27/03/2014 | communication | PDF | imprimer | 

Anet

Comm. BE, distr. de Cerlier, s'étendant du Schaltenrain (au pied duquel se trouve le village d'A.) jusqu'au lac de Neuchâtel et au canal de la Broye, et comprenant dans le Grand-Marais des fermes isolées et la colonie de Witzwil. 1009 Anestre, 1179 Anes, all. Ins. 740 hab. en 1700, 864 en 1730, 723 en 1764, 853 en 1798, 1041 en 1818, 1378 en 1850, 1537 en 1900, 2233 en 1950, 2947 en 2000.

1 - Premier et second âges du Fer

La partie occidentale du Schaltenrain, colline allongée entre le Grand-Marais et le lac de Bienne, aujourd'hui boisée, a livré, sur une longueur de 2 km, une série de tumulus de l'âge du Fer, isolés ou groupés. Les quatre sites (au moins) ont reçu dans la littérature ancienne des dénominations diverses, qui se recouvrent partiellement, ce qui a causé des difficultés d'identification. Les lieux de découverte sont, d'ouest en est: 1. Riederen, Holzmatt ou Einungswald (au moins quatre tumulus); 2. Sunnenrain, Grossholz, Schaltenrain ou Sieben Wege (au moins dix tumulus); 3. Grossholz ou Leuplatz (au moins deux tumulus); 4. immédiatement à l'est, sur la commune de Brüttelen, Schaltenrain ou Grossholz (au moins un tumulus). Des fouilles furent menées successivement par Gustave de Bonstetten en 1848 (dépôt au Musée d'histoire de Berne), Emmanuel F. Müller en 1849 et Jakob Heierli en 1908-1909 (dépôt au Musée Schwab à Bienne). On ne peut attribuer aujourd'hui ce mobilier exceptionnellement riche à un tumulus ou à un inventaire précis que dans quelques cas isolés et avec beaucoup de réserves.

Les fouilles de Bonstetten (probablement au Sunnenrain) ont mis au jour au moins dix tumulus, en partie alignés (hauteur 1,8 à 4,5 m). Le tumulus VI semble avoir renfermé deux tombes à char (époque de Hallstatt, VIIe s. av. J.-C.). Tout en bas, dans un grand bâti en pierre, se trouvaient les parties métalliques des roues et de la carrosserie du char, tandis que tous les éléments ligneux, à l'exception de quelques fragments des rayons, s'étaient décomposés dans le sol. Outre une garniture de cuir à rivets appartenant à un joug de trait et des éléments de harnachement (pièces de cuir, fragments de bridon), on a trouvé une petite boule de pendentif en tôle d'or, d'un diamètre de 1,4 cm, à décor granuleux de haute qualité, tel qu'on n'en connaît par ailleurs que dans les tombes étrusques; les motifs de lotus et les méandres en diagonale témoignent aussi d'une origine italique. Une chaîne en queue de renard, faite de fil d'or (longueur 38,8 cm), se trouvait avec la boule. Autres découvertes: un rasoir en demi-lune et, dans une couche supérieure, les restes de quatre roues d'un second char ainsi qu'un poignard fin à lame de fer et fourreau en tôle de bronze.

Le tumulus VIII renfermait entre autres, apparemment entre deux roues de char posées verticalement, un chaudron conique en bronze (situla), deux calottes de tôle d'or à décor poinçonné et bord plié (revêtements de gobelets en bois?) dont les parallèles sont à chercher dans le sud de l'Allemagne; dix-sept petites feuilles d'or (collier de perles ou garniture de vêtement?); une boucle d'oreille en or. Dans le tumulus III, une inhumation contenait une parure féminine typique du Hallstatt final (VIIe/VIe s. av. J.-C.).

Les fouilles de Müller en 1849 et de Heierli en 1908-1909 sur plusieurs tumulus impossibles à localiser ont produit de nouveaux éléments de chars et des parures de verre, d'ambre, de lignite, d'or et de bronze; notamment de riches bracelets et divers types d'agrafes de vêtement de l'époque de Hallstatt. Il faut aussi mentionner une épée courte en fer avec lame de bronze et bouterolle perforée à ailettes de La Tène ancienne (Ve s. av. J.-C.).

Les habitats correspondant à ces tombes ne sont pas connus à ce jour. Les riches parures en or, peu habituelles sur le Plateau suisse, et l'usage funéraire du char cultuel témoignent d'une élite fortunée exerçant son pouvoir sur les environs et disposant d'un vaste réseau de relations avec les cultures les plus évoluées du monde méditerranéen.

