10/04/2006 | communication | PDF | imprimer

Féodalisme

Le féodalisme (le terme apparaît en 1823 dans le Dictionnaire universel de Pierre-Claude-Victoire Boiste), du latin médiéval feudum (Fief), définit un système économique et social du Moyen Age fondé sur la féodalité et la seigneurie foncière, où une aristocratie foncière exerce un pouvoir politique, judiciaire et militaire (Société féodale). Il est lié à des sociétés agraires, hiérarchisées et peu monétarisées. La signification du terme s'est modifiée, dépassant la féodalité (les deux mots sont souvent confondus) pour devenir une catégorie historique universelle.

C'est au XVIIe s. et en France que les termes de féodal (lat. 930, franç. 1328) et féodalité (lat. vers 1280, franç. 1515) commencèrent à être largement utilisés à côté de vassal (1080) et vassalité, plus courants. A la fin du XVIIIe s., le terme se chargea de contenus politiques et philosophiques. La Révolution française qualifia de féodale toute forme de seigneurie. A sa suite, la République helvétique prévit en 1798 le rachat des redevances féodales, soit de la majorité des droits et taxes seigneuriaux applicables jusque-là. En Suisse, comme dans le reste de l'Europe, la féodalité désigna à partir de 1800 un ordre social désuet.

Au XIXe s., la recherche historique s'intéressa à l'économie et à la société médiévales, féodalité comprise; à la suite de ces travaux, le concept de féodalisme fut discuté au XXe s. Les historiens du droit furent les premiers, au moment où apparaissaient les Etats nationaux, à présenter la féodalité comme une institution complexe de l'Etat médiéval. L'histoire économique mit en lumière la contradiction entre la seigneurie foncière (noblesse agraire dominant une paysannerie non libre) et la ville (économie monétaire de bourgeois libres). A la fin du XIXe et au XXe s., la sociologie étendit le féodalisme au monde extraeuropéen: le colonialisme européen, par exemple, fut compris comme la tyrannie de conquérants sur des paysans exploités. Quant aux historiens des civilisations, ils voyaient dans le féodalisme une étape du développement de l'humanité. Dans son acception courante au début du XXe s., le féodalisme était considéré comme "l'opposé direct à la théorie de la souveraineté populaire", selon une définition de l'encyclopédie allemande Brockhaus (édition de 1908).

La définition du féodalisme qui eut le plus grand retentissement historique est celle du marxisme: la société féodale y est considérée comme une étape de développement entre l'esclavage antique et le capitalisme moderne. Le féodalisme devient pour les marxistes-léninistes synonyme d'exploitation par une classe de seigneurs et, plus généralement, par l'Etat et l'Eglise. Tant qu'il fut utilisé dans ce sens par les marxistes pour leur réécriture de l'histoire mondiale, son rôle dans l'historiographie resta limité, de nombreux historiens le trouvant trop connoté.

Le mouvement de mai 68 s'empara du mot et l'appliqua à diverses formes d'exploitation passées et présentes, même - ce qui fut contesté - à des sociétés extraeuropéennes, notamment du Tiers-Monde. Par le canal des universités, féodalisme et d'autres mots apparentés (féodal, féodalité, féodalisation, société féodale) sont largement entrés dans l'historiographie, tout d'abord dans la perspective de la lutte des classes et de l'exploitation puis, indépendamment de l'interprétation marxiste-léniniste, ils ont désigné, sans jugement de valeur, le système socio-économique du Moyen Age et des Temps modernes. Lorsque les marxistes abandonnèrent leur définition dogmatique du féodalisme, une discussion internationale s'amorça dans les années 1980: le féodalisme est maintenant clairement délimité et utilisé comme catégorie d'histoire universelle et la comparaison interculturelle a aidé à mieux discerner les caractéristiques de l'histoire sociale européenne.


Bibliographie
– P. Liver, Vom Feudalismus zur Demokratie in den graubündnerischen Hinterrheintälern, 1929
– H. Rennefahrt, Grundzüge der bernischen Rechtsgeschichte, 4, 1936, 144-172
– G. Bois, Crise du féodalisme, 1976
HbSG, 1, 461-466; 2, 817-820
LexMA, 4, 411-421
– S. Reynolds, Fiefs and Vassals, 1994
– E. Bayer, éd., Wörterbuch zur Geschichte, 51995
Dict. encycl. du Moyen Age, 1, 1997, 586-588

Auteur(e): Anne-Marie Dubler / ME