• <b>Portugal</b><br>Tableau allégorique représentant la naissance à Prangins d'Emilie-Catherine de Croll, fille de Maria Belgia, princesse de Portugal. Huile sur toile de  Claude de Villarzel,  1631 (Musée historique de Vevey; photographie Jérémie Voïta). Réfugiée à Genève pour cause de religion en 1625, la princesse Emilie de Nassau, épouse séparée d'Emmanuel de Portugal, s'était installée avec ses six filles au château de Prangins en 1627. L'une de ces filles, Maria Belgia, princesse de Portugal et baronne de Prangins, avait épousé le colonel Jean-Théodore de Croll, de Heidelberg, dont elle eut en 1630 une première fille, Emilie-Catherine. Le couple, qui avait trouvé précédemment bon accueil à Vevey, choisit la ville (allégorie féminine au centre du tableau) pour marraine de l'enfant.
  • <b>Portugal</b><br>Caricature sur la chute de la maison royale portugaise, le 5 octobre 1910, parue dans le <I>Nebelspalter</I> du 15 octobre et dessinée par  Johann Friedrich Boscovits (Bibliothèque nationale suisse). Manuel II de Bragance fut renversé par la révolution d'octobre 1910 sans que les grandes puissances ne se soient portées à son secours. Boscovits montre le jeune roi en train d'être désarçonné par son cheval <I>Portugal</I> sous le regard narquois des dirigeants étrangers (haut de l'image, de gauche à droite: Allemagne, Autriche, Italie, Angleterre, Russie, France et Turquie). La presse suisse donna un large écho aux événements et la Confédération reconnut le gouvernement républicain en décembre 1910.
  • <b>Portugal</b><br>Source: Recensements fédéraux  © 2017 DHS et Marc Siegenthaler, Berne.

Portugal

Envahi par les Arabes au VIIIe s., le pays se voit reconnaître l'indépendance en 1143 (royaume du P.). Les premiers rois se consacrent à la Reconquista, qu'ils achèvent deux siècles avant les Espagnols. C'est notamment avec Henri le Navigateur que commencent au XVe s. les grandes expéditions maritimes d'où naîtra l'empire colonial portugais. Très riche au niveau artistique et intellectuel, le royaume est occupé par l'Espagne entre 1580 et 1640. Au début du XIXe s., les relations avec la Grande-Bretagne se renforcent, notamment à cause des guerres napoléoniennes, qui poussent la famille royale portugaise à s'exiler au Brésil (1807). Malgré le départ des Français en 1809, la reine Marie Ière décide de rester à Rio de Janeiro; son fils Jean VI ne rentrera au pays qu'en 1821. La République est proclamée en 1910. Les difficultés économiques et l'agitation sociale entraînent une réaction conservatrice qui débouche sur le coup d'Etat militaire de 1926. Premier ministre dès 1932, António de Oliveira Salazar crée en 1933 l'Estado Novo (Etat nouveau) fondé sur un régime autoritaire, réactionnaire et corporatif. La révolution des Œillets (25 avril 1974) rétablit les droits démocratiques et entame la décolonisation. Membre de l'Otan dès 1949, le P. est entré dans la Communauté européenne en 1986.

1 - Premiers contacts

Les contacts entre la Suisse et le P. sont rares avant 1815. Parmi les quelques voyageurs portugais qui visitent la Confédération figurent Alphonse de Bragance, comte d'Ourém (1436/1437), la princesse Béatrice, fille du roi Manuel Ier, mariée au duc Charles III de Savoie (accueillie à Genève en 1522) et le philosophe Damião de Góis qui visite Bâle et rencontre Guillaume Farel lors de son passage à Genève en 1534. Emilie de Nassau, épouse séparée d'Emmanuel de P., réfugiée à Genève en 1625 avec ses six filles (dont Maria Belgia), est ensevelie à la cathédrale Saint-Pierre.

