• <b>France</b><br>L'espace frontalier franco-suisse après le traité de Lyon (1601), les traités de Westphalie (1648), la paix de Nimègue (1678-1679), au début de la République helvétique (1798), lors de la Médiation (1803-1813), après le rattachement de la Savoie à la France en 1860, ainsi que de la guerre franco-allemande (1870-1871) à 1918 (Sources: indications de Lucienne Hubler; <I>Grosser Historischer Atlas</I>, 3, <SUP>4</SUP>1981, 27; F.W. Putzger, <I>Historischer Weltatlas</I>, édition suisse, <SUP>13</SUP>2004, 98, 114-115, 130)  © 2005 DHS et Kohli cartographie, Berne.
  • <b>France</b><br><I>La balançoire politique</I>, caricature à l'eau-forte aquarellée, datée février 1802 par  David Hess (Musée national suisse). Bonaparte s'amuse avec une balançoire où se tiennent un patricien fédéraliste et un partisan de la République helvétique une et indivisible, figurant les deux factions qu'il joue l'une contre l'autre. Le texte en latin <I>Hodie mihi, cras tibi</I> (aujourd'hui mon tour, demain le tien) résume sa politique. Le général regarde vers l'Italie et piétine une carte du Valais sur laquelle est indiquée la route du Grand-Saint-Bernard, qu'il avait franchi en mai 1800. Son second gant noir déroule la carte en direction du col du Simplon, pour lequel il entreprend de construire une route. Hommage au célèbre caricaturiste anglais James Gillray ou ruse pour détourner la censure, David Hess signe sa caricature "Gillray junior".
  • <b>France</b><br>Sources: H. Ritzmann-Blickenstorfer, éd.,  <I>Statistique historique de la Suisse</I>, 1996, 698, 706; Administration fédérale des douanes  © 2017 DHS et Marc Siegenthaler, Berne.
  • <b>France</b><br>L'arrivée de Ferdinand Kübler à Lyon lors d'une étape contre la montre du Tour de France, juillet 1950  © KEYSTONE/Photopress. Le coureur suisse sera vainqueur du prestigieux Tour de France cette année-là. Le sport cycliste suisse connaît ses heures de gloire: Hugo Koblet gagnera à son tour la "grande boucle" en 1951.
  • <b>France</b><br>Le TGV en gare de Sion le 20 décembre 1997  © KEYSTONE / Sacha Bittel. Durant l'hiver 1997-1998, les CFF et la Société nationale des chemins de fer français inaugurèrent une liaison hebdomadaire Paris-Brigue pour les touristes français se rendant dans les stations valaisannes. La première liaison TGV entre la France et la Suisse fut celle de Paris-Lausanne via Vallorbe, en 1984.

France

Le royaume de F. se constitua en 987, lorsque Hugues Capet fut élu roi des Francs. L'avaient précédé sur le trône les Mérovingiens et les Carolingiens (Royaume franc). Le modeste domaine royal (Paris à Orléans) fut agrandi au cours des siècles: pour les frontières avec la Suisse actuelle, furent importantes la récupération de l'apanage bourguignon en 1477 ( Bourgogne (duché)), l'annexion du Pays de Gex en 1601, celle de l'Alsace en 1648, de la Franche-Comté en 1678 et la cession de la Savoie par le Piémont en 1860. Les rois de F. furent jusqu'à la Révolution les principaux alliés des Confédérés (Alliances, Service étranger, Ambassadeur de France, Résident de France). Ces étroites relations se sont poursuivies malgré les nombreux changements de régime des XIXe et XXe s., de la Première à la Cinquième République.

1 - Du Moyen Age à 1601

1.1 - Une frontière commune

Le 17 janvier 1601, la F. et la Savoie conclurent la paix de Lyon (traité de Lyon). Le duc obtenait certes Saluces (Saluzzo), mais devait céder à Henri IV toutes ses possessions sur la rive droite du Rhône (Bresse, Bugey, Valromey, Pays de Gex). Pour la première fois, le royaume de F. possédait ainsi, entre Genève et Vaud (Versoix), quelques kilomètres de frontière commune avec la Confédération. Ce traité eut d'autres conséquences politiques et stratégiques de poids pour l'avenir de la Suisse. L'encerclement complet de Genève par des territoires savoyards prit fin, ce qui explique en partie le coup de main tenté par le duc Charles Emmanuel en décembre 1602 pour prendre la ville (Escalade). Autre aspect important, la route que les troupes espagnoles empruntaient pour se rendre de Milan dans les Pays-Bas insurgés en passant par la Savoie et la Franche-Comté était pratiquement interrompue. Pour les Habsbourg, cela augmentait l'intérêt d'un droit de passage par les cols valaisans et grisons ou par le Saint-Gothard, effet lourd de menaces pour la Suisse pendant le demi-siècle qui suivit.

Le voisinage tardif avec le royaume de F. explique, du moins partiellement, pourquoi il fallut attendre le milieu du XVe s. pour que s'établissent, entre les deux pays, des relations politico-militaires suivies. Ce qui pesa lourd fut la fin, en 1453, du conflit séculaire entre la F. et l'Angleterre. Elle permit aux dirigeants français de s'intéresser davantage à la frontière orientale du royaume et, à plus longue échéance, d'exercer une très forte influence sur la Confédération.

<b>France</b><br>L'espace frontalier franco-suisse après le traité de Lyon (1601), les traités de Westphalie (1648), la paix de Nimègue (1678-1679), au début de la République helvétique (1798), lors de la Médiation (1803-1813), après le rattachement de la Savoie à la France en 1860, ainsi que de la guerre franco-allemande (1870-1871) à 1918 (Sources: indications de Lucienne Hubler; <I>Grosser Historischer Atlas</I>, 3, <SUP>4</SUP>1981, 27; F.W. Putzger, <I>Historischer Weltatlas</I>, édition suisse, <SUP>13</SUP>2004, 98, 114-115, 130)  © 2005 DHS et Kohli cartographie, Berne.<BR/>
Frontière franco-suisse

Auteur(e): Alain Dubois

1.2 - Religion et Eglise

Dans le domaine religieux et ecclésiastique, l'établissement d'étroites relations entre la F. et les territoires de la Suisse actuelle remonte par contre à une époque bien antérieure. Dès le Xe s., trois ordres réformés importants furent successivement fondés en F.: les clunisiens en 909/910, les cisterciens en 1098 et les prémontrés en 1120. Tous trois franchirent le Jura et se répandirent en Suisse peu de temps déjà après leur naissance, les cisterciens et les prémontrés jusqu'en Suisse orientale et dans les Grisons. Le déclin des prémontrés s'amorça au XIVe s. déjà, celui des clunisiens à la fin du XVe. Les cisterciens par contre se maintinrent plus longtemps. A côté de la vie religieuse, les ordres réformés marquèrent aussi durablement la vie sociale et économique aux alentours de leurs établissements.

Dans les diocèses, l'influence française semble avoir été faible. Jusqu'à la fin du Moyen Age, seuls quatre Français occupèrent un siège épiscopal, tous en des temps difficiles pour l'Eglise. Ainsi en 1342, peu après son élection, le quatrième pape avignonnais, Clément VI, nomma évêque de Lausanne, où il ne résida cependant jamais, le Méridional Geoffroy de Vairols (1342-1347). Pendant le Grand Schisme d'Occident (1378-1417), un autre pape d'Avignon, Clément VII, nomma un second Français à Lausanne, à savoir Guillaume de Menthonay (1394-1406). Le but était d'empêcher le retour du diocèse dans le camp du pape romain Boniface IX, après les échecs subis à Bâle, Constance, Sion et Coire. La nomination, elle aussi pour des raisons politiques, des deux évêques français de Genève, Jean de Rochetaillée (1418-1422) et Jean Courtecuisse (1422-1423), intervint, quant à elle, au temps du concile de Constance (1414-1418) et du rétablissement de l'unité de l'Eglise. Le second avait occupé une position en vue au service du roi Charles VI. C'est sans doute la raison pour laquelle Henri V, le rival anglais de Charles sur le trône de F., et son allié, Philippe le Bon de Bourgogne, imposèrent la mutation de l'évêque de Paris à Genève.

Au Moyen Age, l'architecture et les beaux-arts relevaient également du domaine religieux et ecclésiastique. En effet, évêchés et couvents déterminaient, dans une large mesure, l'adoption d'un style, le choix des modèles à suivre, voire celui des maîtres d'œuvre. La diffusion de l'art roman français fut surtout l'affaire de Cluny. Quant au style gothique, qui domina en Suisse jusqu'au XVIe s., il naquit en F. C'est de là que, pendant le dernier quart du XIIe s., cette nouveauté se diffusa en Suisse occidentale, comme le montre l'exemple de la cathédrale de Lausanne (milieu XIIe-milieu XIIIe s.).

Auteur(e): Alain Dubois

1.3 - Etudiants suisses en France

Parmi les trois universités fondées ou issues d'écoles plus anciennes vers 1200, soit Paris, Bologne et Oxford, les deux premières furent fréquentées dès leur création par des étudiants venus de Suisse. A l'origine, ils étaient presque tous clercs et issus de la noblesse, en bonne partie pour des raisons financières. Les études, surtout dans les trois facultés supérieures, théologie, droit et médecine, étaient en effet longues et coûteuses. Elles étaient pour une large part financées par l'attribution de prébendes aux maîtres et aux élèves, et cela encore au début du XVe s. Avant le XIVe s., laïcs et bourgeois ne fréquentaient guère les hautes écoles.

A côté des italiennes, les universités françaises, et surtout celle de Paris, exercèrent longtemps une forte attraction sur les étudiants suisses, originaires de toutes les parties du pays. Dès la fin du XIIIe et le début du XIVe s., les nouvelles universités d'Avignon, de Montpellier et de Toulouse, puis celles d'Orléans et d'Angers un peu plus tard, attirèrent de nombreux Suisses. Ce phénomène est lié à l'établissement de la papauté à Avignon. Ce développement fut loin d'être linéaire et chaque université connut sa propre conjoncture, au gré des guerres, des épidémies, des changements de doctrine et de la réputation des professeurs.

Les avancées de l'écrit dans l'application du droit et dans l'administration, complétées par l'introduction du notariat, contribuèrent à augmenter le nombre des étudiants suisses. Avignon et Orléans, à cause de leur mos gallicus docendi, la nouvelle forme de l'enseignement du droit, jouèrent un rôle important. Parmi les étudiants suisses immatriculés chaque année dans les universités françaises, estimés au maximum à deux ou trois douzaines, la plupart ne fréquentait que la faculté des arts, sorte de formation propédeutique; suivaient quelques juristes et de rares théologiens et médecins. Le Grand Schisme et la fondation, quelque peu antérieure, des premières universités dans le Saint Empire (Prague 1347, Vienne 1365), marquèrent une césure majeure. La création de l'université de Heidelberg en 1385, celle de Cologne, un peu postérieure, sont la conséquence directe de l'abandon de Paris par la grande majorité des maîtres et des élèves originaires des diocèses allemands et suisses, demeurés fidèles à Rome. Il semble que la plupart des étudiants provenant de la partie germanophone de la Suisse fréquenta dès lors les universités du Saint Empire, ainsi Zwingli celle de Vienne. Inversement, tous les étudiants suisses qui obtinrent leur grade à Avignon entre 1378 et 1410 provenaient de la partie francophone du pays. On constate aussi que, lors de la création de l'université de Bâle (1460), les premiers professeurs vinrent de Paris. Certains y retournèrent et participèrent à l'introduction de l'imprimerie en F. Pendant la seconde moitié du XVe s., les universités françaises, notamment Paris et Orléans, où Calvin fut le condisciple de divers Confédérés, contribuèrent fortement à la propagation de l'humanisme entre le Léman et le lac de Constance.

