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Neuchâtel (commune)

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Comm. NE, chef-lieu du canton et du distr. du même nom, comprenant le quartier de Serrières, les habitations dispersées de la montagne de Chaumont (1171 m), l'ancien hameau du Suchiez et l'ancienne comm. de La Coudre (dès 1930). Elle possède en outre divers domaines, dont celui des Joux (comm. La Chaux-du-Milieu et Les Ponts-de-Martel) depuis 1512 et celui du Champ-du-Moulin (comm. Brot-Dessous) qui abrite des sources alimentant la ville depuis 1887. Au bord du lac qui porte son nom, traversée par le Seyon (cours souterrain), la ville est située sur le tracé de l'autoroute A5, la ligne ferroviaire du pied du Jura et la ligne Paris-Berne (TGV); des lignes la relient aussi à La Chaux-de-Fonds puis au Locle, au Val-de-Travers et à Fribourg. Siège des autorités cantonales, centre de l'agglomération formée par les localités du littoral comprises entre les communes de La Tène (est) et Cortaillod (ouest), N. fait partie de la Communauté urbaine du littoral (Comul) créée en 2007 dans le cadre du projet du Réseau urbain neuchâtelois (RUN). 1011 Novum castellum, 1143 Novum Castrum. Le nom évolue simultanément en allemand, 1033 Nuvenburch, dès 1725 env. Neuenburg, et en français 1251 Nuefchastel, 1338 Neufchastel, dès 1750 et progressivement N.

Population de Neuchâtela
AnnéeHabitants
13531 000-1 200
1530env. 1 600
17503 666
1800env. 4 000

Année18501870b18881900191019301950197019902000
Habitants7 90112 93416 56521 19524 17122 66827 99838 78433 57932 914
En % de la population cantonale11,2%13,6%15,3%16,8%18,2%18,2%21,8%22,9%20,5%19,6%
Langue          
Français  11 51115 56617 54317 02721 89726 20024 57925 881
Allemand  4 6514 5965 1614 6124 7845 1172 4671 845
Italien  2608019917231 0095 1152 0711 421
Autres  1432324763063082 3524 4623 767
Religion, Confession          
Protestants7 09811 01213 97317 54819 75018 61521 43921 88213 19810 296
Catholiquesc7892 3272 3873 5003 9443 6385 89115 26213 30510 809
Autres142512051474774156681 6407 07611 809
dont communauté juive  94801116358595558
dont communautés islamiques       764811 723
dont sans appartenanced       7915 6347 549
Nationalité          
Suisses7 06811 30614 44718 10820 62520 64026 30730 01224 25022 801
Etrangers8332 2842 1183 0873 5462 0281 6918 7729 32910 113

a Données 1850-2000: selon la configuration territoriale de 2000

b Habitants: population résidante; religion et nationalité: population "présente"

c Y compris catholiques-chrétiens de 1888 à 1930; depuis 1950 catholiques romains

d N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

Sources:Auteur; recensements fédéraux

1 - De la préhistoire au haut Moyen Age

Les vestiges d'un campement de chasseurs magdaléniens remontant à 13 000 av. J.-C. constituent la plus ancienne trace de présence humaine relevée sur l'actuel territoire communal. En 1990, lors de la construction de l'A5, sont apparus au lieudit Monruz (La Coudre) des foyers entourés de silex taillés et d'ossements, 5 m en dessous de la route cantonale. L'ensoleillement, des berges plus larges qu'aujourd'hui (lac plus bas de 3 m env.), les déplacements du gibier (chevaux, rennes) sur l'axe Rhône-Rhin ont favorisé l'implantation temporaire des hommes de Cro-Magnon. Aux artefacts lithiques et osseux s'ajoutent trois minuscules pendeloques en lignite, représentations de fécondité, premières figurations humaines signalées en Suisse. A ce même emplacement séjournèrent un peu plus tard des chasseurs aziliens (11 000 av. J.C). La faune ayant changé en même temps que le climat, ce sont des cerfs et des sangliers qui constituèrent leurs proies.