<b>Portugal</b><br>Tableau allégorique représentant la naissance à Prangins d'Emilie-Catherine de Croll, fille de Maria Belgia, princesse de Portugal. Huile sur toile de  Claude de Villarzel,  1631 (Musée historique de Vevey; photographie Jérémie Voïta).<BR/>Réfugiée à Genève pour cause de religion en 1625, la princesse Emilie de Nassau, épouse séparée d'Emmanuel de Portugal, s'était installée avec ses six filles au château de Prangins en 1627. L'une de ces filles, Maria Belgia, princesse de Portugal et baronne de Prangins, avait épousé le colonel Jean-Théodore de Croll, de Heidelberg, dont elle eut en 1630 une première fille, Emilie-Catherine. Le couple, qui avait trouvé précédemment bon accueil à Vevey, choisit la ville (allégorie féminine au centre du tableau) pour marraine de l'enfant.<BR/>
Tableau allégorique représentant la naissance à Prangins d'Emilie-Catherine de Croll, fille de Maria Belgia, princesse de Portugal. Huile sur toile de Claude de Villarzel, 1631 (Musée historique de Vevey; photographie Jérémie Voïta).
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Le premier Suisse à mentionner le P. est Paracelse qui y séjourne en 1515. Le naturaliste bâlois Leonhard Thurneysen parcourt le pays en 1555-1556. Philipp Holbein (1521-1602), fils de Hans Holbein le Jeune, s'installe à Lisbonne où il travaille comme orfèvre pendant la seconde moitié du XVIe s. Une communauté suisse est présente à Lisbonne dès le début du XVIIIe s. La personnalité la plus marquante est sans doute David de Pury, qui s'établit en 1736 dans la capitale portugaise et devient banquier de la cour. Le tremblement de terre de Lisbonne de 1755 est décrit par le Grison Fortunat Frizzon dans un récit en romanche. En 1762, le marquis de Pombal, secrétaire d'Etat portugais, lève deux régiments suisses qui sont dissous l'année suivante. Parmi les officiers au service du P., citons le Fribourgeois Jacques Philippe de Landerset, qui fait une brillante carrière dans l'armée, la diplomatie et l'administration portugaises et est anobli en 1763, et l'Appenzellois Johann Jakob Baumann, qui suit la famille royale en exil au Brésil en 1807.

Auteur(e): Reto Monico

2 - Relations consulaires et diplomatiques

Le gouvernement portugais reconnaît en 1815 la neutralité suisse. Les relations consulaires entre les deux pays datent de ces années-là, même si le premier accord est signé en 1883. Un consulat suisse est créé à Lisbonne en 1817 et transformé en consulat général en 1874. Un second poste est ouvert à Porto en 1896. Le ministre suisse à Madrid est également accrédité à Lisbonne dès 1919. Une chancellerie diplomatique est installée en 1936 dans la capitale lusitanienne; elle est transformée en légation à part entière en 1945, en ambassade en 1959. La première représentation consulaire portugaise dans la Confédération est ouverte à Genève en 1855, suivie par celles de Berne (1861), Zurich (1883), Davos (1904), Lucerne (1906), Bâle (1907) et Lausanne (1910). Au début du XXIe s., le P. possède en Suisse deux consulats généraux (à Genève et à Zurich) et deux agences consulaires (à Lugano et à Sion). La légation portugaise est officiellement inaugurée à Berne en 1892; elle est élevée au rang d'ambassade en 1959.