Etudiants suisses en médecine à Montpellier au XVIe siècle
Lieu d'origineNombre
Bâle24
Genève15
Zurich5
Augst4
Saint-Gall4
Winterthour3
Berne2
Fribourg2
Schaffhouse2
Sion2
reste du Valais2
Buchs SG1
Chavorney1
Coire1
Diessenhofen1
Lausanne1
Neuchâtel1
Rorschach1

Sources:M. Gouron, Matricule de l'Université de Médicine de Montpellier, 1957

Auteur(e): Alain Dubois

1.4 - Les relations économiques

Les relations économiques avec la F. s'établirent également bien avant les contacts politiques. Elles deviennent perceptibles avec la relance du commerce international, principalement entre le monde méditerranéen et l'Europe du Nord-Ouest. La montée des foires de Champagne eut un effet stimulant, tout particulièrement sur l'économie des parties occidentales de la Suisse, qui servaient notamment de relais pour le commerce entre l'Italie d'une part, le nord de la F., les Pays-Bas et l'Angleterre de l'autre. Lors de l'apogée des foires, les marchandises passaient depuis la Lombardie par le col du Grand-Saint-Bernard dans le Pays de Vaud, traversaient le Jura à Jougne et de là atteignaient la Champagne. Dès la seconde moitié du XIIIe et jusqu'au milieu du XIVe s., le Simplon fut aussi utilisé. Les foires de Champagne, dont le déclin s'amorça avant 1350, furent peu à peu remplacées par celles de Genève. A la fin du siècle, ce transfert était achevé et le trafic par les cols valaisans fut également réorienté vers Genève. Pour la Suisse et ses relations avec la F., l'axe est-ouest (Pologne-Espagne, lac de Constance-Léman) acquit alors une grande importance. A cela la politique des rois Charles VII et Louis XI, favorisant les foires de Lyon, ne changea rien en principe, même lorsque le second, en 1463, déclara formellement la guerre à celles de Genève. Ces mesures consacrèrent par contre la décadence du Grand-Saint-Bernard et du Simplon comme voies du commerce international, au profit des cols savoyards, en premier lieu du Mont-Cenis.

Si nous considérons uniquement les échanges de marchandises entre la Suisse et la F., le tableau suivant peut être dégagé. L'exportation vers la F. de produits d'élevage et laitiers, si importante ailleurs pour la Suisse, ne joua guère de rôle avant le XVIIe s., pas plus que celle d'autres produits du sol (au XVe s., un peu de bois descendait le Rhône par flottage). Inversement, avant le XVIe s., la Suisse ne se procurait en F. que de faibles quantités de denrées (céréales par exemple). Depuis le début du XIVe s. au plus tard, l'exportation de sel marin français destiné à Genève et au Valais prit quelque importance, à quoi s'ajoutaient divers produits méditerranéens (huile d'olive, riz, poissons de mer séchés et agrumes). La balance commerciale était encore plus favorable pour la F. quant à certaines matières premières ou tinctoriales, fer par exemple ou, au début du XVe s., laine provençale pour la draperie fribourgeoise. Le commerce le plus important entre les deux pays était cependant celui de produits artisanaux. Côté suisse, le drap de Fribourg en fit partie du milieu du XIVe au premier tiers du XVe s. Il faut probablement y ajouter des cuirs. Beaucoup plus importante et surtout plus durable fut, depuis la fin du XIIIe s., l'exportation de toiles de lin de la région du lac de Constance. Draps et toiles étaient expédiés par Lyon et Marseille jusqu'en Espagne ou ailleurs dans le monde méditerranéen. La Suisse se procurait en F. avant tout des textiles (draps et plus tard soieries), mais aussi des articles en métal et du savon.

Des produits d'Allemagne méridionale et de l'Europe de l'Est (quincaillerie de Nuremberg, cire ou fourrures venues de Russie) transitaient également par la Suisse vers la F. En sens inverse, la Suisse se procurait via la F. des denrées de la Méditerranée occidentale ou de la péninsule Ibérique, notamment du safran. Des marchands isolés ou des sociétés, comme la Compagnie Diesbach-Watt (berno-saint-galloise) ou la Compagnie de Ravensburg (avec une participation suisse), jouèrent un rôle important dans les relations économiques entre les deux pays.

Auteur(e): Alain Dubois

1.5 - Les débuts d'une alliance séculaire

C'est pendant des trêves, au cours de la guerre de Cent Ans, que la Confédération et la F. entrèrent pour la première fois en contact sur le plan militaire et bientôt politique. Des bandes de mercenaires sans emploi envahirent le nord-ouest de la Suisse en 1375-1376 (Gugler) et à nouveau en 1444, lorsque des Armagnacs commandés par le dauphin Louis, allié des Habsbourg, anéantirent à Saint-Jacques-sur-la-Birse un contingent d'environ 1500 guerriers confédérés. Impressionné par leur ardeur combative, le dauphin conclut avec les cantons la paix d'Ensisheim la même année encore et s'efforça désormais de se les attacher (traités de 1452-1453, 1463 et 1470). Dès le départ, son intention était d'en faire des alliés contre le duc de Bourgogne. C'est ce qui arriva en 1474-1475, lorsque fut scellée une véritable alliance militaire (guerres de Bourgogne). Après la victoire remportée sur Charles le Téméraire, la F. réduisit ses engagements, le nouvel accord avec Charles VIII n'étant guère plus qu'un traité d'amitié (1484). Alors que les cantons s'efforçaient de ne pas perdre le contrôle des levées de mercenaires, la F. cherchait surtout à réduire les coûts de l'alliance.

Il fallut attendre 1495 pour que les Confédérés parviennent à négocier un contrat plus avantageux. Entre-temps, Charles VIII avait tenté en vain de réaliser ses prétentions sur le royaume de Naples et pu se convaincre de la valeur de ses mercenaires suisses. Aussi le nouveau traité correspondait-il largement à celui de 1474-1475. Celui de 1499 avec Louis XII, successeur de Charles, avait une teneur semblable. Les Confédérés s'y décidèrent parce qu'ils avaient besoin de l'aide financière française pour mener la guerre de Souabe. Il apparut alors déjà que les prétentions du roi sur le duché de Milan et la volonté d'expansion dans la même direction des cantons, notamment ceux de Suisse centrale, risquaient d'entrer en collision (guerres d' Italie). Aussi Louis XII, en sa qualité de duc de Milan, ne reconnut-il l'annexion de Bellinzone par les Suisses qu'à son corps défendant (traité d'Arona de 1503) et le traité de 1499 ne fut-il pas renouvelé après l'échéance de dix ans. Les Confédérés se retournèrent alors contre leur ancien allié, le chassèrent de Lombardie et imposèrent leur protectorat à Maximilien Sforza qu'ils avaient rétabli en qualité de duc de Milan (1512). C'était présumer de leurs forces. Des ressources insuffisantes, l'absence d'un pouvoir central, les intérêts largement divergents des cantons et l'indiscipline des troupes menèrent à la catastrophe. Ces faiblesses se manifestèrent déjà lors de l'expédition de Dijon (1513). Tout aussi douteux fut le comportement des Confédérés lorsque le nouveau roi François Ier entreprit en 1515 de reconquérir le Milanais. Par le traité de Gallarate, les chefs des troupes suisses, qui n'arrivaient pas à s'entendre, abandonnèrent le duché, contre la volonté de la Diète mais pour un million d'écus. Une partie des soldats se retira. Ceux qui demeurèrent subirent à Marignan une cuisante défaite. Après un bref sursaut d'orgueil, les Confédérés rentrèrent dans le giron de l'alliance française. Elle demeura en vigueur jusqu'à la fin de l'Ancien Régime et détermina dans une large mesure la politique du pays.

La Paix perpétuelle, exceptionnellement favorable pour les vaincus, fut conclue le 29 novembre 1516 avec les cantons (désormais treize) et, pour la première fois, avec tous leurs alliés. Le traité de paix était aussi un traité d'amitié et un pacte de non-agression. Il renouvelait et précisait tous les privilèges accordés jusqu'alors aux Confédérés. Après de longs démêlés entre les cantons, l'indemnité de guerre très élevée qui leur était promise fut sensiblement réduite en échange de la cession des conquêtes faites en 1512, bailliages tessinois et Valteline.

Entre autres à cause de la menace d'encerclement par des territoires habsbourgeois sous Charles Quint, une nouvelle alliance (Vereinigung) fut conclue en 1521 sur le modèle de celles de 1474-1475 et 1499. Limitée dans le temps, elle fut renouvelée en 1549, 1564 et 1582 avec de modestes modifications, chaque fois cependant après d'âpres négociations.

L'une des causes en était la Réforme. En 1521 déjà, le bouleversement religieux en Suisse provoqua l'absence de Zurich dans l'alliance. La raison en était la condamnation du service mercenaire par Zwingli. Pour le même motif, Berne la quitta en 1529, n'y revenant qu'en 1582/1583. Lorsque, dans l'intervalle, François Ier occupa la Savoie (1536), Berne, suivie par Fribourg et le Valais, s'empara du Pays de Vaud et du Chablais. Ceux-ci et la ville de Genève furent ainsi mis à l'abri d'une conquête française. Parce que seule une minorité des cantons adopta la nouvelle foi et que celle-ci gagna du terrain en F., les Suisses des deux camps furent tentés d'y venir en aide à leurs coreligionnaires, même les armes à la main, surtout pendant les guerres de religion (1561-1598). Or la monarchie affaiblie avait un besoin vital des mercenaires suisses, qui lui étaient fidèles, pour ne pas être laminée entre les partis confessionnels (retraite de Meaux 1567). Le roi avait donc tout intérêt à ne se brouiller ni avec un groupe ni avec l'autre et à empêcher une guerre civile en Suisse. Il faut aussi tenir compte du fait que la division de la F. eut des répercussions sur ses relations extérieures, voir par exemple la rivalité avec les Habsbourg d'Espagne. Le traité conclu en 1579 par Henri III, catholique, avec Berne et Soleure pour la sauvegarde de Genève est en ce sens symptomatique.

Avec la Réforme, la Suisse influença pour la première fois la vie religieuse française. Les nouvelles hautes écoles protestantes de Lausanne (1537) et de Genève (1559) jouèrent un rôle non négligeable, avec l'action efficace de Calvin et de Théodore de Bèze. Inversement, dès la fin des années 1530, l'émigration croissante de réfugiés français pour cause de religion (Réfugiés protestants) contribua à consolider la nouvelle foi en Suisse romande et à renforcer l'économie des cantons protestants. Malgré la division religieuse, des étudiants suisses des deux confessions continuèrent de fréquenter les universités françaises. Les protestants y furent en effet toujours admis et jouissaient de la liberté de conscience et de culte. Afin de lutter à armes égales, en termes de propagande, avec le Collegium helveticum de Milan, ville espagnole, la couronne recevait annuellement deux boursiers de chaque canton, du Valais et des III Ligues.

La guerre civile en F. eut surtout pour conséquence une détérioration permanente de ses finances. Ses dettes envers les Suisses, cantons et particuliers, ne cessèrent donc de croître. Les exigences des Valaisans pour défendre leurs privilèges relatifs au ravitaillement du pays en sel marin français, menacé par les guerres et la cherté, relèvent aussi de ce contexte. Les tentatives pour en vendre ailleurs en Suisse en vue de rembourser la dette échouèrent. La défense de la liberté de commerce et notamment des privilèges aux foires de Lyon, d'une grande importance surtout pour l'industrie de la toile de Suisse orientale, posa des problèmes analogues. Afin d'échapper à ces exigences, les négociateurs français s'efforcèrent lors de chaque renouvellement de l'alliance d'en prolonger la durée.

Lorsque, après la pacification interne (édit de Nantes) et externe du royaume (traité de Vervins) en 1598, Henri IV put s'atteler à son tour au renouvellement de l'alliance, échue en 1597, des tractations difficiles l'attendaient, d'autant plus que, à cause de sa conversion, ni les cantons protestants, ni les catholiques ne lui faisaient confiance.

Auteur(e): Alain Dubois

2 - XVIIe et XVIIIe siècles

2.1 - Les relations politiques de 1601 à 1789

2.1.1 - Un difficile renouvellement d'alliance

Dès 1600, Nicolas Brulart, l'ambassadeur d'Henri IV, s'activa donc à renouveler l'alliance de 1582. Il lui fallut au préalable donner toute assurance aux cantons quant au règlement de l'énorme dette de 36 millions de livres, due aux soldes et pensions en retard. Malgré les efforts de l'Espagne pour sauvegarder son influence, douze cantons et leurs alliés signèrent l'alliance en janvier 1602, texte complété par plusieurs annexes, dont celle garantissant à Berne le Pays de Vaud (octobre 1602). Zurich se rallia en 1614.

