• <b>Thoune (commune)</b><br>Le plus ancien sceau de la ville de Thoune (1250), tiré de la série <I>Die Staedte- und Landes-Siegel der Schweiz</I>  d'Emil Schulthess   1853–1856 (Zentralbibliothek Zürich).
  • <b>Thoune (commune)</b><br>Vue sur la ville depuis le belvédère de Jakobshübeli, lithographie en couleurs d'  Eugène Cicéri  réalisée d'après une photographie de  Friedrich von Martens  et publiée dans le recueil de vues <I>La Suisse, la Savoie et le Tyrol</I> en 1864 (Bibliothèque nationale suisse). Au premier plan à droite, le quartier touristique de Bellevue est en plein essor avec pensions et hôtels des bains. Au second plan à gauche, l'extension urbaine du Bälliz, planifiée au Moyen Age, est cernée au nord-est par le cours principal de l'Aar, et au sud-ouest par un canal creusé dans les anciens fossés au début du XVIII<SUP>e</SUP> siècle pour modérer les effets dévastateurs des crues saisonnières de la rivière.
  • <b>Thoune (commune)</b><br>Conception et cartographie: Andreas Brodbeck  © 2018 Institut de géographie de l'université de Berne et Dictionnaire historique de la Suisse.

Thoune (commune)

Comm. BE, distr. et arrondissement administratif de T. 1133 Tuno, all. Thun, ancien nom ital. Thuno. La ville s'étend à l'endroit où l'Aar sort du lac de Thoune, au pied du Schlossberg. La commune a incorporé Goldiwil en 1913 et Strättligen en 1920.

Population de Thounea
AnnéeHabitants
Début du XVe s.env. 1 400
17641 414
17981 566
18181 936
18362 646

Année18501870b18881900191019301950197019902000
Habitants6 0197 2908 28610 21312 17316 52424 15736 52338 21140 377
En % de la population cantonale1,5%1,6%1,7%1,9%2,1%2,6%3,3%4,1%4,1%4,2%
Langue          
Allemand  8 1549 95111 80515 97923 10533 56634 94436 551
Français  91180227378697682427399
Italien  13551071142731 663895728
Autres  28273453826121 9452 699
Religion, Confession          
Protestants5 8977 0768 0389 76211 54015 37221 77430 82529 42628 120
Catholiquesc1212362334175379682 1505 3255 3145 852
Autres161534961842333733 4716 405
dont communauté juive  426273534222217
dont communautés islamiques       163071 365
dont sans appartenanced       1781 0932 765
Nationalité          
Suisses5 8667 0348 0079 90411 69316 06023 66733 66234 93235 315
Etrangers1532842793094804644902 8613 2795 062

a Données 1850-2000: selon la configuration territoriale de 2000

b Habitants: population résidante; religion et nationalité: population "présente"

c Y compris catholiques-chrétiens de 1888 à 1930; depuis 1950 catholiques romains

d N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

Sources:Auteur; recensements fédéraux

1 - Préhistoire et Antiquité

La plaine alluviale de la Kander, de l'Aar et de la Zulg a livré un grand nombre de témoignages archéologiques. Dans le périmètre urbain, on a découvert des vestiges d'habitat néolithique et surtout une petite douzaine de sépultures du Bronze ancien (début du IIe millénaire av. J.-C.). La tombe d'un personnage de haut rang découverte en 1829 au Renzenbühl contenait l'un des plus riches mobiliers funéraires du Bronze ancien en Europe, notamment six torques, un poignard et une hache d'armes garnie de clous en or. Les riches pendentifs découverts à Wiler, formés de quelque 1500 coquilles d'escargots de mer, sont probablement arrivés de la Méditerranée par les Alpes valaisannes. En divers endroits sont apparus des objets du Bronze final (IXe s. av. J.-C.) et de l'âge du Fer (IVe s. av. J.-C.). A Allmendingen, sur la route de l'Oberland, à la limite de l'Allmend, se trouvait un sanctuaire romain, constitué de plusieurs petits temples dans un enclos sacré. Outre des dieux romains comme Jupiter, on y vénérait des déesses mères locales (Matres). Preuves en sont des offrandes votives et des statuettes en métal, en céramique ou en marbre, ainsi qu'environ 1700 pièces de monnaie. Une inscription particulièrement intéressante atteste le culte de divinités alpestres féminines (Alpes). On a retrouvé de nombreux fragments de statues grandeur nature en pierre calcaire représentant des déités et des donateurs.

