05/05/2008 | communication | PDF | imprimer

Huttwil

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Comm. BE, distr. de Trachselwald, en amont du confluent du Rotbach et du Wyssachen avec la Langeten, à la frontière du canton de Lucerne. Petite ville entourée de nombreux hameaux, nœud de communication entre l'Emmental, la Haute-Argovie et l'arrière-pays lucernois, centre de la partie orientale du district de Trachselwald et du haut de la vallée de la Langeten. Vers le milieu du IXe s. Huttiwilare. 1678 hab. en 1764, 3398 en 1850, 3644 en 1910, 4661 en 1950, 4825 en 2000.

Il n'y a pas de traces d'une colonisation antérieure au VIIe/VIIIe s.; toute la région (contreforts du Napf en Haute-Argovie) fut habitée relativement tard. Au milieu du IXe s., H. appartenait au clan noble des Adalgoz, établis en Haute-Argovie. Les comtes de Rheinfelden et ceux de Fenis-Neuchâtel leur succédèrent aux XIe et XIIe s. Les Fenis donnèrent leurs terres de H. à l'abbaye de Saint-Jean à Cerlier vers le milieu du XIIe s. Agnès de Rheinfelden et son époux, Berthold II de Zähringen, firent don du patronage (mentionné alors pour la première fois, saint patron inconnu) à l'abbaye de Saint-Pierre en Forêt-Noire, peut-être en 1093 ou au plus tard en 1108. La juridiction et tous les autres droits des Zähringen passèrent aux comtes de Kibourg en 1218; les Kibourg-Berthoud les cédèrent en 1313 aux Habsbourg, qui les leur remirent en fief. La petite cité fut détruite par les Bernois en 1340, à la suite de la guerre de Laupen. En 1378, les Kibourg-Berthoud durent hypothéquer H. (qui relevait de la juridiction de Murgeten), ainsi que les droits de haute et basse justices, à Johann Grimm von Grünenberg. En 1404, Burkhard de Sumiswald acheta aux Grünenberg la suzeraineté sur H., sans doute à l'instigation de Berne, à qui il la céda en 1408; la ville acquit aussi le droit de retrait des Grünenberg en 1414. Rattaché au bailliage de Trachselwald en 1516, H. fut le siège de l'un des trois tribunaux de haute justice de l'Emmental jusqu'en 1798. Après la Réforme, le patronage passa à Berne (achat en 1557, reconstruction du temple en 1705). Lors de la guerre des Paysans de 1653, H. fut un des épicentres du soulèvement, accueillant le 24 février/6 mars l'une des premières réunions importantes des paysans bernois après la conclusion de l'alliance de Wolhusen, puis la landsgemeinde du 4/14 mai, où l'on confirma solennellement l'alliance de Sumiswald.

Fortifié lors de la "guerre des comtes" entre Rodolphe de Habsbourg et Pierre de Savoie (apr. 1250-1270), H. est cité comme ville pour la première fois en 1313, bien qu'un avoyer soit mentionné déjà en 1280 et 1294; le droit de marché (1467), le privilège douanier (1505) et le statut municipal (1659) n'ont été consignés par écrit que pendant la période bernoise. Le choix de l'avoyer semble avoir toujours dépendu du seigneur souverain (témoignages dès 1616). Les gens de l'Emmental rachetèrent en 1583 la maladrerie de H. (supprimée en 1798). Le premier règlement des communaux date de 1543; il contenait des dispositions sur les droits d'usage et les enclosures. Il accordait en outre aux communiers un droit de préemption sur les biens fonciers, qui s'appliquait à l'origine aux communaux (zone appelée "Herd"), puis s'étendit à l'ensemble des terres et parcelles bâties des ayants droit. L'usage des communaux fit l'objet de querelles entre paysans propriétaires et Tauner jusqu'en 1828. Une scission se produisit, vraisemblablement dans la première moitié du XVIIe s., entre la communauté de Herd (quartiers de Städtli, Uech, Allmend, Oberdorf, Hub et Niederhuttwil, aujourd'hui tous intégrés dans le bourg), qui se réserva les droits sur les communaux, et celle de Hof, à l'extérieur (citée pour la première fois dans le statut municipal de 1659; ses limites furent fixées en 1764 seulement). Les revenus de la douane, de l'ohmgeld et des concessions municipales étaient néanmoins administrés en commun et l'assistance aux pauvres assumée solidairement (mémorandum de 1760). On abandonna la libre pâture sur les communaux en 1849, les terres cultivables étant attribuées à titre viager aux membres de la communauté de Herd. Celle-ci est encore de nos jours un important propriétaire de terrains et de forêts. L'acte de séparation entre les communes politique et bourgeoise date de 1862. L'indemnité versée alors à la commune bourgeoise lui permit de fonder la Caisse d'épargne de H. en 1864. Les activités commerciales et artisanales (marché, toilerie à domicile) furent importantes dès le XVIIIe s. Une Société des arts et métiers fut fondée en 1850. H. connut un essor industriel modeste au XIXe s. (toilerie, filature de laine, travail du crin de cheval, bonneteries dès 1886, tanneries, scieries et fabrique de meubles en 1876), avant d'attirer au XXe s. une série de petites et moyennes entreprises (fabrique de moutarde et de pâtes alimentaires, serrurerie, technique de fabrication automatique). Dans le secteur primaire, les premières fromageries apparurent vers 1850, une coopérative agricole en 1890, une coopérative fruitière en 1909 (dissoute en 1989). Une coopérative de consommation existe depuis 1902.