Le traité innovait sur plusieurs points. Sa durée, autrefois limitée à quelques années, était prolongée; il couvrait la vie du roi et celle de son successeur (en l'occurrence le futur Louis XIII), auxquelles on ajoutait huit ans, ce qui devait garantir une certaine stabilité. Les territoires de la Bresse, du Bugey et de Gex, acquis par le traité de Lyon de 1601, étaient inclus. Les modalités de paiement de la dette étaient fixées. La liberté des passages alpestres était accordée, y compris ceux des Grisons.

Après la mort d'Henri IV en 1610, dont le règne avait marqué un temps fort dans les relations avec la Suisse, la F. perdit beaucoup de son influence à cause de la régence et des troubles intérieurs. L'Espagne put ainsi accroître son ascendant sur les cantons catholiques (renouvellement de leur alliance en 1634, incluant la protection de la Franche-Comté) et les Grisons (alliance avec le gouverneur de Milan en 1639). Durant la guerre de Trente Ans, la F. envoya dès 1635 des troupes en Franche-Comté; celles menées par Bernard de Saxe-Weimar en particulier firent des incursions dans l'évêché de Bâle. La manière dont furent traités les régiments suisses pendant la Fronde explique l'indignation croissante des cantons. Les soldes étaient versées très irrégulièrement, parfois avec plusieurs années de retard. En 1649, 3000 Suisses furent licenciés sans solde et sans reconnaissance de dette. Toutefois, malgré les griefs accumulés, l'hostilité de Mazarin et l'effondrement de l'autorité royale, les régiments restèrent fidèles au jeune Louis XIV. L'excès même de l'endettement obligeait les Suisses à demeurer au service de F. Lors des négociations des traités de Westphalie (1648), les cantons eurent le soutien de la F. (et de la Suède) pour qu'un article reconnaisse leur indépendance de l'Empire (paix de Westphalie).

Auteur(e): Philippe Gern

2.1.2 - Un voisin inquiétant

Il appartint à l'ambassadeur Jean de La Barde, à Soleure dès 1648, de négocier le renouvellement de l'alliance, expirée en 1651. L'affaire fut retardée jusqu'en 1663, à cause de la situation en Suisse (guerre des Paysans, première guerre de Villmergen) et parce que l'énormité de la dette, le retard des soldes et des pensions rendaient certains cantons récalcitrants. Des mesures vexatoires frappant leurs marchands en F. les firent céder. L'alliance, signée à Soleure le 24 septembre 1663 et jurée solennellement à Paris en novembre, consacrait une éclatante victoire de la diplomatie française. Louis XIV obtint la renonciation des Suisses à la neutralité franc-comtoise et leur imposa l'obligation de défendre l'Alsace. Les Suisses repartirent avec l'assurance du remboursement de leurs créances et la conservation de leurs privilèges militaires et commerciaux. Ils furent vite détrompés. Leurs privilèges douaniers furent contestés, seule une partie de l'arriéré fut acquittée, le versement des 400 000 livres annuelles promis fut différé, des "compagnies franches" à solde réduite furent recrutées et les régiments suisses furent employés contre la Hollande.

Mais ce fut la politique territoriale du roi sur la frontière de l'Est qui provoqua les plus vives inquiétudes. L'occupation de la Franche-Comté (provisoire en 1668, définitive en 1674), dont la neutralité avait été liée à celle des cantons depuis le XVIe s., fut ressentie par eux comme une menace pour leur indépendance. Quelques faveurs, comme l'abaissement du prix du sel comtois, calmèrent les appréhensions. L'occupation de Strasbourg (1681), alliée de Berne et Zurich, de la Basse-Alsace et de Montbéliard compléta l'encerclement de la Suisse. La construction du fort de Huningue aux portes de Bâle (1679-1681) aggrava encore les ressentiments à l'égard du roi. Toutes ces conquêtes n'avaient été possibles que grâce à la non-immixtion des Confédérés.

L'inquiétude se mua en hostilité lorsque, en 1685, le roi révoqua l'édit de Nantes. Ces événements arrachèrent Neuchâtel à l'influence française; Berne, en 1707, s'opposa par tous les moyens à l'installation d'un prince français et catholique dans la principauté. Frédéric Ier, roi en Prusse, ayant été proclamé prince de Neuchâtel, Louis XIV refusa de le reconnaître et concentra des troupes en Franche-Comté, opération sans suite: il ne pouvait risquer, en pleine guerre de Succession d'Espagne, un affrontement avec les cantons évangéliques, dont les régiments lui étaient si nécessaires.

Auteur(e): Philippe Gern

2.1.3 - La France puissance médiatrice

La seconde guerre de Villmergen (1712) modifia l'équilibre de la Confédération au profit des protestants. Les cantons de la Suisse centrale, dépouillés de leurs droits sur les bailliages de Baden et des Freie Ämter, contestèrent la paix d'Aarau et se tournèrent vers le roi de F. pour les aider à recouvrer leurs biens. Le renouvellement de l'alliance de 1663 étant rendu impossible par la désunion des cantons, l'ambassadeur Charles-François de Vintimille du Luc signa, en 1715, une alliance avec les seuls catholiques (Trücklibund ). Sensée servir de fondement à une alliance générale, elle se révéla un obstacle à la reprise de la négociation. Les ambassadeurs de Soleure s'efforcèrent vainement, pendant soixante ans, de renouer le dialogue avec l'ensemble des XIII cantons, la division des Confédérés ne servant pas les intérêts français.

Plusieurs épisodes perturbèrent les relations franco-suisses au XVIIIe s. Lors des troubles à Zoug, le clan des Durs dénonça l'alliance française (Harten- und Lindenhandel ); le roi exclut les Zougois du traité de 1715. A Schwytz, le mécontentement naquit de la réorganisation du service militaire en F. (1764). Le clan au pouvoir ayant déchiré le protocole de 1715, Choiseul licencia les troupes schwytzoises en 1765. Le projet de construction d'un port et d'une place fortifiée à Versoix, présenté dès 1629 par Richelieu, repris en 1706 et 1732, lancé en 1769, provoqua une vive réaction à Genève et à Berne, car la liaison entre les deux villes aurait pu être interrompue par la F.; la disgrâce de Choiseul en 1770 mit fin à l'entreprise. En 1774, Vergennes, nouveau ministre des Affaires étrangères, se distancia de Vienne et chercha à resserrer les liens avec les anciens alliés. Inquiets du sort de la Pologne et de la politique agressive de Joseph II, les Confédérés se montrèrent accessibles à ses avances. L'alliance franco-suisse fut renouvelée le 28 mai 1777 et signée par les treize cantons et certains alliés (l'abbé et la ville de Saint-Gall, le Valais, Mulhouse et Bienne), mais non par Neuchâtel et Genève, tenus à l'écart.

Cet acte, l'un des fleurons de la diplomatie de Louis XVI, faisait du Corps helvétique un Etat capable d'assurer la défense de son territoire. La neutralité armée devint un principe essentiel de l'alliance. Les Confédérés retiraient des avantages tangibles: la protection, pendant cinquante ans, d'une grande puissance, le recrutement des troupes, l'achat du sel à bas prix, des privilèges commerciaux et un apport financier non négligeable. L'ambassade de Soleure se présentait comme une institution originale. Par ses contacts, l'ambassadeur était un observateur averti de la vie politique des cantons. Les Suisses souhaitèrent eux aussi introduire leur agent à Versailles. Ils obtinrent satisfaction à la fin du XVIIIe s. lorsque Jacques Necker devint chargé d'affaires de Genève à Paris, mission qui lui donna l'entrée officielle à la cour.

Auteur(e): Philippe Gern

2.2 - Relations économiques et culturelles

2.2.1 - Relations économiques

Les Ligues suisses, en 1775, émargeaient pour 800 000 livres au budget des Affaires étrangères, y compris les frais de l'ambassade. Dès le XVe s. les diplomates français avaient distribué de fortes sommes pour gagner la faveur des Confédérés, s'assurant ainsi le dévouement de familles influentes. Les cantons protestants cessèrent de les recevoir après 1723. Ces pensions étaient de six sortes et affectées à divers usages. La détresse chronique des finances royales contraignit les monarques à emprunter de grosses sommes en Suisse qui devint, dès le XVIe s., un important marché financier. En 1601, la dette s'élevait à 11,623 millions d'écus d'or.

Dès que Louis XIV disposa des salines de Salins (1674), il offrit le sel comtois aux Suisses à un prix très bas, comptant se servir de cette denrée comme d'une arme économique. C'était les "sels d'alliance". Ceux dits "de commerce", d'un prix plus élevé, étaient fournis sur la base de contrats avec les fermiers. En 1787, la F. livra 38 080 quintaux (de 100 livres) de Franche-Comté et 59 266 quintaux de Lorraine.

Les ventes de la Suisse en F. (pour l'essentiel des textiles) ne représentèrent qu'un volume très limité pendant le XVIIe s. et le premier tiers du XVIIIe s., pour autant que des statistiques très sommaires permettent d'en juger. Elles ne dépassaient guère 300 000 livres, alors que ses importations oscillaient entre 1,5 et 6 millions. Les exportations marquèrent ensuite une brusque hausse qui traduit une croissance de l' économie helvétique. En 1782, les textiles constituaient 80% des ventes suisses; ils étaient suivis par les fromages qui dépassaient le million de livres. Les exportations françaises en Suisse étaient plus diversifiées, comme le textile (51%) qui comprenait de nombreux articles de luxe. Le développement relativement rapide de l'import-export entre les deux pays s'explique aussi par l'activité des maisons suisses implantées à Bordeaux, Nantes, Paris et surtout Lyon, où l'on en comptait soixante-sept en 1777. On peut citer les Biedermann, les Zollikofer.

La Révocation de l'édit de Nantes (1685) provoqua dans les cantons protestants l'arrivée la plus massive de population jamais enregistrée, vraisemblablement quelques dizaines de milliers de personnes. Les cantons étaient résolus à n'être qu'une terre de passage pour les réfugiés; seule une minorité y trouva un asile définitif, y fonda de nouvelles industries (par exemple les indiennes) et y ranima la vie intellectuelle. L'émigration suisse se composait en majorité de mercenaires. La plus grande partie des recrues provenait du Plateau suisse, les catholiques étant les plus nombreux et la plupart étant des ruraux. En temps de guerre, les effectifs croissaient énormément; en 1692 (guerre de la Ligue d'Augsbourg), 37 220 hommes servaient dans l'infanterie française; en 1745 (guerre de Succession d'Autriche), 22 620. Cette émigration était généralement temporaire; mais un certain nombre de soldats catholiques élirent domicile en F., souvent comme domestiques ou "suisses de porte".

Auteur(e): Philippe Gern

2.2.2 - Relations culturelles

Aux XVIIe et XVIIIe s., les relations culturelles franco-suisses furent largement dominées par la F. et le classicisme. Comme ailleurs en Europe, on construisit de "petits Versailles" (L'Isle, Crans-près-Céligny, Hauteville à Saint-Légier). Des architectes français (Joseph Abeille, Pierre-François Paris, Jean-François Blondel, François Franque et d'autres) travaillèrent en Suisse. A l'inverse, des artistes (les peintres Johann Melchior Wyrsch et Louis-Auguste Brun par exemple) et des artisans suisses (ébénistes, médailleurs, horlogers comme Ferdinand Berthoud et Abraham-Louis Breguet) firent carrière à Versailles et à Paris, parfois en province, ou s'y perfectionnèrent. L'ingénieur Jean-Rodolphe Perronet fonda et dirigea l'Ecole des Ponts et Chaussées.

En littérature, l'influence fut faible au XVIIe s., le théâtre étant banni des villes protestantes jusque tard dans le XVIIIe s., mais les œuvres classiques étaient lues par le public cultivé. La frivolité et le brillant français furent critiqués par Béat Louis de Muralt dans ses Lettres sur les Anglais et les Français (1725) qui trouvèrent un bon écho en Suisse alémanique. Au XVIIIe s., la présence de Voltaire à Genève, Lausanne et Ferney plaça la Suisse romande au centre d'un réseau intellectuel. Le français fut parlé par les classes dirigeantes alémaniques, surtout à Berne, où la Gazette de Berne paraissait dans cette langue. L'Encyclopédie recruta quelques auteurs suisses (Rousseau, le juriste Jean-Jacques Burlamaqui, le médecin Théodore Tronchin, le pasteur Jean-Antoine-Noé Polier de Bottens) et trouva des lecteurs. Une édition in-quarto remaniée fut imprimée par la Société typographique de Neuchâtel, une in-octavo à Berne et Lausanne, tandis que l'Encyclopédie d'Yverdon refondait l'œuvre dans une optique moins anti-religieuse.

