• <b>Mouvements sociaux</b><br>Grande marche de Pentecôte (1978) pour protester contre l'entreposage de déchets radioactifs à Lucens (Musée national suisse, Actualités suisses Lausanne). La Société coopérative nationale pour l'entreposage des déchets radioactifs (Cedra) recherchait depuis 1972 des sites pour enfouir les résidus des centrales nucléaires. Le projet d'utiliser l'ancien réacteur de Lucens, détruit le 21 janvier 1969, motiva le rassemblement de milliers de personnes lors de cette marche de protestation en mai 1978. Chaque tentative de forage pour trouver un site suscita une levée de boucliers de la population concernée (à Bex, Ollon ou Wellenberg), appuyée par des militants de mouvements antinucléaires provenant de toutes les parties de la Suisse.

Mouvements sociaux

Par mouvement social, on entend un ensemble d'actions collectives visant à contester une situation imposée par les classes dominantes, en vue d'amener une mutation sociale. Les mouvements sociaux ont des acteurs, et non des membres au sens formel, qu'il s'agisse d'individus ou de groupes. En raison de leur faible degré d'organisation, ils peinent à exercer un contrôle sur eux-mêmes ou à agir selon un plan stratégique. C'est pourquoi ils s'attachent surtout à lancer, ou à empêcher, certains développements plutôt qu'à mettre en œuvre des solutions nouvelles. Leur évolution passe, schématiquement, par les phases suivantes: mise en avant d'un nouveau conflit et de leaders charismatiques, thématisation de ce conflit dans l'opinion publique, élaboration d'alternatives et de revendications, enfin transmission de la problématique à des organisations plus solides ou dissolution du mouvement, selon l'ampleur du succès obtenu. La haute motivation des participants est essentielle.

Après la fondation de l'Etat fédéral en 1848 et la percée de la société bourgeoise, on vit se développer des mouvements suscités par les conflits sociaux entre groupes majeurs. Le mouvement démocratique des années 1860, soutenu par la bourgeoisie des campagnes et des petites villes, tout comme le mouvement ouvrier, lutta contre les intérêts de la grande bourgeoisie, pour une plus grande influence politique et pour une amélioration des conditions de vie. Le mouvement des Jeunes Paysans, actif à partir des années 1920, participe du même esprit. Dans les dernières décennies du XIXe s., le mouvement des femmes s'engagea de plus en plus vigoureusement pour une amélioration du statut social, politique et juridique des femmes.

L'essor économique et la stabilité politique des années 1950 et 1960 (époque de la guerre froide) offrirent un cadre propice à l'émergence de ce que l'on a appelé les nouveaux mouvements sociaux, comme le mouvement antinucléaire, opposé à ce que de l'armée suisse se dote de la bombe atomique, le mouvement pacifiste (Pacifisme) et le mouvement pour la protection de l'environnement, qui se constitua avant tout dans son opposition aux centrales hydroélectriques (Mouvement écologique). Le mouvement contre la surpopulation étrangère (Xénophobie) dut son succès au malaise né d'une modernisation en phase d'accélération. Dans la question jurassienne, l'opposition au canton de Berne prit la forme d'un mouvement social. Dans le sillage des événements de 1968 (Révoltes des jeunes), une série de mouvements sociaux très diversifiés amenèrent de nouveaux sujets dans le débat politique. Le nouveau mouvement féministe, surtout le mouvement de libération des femmes (MLF), s'engagea contre les discriminations et pour le droit des femmes à disposer de leur corps; le mouvement tiers-mondiste (Tiers-Monde) attira l'attention sur les disparités entre le Nord et le Sud; le mouvement opposé aux centrales nucléaires se battit contre leur construction.

<b>Mouvements sociaux</b><br>Grande marche de Pentecôte (1978) pour protester contre l'entreposage de déchets radioactifs à Lucens (Musée national suisse, Actualités suisses Lausanne).<BR/>La Société coopérative nationale pour l'entreposage des déchets radioactifs (Cedra) recherchait depuis 1972 des sites pour enfouir les résidus des centrales nucléaires. Le projet d'utiliser l'ancien réacteur de Lucens, détruit le 21 janvier 1969, motiva le rassemblement de milliers de personnes lors de cette marche de protestation en mai 1978. Chaque tentative de forage pour trouver un site suscita une levée de boucliers de la population concernée (à Bex, Ollon ou Wellenberg), appuyée par des militants de mouvements antinucléaires provenant de toutes les parties de la Suisse.<BR/>
Grande marche de Pentecôte (1978) pour protester contre l'entreposage de déchets radioactifs à Lucens (Musée national suisse, Actualités suisses Lausanne).
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Tous ces nouveaux mouvements sociaux se caractérisaient par le désir d'une plus grande participation et le recours à de nouvelles formes de protestation, allant des mises en scènes ludiques aux actes de violence calculés, en passant par de spectaculaires manifestations. Les médias de masse, surtout la télévision, jouèrent un rôle important dans le succès de ces mouvements, en faisant prendre conscience des nouvelles thématiques à de larges couches de la population. Mais la récession des années 1970 brisa subitement l'élan de nombreux mouvements sociaux. Ceux qui n'avaient pas encore réussi à faire connaître leurs revendications furent mis hors-jeu. Dans les années 1980, les révoltes des jeunes donnèrent certes quelques impulsions à la politique de la jeunesse, mais comme leurs protagonistes ne prônaient pas le dialogue politique, il n'y eut pas de mobilisation comme en 1968. Plus récemment, le mouvement de protestation contre la globalisation a touché aussi la Suisse.


Bibliographie
– M. Dahinden, éd., Neue Soziale Bewegungen - und ihre gesellschaftlichen Wirkungen, 1987
– H. Kriesi, «Öffentlichkeit und Soziale Bewegungen in der Schweiz - ein Musterfall?», in Lebensverhältnisse und soziale Konflikte im neuen Europa, éd. B. Schäfers, 1993, 576-585
– M. Giugni, Entre stratégie et opportunité, 1995
– M. Giugni, F. Passy, Histoires de mobilisation politique en Suisse, 1997

Auteur(e): Manuela Ziegler / OME