• <b>Mexique</b><br>Vue de la verrerie Pellandini à Mexico en 1909, aquarelle de  F. Suarez (Archivio di Stato del Cantone Ticino). La fabrique fut fondée par Claudio Pellandini d'Arbedo-Castione et l'image illustre le succès économique de l'émigré suisse au Mexique.

Mexique

 © 2004 DHS et Kohli cartographie, Berne.
© 2018 DHS

Les grandes civilisations amérindiennes qui s'étaient épanouies sur le territoire de l'actuel M. furent anéanties entre 1519 et 1521 par les hommes de Cortés. Le pays devint indépendant en 1821, après trois siècles de domination espagnole. Au terme de décennies d'antagonismes entre les libéraux anticléricaux et les conservateurs favorables à l'Eglise, de guerres civiles et d'interventions de puissances étrangères, les premiers parvinrent avec Benito Juárez à sauver l'indépendance (1866). Au régime de pouvoir personnel de Porfirio Díaz (1877-1910) et à la révolution mexicaine (1910-1917) succéda un régime présidentiel sous la direction du Parti national révolutionnaire (Parti révolutionnaire institutionnel/PRI depuis 1946); le M. est une république fédérale. A l'issue de la Deuxième Guerre mondiale, la domination du parti unique se fit plus dure jusqu'à ce que le PRI soit évincé du pouvoir en 2000, au profit du Parti action nationale (PAN) à la suite de scandales de corruption, de la banqueroute (1982) et après l'adhésion à l'Accord de libre-échange nord-américain/Aléna (1992) et l'insurrection du Chiapas (1994).

1 - Relations bilatérales

L'ouverture à Mexico d'un consulat de Suisse en 1827 et sa transformation en consulat général en 1847 montrent les attentes helvétiques à l'égard du développement économique du pays. Durant la Deuxième Guerre mondiale, la Suisse y représenta les intérêts de l'Italie. En 1945, elle créa une légation au M., qui fit de même en Suisse l'année suivante. En 1958, les deux missions furent élevées au rang d'ambassade. Le chef de la mission diplomatique suisse à Mexico est également accrédité en République dominicaine, à Haïti, en Jamaïque et au Belize. Les deux pays signèrent un traité de commerce en 1950, un autre sur le trafic aérien en 1966, un accord de consolidation de la dette en 1987, un protocole d'accord sur la coopération économique en 1991, un accord de double imposition en 1993 et un sur la protection des investissements en 1995. L'accord de libre-échange signé avec les membres de l'AELE en 2001 ouvrit à ces derniers le marché mexicain à des conditions semblables à celles obtenues par l'Union européenne et les pays de l'Aléna. Pour sa part, le M. espérait se ménager ainsi des alternatives à l'orientation unilatérale vers le marché nord-américain.

Auteur(e): Thomas Fischer / FP

2 - Immigration et relations économiques

A l'époque de la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne, des missionnaires jésuites venus de Suisse s'occupaient d'enseignement et de recherche. Vers la fin de l'ère coloniale arrivèrent les premiers commerçants et entrepreneurs, qui furent une composante importante de l'émigration suisse au M. aux XIXe et XXe s. La croissance de la colonie, qui comptait vers l'an 2000 quelque 4000 personnes dont un tiers de doubles nationaux, est due à la présence d'entreprises suisses dans le pays.

<b>Mexique</b><br>Vue de la verrerie Pellandini à Mexico en 1909, aquarelle de  F. Suarez (Archivio di Stato del Cantone Ticino).<BR/>La fabrique fut fondée par Claudio Pellandini d'Arbedo-Castione et l'image illustre le succès économique de l'émigré suisse au Mexique.<BR/>
Vue de la verrerie Pellandini à Mexico en 1909, aquarelle de F. Suarez (Archivio di Stato del Cantone Ticino).
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Les relations commerciales commencèrent après l'indépendance, avec l'exportation de textiles et de montres qui prit de plus en plus d'ampleur au cours du XIXe s. Quelques maisons de commerce suisses établies au M. se spécialisèrent dans l'importation de produits suisses, mais la majeure partie des marchandises arrivaient via le commerce intermédiaire. Dans les années 1850, quelques Suisses cherchèrent à s'enrichir avec la dette extérieure mexicaine, en particulier Jean-Baptiste Jecker, de Porrentruy. Cette opération spéculative prit fin au moment de l'intervention française (1862-1867). La Société financière pour l'industrie au Mexique, fondée à Genève en 1900, joua un rôle central dans l'exportation de capitaux européens vers ce pays. Selon des estimations contemporaines, les valeurs suisses s'élevaient à 600 millions de francs au moment où éclata la révolution. En 1919, des représentants de banques suisses siégèrent au Comité international des banquiers de Mexico, qui cherchait avant tout à protéger les intérêts financiers des Etats-Unis, lésés par la révolution. En même temps, la Suisse refusa de reconnaître le gouvernement putschiste d'Álvaro Obregón (1920-1924) et attendit 1925 pour reconnaître le gouvernement de son successeur Plutarco Elias Calles. Les entreprises suisses réagirent aux taxes d'importation qui se multiplièrent dans le pays à partir des années 1920 en procédant de plus en plus souvent à des investissements directs. Première multinationale suisse, Nestlé mit en route en 1935 à Ocotlán une fabrique de lait condensé sucré et de lait en poudre, suivie peu après par d'autres usines, en particulier à Lagos de Moreno (1944), Coatepec (1955), Toluca (1961), Tamuin (1963) et Chiapa de Corzo (1971). D'autres entreprises telles Ciba-Geigy, Sandoz et Hoffmann-La Roche firent de même. Au début du XXIe s., le M. compte près de 300 sociétés suisses orientées sur l'espace de l'Aléna; elles s'occupent en même temps d'y faire entrer une grande variété de produits suisses. Depuis 1998, la Suisse importe le modèle VW Beetle fabriqué à Puebla.

