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Delémont (commune)

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Comm. JU, chef-lieu de canton et de distr. Elle comprend la ville de D., les hameaux du Vorbourg, de Bellerive et quelques fermes et s'étend de la vallée de la Sorne à un anticlinal du Jura plissé (930 m). La ville, située à 29 km au sud-ouest de Bâle, se trouve au croisement des axes de communication (rail et route) Bâle-Bienne-Genève et Berne-Bienne-Belfort-Paris. On distingue la vieille ville, soit l'ancien bourg fortifié bâti sur une terrasse, et la ville neuve, née dans le dernier quart du XIXe s., avec la construction du quartier de la gare. 736/737 in figo Delemonte, 1131 Telsperg, all. Delsberg. Résidence d'été des princes-évêques de Bâle et centre administratif pour la vallée de D. et la prévôté de Moutier-Grandval sous l'Ancien Régime, sous-préfecture française (1793-1813), chef-lieu de bailliage, puis de district bernois (1815-1978), siège du parlement et du gouvernement de la République et Canton du Jura depuis 1979.

AnnéeHabitants
1770921
17981 062
18061 176
18091 322
18181 278
18371 422
18461 650

Année 18501880a191019301950197019902000
Habitants 1 6502 7936 1616 3937 50411 79711 54811 353
LangueFrançais 1 7543 5904 5145 8468 8419 4429 574
 Allemand 1 2282 3041 7331 4321 086450350
 Italien 212591372131 398576449
 Autres 489134721 080980
Religion, confessionCatholiquesb 2 2083 8613 8985 0589 1638 9097 826
 Protestants 7142 1822 3832 3502 4681 6881 440
 Autres 85118112961669512 783
 dont communauté juive 7775554936149
 dont communautés islamiques      178547
 dont sans appartenancec      561917
NationalitéSuisses1 4602 6575 2846 0327 1149 4319 1128 436
 Etrangers1903168773613902 3662 4362 917

a Habitants et nationalité: population résidante: langue et confession: population "présente"

b Y compris catholiques-chrétiens jusqu'en 1930; depuis 1950 catholiques romains

c N'appartenant à aucune confession ou à aucun groupe religieux

Sources:Auteur; OFS

1 - De l'âge du Bronze au haut Moyen Age

Les premières traces d'habitat remontent à l'âge du Bronze moyen. On a trouvé une quinzaine d'urnes cinéraires dans la plaine alluviale à l'ouest de la ville et des habitats du Bronze final, à l'ouest, au sud et dans la cluse du Vorbourg, en relation directe avec le site du Roc de Courroux; des habitats de l'âge du Fer au sud de la ville; les vestiges d'un mausolée gallo-romain et d'un petit dépôt monétaire au lieudit la Communance et une villa (ou plusieurs?) à proximité, pouvant signaler un vicus. Sauf l'existence d'un hameau de forgerons à l'ouest de la ville, on ignore tout du haut Moyen Age, en particulier la date du peuplement de la terrasse naturelle dominant le confluent de la Sorne et de la Birse, qui forme le noyau urbain primitif déjà fortifié au milieu du XIIIe s.

Auteur(e): François Kohler

2 - Moyen Age et Ancien Régime

2.1 - Les institutions

Possession des ducs d'Alsace dès le VIIe s., la vallée de D. fit partie depuis le XIIe s. de la seigneurie de Ferrette, laquelle fut achetée par l'évêque de Bâle en 1271. A cette date, D. comprenait un bourg fortifié et deux châteaux surplombant la cluse du Vorbourg, où résidaient probablement les nobles de Telsberg. L'évêque Pierre Reich de Reichenstein octroya le 6 janvier 1289 une lettre de franchises aux habitants de la petite localité. Cette charte conférait à D. le statut de ville; en même temps, elle favorisa la croissance urbaine en fixant les conditions de lotissement du sol. En 1338, D. obtint le droit de percevoir l'angal ou octroi sur les vins et denrées et, en 1461, le débit de sel pour la vallée de D. et celle de Moutier. Ces revenus, auxquels s'ajoutaient ceux provenant d'une tuilerie, de deux moulins et de huit métairies, établies entre le XVe et le XVIIe s., fournissaient l'essentiel des recettes nécessaires à l'administration et aux travaux publics.

