• <b>Chemins de fer fédéraux (CFF)</b><br>"Suisses, prenez parti pour vos trains! OUI le 21 janvier". Affiche pour la votation du 21 janvier 1945 concernant la loi fédérale du 23 juin 1944 sur les CFF, réalisée par  Bernhard Reber (Bibliothèque nationale suisse).

Chemins de fer fédéraux (CFF)

Société anonyme à statut spécial, propriété de la Confédération, les CFF détenaient au début du XXIe s., dans le domaine du transport par rail, une part de marché représentant environ 87% du trafic des voyageurs et 90% de celui des marchandises. Les CFF exploitent un réseau de presque 3000 km. S'ils ont construit de nouveaux tronçons dans le cadre du projet Rail 2000 (1975-2004), ils ont supprimé, surtout depuis 1994, le trafic voyageurs sur certaines lignes et fermé des voies secondaires.

Les lignes privées ou cantonales, qui plus tard formeront le réseau des CFF, souffrirent dès le début d'une situation financière instable. La cause en était le coût gigantesque des infrastructures et la concurrence à laquelle se livraient autour des différents tracés les cantons et les bailleurs de fonds français, italiens et allemands. La dépression qui dura de 1873 au milieu des années 1890 prépara les esprits à accepter une nationalisation de certaines lignes de chemins de fer. Cette idée, encore minoritaire au milieu du XIXe s., réussit à s'imposer au terme d'une lutte acharnée, le peuple approuvant par référendum, le 20 février 1898, la "loi fédérale concernant l'acquisition et l'exploitation des chemins de fer pour le compte de la Confédération, ainsi que l'organisation de l'administration des chemins de fer fédéraux", dite loi de rachat. Cinq grandes compagnies et plusieurs petites furent étatisées et réunies sous le nom de CFF: la Compagnie du Central-Suisse, les Chemins de fer du Nord-Est (avec la flotte du lac de Constance), la Compagnie de l' Union-Suisse en 1902, la Compagnie du Jura-Simplon (avec le Brünig) en 1903. Vinrent s'y ajouter les Chemins de fer du Gothard en 1909, le Jura-Neuchâtelois en 1913, les lignes du Tösstal en 1918, du Seetal en 1922 et d'Uerikon-Bauma en 1948.

1 - Réorganisation et développement de l'infrastructure (1902-1918)

Les jeunes CFF eurent d'abord à satisfaire un criant besoin d'assainissement. La comptabilité fut centralisée dès le début, les règles seront unifiées. Les administrations des anciennes compagnies privées furent soumises, à travers les conseils d'arrondissements, à la direction générale, au conseil d'administration et donc aux autorités fédérales. A part les lignes du Gothard et partiellement celles du Jura-Simplon, les installations étaient en mauvais état. Les sommes dites de rachat dépassèrent de 20% le devis, bien que la valeur réelle des ouvrages fût inférieure de 10% à celui-ci. La mise en service de locomotives plus puissantes et plus lourdes exigea une adaptation des infrastructures. La réfection des grandes gares et le doublement des voies sur certains secteurs coûtèrent très cher. Le matériel roulant, fort disparate, devait être unifié. En 1906, les CFF achevèrent le tunnel du Simplon, commencé par la compagnie du Jura-Simplon (la seconde galerie de cet ouvrage, qui reste le plus long du monde, date de 1922).

Auteur(e): Hans-Peter Bärtschi / WW

2 - Centralisation et électrification (1919-1944)

L'entre-deux-guerres vit la centralisation de l'administration et l'électrification du réseau. L'encadrement plétorique ("l'hypertrophie directoriale" dont on se moquait) fut simplifié, le conseil d'administration réduit des trois quarts et l'état-major des directeurs généraux de moitié. L'ancienne administration du Central-Suisse, qui se trouvait à Bâle, fut rattachée au siège de Lucerne en 1923, l'arrondissement de Saint-Gall à la direction de Zurich. Avant la Première Guerre mondiale déjà, les entreprises Maschinenfabrik Oerlikon (MFO) et Asea Brown Boveri (BBC) avaient électrifié chacune une ligne des CFF, à leurs propres risques. Par la suite, les CFF adoptèrent d'abord le courant triphasé en usage sur la ligne du Simplon, au lieu du courant alternatif monophasé développé par MFO, qui s'avéra pourtant plus prometteur et s'imposa durant la Première Guerre mondiale, sous l'effet du manque de charbon. En dépit de la conjoncture instable de l'entre-deux-guerres et des dettes qui ne faisaient qu'augmenter, l'électrification fut poursuivie. Les CFF construisirent des centrales (Piotta, Amsteg, Barberine), commandèrent de nouveaux types de locomotives, activèrent la pose des caténaires. Vers le milieu du siècle, le réseau des CFF était électrifié à 99,5%, fait unique au monde.