L'Académie des sciences compta parmi ses membres les Bernoulli. Les échanges universitaires se maintinrent quelque peu dans le sens Suisse-F., Montpellier continuant de former les médecins et la Sorbonne accueillant quelques théologiens. Les Français par contre se firent rares dans les académies protestantes. Berne toléra à Lausanne un "séminaire français" ouvert en 1729, destiné à former les pasteurs du Désert, pour autant qu'il restât discret (il ne fallait pas mécontenter le roi).

Si la Suisse, comme l'Europe, regardait vers Paris et Versailles, les Français découvrirent les Alpes et la nature à la suite d'Albert de Haller, de Rousseau et d'Horace Bénédict de Saussure. A Versailles, Marie-Antoinette et Madame Elisabeth eurent leurs laiteries modèles avec vachers suisses.

Auteur(e): Lucienne Hubler

3 - L'époque des révolutions (1789-1848)

3.1 - Les relations politiques

3.1.1 - De 1789 à 1798

Face aux événements qui secouaient la F. (Révolution française), les autorités suisses tinrent avant tout au maintien de leur tranquillité. Elles prirent des mesures pour garantir leurs sujets des séductions de la propagande révolutionnaire et des menées du Club helvétique de Paris. L'affaiblissement du pouvoir monarchique leur paraissait un dangereux exemple. Elles s'inquiétaient du sort des troupes suisses qui, par fidélité au roi, s'attiraient la haine des républicains; elles interdirent aux officiers de prêter le nouveau serment et protestèrent contre le paiement de la solde en assignats. Elles refusèrent d'accorder aux soldats mutinés du régiment de Châteauvieux l'amnistie demandée par la F. et l'accueil de ceux-ci par l'Assemblée nationale en août 1790 fut ressenti comme une grossière insulte.

L'alliance franco-suisse était sur le point de se disloquer, quand arriva à Baden l'ambassadeur François de Barthélemy. Sa mission allait être particulièrement délicate; mais cet habile diplomate sut gagner l'estime des Suisses. Malgré la rupture des relations diplomatiques et le licenciement des régiments suisses au lendemain du 10 août 1792, Barthélemy resta en poste jusqu'en 1797, s'employant à maintenir le contact entre les deux pays. Le massacre des Tuileries provoqua une émotion si intense que beaucoup envisagèrent de se livrer à des actes de représailles envers la F. Les sentiments de l'opinion à l'égard de la République furent déterminés par la perte du service capitulé, l'interruption du commerce, la suspension des pensions, de la fourniture de sel et des grains de Bourgogne et d'Alsace, ainsi que par l'annexion de la partie nord de l'évêché de Bâle. Des horlogers neuchâtelois n'hésitèrent pas toutefois à accepter l'offre de la Convention de s'établir à Besançon (1794).

Malgré la répulsion et la crainte des gouvernants face à ces bouleversements, les contacts s'intensifièrent avec la F. en 1793-1794, celle-ci achetant massivement dans les cantons les produits nécessaires à la conduite de la guerre. Après la conclusion de la paix de Bâle (1795), Paris exerça une pression croissante pour que les cantons expulsent les emigrés, dont les premiers, nobles, prêtres réfractaires, étaient arrivés en 1792, suivis en 1794 par des bourgeois fuyant la Terreur. La tension monta lorsque Jean-François Reubell, hostile à la Suisse, prit la haute main sur la diplomatie du Directoire et que Bonaparte devint maître de la Cisalpine, qu'il y incorpora la Valteline et s'intéressa à la construction d'une route au Simplon. La neutralité helvétique avait perdu tout intérêt pour la F.; aussi le Directoire, à la fin de 1797, décida-t-il l'invasion de la Suisse (Invasion française). Il y était encouragé par Pierre Ochs et Frédéric-César de La Harpe.

<b>France</b><br><I>La balançoire politique</I>, caricature à l'eau-forte aquarellée, datée février 1802 par  David Hess (Musée national suisse).<BR/>Bonaparte s'amuse avec une balançoire où se tiennent un patricien fédéraliste et un partisan de la République helvétique une et indivisible, figurant les deux factions qu'il joue l'une contre l'autre. Le texte en latin <I>Hodie mihi, cras tibi</I> (aujourd'hui mon tour, demain le tien) résume sa politique. Le général regarde vers l'Italie et piétine une carte du Valais sur laquelle est indiquée la route du Grand-Saint-Bernard, qu'il avait franchi en mai 1800. Son second gant noir déroule la carte en direction du col du Simplon, pour lequel il entreprend de construire une route. Hommage au célèbre caricaturiste anglais James Gillray ou ruse pour détourner la censure, David Hess signe sa caricature "Gillray junior".<BR/>
La balançoire politique, caricature à l'eau-forte aquarellée, datée février 1802 par David Hess (Musée national suisse).
(...)

Auteur(e): Philippe Gern

3.1.2 - De 1798 à 1815

Après la capitulation de Berne (5 mars 1798), la Suisse tomba sous la domination de la F. Celle-ci imposa une constitution qui instaurait un Etat unitaire et centralisé (République helvétique). Elle annexa le sud de l'évêché de Bâle en 1797, Mulhouse et Genève en 1798, contrôla le Valais devenu indépendant en 1802, occupa Neuchâtel en 1806. La Constitution helvétique introduisit des principes et des réformes qui marquèrent la vie politique suisse jusqu'en 1848, voire jusqu'à nos jours sur certains points: souveraineté populaire, séparation des pouvoirs, système judiciaire hiérarchisé avec possibilité de recours, abolition du régime seigneurial et des droits féodaux, proclamation des libertés de presse, de réunion, de commerce et d'industrie avec suppression des corporations, développement de l'instruction publique, formation d'une armée nationale.

Les fléaux inhérents à toute occupation militaire discréditèrent le régime. Commissaires, officiers et soldats mirent le pays en coupe réglée: confiscation des biens publics et particuliers, réquisitions de guerre en nature et en espèces, pillages des arsenaux, entretien des troupes. Des mesures politiques portèrent atteinte à la souveraineté suisse. Paris imposa un traité d'alliance offensive et défensive (août 1798), malgré la résistance des directeurs et les efforts de Peter Josef Zeltner et Gottlieb Abraham von Jenner, diplomates en poste à Paris.

Grâce à cette alliance, des relations diplomatiques normales furent rétablies entre les deux pays. Mais les espoirs concernant un traité de commerce et la libération du territoire furent déçus. Loin de diminuer, la charge des armées étrangères devint écrasante lorsque la Suisse servit de champ de bataille à la deuxième coalition (1799) et qu'elle dut subvenir aux besoins de 72 000 hommes (guerres de Coalition). L'hiver 1799-1800 apporta une certaine détente, mais l'armée pesait toujours sur le pays. Bonaparte l'évacua en été 1802. A cette même date, il obtenait l'indépendance du Valais et l'incorporation de la vallée des Dappes au territoire français.

Prenant prétexte de l'incapacité des Suisses à s'entendre sur l'organisation de l'Etat, il leur imposa l'acte de Médiation (février 1803). Celui-ci fut bien accepté, car il rétablit l'ordre intérieur et restaura officiellement la neutralité. La Suisse restait soumise aux impératifs du Médiateur, qui l'obligeait à fournir des troupes et fixa des restrictions à son commerce. Une capitulation militaire donna à la F. le droit de lever 16 000 hommes et une alliance défensive permit une levée de 8000 hommes supplémentaires. Le recrutement de ces troupes causa les pires difficultés au gouvernement et de vives tensions avec l'empereur. Si le Blocus continental n'eut pas que des effets négatifs pour l'économie suisse, il causa en 1811-1812 une crise très grave en Suisse orientale, surtout dans l'industrie du coton. A ces motifs de crainte et de mécontentement s'ajoutèrent en 1810 l'annexion de la République du Valais et l'occupation du Tessin.

Auteur(e): Philippe Gern

3.1.3 - De 1815 à 1848

Après la chute de l'Empire, la F. dut restituer ses conquêtes (congrès de Vienne). On débattit au congrès de Paris du tracé des frontières communes (traités de Paris). Le point litigieux fut le désenclavement de Genève. La F. refusa de céder le Pays de Gex (sauf Versoix et quelques communes), qui devint une zone libre de droits (Zones franches). Les liens entre la monarchie de la Restauration et les cantons furent renoués par la conclusion de capitulations portant sur six régiments, au total 12 000 hommes (1816). Mais le service étranger avait cessé d'être une nécessité économique pour les Suisses et il était devenu très impopulaire en F. Les Confédérés comptaient obtenir en retour le rétablissement de la liberté de commerce. Il n'en fut rien et un long conflit douanier empoisonna les relations entre les deux nations. Aux protectionnistes s'opposèrent les politiques qui souhaitaient rétablir l'influence de la F. dans les cantons par un arrangement commercial.

Après la révolution de Juillet (1830), le nouveau roi, Louis-Philippe, accrut l'indignation des Suisses en licenciant leurs régiments (1831). En outre, 1830 avait fait souffler un esprit nouveau qui accéléra l'instauration de la démocratie libérale dans de nombreux cantons (Régénération). Cette évolution et la pratique du droit d'asile provoquèrent moult plaintes et menaces de la part des grandes puissances. Si la F. soutint la Suisse en 1834 après l'expédition de Savoie, tramée depuis la Suisse par Mazzini, les cabinets Thiers et Molé menèrent après 1835 une politique très agressive, allant jusqu'à s'immiscer dans la politique intérieure des cantons (affaire Conseil). En 1838, lors de l'affaire du prince Louis-Napoléon, la situation s'envenima au point que certains cantons prirent des dispositions militaires et que la Diète nomma un général. Louis-Napoléon ayant quitté volontairement la Suisse, l'affaire s'apaisa.

La progression du mouvement radical après 1845 et la perspective d'une révision du Pacte fédéral éveillèrent la méfiance de Paris. Le ministre François Guizot envisagea une intervention diplomatique des puissances. Lors de la guerre du Sonderbund, l'opinion, la presse et même la Chambre des députés le détournèrent d'une démonstration militaire et les républicains français accueillirent avec enthousiasme le triomphe du radicalisme helvétique. Le rétablissement de la paix rendit vaine la prétention de Paris d'imposer sa médiation aux cantons. Avec l'arrivée de Lamartine aux Affaires étrangères, en février 1848, après la proclamation de la IIe République, un climat de cordialité s'établit entre les deux pays, ce qui laissa à la Suisse toute liberté pour rédiger sa nouvelle constitution. Néanmoins le renforcement du pouvoir central contrariait la F., en particulier l'intervention du gouvernement fédéral dans le domaine économique et l'organisation des douanes fédérales.

Auteur(e): Philippe Gern

3.2 - Economie et culture de 1789 à 1848

3.2.1 - Economie

L'isolement de la F. en Europe pendant les guerres révolutionnaires et napoléoniennes et les difficultés d'approvisionnement qui en résultèrent profitèrent aux commerçants suisses. En 1793-1794, ils contribuèrent à l'équipement des armées par la vente de riz et autres grains importés d'Autriche, de chevaux et de bétail de boucherie, de souliers, de drap et même d'armes et de poudre. En l'an V (1796-1797), les exportations françaises ayant repris, le total des échanges s'éleva à 90 millions de francs; la Suisse était alors le plus gros importateur de produits français. Dus à des facteurs exceptionnels, ces résultats s'effondrèrent dès 1798. L'occupation de la Suisse par l'armée française porta un coup très dur à son économie. Les traités de commerce restèrent à l'état de promesses. La loi du 10 brumaire an V (31 octobre 1796) avait établi le protectionnisme français dans toute sa rigueur. L'exportation des toiles de coton cessa avec le Blocus continental (décret de Berlin, novembre 1806). De l'an VII (1798-1799) à 1806, les ventes suisses oscillèrent entre 17 et 28 millions de francs. Sous l'effet des restrictions douanières liées au Blocus et surtout au décret de Trianon (1810), elles tombèrent à 4 millions en 1814. Les exportations françaises se redressèrent dès 1813 et l'écart avec les importations s'accentua.