La charte de 1289 et le règlement de police de 1356, octroyés par l'évêque, ainsi que les us et coutumes consignés dans un document de 1530 modelaient l'organisation municipale. L'ordonnance de police de 1705 réunit en un seul texte l'ensemble des dispositions régissant les autorités locales, compétentes non seulement pour la gestion communale mais aussi pour l'exercice de la basse justice dans la vallée. Sous la haute surveillance du maire (nommé plus tard châtelain ou grand-bailli), qui administrait au nom du prince-évêque la seigneurie de D., la ville était gérée par un Conseil de ville ou Magistrat. Comprenant deux maîtres-bourgeois (bourgmestres), deux lieutenants et dix conseillers, il était divisé en deux groupes, chacun fonctionnant une année sur deux. Comme le bandelier (porte-bannière de la milice) et les six notables consultés dans les affaires importantes, les conseillers étaient élus à vie par l'assemblée des bourgeois qui, seuls, participaient à la gestion des affaires publiques. Ce droit, de même que la pleine jouissance des biens communaux, était refusé aux "habitants" et aux résidents, "étrangers" établis depuis plus ou moins longue date dans la ville. L'accession à la bourgeoisie se heurta dès le XVIIe s. à l'attitude protectionniste des corps de métiers.

Auteur(e): François Kohler

2.2 - L'urbanisme

Construite selon un plan à peu près rectangulaire, avec deux grands axes longitudinaux croisant trois rues transversales, la ville était entourée de remparts renforcés au sud-ouest, où s'élevait depuis le XIVe s. le château épiscopal, et flanqués à l'angle nord-est d'une grande tour ronde à bossage du XIIIe s. Quatre portes y donnaient accès: la porte Monsieur ou de Porrentruy, la porte au Loup, celle des Moulins et celle des Prés ou de Bâle, laquelle était déjà murée en 1487, quand un incendie anéantit une grande partie de la ville. Celle-ci s'orna de fontaines monumentales de style Renaissance tardif. Un hôpital fut fondé en 1447. Les principaux édifices publics furent reconstruits au XVIIIe s.: le château épiscopal (résidence d'été) et ses dépendances, entre 1716 et 1721, par Pierre Racine, de Tramelan; le bâtiment de la châtellenie en 1717; l'hôtel de ville en 1742-1745 par Giovanni Gaspare Bagnato; l'hôtel particulier de la famille des grands baillis Rinck de Baldenstein en 1753; l'église Saint-Marcel, rebâtie sur les plans de Pierre-François Paris entre 1762 et 1767, à l'emplacement d'un édifice de style gothique tardif (clocher de 1850-1851).

Auteur(e): François Kohler

2.3 - Les métiers, l'économie

Au XVe s., les corps de métiers étaient regroupés en cinq "chandoilles", à la fois confréries religieuses et organisations corporatives: les Voigneurs ou Cultivateurs (laboureurs, meuniers, boulangers), les Chappuis ou Charpentiers (artisans du bois, du fer et de la terre), les Crevoisiers ou Cordonniers (métiers du cuir, bouchers), les Texerans ou Tisserands et les Pelletiers ou Tailleurs. En 1716, les deux dernières fusionnèrent pour former la corporation des Marchands (avec les barbiers, chirurgiens, cabaretiers, notaires, etc.). En 1770, les arts et métiers occupaient la moitié de la population active, le commerce et les professions libérales un bon quart et l'agriculture un cinquième seulement, alors que laboureurs, manouvriers et vachers représentaient les deux tiers de la population active dans le reste de la seigneurie. La vie économique était rythmée par le marché hebdomadaire, cité pour la première fois en 1416, et par les foires - deux par année, quatre depuis 1612 - dont le bétail constituait l'attrait principal.