On suppose qu'il existait à l'époque romaine un bourg (vicus Dunum), mais on n'en a encore repéré aucune trace. Seules ont été mises au jour quelques monnaies et tuiles isolées, notamment à la porte de Berne, à Lauenen et au lieudit Hinter der Burg, ainsi qu'un trésor monétaire de 2400 antoniniens au Hortingut.

<b>Thoune (commune)</b><br>Le plus ancien sceau de la ville de Thoune (1250), tiré de la série <I>Die Staedte- und Landes-Siegel der Schweiz</I>  d'Emil Schulthess   1853–1856 (Zentralbibliothek Zürich).<BR/>
Le plus ancien sceau de la ville de Thoune (1250), tiré de la série Die Staedte- und Landes-Siegel der Schweiz d'Emil Schulthess 1853–1856 (Zentralbibliothek Zürich).
(...)

Auteur(e): Felix Müller (Berne) / FP

2 - Moyen Age et époque moderne

2.1 - Fondation et organisation politique de la ville

Au haut Moyen Age, il y avait un habitat sur les deux rives de l'Aar, ainsi qu'un fort et une église sur le Schlossberg. Les éléments les plus anciens des fortifications urbaines datent du XIIe s. Un péage sur le pont est mentionné pour la première fois en 1261. Des barons de T. sont cités comme témoins au XIIe s.; mais ils ne sont sans doute que des vassaux des seigneurs fondateurs. Dans le cadre de leur politique territoriale orientée vers le sud, les ducs de Zähringen agrandirent la ville dans la seconde moitié du XIIe s. et élevèrent l'actuel château vers 1190 (le plafond de la salle des chevaliers remonte à 1199 selon la dendrochronologie). En 1218, les comtes de Kibourg héritèrent des Zähringen la cité et le château. Vers 1250, la ville basse allait de la place de l'Hôtel de ville à la porte de Berne. T. reçut une lettre de privilèges de Hartmann V en 1256 et une charte de franchises de la comtesse Elisabeth en 1264. La ville ayant passé en 1273 aux Kibourg-Berthoud, Eberhard Ier l'affranchit en 1277 de toute redevance, à l'exception de 50 livres annuelles. En 1315, un nouveau quartier sur la rive gauche de l'Aar, appelé le Bälliz, est mentionné comme "ville neuve dans le diocèse de Lausanne". Cette extension fut la dernière avant le XIXe s. Après la guerre de Morgarten, les gens de T. conclurent en 1317 des traités de paix séparés avec les Waldstätten. Eberhard II, qui avait assassiné son frère Hartmann II en 1322 ("fratricide du château de T."), vendit à Berne en 1323 les droits seigneuriaux sur la ville et son bailliage extérieur (Äusseres Amt), afin d'empêcher qu'ils ne tombent aux mains des Habsbourg. Berne les lui remit en fief. En 1363, les Kibourg hypothéquèrent leurs droits à l'Autriche. Berne acheta en 1375 les droits féodaux sur la ville, qui lui furent définitivement acquis après la guerre de Berthoud en 1384.

Le ressort municipal, dit aussi comté, était délimité par les murs d'enceinte et s'étendait à l'ouest jusqu'au cours primitif de la Kander. Dans ce secteur, T. détenait les haute et basse justices, depuis 1358 également la justice criminelle. A partir de 1366, le Burgernziel, zone d'immunité sise en dehors des murs de la ville, fut englobé dans le ressort municipal. Le tribunal siégeait d'abord au Freienhof, plus tard à l'hôtel de ville. Le gibet se trouvait en aval de la ville, entre l'Allmend et l'Aar. Dès 1375, Berne nomma l'avoyer et dès 1384 détint la totalité des droits seigneuriaux, tout en laissant à la ville l'administration locale. La haute justice et la justice criminelle étaient exercées conjointement par la ville et l'avoyer. Dans la charte de 1402, Berne confirma les privilèges de T. Le premier statut date de 1535.

Les autorités municipales étaient composées d'un Petit Conseil de douze membres et d'un Grand Conseil, dit des bourgeois, de soixante membres (quarante à partir de 1764). L'avoyer présidait les deux Conseils ou, en son absence, un des deux bannerets, appelé avant 1437 bourgmestre ou vice-avoyer. Les principaux fonctionnaires municipaux étaient le trésorier, l'administrateur de la maladrerie et celui de l'hôpital. Ce dernier administrait aussi les seigneuries appartenant à l'hôpital (Uetendorf et Uttigen).