Auteur(e): Hans-Peter Bärtschi / WW

3 - Concurrence du trafic routier et mesures de privatisation (de 1944 à nos jours)

La loi fédérale de 1944 sur les CFF rendit possibles un désendettement exceptionnel, la création d'un capital de dotation et des mesures d'assainissement qui portèrent leurs fruits jusque vers la fin des années 1960. Malgré de gros investissements dans les gares centrales et de triage, dans la modernisation des lignes et du matériel roulant, la part du chemin de fer dans les transports diminua rapidement en faveur du trafic routier, qui recevait de deux à cinq fois plus de subventions publiques. Les subsides supplémentaires consentis en faveur des avantages tarifaires, de l'horaire cadencé, du projet Rail 2000 et des lignes urbaines permirent de regagner des parts du trafic voyageurs à partir de 1987, mais l'offre dans le trafic des marchandises à petite distance diminua fortement. On mit plutôt l'accent sur les transports combinés rail-route (avec par exemple l'entreprise de livraison Cargo Domicile, créée en 1985, vendue en 1996) ou sur le développement du transit, avec les projets de nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes (NLFA) dès 1992 et de collaboration avec les chemins de fer italiens. La loi révisée en 1996 libéra la Confédération et les CFF de leurs obligations dans le trafic régional. Dans les régions faiblement peuplées où cantons et communes n'étaient pas prêts à contribuer aux frais, cette décision entraîna des mesures de démantèlement succédant à une décennie d'amélioration des prestations. Une nouvelle révision de la loi transforma la Régie fédérale en société anonyme à statut spécial à partir du 1er janvier 1999. Les réformes prévues, qui vont dans le sens d'une privatisation, devraient favoriser la capacité concurrentielle des CFF sur le marché libéralisé suisse et européen.

<b>Chemins de fer fédéraux (CFF)</b><br>"Suisses, prenez parti pour vos trains! OUI le 21 janvier". Affiche pour la votation du 21 janvier 1945 concernant la loi fédérale du 23 juin 1944 sur les CFF, réalisée par  Bernhard Reber (Bibliothèque nationale suisse).<BR/>
"Suisses, prenez parti pour vos trains! OUI le 21 janvier". Affiche pour la votation du 21 janvier 1945 concernant la loi fédérale du 23 juin 1944 sur les CFF, réalisée par Bernhard Reber (Bibliothèque nationale suisse).
(...)

Les CFF en chiffres
AnnéeVoyageurs (chiffres arrondis)Longueur moyenne des trajets (en km)Marchandises (en 1 000t)Employés (moyenne annuelle)Solde actif (en millions de francs)
190350 011 00020,98 91625 102-0,1
191080 625 00025,013 14234 9857,9
191391 649 00025,114 61537 6831,6
191686 991 00021,515 26635 300-18,7
191868 585 00023,513 26934 614-54,8
192180 681 00022,412 03138 426-72,5
1925101 828 00023,416 43735 4571,5
1929126 550 00023,219 27633 53215,0
1936106 933 00024,712 80429 253-67,7
1941143 435 00026,623 31332 07118,5
1945204 883 00027,613 33634 966-25,6
1946206 446 00026,416 88236 47225,4
1957219 309 00030,726 04840 45525,2
1958221 626 00031,224 20740 6699,9
1964248 043 00034,336 44643 41719,3
1973223 903 00037,547 64440 909-92,6
1975210 563 00037,934 47540 867-622,8
1978203 443 00039,839 89638 003-622,6
1980216 302 00042,446 27038 367-593,5
1983217 182 00041,441 53039 099-431,7
1986228 467 00040,845 12737 010-356,8
1990244 400 00045,051 83037 9643a
1995253 200 000b46,347 35033 529-496a
2000286 800 000b44,860 50028 272146a
2003250 300 000c49,154 78028 70725a
2010347 100 00050,550 00028 143298a

a Introduction en 1987 d'un nouveau contrat de prestation: les bilans présentés depuis 1990 ne sont que partiellement comparables avec les soldes actifs des années précédentes.

b Sans la navigation sur le lac de Constance

c En 2003, les CFF ont changé leur système de calcul des voyageurs

Sources:Stat. hist.; Rapport de gestion des CFF, 2000, 2003 et 2010

Auteur(e): Hans-Peter Bärtschi / WW

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– CFF Historic
Bibliographie
Les chemins de fer suisses après un siècle, 1847-1947, 5 vol., 1949-1965
Rapports de gestion des CFF, 1957-
– H.G. Wägli et al., Réseau ferré suisse, 1980 (31998)
– P. Bairoch, «Les spécificités des chemins de fer suisses des origines à nos jours», in RSH, 39, 1989, 35-57
– H. von Arx et al. éd., La saga ferroviaire de la Suisse, 1996
– G. Hürlimann "Die Eisenbahn der Zukunft": Automatisierung, Schnellverkehr und Modernisierung bei den SBB 1955-2005, 2007