• <b>Inde</b><br>Les paysages suisses servent de décors à l'industrie cinématographique indienne: affiche pour l'exposition <I>Bollywood – Das indische Kino und die Schweiz</I>, présentée au Museum für Gestaltung de Zurich en 2002 (Museum für Gestaltung Zürich, Plakatsammlung, Zürcher Hochschule der Künste). Depuis les années 1990, de nombreux cinéastes indiens tournent régulièrement des mélodrames dans des sites qui figurent le paradis, un monde propre et sain. Le tourisme suisse en profite: de 29'000 Indiens ayant voyagé en Suisse en 1992, on est passé à plus de 93'000 en 2005. Dans le même temps, le nombre de nuitées a quadruplé (249'070 en 2005).

Inde

 © 2004 DHS et Kohli cartographie, Berne.
© 2018 DHS

Sous contrôle britannique dans sa quasi-totalité dès 1818 (Compagnie des Indes orientales), l'empire des Indes passa directement sous le contrôle de la couronne en 1857. Grâce à l'action de personnages charismatiques tels le Mahatma Gandhi et après de longues années de lutte, l'indépendance de l'I. fut proclamée en 1947. La même année, les musulmans, majoritaires dans le bassin de l'Indus, firent sécession et fondèrent le Pakistan. Le contrôle de la région du Cachemire a fait l'objet de deux des trois guerres indo-pakistanaises et reste un sujet de tension entre ces deux puissances nucléaires.

Au XVIe s. déjà, le jésuite Pietro Berno fut missionnaire en I. Des mercenaires suisses au service de France ou d'Angleterre participèrent dès 1746 à la colonisation du pays (env. 300 Suisses y résidaient dans les années 1750). L'orientaliste Antoine Louis Henri Polier y séjourna de 1758 à 1780; il fut, pendant quelque temps, au service de l'empereur moghol. De 1795 à 1806, après avoir quitté Ceylan, le régiment de Meuron contribua à la consolidation du pouvoir britannique face aux Indiens et aux Français. L'I. attira dès le premier tiers du XIXe s. des voyageurs, des intellectuels et des missionnaires. Des jésuites suisses furent actifs dès 1854, avec des collègues allemands, à Bombay et dans le bassin du Gange. Le capucin Anastasius Hartmann devint vicaire apostolique de Bombay et Patna. Alois Maria Benziger fut évêque auxiliaire, puis évêque de Quilon (dès 1900). Des protestants s'installèrent souvent dans le sud du pays où la Mission de Bâle développa des activités religieuses, sanitaires, scolaires (204 écoles avec 19 000 élèves en 1913) et économiques (en 1913, onze entreprises fondées dès 1853 employaient 3614 personnes à la production de textiles et de tuiles). Dès 1906, d'abord dans le sud, puis dans le nord, de nombreuses Suissesses travaillèrent pour les missions dans des couvents, des écoles, des hôpitaux, des léproseries et des orphelinats. Fondée en 1851 à Winterthour et à Bombay, la maison de commerce Volkart multiplia les succursales (quatre-vingts en 1926), diversifia ses activités et devint l'épine dorsale de la présence (économique et consulaire) de la Suisse dans ce pays. Dès 1866, Escher-Wyss exporta des locomotives et favorisa une collaboration durable dans le domaine ferroviaire. L'I. augmenta ses échanges avec la Suisse jusqu'en 1915: exportations de coton, riz, thé, café, jute, caoutchouc, épices, oléagineux, pierres précieuses; importations de montres, textiles, lait condensé, machines. Les échanges de colorants se firent d'abord par des ventes d'indigo (parfois cultivé par des planteurs suisses établis en I.), puis par des produits fabriqués par les industries bâloises qui augmentèrent dès 1895 leurs exportations chimiques et pharmaceutiques.

Les Suisses qui s'installèrent en I. (le plus souvent à Bombay et dans sa province) étaient la plupart alémaniques et originaires de Zurich ou des cantons industriels de la Suisse orientale. Estimé à 220 en 1920, leur nombre dépassa 500 dans les années 1930, pour s'élever à 621 en 1950 et 808 en 1956. Après avoir diminué jusqu'à 379 en 1978, il a atteint 636 en 2004 (dont une proportion croissante pour des séjours limités). La plupart sont commerçants, ingénieurs, techniciens ou missionnaires (souvent des femmes en majorité); d'autres sont hôteliers ou horlogers. Ouvert en 1915, le consulat de Bombay fut transformé en consulat général en 1921. En collaboration avec l'Office suisse d'expansion commerciale (Osec) qui dispose d'une agence à Bombay dès 1939, une représentation commerciale fut ouverte à New Delhi en 1947, puis une ambassade en 1948. Des consulats existaient à Calcutta (1921-1968) et à Madras (1921-1933).

Dès le début des années 1920, les activités de Gandhi inquiétèrent certains commerçants suisses, victimes du boycottage des étrangers, mais elles suscitèrent l'admiration des milieux pacifistes en Suisse, notamment d'Edmond Privat et de Pierre Cérésole. Celui-ci se rendit en I. avec des membres du Service civil international en 1934-1937 pour secourir des victimes de catastrophes.