S'il n'a pas été possible de retrouver les palafittes signalés au XIXe s. au lieudit le Crêt (parages de l'église rouge), la construction de la station inférieure du funiculaire reliant la gare à l'université (1999) a permis la mise au jour d'une station littorale, appartenant à la phase tardive de la civilisation de Cortaillod (Néolithique moyen). La dendrochronologie a fixé ses débuts à 3571 av. J.-C.

L'hypothèse d'une implantation de l'âge du Bronze ou du Fer sur la colline du château, site au caractère défensif évident, n'est pas vérifiée. On relèvera toutefois la présence d'une tombe hallstattienne (premier âge du Fer) dans la forêt des Cadolles. Une tombe gallo-romaine a été découverte aux Favarges et un modeste dépôt monétaire à Fontaine-André. Fouillés en 1908, au débouché de la Serrière, des thermes gallo-romains remontent aux IIe et IIIe s.

Une nécropole mérovingienne, l'une des plus importantes du canton, existait aux Battieux (Serrières). Trente-huit sépultures du VIIe s. ont été fouillées en 1982, livrant notamment une série de plaques-boucles de ceintures damasquinées ou plaquées argent. A Serrières toujours, on a dégagé dans l'église Saint-Jean (1945 et 1997) les restes d'un édifice cultuel du VIIe s.

Auteur(e): Michel Egloff

2 - Du Moyen Age à 1848

2.1 - Origine et développement de la ville

La région de N., située en bordure de l'importante voie navigable du lac et au débouché de deux importantes cluses (celle de l'Areuse ouvrant vers la Bourgogne par le Val-de-Travers et celle du Seyon donnant accès au Val-de-Ruz et à l'évêché de Bâle) sur l'antique axe subjurassien de la Vy d'Etra appelait tout naturellement l'implantation d'une agglomération urbaine. Un promontoire rocheux, circonscrit au nord et à l'est par le Seyon, offrait une position stratégique suffisamment sûre pour constituer le siège d'une implantation primitive qu'on peut faire remonter à la fin du Xe s., comme l'atteste la datation du fossé creusé pour barrer l'éperon à l'ouest. La première mention connue de N. se trouve dans une donation faite par le roi de Bourgogne Rodolphe III à sa fiancée Irmengarde, le 24 avril 1011. Parmi les biens énumérés figure un lieu dit novum castellum (château neuf) qualifié de regalissimam sedem (domaine très royal). On a pensé longtemps que ce château neuf en avait remplacé un ancien dont on aurait ignoré l'existence et l'emplacement. Les fouilles de l'opulente villa romaine de Colombier, ont relancé le débat, certains voyant dans cet établissement le prédécesseur du novum castellum. En fait, au moment de la donation, N. était probablement le centre d'un domaine nouvellement organisé et venu s'ajouter récemment aux autres résidences royales et chefs manses (sedes) à travers lesquels le roi de Bourgogne administrait ses terres romandes.

Autour de ce château primitif (sis au sud-ouest de la colline) s'établit une garnison qui transforme peu à peu la curtis médiévale en un bourg modeste, concentré entre le fossé occidental et la barrière naturelle du Seyon. Des fouilles dans la collégiale, dont la construction débute dans le dernier quart du XIIe s. tout comme celle de la partie romane du château actuel, ont révélé l'existence d'un édifice antérieur. Une porte sous la tour des Prisons (XIIIe s.) et une autre sous la tour de Diesse (XIIIe s.) servent de verrous au bourg primitif. Plus tard, accolées à ces deux tours, la porte du Chastel et la Maleporte remplaceront ces passages devenus trop étroits.

