Vietnam

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Les Européens commencèrent à commercer avec l'empire vietnamien au XVIIe s. Les Français accrurent leur influence dans la région dès le milieu du XIXe s. et créèrent l'Union indochinoise en 1887. A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les militants du Viêt Minh (organisation communiste dirigée par Hô Chi Minh) proclamèrent l'indépendance et prirent le contrôle d'une grande partie du V. Les accords de Genève du 20 juillet 1954 mirent un terme à la guerre d'Indochine (1946-1954) et sanctionnèrent la partition du pays en deux Etats. Dès 1959, la guerre du V. opposa l'armée du Nord (soutenue matériellement par le bloc communiste) et celle du Sud (qui s'appuya massivement, notamment à partir de 1964-1965, sur l'aide militaire américaine). La guerre se termina le 30 avril 1975 avec la chute de Saïgon (auj. Hô-Chi-Minh-Ville), capitale du V. du Sud. Le pays fut officiellement réunifié en 1976 (République socialiste du V.).

Afin d'éviter les taxes douanières françaises, les maisons de commerce Diethelm, en 1890, et Biedermann, en 1900, ouvrirent une succursale à Saïgon. Ces deux sociétés se développèrent et favorisèrent les activités du consulat ouvert dans cette ville en 1926. La plupart des Suisses résidant au V. avaient des activités commerciales, techniques ou agricoles. Alexandre Yersin, après avoir découvert le bacille de la peste à Hong Kong en 1894, explora le V. où il introduisit l'hévéa et la production de quinine et multiplia les activités scientifiques et médicales. Estimé à 70 en 1925, le nombre des Suisses au V. s'accrut ensuite; ils étaient environ 150, dont une dizaine de missionnaires (surtout catholiques), à la veille de la guerre d'Indochine. Celle-ci entraîna l'afflux de Suisses engagés dans la Légion étrangère: ils étaient environ 600 en 1952, 1170 en 1953 et 1200 en 1954. Reconnue par la conférence de Genève de 1954 (où la Confédération ne joua pas de rôle politique actif), la victoire communiste dans le Nord causa le départ de la quasi-totalité de la trentaine de Suisses qui y résidaient et y possédaient une tannerie et deux maisons de commerce (dont Diethelm qui quitta alors le V.).

Reconnaissant implicitement le V. du Sud, le Conseil fédéral transforma le poste de Saïgon en consulat général en 1958. Environ 80 Suisses vivaient alors au Sud et y exerçaient des activités commerciales et financières. Dès 1966, la guerre du V. suscita, même en Suisse, des publications, des débats parlementaires et des manifestations parfois violentes. Certains milieux, surtout militaires, étaient plutôt enclins à sympathiser avec les anticommunistes. Par contre, les partisans du V. du Nord, souvent issus de la jeunesse contestataire, étaient motivés par le tiers-mondisme et l'antiaméricanisme. Une aide humanitaire (officielle et privée) fut apportée aux deux belligérants. Gardant une prudente réserve face au conflit, le Conseil fédéral fut confronté au problème des exportations de matériel de guerre et à la question délicate des rapports diplomatiques avec des Etats divisés. Les contacts avec le Nord furent d'abord officieux (premiers entretiens en 1966), puis officiels (la République socialiste du V. fut reconnue en 1971 et une ambassade ouverte en 1973 à Hanoï), alors que les relations avec le Sud furent maintenues (transformé en ambassade en 1971, le poste de Saïgon fut fermé après la défaite de 1975). A la fin de la guerre, un millier de Vietnamiens vivaient en Suisse: plus de 750 obtinrent l'asile politique. Dès 1977, grâce à la participation de la Confédération à des actions internationales en faveur des réfugiés d'Indochine, les Vietnamiens passèrent de 1350 à fin 1978 à 7186 (dont 6612 réfugiés) en 1990. Leur drame étant relativement connu, ils purent s'intégrer sans problèmes majeurs, avec le soutien de la Croix-Rouge suisse et des œuvres d'entraide. En 2010, 4199 Vietnamiens résidaient en Suisse.

Quelques Suisses restèrent au V. après 1975 pour des activités diplomatiques ou humanitaires. Les échanges économiques ne cessèrent pas complètement: Nestlé, Ciba-Geigy, des sociétés de commerce international, la Fédération horlogère et la Société suisse des constructeurs de machines entretinrent des relations qui s'accrurent nettement dès 1990. La situation politique internationale et des restrictions budgétaires motivèrent la fermeture provisoire de l'ambassade à Hanoï de 1985 à 1990. Au début du XXIe s., la Suisse possédait également un consulat général à Hô-Chi-Minh-Ville. Le V. disposait d'une ambassade à Berne et d'un consulat à Genève. En 2010, la colonie suisse au V. comptait 511 personnes (dont 182 doubles nationaux). Des accords bilatéraux ont été conclus pour les transports aériens (1979), la promotion et la protection des investissements (1992), la coopération économique (1993), la double imposition (1996) et la suppression du visa (2009). Pascal Couchepin a été en 2008 le premier président de la Confédération à visiter officiellement le V. Au vu du potentiel présenté des deux côtés, le commerce bilatéral est resté relativement modeste. En 2010, les exportations suisses s'élevaient à 273,3 millions de francs (machines, produits chimiques et pharmaceutiques), les importations à 2,886 milliards (surtout objets en or à refondre). La balance commerciale est largement excédentaire pour les Vietnamiens car dans les statistiques des douanes suisses les lingots d'or raffinés dans la Confédération et réexportés au V. ne sont pas enregistrés. Les investissements directs suisses s'élevaient en 2010 à quelque 1,4 milliard de dollars. Depuis le début des années 1990, le V. est un pays prioritaire de la coopération suisse au développement dans le cadre du programme régional Mékong (V., Laos, Cambodge, Myanmar).


Fonds d'archives
– Documentation du DFAE
Bibliographie
– S. Sigerist, Schweizer in Asien, 2001, 293-302
Switzerland-Vietnam (1971-2006): 35 Years of Bilateral Relations, 2006
– D. Gaffino, Autorités et entreprises suisses face à la guerre du Viêt Nam, 1960-1975, 2006

Auteur(e): Marc Perrenoud