25/10/2001 | communication | PDF | imprimer | 

Argovie bernoise

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Le centre géographique de l'A. est la vallée de l'Aar entre Aarau et Brugg. Au sud s'étendent les vallées glaciaires de la Suhre, de la Wyna et de l'Aabach. Au nord, s'élève le Jura plissé qui, vers le Fricktal avoisinant, se mue en Jura tabulaire. L'A. recouvre les districts argoviens actuels d'Aarau, Kulm, Zofingue, Lenzbourg et Brugg, qui firent partie de l'Etat bernois du XVe s. à 1798. Le terme n'a rien d'historique et n'a jamais eu de signification administrative. Depuis la réforme militaire de 1628, les Bernois appelaient ces territoires, qu'ils avaient pris aux Habsbourg en 1415, Basse-Argovie (Unteraargau), par opposition à la Haute-Argovie, territoire qui s'étend entre Langenthal et Berthoud et qui, lui, est resté bernois jusqu'à ce jour.

En 1415, les troupes bernoises envahirent la Basse-Argovie dans le cadre de l'action punitive exercée contre le duc Frédéric IV de Habsbourg à la suite de sa mise au ban de l'Empire. Ils conquirent les villes d'Aarau, Zofingue, Lenzbourg et Brugg, ainsi que la plupart des châteaux que les ministériaux habsbourgeois possédaient dans la vallée de l'Aar et les vallées latérales. Jusqu'en 1514, Berne continua d'étendre sa domination en direction du Jura, s'appropriant plusieurs passages d'importance stratégique vers le Fricktal qui appartenait alors à l'Autriche antérieure. La Basse-Argovie devint ainsi un pays sujet avec, finalement, sept bailliages et quatre "villes municipales", Aarau, Zofingue, Lenzbourg et Brugg, qui conservaient des droits particuliers tels que la justice criminelle. Subsistaient en outre de nombreuses seigneuries des anciens ministériaux habsbourgeois dont les droits étaient grignotés peu à peu par Berne. L'administration des bailliages était réduite aux baillis et secrétaires baillivaux bourgeois de Berne, et aux notables locaux. Cette organisation communale fut le principal pilier de la domination bernoise, jusqu'en 1798. Ensuite l'A., à l'exception du district d'Aarbourg conservé par Berne, forma le nouveau canton d'Argovie. La seconde Constitution helvétique de 1802 prévoyait la fusion des cantons de Baden, également créé en 1798, et d'Argovie, augmenté pour l'occasion du district d'Aarbourg. En 1803, enfin, la réunion des cantons d'Argovie, de Baden et du Fricktal donna le canton que nous connaissons aujourd'hui.

Economiquement parlant, les bailliages servirent d'abord de grenier à blé aux nouveaux maîtres du pays. Les villes "municipales" n'eurent plus qu'une importance régionale. Aux XVIIe et XVIIIe s., Berne encouragea de plus en plus l'artisanat et les industries naissantes. Vers la fin du XVIIIe s., l'A. était devenue la région la plus industrialisée de l'Etat bernois. Organisé selon le Verlagssystem par des entrepreneurs d'Aarau, de Lenzbourg et de Zofingue, le travail du coton y occupait une place prépondérante. Des réfugiés huguenots accueillis par Berne apportèrent des impulsions décisives à l'industrialisation, laquelle contribua à l'explosion démographique du XVIIIe s.: entre 1764 et 1798, la population s'accrut de 35%, taux très supérieur à la moyenne cantonale. En 1870, les agriculteurs des districts d'Aarau, Lenzbourg, Kulm et Zofingue représentaient de 34 à 40% de la population active, alors que dans les autres districts, la proportion se situait encore entre 46 et 57%. La domination bernoise s'exerça aussi sur le plan confessionnel: après la dispute de Berne (1528), le Conseil décréta l'introduction de la Réforme. Venus de Zurich, de nombreux anabaptistes affluèrent dans le haut Wynental et le Ruedertal au début du XVIe s. Les autorités réprimèrent cette doctrine aux XVIe-XVIIe s., mais ne purent jamais l'éradiquer complètement.


Bibliographie
– E. Bucher, «Die bernischen Landvogteien im Aargau», in Argovia, 56, 1944, 1-191
– A. Lüthi, Wirtschafts- und Verfassungsgeschichte des Klosters Königsfelden, 1947
– G. Boner, «Der Aargau im bernischen Regionbuche von 1782/84», in Argovia, 76, 1964, 12-43; 84, 1972, 13-95
– M. Baumann, «Die bernische Herrschaft aus der Sicht der Untertanen», in Argovia, 103, 1991, 113-123
– B. Meier, Herren - Bürger - Untertanen, 1991
– C. Seiler, A. Steigmeier, Geschichte des Aargaus, 1991
– W. Pfister, Die Gefangenen und Hingerichteten im bernischen Aargau, 1993

Auteur(e): Dominik Sauerländer / WW