Avant 1250, la ville s'accroît du carrefour de la Croix-du-Marché, puis de la rue des Moulins; elle gagne la rive gauche du Seyon dans la seconde moitié du XIIIe s. et y implante un quartier neuf (Neubourg, Chavannes, Grand-Rue et rue de l'Hôpital). Au XIVe s., tandis que le comte Louis de N. entreprend la construction d'un nouveau château au nord-est de la colline (embryon du château actuel), la bourgade s'entoure d'un modeste mur d'enceinte, consolidé au XVe s. et progressivement désaffecté dès le milieu du XVIIe s.

Au cours des trois siècles suivants, la ville s'avance sur le lac, occupant le delta naturel du Seyon, mais aussi des terrains gagnés artificiellement sur l'eau. Sur la rive droite s'érigent la maison des Halles (1572) et plusieurs habitations élégantes, principalement les maisons Marval (1609), Chambrier (1660) et Montmollin (1685). Sur la rive gauche, la ville dépasse la limite de l'ancien mur d'enceinte et s'étend jusqu'au lac. On y édifie le temple du Bas en 1696 puis, en 1790, un nouvel hôtel de ville, dont la construction est financée par la fortune que David de Pury lègue à la Ville et Bourgeoisie de N., qui l'utilisera pour réaliser de grands travaux d'édilité (gymnase, détournement du Seyon, collège des filles, route des Montagnes, etc.). Au XVIIIe s., franchissant la barrière de ses anciennes tours, la ville se développe vers l'est, où s'édifie peu à peu le quartier cossu et élégant du Faubourg de l'Hôpital (hôtels particuliers Pourtalès, DuPeyrou, etc.). Jusqu'au début du XIXe s., la ville se développe sur les rives du Seyon et du lac. En 1843, le détournement de la rivière, qui rejette son embouchure 600 m vers l'ouest, permet la création de nouveaux quartiers au centre de la ville.

Trois incendies (1269, 1450 et 1714) et une crue exceptionnelle du Seyon (8 octobre 1579) causent des dommages notoires à la ville de N.

Auteur(e): Jean-Pierre Jelmini

2.2 - Histoire politique et institutionnelle

L'histoire médiévale de N. nous échappe en grande partie. En effet, la crue de 1579 emporte l'hôtel de ville et détruit la quasi-totalité des archives communales. Seules quelques séries comptables survivent à cette catastrophe.

Aux XIe et XIIe s., l'histoire de la ville de N. se confond encore largement avec celle de la seigneurie. Peuplée de pêcheurs, de vignerons et d'artisans, la ville demeure une sorte d'extension de la cour seigneuriale. En avril 1214 cependant, la communauté semble avoir acquis suffisamment d'importance pour que les deux coseigneurs de N., Ulrich III (décès1225) et Berthold (décès1260), lui accordent une charte de franchises (sur le modèle de la coutume de Besançon), qui constitue la première reconnaissance de fait et de droit de l'existence de la communauté urbaine de N. (communitas nostrorum burgensium de Novocastro) et d'une gestion autonome (ministeriales villae). Dans le dernier quart du XIVe s., plusieurs textes attestent l'existence d'un Conseil des Vingt-Quatre, agissant et s'exprimant au nom des bourgeois. Il est placé sous la présidence du maire de N. (désigné par le comte pour rendre la justice avec l'assistance de seize "prudomes") et il valide ses décisions judiciaires par l'apposition du sceau de la mairie (mayorie) de N. Ce sont là les premières mentions d'une administration citadine autonome, mais celle-ci se révèle encore largement tributaire du pouvoir seigneurial. Les comtes signent très tôt des combourgeoisies avec les villes voisines de Fribourg (1290), Bienne (1295) et Berne (1308), mais il faut attendre 1406 pour voir la ville de N. conclure une combourgeoisie indépendante avec Berne et un siècle de plus pour la voir se gouverner elle-même et entamer une réelle émancipation.