En 1376, vingt-trois ressortissants estimés de T. devinrent bourgeois forains de la ville de Berne. La ville de T. admit comme nouveaux bourgeois 330 personnes entre 1576 et 1678, puis, jusqu'en 1813, seulement huit familles (entre 1751 et 1775). Dans l'armée, les gens de Thoune faisaient campagne avec les Bernois, mais sous leur propre bannière.

Auteur(e): Peter Küffer / FP

2.2 - Economie et transports

Jouissant d'une excellente situation au point de vue des transports, sur le lac et sur la grand route reliant Berne à l'Oberland, réaménagée entre 1766 et 1772, T. et son port (relais de flottage, place de transbordement pour la navigation) étaient au centre des échanges avec les alentours et l'Oberland. Il s'y tenait un marché hebdomadaire et trois foires annuelles (de mai, d'automne et de "saison froide"). Les grandes barques (Böcke) s'amarraient à la sortie du lac près de la tuilerie, les petites près du Freienhof qui abritait la souste. Les marchandises destinées à la ville étaient amenées à l'entrepôt municipal (Kaufhaus) pour être dédouanées et pesées, contre redevance, sur la balance publique. Jusqu'en 1757, T. eut ses propres poids et mesures, puis adopta ceux de Berne. L'avoyer de T. exerçait la juridiction sur le lac et sur la navigation lacustre. Les autorités bernoises réglementaient le flottage et la navigation sur le lac et sur l'Aar.

T. n'avait pas de véritables corporations, mais des sociétés qui accueillaient dans leurs salles de réunion les maîtres et les compagnons: sociétés des Gentilshommes (Oberherren), des Forgerons (issue de celle des Niederherren où les forgerons s'étaient fait admettre), des Cordonniers (d'abord du Bälliz), des Bouchers et des Boulangers. Les sociétés assuraient des services municipaux comme la lutte contre l'incendie, la surveillance des marchés, l'administration du mercenariat et le contrôle des équipements militaires. Des règlements uniformes furent édictés par la ville pour tous les métiers.

Les artisans n'exportaient guère; ils satisfaisaient surtout les besoins quotidiens de la ville, de la région et des gens en transit; ils s'occupaient parallèlement d'agriculture et de viticulture. Outre l'Allmend, la ville possédait de vastes alpages et forêts, notamment à Goldiwil, Heiligenschwendi, Heimberg, Uetendorf, Längenbühl et dans le Diemtigtal. Les principaux vignobles étaient à Lauenen et à Ried (ancienne comm. de Goldiwil). Parmi les grands établissements, on comptait des tuileries et des moulins. A Hofstetten, Berne ouvrit en 1642 et en 1760 deux tuileries, à côté de celle mentionnée pour la première fois en 1437, qui était un fief municipal. Hofstetten eut aussi une verrerie pendant un certain temps. Les moulins, tous fiefs masculins, étaient situés au milieu de la ville, sur l'Aar. Ils devinrent cependant inutilisables, comme les autres établissements utilisant la force hydraulique (scierie, rémoulage, blanchisserie, foulon, broyeuse, pilon, huilerie), à la suite de la dérivation de la Kander dans le lac de T. en 1714: le lit de l'Aar s'avéra insuffisant pour évacuer un débit accru. Berne dut alors améliorer l'écoulement du lac en transformant les fossés de la ville en un deuxième bras de l'Aar et en construisant des écluses. Elle dut aussi racheter les établissements hydrauliques et les assainir; ils furent ensuite affermés, puis vendus.

Le Conseil du commerce de Berne fit face à la crise de l'artisanat de la fin du XVIIe s. en introduisant l'élevage du ver à soie en 1692 et en favorisant l'implantation d'entreprises textiles. De 1694 à la fin du XVIIIe s., diverses manufactures furent en activité.

Auteur(e): Peter Küffer / FP

2.3 - Eglises et écoles

L'église de la ville (Saint-Maurice) remonte au Xe/XIe s. La nef actuelle fut construite en 1738, le clocher date de 1320-1330 environ. Les Kibourg sont les premiers détenteurs connus du patronage. Ils le cédèrent en 1265-1271 au couvent d'Interlaken, qui dirigea la vie spirituelle de la ville jusqu'à la Réforme. Cela sans doute explique pourquoi T. n'a pas de couvent. L'Aar formant la frontière des diocèses, l'église et les quartiers de la rive droite dépendaient de Constance, ceux sur la rive gauche de Lausanne (paroisse de Scherzligen). A la Réforme (1528), le patronage passa à Berne.