<b>Portugal</b><br>Caricature sur la chute de la maison royale portugaise, le 5 octobre 1910, parue dans le <I>Nebelspalter</I> du 15 octobre et dessinée par  Johann Friedrich Boscovits (Bibliothèque nationale suisse).<BR/>Manuel II de Bragance fut renversé par la révolution d'octobre 1910 sans que les grandes puissances ne se soient portées à son secours. Boscovits montre le jeune roi en train d'être désarçonné par son cheval <I>Portugal</I> sous le regard narquois des dirigeants étrangers (haut de l'image, de gauche à droite: Allemagne, Autriche, Italie, Angleterre, Russie, France et Turquie). La presse suisse donna un large écho aux événements et la Confédération reconnut le gouvernement républicain en décembre 1910.<BR/>
Caricature sur la chute de la maison royale portugaise, le 5 octobre 1910, parue dans le Nebelspalter du 15 octobre et dessinée par Johann Friedrich Boscovits (Bibliothèque nationale suisse).
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Jusqu'aux années 1940, les relations entre les deux pays sont cordiales mais peu étendues. Des juristes suisses participent à des procédures d'arbitrage opposant le P. aux Etats-Unis et à l'Angleterre (en 1890-1900) et à l'Allemagne (en 1928). La révolution républicaine et anticléricale de 1910, qui provoque la chute de la monarchie et l'expulsion des jésuites (dont le Valaisan Alphonse Luisier et le Grison Paul Balzer), suscite un vif intérêt dans la presse helvétique. La Confédération est le premier pays européen à reconnaître officiellement le nouveau gouvernement républicain le 27 décembre 1910. Durant la Première Guerre mondiale, un comité de secours aux civils et aux militaires portugais prisonniers en Allemagne est créé à Lausanne et à Berne. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les relations entre les deux pays sont importantes surtout au niveau économique. Entre 1960 et 1985, du fait de leur appartenance commune à l'AELE, les contacts sont plus fréquents. Le P., qui est engagé dans une coûteuse et sanglante guerre coloniale, trouve dans la Suisse un certain soutien politique. De 1963 à 1975, la Confédération représente les intérêts portugais au Sénégal. A partir de 1977, les visites officielles, de part et d'autre, sont nombreuses.

Plusieurs traités bilatéraux sont conclus entre les deux pays et notamment une convention d'extradition (1873), un traité de conciliation, de règlement judiciaire et d'arbitrage (1928), des accords sur le trafic aérien (1946 et 1956, modifications en 1962 et en 1975), une convention pour éviter la double imposition (1974), un accord pour l'abolition réciproque du visa (1975), une convention de sécurité sociale (1975, complétée par un arrangement en 1976 et un avenant en 1994) et un accord sur la réciprocité en matière de permis d'établissement (1990).

Auteur(e): Reto Monico

3 - Relations culturelles et politiques

Avant le XXe s., on ne peut pas parler de véritables relations culturelles entre les deux pays même si quelques savants suisses vivent au P.: les géologues Léon Paul Choffat et Ernest Fleury, le jésuite Alphonse Luisier. Les pédagogues suisses (Johann Heinrich Pestalozzi, Edouard Claparède, Adolphe Ferrière, Jean Piaget) exercent une grande influence. Le centenaire de la mort (1927) et le bicentenaire de la naissance (1946) de Pestalozzi sont commémorés à Lisbonne, Coimbra et Porto. Quelques Portugais (dont António Sérgio en 1913-1915 et Irene Lisboa en 1930) suivent des cours à l'Institut Jean-Jacques Rousseau à Genève. La psychologie cognitive de Piaget marque fortement la pédagogie portugaise et est à la base de la création de la faculté de psychologie et des sciences de l'éducation de Lisbonne en 1980.

José Fontana, cofondateur du parti socialiste portugais (1875), figure parmi les Suisses établis au P. Au début du XXe s., on compte également quelques filles au pair. C'est à partir de la fin du XIXe s. qu'arrivent en Suisse les premiers étudiants portugais, dont le nombre ne dépasse jamais la dizaine. Ils s'établissent surtout à Lausanne, à Genève, à Zurich et à Saint-Gall. Entre 1912 et 1913, ceux de Lausanne publient le mensuel O Patriota. Des Portugais se rendent également à Davos pour se soigner de la tuberculose. Parmi les plus connus, le poète António Nobre (1895) et le journaliste França Borges, qui y meurt en 1915.

Au niveau politique, le régime de Salazar a ses admirateurs en Suisse, parmi lesquels Gonzague de Reynold qui reçoit des mains du dictateur en 1938 le prix Camões pour son livre Portugal (publié en 1936). António Ferro, ami personnel de Salazar et responsable de la propagande de l'Etat nouveau, organise en 1935 à Genève une exposition d'art populaire et une Quinzaine portugaise. Ministre à Berne entre 1950 et 1954, Ferro prononce des conférences, monte une exposition au Musée d'art et d'histoire de Genève et crée dans cette ville, en 1951, un centre portugais d'information. En 1964, des opposants au régime (dont Mário Soares) fondent à Genève l'Acção Socialista Portuguesa, embryon du parti socialiste créé en 1973. Parmi la vingtaine d'antisalazaristes résidant dans cette ville (véritable point de contact à l'étranger pour l'opposition non communiste), on peut citer José Medeiros Ferreira (futur ministre des Affaires étrangères) et le sociologue António Barreto. La plupart des réfugiés portugais rentre au pays après la révolution des Œillets qui suscite un grand intérêt dans la presse helvétique.