En 1522, durant l'occupation du comté de N. par les cantons suisses (1512-1529), le bailli obwaldien Niklaus Halter accorde à la bourgeoisie le droit d'instituer un Grand Conseil de quarante membres qui vient s'ajouter au Petit Conseil qui cumulait jusqu'alors les fonctions administratives, politiques et judiciaires. Dès lors les deux Conseils, formant ensemble le Conseil général, ou Conseil de Ville, constituent les autorités de N. Au sein du Conseil, on élit une sorte de corps exécutif appelé les Quatre-Ministraux, composé selon les époques de quatre à neuf personnes, parmi lesquelles on trouve un banneret, deux maîtres des clefs et quatre maîtres-bourgeois. Durant toute cette période, la bourgeoisie de N., établie par la charte de 1214, renforce son autonomie et, grâce à ses bourgeois externes particulièrement nombreux sur le littoral et au Val-de-Travers, étend peu à peu son pouvoir au-delà de la ville proprement dite et au détriment de la maison comtale.

Le passage du comté en mains françaises par le mariage de Jeanne de Hochberg avec Louis d'Orléans en 1505 renforce encore la mainmise de la ville sur le comté. En effet, Louis d'Orléans de 1509 à 1512, Jeanne de Hochberg de 1536 à 1544 puis François d'Orléans de 1558 à 1568 afferment les revenus de leur comté à la ville de N., ce qui assure aux Quatre-Ministraux une place de plus en plus prépondérante dans la hiérarchie régionale. Ainsi, à eux seuls, les quatre maîtres-bourgeois constituent la représentation du tiers état au tribunal des Trois-Etats, instance souveraine du comté. En outre le Petit Conseil de N. est seul habilité à décréter les points de coutume valables pour l'ensemble du comté. Cette présence souligne la puissance acquise par la bourgeoisie de N. dans le corps des Quatre-Bourgeoisies qu'elle forme avec celles du Landeron, de Boudry et de Valangin.

Ni le régime Berthier (1806-1814), ni l'admission de la principauté de N. comme canton suisse (1814) n'eurent d'impact sur les institutions de la ville, lesquelles ne disparaîtront qu'avec la révolution et la proclamation de la République en 1848.

Auteur(e): Jean-Pierre Jelmini

2.3 - Aspects économique et sociaux

La topographie tourmentée de N. étant peu favorable au développement d'une vaste zone industrielle de production sur le territoire communal, N. a toujours eu une vocation plus tertiaire que secondaire. La présence d'un vignoble et d'un lac fait du commerce du vin et du poisson la principale source de revenu que les habitants de N. tirent depuis toujours du secteur primaire. Jusqu'à l'époque moderne, l'essentiel de l'activité industrielle de N. est concentrée dans le vallon de la Serrière où la présence de la rivière favorise l'implantation d'entreprises: moulins (cités dès 1228), scieries, foules, battoirs, polissoirs, papeteries (dès 1477), etc. Quelques quartiers plus proches du centre ville abritent l'artisanat local (meuniers et artisans du bois sur le bord du Seyon, potiers d'étain, orfèvres, chaudronniers, etc., dans le quartier du Coq-d'Inde). Deux puis trois (seconde moitié du XIVe s.) foires se tiennent à N., centre commercial d'une grande partie du comté. Aux XVIIe et XVIIIe s., cette activité se résume au commerce, à la banque et à l'imprimerie. La qualité des indiennes produites dans la principauté incite des négociants de N. à en assurer la distribution à l'échelle mondiale. Ainsi se constituent de grosses maisons de commerce auxquelles sont intéressées les plus riches familles de la ville (Pourtalès, Pury, Deluze, Chaillet, DuPasquier, Bovet, Coulon, Bosset, Meuron, Tribolet, etc.). De leur côté les familles Perregaux et Rougemont créent d'importantes banques à Paris. Les libraires Fauche et la Société typographique de Neuchâtel publient des auteurs réputés et distribuent leurs ouvrages - dont l'Encyclopédie - dans toute l'Europe.