L'ancienne chapelle de l'ossuaire, près de l'église de la ville, est la seule conservée. Transformée après la Réforme, elle devint en 1822 le logis du sacristain. Grâce à des donations de 1348-1350, la ville aménagea un hôpital sur la place de l'Hôtel de ville. Une chapelle y est mentionnée en 1352. Imer von Zeiningen créa en 1431 l'hôpital du haut dans sa maison an der Sinne. Vers 1490, les deux établissements furent réunis dans la bâtisse de la place de l'Hôtel de ville (un nouveau bâtiment, de 1793-1797, ne fut pas utilisé comme hôpital). Une maladrerie, sise à l'extérieur de la ville sur la route de Berne (XIIIe s., nouveau bâtiment en 1518; chapelle Saint-Jacques de 1444) est attestée pour la première fois en 1335/1340. Sur son emplacement fut construit en 1770 un orphelinat, utilisé comme hôpital des bourgeois entre 1806 et 1930 et depuis 1931 comme maison de retraite de la bourgeoisie.

Un maître de l'école latine est cité en 1226. L'école allemande comportait deux sections (garçons et filles) dès 1629. Les enfants des habitants (non bourgeois) fréquentaient l'école de Hofstetten avant que l'on aménage pour eux une école communale au Bälliz en 1809.

Auteur(e): Peter Küffer / FP

3 - Thoune aux XIXe et XXe siècles

3.1 - Histoire politique

Sous la République helvétique (1798), les compétences des anciennes autorités urbaines passèrent à la municipalité de T. et à la Chambre administrative du canton de l'Oberland. T. devint le chef-lieu de ce dernier, qui fut toutefois réuni à Berne en 1802. Un Petit Conseil de ville de treize membres issus des cinq sociétés fut alors institué, ainsi qu'un Grand Conseil de ville de quarante membres, tous deux présidés par le banneret. La commune d'habitants fut créée en 1831. En 1919, l'Assemblée communale céda la place à un Conseil de ville (législatif) de trente membres (quarante dès 1920); l'exécutif fut confié à un Conseil communal de sept membres (cinq depuis 2001). Le partage des biens communaux entre la commune bourgeoise et la commune d'habitants eut lieu en 1862.

En 1913, Goldiwil fut rattaché à T., à la demande des habitants de Nid dem Wald (Lauenen, Hofstetten, Ried); l'autre partie de Goldiwil, Ob dem Wald, forma sur ces entrefaites une commune scolaire qui subsistait encore au début du XXIe s. Pour des motifs économiques, Strättligen rejoignit la ville en 1920. Néanmoins, les communes bourgeoises de T. et Strättligen ne fusionnèrent pas. Les quatre paroisses protestantes de T.-ville, Strättligen, Goldiwil-Schwendibach et Lerchenfeld ainsi que la paroisse française de T. formèrent une paroisse générale, comprenant, outre l'église de la ville, celles d'Allmendingen (1995), Gwatt (1956), Goldiwil (1950), Lerchenfeld (1951), Saint-Jean (1967), Saint-Marc (1922 et 1967), Scherzligen (mentionnée en 762, éléments remontant aux Xe et XIIe s.) et Schönau (1958), ainsi que la chapelle romande (1951). La paroisse catholique (fondée en 1917) fut dédoublée en 1940, entre Notre-Dame (église de 1892, reconstruite en 1951-1953) et Saint-Martin (église de 1969-1971). La paroisse catholique-chrétienne (dont le lieu de culte est depuis 1946 l'ancienne église anglaise construite en 1840) comprend les arrondissements administratifs de l'Oberland et de T. ainsi que onze communes de l'arrondissement administratif de Berne-Mittelland.

