• <b>Argentine</b><br>Max Petitpierre, chef du Département politique, danse avec Evita Perón en août 1947. Photographie de  Jean-Pierre Grisel (Ringier Bildarchiv, RBA1-4-30686, n<SUP>o</SUP> 3) © Staatsarchiv Aargau / Ringier Bildarchiv. Au cours d'une tournée européenne, l'épouse du président argentin Juan Perón s'arrête en Suisse. Après la partie officielle, elle fait un voyage d'agrément qui la mène également à Zurich où elle rencontre 200 importants banquiers suisses lors d'un banquet à l'hôtel Baur au Lac, organisé par l'Instituto Suizo-Argentino.
  • <b>Argentine</b><br>Affiche d'un concert donné en 1926 à Buenos Aires, lors duquel Ernest Ansermet dirigea la première en Argentine du <I>Roi David</I> d'Arthur Honegger (Bibliothèque cantonale et universitaire Lausanne, Archives musicales, photographie Claude Bornand). En 1917 et 1918, Ansermet avait déjà fait une tournée en Argentine en compagnie des Ballets russes de Diaghilev; il revient dans la capitale sud-américaine pour diriger l'œuvre du compositeur suisse, avec la célèbre Victoria Ocampo dans le rôle de la récitante.

Argentine

 © 2000 DHS et Kohli cartographie, Berne.
© 2018 DHS

Etat d'Amérique du Sud, dont le territoire conquis par les Espagnols fut attribué après 1537 à la vice-royauté du Pérou, avant de former en 1776 la vice-royauté du Rio de la Plata (capitale: Buenos Aires). Les Provinces-Unies du Rio de la Plata, qui comprenaient aussi le Paraguay, l'Uruguay et la Bolivie, accédèrent à l'indépendance en 1816. La Grande-Bretagne s'empara en 1833 des îles Malouines, que les militaires argentins tentèrent en vain de reprendre en 1982. La colonisation, qui se fit en délogeant les peuples indigènes, atteignit le sud de la Patagonie en 1879-1883. Après des décennies de luttes entre fédéralistes conservateurs et unitaires libéraux, l'A. devint en 1880 un Etat fédéral. Au XXe s., l'A. connut une histoire agitée (coup d'Etat militaire en 1930, régime péroniste de 1946 à 1955 et de 1973 à 1976, nombreux putschs, dictatures) avant de revenir à la démocratie en 1983.

1 - Relations diplomatiques

Les relations diplomatiques entre la Suisse et l'A. commencèrent en 1834 avec l'ouverture d'un consulat à Buenos Aires (exequatur en 1858). Pour des raisons financières, l'A. renonça dans un premier temps à une représentation en Suisse. Sous la dictature de Juan Manuel de Rosas (1835-1852), le consulat suisse, souvent entravé dans ses activités, s'occupa surtout de questions commerciales. Durant la sécession de la province de Buenos Aires (1853-1862), il fut compétent à la fois pour cet Etat et pour la Confédération argentine. Vu l'affluence des immigrés suisses en A., la représentation helvétique fut élevée au rang de consulat général en 1876, puis de légation en 1891, tandis que des consulats furent ouverts dans plusieurs villes dès les années 1880. L'A. eut un ministre résident à Berne dès 1885. Lors de la guerre civile de Santa Fe (1893), des immigrés suisses se battirent aux côtés des insurgés contre les troupes fédérales, ce qui provoqua des tensions entre les deux Etats. Le Conseil fédéral envisagea très brièvement de rompre les relations diplomatiques, mais tout rentra dans l'ordre en 1896. Un ministre plénipotentiaire fut nommé pour la première fois en 1911 en la personne d'Alphonse Dunant. L'A. éleva son vice-consulat de Berne au rang de consulat général en 1906. Elle possède à l'heure actuelle une ambassade à Berne (depuis 1957) et un consulat général à Zurich. La Suisse a une ambassade à Buenos Aires et un consulat à Rosario.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, la Suisse assuma le mandat de puissance protectrice des intérêts étrangers en A. pour le compte de l'Allemagne, du Japon et du régime de Vichy. Elle représenta les intérêts diplomatiques de l'A. à Cuba entre 1962 et 1974, ceux du Vénézuéla en A. de 1966 à 1969 et ceux de la Grande-Bretagne de 1982 à 1990, après la guerre des Malouines (Falkland).

