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No 1

Greulich, Herman

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naissance 9.4.1842 à Breslau (auj. Wroclaw), décès 8.11.1925 à Zurich, de Hirslanden (auj. comm. Zurich) en 1877. Fils de Johann Gottlieb, cocher, et de Rosina Franske, bonne d'enfants. ∞ 1867 Johanna Kaufmann, fille de Heinrich Fürchtegott, architecte. G. fréquenta l'école pour enfants pauvres à Breslau (1848-1856) et commença un apprentissage de gantier, interrompu pour raison de santé. Il se forma ensuite à la reliure (1857-1862). Ses premières études en autodidacte l'amenèrent à adhérer en 1859 à l'Eglise libre, avant de rejoindre le mouvement ouvrier libéral d'Hermann Schulze-Delitzsch. Au cours de son tour de compagnonnage, il vint en 1865 à Zurich. Il y travailla comme relieur, puis comme aide dans un atelier de photographie (1866-1869) et devint membre de l'association culturelle d'ouvriers allemands Eintracht, avant de se tourner vers le socialisme. Influencé par les doctrines de Charles Fourier, que lui révéla Karl Bürkli, et de Friedrich Albert Lange, il lut aussi Ferdinand Lassalle, Karl Marx et Friedrich Engels. Ses conceptions politiques furent durablement marquées par le mouvement démocratique.

En 1867, il adhéra à l'Association internationale des travailleurs, contribua à la création de sa section zurichoise et participa à plusieurs de ses congrès. Il fonda des syndicats et un parti social-démocrate en 1870, dont l'existence fut toutefois éphémère. Rédacteur de la Tagwacht, organe de ce parti, de 1869 à 1880, il milita pour le progrès social, pour l'organisation syndicale (Einiges über Gewerkschaften, 1873), contre l'anarchisme (Der Staat vom sozialdemokratischen Standpunkt aus, 1877) et pour l'émancipation féminine; il publia en outre des poèmes politiques. Il figura en 1873 parmi les fondateurs de la Fédération ouvrière suisse et soutint en 1877 la loi sur les fabriques. De 1880 à 1884, il fut torréfacteur de café à la coopérative de consommation de Zurich. Il publia en 1881 une étude sur Fourier et ses premiers travaux de statistique. En 1884, il entra à l'office de la statistique du canton de Zurich, qu'il dirigea de 1885 à 1887. Il fut ensuite chargé du Secrétariat ouvrier suisse, soutenu par la Confédération, fonction qu'il occupa jusqu'à sa mort et qui l'amena à poser des jalons pour une législation économique et sociale en Suisse. Ses recherches en statistique sociale furent louées par les spécialistes. Il participa à plusieurs congrès internationaux et organisa celui de Zurich sur la protection légale des travailleurs (1897). Partisan de syndicats forts, unitaires et neutres sur les plans religieux et politique, G. demanda notamment la création de chambres ouvrières et la conclusion de contrats collectifs, il donna son appui aux grèves tout en mettant en garde contre les appels inconsidérés au débrayage. Il fut en 1905 le cofondateur de l'Association des ouvriers communaux et cantonaux (actuel SSP/VPOD), dont il assuma la présidence jusqu'en 1915.

C'est assez tardivement qu'il entra, comme élu du PS, au Grand Conseil de la ville de Zurich (1892-1925, président en 1904-1905), au Grand Conseil du canton (1890-1893, 1896-1899, 1901-1925) et au Conseil national (1902-1905, 1908-1925). Dans ces trois parlements, il s'occupa de politique sociale et lutta pour le suffrage féminin. Il adopta une position critique face à la radicalisation du mouvement ouvrier après 1900. Comme les courants de gauche apparus pendant la Première Guerre mondiale et comme, plus tard, les communistes, il rejetait la tactique de la grève générale, mais défendit néanmoins celle de 1918. Il prit fréquemment part aux congrès de la IIe Internationale, dont il fut l'une des personnalités éminentes.

G. resta toute sa vie fidèle à ses conceptions réformistes et à un certain pragmatisme politique. Les solutions aux problèmes devaient selon lui s'inscrire dans le cadre de l'ordre étatique et social existant et se négocier entre partenaires égaux, et il voulait associer les ouvriers à la vie de l'Etat. Par sa lutte inlassable pour l'"humanisation du prolétariat", celui qu'on surnommait avec déférence "Papa G." fut un pionnier du mouvement ouvrier en Suisse et l'un de ses principaux représentants avant la Première Guerre mondiale. Il fournit en outre une contribution importante au développement de la politique sociale du pays.


Fonds d'archives
– Fonds, Inst. international d'hist. sociale, Amsterdam et Sozarch
– Fonds privé
Bibliographie
– E. Weckerle, Herman Greulich (1842-1925), 1947 (avec liste des œuvres)
– W. Kuhn, Die Bedeutung Charles Fouriers für die Gedankenwelt Herman Greulichs, 1949 (avec liste des œuvres)
– Gruner, L'Assemblée, 1, 72-73
– Gruner, Arbeiter
– Gruner, Arbeiterschaft

Auteur(e): Markus Bürgi / LA