Auteur(e): Felix Müller / LA

2 - De l'époque romaine à nos jours

L'archéologie atteste une présence romaine sur une large bande de terrain comprise entre le marais et l'ancien vignoble; une voie romaine traversait le marais (Mauriweg, Heidenweg, Lindenhof). Le château fort de Hasenburg, berceau des comtes de Fenis, se trouve sur le territoire de la commune. Au bas Moyen Age, A., faisant partie de la seigneurie de Cerlier, fut impliqué dans les conflits de ses détenteurs, les comtes de Neuchâtel-Nidau: en 1375, un détachement de l'armée d'Enguerrand de Coucy prit ses quartiers d'hiver à A., avant d'y être attaqué par des gens du Seeland. Avec Cerlier, A. fut conquis par les Bernois lors des guerres de Bourgogne, en 1474. Dans le bailliage de Cerlier, A. demeura le siège de la juridiction (cité dès 1385) pour les paroisses d'A., Vinelz, Champion, Siselen. L'ancienne église Notre-Dame (mentionnée en 1228, de style roman, transformée aux XVIe et XVIIe s.) est désignée en 1453 comme filiale de Champion. Elle est bâtie près d'un cimetière du haut Moyen Age. Deux chapelles étaient dédiées aux saints Théodule (Jodel) et Nicolas. Berne s'appropria le patronage en 1474, en même temps que la seigneurie de Cerlier, et incorpora au chapitre de Saint-Vincent, en 1485, l'église d'A., avec la "chapelle" de Champion qui était devenue sa filiale; la Réforme mit fin à ces liens de dépendance.

Gros village agricole et vigneron, A. est situé sur une hauteur dominant le marais, exploité en commun avec les villages voisins; on a extrait de la tourbe du XVIIIe au XXe s. Plusieurs bâtiments témoignaient ou témoignent encore du rôle central d'A.: l'hôtel de ville en pierre, dans le haut du village (lieu de réunion du tribunal, incendié en 1848), la place du plaid avec un trône en pierre pour le bailli et des bancs pour les juges, la grange de la dîme (1680), les maisons vigneronnes des XVIIe et XVIIIe s. ayant appartenu à des familles patriciennes (Schlössli, Lilienhof, ancien hôpital, maison Wagner) et plusieurs groupes de fermes cossues. Les routes Berne-Neuchâtel et Bienne-Morat se croisent dans la localité. Au XIXe s., période d'expansion de l'économie laitière et de la culture fruitière (coopérative fromagère en 1859, distilleries, brasserie de 1836 à 1868), apparurent les foires au bétail de boucherie de mai et d'octobre. La culture de la vigne déclina après 1900. La correction des eaux du Jura dès 1873, avec la construction du canal de la Broye, permit la mise en valeur du Grand-Marais, la culture des légumes et de la betterave sucrière, et stimula l'artisanat. La caisse d'épargne du district de Cerlier (appartenant aujourd'hui à l'UBS) fut fondée en 1883, la coopérative agricole (aujourd'hui à la fenaco), vers 1900. Dans l'ancien marais fut établie la colonie de Witzwil, domaine d'Etat et établissement pénitentiaire cantonal depuis 1891. Le raccordement aux lignes ferroviaires Berne-Neuchâtel (1901) et Bienne-Täuffelen-A. (station de tête, 1917) facilita l'expédition des produits agricoles, dont la plupart sont transportés aujourd'hui par camion. La commune est devenue le centre agricole du Seeland bernois (centrale de fruits et légumes), mais possède aussi un artisanat et une industrie (aménagement de cuisines). Une amélioration foncière et un remaniement parcellaire furent réalisés entre 1970 et 1985. La croissance continue de la population a entraîné une extension de l'agglomération, si bien que le village a aujourd'hui rejoint la gare, construite en pleins champs (1901). A. dispose d'une école secondaire (1868), d'un foyer éducatif, de l'école d'études sociopédagogiques du Schlössli (1953) et d'un centre de formation et de conseil pour l'agriculture (1973). La paroisse catholique d'A. (église à A. depuis 1963) comprend les communes du district de Cerlier et quelques communes riveraines du lac de Bienne. A. conserve la maison où vécut et travailla le peintre Albert Anker.

Auteur(e): Anne-Marie Dubler / LA

Références bibliographiques

Bibliographie