H. était situé sur l'ancienne voie directe Berne-Lucerne (courrier postal régulier dès 1789-1790), concurrencée dès 1840 par la nouvelle route de l'Entlebuch. En 1871, on demanda en vain le prolongement de la voie ferrée Berne-Langnau vers Lucerne par H. et le Bas-Emmental. Le raccordement au réseau national s'en trouva retardé. Des lignes ferroviaires vinrent relier H. à Langenthal (1889), Wolhusen (1895), Ramsei-Sumiswald (1908) et Eriswil (1915; remplacée par un service de bus en 1975). En 1944, les trois premières fusionnèrent au sein de la Compagnie des chemins de fer de H. Celle-ci s'occupa de leur électrification et forma avec l'Emmental-Berthoud-Thoune et le Soleure-Moutier une communauté d'exploitation (siège à Berthoud), puis en 1997 une société unique, sous le nom de Regionalverkehr Mittelland.

Le centre, de plan régulier et de style biedermeier campagnard, a pris son aspect actuel après l'incendie des 8 et 9 juin 1834. La reconstruction suscita de longues discussions entre riches et pauvres, entre libéraux et conservateurs, entre progressistes et traditionalistes. Johann Daniel Osterrieth, architecte de la ville de Berne, conçut un plan prévoyant trois rangées de maisons (à colombages ou en pierre) et une place centrale avec fontaine. L'église fut reconstruite sur ses anciennes fondations, mais dotée d'un clocher plus haut avec toit en oignon; elle offre un contraste avec la trame strictement orthogonale du quartier environnant. A la suite de l'essor économique qu'engendra la construction du chemin de fer en 1889, la ville s'étendit le long de nouvelles rues, tant à l'ouest (en direction de la gare) qu'à l'est (plan d'alignement de 1897, premier règlement d'urbanisme en 1909). On construisit quelques maisons en ordre contigu d'allure urbaine, mais surtout des villas autour de la gare. L'essor économique postérieur à la Deuxième Guerre mondiale entraîna l'apparition de quartiers de villas et de petits immeubles à l'ouest (Fiechtenfeld) et à l'est (Weieracker), ainsi que de la zone industrielle de Rüttistalden. Les catholiques de H., rattachés à la paroisse de Langenthal, disposent de l'église Saint-Nicolas-de-Flue (1939, refaite en 1983). La commune abrite des infrastructures régionales: école secondaire (1873), hôpital de district (1903; reconstruit en 1929, l'ancien servant de home pour personnes âgées). En 2000, le secteur secondaire fournissait un bon tiers des emplois. La commune politique a introduit le suffrage proportionnel en 1919 déjà.


Sources imprimées
SDS BE, II/8, 1991
Bibliographie
– E. Nyffeler, Heimatkunde von Huttwil, 1915
– F. Häusler, Das Emmental in Staate Bern bis 1798, 2 vol. 1958-1968
– K. Flatt, Die Errichtung der bernischen Landeshoheit über den Oberaargau, 1969
– J. Rettenmund, Huttwil 1834, 1984

Auteur(e): Jürg Rettenmund / PL