03/10/2016 | communication | PDF | imprimer | 

Nidau (commune)

L'édition imprimée de cet article comporte des images. Commandez le DHS chez notre éditeur.

Comm. BE, distr. de N. Petite ville située à l'extrémité orientale du lac de Bienne, sur la Thielle et le canal la reliant à Büren. N. fut le centre de la seigneurie, puis du bailliage du même nom et chef-lieu de district depuis 1803. La commune comprend la vieille ville, le château et des quartiers construits au XXe s. 1196 Nidowe. 350 hab. en 1764, 614 en 1850, 1578 en 1900, 2800 en 1950, 7964 en 1970, 6798 en 2000. On a retrouvé des vestiges de stations littorales (du Néolithique au Bronze final à Steinberg, Thielle, Schlossmatte, Mühleruns), une trouvaille isolée de La Tène dans le canal de la Thielle ainsi que des barres de fer, probablement romaines, dans l'ancien cours de la rivière.

Le premier château de bois fut construit vers 1140 entre les deux bras de la Thielle, le second vers 1180, remplacé au XIIIe s. par une construction massive de pierre (constituant aujourd'hui la partie inférieure de la tour du château). Autour se développa une avant-cour ou peut-être une petite ville (partie septentrionale de la ville) agrandie et fortifiée avant la guerre de Laupen en 1338. Le bourg, en forme de triangle inégal, dont le château au nord constitue l'un des sommets, se composait d'une rue principale orientée sur un axe nord-sud, parallèle à la Thielle, et de trois rues secondaires perpendiculaires menant à l'ouest, la plus méridionale étant la Schulgasse. La ville et le château étaient entourés par le cours principal de la Thielle et par ses bras naturels ou artificiels. Les deux tours de la porte d'entrée furent démolies en 1829 et 1866. Parmi les infrastructures urbaines figuraient l'hôtel de ville (bâtiment actuel de 1759), le marché, les halles et le grenier (édifice mentionné dès 1411, reconstruit en 1507 et vers 1640, utilisé comme école de 1834 env. à 1863), l'hôpital (cité en 1430, fermé en 1840) et la maladrerie (mentionnée dès 1474, située sur le territoire de Port, en service jusqu'en 1773). Longtemps, le bourg à l'intérieur des murailles se limita à une rangée de maisons de part et d'autre de la rue principale et de la Schulgasse. Ce n'est qu'à la fin du XIXe s. qu'il s'étendit à l'ouest, même si les deux rues transversales septentrionales existaient partiellement au Moyen Age.

Aucune franchise datant de l'époque comtale n'a été conservée; en outre celle que Berne octroya en 1425 ne nous est parvenue que dans une version de 1548. Le plus vieux sceau de la ville date de 1363. Le Conseil était présidé par un représentant du comte (mentionné comme avoyer en 1363). A l'époque bernoise, le bailli présidait le tribunal municipal, le Petit Conseil (douze membres), ainsi que le Grand Conseil composé, sous l'Ancien Régime, des membres du Petit Conseil et de dix bourgeois. Les principaux magistrats étaient le banneret, le lieutenant baillival et le bourgmestre qui remplissait aussi la charge de trésorier. Le secrétaire de la ville occupait la plupart du temps cette même fonction dans le bailliage. La politique comtale valut à N. d'être envahie par les Gugler (1375 et 1388) sous la conduite d'Enguerrand de Coucy et par les troupes de l'évêque de Bâle (1387), puis d'être assiégée par Berne et Soleure (1388). Les incendies de 1388, 1413, 1513 et 1743 provoquèrent en outre d'importants dégâts.

La situation stratégique de N. sur les voies de communication reliant Berne au Jura et à Bâle, et Genève au lac de Constance, de même que sa vocation de place de transbordement entre le trafic lacustre et fluvial, conféraient à N. une importance primordiale au sein de l'Etat de Berne; celui-ci se servit longtemps de la petite ville comme bastion contre les incursions des princes-évêques de Bâle dans le Seeland. Les projets d'agrandissement et de fortification du château et du bourg aux XVIIe et XVIIIe s. ne virent cependant pas le jour.

A N. se tenaient un marché hebdomadaire, deux à trois foires annuelles et un marché aux grains. La ville possédait un péage municipal et s'adonnait au roulage, à la batellerie et à l'hôtellerie. L'artisanat demeura purement local, à l'exception de la tannerie. Les artisans étaient regroupés dans une seule corporation, fondée peu avant 1485, qui disposa d'une maison dès 1500 environ. La population vivait de la pêche, de la viticulture (sur les terres de Daucher-Alfermée) ainsi que de l'agriculture et de l'horticulture (jardins des bourgeois appelés Burgerbeunden). En 1436, N. acquit l'alpage de Landerswilberg (commune de Péry-La Heutte) pour l'estivage.

