deux rives, de l'Untergrund (à l'ouest) au Maihof (au nord-est). Les trams atteignirent Kriens en 1900, Emmenbrücke en 1903. Ils furent peu à peu remplacés par des bus entre 1945 et 1961. Le raccordement de la ville à l'A2, axe nord-sud du réseau autoroutier suisse, intervint en 1974. La route de contournement par le tunnel du Sonnenberg ouvrit en 1976. Les rues étant de plus en plus engorgées par le trafic motorisé, on entreprit à la fin du XXe s. l'aménagement d'un RER, dont les premiers trains circulèrent en 2004.

Parmi les entreprises industrielles connues qui firent leurs débuts à L., citons les usines sidérurgiques von Moos (1842) et l'atelier mécanique Schindler (1874). Devenu une grande fabrique de moteurs et d'ascenseurs, ce dernier était en 1957 le plus gros employeurs de L. (1150 collaborateurs); manquant de place, il fut transféré peu après à Ebikon. La brasserie Eichhof est la seule grosse industrie restée en ville; en 2008, Heineken a annoncé son intention de la racheter. Le secteur secondaire (bâtiment, industrie, artisanat de transformation) fournissait environ la moitié des emplois en 1955 et encore près de 10% en 2005; dans les seules années 1991-1998, il perdit 40% de ses effectifs (presque 4000 personnes). Le tertiaire connut une forte croissance au XXe s. (84% des emplois en 2000, 89% en 2005).

L'arrivée du chemin de fer stimula le tourisme et L. devint un centre de villégiature. Le nombre des lits passa de 250 en 1850 à 3500 en 1890, à 8000 en 1910 et à un maximum de 9400 en 1914. La fréquentation connut un premier record en 1910 (192 000 hôtes et 575 000 nuitées), puis elle baissa, s'effondra durant la Première Guerre mondiale, pour reprendre dans l'entre-deux-guerres. Après la Deuxième Guerre, L. resta l'une des principales destinations touristiques suisses. Dans la première moitié des années 1980, on comptait environ un million de nuitées par an; après une période creuse, on retrouva ce niveau en 2000, grâce à un renouvellement du parc hôtelier mené parallèlement à la construction du nouveau Centre des congrès. On constate que la part de la clientèle suisse s'accroît régulièrement, mais aussi que la durée moyenne des séjours au début du XXIe s. atteint seulement 1,8 jour, autant qu'à Zurich, mais nettement moins qu'à Locarno ou Montreux.

Une partie du secteur des services est étroitement liée au tourisme: banques, fournisseurs, petit commerce. Jusqu'en 1970, les détaillants lucernois avaient une très forte position et une clientèle venant de toute la Suisse centrale. Ils subissent depuis lors la concurrence croissante des centres commerciaux. Encore modeste, celui de Schönbühl, le premier en Suisse, ouvrit ses portes en 1967 à la limite sud de la ville; il fut suivi d'autres plus grands, dans l'agglomération et au-delà (Kriens, Emmen, Sursee, Stans, Schwytz), facilement accessibles grâce aux véhicules privés.

Candidate au titre de ville fédérale en 1848, L. dut s'incliner devant Berne: elle abrite néanmoins des institutions de la Confédération et de grandes firmes suisses. Elle se vit attribuer en 1908 le siège du Tribunal fédéral des assurances et celui (transféré de Zurich) de la Suva; l'un et l'autre entrèrent en activité en 1918. En conséquence, la caisse maladie et accidents chrétienne-sociale suisse à Saint-Gall (auj. CSS Assurance) et la compagnie suisse d'assurance maladie et accidents Concordia à Zoug déplacèrent leurs sièges centraux à L. en 1919. Depuis les années 1960, l'agglomération lucernoise accueille des entreprises du secteur des études de marché et enquêtes d'opinion, comme Demoscope (fondé à L. en 1961, transféré en 1985 à Adligenswil) et l'institut Link (fondé à L. en 1981).