Les Confédérés espérèrent, à la Restauration, le retour à un traitement privilégié. Or la F. de la Restauration et de la monarchie de Juillet multiplia les droits, les prohibitions et les tracasseries administratives. Propriétaires fonciers et manufacturiers n'entendaient pas renoncer à la protection douanière. Pour obliger la F. à ouvrir ses frontières, treize cantons et demi signèrent un concordat, dit de rétorsion (1822). Cette riposte échoua, les Confédérés étant incapables de se mettre d'accord sur une politique commerciale. Etaient prohibés ou fortement taxés les étoffes de soie et de coton, le bétail, les fromages. Jusqu'en 1850, les exportations françaises et suisses progressèrent parallèlement. La F. vendit aux Suisses pour 30 millions par an entre 1827 et 1836, pour 42 millions entre 1837 et 1847. Les chiffres suisses, pour ces mêmes périodes, étaient de 13 et 23 millions.

Auteur(e): Philippe Gern

3.2.2 - Relations culturelles

Les années de la Révolution furent marquées par l'acceptation ou le refus des nouveaux idéaux. Si Mirabeau s'entoura de Genevois (dont Etienne Clavière et Etienne Dumont), d'autres de leurs compatriotes publièrent dès 1796 la Bibliothèque britannique qui rejetait les principes de 1789. Après 1803, écrivains et philosophes français, suisses et allemands se retrouvèrent à Coppet, chez Mme de Staël, unis par leur opposition à Napoléon. Benjamin Constant défendit au Tribunat, plus tard à la Chambre des députés, les idées libérales.

Les contacts se multiplièrent après 1815 et surtout après 1830. Alexandre Vinet, Juste Olivier et Charles Secrétan collaborèrent à la revue protestante parisienne Le Semeur (1831-1850), Sainte-Beuve enseigna un semestre à l'académie de Lausanne (1837-1838). Au moment où naissait la littérature romande, certains auteurs (Rodolphe Töpffer) s'opposèrent, au nom de la moralité de l'art, au "roman industriel" d'un Hugo ou d'un Balzac. Si la F. avait lu la Nouvelle Héloïse au XVIIIe s., elle lisait désormais Le Robinson suisse de Johann Rudolf Wyss (1813), dans la traduction (1816) due à la Vaudoise Isabelle de Montolieu. Des enseignements de littérature française furent créés dans les académies de Genève et Lausanne. Augustin-Pyramus de Candolle fut suppléant au Collège de F. La capitulation militaire signée en 1803 réservait aux Suisses vingt places à l'Ecole polytechnique. Plusieurs dizaines de jeunes gens, surtout des Romands, en profitèrent avant la fondation de l'Ecole polytechnique fédérale. On n'oubliera pas l'influence du droit français (code civil) sur la codification des cantons romands.

Quelques Suisses, comme les peintres sur émail genevois Abraham Constantin et Jean-François Soiron, travaillèrent à Sèvres ou pour la cour impériale, tout comme le sculpteur soleurois Urs Pankraz Eggenschwiler, ou le Neuchâtelois Léopold Robert, collaborateur de David. James Pradier et John-Etienne Chaponnière créèrent des bas-reliefs pour l'Arc de Triomphe (1834) et la plupart des artistes helvétiques se formaient en partie à Paris.

Auteur(e): Lucienne Hubler

4 - De 1848 à 1914

4.1 - Les relations politiques

Louis-Napoléon Bonaparte, président de la IIe République de 1848 à 1852, empereur Napoléon III de 1852 à 1870, gardait de son séjour en Suisse, dont il était ressortissant, des amitiés envers plusieurs Confédérés; Johann Konrad Kern, par exemple, ministre de la Suisse à Paris, était l'un de ses familiers. L'empereur favorisa les bonnes relations entre les deux pays et le maintien de l'indépendance suisse sur le terrain international. Toutefois quelques problèmes, dont celui des réfugiés politiques arrivés en 1848 et 1852, empoisonnèrent cette bonne entente.

Plusieurs de ces réfugiés rendirent d'éminents services à la science et à l'industrie suisses. Mais l'asile que leur offrait la Suisse irritait le gouvernement français, qui se plaignait des pamphlets imprimés en Suisse et dirigés contre Napoléon III. Affaiblir le radicalisme et renforcer les éléments conservateurs, telle fut la politique de ce dernier à l'égard de la Suisse pendant les premières années du Second Empire. Si Napoléon offrit sa médiation dans l'affaire de Neuchâtel en 1856, il n'accorda à la Suisse qu'un agrandissement de la zone douanière lors de l'affaire de Savoie en 1860.

Malgré le malaise qui s'ensuivit, la Suisse prit l'initiative de la négociation d'un traité de commerce, sur le modèle de l'accord franco-anglais de 1860. Elle demanda la levée des prohibitions et l'allègement des droits d'entrée. La F. rattacha à l'arrangement des questions politiques, telle la liberté complète d'établissement et de commerce pour les juifs. Par le traité de 1864, la Suisse s'inscrivait dans le système de libre-échange qui unissait les nations commerçantes.

Lors de la guerre franco-allemande de 1870, la Suisse prit des mesures pour empêcher l'utilisation militaire de son territoire. Le public français, en général fort ignorant des affaires de Suisse, laquelle n'était pour lui qu'un lieu de villégiature, garda en mémoire l'accueil fait à l'armée Bourbaki en 1871.

A la fin du XIXe s., la F. était seule à avoir une ambassade à Berne, forte de cinq ou six personnes. Cet effectif égalait celui de la mission suisse à Paris. La représentation consulaire française était réduite à Genève, Zurich et Bâle. La Suisse avait entre huit et dix consuls en F. métropolitaine. Jusqu'à la fin du siècle, la Confédération donna l'impression d'avoir démissionné sur le plan de la politique internationale. Son activité diplomatique était réduite, les intérêts économiques l'emportaient sur la grande politique. La diplomatie de la Troisième République n'intervint plus guère dans les affaires internes des Suisses. Elle se préoccupa surtout d'éviter tout geste qui pourrait lui aliéner leur sympathie et de ne pas laisser le champ entièrement libre à l'influence allemande.

Cette discrétion aboutit à un relâchement des relations bilatérales, qui se focalisèrent sur les questions commerciales et douanières, ferroviaires et financières. Les lignes de chemins de fer appartenant, dans les deux pays, à des compagnies privées, les gouvernements n'intervinrent guère, au XIXe s., dans les tractations relatives aux tracés. Dans un premier temps, les magnats de la finance française s'intéressèrent particulièrement au réseau suisse, conscients de son importance dans le trafic transeuropéen; les Rothschild et les Pereire développèrent ou rachetèrent plusieurs compagnies. Celle du Franco-Suisse fut constituée pour raccorder la ligne Paris-Lyon au réseau helvétique par le Jura, via Pontarlier et les Verrières. Mais avec le déclin de l'Empire, le réseau helvétique cessa d'être dans l'orbite des lignes françaises et se tourna vers les liaisons italiennes et allemandes et la ligne du Gothard, malgré les efforts répétés de plusieurs milieux français (mais non du gouvernement) pour construire la ligne du Simplon, y impliquer la Suisse et contrebalancer l'emprise allemande.

Les voies d'accès de F. en Suisse suscitèrent de nombreux projets et de longues controverses. Le Mont-d'Or pour aboutir à Lausanne ou la Faucille vers Genève? Ces accès occidentaux au Simplon auraient rendu le Lötschberg superflu. Les compagnies du Paris-Lyon-Marseille et du Jura-Simplon s'accordèrent, en 1899, pour construire la ligne Frasne-Vallorbe, mais celle-ci ne sera réalisée qu'en 1915. En 1906, la F. changea de politique et opta pour la ligne Delle-Lötschberg-Simplon afin de faire pièce au Gothard et drainer le trafic anglais, belge et hollandais en direction du Sud et de l'Orient. Pour rendre la ligne plus rapide, Paris exigea le tunnel Moutier-Granges (SO). La construction du tronçon Frutigen-Brigue, inauguré en 1913, fut confiée à des ingénieurs français et financée par des capitaux français. Le Conseil fédéral ayant décidé, en 1898, la nationalisation des chemins de fer, il lui fallut émettre des emprunts pour leur rachat et le financement des nouvelles lignes. Sans que le Quai d'Orsay soumette cet emprunt à des conditions politiques, 835 millions de francs furent admis à la cote de la Bourse de Paris. Dès 1906, l'important courant financier entre les deux pays apparut comme un facteur de rapprochement. Les dépôts français dans les banques helvétiques permirent l'expansion d'industries en Suisse et, indirectement, en F.

Sur le plan politico-militaire, les relations restèrent empreintes de méfiance réciproque jusque vers 1910. Les Suisses craignaient la violation de leur neutralité par la F. en cas de guerre franco-allemande. La F. doutait quant à elle de la détermination de l'armée suisse à s'opposer aux troupes allemandes dans la région de Bâle. Mais ces réserves s'effacèrent progressivement, un revirement discret s'opéra et le doute était levé à la veille de la guerre. L'un des signes de la détente fut l'accord d'avril 1914 portant sur le ravitaillement de la Confédération en cas de guerre, les autorités françaises garantissant l'acheminement de céréales depuis les ports atlantiques. La visite en Suisse du président Armand Fallières, en août 1910, s'était aussi inscrite dans cette politique de rapprochement.

Auteur(e): Philippe Gern

4.2 - Les relations économiques

Pendant le Second Empire, grâce à une conjoncture favorable, les exportations françaises en Suisse connurent une progression très rapide: 51 millions de francs en 1854, 263 en 1868. L'élan se poursuivit jusqu'en 1873, puis survint une dépression de plus de vingt ans. Le traité de 1864 donna une forte impulsion aux ventes de la Suisse en F.: 60 millions de 1862 à 1864, le double de 1866 à 1869 (selon les statistiques françaises). Les tissus de soie et de coton, jusqu'ici prohibés, furent admis soit en franchise, soit moyennant un droit minime. Malgré ces progrès, la balance commerciale devint de plus en plus déficitaire pour la Suisse. Alors que les matières premières tenaient la première place dans les exportations françaises (40 à 48%), les produits manufacturés représentaient l'essentiel de celles de Suisse, 64% en 1905.

<b>France</b><br>Sources: H. Ritzmann-Blickenstorfer, éd.,  <I>Statistique historique de la Suisse</I>, 1996, 698, 706; Administration fédérale des douanes  © 2017 DHS et Marc Siegenthaler, Berne.<BR/>
Commerce extérieur de la Suisse avec la France (1890-2015)

L'avènement de la IIIe République renforça le courant protectionniste. On assista à une augmentation progressive des tarifs douaniers. Pour la Suisse, la situation s'aggrava après 1890. La F. dénonça ses traités de commerce et établit un double tarif: le maximum, appliqué aux Etats avec lesquels elle n'avait pas de convention, et le minimum, qui fixait la limite des concessions que le gouvernement pouvait consentir en échange d'un tarif conventionnel. La Suisse refusa de se plier au tarif minimum qui réduirait d'un tiers ses ventes en F. Quelques ministres consentirent à négocier un arrangement commercial; mais la Chambre des députés le refusa sans en discuter (1892). Il en résulta une guerre douanière; la Suisse appliqua aux marchandises françaises un tarif surélevé et la population les boycotta. Cette rupture profita aux Allemands et l'empereur Guillaume II accorda une visite à la Suisse en 1893. En cinq ans, les ventes françaises tombèrent de 46,5%. Ni Paris ni Berne n'avaient intérêt, économiquement et politiquement, à faire durer cette crise. La négociation reprit et aboutit à une entente sous forme d'un échange de notes diplomatiques (1895). Les ventes de la F. progressèrent de façon spectaculaire: 200 millions de francs en 1898, 300 après le traité de 1906 et presque 400 six ans plus tard. Pour la Suisse, la reprise fut plus lente; après 1900 elle dépassait à peine les 100 millions et elle atteignit en moyenne 130 millions de 1907 à 1913. La valeur des ventes de la F. était alors trois fois supérieure à celle de ses achats.

En 1906, la Suisse ayant adopté un nouveau tarif plus protectionniste, il fallut renégocier l'arrangement de 1895. La discussion fut longue et passionnée. En 1909, la commission française des douanes élabora un tarif qui aurait frappé très lourdement les tissus de soie et l'horlogerie; il ne fut pas appliqué, les ministres se montrant très soucieux de ménager la Suisse pour éviter une guerre douanière et ne pas aliéner les sympathies dont la F. jouissait en Suisse.