Auteur(e): François Kohler

2.4 - L'Eglise

Citée en 1255, la paroisse avait pour patron saint Marcel et pour collateur l'évêque de Bâle. Un rectorat la desservait, composé d'un curé ou recteur et de sept (quatre depuis 1760) chapelains. Le recteur de Saint-Marcel était aussi doyen du chapitre rural de Salignon, l'un des doyennés (ou décanats) du diocèse de Bâle. De 1534 à 1792, l'église paroissiale servit également de collégiale pour le chapitre de Moutier-Grandval, chassé par la Réforme. La chapelle Saint-Michel (1614) fut construite pour le cimetière transféré hors les murs. Le rectorat, le couvent des capucins, fondé en 1624/1629 dans l'esprit de la Contre-Réforme, et celui des ursulines, installé en 1698 pour l'instruction des filles, furent supprimés en 1793. L'école paroissiale des garçons remonterait au XIIIe s.

Au Vorbourg, la chapelle Saint-Imier, ancien oratoire du château inférieur de Telsberg, fut reconstruite en 1586 et dédiée à la Vierge. L'essor du culte marial à partir du XVIIe s. requit plusieurs agrandissements et rénovations. Après le couronnement de la statue de Notre-Dame en 1869 et le Kulturkampf, le Vorbourg devint le lieu de pèlerinage le plus populaire du Jura catholique.

Auteur(e): François Kohler

3 - XIXe-XXe siècles

3.1 - Sous le régime français

Après l'invasion de l'évêché de Bâle par les troupes françaises et le ralliement des notables locaux à la Révolution, puis l'annexion à la France, D. devint en 1793 chef-lieu d'un des deux districts du département du Mont-Terrible, siège du tribunal criminel et du commandement militaire. La distinction entre bourgeois et habitants fut supprimée, le Magistrat remplacé par la commune municipale, puis par la municipalité de canton du Directoire. En 1800, avec le rattachement du Mont-Terrible au Haut-Rhin, D. devint sous-préfecture du 3e arrondissement et siège du tribunal de première instance. La commune municipale était dirigée par un maire tout-puissant et son adjoint, tous deux nommés par le préfet, assistés d'un conseil au rôle consultatif.

Auteur(e): François Kohler

3.2 - Le régime bernois

La réunion à Berne en 1815 fit de D. un chef-lieu de bailliage, puis de district (dès 1831). L'ancienne organisation communale fut rétablie avec les privilèges de la commune bourgeoise, qui accueillit quelques dizaines de nouveaux membres avant de se refermer presque hermétiquement après 1820. La révolution libérale de 1831 sonna le glas de l'hégémonie politique des bourgeois en créant la commune municipale et en étendant l'exercice des droits politiques à tous les citoyens actifs. Dès 1832, le dualisme caractérisa l'organisation communale. La convention de classification des biens communaux de la ville, conclue en 1866 sous la pression de l'Etat, octroya à la commune municipale tous les bâtiments, dont le château et l'hôtel de ville, des capitaux et une dotation financière en compensation des biens - métairies, champs, pâturages, forêts - que la commune bourgeoise conservait en propriété privée. Le maire et les conseillers communaux, dont le nombre fut fixé à six après l'introduction de la représentation proportionnelle en 1909, furent élus au bulletin secret en assemblée communale dès 1832, par les urnes dès 1876; les femmes ont obtenu le droit de vote en 1968. Un conseil général de trente membres, introduit en 1901, fut supprimé en 1909 déjà. De 1940 à 1972, un conseil scolaire de trente et un membres fut chargé de la nomination du corps enseignant de l'école primaire; sa suppression coïncida avec l'entrée en fonction du Conseil de ville de cinquante et un membres qui remplaça l'assemblée communale. Le règlement d'organisation communale, le budget et les taux d'impôts, le régime de base des constructions et les plans de zones, les modifications de territoire et l'affiliation à des syndicats de communes restent toutefois du ressort exclusif du corps électoral, qui dispose également des droits de référendum et d'initiative (10% des électeurs).