Au spirituel, la ville fit d'abord partie de la paroisse de Bürglen (comm. Aegerten); l'église Saint-Erhard, citée en 1368 et transformée en église à nef unique en 1678, avec la chapelle Saint-Nicolas, ne devint paroissiale qu'en 1482. Les droits de patronage appartinrent à l'abbaye de Gottstatt, puis passèrent à la ville de Berne à la Réforme en 1528 (avec l'installation d'un diaconat), avant de revenir à N. en 1706. Bellmund et Port depuis la Réforme, comme Ipsach dès la fin du XVIIe s. relevèrent de la paroisse de N. qui comprit aussi Sutz-Lattrigen de 1879 à 1989; au début du XXIe s., les communes de Bellmund, Port et Ipsach constituent des cercles au sein de cette dernière.

Aux XVIIIe et XIXe s., N. fut inondé à plusieurs reprises. La première correction des eaux du Jura (1868-1891) permit d'assécher les environs de la ville et d'étendre les rives du lac. On combla les bras secondaires de la Thielle; le canal N.-Büren, creusé en 1868-1875 sur des communaux, remplaça la rivière pour la navigation. A la suite du raccordement au réseau ferroviaire (1857) et de l'aménagement du nouveau port de Bienne, N. perdit son rôle de place de transbordement; les habitants se tournèrent alors vers leur voisine industrielle qui offrait des emplois. Le tramway hippomobile N.-Bienne-Boujean, mis en service en 1877, fut remplacé en 1940 par un trolleybus. Le prix du terrain, plus avantageux à N., suscita une intense activité immobilière dans les nouveaux quartiers de Weyermatten (1895-1907) et Hofmatten (coopérative des cheminots entre 1911 et 1929). N. fut raccordé au réseau ferroviaire en 1916 avec l'ouverture de la ligne N.-Täuffelen-Anet, prolongée jusqu'à Bienne en 1926. L'arrivée massive de nouveaux habitants après 1945 favorisa la construction de logements et donna naissance aux nouveaux quartiers d'Aalmatten (dès 1950), de Weidteile et de Burgerbeunden (1960 env. à 1990). Au début du XXIe s., les quartiers extérieurs de N. jouxtent ceux de Bienne.

La petite ville campagnarde de N. ne resta pas insensible aux idées nouvelles, ce qui se traduisit notamment par la fondation de la Société économique en 1762 et celle de la Caisse d'épargne en 1824. L'école latine fit place à l'école secondaire en 1832. Plusieurs figures importantes du radicalisme bernois sont nées à N. Dès le XIXe s., l'exécutif compta sept conseillers; en 1922, l'assemblée communale fut remplacée par un Conseil général (Grosser Gemeinderat 30 membres, auj. Stadtrat). En 1920, Bienne et N. approuvèrent une fusion, mais le Grand Conseil bernois ne la ratifia pas.

Le développement industriel de N. débuta avant 1900 (ancienne fabrique de carbure, ateliers de construction de ponts, fabriques d'articles en métal, de meubles, de pianos, de baignoires, de produits chimiques et de cartonnage). Au début du XXIe s., les entreprises du secteur tertiaire occupent une place prépondérante, à côté de quelques firmes industrielles (fabrique de machines, Forces motrices bernoises, entreprises électrotechniques, de traitement de surfaces et de technique environnementale) et de petites et moyennes entreprises.

Sur le plan économique et culturel, N. demeura fortement centrée sur Bienne. L'augmentation de la population nécessita la construction de nouveaux bâtiments scolaires (1919, 1968, 1975). Connue loin à la ronde pour son architecture de style Neues Bauen, la plage de Bienne, aménagée entre 1928 et 1932 en même temps que le débarcadère pour les bateaux de ligne et le port de plaisance, se trouve sur le territoire de N. Le foyer Ruferheim pour personnes âgées, aménagé en 1988, est géré par une association intercommunale. La petite ville autrefois germanophone est au début du XXIe s. bilingue (74% de germanophones et 16% de francophones en 2000); les écoliers francophones se rendent à l'école française de Bienne et leurs frais de scolarité sont payés par la commune de N.


Bibliographie
– P. Aeschbacher, Stadt und Landvogtei Nidau von den Anfängen bis ins 16. Jahrhundert, 1929
– G. Neuhaus, Nidau, 1988
MAH BE Land, 3, 2005

Auteur(e): Anne-Marie Dubler / UG