Auteur(e): Peter Küffer / FP

3.2 - Tourisme

Pour un touriste désirant se rendre dans l'Oberland bernois au début du XIXe s., le voyage commençait généralement à T., où les premiers aménagements étaient apparus avec les bains de Göttibach (1805), l'allée de Schwäbis (1813-1828), le centre de cure de petit-lait de chèvre (1818), le kiosque de Jakobshübeli (1819) et le panorama du Rigi (1825). Exposé à Bâle dès 1814, le panorama de Marquard Wocher fit de la réclame pour T. Parmi les premiers établissements hôteliers, on trouve la pension Baumgarten (1825; hôtel Baumgarten-Viktoria en 1899), le Falken (1830), le Bellevue avec le Ländtehaus et le Du Parc (1831-1840), la pension Bellerive (1839) et la pension Itten (1858). Une deuxième vague de constructions tourna court en raison de la crise économique des années 1870: le Seefeld (sur la rive gauche de l'Aar) fut viabilisé en 1870, mais le quartier touristique projeté en 1862 ne vit jamais le jour. A sa place, on construisit des villas, et l'hôtel de luxe prévu, le Thunerhof, fut bâti sur la rive droite (1875). L'essor économique qui reprit dans les années 1890 entraîna la création d'un bureau (1892, place de l'Hôtel de ville) puis d'un office du tourisme (1894), la construction d'une salle des fêtes (Kursaal, 1896) et des hôtels Beau-Rivage (1905) et National (1910). La défection des touristes au début de la Première Guerre mondiale éprouva durement l'hôtellerie traditionnelle qui, à partir des années 1920, misa surtout sur le tourisme de passage. Cette situation contraignit la ville à racheter les hôtels Thunerhof, Bellevue et Du Parc en 1942. Le deuxième continua à être exploité comme hôtel, le premier accueillit l'administration municipale et le troisième fut transformé en caserne de gardes-fortifications. Dans la seconde moitié du XXe s., l'hôtellerie reprit le dessus et on construisit les Freienhof (1958), Elite (1963), Krone (1972), Holiday (1972), Alpha Sommerheim (1987) et Seepark (1989).

<b>Thoune (commune)</b><br>Vue sur la ville depuis le belvédère de Jakobshübeli, lithographie en couleurs d'  Eugène Cicéri  réalisée d'après une photographie de  Friedrich von Martens  et publiée dans le recueil de vues <I>La Suisse, la Savoie et le Tyrol</I> en 1864 (Bibliothèque nationale suisse).<BR/>Au premier plan à droite, le quartier touristique de Bellevue est en plein essor avec pensions et hôtels des bains. Au second plan à gauche, l'extension urbaine du Bälliz, planifiée au Moyen Age, est cernée au nord-est par le cours principal de l'Aar, et au sud-ouest par un canal creusé dans les anciens fossés au début du XVIII<SUP>e</SUP> siècle pour modérer les effets dévastateurs des crues saisonnières de la rivière.<BR/>
Vue sur la ville depuis le belvédère de Jakobshübeli, lithographie en couleurs d' Eugène Cicéri réalisée d'après une photographie de Friedrich von Martens et publiée dans le recueil de vues La Suisse, la Savoie et le Tyrol en 1864 (Bibliothèque nationale suisse).
(...)

La croissance du tourisme s'accompagna d'un développement des voies de communication et des moyens de transport, à commencer par les routes cantonales et les services de diligences vers Berne (1766-1772), les villages à l'ouest de T. (1810), le Simmental (1822) et Steffisburg (1853-1855). Malgré l'opposition de la batellerie traditionnelle, les frères Knechtenhofer introduisirent en 1835 la navigation à vapeur. La construction de la ligne de chemin de fer Berne-T. (1859; gare près du pont de l'Allmend) eut des répercussions importantes; le tracé fut prolongé en 1861 jusqu'à Scherzligen et au port. Puis l'on ouvrit les lignes du lac de T. (1893), de Berthoud-T. (1899) et du Gürbetal (1902), le tramway Steffisburg-T.-Interlaken (1913) et le tunnel du Lötschberg (1913). Ces extensions exigèrent le réaménagement de la gare de T., qu'il fut convenu en 1923, après de longues discussions, de transférer sur son emplacement actuel, au voisinage du futur port sur le canal navigable (1926). L'augmentation du trafic motorisé à partir de 1960 et le raccordement à l'autoroute A6 en 1971 furent suivis de la construction de routes, de voies de contournement et de parkings à étages au centre de la ville. L'aérodrome militaire aménagé en 1915 est exploité depuis 1956 pour l'aviation civile.