Jusqu'à la fin du XVe s., la Compagnie des marchands est la seule corporation de N. Ensuite, d'autres "compagnies" sont créées (vignerons et tonneliers, maçons, pêcheurs et cossons, soit marchands de poisson, cordonniers et tanneurs, etc.), mais elles sont plus des confréries que des corporations. Le butin de la bataille de Grandson (1476) permet la création de quatre corporations appelées Rues (Château, Halles et Moulins, Hôpital et Grand'Rue, Chavannes et Neubourg), dont les activités se sont perpétuées. Parallèlement, des compagnies militaires (Volontaires, Arbalétriers, Couleuvriniers puis Arquebusiers et fusiliers) réunissent les amateurs de tir et de vie sociale. Bien des hommes y acquièrent des connaissances utiles pour leur activité militaire au sein de la milice ou dans le corps des Armourins, qui assurent la sécurité de la ville.

Après un premier hôpital fondé à l'est de la ville par Berthold de N. en 1231 et disparu semble-t-il avant la fin du siècle, un deuxième est construit par le comte Louis en 1373 aux abords de l'actuel hôtel de ville. Jusqu'à la fin du XVIIIe s., N. est la seule ville de la principauté à posséder un hôpital où sont soignés tous les cas graves du pays. La création par des mécènes de deux hôpitaux neufs, l'un en 1783 par David de Pury (actuel bâtiment des services industriels) et l'autre en 1811 par Jacques-Louis de Pourtalès, renforce encore ce rôle jusqu'au milieu du XIXe s. A l'est de la ville, une maladière destinée aux contagieux existe depuis le XIIIe s.; elle est désaffectée en 1724.

Auteur(e): Jean-Pierre Jelmini

2.4 - Eglise, formation et culture

Dès le Moyen Age, N. relève du diocèse de Lausanne (décanat de N.). Un chapitre collégial (six puis douze chanoines), fondé dans la seconde moitié du XIIe s., et l'abbaye prémontrée de Fontaine-André, fondée en 1143, se partagent les revenus ecclésiastiques du pays. Jusqu'à la construction du temple du Bas en 1696, la collégiale (consacrée en 1276 seulement), dédiée à la Vierge, est l'unique église paroissiale de la ville. Autour de sa propre église (dédiée à saint Jean et mentionnée en 1178), Serrières forme une paroisse indépendante à laquelle sont rattachés le hameau du Suchiez et Peseux (jusqu'en 1882). Précédée par la prédication de Guillaume Farel, la votation (le "plus") du 4 novembre 1530 marque le passage de N. à la Réforme. Appelé par Farel, Antoine Marcourt devient le premier pasteur de N. La classe des pasteurs est créée peu après 1537, sur le modèle de celles de Berne et du Pays de Vaud. La célébration publique de la messe (rétablie de 1806 à 1814 sous le règne de Berthier) n'est définitivement reconnue à N. qu'en 1828 dans la chapelle de la Maladière, construite pour les religieuses de l'hôpital Pourtalès, puis devenue le siège de la nouvelle paroisse catholique.

Quelques mentions font état de l'existence d'un maître d'école aux XIVe-XVe s., mais c'est après la Réforme que les structures scolaires se développent véritablement. Un collège (école secondaire) existe dès le XVIe s. Au XVIIIe s., un embryon d'enseignement académique apparaît avec la création d'une chaire de philosophie et de mathématiques (1731-1742, rétablie en 1792). L'enseignement public ouvert à tous ne remonte toutefois qu'au premier quart du XIXe s. Depuis lors, les infrastructures scolaires se sont multipliées, le plus souvent dans le cadre cantonal. Une première académie, fondée avec l'appui du prince, existe de 1838 à 1848. Elle est fermée par la République qui la considère comme trop conservatrice. Au XVIIIe s., avec la diffusion des Lumières, l'offre culturelle de la ville commence à se développer. Une salle de musique ouvre en 1769 (théâtre municipal jusqu'en 1999) et la Bibliothèque de la ville (future Bibliothèque publique et universitaire) en 1788. Dans la première moitié du XIXe s., on relève la création du Musée d'histoire naturelle par Paul-Louis-Auguste et Louis Coulon (1835) et celle de la Société des amis des arts par Maximilien de Meuron (1842).