La diplomatie suisse a déployé une certaine activité dans ce pays. Elle y défendit de 1940 à 1945 les intérêts de pays de l'Axe, reconnut son indépendance en 1947 et établit des relations diplomatiques dès 1948. De 1971 à 1976, lors d'un des conflits entre le Pakistan et l'I. qui fut en partie surmonté grâce aux bons offices de la Suisse, elle reçut le double mandat de défense des intérêts des belligérants. La Suisse témoigna en outre de la sympathie pour le mouvement des non-alignés, animé et modéré par l'I.

Un traité d'extradition (découlant de celui passé avec la Grande-Bretagne), un accord sur le trafic aérien (complété en 1958 et 1971) et un accord d'amitié, d'établissement et de séjour furent signés en 1948. L'année suivante, un accord commercial bilatéral fut conclu dans le cadre des relations de la Suisse avec les pays du bloc sterling, ce qui posa des problèmes monétaires et rendit nécessaire un deuxième accord signé en 1950. Les autorités indiennes préconisaient des collaborations industrielles (engrais, chimie, aluminium, téléphonie, matériel ferroviaire, machines-outils). En 1955 furent inaugurées deux usines construites avec la fabrique de wagons de Schlieren et Oerlikon-Bührle. Plus de 380 contrats de coopération entre industriels furent approuvés de 1957 à 1982 par le gouvernement indien, ce qui plaça la Suisse entre le troisième et le sixième rang parmi les investisseurs étrangers. En 1981, environ 14 170 personnes travaillaient en I. pour sept grandes entreprises suisses: BBC, Rieter, Rüti (achetée par Sulzer en 1982), Sandoz, Roche, Ciba-Geigy (à travers une société indienne fondée en 1927) et Nestlé. Cette dernière, présente sur le marché indien depuis le début du XXe s., ouvrit sa première fabrique en 1962 et en possédait six en 2002.

Favorisée par les contacts noués pour des raisons économiques, religieuses, humanitaires ou politiques, l'aide à l'I. a acquis une importance primordiale dans la politique suisse de coopération. Un accord bilatéral de 1966 a accru la coopération technique et scientifique dans l'agriculture (élevage, production de fourrage, irrigation, mise en valeur de nouvelles terres, augmentation de la production laitière, culture du ver à soie, soutien aux banques rurales) et dans la formation (technique industrielle, coopération universitaire). Entre 1961 et 1974, quarante projets ont été financés par la Confédération (41 millions de francs) et des organisations privées (13 millions) comme Swissaid, active en I. dès 1960. Dans les années 1980, la moyenne annuelle atteignit les 35 millions. En outre, de 1960 à 1990, des crédits accordés par la Confédération et les banques ont permis à l'I. d'acheter des biens d'équipement. Ces aides ont suscité des critiques, notamment après l'explosion de la première bombe atomique indienne en 1974. Par la garantie fédérale et des préférences douanières, la Suisse favorise les échanges avec l'I. qui reste un marché très prisé par les industriels suisses, en particulier dans les domaines technologiques. Les flux financiers sont aussi importants. En 1989, les banques helvétiques faisaient figurer à leurs bilans 387 millions de francs d'avoirs en I. et 761 millions d'engagements; de plus, selon la Banque nationale suisse, elles y avaient 101 millions et étaient engagées pour 1581 millions à titre fiduciaire. Surtout à partir de 1987, elles ont été accusées d'accepter des capitaux en fuite: à cause d'une affaire de corruption en I., le Conseil fédéral a bloqué en 1990, selon une procédure d'entraide judiciaire convenue en 1989, des fonds déposés en Suisse.

Dans les années 1980, les échanges culturels s'intensifièrent en particulier grâce au tourisme et aux activités de Pro Helvetia. Le nombre des Indiens résidant en Suisse a constamment augmenté au cours des dernières décennies (3156 en 1990, 6241 en 2003). Les relations bilatérales sont affectées par le problème des réfugiés (tibétains et tamouls en I., indiens en Suisse).

<b>Inde</b><br>Les paysages suisses servent de décors à l'industrie cinématographique indienne: affiche pour l'exposition <I>Bollywood – Das indische Kino und die Schweiz</I>, présentée au Museum für Gestaltung de Zurich en 2002 (Museum für Gestaltung Zürich, Plakatsammlung, Zürcher Hochschule der Künste).<BR/>Depuis les années 1990, de nombreux cinéastes indiens tournent régulièrement des mélodrames dans des sites qui figurent le paradis, un monde propre et sain. Le tourisme suisse en profite: de 29'000 Indiens ayant voyagé en Suisse en 1992, on est passé à plus de 93'000 en 2005. Dans le même temps, le nombre de nuitées a quadruplé (249'070 en 2005).<BR/>
Les paysages suisses servent de décors à l'industrie cinématographique indienne: affiche pour l'exposition Bollywood – Das indische Kino und die Schweiz, présentée au Museum für Gestaltung de Zurich en 2002 (Museum für Gestaltung Zürich, Plakatsammlung, Zürcher Hochschule der Künste).
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Fonds d'archives
– Documentation du DFAE
Bibliographie
– A. Lätt, Der Anteil der Schweizer an der Eroberung Indiens, 1934
– «L'Inde et la Suisse», in Revue économique et sociale, 1967 (n° spécial)
– R. Fischer, Die Basler Missionsindustrie in Indien: 1850-1913, 1978
Annu. Suisse-Tiers Monde, 8, 1989, 112, 157-166, 174, 214
ES, 19, 1993, 45-60, 103-105, 350, 402-418

Auteur(e): Marc Perrenoud