Auteur(e): Peter Küffer / FP

3.3 - Place d'armes et entreprises de la Confédération

En 1819, l'école militaire fédérale de T. donna ses premiers cours aux cadres de l'artillerie et du génie, dès 1828 à ceux de l'infanterie, de la cavalerie et des carabiniers ainsi qu'aux officiers d'état-major général. L'ancien grenier à blé du Bälliz fut transformé en caserne, le magasin des sels du Freienhof en salle de théorie. De 1826 à 1852, six camps d'entraînement fédéraux furent organisés à T. En 1841, la Confédération acheta une grande partie de l'Allmend pour en faire un terrain de manœuvres. La régie fédérale des chevaux fut logée en 1850 dans l'école d'équitation ouverte pour l'armée en 1841 et 1846 par la commune bourgeoise, avant d'être déplacée au Schwäbis en 1891. En 1863-1864, la Confédération construisit une nouvelle caserne en bordure de l'Allmend. En 1921, le parc de véhicules à moteur de l'armée entra en service. La ville construisit la caserne Dufour en 1938, tandis que les importantes installations de formation pour les troupes mécanisées et légères étaient créées entre 1974 et 1989. La place d'armes, auparavant principal centre de formation de l'artillerie, hébergeait au début du XXIe s. le plus grand centre de logistique de l'armée suisse, le commandement de la formation d'application de la logistique (formation des artisans, cuisiniers et chefs de cuisine de troupe, centre de compétence de la formation des chauffeurs de l'armée), le centre de compétence C4ISTAR (qui s'occupe notamment du système d'information et de conduite de l'armée), le centre de compétence pour l'élimination des armes de combat et le déminage humanitaire, ainsi qu'une partie de la formation technique des troupes ABC. La place d'armes de T. est la plus ancienne et la plus importante de Suisse.

La construction de la caserne, d'un arsenal fédéral, d'un laboratoire de pyrotechnie et d'un atelier de réparations mécaniques stimula l'économie. Les établissements rebaptisés en 1872 Fabrique fédérale de munitions et Ateliers fédéraux de construction (Ruag en 1999) devinrent les principaux employeurs de la région (Fabriques fédérales d'armement). Ils produisaient surtout des pièces d'artillerie et des chars d'assaut, entre 1915 et 1943 également des avions. En 2011, les centres de commandement militaire et le centre logistique de l'armée employaient 1050 personnes, Armasuisse et Ruag ensemble 1020 et les entreprises privées installées sur la place d'armes environ 1100.

La petite entreprise marqua l'économie urbaine jusqu'aux années 1880. La Caisse d'épargne du district (Amtsersparniskasse, auj. AEK Bank 1826) fut créée en 1826, la Société du commerce et de l'industrie en 1861, celle des artisans et celle des employés de commerce en 1878. T. fut le siège de la station fédérale de recherches laitières de 1872 à 1875. La fabrique de cartonnages fondée en 1890 par Eduard Johann Hoffmann (auj. Hoffmann Neopac) et les usines métallurgiques créées en 1895 par Gustav Selve (Selve) furent d'abord des fournisseurs des entreprises de l'armée; ensuite la première se spécialisa dans les emballages, la seconde (fermée en 1993) dans les demi-produits en métaux non ferreux. De 1911 à 2010, l'usine de Walter Gerber produisit du fromage fondu selon un procédé original. Après la Première Guerre mondiale, T. vit s'installer notamment des fabriques de machines (1919 et 1943), d'horloges (1924) et de pierres fines (1925). Cependant, en 2005, le secteur tertiaire offrait davantage d'emplois que le secondaire.

Auteur(e): Peter Küffer / FP

3.4 - Développement urbain

La modernisation de la ville médiévale commença par la démolition des portes en 1807, ouverture complétée dès 1843 par la rénovation des ponts. L'ancien quartier artisanal et portuaire de Hofstetten se tourna vers le tourisme dès 1834. Les premiers quartiers extérieurs apparurent près de la caserne et le long des voies d'accès (Mittlere Strasse, Länggasse). La construction de logements se concentra dans le quartier ouest durant les années 1950 et à Strättligen après 1960 (Dürrenast, Neufeld). A partir des années 1970 s'élevèrent à proximité immédiate de la ville les grands immeubles du Burgzentrum et de l'Aarezentrum; ceux de l'Aarefeld/Manorplatz et l'aménagement du site de l'usine à gaz et des usines Selve sont postérieurs à 2000. L'industrie s'implanta d'abord près de la place d'armes et de l'ancienne gare (Allmendstrasse, Scheibenstrasse), puis dans le quartier ouest, plus tard dans les secteurs de Gwatt, Schoren et Allmendingen. Les écoles, les églises et les centres commerciaux contribuèrent à structurer l'espace urbain. L'infrastructure se développa surtout après 1850: hôtel des postes au Bälliz (1891-1892), nouveaux bâtiments de l'office central du téléphone et du centre d'exploitation postal (1981-1982), usine à gaz (1862; passage au gaz naturel en 1981), approvisionnement en eau (1870), centrale électrique sur l'Aar (1896, agrandie en 1962).