Auteur(e): Jean-Pierre Jelmini

3 - De 1848 au début du XXIe siècle

3.1 - Urbanisme

L'ouverture des lignes de chemin de fer (Jura-Industriel, Franco-Suisse, Ouest-Suisse) entre 1857 et 1860, engendre une forte poussée urbaine sur les premiers contreforts du Jura. Dans la seconde moitié du XIXe s. apparaissent de futures zones d'habitation, sises de part et d'autre des voies ferrées; on en trouve à l'ouest (Evole, Port-Roulant, Poudrières, Parcs, Beauregard, etc.), dans le vallon de l'Ecluse et dans le quartier des Beaux-Arts, gagné sur le lac avec les matériaux produits par l'arasement de la colline du Crêt-Taconnet au sud de la gare (1882), indispensable à l'agrandissement des structures ferroviaires. A Serrières se crée la cité Suchard (1892-1908), qui apparaît comme un modèle d'habitat social. Ce n'est qu'au XXe s. que se développent, par l'occupation des derniers espaces constructibles entre le lac, la ville, la vigne et la forêt, les grands quartiers résidentiels actuels (Serrières, Vauseyon, Suchiez, Cadolles, Acacias, Denis-de-Rougemont, Maladière, Fahys, Orée etc.). La fusion de La Coudre avec N. en 1930 apporte au territoire communal le noyau du vieux village et des quartiers excentrés (Monruz, Favarge, etc.) qui connaîtront un fort développement dans la seconde moitié du XXe s. La ville s'agrandit encore de quelques hectares avec un nouveau comblement des rives dans les années 1960 (zone de détente des Jeunes-Rives). Au début du XXIe s. s'opère un réaménagement urbanistique exemplaire du quartier situé à l'est de la gare (Ecoparc). Il accueille entre autres le nouveau conservatoire et la haute école Arc.

Prise entre la montagne et le lac, la ville de N. constitue un goulet d'étranglement pour le trafic routier; engorgé par la circulation, le centre ville est transformé en zone piétonne en 1973. Dès 1994, des tunnels (A5) permettent au trafic est-ouest de transiter sous la ville. La construction du dernier tronçon de l'A5 entre N. et Auvernier (tunnel de Serrières) débute en 2008.

Auteur(e): Jean-Pierre Jelmini

3.2 - Histoire politique et institutionnelle

Les anciennes institutions urbaines disparaissent avec la proclamation de la République en 1848, non sans que la bourgeoisie de N., craignant la perte de ses biens, n'oppose une forte résistance à la mise en place des nouvelles structures. De 1856 à 1888, la ville est gouvernée simultanément par une municipalité d'inspiration républicaine (commune d'habitants) et par un Conseil administratif issu de la bourgeoisie (commune de ressortissants). Cette opposition ne sera vaincue qu'en 1874 par un jugement du Tribunal fédéral qui déboute la bourgeoisie de toutes ses prétentions, entraînant la suppression définitive de tous les droits d'Ancien Régime par la loi sur les communes de 1888. Depuis lors, un Conseil général (législatif) et un Conseil communal (exécutif) sont à la tête de la ville. D'abord exclusivement composés de radicaux, ces deux Conseils s'ouvrent progressivement: aux libéraux (conservateurs, héritiers des idéaux de la bourgeoisie de N.) dans un premier temps, puis aux socialistes, présents au législatif dès 1912 (passage au système proportionnel) et à l'exécutif dès 1920, et, dans la seconde moitié du XXe s., à divers partis issus de l'extrême gauche (POP) ou de la mouvance écologiste. Radicaux, libéraux (souvent apparentés) et socialistes demeurent cependant les trois principales forces de l'éventail politique communal de N. durant tout le XXe s. En 1992 se dégage pour la première fois une double majorité de gauche (socialistes, écologistes et petits partis) dans les Conseils de la ville (en 2008 3 sièges sur 5 à l'exécutif et 24 sur 41 au législatif). C'est en 1992 également qu'une première femme, la socialiste Monika Dusong, accède au Conseil communal (première présidente de la ville en 1996-1997). L'UDC fait son entrée au Conseil général en 2004. Les libéraux et les radicaux fusionnent en 2008 (parti libéral-radical neuchâtelois).