Auteur(e): Philippe Gern

4.3 - Migrations

La population suisse établie en F. ne cessa de croître au cours de la seconde moitié du XIXe s. De 23 000 en 1850, elle s'élevait à 48 800 en 1870, dont 12 400 à Paris; 24% des Suisses établis à l'étranger l'étaient alors en F. En 1880, ils étaient 73 000 (28%), dont 20 800 à Paris (8%) et, en 1900, 87 000, dont 12 000 en Alsace.

Le nombre des Français en Suisse était de 30 000 en 1850, représantant 42% des étrangers, et de 62 000 en 1870, chiffre qui resta stable jusqu'à la fin du siècle. Ils étaient 80 600 en 1910. Longtemps les plus nombreux, ils furent supplantés par les Allemands dès 1880, puis par les Italiens en 1900. Plus de 70% de ces expatriés habitaient en Suisse romande, dont 35 000 à Genève.

Auteur(e): Philippe Gern

4.4 - Relations culturelles

En littérature comme en peinture, Paris fut le point d'attraction. Pour percer, les auteurs romands devaient publier à Paris et certains s'y installèrent durablement, comme Edouard Rod. Les éditeurs Attinger et Payot ouvrirent une succursale dans la Ville Lumière à la veille de la Première Guerre mondiale. Mais la Suisse romande de la Bibliothèque universelle refusa le roman naturaliste pour des raisons morales. Les artistes, les peintres en particulier (Cuno Amiet), continuaient à fréquenter les Beaux-Arts ou les ateliers français (académie Julian), quand ils n'en dirigeaient pas eux-mêmes, tel Charles Gleyre qui eut comme élèves plusieurs Suisses (Albert Anker), mais aussi Renoir, Sisley et Monet. Théophile Alexandre Steinlen, Eugène Grasset, Félix Vallotton et Eugène Burnand atteignirent la notoriété en F., en particulier dans l'illustration et l'affiche. Marcello sculpta une Pythie pour le palais Garnier. Les Bühler, Hahnloser et Reinhart achetaient leurs premiers tableaux (nabis, impressionnistes entre autres).

Dans le sens F.-Suisse, quelques réfugiés politiques créèrent des revues ou enseignèrent (Ferdinand Buisson à Neuchâtel). Aux républicains et aux Communards (le peintre Courbet est le plus célèbre) succédèrent les enseignants congrégationistes chassés par les lois Combes, dont certains professèrent à Fribourg. Si l'université française fut peu accueillante aux étrangers (la nationalité française était impérative), le sinologue Edouard Chavannes fut nommé au Collège de F. Une poignée d'étudiants français était immatriculée dans les universités helvétiques, les jeunes Suisses étant plus nombreux en proportion à faire un semestre en F., sans que cela soit aussi fréquent que le séjour en Allemagne.

Un autre point de rencontre fut le protestantisme. Plusieurs pasteurs exercèrent leur ministère dans les Eglises libres de F., enseignèrent dans les écoles privées, collaborèrent à des revues, s'engagèrent dans les Missions de Paris et s'intéressèrent aux problèmes sociaux (les Pressensé, les Gasparin, les Monod).

Auteur(e): Lucienne Hubler

5 - XXe siècle

5.1 - D'une guerre à l'autre (1914-1945)

5.1.1 - Relations politiques

Le 4 août 1914, la Suisse communiqua à tous les belligérants sa déclaration de neutralité, que la F. reconnut le 9. Sur le plan militaire, les Suisses concentrèrent en 1914 des troupes dans le Jura, pour empêcher tout passage des Français. La F. envisagea en 1915 et 1917 une invasion de la Suisse (plan H), alors qu'en 1916, Français et Suisses discutèrent d'une alliance défensive en cas de violation de la neutralité par l'Allemagne.

Malgré l'amélioration des relations à la veille de la guerre, la question des zones franches entretenait un malaise que la germanophilie d'une bonne partie de l'élite politico-militaire helvétique et les rumeurs de violation de la neutralité par la F., en cas de conflit, ne firent que renforcer. La volonté des autorités fédérales de défendre la neutralité par une stricte censure, imposée dès 1915, et d'encourager les manifestations de l'esprit "helvétiste" censé maintenir l'unité interne du pays (Nouvelle Société helvétique) se heurta aux divergences d'opinion qui creusèrent à travers le pays un véritable fossé moral suivant la limite des langues. Les Romands accusaient les Alémaniques de collusion avec l'Allemagne et les Alémaniques reprochaient aux Romands une francophilie excessive. Ces perceptions opposées dérivèrent vers une diabolisation réciproque par organes de presse interposés et furent nourries par plusieurs épisodes retentissants (affaire des Colonels en 1916).

La F. vit d'un mauvais œil la politique médiatrice teintée de germanophilie menée par la Suisse officielle qui, influencée par le ministre à Paris, Charles Lardy, tendait à sous-estimer la cohésion française et sa volonté de vaincre. Berne attendit que la victoire alliée devienne évidente pour se rapprocher de son voisin occidental sur le plan politico-militaire, suivant en cela ses intérêts économiques. Le fossé moral fut également creusé par les effets des propagandes étrangères en Suisse. Côté français, cette action passa d'abord par des canaux privés, comités laïques ou religieux coordonnés par le ministère des Affaires étrangères et prenant appui sur la centaine de sociétés françaises implantées en Suisse vers 1915, dont une bonne moitié à Genève. Dès 1916, la Maison de la Presse française et son bureau de Berne prirent le relais des réseaux de propagande animés jusqu'alors par des hommes d'affaires ou des intellectuels comme Guy de Pourtalès, et diffusèrent des articles dans la presse suisse, distribuèrent brochures et tracts, ouvrirent des librairies (par exemple à Zurich). En outre, une part importante de l'intelligentsia française pacifiste de gauche se retrouva en Suisse romande autour de Romain Rolland et de Jacques Rivière.

Après la guerre, les tensions franco-suisses se cristallisèrent dès 1919 autour de deux dossiers: la question de la libre navigation sur le Rhin et le régime des zones franches de la Haute-Savoie et du pays de Gex. Négociateurs à la conférence de la paix, William Emmanuel Rappard et Gustave Ador s'appuyèrent sur les idéaux libéraux et internationalistes en vogue pour défendre un accès suisse à la mer par le Rhin et empêcher le projet français de créer un canal latéral au fleuve; l'entêtement diplomatique helvétique, qui s'appuyait sur le respect des conventions internationales, obligea la F. à composer. Dans l'affaire des zones par contre, la Suisse voulut monnayer le renoncement à la neutralité militaire de la Savoie du Nord (abolie le 16 mars 1928) contre le maintien des zones de la région genevoise. De son côté, la F. de Clemenceau comme celle du gouvernement Poincaré mirent un point d'honneur à faire disparaître ces reliquats des traités de 1815. Le différend passa par des phases successives d'accord et de compromis, mais aussi de vive tension (blocus commercial, suppression unilatérale des zones franches par la F. en novembre 1923) pour se résoudre finalement devant la Cour internationale de justice de La Haye (7 juin 1932), en faveur de la thèse suisse.

Dans le climat de réconciliation européenne qui entoura notamment les accords de Locarno (1925), la Suisse rencontra les idéaux de désarmement défendus par Aristide Briand. La réalisation controversée du futuriste Pavillon suisse de la Cité universitaire de Paris par Le Corbusier (1933) apparut comme un symbole de cet esprit de réconciliation des peuples par la rencontre des cultures. Pourtant, à la suite de l'arrivée de Hitler au pouvoir en 1933 et de la montée en puissance de l'axe Rome-Berlin, la position française fut jugée en déclin par une Suisse inquiète qui se replia sur elle-même tout en souhaitant une coopération militaire accrue avec son voisin (conversations d'état-major). La méfiance accompagna l'arrivée au pouvoir du Front populaire (1936-1938): les rapports pessimistes du Genevois Alphonse Dunant, ministre de Suisse à Paris depuis l'été 1917, ne sont que le reflet d'une opinion de plus en plus anticommuniste, noyautée par les adeptes de l'Action française qui dominent idéologiquement le champ intellectuel romand entre les deux guerres. Avec la polarisation politique qui accompagne le déclenchement de la guerre d'Espagne (1936), puis la dégradation du climat social outre Jura, on songea même à évacuer la colonie suisse en F. Ces craintes, jointes à un sentiment de décadence largement souligné par ceux qui, en Suisse romande surtout, espéraient voir la F. se redresser sur un modèle fasciste ou autoritaire, se révélèrent pourtant sans effets notables sur le courant normal des relations franco-suisses.

La Suisse mobilisa partiellement le 28 août 1939, toute l'armée le 1er septembre; une seconde mobilisation générale fut décrétée en mai 1940. Dès l'été 1939, des négociations secrètes entre états-majors français et suisse s'étaient intensifiées en vue de prévenir une invasion par les troupes du Reich. Des plans furent conçus à la hâte; découverts par les Allemands à La Charité-sur-Loire lors de la campagne de F. de mai-juin 1940, ils montrèrent leurs limites tant sur le plan stratégique que politique. Leur révélation publique, près de vingt ans plus tard, provoquera une crise de confiance importante en Suisse. Pour l'heure, l'opinion - romande surtout - subissait de plein fouet l'impact de la défaite française. La désillusion fut d'autant plus nette que l'on était jusqu'alors convaincu de la supériorité militaire française. Ce traumatisme et une culture politique respectueuse de l'ordre établi, parfois teintée de maurrassisme, poussèrent la majorité de l'opinion et la Suisse officielle, à l'image du conseiller fédéral vaudois Marcel Pilet-Golaz, à approuver le redressement national imposé par le gouvernement de Vichy, et ce jusqu'au tournant de novembre 1942. Alors seulement, la vassalité de Vichy à l'égard de Berlin fut évidente aux yeux de l'opinion générale, qui n'en devint pas pour autant gaulliste, préférant jusqu'à fin 1943 le patriotisme d'un Henri Giraud. Représentant de la Suisse à Vichy jusqu'à l'été 1944, Walter Stucki y défendit les intérêts de plusieurs autres pays et entretint des relations privilégiées avec le maréchal Pétain, dont il facilita le transit helvétique de Sigmaringen en F. au printemps 1945. La Confédération montra peu d'empressement à reconnaître le gouvernement provisoire de la République française: en juin 1944, l'ambassadeur collaborationniste Paul Morand était encore accueilli à Berne et la Suisse attendit fin octobre pour faire le pas, près de deux mois après la rupture des relations officielles entre la Suisse et la F. de Vichy. Au vu de cette attitude, les efforts de la résistance intellectuelle active en Suisse autour de l'Aktion Nationaler Widerstand, des milieux de gauche de la revue Traits ou des personnalistes chrétiens fédérés par les Cahiers du Rhône paraissent avoir été peu relayés par les sphères politico-diplomatiques.

Auteur(e): Claude Hauser

5.1.2 - Economie

Durant la Première Guerre mondiale, la Suisse dut faire face à la profonde méfiance de la F. qui la soupçonnait de prendre parti pour les Puissances centrales. Plusieurs entreprises helvétiques (Suchard, Maggi, Hoffmann-La Roche, Nestlé, Lenzbourg, Aluminium-Industrie AG) furent notamment accusées de réexpédier en Allemagne des produits fabriqués grâce aux matières premières fournies par la F. La constitution de la Société suisse de surveillance économique (SSS) en juin 1915 rééquilibra les positions. Si le contingentement devint la règle de part et d'autre, l'énorme demande en armes assura à de nombreuses entreprises suisses des commandes importantes. Les exportations passèrent de 141,2 millions de francs suisses en 1914 à 467 millions en 1918. La balance commerciale pencha très favorablement du côté suisse: alors qu'elle présentait en 1913 un solde négatif de plus de 206 millions de francs suisses, elle afficha un solde positif de plus de 160 millions en 1916 et de plus de 180 millions en 1918, sans compter les trafics clandestins.

La fin de la guerre ne ramena pas la sérénité dans les relations économiques franco-suisses, même si la Suisse redevint le meilleur client de la F. Celle-ci lui fournissait des matières premières (40% du total), des produits fabriqués (40%) et des denrées alimentaires (20%), et lui achetait des produits fabriqués (machines, horlogerie, produits chimiques, env. 75% du total), le reste se répartissant entre la réexportation de matières premières et de produits agricoles. Cette structure reposait sur des bases fragilisées par l'état permanent d'incertitude qui régnait alors dans le monde économique. Renforcée par la victoire du Cartel des gauches en 1924 et la faiblesse du franc français, la fuite des capitaux français en Suisse prit des proportions importantes qui se confirmèrent avec l'arrivée au pouvoir du Front populaire en 1936.