La fin du XXe s. est riche en manifestations culturelles bilatérales, notamment la semaine portugaise de Neuchâtel (1986) et celle suisse de Lisbonne (1988), la fondation de l'Association Suisse-P. (Genève, 1988) et le colloque sur les relations luso-suisses à travers les siècles (Genève, 1995). En 2001, le P. est l'hôte d'honneur du Salon du livre et de la presse de Genève.

Auteur(e): Reto Monico

4 - Relations économiques et immigration portugaise

Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, les relations économiques entre la Suisse et le P. sont très faibles. En 1930, les exportations suisses s'élèvent à 7,6 millions de francs, les importations à 2,1 millions. Entre 1941 et 1943, le P. joue un rôle déterminant pour le ravitaillement de la Confédération: les importations se montent à 272,8 millions de francs pour les trois ans (huile de coco et de palme, glucose, amidon et copra). Durant cette période, les relations entre les deux banques centrales sont importantes, notamment en ce qui concerne la vente d'or: 129 tonnes d'or, dont 43,6 provenant de la Reichsbank, sont transportées de Berne à Lisbonne. Grâce à l'argent de ces ventes, la Suisse et l'Allemagne peuvent régler leurs importations en provenance du P. C'est dans les années 1930 et 1940 que les premières industries suisses s'installent au P.: Geigy en 1931, Nestlé en 1933, Ciba en 1938, Wander en 1945, Sandoz en 1947. Le P. participe pour la première fois au Comptoir suisse de Lausanne en 1957. Les relations économiques entre les deux pays s'intensifient dès le début des années 1990 (une Chambre de commerce luso-suisse existe depuis 1988). En 2009, les exportations helvétiques s'élevaient à 1 milliard de francs (produits chimiques et pharmaceutiques, machines), les importations à 466 millions (métaux et machines, textiles, produits agricoles). Les investissements suisses se sont fortement accrus dès la fin du XXe s. et ont atteint 3,5 milliards de francs en 2008 (la Confédération représente le sixième investisseur étranger au P.).

<b>Portugal</b><br>Source: Recensements fédéraux  © 2017 DHS et Marc Siegenthaler, Berne.<BR/><BR/>
Population portugaise résidant en Suisse (1930-2010)

L'immigration portugaise en Suisse est négligeable jusqu'au milieu des années 1960. C'est la diminution de la main-d'œuvre espagnole et italienne qui permet l'arrivée dans la Confédération de travailleurs de ce pays (jusqu'en 2002 surtout des saisonniers), notamment dans les secteurs de l'hôtellerie, du bâtiment et de l'agriculture. En 2009, avec 205 255 résidents, la communauté lusitanienne représentait la troisième communauté étrangère, derrière l'italienne et l'allemande. Elle est à l'origine de la création de restaurants, de magasins, d'associations culturelles et sportives, et de revues (Luso Helvético, publiée dès 1992). Au début du XXIe s., on dénombrait environ cent cinquante associations portugaises sur le territoire helvétique, dont septante en Suisse romande, où résident presque les deux tiers des Portugais de Suisse. Les Suisses au P. sont environ 300 après la Première Guerre mondiale, 500 dans les années 1940 et ils dépassent le cap des 1000 au milieu des années 1980. En 2009, 2993 Suisses résidaient au P., dont plus de la moitié était constituée par des doubles nationaux (1888 personnes).

Auteur(e): Reto Monico

Références bibliographiques

Bibliographie
– B. de Fischer, Dialogue luso-suisse: essai d'une hist. des relations entre la Suisse et le Portugal du 15e siècle à la Convention de Stockholm de 1960, 1960
Suisse-Portugal: de l'Europe à l'Afrique, 1973
Publ. CIE, 16, 129-148
– R. Monico, Suisse-Portugal: regards croisés (1890-1930), 2005
– J.C. Laranjo Marques, Os Portugueses na Suíça, 2008

Auteur(e): Reto Monico