<b>Argentine</b><br>Max Petitpierre, chef du Département politique, danse avec Evita Perón en août 1947. Photographie de  Jean-Pierre Grisel (Ringier Bildarchiv, RBA1-4-30686, n<SUP>o</SUP> 3) © Staatsarchiv Aargau / Ringier Bildarchiv.<BR/>Au cours d'une tournée européenne, l'épouse du président argentin Juan Perón s'arrête en Suisse. Après la partie officielle, elle fait un voyage d'agrément qui la mène également à Zurich où elle rencontre 200 importants banquiers suisses lors d'un banquet à l'hôtel Baur au Lac, organisé par l'Instituto Suizo-Argentino.<BR/>
Max Petitpierre, chef du Département politique, danse avec Evita Perón en août 1947. Photographie de Jean-Pierre Grisel (Ringier Bildarchiv, RBA1-4-30686, no 3) © Staatsarchiv Aargau / Ringier Bildarchiv.
(...)

Auteur(e): Markus Glatz / AS

2 - Mouvements migratoires

Des religieux de Suisse centrale et une bonne douzaine de militaires au service d'Espagne furent les premiers Suisses qui, au milieu du XVIIe s., immigrèrent dans le territoire de la future A. Quelques ecclésiastiques s'installèrent dans les réductions jésuites du nord-est (future province de Misiones). Un petit nombre de Suisses s'était fixé à Buenos Aires vers 1820, mais en Argentine l'émigration suisse massive fut plus tardive qu'aux Etats-Unis ou au Brésil. Entre 1856 et 1939, près de 40 000 Suisses s'établirent en A., formant à cette époque la deuxième colonie helvétique à l'étranger, après celle des Etats-Unis et avant celles du Canada, du Brésil et du Chili. La plupart venaient des cantons du Valais, de Berne, d'Argovie, de Zurich et de Saint-Gall. Beaucoup repartirent pour d'autres pays, notamment lors des crises de 1890-1891, 1928-1930, 1989-1991; il restait néanmoins 14 752 citoyens suisses en A. en 2001, soit la plus importante colonie helvétique d'Amérique latine. Le nombre d'Argentins résidant en Suisse ne cesse en revanche de diminuer; à fin 2000, ils étaient 1118.

Un vrai mouvement de colonisation commença en 1856 avec la fondation d'Esperanza dans la province de Santa Fe, où la majorité des habitants étaient des paysans de montagne valaisans, agriculteurs appauvris qui n'avaient guère profité du développement de la protoindustrie. Vinrent ensuite Baradero (province de Buenos Aires) en 1856, San José (province d'Entre Ríos), San Carlos et San Jerónimo Norte (province de Santa Fe) en 1857; il y avait plus de vingt colonies "suisses" en 1896, dont cinq créées par l'agence d'émigration Beck & Herzog, fondée en 1858, et sa société de colonisation Santa Fe. Jusqu'au début de la crise économique mondiale en 1873, l'Emigration suisse en A. resta le fait de groupes issus des classes inférieures de la population paysanne, qui s'installaient surtout dans des régions agricoles à l'infrastructure peu développée. La construction du réseau ferroviaire argentin attira dès 1870 un plus grand nombre d'artisans et d'ouvriers de fabrique. Vers 1900 débuta une émigration individuelle, plus élitaire (entrepreneurs, indépendants, intellectuels) et moins nombreuse, vers les villes, surtout Buenos Aires. Les tensions sociales en Suisse (grève générale de 1918) et les crises économiques des années 1920 et 1930 provoquèrent une émigration accrue d'ouvriers qualifiés, artisans et paysans de la classe moyenne. Ils se dirigèrent surtout vers Buenos Aires et la future province de Misiones, où quelque 6000 citoyens suisses s'installèrent durant l'entre-deux-guerres. Quelques colonies furent le fruit d'initiatives privées, comme Oro Verde, que fonda en 1924 Jules-Ulysse Martin. Quant aux colonies de Santo Pipó, Eldorado et Línea Cuchilla, elles virent le jour en 1925, 1930 et 1936 grâce à des prêts octroyés par la Confédération aux émigrants. Le Conseil fédéral refusa toutefois de créer une colonie officielle, pour ne pas froisser l'A. qui ne tolérait plus la création de colonies de peuplement étrangères sur son territoire. L'émigration suisse en A. prit fin lorsque éclata la Deuxième Guerre mondiale et resta insignifiante après 1945.