Auteur(e): François Kohler

3.3 - La vie politique

Du point de vue politique, la composition des autorités delémontaines depuis 1831 fut marquée par un siècle d'hégémonie libérale-radicale, puis par la prépondérance du parti socialiste. En 1833, les conservateurs constituèrent les premières autorités de la nouvelle commune municipale. En 1838, ils en furent écartés par les libéraux-radicaux qui, grâce au système majoritaire, dominèrent presque sans partage jusqu'à la fin du siècle, quand une partie de l'électorat ouvrier se tourna vers le parti socialiste. Malgré l'introduction de la représentation proportionnelle, le parti radical conserva, à part deux brèves interruptions, la majorité au Conseil municipal jusqu'en 1943, lorsque fut élu un maire conservateur catholique. La poussée socialiste de l'après-guerre se traduisit par la conquête de la mairie et de la majorité en 1952, perdue en 1964 et retrouvée de 1980 à 1992, après alliance avec le parti ouvrier et populaire (POP). Le parti conservateur catholique (PDC après 1971) perdit en 1957 son aile chrétienne-sociale, qui forma un parti indépendant (PCSI).

Face à des journaux à l'existence plus ou moins brève, Le Démocrate, fondé en 1877, d'obédience radicale, s'imposa comme seul quotidien local. Il fusionna en 1993 avec son concurrent catholique de Porrentruy, Le Pays, pour fonder Le Quotidien jurassien. Après 1947, D. devint le quartier général du mouvement séparatiste abritant le secrétariat général du Rassemblement jurassien et l'imprimerie du Jura Libre; depuis 1948 s'y déroule chaque année la Fête du peuple jurassien. L'électorat delémontain approuva avec 77% de oui la création du canton du Jura en 1959 et en 1974. L'Assemblée constituante jurassienne se réunit à D. de 1976 à 1978 et choisit cette ville comme chef-lieu du nouveau canton. Malgré cette promotion, D. n'a pas connu la croissance démographique attendue, l'entrée en souveraineté ayant coïncidé avec la crise économique.

Auteur(e): François Kohler

3.4 - Transformations urbaines

La bourgade de quelque mille habitants du début du XIXe s. s'est transformée en une agglomération urbaine de près de 12 000 habitants à la fin du XXe s. Vers 1800, mis à part quelques maigres faubourgs, D. était une ville close, confinée derrière ses remparts. L'ouverture de la ville commença sous le régime français avec la réalisation en 1811 d'une promenade, remplaçant l'enceinte au nord et à l'ouest. Un incendie en 1829 permit la création d'une nouvelle place publique au centre de la ville, la place Brûlée (aujourd'hui place Roland-Béguelin). L'exploitation du minerai de fer de la vallée fit naître deux sites industriels à l'est de la ville: le haut fourneau de D. en 1838 et celui des Rondez en 1854. On démolit en 1854 la porte des Moulins, en 1898 celle des Prés, contre laquelle butait la nouvelle route de Bâle construite en 1877. Mais ce fut surtout la construction de la gare, en 1875, qui détermina le développement urbain ultérieur. La place et l'avenue de la Gare, avec leurs hôtels et leurs commerces, devinrent le nouveau centre de gravité de la localité. Depuis le milieu du XXe s., ce quartier concentre l'essentiel des activités commerciales, tandis qu'usines et entrepôts ont essaimé dans les zones industrielles créées au sud de la gare. Divers quartiers résidentiels datent de la fin du XIXe s.: habitations ouvrières, pavillonnaires ou collectives dans les parages de la gare, maisons locatives et villas familiales aux abords de la vieille ville et sur les hauteurs. Depuis le milieu du XXe s., de nouvelles zones résidentielles se sont étendues dans la périphérie. Un plan d'aménagement local et un nouveau règlement sur les constructions ont été adoptés en 1981 et révisés en 1998.