Auteur(e): Jean-Pierre Jelmini

3.3 - Aspects économiques et sociaux

Aux XIXe et XXe s., N. voit se développer diverses entreprises de réputation internationale: Suchard, installé en 1826 déjà à Serrières, la Fabrique de télégraphes et d'appareils électriques, créée par Matthias Hipp en 1860 (plus tard Favag SA), les Fabriques de tabac réunies (1925, auj. Philip Morris), ou encore Ebauches (1926) et Métaux précieux (1936, auj. Metalor). A leurs côtés, les Papeteries de Serrières, les moulins Bossy et plusieurs manufactures liées à la production horlogère constituent le tissu industriel relativement faible de N. A la fin du XXe s., la cessation d'activité ou le départ des grandes industries (Suchard, Papeteries, Favag, etc.) engendrent de profondes mutations sociales (chômage) et économiques. A Serrières et à Monruz, les anciens centres de production se fractionnent en PME diverses et l'administration cantonale investit des immeubles de bureaux tandis qu'à Serrières-Sud, Philip Morris poursuit son extension. L'implantation à N. en 1984 du Centre suisse d'électronique et de microtechnique (CSEM) assure à N. une position privilégiée dans le développement des microtechnologies. L'institut de microtechnique de l'université (1975), qui se rapproche de l'EPF de Lausanne en 2009, et Neode (2003), parc scientifique et technologique, renforcent encore ce pôle. Un nouveau quartier industriel se crée dans la région de Pierre-à-Bot. Il accueille des entreprises autochtones ou étrangères, comme Autodesk (informatique), Baxter Bioscience, Kyphon, et Johnson & Johnson (médical), ou encore Stonehage (gestion de fortune). En ville même s'installent Bulgari (joaillerie, horlogerie, etc.) et Bertolucci (horlogerie), remplacé en 2002 par Officine Panerai (groupe Richemont). L'Office fédéral de la statistique est établi à N. depuis 1998.

En 1859, N. se dote d'un service du gaz et en 1896 d'électricité. La construction d'un réseau de transports publics (tramway) débute en 1893. L'hôpital des Cadolles remplace en 1914 l'ancien hôpital de la ville et, dès 1972, la Fondation Pourtalès transmet la gestion de son hôpital à la ville, les deux institutions formant l'unité hospitalière de N. Cette structure disparaît avec la création au niveau cantonal d'Hôpital neuchâtelois en 2006, dont le Nouvel Hôpital Pourtalès (NHP) constitue l'un des sites tandis que celui des Cadolles ferme en 2005, permettant la création d'une vaste zone d'habitation mixte (mise en service prévue en 2010). L'hôpital de la Providence, créé en 1858 par la communauté catholique de N., est une fondation privée reconnue d'intérêt public, en partenariat avec Hôpital neuchâtelois dès 2007.