Auteur(e): Markus Glatz / AS

3 - Relations économiques

Avant l'indépendance de l'A., les échanges commerciaux avec la Suisse étaient très limités et entièrement contrôlés par l'Espagne, qui avait interdit toute relation directe entre les vice-royautés et les pays tiers. Ils ne débutèrent vraiment que dans les années 1820, lorsqu'un groupe de fabricants textiles suisses ouvrit une filiale à Buenos Aires. L'émigration suisse vers l'A. et le potentiel de développement offert par cet Etat incitèrent la Suisse à manifester, dès les années 1860, le désir d'établir des relations plus étroites. Le Parlement argentin refusa de ratifier un premier projet de traité de commerce et d'établissement, qui prévoyait des facilités douanières (1896). La Suisse et l'A. signèrent en 1906 une convention d'extradition et, en 1924, un accord d'arbitrage. Et bien que l'A. ait adopté dès 1930 une politique commerciale protectionniste, elle conclut avec la Suisse en 1934 un traité de commerce et un accord monétaire comportant la clause de la nation la plus favorisée. Un traité d'immigration et de colonisation fut signé en 1937; il prévoyait un contingent annuel d'immigrants helvétiques en A. Des chambres de commerce Suisse-A. furent fondées à Buenos Aires (1938) et à Zurich. Le traité commercial fut prorogé en 1947 et renouvelé en 1957. A l'occasion de la visite d'Etat du président Carlos Menem en Suisse en 1993, un accord fut signé à propos du remboursement de la dette. La question des doubles impositions fut réglée dans une convention de 1995.

3.1 - Commerce

La balance commerciale se soldait toujours par des excédents en faveur de l'A. avant la Deuxième Guerre mondiale. En 1934 par exemple, les importations suisses représentaient 53,4 millions de francs alors que les exportations vers l'A. s'élèvaient à 13 millions. Le rapport s'inversa ensuite (importations pour 76,5 millions de francs et exportations pour 405,3 en 2000). Avant la Deuxième Guerre mondiale, la Suisse exportait vers l'A. des produits alimentaires (chocolat, fromage, etc.), des textiles. Aujourd'hui, il s'agit de biens d'investissement (machines, outillage) et de produits à haute valeur ajoutée (montres, produits chimiques). L'A. exporte vers la Suisse de la viande, des céréales, des fruits, à quoi s'ajoutent depuis la Deuxième Guerre mondiale des textiles. L'A. est le plus important partenaire commercial de la Suisse en Amérique latine après le Brésil.

Auteur(e): Markus Glatz / AS

3.2 - Investissements

Les investissements directs de la Suisse en A. représentaient environ 400 millions de francs à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. Depuis 1977, la Suisse se place parmi les sept principaux pays qui investissent en A. (205,7 millions de francs en 2000). Avant 1939, les capitaux venaient surtout des secteurs électriques (Motor-Columbus détenait 20% de la compagnie électrique de l'Etat d'A.), alimentaire (Nestlé depuis 1927) et bancaire (le Crédit suisse avait une filiale en A. depuis 1910, le Banco Hípotecario Suizo-Argentino). Aujourd'hui, ils viennent principalement de l'industrie chimique (Novartis, Roche) et de celle des machines: BBC (maintenant ABB) et Escher-Wyss, qui ont participé à la construction de centrales nucléaires en A. dans les années 1950, ou Sulzer, qui a fourni en 1980 une installation servant à la production d'eau lourde.

Auteur(e): Markus Glatz / AS

4 - Echanges culturels

Malgré une importante immigration suisse en A., les échanges culturels entre les deux pays se réduisirent longtemps à presque rien. Les Suisses restaient attachés à leurs valeurs et cultivaient leurs coutumes ancestrales au sein de groupes folkloriques, de sociétés de tir et de chant. La Sociedad Filantrópica Suiza, fondée en 1861, fut la première association suisse en A. Vu l'augmentation rapide du nombre de sociétés suisses, une organisation faîtière fut créée en 1935. Trente-deux associations étaient recensées en 1984. A l'origine réservées aux Suisses, elles sont désormais également ouvertes aux autochtones et aux immigrés d'autres provenances; certaines d'entre elles remplissent un rôle social. C'est surtout par le biais de la formation scolaire que les immigrés suisses entrèrent en contact avec la population argentine et exercèrent une influence sur les modes de vie locaux: la première école suisse, ouverte en 1861 à Santa Fe, accueillit bientôt aussi des élèves argentins et enseigna l'espagnol en sus des langues nationales suisses. Le Suisse Johann Allemann (Juan Aleman) fonda en 1878 un journal, l'Argentinisches Wochenblatt, devenu en 1889 l'Argentinisches Tageblatt, ce qui manifesta l'existence de liens culturels. Ce journal continue du reste de servir d'intermédiaire entre les deux cultures.