Le comblement de l'étang de la porte au Loup et la suppression des ruisseaux de rues coïncidèrent avec l'établissement du système du tout-à-l'égout (1900). L'éclairage public date de 1811 avec l'installation de réverbères à huile, remplacés par des lanternes à pétrole, des lampes à gaz (1883) et des lampadaires électriques (1914). Le premier réseau électrique, alimenté par une usine à Courtételle, fut installé en 1900; en 1903, la ville fit appel aux usines de Wangen, absorbées en 1916 par les Forces motrices bernoises. L'usine à gaz (1875) fut reprise en 1963 par la commune, qui s'est rattachée au réseau bâlois de gaz naturel en 1992.

Auteur(e): François Kohler

3.5 - Economie et société

Le développement industriel de D. est fondé à l'origine sur l'exploitation du minerai de fer de la région. En 1838, la Compagnie des forges de Bellefontaine établit à D. un haut fourneau et une fonderie; en 1854, la société Reverchon & Vallotton de Vallorbe fit de même aux Rondez. Dès les années 1860, le déclin de l'industrie du fer amena la fermeture du haut fourneau de D. En 1883, les Rondez furent rachetés par la société Von Roll qui restructura l'entreprise et lui donna un nouvel essor: 25 ouvriers en 1883, 150 en 1900, 424 en 1913.

La construction du réseau ferroviaire jurassien (1872-1877) fit de D. une plaque tournante au carrefour des lignes Bâle-Bienne et Berne-Paris. Le personnel de la gare - quinze employés en 1875 - augmenta rapidement et, en 1910, dépassa les 300 cheminots, la plupart d'origine alémanique. A la fin du XIXe s., une fabrique d'horlogerie, une brasserie, des ateliers de boîtes de montres, de serrurerie et de constructions mécaniques, un entrepôt fédéral des alcools, des fabriques de meubles, de cigares et de ciment s'établirent au bord du canal du Ticle ou à proximité de la gare. Une coutellerie, transférée de Courtételle en 1900, fut développée par Théo Wenger dès 1908, tandis que la famille Gerber fondait la fabrique de montres Jura Watch en 1909 et bâtissait une grande manufacture de boîtes en 1911. En 1929, D. comptait quinze fabriques occupant plus de mille personnes, en majorité dans l'horlogerie et la métallurgie. Après 1945, le secteur secondaire se diversifia (fours électriques, citernes et brûleurs, outillage de précision, caractères de machines à écrire, réveils et montres de style, connecteurs électroniques). En 1975, D. offrait 2941 emplois dans l'industrie, dont 1313 dans les machines et la métallurgie, 611 dans l'horlogerie et 2955 dans les services. En 1990, on recensait 3116 emplois dans l'industrie, dont 1767 dans les machines et la métallurgie et plus que 202 dans l'horlogerie; en revanche, avec 5452 emplois, le tertiaire est devenu nettement majoritaire avec l'essor des banques, des assurances, des activités commerciales, l'extension des institutions sociales, médicales et scolaires et l'implantation d'une grande partie de la nouvelle administration cantonale. L'hôpital régional, ouvert en 1850, était desservi par une vingtaine de personnes en 1935 lors de la construction d'un nouveau bâtiment. En 1988, après son agrandissement, ses services employaient quelque 560 personnes qui travaillaient aussi dans l'ancien hospice des vieillards (1871), transformé en home médicalisé. Au cours du dernier quart de siècle, D. a renforcé son rôle de centre économique régional: en 1990, la moitié des quelque 8700 emplois était occupée par des navetteurs domiciliés pour la plupart dans les communes voisines. En 2000, le secteur secondaire avait perdu plusieurs centaines d'emplois.

La structure sociale se modifia profondément au XIXe s. Vers 1800, la société delémontaine se divisait en quelques familles aristocratiques, une forte classe moyenne et un important groupe de prolétaires, de domestiques en particulier. Les deux tiers des Delémontains étaient encore originaires de la commune en 1818. L'industrialisation amena des immigrés alémaniques et étrangers et D. devint une ville d'ouvriers et d'employés. Une majorité des nouveaux arrivants était germanophone et D. fut, de 1860 à 1930, une ville bilingue: le quartier de la gare parlait l'allemand. La petite bourgeoisie (chefs d'entreprise, commerçants, artisans, professions libérales) garda jusqu'au milieu du XXe s. le contrôle de la politique locale.