Le moratoire financier imposé en 1982 par le gouvernement mexicain eut des répercussions sur les banques privées suisses. Une grande partie des contacts diplomatiques et économiques des années 1980 portèrent sur des mesures de rééchelonnement de la dette. Dans l'ensemble, néanmoins, aucune institution financière suisse ne se trouva dans des difficultés insurmontables. Avant l'ouverture économique, la Suisse était le quatrième investisseur du pays. Depuis la libéralisation engagée par Carlos Salinas de Gortari (1988-1994), elle a reculé au douzième rang (sans compter les investissements internes des sociétés multinationales). Derrière le Brésil, le M. est le principal partenaire latino-américain de la Suisse pour les investissements directs. Des actifs privés considérables de citoyens mexicains sont administrés par des banques suisses, au nombre desquels se retrouvent aussi des avoirs d'origine criminelle.

Auteur(e): Thomas Fischer / FP

3 - Relations culturelles

Le M. a toujours suscité un grand intérêt chez les historiens de la civilisation, les scientifiques et les artistes suisses. Le récit de voyage d'Adolphe-François Bandelier, savant bernois émigré aux Etats-Unis, sur sa visite aux ruines de Cholula et de Mitla en 1881 reste un document fondamental pour la connaissance archéologique de l'Amérique ancienne et de la colonisation espagnole. Gertrud Düby s'est engagée dès 1943, donc bien avant l'insurrection du Chiapas, en faveur de la population indigène des Lacandons dont elle étudia et décrivit les conditions de vie. A la même époque, l'architecte Hannes Meyer se signalait par son travail à l'institut d'urbanisme et de planification de Mexico. Max Frisch s'y rendit en 1951-1952 pour étudier l'architecture. Une partie de son roman critique Homo Faber, paru en 1957, se déroule au M., dans le désert et la forêt vierge. L'historien Hans Werner Tobler s'est penché sur l'histoire sociale du pays au moment de la révolution et a publié en 1984 Die mexikanische Revolution, l'édition mexicaine datant de 1994.

Une première école suisse fut ouverte dans la capitale en 1965, une filiale à Cuernavaca en 1993 et une autre à Querétaro en 2007. Quelque 700 élèves y sont instruits, dont plus de la moitié sont mexicains. La NZZ est l'un des rares quotidiens européens à avoir un correspondant à Mexico.

L'art et la littérature mexicains sont arrivés en Suisse essentiellement par les grandes villes européennes, mais la Fondation Pierre Gianadda a monté la première exposition commune sur Diego Rivera, peintre muraliste, et Frida Kahlo (Martigny, 1998). Outre Carlos Fuentes et Octavio Paz, des écrivains plus jeunes sont publiés et lus en français ou en allemand en Suisse. Les traditions gastronomiques mexicaines, du moins ce que l'on tient pour telles, ont conquis les consommateurs helvétiques par l'intermédiaire des touristes ou après un détour aux Etats-Unis. Une exposition remarquable sur le patrimoine mexicain et les traditions précolombiennes du M. et du Guatemala a été présentée en 1999 au Musée Rath à Genève sous le titre Mexique - terre des Dieux. Le M. fut l'hôte d'honneur du Comptoir suisse à Lausanne en 1969 et de la Foire d'échantillons à Bâle en 1975.

Auteur(e): Thomas Fischer / FP

Références bibliographiques

Sources imprimées
– A. Bandelier, Report of an Archaeological Tour in Mexico in 1881, 1884 (réimpr. 1976)
– H. de Saussure; L. de Roguin, C. Weber, éd., Voyage aux Antilles et au Mexique, 1854-1856, 1993
Bibliographie
– Ch. Iffland, A. Galland, Les investissements industriels suisses au Mexique, 1978
– L. de Roguin, «In Parvo Multa ou le voyage du naturaliste Henri de Saussure aux Antilles et au Mexique de 1854 à 1856», in Musées de Genève, 19, 1978, 18-22
– P. Betschart, «Kapitalschutz und schweizerische Aussenpolitik», in ES, 10, 1984, 57-158
– B. Veyrassat, Réseaux d'affaires internationaux, émigrations et exportations en Amérique latine au XIXe s., 1993
– S. Scheuzger, Aspekte der Beziehungen der Schweiz zu Mexiko und Zentralamerika, 2004

Auteur(e): Thomas Fischer / FP