La F. réagit par une politique protectionniste qui détériora les relations avec la Suisse. A deux reprises, elle dénonça le traité de commerce de 1929 qui avait voulu rétablir les relations perturbées depuis la fin de la guerre. A chaque fois, elle ne put réaliser ses intentions, sa position de vendeur ne lui facilitant pas la tâche. De son côté, la Suisse instaura une politique commerciale et financière extérieure très dirigiste pour faire face à la morosité persistante. Elle favorisait de plus une politique autarcique qui réduisait d'autant le commerce avec la F. L'érosion des échanges commerciaux est clairement identifiable. Dans les années 1930, les importations françaises diminuèrent de moitié alors que les exportations suisses stagnèrent à un peu plus de 100 millions de francs.

De la déclaration de guerre en septembre 1939 à l'armistice de juin 1940, les autorités françaises craignirent de voir la Suisse se prêter au même double jeu qu'elles avaient dénoncé durant la Première Guerre mondiale. Elles soumirent la poursuite des relations économiques entre les deux pays à la condition que les importations françaises ne soient pas réexportées vers les pays ennemis, ce qui fut réglé par le War Trade Agreement du 25 avril 1940. L'armistice de juin 1940 mit à mal la poursuite normale des échanges. Leur volume se réduisit considérablement et l'accord du 6 octobre 1942 ne réussit pas à enrayer l'effritement. Entre 1940 et 1944, les exportations suisses diminuèrent de 112,1 millions de francs à 23,1 millions et les importations françaises de 138,9 millions à 28,2 millions. Le commerce extérieur entre les deux pays subit de plein fouet l'intensification des prélèvements allemands en F. Cette situation inquiéta la Suisse qui, devant les risques d'insolvabilité, décida de contingenter ses exportations vers la F. afin de rééquilibrer la balance commerciale.

Dès la prise du pouvoir par les gaullistes en Afrique du Nord au début de 1943, la Suisse décida de négocier avec eux, par calcul diplomatique et pour maintenir un courant d'échanges avec les colonies françaises. Les premiers effets de la Libération se lisent dans la dénonciation en août 1944 par le Gouvernement provisoire de l'accord de clearing passé en novembre 1940. Le but était de repenser l'ensemble des rapports économiques avec la Suisse qui y vit l'indice d'un retour à un cadre libéral.

Auteur(e): Laurent Tissot

5.1.3 - Mouvements migratoires

Les deux guerres mondiales marquent un changement important. Si le déclenchement de la Première Guerre mondiale interrompit brutalement un intense mouvement qui découlait de l'essor économique des décennies précédentes, il actionna en corollaire de nouveaux courants. La neutralité affichée par la Suisse provoqua notamment un afflux de prisonniers français, pris en charge par la Croix-Rouge et le Bureau de rapatriement des prisonniers créé à Berne en septembre 1914. Jusqu'à la fin de 1916, entre 8000 et 10 000 internés français furent accueillis en Suisse, entre 12 000 et 15 000 par la suite. Quelque 10 000 prisonniers de guerre malades furent internés dans une centaine de camps, en majorité dans les Alpes. La fréquentation de cours universitaires permit à plusieurs d'entre eux d'acquérir une formation scientifique et de nouer des relations dont les effets se feront sentir durant tout le siècle.

Les incertitudes de l'entre-deux-guerres et les replis protectionnistes ne favorisèrent pas la mobilité. Les variations conjoncturelles dictèrent l'intensité des échanges. En 1928, le nombre de Suisses établis en F. atteignit un maximum avec 144 300 personnes, puis il diminua durant les années 1930 pour atteindre le plancher de 95 300 personnes en 1938. L'établissement des Français en Suisse fut soumis aux mêmes contraintes.

La Deuxième Guerre mondiale eut des effets identiques à la Première. Si l'afflux des internés français remplaça les retours volontaires, les réfugiés civils s'ajoutèrent rapidement aux militaires, prédominants au début de la guerre. Près de 30 000 soldats français furent internés de juin 1940 à janvier 1941, ainsi qu'environ 7500 civils, dont l'arrivée suscita la sympathie des populations organisées en comités d'accueil. D'autres vagues de réfugiés suivirent, juifs fuyant les persécutions à l'été 1942 surtout, Alsaciens et Lorrains cherchant à se soustraire au Service du travail obligatoire dès 1943, déserteurs ou francs-tireurs tentant de rejoindre le maquis. Leur nombre dépassa 11 000 personnes de septembre 1944 à la fin de la guerre. Ils représentèrent le quart de l'ensemble des réfugiés. Quant au nombre de Suisses établis en F., il poursuivit sa décrue et se stabilisa autour de 80 000.

Auteur(e): Laurent Tissot

5.1.4 - Relations culturelles

Les deux conflits mondiaux obligèrent de nombreux artistes et écrivains suisses à rentrer au pays, parfois définitivement (le chansonnier Gilles). En temps de paix, Paris resta pour beaucoup la ville où ils se formèrent ou travaillèrent (Hans Arp et sa femme Sophie Taeuber-Arp, Alberto Giacometti).

Dans les lettres, la Revue de Genève (1920-1930) réunit quelques signatures françaises prestigieuses, dont celles de Maurice Barrès, Marcel Proust, François Mauriac, Henry de Montherlant, Jean Giraudoux. Contrairement aux générations précédentes, les écrivains romands revendiquaient désormais leur identité face à la F., et ce jusque dans la langue (Ramuz). Dans le monde des idées, le néothomisme fit des émules (le futur cardinal Journet); un courant maurrassien et le personnalisme marquèrent l'entre-deux-guerres.

Quelques Français enseignèrent dans les universités suisses, la littérature française, mais aussi la médecine, les sciences. La faculté de droit de Lausanne offrit une spécialisation en droit français dès le début du XXe s. Historiens et archéologues se forment parfois dans les grandes écoles françaises, Ecole des chartes en particulier. C'est un Soleurois, Walter von Wartburg, qui conduisit dès 1922 l'entreprise du Französisches Etymologisches Wörterbuch.

Auteur(e): Lucienne Hubler

5.2 - Depuis 1945

5.2.1 - Politique

Espace neutralisé propice aux chassés-croisés et luttes intestines entre réseaux vichystes et résistants, la Suisse d'abord encerclée par l'Axe, puis empêtrée dans son attentisme et finalement soumise à la pression croissante des Alliés peina à rétablir la confiance avec la F. victorieuse. Implanté en Suisse depuis 1942 grâce à l'Association des conférenciers de langue française, le nouvel attaché culturel français Henri Guillemin s'efforça, aux côtés de l'ambassadeur gaulliste Henri Hoppenot, de neutraliser les nombreux partisans de Vichy qui avaient trouvé refuge outre-Jura. Côté suisse, l'offensive de charme fut menée par Carl Jacob Burckhardt - ami du nouveau chef de la diplomatie Max Petitpierre - qui troqua à contrecœur la présidence du CICR contre la charge de ministre plénipotentiaire à Paris dès l'été 1945. Parmi les dossiers délicats à traiter, l'épuration des Suisses ayant collaboré en F. et le règlement des questions financières liées à l'internement des réfugiés. La politique d'asile restrictive de la Suisse, outre de nombreux refoulements, s'était en effet traduite par des tracasseries imposées au Comité français de libération nationale qui souhaitait venir en aide aux réfugiés français et par une extrême rigueur dans le calcul des frais d'internement réclamés à la F.

Le Département politique chercha à véhiculer auprès du voisin français l'image d'une "Suisse démocratie-témoin", titre de l'ouvrage d'André Siegfried (1948). Il misa aussi sur les affinités culturelles en désignant en octobre 1945 Bernard Barbey comme attaché de presse à Paris. Chargé de pallier le peu de dynamisme extérieur démontré par Pro Helvetia, Barbey s'efforça de poursuivre les contacts culturels qui s'étaient intensifiés durant le conflit dans les domaines de l'édition, des revues et des échanges de conférenciers. Succédant à Burckhardt, Peter Anton von Salis fut en poste de 1949 à 1956. Il assista sceptique à la valse des gouvernements de la Quatrième République, s'inquiéta de la place des communistes dans la vie politico-culturelle française et pressentit rapidement le caractère inexorable de la décolonisation qui s'amorçait. Il dut aussi s'occuper des cas fréquents et problématiques de ressortissants suisses mineurs qui s'engagaient dans la Légion étrangère. Les relations de voisinage se développèrent autour du règlement des questions financières et douanières et aboutirent à une coopération accrue dans l'amélioration des communications ferroviaires et aériennes (traité concernant l'aéroport de Bâle-Mulhouse en 1949, convention sur celui de Genève en 1956).

<b>France</b><br>L'arrivée de Ferdinand Kübler à Lyon lors d'une étape contre la montre du Tour de France, juillet 1950  © KEYSTONE/Photopress.<BR/>Le coureur suisse sera vainqueur du prestigieux Tour de France cette année-là. Le sport cycliste suisse connaît ses heures de gloire: Hugo Koblet gagnera à son tour la "grande boucle" en 1951.<BR/>
L'arrivée de Ferdinand Kübler à Lyon lors d'une étape contre la montre du Tour de France, juillet 1950 © KEYSTONE/Photopress.
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Le retour au pouvoir de Charles de Gaulle et l'avènement de la Cinquième République modifièrent peu les affaires courantes placées sous le signe de la bonne entente et d'une expansion réciproque, mais influèrent sur les grands choix de politique extérieure. Les réticences françaises au développement d'une grande zone de libre-échange (novembre 1958), puis le veto gaulliste à l'adhésion de la Grande-Bretagne au Marché commun (janvier 1963) encouragèrent une Suisse prudente à préférer la voie de l'Association européenne de libre-échange (AELE) à celle de l'intégration européenne (Union européenne (UE)). L'accélération de la décolonisation fournit à la Confédération un rôle médiateur dans la résolution du conflit algérien (préparation des accords d' Evian en 1962). Sur le plan intérieur, la crainte exagérée d'un soutien français au séparatisme jurassien qui, depuis 1965, cherchait à internationaliser sa cause, freina pour longtemps l'engagement de la Suisse aux rencontres de la Francophonie organisées dès 1970. L'absence remarquée du président de la Confédération, Hans Peter Tschudi, aux obsèques du général de Gaulle (1970) ne fut que partiellement compensée par celle du président Ernst Brugger à la mort de Georges Pompidou (1974). Elle traduisait un certain refroidissement des relations au cours d'une décennie marquée par des tensions autour du choix d'un nouvel avion de combat (affaire des Mirages) et une crise aiguë liée au problème de l'évasion fiscale (1980).

Des conflits de compétences entre cantons et Confédération apparurent aussi avec la coopération régionale transfrontalière qui se développa le long de l'arc jurassien et les premières inquiétudes écologiques de voisinage (pollution des eaux du Rhin et du Léman, danger nucléaire à Crey-Malville).

L'arrivée au pouvoir de la gauche en 1981 inquiéta la majorité bourgeoise et les milieux économiques suisses, d'autant que les questions liées au secret bancaire et à l'évasion fiscale entravaient la bonne marche des relations bilatérales. On parvint en 1985 à un modus vivendi qui déboucha sur un accord de coopération policière, judiciaire et douanière en mai 1998. Le climat s'était entre-temps réchauffé avec la visite officielle de François Mitterrand en Suisse en avril 1983, la première depuis 1910, suivie par celle de Jacques Chirac en 1998, et l'intensification des échanges culturels grâce à l'inauguration par Pro Helvetia du Centre culturel suisse de Paris (hôtel Poussepin, 1985). Les contacts officiels entre les deux pays se sont depuis focalisés sur la question de l'intégration européenne et ses répercussions bilatérales sur les transports, l'environnement et la coopération transfrontalière. En matière de sécurité, les deux pays ont organisé des manœuvres communes.

Auteur(e): Claude Hauser

5.2.2 - Economie

Le retour à la paix ne se traduisit pas immédiatement par celui de la prospérité. Même s'ils retrouvèrent un mouvement à la hausse, les échanges avec la F. souffrirent jusqu'au début des années 1950 de la réadaptation de l'économie à la normalité. Pour aider à la reconstruction de la F., la Suisse accorda le 22 mars 1945 un crédit de 250 millions de francs, qui sera suivi par d'autres. Epargnée par la guerre, la Suisse put reprendre rapidement ses exportations de machines et de produits chimiques. La signature de l'Accord général sur les tarifs et le commerce (Gatt) en 1947 ouvrit une période de libéralisation qui provoqua ses effets sur le commerce franco-suisse dans les années 1950.