Auteur(e): François Kohler

3.6 - Vie culturelle

La vie associative s'est développée en rapport avec l'évolution démographique: environ 10 sociétés en 1850, 65 en 1910, 140 en 1990. Des sociétés du milieu du XIXe s. - chant, musique, tir, gymnastique, Société jurassienne d'émulation, Casino (lecture et utilité publique) - le réseau associatif s'est étendu et diversifié par la multiplication des associations mutuelles, professionnelles, culturelles et sportives, différenciées selon leur spécialité ou les clivages sociopolitiques (organisations ouvrières et syndicales, groupements à caractère religieux, ethnique ou politique). En 1990, les sociétés sportives représentaient 40% des sociétés locales, qui disposaient du centre sportif de la Blancherie, achevé en 1986.

Jusqu'au milieu du XXe s., l'ancien château épiscopal suffisait à abriter les écoles primaire, secondaire (collège fondé en 1812) et professionnelle. La croissance démographique nécessita de nouveaux bâtiments: le collège en 1953, agrandi en 1971 et 1996; l'école supérieure de commerce (fondée en 1911) et l'école professionnelle des arts et métiers, réunies sous le même toit en 1962 (la seconde sera transférée dans le Centre professionnel inauguré en 1999); l'école primaire du Gros-Seuc en 1973. L'école normale des institutrices (1846) a été réunie à celle des instituteurs, basée à Porrentruy, après 1979; l'école de culture générale occupe ses locaux. D. abrite le Musée jurassien d'art et d'histoire (1909) et, depuis les années 1950, deux bibliothèques municipales, une ludothèque, l'école jurassienne de musique et le Centre culturel régional.

Après l'intermède révolutionnaire, le culte catholique fut rétabli en 1802 à D. en vertu du Concordat. En 1873, pendant le Kulturkampf, le curé-doyen de D. fut révoqué et exilé, et remplacé par un prêtre catholique-chrétien; il ne put revenir qu'en 1878. De 1874 à 1907, Soyhières fut rattaché à la paroisse de D. Un couvent de capucins s'est installé en 1922 sur le domaine de Montcroix et le centre de formation chrétienne Saint-François a ouvert en 1963. Dans le quartier de la gare, la paroisse construisit la chapelle Saint-Joseph en 1954; le centre paroissial date de 1989. La paroisse réformée évangélique fut constituée en 1869 avec un pasteur alémanique; un poste de pasteur français fut créé en 1906. Le temple de 1865 fut agrandi en 1924 et le centre protestant construit en 1974. Plus modeste fut la communauté juive, composée principalement de marchands de bétail et de textiles venus d'Alsace; la synagogue, édifiée en 1911, fermée au culte depuis 1982 et restaurée en 2000, est devenue un centre culturel.

Auteur(e): François Kohler

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– AMun
Sources imprimées
D'lem-Info, 1983-
Bibliographie
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– A. Rais, Rues delémontaines, 1946
– A. Rais, Delémont, ma ville, 1956
– M. Bassand, J.-P. Fragnière, Les ambiguïtés de la démocratie locale, 1976
Delémont, une ville pour demain, 1978
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– «Delémont dans l'Hist.», in Actes SJE, 1989, 245-348
– M. Berthold, République et Canton du Jura, 1989, 27-46
– P. Pégeot, «Les Franchises de Delémont», in Actes SJE, 1989, 377-387
– J.-L. Rais, Les archives racontent ..., 1989
– F. Kohler et al., Delémont notre ville, 1990
– F. Kohler, Hôtel de ville de Delémont, 1995
– R. Lachat, Histoires d'eau à Delémont, 1995
– J.-L. Rais, Delémont, de rue en rue, de siècle en siècle, 2001