Auteur(e): Markus Trüeb / PM

5.4 - Formation et culture

Dès la seconde moitié du XIXe s., l'offre de formation supérieure s'étoffa. La Société d'utilité publique de la ville de L. fonda en 1861 l'école de perfectionnement des artisans, qui fusionna avec l'école libre de dessin en 1891 pour former l'école professionnelle municipale, divisée en 1903 en deux écoles autonomes, celle des garçons et celle des jeunes filles (qui se développa par la suite). L'école normale de la ville fusionna en 1997 avec celle du canton (actuelle haute école pédagogique). Le technicum de la Suisse centrale, ouvert en 1958 à la Sentimatt, déménagea par étape à Horw (1974 et 1977). Depuis 2000, L. dispose d'une université comprenant trois facultés (théologie, lettres et droit); elle est issue de la faculté de théologie née elle-même du lycée des jésuites. Le conservatoire date de 1942.

L. abrite de nombreux musées: Jardin des glaciers (1873), panorama Bourbaki (1889, restauré en 1997-2000), Musée Richard Wagner (1933), Musée d'histoire naturelle, Musée des beaux-arts (1873, intégré au Centre des congrès en 2000), Musée suisse des transports (1959), Musée d'histoire (1878-1970, rouvert en 1986), collection Rosengart (2002). Ouvert en 1902 sur l'initiative de l'industriel polonais Jan Bloch, le Musée international de la guerre et de la paix valut à L. d'accueillir en 1905 le quatorzième congrès international de la Paix. Dépassé par l'évolution de la politique mondiale, il ferma en 1920.

La Société des amateurs de théâtre et de musique fondée en 1806 fusionna en 1929 avec la Société d'orchestre de la ville créée en 1922 et prit le nom de Société générale de musique de L. (Orchestre symphonique de Lucerne en 1998); dès 1933, elle donna régulièrement des concerts dans la nouvelle grande salle du Musée des beaux-arts tout en fonctionnant comme orchestre du théâtre municipal. Ce dernier, construit en 1837-1839, est actuellement placé sous patronage régional. Sauf quelques brèves interruptions, il a toujours présenté des saisons mêlant l'opéra, la comédie et le ballet. Les Semaines musicales fondées en 1938 (Festival de L. dès 2001) sont internationalement connues. Les expressions culturelles moins traditionnelles ne sont pas en reste: citons le festival international de bande dessinée Fumetto (1992), le festival Viper (cinéma, vidéo et nouveaux médias; issu des journées cinématographiques de Kriens, il se tint à L. de 1985 à 1999, avant de passer à Bâle) et le défilé de mode Gwand (1993-2004).

Auteur(e): Markus Trüeb / PM

5.5 - Organisation ecclésiastique et vie religieuse

L'extension de la ville vers le sud rendit nécessaire l'érection de nouvelles paroisses catholiques en 1918: celle des franciscains (chapellenie dès 1854) et celle de Saint-Paul. Cinq autres suivirent au XXe s., dont Saint-Charles en 1934 et Saint-Josef au Maihof en 1941. L'introduction de l'impôt ecclésiastique en 1918 donna les moyens financiers indispensables. Sous la pression de Zurich et Berne, une paroisse protestante vit le jour en 1826; grâce à des dons venus de toute la Suisse, elle put construire le temple Saint-Mathieu (1861). La communauté catholique-chrétienne, constituée en 1883, érigea en 1892 à Musegg le premier sanctuaire que cette confession ait fait bâtir à neuf en Suisse (église du Christ). Des familles juives s'installèrent au quartier du Bruch en 1866. La Société du culte israélite fondée en 1867 devint en 1917 la communauté juive; la synagogue date de 1912. Conséquence de mouvements migratoires qui ont débuté dans les années 1970, les musulmans sont devenus le groupe religieux non chrétien le plus nombreux. Ils ont obtenu du Conseil de ville, en 2005, un carré réservé au cimetière municipal de Friedental. Lors du Kulturkampf, le Conseil fédéral rompit les relations diplomatiques avec le Vatican et la nonciature fut supprimée en 1873. La faculté de théologie et le grand séminaire Saint-Béat, fondé en 1878, ont joué un rôle moteur dans la vie religieuse de la ville.

Auteur(e): Markus Trüeb / PM

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– AV
– StALU
– Arch. iconographiques, ms., ZHBL
– ABourg Lucerne (AV et StALU)
Sources imprimées
SDS LU, 1994-
Bibliographie

Auteur(e): Markus Lischer / PM