Auteur(e): Jean-Pierre Jelmini

3.4 - Eglise, formation et culture

En 2003, les anciennes paroisses réformées sont regroupées en une seule paroisse de N. (structurées en huit lieux de vie, quatre depuis 2008). En 2000, les réformés ne représentaient plus qu'un petit tiers de la population. La tradition d'une paroisse réformée de langue allemande se maintient depuis plusieurs siècles (première mention d'un pasteur "allemand" en 1770). Le culte catholique-romain est organisé en quatre paroisses urbaines: Notre-Dame, Saint-Nicolas, Saint-Norbert (La Coudre) et Saint-Marc (Serrières). L'église néogothique Notre-Dame-de-l'Assomption - dite église rouge -, construite en pierre artificielle par Guillaume Ritter (1897-1906), accède au rang de basilique mineure en 2008. Deux missions assurent un ministère auprès des fortes communautés d'immigrés italiens et portugais. Remontant à 1912, la paroisse catholique-chrétienne possède son propre lieu de culte depuis 1967; elle étend son ministère à l'ensemble du littoral neuchâtelois et à une partie du Val-de-Ruz. La petite communauté israélite de N. est rattachée à la synagogue de La Chaux-de-Fonds. Deux centres culturels islamiques sont fondés à la fin du XXe s.

L'académie, fermée en 1848 par les républicains, est rouverte en 1866 (seconde académie) et accède au rang d'université en 1909 (Université de Neuchâtel). L'Observatoire cantonal (fondé en 1858), qui donne l'heure exacte à la Suisse depuis 1860, a été intégré au CSEM en 2007. La ville crée une école d'horlogerie en 1871, qui devient école de mécanique et d'électricité en 1936 et s'intègre au Centre professionnel du littoral neuchâtelois en 1978. Une école supérieure de jeunes filles apparaît en 1894 (plus tard gymnase mixte Numa-Droz, puis lycée Jean-Piaget dès 1997) et une école supérieure de commerce en 1900 (lycée Jean-Piaget depuis 1997). De son côté, le canton ouvre à N. plusieurs établissements scolaires supérieurs (gymnase cantonal en 1873, devenu le lycée Denis-de-Rougemont en 1997 avec le gymnase du Val-de-Travers, écoles professionnelles, etc.). Le conservatoire de musique, créé en 1918, est une antenne de la HES de musique de Genève depuis 2008. La même année, les cantons de Berne, du Jura et de N. ont décidé de regrouper à N. les sites de la haute école Arc (arts appliqués, économie, ingénierie, santé), partie intégrante de la haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO).

Le quotidien L' Express, créé à N. en 1738 sous le titre de Feuille d'Avis de Neuchâtel partage son activité éditoriale avec L' Impartial de La Chaux-de-Fonds depuis 1996. La ville de N. possède trois grands musées: histoire naturelle (1835), art et histoire (1885), ethnographie (1904); depuis 1983, elle finance en outre, avec le canton, la Bibliothèque publique et universitaire. Créé et soutenu par la ville et des communes du littoral, le Théâtre du passage est inauguré en 2000. Il succède à la salle de musique de 1769 qui accueille désormais des troupes indépendantes à l'enseigne de la Maison du concert. Le Centre Dürrenmatt, qui dépend de la Bibliothèque nationale suisse, a ouvert ses portes en 2000. N. a été l'un des sites (arteplage) de l'Exposition nationale de 2002. Un nouveau stade de football a été inauguré à la Maladière en 2007. De nombreuses sociétés musicales et théâtrales assurent à N. une intense vie culturelle, encore alimentée par des manifestations d'envergure, tels le Festival international de la marionnette, depuis 1985, ou le Festival international du film fantastique (NIFFF), depuis 2000. La Fête des vendanges, qui se déroule depuis 1925 sous sa forme actuelle, attire chaque automne des dizaines de milliers de personnes.

Auteur(e): Jean-Pierre Jelmini

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– AEN, AVN, BPUN
Sources imprimées
– G.-A. Matile, Déclarations ou points de coutume rendus par le Petit Conseil de la ville de Neuchâtel, 1836
SDS NE, 1
Bibliographie