L'essor sans précédent des Trente glorieuses augmenta encore les échanges commerciaux, la prépondérance des importations françaises sur les exportations suisses se maintenant. La création du Marché commun en 1957 ne modifia pas fondamentalement les relations entre les deux pays. En 1964, la F. devint le deuxième vendeur (derrière l'Allemagne) avec 14,9% de l'ensemble des importations et le quatrième acheteur avec 8,7%. Rapportée à l'ensemble du commerce extérieur, la part de la F. dans les importations totales de la Suisse se réduisit toutefois. Evaluée à 10,2% en 1953, la proportion tomba à 7,6% en 1970 malgré une augmentation en volume de près de 3000 millions de francs. Grâce à la mise en place du Marché commun, la F. pénètre mieux les marchés européens. La tendance se vérifie aussi en ce qui concerne les exportations suisses vers la F., concurrencées par celles des membres du Marché commun. Pour soutenir ses propres exportations en F., la Suisse participa à hauteur de 26,2 millions de francs à l'action internationale visant à redresser la situation financière de la F., au bord de la banqueroute au début de 1958.

Avec la crise structurelle des années 1970 et du début des années 1990, ces tendances se renversèrent. L'augmentation des exportations suisses résulta surtout de la forte expansion des produits pharmaceutiques et, dans une moindre mesure, de celle du secteur des machines. Dans les années 1990, il faut ajouter la reprise des exportations horlogères, qui, après une vingtaine d'années d'effritement, connurent un bond spectaculaire. L'attrait de la place financière suisse agit aussi fortement sur de nombreux épargnants et investisseurs français. L'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 se traduisit notamment par un transfert de fortunes dans le "paradis fiscal" helvétique.

La Suisse reste un client majeur de la F. Rapportée à l'ensemble des importations suisses, la proportion passe de 7,6% en 1970 à 11,1% en 1990 pour se stabiliser à un peu plus de 10% dès 1997. Elle atteint 10,2% en 2000 et 10,8% en 2003. Les produits agricoles assurent 12,3% des ventes totales alors que les produits manufacturés et semi-manufacturés (véhicules et produits chimiques), en recul entre 1970 et 1990, se sont redressés par la suite. Le refus de la Suisse d'entrer dans l'Union européenne n'a pas affecté ses relations commerciales avec l'un de ses membres les plus importants.

Depuis 1945, le cadre institutionnel s'est considérablement renforcé. A côté de l'action de la Chambre de commerce suisse en F. et de la Chambre économique France-Suisse déjà actives dans l'entre-deux-guerres, les initiatives seront favorisées sur le plan diplomatique grâce aux collaborations transfrontalières en matière de recherche et développement qui prennent surtout leur essor dans les années 1980. Les projets européens développés au sein de COST (Co-Opération entre Science et Technique), de l'Agence spatiale européenne, et les conventions de coopération régionale (Communauté de travail du Jura en 1985, Interreg dès 1990) renforcent les relations économiques et scientifiques entre les deux pays qui débouchent sur la création d'entreprises franco-suisses et de collaborations entre les universités. Dans cette perspective, l'accélération des prises de participation françaises ou suisses dans les sociétés de l'autre pays suit des logiques économiques et financières qui répondent surtout aux effets de la mondialisation.

<b>France</b><br>Le TGV en gare de Sion le 20 décembre 1997  © KEYSTONE / Sacha Bittel.<BR/>Durant l'hiver 1997-1998, les CFF et la Société nationale des chemins de fer français inaugurèrent une liaison hebdomadaire Paris-Brigue pour les touristes français se rendant dans les stations valaisannes. La première liaison TGV entre la France et la Suisse fut celle de Paris-Lausanne via Vallorbe, en 1984.<BR/>
Le TGV en gare de Sion le 20 décembre 1997 © KEYSTONE / Sacha Bittel.
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Auteur(e): Laurent Tissot

5.2.3 - Mouvements migratoires

L'embellie économique de l'après-guerre revitalisa les courants démographiques interrompus par le conflit mondial. En chiffres bruts, le nombre de Suisses établis en F. diminua sensiblement, 70 000 personnes en 1950, 32 000 en 1970 et 25 000 en 1980, l'évolution ultérieure variant autour de ce dernier nombre. Cette érosion fut compensée par l'augmentation de celui des binationaux: en 1966, 56 000 étaient établis en F., plus de 100 000 depuis 1990. Cette situation juridique stabilisa une population moins encline à rentrer en Suisse lors des retournements conjoncturels de 1973 et des années 1980. Elle traduit l'intensité des échanges qui ont débouché sur une augmentation des mariages binationaux. Les enfants issus de ces unions réclament aussi un statut juridique qui peut se révéler bénéfique à terme sur le plan professionnel.

Le nombre de Français établis en Suisse suivit une évolution plus contrastée. L'augmentation fut continue durant les Trente glorieuses (plus de 30 000 individus au début des années 1960, près de 54 000 en 1973). L'ascension a repris depuis 1990, après une période de stabilisation (env. 47 000 personnes) dans les années 1980. En 2000, on comptait quelque 61 000 Français en Suisse. Sur le plan économique, le recrutement de frontaliers dès les années 1960 assura à de nombreuses entreprises suisses une main-d'œuvre qualifiée et relativement bon marché. Entre 1978 et 2000, le nombre de frontaliers français a doublé et est passé de près de 38 000 personnes à plus de 79 000. Si Genève attire un nombre important de cadres, employés surtout dans les services, les organisations internationales et les entreprises multinationales, l'arc jurassien voit un flux de travailleurs engagés dans les entreprises horlogères et métallurgiques des cantons de Neuchâtel, de Vaud et du Jura, et la chimie bâloise recrute en Alsace. Bénéficiant d'avantages salariaux, cette main-d'œuvre suscite de nombreuses récriminations tant en Suisse qu'en F. Plusieurs traités bilatéraux ont réglé son statut juridique et fiscal, notamment les accords de 1958 et 1983.

Auteur(e): Laurent Tissot

5.2.4 - Relations culturelles

Depuis la fondation de Pro Helvetia, les relations culturelles sont largement institutionnalisées. Les échanges universitaires sont réglés sur le plan bilatéral, puis européen (programme Erasme dès 2001). Les professeurs suisses non naturalisés français sont l'exception (Jean Ziegler à la Sorbonne, Denis Knoepfler au Collège de France). L'Alliance française, créée en 1883 à Paris, comptait en 2004 dix groupes en Suisse (cours de français, conférences, etc.).

Plus qu'autrefois, la F. s'ouvre aux littératures étrangères. Friedrich Dürrenmatt, Max Frisch, Paul Nizon et Fritz Zorn sont traduits en français et Jacques Chessex reçoit en 1973 le prix Goncourt. Les dictionnaires de langue acceptent des termes régionaux. Des collaborations existent en matière de télévision. En architecture et dans les beaux-arts, quelques noms se distinguent, Le Corbusier, Eva Aeppli, Jean Tinguely, Daniel Spörri et Bernard Tschumi. A l'inverse, Jean Nouvel est appelé à Lucerne (Centre de musique et de congrès, 1999) et a travaillé pour Expo.02 (monolithe de Morat).

Malgré les liens séculaires entre les deux pays, la Suisse reste pour la F. un pays complexe voire incompréhensible (ses institutions, son multiculturalisme), critiqué pour son secret bancaire et brocardé pour ses travers.

Auteur(e): Lucienne Hubler

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– AFS
Sources imprimées
Répertoire des doc. diplomatiques franco-suisses, 1443-1830, ms., 1962 (copie E. Rott)
DDS, 1-18
– G. Livet, Recueil des instructions aux ambassadeurs et ministres de France, 30, 1983
Bibliographie
  • Généralités

    Hist. militaire de la Suisse, 1915-1935
    – W. Bodmer, Die Entwicklung der schweizerischen Textilwirtschaft im Rahmen der übrigen Industrien und Wirtschaftszweige, 1960
    – A. Hauser, Schweizerische Wirtschafts- und Sozialgeschichte, 1961
    HS
    HbSG, 2 vol., 1972-1977
    Aspects des rapports entre la France et la Suisse de 1843 à 1939, 1982
    Nouvelle hist. de la Suisse et des Suisses, 1983 (21986)
    Cinq siècles de relations franco-suisses, 1984
    AH, 1
    – Francillon, Littérature, 1-4
  • Moyen Age et époque moderne

    – E. Rott, Hist. de la représentation diplomatique de la France auprès des cantons suisses, de leurs alliés et de leurs confédérés, 11 vol., 1900-1935
    – E. Wild, Die eidgenössischen Handelsprivilegien in Frankreich, 1444-1635, 1915
    – M. Gouron, Matricule de l'Université de Médecine de Montpellier, 1957
    – H.C. Peyer, Leinwandgewerbe und Fernhandel der Stadt St. Gallen von den Anfängen bis 1520, 2 vol., 1959-1960
    – S. Stelling-Michaud, «L'ancienne Université d'Orléans et la Suisse du XIVe au XVIe s.», in Actes du Congrès sur l'ancienne Université d'Orléans, 1962, 125-138
    – J.-F. Bergier, Genève et l'économie européenne de la Renaissance, 1963
    – A. Dubois, Die Salzversorgung des Wallis 1500-1610, 1965
    – Ph. Gern, Aspects des relations franco-suisses au temps de Louis XVI, 1970
    – A. Gasser, «Les guerres de Bourgogne, leurs causes, leur déclenchement», in Grandson, 1476, 1976, 66-111 (all. 1973)
    – S. Stelling-Michaud, La diffusion du droit romain en Suisse, 1977
    – R. Locatelli, «Réseau monastique et canonial de part et d'autre du Jura au XIIe s.», in RHES, 82, 1988, 89-114
    – A.-M. Piuz, L. Mottu-Weber, L'économie genevoise, de la Réforme à la fin de l'Ancien Régime, 1990
    – M. Tanaka, La nation anglo-allemande de l'Université de Paris à la fin du Moyen Age, 1990
    – A.-J. Tornare, Les troupes suisses capitulées et les relations franco-helvétiques à la fin du XVIIIe s., 2 vol., 1996
  • XIXe et XXe siècles

    – L. Monnier, L'annexion de la Savoie à la France et la politique suisse, 1932
    – J.-Ch. Biaudet, La Suisse et la monarchie de juillet, 1941
    – R. Vogel, Les conditions de la politique commerciale de la Suisse, 1966
    – A. Lacher, Die Schweiz und Frankreich vor dem Ersten Weltkrieg, 1967
    – G. Andrey, Les émigrés français dans le canton de Fribourg (1789-1815), 1972
    – A. Rufer, La Suisse et la Révolution française, 1974
    – G. Lévêque, La Suisse et la France gaulliste 1943-1945, 1979
    – S. Colley, Les réfugiés français en Suisse (1940-1944), mém. maîtrise Paris X, 1988
    – P. Bissegger, «Etudiants suisses à l'Ecole polytechnique de Paris (1798-1850)», in RSH, 39, 1989, 115-151
    – P. Chessex et al., La Suisse & la Révolution française, 1989
    – E. Mévillot, Diplomatie et perception: les relations franco-suisses au temps du Front populaire, mém. lic. Fribourg, 1991
    – Ph. Gern, S. Arlettaz, Relations franco-suisses au XIXe s., 1992
    – R. Jérusalmi, Les relations économiques franco-suisses (1939-1945), 1995
    – P. Bongard, L'Autre guerre: intellectuels et propagande française en Suisse pendant la Grande Guerre (1914-1918), 1996
    – C. Hauser, Aux origines intellectuelles de la Question jurassienne: culture et politique entre la France et la Suisse romande, 1997
    – S. Guex, éd., La Suisse et les grandes puissances 1914-1945, 1999
    – M. Vovelle, «La Suisse et Genève dans la politique et l'opinion publique française à l'époque révolutionnaire», in Regards sur l'Helvétique, 2000, 215-236
    – M. Perrenoud, R. Lopez, Aspects des relations financières franco-suisses (1936-1946), 2002
    – A. Clavien et al., "La province n'est plus la province": les relations culturelles franco-suisses à l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale (1935-1950), 2003