4.1 - Arts et sciences

Rosa Beck, femme de Karl Beck (de l'agence d'émigration Beck & Herzog), acquit une certaine notoriété en 1879 grâce à ses vers et proses sur l'A. Les livres d'Alfonsina Storni, issue d'une famille d'immigrés tessinois, furent populaires en A. durant l'entre-deux-guerres. En Suisse, l'écrivain et philosophe argentin Jorge Luis Borges (décès1986) est bien connu; il a passé les dernières années de sa vie à Genève. L'orchestre de la Tonhalle de Zurich a récemment effectué plusieurs tournées en A. et une exposition Le Corbusier a eu lieu à Buenos Aires en 1989. En Suisse, le tango argentin rencontre un grand succès, par exemple lors des concerts d'Astor Piazzolla ou Daniel Binelli.

<b>Argentine</b><br>Affiche d'un concert donné en 1926 à Buenos Aires, lors duquel Ernest Ansermet dirigea la première en Argentine du <I>Roi David</I> d'Arthur Honegger (Bibliothèque cantonale et universitaire Lausanne, Archives musicales, photographie Claude Bornand).<BR/>En 1917 et 1918, Ansermet avait déjà fait une tournée en Argentine en compagnie des Ballets russes de Diaghilev; il revient dans la capitale sud-américaine pour diriger l'œuvre du compositeur suisse, avec la célèbre Victoria Ocampo dans le rôle de la récitante.<BR/>
Affiche d'un concert donné en 1926 à Buenos Aires, lors duquel Ernest Ansermet dirigea la première en Argentine du Roi David d'Arthur Honegger (Bibliothèque cantonale et universitaire Lausanne, Archives musicales, photographie Claude Bornand).
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Le chercheur suisse le plus connu en A. est le naturaliste Santiago Roth, directeur de l'institut de géologie et de topographie de Buenos Aires entre 1908 et 1924. Le séminaire d'ethnologie de l'université de Tucumán fut dirigé de 1928 à 1934 par le Lausannois Alfred Métraux. Après la Deuxième Guerre mondiale, l'anthropologue suisse et argentin Juan Schobinger publia des ouvrages sur les sociétés précolombiennes qui jouirent d'une certaine renommée. A la fin des années 1980, les échanges scientifiques se renforcèrent au niveau universitaire.

Auteur(e): Markus Glatz / AS

4.2 - Influences idéologiques, contacts religieux et confessionnels

La Constitution fédérale de 1848 servit de modèle à la première Constitution argentine (fédéraliste) en 1853. Les idées de Jean-Jacques Rousseau sur la souveraineté populaire avaient déjà beaucoup intéressé les Argentins du mouvement d'indépendance. Sur le plan religieux, les activités des Suisses débutèrent assez tard et eurent généralement des buts caritatifs: les Sœurs de la Sainte-Croix de Menzingen ont créé en 1940 une œuvre sociale et une école, puis un hôpital pour les pauvres; douze bénédictins d'Einsiedeln ont fondé un couvent dans la province de Buenos Aires en 1948; l'Entraide protestante suisse (EPER) a construit une église à Línea Cuchilla en 1961 et ouvert une école d'agriculture.

Auteur(e): Markus Glatz / AS

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– AFS
– Documentation du DFAE
Sources imprimées
DDS
Bibliographie
150 años de relaciones suizo-argentinas, 1834-1984, 1984
– M. Glatz, Schweizer Einwanderer in Misiones, 1997
– O. Bayard Die Schweiz und das Neue Argentinien Juan Peróns 1946-1951, mém. lic. Berne, 2000
– I. Fosanelli, Verso l'Argentina, 2000
– O. Bayard, «Nazi-Fluchthelferzentrale Schweiz?», in Traverse, 2001, no 1, 105-113