Historisches Lexikon der Schweiz (HLS) Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) Dizionario storico della Svizzera (DSS)

3 - XVIIe-XVIIIe siècles

Il semble que la guerre de Trente Ans (1618-1648) soit à l'origine d'une première croissance de La C. grâce à sa position géographique propice au commerce. Après plusieurs demandes, les habitants obtiennent l'établissement d'une mairie. Le 2 décembre 1656, Henri II d'Orléans-Longueville, prince de Neuchâtel, signe l'acte d'établissement. Ainsi la paroisse devient aussi un ensemble administratif (commune) et judiciaire (mairie), doté d'un tribunal de basse justice. La commune peut désormais organiser trois foires annuelles et un marché hebdomadaire. Les frontières sont légèrement modifiées par l'adjonction du quartier de Boinod au sud. Abraham Robert (1619-1679), notaire et secrétaire du Conseil d'Etat, est désigné comme maire par le gouverneur Jacques d'Estavayer-Mollondin. La cour est formée de douze justiciers, d'un greffier et d'un sautier. Le maire préside la cour de justice, assiste aux séances du Conseil de la communauté et de la Communauté générale. Il siège également au consistoire. Un lieutenant le seconde dans ses tâches. Robert révisa les reconnaissances et établit une Description de la frontière des Montagnes de Valangin. Une première école communale ouvre ses portes en 1688.

Quelques vestiges de fermes témoignent d'une relative prospérité économique au XVIIe s. Mais le développement de l'artisanat demeure modeste. La vie économique ne prend vraiment son essor qu'au XVIIIe s. avec l'apparition de la fabrication des dentelles et de l'horlogerie qui s'est propagée à partir de Genève le long de la chaîne jurassienne pour venir compléter l'activité des agriculteurs et des artisans. La C. ne dispose pas de ressources minières mais ses forgerons, serruriers ou armuriers connaissent le travail des métaux. Au milieu du XVIIIe s., on recense sur le territoire de La C. environ 500 dentellières. Elles ne seront plus que 300 vers 1800, l'industrie horlogère concurrençant très fortement celle de la dentelle. Dès le début du XVIIIe s., l'horlogerie prend les aspects d'une véritable industrie selon le système de l'établissage, du travail à domicile (Verlagssystem) et la fabrication en parties brisées. La C. est surtout connue pour la fabrication des pendules qui sont vendues dans les foires. On recense 68 penduliers, 8 ébénistes et 4 fondeurs de bronze vers 1750. Quelques grands penduliers contribuent à la renommée de La C., comme Josué Robert, horloger du roi, ou Pierre Jaquet-Droz et sa famille, connu pour ses automates. Le cadre libéral facilite l'immigration d'ouvriers venus de Suisse, spécialement de Genève et de Franche-Comté, qui viennent renforcer la main-d'œuvre locale. Les horlogers favorisent l'apparition de toute une civilisation qui transforme les mentalités comme les manières de vivre des habitants de la petite localité.

Les propriétaires, regroupés dans la "Compagnie du village", s'occupent de l'aménagement urbain et de ses infrastructures. Les différences de condition entre les communiers (bourgeois et francs-habergeants) et les habitants (non communiers) sont des sources de tensions sociales. Bourgeois de Valangin et de Neuchâtel ne sont pas non plus placés sur le même pied dans la principauté. Ces tensions ainsi que les échanges fréquents avec la Franche-Comté et la circulation des idées expliquent le retentissement de la Révolution française dans les Montagnes neuchâteloises. Particulièrement à La C. où une importante société patriotique contribue à diffuser les idées révolutionnaires. En 1793, de nombreux horlogers, après une vive répression, choisiront de s'installer à Besançon où l'on recense l'arrivée de plus de 1800 horlogers suisses entre l'an II et l'an IV (septembre 1793-septembre 1795). En 1794 d'ailleurs, le grand incendie qui ravage la ville, apparaît comme le symbole d'un châtiment. Sous l'impulsion du graveur Moïse Perret-Gentil et avec l'aide du Conseil d'Etat, la ville est rapidement reconstruite selon un plan qui forme le cœur de la cité moderne. Un nouveau temple, de forme ovale, est reconstruit à l'emplacement de la première église. L'hôtel de ville sera édifié entre 1803 et 1805.

Auteur(e): Jean-Marc Barrelet