<b>Thoune (commune)</b><br>Conception et cartographie: Andreas Brodbeck  © 2018 Institut de géographie de l'université de Berne et Dictionnaire historique de la Suisse.<BR/><BR/>

Auteur(e): Peter Küffer / FP

3.5 - Activités sociales et culturelles

La croissance valut à la ville un grand nombre de responsabilités sociales et culturelles. Certaines institutions importantes ont une portée régionale, par exemple l'hôpital régional (fondé en 1855 comme dispensaire d'urgence, devenu hôpital de district en 1873, reconstruit et agrandi en 1960-1965 et 1983-1987, rattaché au réseau Hôpital STS SA depuis 2002), les maisons de retraite privées ou municipales Sonnmatt (1970-1975), Falken (1975), Martinzentrum (1984) et Hohmadpark (2008), ainsi que le Centre suisse pour handicapés physiques de Gwatt (foyer et atelier protégé fondé en 1959). Sur le plan de la formation aussi, T. assuma un rôle de centre, avec un collège (1838) et un gymnase (1953), une école des métiers (1859, auj. école professionnelle pour l'artisanat et l'industrie), une école secondaire de jeunes filles (1869-1880), une école de commerce (1895), une école normale publique (1918-2000), une école de musique (1973) et une école de maturité commerciale (1980). En 2011, T. comptait treize écoles primaires et quatre établissements secondaires. Le chœur d'hommes (1829), le Collegium musicum (1668-1863), la Société d'orchestre (1942) et les Concerts du château (1968) sont des associations culturelles privées. La Société des beaux-arts (1922) et des groupes de théâtre locaux organisent des représentations et des troupes invitées jouent à la salle de Schadau (auj. KKThun) et au petit théâtre Alte Öle. Outre la bibliothèque municipale (1785), les archives de la bourgeoisie (à l'hôtel de ville) et celles de la ville (au Thunerhof), T. abrite plusieurs musées, dont le Musée d'histoire dans le château (1888), le Musée municipal des beaux-arts au Thunerhof (1948), le Musée de la gastronomie au château de Schadau (1988). Le panorama de T. dû à Marquard Wocher est exposé depuis 1961 dans un pavillon du parc de Schadau. Parmi les associations les plus anciennes, on compte la Société municipale de tir (mentionnée en 1535), la Société de gymnastique (1839), la section Blümlisalp du Club alpin suisse (1874) et le club de football (1898). La plage de Lachen date de 1923, le stade de football de Lachen de 1951 et celui de l'Arena, près de la sortie d'autoroute T.-Sud, de 2011; en outre, une patinoire artificielle existe depuis 1959 et le stand de tir de Guntelsey depuis 1969. En automne a lieu l'Ausschiesset, fête traditionnelle du corps des cadets et des sociétés de tir, au cours de laquelle s'exhibe le personnage nommé Fulehung (un fou portant un masque de diable). L'un des grands moments en est le "tir de Gessler", concours des garçons arbalétriers (déjà mentionnés au XVIe s.), auquel sont aussi admises aujourd'hui les jeunes filles.

Références bibliographiques

Bibliographie
– H. Haas, Die Entwicklung der Stadt Thun, 1926
Das Amt Thun, 1943
– H. Schwab et al., Ur- und Frühgeschichte der Gemeinde Thun, 1964
– M. Krebser, Mein liebes Thun, 1980 (41999)
– P. Küffer, Thun, 1981
SPM, 3
– A.-M. Dubler, «Die Region Thun-Oberhofen auf ihrem Weg in den bernischen Staat (1384-1803)», in BZGH, 66, 2004, 61-117
– S. Martin-Kilcher, R. Schatzmann, éd., Das römische Heiligtum von Thun-Allmendingen, die Regio Lindensis und die Alpen, 2009
Thun - die Stadt: Ausgabe 2011-2015, 2011

Auteur(e): Peter Küffer / FP