20/05/2008 | communication | PDF | imprimer

Hauterive (NE)

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Comm. NE, distr. de Neuchâtel. Village groupé, à flanc de coteau, au pied de la montagne de Chaumont. Vers 1143 arta ripa. Sa localisation s'explique manifestement par l'exploitation des carrières tout proches: d'une couche géologique du Néocomien appelée Hauterivien, on a extrait dès l'Antiquité et jusque très récemment une roche calcaire jaune (dite pierre d'Hauterive), abondamment utilisée dans la construction de la ville de Neuchâtel. 35 feux en 1375, 262 hab. en 1750, 345 en 1850, 654 en 1900, 745 en 1950, 1097 en 1960, 2213 en 1970, 2637 en 2000.

1 - Préhistoire

L'existence d'une station littorale à H. est signalée par Ferdinand Keller en 1858 déjà, mais c'est l'abaissement du niveau du lac, lié à la première correction des eaux du Jura, qui révèle en 1880 l'ampleur de l'occupation humaine des rives au Néolithique et à l'âge du Bronze. Si la récolte du mobilier archéologique s'avère alors abondante, la documentation de terrain demeure sommaire. Lors de la construction de l'autoroute A5 (1983-1986), des fouilles de sauvetage programmées au lieudit Champréveyres ont mis au jour deux sites paléolithiques de l'époque magdalénienne et azilienne, deux sites néolithiques des civilisations de Cortaillod et de Horgen, ainsi qu'un village du Bronze final.

Le principal secteur magdalénien (env. 400 m2) a pu être daté vers 13 500 av. J.-C. Il s'agit d'un campement saisonnier de chasseurs, avec foyers construits en plein air. La palynologie permet de reconstituer un paysage quasi dépourvu d'arbres. La faune chassée se caractérise par sa grande diversité (cheval, lièvre, marmotte, renne, bouquetin) et les ossements de chiens témoignent de la plus ancienne domestication du loup en Europe. L'outillage est constitué de lamelles à dos, burins, grattoirs et perçoirs. Ces silex, dont la matière première provient de la région d'Olten ou de Genève, sont concentrés à proximité d'une dizaine de foyers, autour desquels s'organisent des activités distinctes: exploitation des carcasses, entretien des armes de chasse, traitement des peaux et fabrication d'objets. Au Magdalénien succède un horizon azilien daté d'environ 10 300 av. J.-C., attesté par un foyer et quelques outils en silex; parmi la faune, le cerf prédomine, le renne est désormais absent.

Le plus ancien village néolithique de Champréveyres, fondé vers 3810 av. J.-C. (dendrochronologie), occupé durant vingt-cinq ans, représente un ensemble typologique exceptionnel du Cortaillod classique. Une palissade, érigée du côté du lac, délimite une surface de 2400 m2, dans laquelle s'organisent, perpendiculairement au rivage, huit constructions allongées à faîtière centrale, dont les sols ont été aménagés de galets et de dalles. Près de 1800 outils témoignent de la taille sur place du silex, avec un débitage préférentiel de lames.

La civilisation de Horgen (Néolithique récent) est attestée par des constructions en très mauvais état de conservation, en retrait du rivage, et par un village au lieudit Rouges-Terres, objet d'une fouille subaquatique limitée à une aire de 500 m2, daté entre 3242 et 3236 av J.-C.

Un village du Bronze final, habité entre 1050 et 860 av. J.-C., occupe une surface de 8700 m2. Les 7500 pieux recueillis permettent de reconstituer les différentes phases d'extension du village et son organisation en maisons rectangulaires à trois nefs, d'une surface moyenne de 85 m2, en rangées parallèles au rivage. Près de 6000 objets en bronze (haches, couteaux, épingles, anneaux et hameçons) ont été récoltés, de même qu'une riche industrie osseuse et en bois de cerf. La présence d'étain, de plomb et d'or est attestée, ainsi que le travail du textile et de la vannerie, révélé par l'existence de tresses et fragments de paniers. Des perles d'ambre de la Baltique témoignent d'échanges à longue distance. Un second site du Bronze final a été découvert en 1992 au lieudit Aux Jardillets. Trois pirogues proviennent de la baie de Champréveyres: l'une date du Néolithique (vers 4200 av. J.-C.), les deux autres du Bronze final (vers 1000 av. J.-C.).

La Tène finale est attestée par la trouvaille, en 1921, au lieudit Au Teyeret, d'une inhumation féminine contenant un bracelet en verre bleu. En 1993, au lieudit Aux Jardillets, un dépôt de céramiques datant du Ier au IIIe s. apr. J.-C. a été mis au jour lors des fouilles d'une carrière de pierre calcaire, exploitée à l'époque gallo-romaine probablement pour fournir des matériaux de construction aux monuments d'Aventicum.

Auteur(e): Hervé Miéville

2 - Commune

La partie supérieure d'H., du village à la lisière de la forêt, faisait partie du domaine de l'abbaye prémontrée de Fontaine-André dès 1143, tout comme la terre de Champréveyres (campus presbyteri), donation des sires de Neuchâtel. L'abbaye d'Hauterive, dès 1158, le couvent de la Maigrauge et le chapitre de Neuchâtel (apr. 1180) possédaient des vignes à Champréveyres; au XIVe s., la famille de Colombier y acquit un fief, dit du "pressoir", qui passa aux Wattenwyl en 1516. Du Moyen Age à 1848, H. fit partie de la châtellenie de Thielle, puis fut incorporé au district de Neuchâtel. Dès le XIVe s., ses habitants appartenaient en majorité à la bourgeoisie externe de Neuchâtel. La communauté d'H., connue dès 1527, sut gérer sans à-coup un village de vignerons et de carriers. Au spirituel, H. a toujours fait partie de la paroisse de Saint-Blaise. En 1661, une école locale se détacha de la paroissiale. La route cantonale actuelle a été construite en 1870, auparavant elle passait par Champréveyres. La voie ferrée pour les tramways, inaugurée en 1894, a donné l'impulsion au développement de la commune, qui s'inscrit progressivement dans la conurbation neuchâteloise tout en conservant son identité (maisons en pierre du XVIe s.) et un vaste territoire consacré à la viticulture (vignoble réputé du Domaine de Champréveyres). Le Laténium, parc et musée d'archéologie de Neuchâtel, a été inauguré en 2001 sur le site des fouilles de Champréveyres.

Auteur(e): Germain Hausmann

Références bibliographiques

Bibliographie